The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, TOME III.
by Napolon Bonaparte

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Title: Oeuvres de Napolon Bonaparte, TOME III.

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: July 12, 2004 [EBook #12893]

Language: French

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OEUVRES DE

NAPOLON BONAPARTE.


TOME TROISIME.

MDCCCXXI.



EXPDITION D'GYPTE.

(Suite)


Au quartier-gnral du mont Carmel, le 28 ventose an 7 (18 mars 1799.)

_Au gnral Reynier ou au commandant de Csare_.

Le scheick qui vous remettra cette lettre, citoyen gnral, me fait
esprer qu'il pourra runir assez de moyens de transport pour faire
venir  Caffa le riz et le biscuit qui doivent tre arrivs  Csare:
concertez-vous avec lui et donnez-lui toute l'assistance dont il peut
avoir besoin.

Nous sommes matres de Caffa, o nous avons trouv des magasins de
coton et entre autres trois mille quintaux de bl.

La route de Csare  Saint-Jean d'Acre passe par Caffa et va toujours
le long de la mer. Le gnral Reynier doit avoir reu l'ordre de laisser
un bataillon  Csare et de se rendre avec le reste  Saint-Jean
d'Acre.

Faites passer la lettre ci-jointe  l'adjudant-gnral Grezieux.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral du mont Carmel, le 28 ventose an 7 (18 mars 1799).

_A l'adjudant-gnral Grzieux._

Nous nous sommes empars de Caffa, o nous avons trouv des magasins de
coton et trois mille quintaux de bl, prise d'autant meilleure, que
ce bl tait destin  l'approvisionnement de l'escadre qui bloque
Alexandrie.

Le capitaine Smith, avec deux vaisseaux de guerre anglais, est arriv
d'Alexandrie  Saint-Jean d'Acre: ainsi, si notre flottille arrivait,
vous feriez dbarquer promptement les denres, vous feriez entrer dans
la rade les btimens, tels que _la Fortune_, qui pourraient y entrer, et
vous renverriez sur-le-champ les autres prendre leur station  Damiette.

Nous avons eu une affaire au village de Kakoun avec la cavalerie de
Djezzar, runie  des Arabes et  des paysans. Aprs quelques coups de
canon, tout s'est dispers; la cavalerie de Djezzar a fait en quatre
heures deux journes de marche; elle est arrive  Acre le mme jour
de l'affaire, et y  port l consternation et l'effroi; la plupart de
cette cavalerie est aujourd'hui disperse. L'investissement d'Acre sera
fait ce soir: faites connatre ces nouvelles  Damiette et au Caire.

Envoyez-nous le plus de biscuit et de riz que vous pourrez, sur des
btimens qui dbarqueront  Courra ou  Tentoura: nous sommes bien
avec les habitans de ce pays, qui sont venus au devant de nous et se
comportent fort bien.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral du mont Carmel, le 28 ventose an 7 (18 mars 1799).

_Au contre-amiral Ganteaume_.

Vous donnerez l'ordre, citoyen gnral,  la flottille commande par le
capitaine Stendelet, si elle n'est pas encore sortie de Damiette, de ne
pas sortir: il fera seulement sortir _le Pluvier_, charg de riz et de
biscuit, lequel se rendra  Jaffa, o il dbarquera son chargement, et
aprs quoi il s'en retournera.

Si la flottille tait partie, vous lui enverriez l'ordre de rentrer, en
dchargeant les denres  Jaffa, si elle peut le faire sans prouver
aucun retard: elle ira  Damiette, ou, si elle le peut,  Bourlos.

Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perre de ne pas oprer sa
sortie, et, s'il l'avait opre et qu'il ne trouvt votre ordre qu'
Jaffa, de faire une tourne du ct de Candie, afin de recueillir des
nouvelles des btimens venant d'Europe, et de venir quinze ou vingt
jours aprs son dpart de Jaffa  Damiette, o il trouvera de nouvelles
instructions: dans l'intervalle du temps, il enverra  Damiette un brick
pour faire part des nouvelles qu'il aurait pu apprendre.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral du mont Carmel, le 28 ventose an 7 (18 mars 1799).

PROCLAMATION.

_Aux scheicks, ulemas, schrifs, orateurs de mosques et autres habitans
du pachalic d'Acre_.

Dieu est clment et misricordieux.

Dieu donne la victoire  qui il veut; il n'en doit compte  personne.
Les peuples doivent se soumettre  sa volont.

En entrant avec mon arme dans le pachalic d'Acre, mon intention est de
punir Djezzar-Pacha de ce qu'il a os me provoquer  la guerre, et de
vous dlivrer des vexations qu'il exerce envers le peuple. Dieu, qui tt
ou tard punit les tyrans, a dcid que la fin du rgne de Djezzar tait
arrive.

Vous, bons musulmans, habitans, vous ne devez pas prendre l'pouvante,
car je suis l'ami de tous ceux qui ne commettent point de mauvaises
actions et qui vivent tranquilles.

Que chaque commune ait donc  m'envoyer ses dputs  mon camp, afin que
je les inscrive et leur donner des sauf-conduits, car je ne peux pas
rpondre sans cela du mal qui leur arriverait.

Je suis terrible envers mes ennemis, bon, clment et misricordieux
envers le peuple et ceux qui se dclarent mes amis.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 29 ventose an 7 (19 mars 1799).

_Au fils d'Omar-Daher_.

Omar-Daher, qui pendant tant d'annes a command  Acre, dans la
Tibriade et dans toute la Galile, homme recommandable par ses grandes
actions, les talens distingus qu'il avait reus de Dieu, et la bonne
conduite qu'il a tenue en tout temps envers les Franais, dont il
a constamment encourag le commerce, a t dtruit et remplac par
Djezzar-Pacha, homme froce et ennemi du peuple. Dieu, qui tt ou tard
punit les mchans, veut aujourd'hui que les choses changent.

J'ai choisi le scheick Abbas-el-Daher, fils d'Omar-Daher en
considration de son mrite personnel, et convaincu qu'il sera comme son
pre ennemi des vexations et bienfaiteur du peuple, pour commander dans
toute la Tibriade, en attendant que je puisse le faire aussi grand que
son pre. J'ordonne donc, par la prsente, au scheick El-Beled et au
peuple de la Tibriade de reconnatre le scheick Abbas-El-Daher pour
leur scheick.

Nous l'avons en consquence revtu d'une pelisse.

J'ordonne galement au scheick El-Beled de Nazareth de lui faire
remettre les maisons, jardins et autres biens que le scheick Omar-Daher
possdait  Nazareth.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 30 ventose an 7 (20 mars 1799).

_A l'mir Bechir_.

Aprs m'tre empar de toute l'Egypte, j'ai travers les dserts et suis
entr en Syrie; je me suis empar des forts d'El-Arich, Gaza et Jaffa,
qu'avaient envahis les troupes de Djezzar-Pacha; j'ai battu et dtruit
toute son arme; je viens de l'enfermer dans la place d'Acre, dont je
suis occup depuis avant-hier  faire le sige.

Je m'empresse de vous faire connatre toutes ces nouvelles, parce que je
sais qu'elles doivent vous tre agrables, puisque toutes ces victoires
anantissent la tyrannie d'un homme froce qui a fait autant de mal  la
brave nation druse qu'au genre humain.

Mon intention est de rendre la nation druse indpendante, d'allger
le tribut qu'elle paye, et de lui rendre le port de Bezuth, et autres
villes qui lui sont ncessaires pour les dbouchs de son commerce.

Je dsire que le plus tt possible vous veniez vous-mme ou que vous
envoyiez quelqu'un pour me voir ici devant Acre, afin de prendre tous
les arrangemens ncessaires pour vous dlivrer de nos ennemis communs.

Vous pourrez faire proclamer dans tous les villages de la nation druse
que ceux qui viendront apporter des vivres au camp et surtout du vin et
de l'eau-de-vie, seront exactement pays.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 1er germinal an 7 (21 mars 1799).

_Au scheick Mustapha-Bkir_.

Le scheick Mustapha-Bkir, homme recommandable par ses talens et par son
crdit, qui lui ont mrit les perscutions d'Achmet-Pacha, qui l'a tenu
sept ans dans les fers, est nomm commandant de Saffet et du port de
Guerbanet Yakoub.

Il est ordonn  tous les scheicks et habitans de lui prter main-forte
pour arrter les Musselinins, les troupes de Djezzar et autres qui
s'opposeront  l'excution de nos ordres: il a t  cet effet revtu
d'une pelisse. Il lui est expressment recommand de ne commettre aucune
vexation envers les fellahs et de repousser avec courage tous ceux qui
prtendraient entrer sur le territoire du pachalic d'Acre.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 2 germinal an 7 (22 mars 1799).

_A l'adjudant-gnral Almeyras_.

Je vous ai expdi deux bateaux le 13 et le 16, pour vous faire
connatre nos besoins d'artillerie. Les boulets que nous a envoys
l'ennemi, joints a ceux que vous nous avez fait passer  Jaffa, nous
mettent  mme de pouvoir attaquer dans trois ou quatre jours.

Tout le pays est entirement soumis et dvou; une arme venue de Damas
a t compltement battue; le gnral Junot, avec trois cents hommes de
la deuxime lgre, a battu trois  quatre mille hommes de cavalerie, en
a mis cinq  six cents hors de combat, et pris cinq drapeaux: c'est une
des affaires brillantes de la guerre.

Ne perdez pas de vue les fortifications et les approvisionnemens de
Lesbeh; car, si l'hiver et le printemps nous nous sommes battus en
Syrie, il serait possible que cet t une arme de dbarquement nous mt
 mme d'acqurir de la gloire  Damiette.

Donnez de vos nouvelles au gnral Dugua.

BONAPARTE.




An camp d'Acre, le 7 germinal an 7 (27 mars 1799)

_Au Mollah Murad-Radeh  Damas_.

Je m'empresse de vous apprendre, afin que vous en fassiez part  vos
compatriotes de Damas, mon entre en Syrie. Djezzar-Pacha ayant fait
une invasion en Egypte, et ayant occup le fort d'El-Arich avec; ses
troupes, je me suis vu oblig de traverser les dserts pour m'opposer
 ses agressions: Dieu, qui a dcid que le rgne des tyrans tant en
Egypte qu'en Syrie devait tre termin, m'a donn la victoire. Je me
suis empar de Gaza, Jaffa et Caffa, et je suis devant Acre, qui d'ici
 peu de jours sera en mon pouvoir.

Je dsire que vous fassiez connatre aux ulemas, aux schrifs et aux
principaux scheicks de Damas, ainsi qu'aux agas des janissaires, que mon
intention n'est point de rien faire qui soit contraire  la religion,
aux habitans et aux proprits des gens du pays: en consquence je
dsire que la caravane de la Mecque ait lieu comme  l'ordinaire.
J'accorderai,  cet effet, protection et tout ce dont elle aura besoin:
il suffit qu'on me le fasse savoir.

Je dsire que, dans cette circonstance essentielle, les habitans de
Damas se conduisent avec la mme prudence et la mme sagesse que les
habitans du Caire; ils me trouveront le mme, clment et misricordieux
envers le peuple, et zl pour tout ce qui peut intresser la religion
et la justice.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 13 germinal an 7 (2 avril 1799).

_A l'adjudant-gnral Almeyras._

J'expdie  Damiette un btiment, pour vous donner des nouvelles de
l'arme et porter des lettres du gnral Dommartin au commandant
de l'artillerie, au contre-amiral Ganteaume et au commandant de la
flottille.

Je vous prie de prendre toutes les mesures pour nous envoyer le plus
promptement possible toutes les munitions de guerre qui sont  Damiette,
sur des djermes. Le gnral Dugua me mande qu'il a envoy  Damiette
deux mille boulets de 12 et de 8, et des obusiers. Si nous les avions
ici, Saint-Jean d'Acre serait bientt pris. Nous prouvons une grande
pnurie de munitions de guerre.

Les forts de Saffet-Sour et la plus grande partie des montagnes qui nous
entourent, sont soumis; donnez ces nouvelles au Caire et  Alexandrie:
une partie de l'arme ne tardera pas  tre de retour.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 16 germinal an 7 (5 avril 1799).

_Au mme._

Je vous ai expdi le 13 un bateau avec un officier de marine, pour vous
faire connatre le besoin que nous avons de munitions de guerre: de peur
qu'il ne soit pas arriv, je vous en expdie un second.

Faites porter sur des djermes ou sur tout autre btiment, tous les
boulets de 12 et de 8 d'obusiers, et les cartouches d'infanterie que
vous aurez  votre disposition  Damiette.

Envoyez-nous galement les pices d'un calibre suprieur  8, qui
seraient arrives d'Alexandrie  Damiette, ou qui se trouveraient 
Damiette par un accident quelconque: ces btimens iront droit  Jaffa,
o ils dbarqueront leurs munitions de guerre.

Donnez de nos nouvelles  Alexandrie et au Caire. L'arme est
abondamment pourvue de tout, et tout va fort bien; tous les peuples se
soumettent: les Mutuelis, les Maronites et les Druses sont avec nous.
Damas n'attend plus que la nouvelle de la prise de Saint-Jean d'Acre
pour nous envoyer ses clefs; les Maugrabins, les mameloucks et autres
troupes de Djezzar se sont battues entre elles: il y a eu beaucoup de
sang rpandu.

Par les dernires nouvelles que j'ai reues d'Europe, les rois de
Sardaigne et des Deux-Siciles n'existent plus. L'empereur a dsavou la
conduite du roi de Naples, la paix de Rastadt tait sur le point d'tre
conclue; ainsi la paix gnrale n'tait pas encore trouble: il faisait
un froid excessif.

Envoyez des ordres  Catieh pour faire filer sur l'arme le plus
promptement possible les munitions de guerre qui peuvent y tre. Je
compte sur votre intelligence et sur votre zle pour faire passer sans
dlai les munitions de guerre que je vous ai demandes.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 16 germinal an 7 (5 avril 1799).

_A l'adjudant-gnral Grzieux._

Je vous rexpdie, citoyen gnral, le bateau qui nous est arriv ce
matin de Jaffa, pour vous faire connatre nos besoins.

Il y a huit jours qu'un bataillon avec tous les moyens de charrois du
parc, est parti pour prendre  Jaffa des pices de 4 et autres munitions
de guerre: nous esprons qu'il sera de retour demain.

Le contre-amiral Ganteaume a expdi, il y a quatre jours, un officier
sur un btiment, pour Damiette: j'apprends qu'il a pass  Jaffa.

Il a t expdi a Damiette pour porter des ordres pour que toutes les
munitions de guerre qui sont  Damiette partent pour Jaffa.

Nous avons le plus grand besoin de boulets de 12, de 8, d'obus et de
bombes, des mortiers de Jaffa et des cartouches d'infanterie: ce ne sera
qu' leur arrive que nous pourrons attaquer et prendre Acre.

Ds l'instant que le convoi par terre sera arriv, on le laissera
reposer un jour, et on le renverra pour aller prendre  Jaffa les
munitions de guerre qui pourraient y tre arrives.

Faites mettre sur une djerme trois des obusiers turcs que nous avons
trouvs  Jaffa avec tous les obus propres  ces obusiers, qui se
trouvent  Jaffa.

Faites mettre aussi toutes les bombes des mortiers que nous avons
trouves  Jaffa, et qui ne seraient pas parties par terre.

Le btiment peut se rendre  Tentoura, o il dbarquera, s'il y trouve
des troupes franaises; sinon il profitera de la nuit pour venir 
Caffa.

Le commodore Sidney Smith avec les deux vaisseaux _le Tigre_ et _le
Thse_, aprs avoir t absent dix jours, vient de rtablir sa
croisire depuis deux jours. La flotte du citoyen Stendelet a reu ordre
de se rendre  Jaffa; il dbarquera les vivres et l'artillerie qu'il
peut avoir.

L'aviso _l'Etoile_ a ordre de dsarmer et de laisser les deux pices de
18 que vous nous enverrez par le prochain convoi.

Le contre-amiral Perre a reu galement l'ordre de faire arriver 
Jaffa trois pices de 24, quatre de 18 et des mortiers, avec sis cents
boulets de 12.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 19 germinal an 7 (8 anil 1799).

_Au gnral Marmont._

Vous aurez sans doute reu, citoyen gnral, les diffrentes lettres que
je vous ai crites depuis la prise d'El-Arich jusqu' celle de Jaffa.

Nous sommes depuis quinze jours devant Saint-Jean d'Acre, o nous tenons
enferm Djezzar-Pacha. La grande quantit d'artillerie que les Anglais
y ont jete avec un renfort de canonniers et d'officiers, joint  notre
peu d'artillerie, a retard la prise de cette place; mais les deux
vaisseaux de guerre anglais se sont lchs hier contre nous, et nous ont
tir plus de deux mille boulets, ce qui nous en a approvisionns: j'ai
donc lieu d'esprer que sous peu de jours nous serons matres de cette
place.

Nous sommes matres de Saffet-Sour: les Mutuelis et les Druses sont avec
nous.

J'espre que vous n'aurez pas perdu un instant pour l'armement et pour
l'approvisionnement d'Alexandrie, et que vous serez en mesure pour
recevoir les ennemis, s'ils se prsentent de ce ct. Je compte, dans
le mois prochain, tre en Egypte et avoir fini toute mon opration de
Syrie.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 24 germinal an 7 (13 avril 1799).

_Au gnral Klber._

J'ai reu, citoyen gnral, vos diffrentes lettres.

L'adjudant-gnral Leturcq, qui est arriv  Caffa avec le convoi, nous
apporte de quoi faire une grande quantit de cartouches. Ds l'instant
qu'elles seront faites, on vous en enverra le plus qu'il sera possible.

Le gnral Murat laissera  Saffet les cent cinquante hommes de la
vingt-cinquime que vous aviez laisss  Caffa; vous les prendrez l
pour les placer o vous jugerez  propos. Je dsirerais qu'avec le reste
de sa colonne il pt tre de retour pour l'assaut d'Acre, qui pourra
avoir lieu le 30.

Ecrivez  Gherrar qu'il a tort de se mler d'une querelle qui le
conduira  sa perte: comment, lui qui a eu tant  se plaindre d'un homme
aussi froce que Djezzar, peut-il exposer la fortune et la vie de ses
paysans pour un homme aussi peu fait pour avoir des amis? que sous
peu de jours Acre sera pris, et Djezzar puni de tous ses forfaits, et
qu'alors il regrettera, peut-tre trop tard, de ne pas s'tre conduit
avec plus de sagesse et de politique. Si cette lettre est nulle, elle ne
peut, dans aucun cas, faire un mauvais effet.

Votre bataille est fort bonne; cela ne laisse pas de beaucoup dgoter
cette canaille, et j'espre que si vous les revoyez, vous pourrez
trouver moyen d'avoir leurs pices.

Est-il bien sr que le pont, qui est plus bas que le lac Tabarieh, soit
dtruit? Les habitans du pays, dans les diffrens renseignemens qu'ils
me donnent, me parlent toujours de ce pont comme si les renforts
pouvaient venir par l, et ds lors comme s'il n'tait pas dtruit.

Le mont Thabor est tmoin de vos exploits. Si ces gens-l tiennent un
peu, et que vous ayez une affaire un peu chaude, cela vous vaudra les
clefs de Damas.

Si dans les diffrens mouvemens qui peuvent se prsenter, vous trouvez
moyen de vous mettre entre eux et le Jourdain, il ne faudrait pas tre
retenu par l'ide que cela les ferait marcher sur nous. Nous nous tenons
sur nos gardes, nous en serions bien vite prvenus, et nous irions 
leur rencontre; mais alors il faudrait que vous les poursuivissiez en
queue assez vivement. Mais je sens que ces gens-l ne sont pas assez
rsolus pour cela. Si cela arrivait, ils s'parpilleraient tout
bonnement en route.

J'ai envoy, il y a trois jours,  Saffet un homme qui est depuis Jaffa
avec nous, pour avoir une confrence avec Ibrahim-Bey, et doit tre de
retour demain, et, si la cavalerie qui est devant Saffet l'a empch
de remplir sa mission, je vous l'enverrai: il sera plus  porte de la
remplir de chez vous.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 25 germinal an 7 (14 avril 1799).

_Au gnral Marmont._

J'imagine qu' l'heure qu'il est, citoyen gnral, vous aurez
approvisionn le fort de Raschid de mortiers avec de bonnes pices 
cinq cents coups au moins.

J'ai reu votre lettre du 8 germinal, et j'ai appris avec plaisir que
_le Pluvier_ s'tait sauv  Alexandrie: il doit avoir douze cents
quintaux de riz  son bord; vous pouvez vous en servir pour augmenter
vos approvisionnemens.

Recrutez et compltez les quatre bataillons qui sont sous vos ordres,
ainsi que la lgion nautique. Les recrues que vous nous avez envoyes
d'Alexandrie se sont sauves  la premire affaire, ont tenu bon  la
seconde., et se battent aujourd'hui tous les jours  la tranche avec le
plus grand courage.

Le gnral Junot s'est couvert de gloire le 19, au combat de Nazareth;
avec trois cents hommes de la deuxime d'infanterie lgre, il a battu
quatre mille hommes de cavalerie; il a pris cinq drapeaux et tu ou
bless prs de six cents hommes: c'est une des affaires brillantes de la
guerre.

Notre sige avance: nous avons une galerie de mine qui dj dpasse la
contrescarpe, chemine sous le foss  trente pieds sous terre, et n'est
plus qu' dix-huit pieds du rempart.

Sur le front d'attaque, nous avons deux batteries  soixante toises, et
quatre  cent toises, pour contrebattre les flancs. Depuis quinze jours
nous ne tirons pas un seul boulet: l'ennemi tire comme un enrag; nous
nous contentons de ramasser humblement ses boulets, de les payer vingt
sous et de les entasser au parc, o il y en a dj prs de quatre mille.
Vous voyez qu'il y a de quoi faire un beau feu pendant vingt-quatre
heures, et faire une bonne brche. J'attends, pour donner le signal, que
le mineur puisse faire sauter la contrescarpe  l'extrmit d'une double
sape, qui marche droit a une tour. Nous sommes encore  huit toises de
la contrescarpe: c'est l'histoire de deux nuits. L'ennemi nous a tir
trois ou quatre mille bombes; il y a dans la place beaucoup d'Anglais et
d'migrs franais: vous sentez que nous brlons d'y entrer: il y a 
parier que ce sera le 1er floral: le sige,  dfaut d'artillerie et
vu l'immense quantit de celle de l'ennemi, est une des oprations
qui caractrisent le plus la constance et la bravoure de nos troupes:
l'ennemi tire ses bombes avec une grande prcision. Jusqu' cette heure,
ce sige nous cote soixante hommes tus et trente blesss. L'adjoint
Mailly, les adjudans-gnraux Lescale et Hacigue sont du nombre des
premiers.

Le gnral Caffarelli, mon aide-de-camp Duroc, Eugne,
l'adjudant-gnral Valentin, les officiers de gnie Sanson, Say et
Souhait sont du nombre des blesss; on a t oblig d'amputer le bras du
gnral Caffarelli: sa, blessure va bien.

Damas n'attend que la nouvelle de la prise d'Acre pour se soumettre.

Je serai dans le courant de mai de retour en Egypte: profitez des
btimens de transport qui partiraient, ou expdiez-en un pour donner de
nos nouvelles en France. Vous avez d recevoir la relation de Jaffa, qui
a t imprime.

Approvisionnez-vous, et que vos soins ne se bornent pas  Alexandrie;
songez que cela n'est rien si le fort de Raschid n'est pas en tat de
faire une bonne rsistance; il faut qu'il y ait un bon massif de terre,
des mortiers, des obusiers, des canons approvisionns  six cents coups
par pice. Aprs avoir fortifi votre arrondissement, vous aurez la
gloire de le dfendre cet t: je vous rpte ce que je vous ai dit dans
ma lettre du 21 pluviose, de me faire faire une bonne carte de votre
arrondissement, en y comprenant une partie du lac Bourlos: vous savez
combien cela est ncessaire dans les oprations militaires.

Faites connatre dans votre arrondissement que j'ai revtu le fils
de Daher, et que je l'ai reconnu le scheick de Saffet et du pachalic
d'Acre.

Nous pourrions bien aujourd'hui donner un million si nous avions ici les
pices de sige embarques  Alexandrie.

Si les Anglais laissent la sortie un peu libre, vous pourriez envoyer
un petit btiment  Jaffa pour me porter de vos nouvelles et pour en
recevoir des ntres; il faudrait qu'il ft assez petit pour pouvoir
aller  Damiette ou sur le lac Bourlos.

BONAPARTE.




Au camp d'Acre, le 25 germinal an 7 (14 avril 1799).

_Au commandant de Jaffa._

Je vous envoie, citoyen commandant, un nouveau convoi par terre, pour
prendre les pices et les munitions de guerre qui se trouvent  Jaffa.

Faites filer par mer sur des bateaux  Tentoura tout ce que le convoi ne
pourra pas porter.

Faites l'inspection des diffrens magasins, et veillez  ce que les
garde-magasins soient en rgle,  ce que les hpitaux soient tenus
proprement et qu'on y trouve tous les secours que permettent les
circonstances.

BONAPARTE.




Au mont Thabor, le 29 germinal an 7 (18 avril 1799).

_Au gnral Ganteaume._

Je reois a l'instant la lettre par laquelle vous m'annoncez l'arrive
du contre-amiral Perre  Jaffa; vous lui enverrez sur-le-champ l'ordre
1. de rembarquer deux pices de 18 avec la moiti des boulets de 12,
qu'en consquence de votre ordre il avait laisss  Jaffa.

2. De remplacer les pices de 18, qu'il se trouve avoir laisses 
Jaffa, par un pareil nombre de pices de 12, qu'il prendrait sur _la
Courageuse_. Si _l'Etoile_ tait arrive, il pourrait prendre les pices
de 18 de _l'Etoile_, pour se complter. Si la grosse mer s'opposait 
tous ses mouvemens, et lui faisait perdre trop de temps, vous lui ferez
sentir que, dans sa position, il faut qu'il calcule avant tout le temps.

3. Laissez le contre-amiral Perre matre de se porter soit sur Candie,
soit sur Chypre, afin de pouvoir reparatre du 6 an 10 du mois prochain,
soit sur Jaffa, soit sur Sour.

La place d'Acre sera prise alors, et je l'expdierai en Europe avec
une mission particulire. Pour peu que le contre-amiral Perre soit
poursuivi par l'ennemi, vous le laisserez matre de se rfugier soit 
Alexandrie, soit dans un port d'Europe; dans ce dernier cas, vous lui
ferez connatre que j'attends de lui qu'il ne tarde pas  nous amener
des fusils, des sabres et quelques renforts, ne ft-ce que quelques
centaines d'hommes. Il pourra diriger sa marche sur Damiette, sur Jaffa,
sur Saint-Jean d'Acre ou sur Sour, et, s'il avait plus de quinze cents
hommes, il pourrait mme les dbarquer  Derne.

Faites-lui sentir cependant que je compte assez sur son zle et sur ses
talens pour esprer qu'il pourra croiser huit jours, faire beaucoup de
mal aux Anglais, dont les vaisseaux marchands couvrent le Levant.

Dans tous les cas, mon intention est que, avec ses trois frgates, il
hasarde un de ses meilleurs avisos, en se dirigeant sur Sour. Vous
connaissez-la position dans laquelle nous sommes, la situation de la
cte; ajoutez-y tout ce que les connaissances de votre mtier peuvent
vous suggrer.

Le contre-amiral Perre est autoris  prendre tous les gros btimens
turcs.

Si les vents le poussaient du ct de Tripoli, de Syrie, faites-lui
connatre que les Anglais reoivent leurs vivres et leurs munitions de
ce ct, et qu'il pourrait leur intercepter quelque convoi.

En tout cas, j'imagine que vous lui direz de porter toujours pavillon
anglais et de se tenir fort loin des ctes.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au citoyen Fourier, commissaire prs le divan._

J'ai reu, citoyen, vos diffrentes lettres.

Je vous autorise  correspondre avec l'Institut national, pour lui
tmoigner au nom de l'Institut d'Egypte le dsir, qu'il a de recevoir
promptement les diffrentes commissions  faire, et l'empressement que
l'Institut d'Egypte mettra  y rpondre.

Faites connatre au divan du Caire les succs que nous avons eus contre
nos ennemis, la protection que j'ai accorde  tous ceux qui se sont
bien comports, et les exemples svres que je fais des villes et des
villages qui se sont mal conduits, entre autres celui de Djerme, habit
par Gherrar, scheick de Naplouse.

Annoncez au divan que lorsqu'il recevra cette lettre, Acre sera pris,
et que je serai en route pour me rendre au Caire, o j'ai autant
d'impatience d'arriver que l'on en a de m'y voir.

Un de mes premiers soins sera de rassembler l'Institut, et de voir si
nous pouvons parvenir  avancer d'un pas les connaissances humaines.

BONAPARTE




Devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au gnral Desaix._

Je reois, citoyen gnral,  l'instant vos lettres depuis le 8 pluviose
au 27 ventose.

Je les ai lues avec tout l'intrt qu'elles inspirent. Je vois surtout
avec plaisir que vous vous disposez  vous emparer de Cosseir; sans ce
point-l, vous ne serez jamais tranquille. La marine a encore dans ce
point du mes esprances.

Je serai de retour en Egypte dans le courant du mois. Je compte tre
matre d'Acre dans six jours.

Le gnral Dugua me mande qu'il vous a envoy tous les objets que vous
avez demands, je le lui recommande avec toutes les instances possibles.

Nous avons eu affaire,  la bataille du Mont-Thabor,  prs de trente
mille hommes: c'est  peu prs un contre dix. Les janissaires de Damas
se battaient au moins aussi bien que les mameloucks; et les Arnautes,
Maugrabins, Naplousins sont sans contredit les meilleures troupes de
l'Europe. Au reste, par vos lettres je vois que nous n'avons rien  vous
conter, que vous n'ayez  nous rpondre.

Assurez tous les braves qui sont sous vos ordres de l'empressement que
je mettrai  rcompenser leurs services et  les faire connatre  la
France entire.

Le contre-amiral Perre, avec _la Junon_, _l'Alceste_ et _la
Courageuse_, nous a amen  Jaffa des pices de sige, et est en ce
moment derrire la flotte anglaise, lui enlevant ses avisos, btimens
de transport, etc. Il fera des prises immenses, et nous enverra  Tyr,
Jaffa et Acre, lorsque nous en serons matres, de frquentes nouvelles
de l'Europe.

Vous avez appris, par le Caire, les dernires nouvelles de France et
d'Europe. Rien ne prouvait encore qu'il y et la guerre.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au chef de l'tat-major gnral._

Le commandant de la croisire anglaise devant Acre ayant eu la barbarie
de faire embarquer, sur un btiment qui avait la peste, les prisonniers
franais faits sur les deux tartanes charges de munitions, qu'il a
prises prs de Caffa, dans la sortie qui a eu lieu le 18; les anglais
ayant t remarqus  la tte des barbares, et le pavillon anglais ayant
t au mme instant arbor sur plusieurs tours de la place; la conduite
froce qu'ont tenue les assigs en coupant la tte  deux volontaires
qui avaient t tus, doit tre attribue au commandant anglais;
conduite si oppose aux honneurs que l'on a rendus aux officiers et
soldats anglais trouvs sur le champ de bataille, et aux soins que l'on
a eus des blesss et des prisonniers.

Les Anglais tant ceux qui dfendent et approvisionnent Acre, la
conduite horrible de Djezzar, qui a fait trangler et jeter  l'eau,
les mains lies, plus de deux cents chrtiens, naturels du pays, parmi
lesquels se trouvait le secrtaire d'un consul franais, doit galement
tre attribue  cet officier, puisque, par les circonstances, le pacha
se trouve entirement sous sa dpendance.

Cet officier refusant d'ailleurs d'excuter aucun des articles d'change
tabli entre les deux puissances; et ses propos dans toutes les
communications qui ont eu lieu, ses dmarches depuis qu'il est en
croisire tant celles d'un fou, mon intention est que vous donniez
des ordres aux diffrens commandans de la cte pour qu'on cesse toute
communication avec la flotte anglaise, actuellement en croisire dans
ces mers.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 2 floral an 7 (21 avril 1799).

_Au gnral Klber._

J'ai reu, citoyen gnral, vos lettres des 29 germinal et 1er floral.

Nos mineurs sont depuis vingt-quatre heures sous la tour; demain ils
commencent le travail pour les fourneaux: ils esprent le 4 faire sauter
la tour.

Nos pices de 24 sont en chemin: nous les attendons le 4.

Une seconde flottille, que j'avais fait prparer  Alexandrie, et qui
tait en station au lac Bourlos, vient d'arriver.

Une troisime flottille, que j'avais fait prparer  Alexandrie, et qui
tait en station  Damiette depuis un mois, vient de partir, charge de
grosses pices et de mortiers. Tous ces moyens ne sont pas ncessaires
pour prendre Acre: la russite d'un seul suffit. Si nous n'tions mme 
regarder  vingt-quatre heures prs, les moyens que nous avons au parc
seraient suffisans.

Le citoyen Perre, qui, avec ses trois frgates, voltige  vingt et
trente lieues d'Acre, a dj fait des prises, et il est probable que
cette flottille s'enrichira et fera beaucoup de mal aux ennemis. M.
Smith n'en sait encore rien; car il tire des boulets fort et ferme.

Faites faire par votre officier du gnie un croquis du cours du Jourdain
depuis le pont d'Iacoub jusqu' quatre lieues plus bas que celui de
Medjam, avec la nature du terrain  une lieue sur l'une et l'autre
rive.

Ordonnez des reconnaissances  quatre lieues en avant de chaque pont,
afin de bien reconnatre la nature du terrain.

Faites-moi faire une note par vos officiers de gnie et d'artillerie sur
le degr de dfense dont seraient susceptibles les ponts d'Iacoub et de
Medjam, les forts de Safit et de Tabarih.

BONAPARTE.




An camp devant Acre, le 8 floral an 7 (27 avril 1799).

_Au mme._

La mine, citoyen gnral, a jou le 5; elle n'a point fait l'effet que
les mineurs en attendaient: une partie de la muraille de terre s'est
cependant croule avec tous les dcombres, ainsi que la plus grande
partie des trois votes; le foss,  dix toises de chaque ct, a
absolument disparu. Nous n'avons pu nous emparer d'une petite vote
suprieure, qui nous aurait mis  mme de nous emparer de toutes
les maisons de gauche, et nous aurait donn l'entre dans la place.
Plusieurs barils de poudre enflamms que l'ennemi a jets dans la
brche, ont beaucoup effray les trente grenadiers qui taient dj
parvenus a se loger. Nous avons canonn toute la journe du 6. Nous
avons eu dans le centre de la tour, pendant toute la journe du 6 au 7,
vingt hommes de logs; ils n'ont pas pu parvenir  se loger  l'endroit
convenable, et nous avons d abandonner le logement qu'ils s'taient
fait, avant le jour. Hier et aujourd'hui nous canonnons. Nos boyaux vont
jusqu'au pied de la brche, de sorte que l'on arrive  couvert jusque
dans l'intrieur de la tour.

Nos pices de 18 et de 24 arrivent demain ou aprs demain. Les munitions
qui nous sont arrives hier de Damiette, nous mettent  mme de
continuer notre feu. L'ennemi ne tire plus que des bombes, hormis M.
Smith, qui ne nous laisse pas de repos, mme la nuit, et ne produit
d'autre mal que de ruiner notre caisse.

Ou dit que le corps des Dilettis s'est port  huit lieues en avant de
Damas, en forme d'avant-garde, et que leur peur commence  passer.

Faites votre possible pour approvisionner et amliorer nos ttes de
ponts.

Les Naplousins paraissent vouloir bien se conduire. Ghrar a rpondu 
la lettre que je lui avais crite.

Le gnral Damas est arriv  Damiette.

L'Egypte est parfaitement tranquille.

Le gnral Caffarelli est mort.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_Au citoyen Bart, commandant  Jaffa._

Tous les savons qui se trouvaient dans la savonnerie de Sdon-Harau
doivent rester au profit de la rpublique.

Je compte sur votre zle pour nous faire passer le plus tt possible la
poudre dont nous avons le plus grand besoin.

Veillez, je vous prie,  ce qu'on ne dilapide pas nos magasins.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_Au gnral Junot._

Vous pouvez assurer, citoyen gnral, le scheick Saleh-Daher que
mon intention est de le nommer scheick de Sad, place qui, par son
importance, est au-dessus de Scheffamme. Qu'il tche de rassembler le
plus de monde possible, afin de pouvoir se maintenir dans ce poste, que
je ne tarderai pas  lui mettre entre les mains.

Faites-moi passer toutes les nouvelles que vous pourrez avoir de Damas.

Nos pices de 18 et de 24 sont arrives. Nous esprons sous peu de
jours, malgr la grande obstination des assigs, entrer dans Acre. Le
feu de leur artillerie est entirement teint.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_Au gnral Klber._

J'envoie tous les ingnieurs gographes qui sont au camp, pour prendre
le croquis du pays. Vous sentez combien il est essentiel de leur
rpartir la besogne, afin que j'aie le plus tt possible un canevas du
pays.

Nos pices de 18 jouent depuis deux jours. La tour n'est plus qu'une
ruine; le flanc qui s'opposait au passage du foss est ruin. L'ennemi
n'a plus qu'un seul canon qui tire; sentant qu'il ne peut plus dfendre
ses murailles, il a couronn ses glacis par des boyaux, o il est
protg par la mousqueterie de la place, et empche l'abord des
diffrentes brches: cela nous engage dans des affaires pnibles. Une
compagnie de grenadiers avait canonn hier la brche; ils sortirent de
leurs boyaux avec tant d'imptuosit, qu'il fallut passer tout la soire
 les faire rentrer dans la place. Ils ont perdu beaucoup de monde; nous
avons eu trente blesss et douze  quinze tus, parmi lesquels le chef
de la quatre-vingt-cinquime, qui tait de tranche. Aprs-demain nous
plaons nos pices de 24 pour faire une brche, et ds l'instant qu'elle
sera praticable, nous donnons un assaut gnral et en masse.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_Au commandant du gnie._

Je vous prie, citoyen commandant, d'envoyer les citoyens Jacotin et
Favier, ingnieurs-gographes, pour lever  la main le cours du Jourdain
et les diffrentes gorges qui y aboutissent, ainsi que la position du
gnral Klber. Ils se rendront aujourd'hui au camp de ce gnral.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_A l'ordonnateur en chef._

Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre au payeur de tenir en
Egypte cent mille francs  votre disposition. Il fera escompter sur
cette somme tout ce que l'ordonnateur charg du service aura dpens.

Faites activer le plus qu'il vous sera possible l'vacuation de vos
blesss et de vos malades sur Damiette.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 13 floral an 7 (2 mai 1799).

_Au mme._

Donnez, citoyen ordonnateur, au citoyen Desgenettes, une ordonnance de
2,000 francs sur le Caire. J'ai crit  Paris, pour qu'il soit pay la
mme somme  la femme du citoyen Larrey.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 20 floral an 7 (9 mai 1799).

_Au contre-amiral Perre._

Le contre-amiral Ganteaume vous fait connatre, citoyen gnral, ce que
vous avez  faire pour enlever quatre  cinq cents blesss que je fais
transporter  Tentoura, et qu'il est indispensable que vous transportiez
 Alexandrie et  Damiette: vous vaincrez, par votre intelligence, vos
connaissances nautiques et votre zle, tous les obstacles que vous
pourriez rencontrer; vous et vos quipages acquerrez plus de gloire par
cette action que par le combat le plus brillant: jamais croisire n'aura
t plus utile que la vtre, et jamais frgates n'auront rendu un plus
grand service  la rpublique.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 21 floral an 7 (10 mai 1799).

_Au Directoire excutif._

Je vous ai fait connatre qu'Achmet Djezzar, pacha d'Acre, de Tripoli
et de Damas, avait t nomm pacha d'Egypte, qu'il avait runi un corps
d'arme, et avait port son avant-garde  El-Arich, menaant le reste de
l'Egypte d'une invasion prochaine;

Que les btimens de transport turcs se runissaient dans le port de
Miri, menaant de se porter devant Alexandrie, dans la belle saison; que
par les mouvemens qui existaient dans l'Arabie, on devait s'attendre que
le nombre des gens d'Yambo qui avaient pass la mer Rouge, augmenterait
au printemps.

Vous avez vu, par ma dernire dpche, la rapidit avec laquelle l'arme
a pass le dsert, la prise d'El-Arich, de Gaza, de Jaffa, la dispersion
de l'arme ennemie, qui a perdu ses magasins, une partie de ses
chameaux, ses outres et ses quipages de campagne.

Il restait encore deux mois avant la saison propre au dbarquement,
je rsolus de poursuivre les dbris de l'arme ennemie, et de nourrir
pendant deux mois la guerre dans le coeur de la Syrie.

_Affaire de Kakoun._

Le 25 ventose,  dix heures du matin, nous apermes, au del du village
de Kakoun, l'arme ennemie, qui avait pris position sur nos flancs; sa
gauche compose de gens de Naplouse, anciens Samaritains, tait appuye
 un mamelon d'un accs difficile; la cavalerie tait forme  droite.

Le gnral Klber se porta sur la cavalerie ennemie; le gnral Lannes
attaqua la gauche; le gnral Murat dploya sa cavalerie au centre.

Le gnral Lannes culbuta l'ennemi, tua beaucoup de monde, et le
poursuivit pendant deux lieues dans les montagnes.

Le gnral Klber, aprs une lgre fusillade, mit en fuite la droite
des ennemis, et les poursuivit vivement; ils prirent le chemin d'Acre.

_Combat de Caffa._

Le 27,  huit heures du soir, nous nous emparmes de Caffa; une escadre
anglaise tait mouille dans la rade.

Quatre pices d'artillerie de sige, que j'avais fait embarquer 
Alexandrie sur quatre btimens de transport, furent prises  la hauteur
de Caffa par les Anglais.

Plusieurs bateaux chargs de bombes et de vivres chapprent et vinrent
mouiller  Caffa: les Anglais voulurent les enlever; le chef d'escadron
Lambert les repoussa, leur blessa ou tua cent hommes, fit trente
prisonniers, et s'empara d'une grosse chaloupe avec une caronade de
trente-six.

Nous n'avions plus  mettre en batterie devant Acre que notre quipage
de campagne: nous battmes en brche une tour qui tait la partie la
plus saillante de la ville; la mine manqua, la contrescarpe ne sauta
pas. Le citoyen Mailly, adjoint  l'tat-major, qui se porta pour
reconnatre l'effet de la mine, fut tu. Vous verrez, par le journal du
sige, que les 6, 10, 18, et 26 germinal, l'ennemi fit des sorties vives
o il fut repouss avec de grandes pertes par le gnral Vial.

Que, le 12, nos mineurs firent sauter la contrescarpe, mais que la
brche ne se trouva pas praticable.

Le 11, le gnral Murat prit possession de Saffet, l'ancienne Bthulie.
Les habitans montrent l'endroit o Judith tua Holopherne. Le mme jour,
le gnral Junot prit possession de Nazareth.

_Combat de Nazareth._

Cependant une arme nombreuse s'tait mise en marche de Damas, elle
passa le Jourdain le 17.

L'avant-garde se battit toute la journe du 19 contre le gnral Junot
qui, avec cinq cents hommes des deuxime et dix-neuvime demi-brigades,
la mit en droute, lui prit cinq drapeaux, et couvrit le champ de
bataille de morts; combat clbre, et qui fait honneur au sang-froid
franais.

_Combat de Cana._

Le 20, le gnral Klber partit du camp d'Acre, il marcha  l'ennemi, et
le rencontre prs du village de Cana; il se forma en deux carrs: aprs
s'tre canonn et fusill une partie de la journe, chacun rentra dans
son camp.

_Bataille du mont Thabor._

Le 22, l'ennemi dborda la droite du gnral Klber, et se porta dans la
plaine d'Esdrlon pour se joindre aux Naplousins.

Le gnral Klber se porta entre le Jourdain et l'ennemi, tourna le mont
Thabor, et marcha toute la nuit du 26 au 27 pour l'attaquer de nuit.

Il n'arriva en prsence de l'ennemi qu'au jour; il forma sa division en
bataillon carr: une nue d'ennemis l'investit de tous cts; il essuya
toute la journe des charges de cavalerie: toutes furent repousses avec
la plus grande bravoure.

La division Bon tait partie le 25  midi du camp d'Acre, et se trouva
le 27,  neuf heures du matin, sur les derrires de l'ennemi qui
occupait un immense champ de bataille. Jamais nous n'avions vu tant de
cavalerie caracoler, charger, se mouvoir dans tous les sens; on ne se
montra point, notre cavalerie enleva le camp ennemi qui tait  deux
heures du champ de bataille. On prit plus de quatre cents chameaux et
tous les bagages, spcialement ceux des mameloucks.

Les gnraux Vial et Rampon,  la tte de leurs troupes formes en
bataillons carrs, marchrent dans diffrentes directions, de manire
 former, avec la division Klber, les trois angles d'un triangle
quilatral de deux mille toises de ct: l'ennemi tait au centre.

Arrivs  la porte du canon, ils se dmasqurent: l'pouvante se mit
dans les rangs ennemis; en un clin d'oeil, cette nue de cavaliers
s'coula en dsordre, et gagna le Jourdain; l'infanterie gagna les
hauteurs, la nuit la sauva.

Le lendemain, je fis brler les villages de Djnyn, Noures, Oualar, pour
punir les Naplousins.

Le gnral Klber poursuivit les ennemis jusqu'au Jourdain.

_Combat de Ssafet._

Cependant le gnral Murat tait parti le 23 du camp pour faire lever
le sige de Ssafet, et enlever les magasins de Thabaryh; il battit la
colonne ennemie et s'empara de ses bagages.

Ainsi, cette arme, qui s'tait annonce avec tant de fracas, aussi
nombreuse, disaient les gens du pays, _que les toiles du ciel et les
sables de la mer_, assemblage bizarre de fantassins et de cavaliers de
toutes les couleurs et de tous les pays, repassa le Jourdain avec la
plus grande prcipitation, aprs avoir laiss une grande quantit de
morts sur le champ de bataille. Si l'on juge de son pouvante par la
rapidit de sa fuite, jamais il n'y en eut de pareille.

Vous verrez dans le journal du sige d'Acre, les diffrens travaux qui
furent faits de part et d'autre pour le passage du foss, et pour se
loger dans la tour que l'on mina et contremina;

Que, plusieurs pices de vingt-quatre tant arrives, on battit
srieusement la ville en brche, que les 7, 10 et 13 floral, l'ennemi
fit des sorties, et fut vigoureusement repouss;

Que, le 19 floral, l'ennemi reut un renfort port sur trente btimens
de guerre turcs;

Qu'il ft le mme jour quatre sorties; qu'il remplit nos boyaux de ses
cadavres;

Que nous nous logemes, aprs un assaut extrmement meurtrier, dans un
des points les plus essentiels de la place.

Aujourd'hui, nous sommes matres des principaux points du rempart.
L'ennemi a fait une seconde enceinte ayant pour point d'appui le chteau
de Djezzar.

Il nous resterait  cheminer dans la ville; il faudrait ouvrir la
tranche devant chaque maison, et perdre plus de monde que je ne le veux
faire.

La saison d'ailleurs est trop avance; le but que je m'tais propos se
trouve rempli; l'Egypte m'appelle.

Je fais placer une batterie de vingt-quatre pour raser le palais de
Djezzar, et les principaux monumens de la ville; je fais jeter un
millier de bombes qui, dans un endroit aussi resserr, doivent faire
un mal considrable. Ayant rduit Acre en un monceau de pierres, je
repasserai le dsert, prt  recevoir l'arme europenne ou turcque,
qui, en messidor ou thermidor, voudrait dbarquer en Egypte.

Je vous enverrai du Caire une relation des victoires que le gnral
Desaix a remportes dans la Haute-Egypte; il a dj dtruit plusieurs
fois les gens arrivs d'Arabie, et dissip presque entirement les
mameloucks.

Dans toutes ces affaires, un bon nombre de braves sont morts,  la
tte desquels les gnraux Caffarelli et Rambaud: un grand nombre sont
blesss; parmi ces derniers, les gnraux Bon et Lannes.

J'ai eu, depuis mon passage du dsert, cinq cents hommes tus, et le
double de blesss.

L'ennemi a perdu plus de quinze mille hommes.

Je vous demande le grade de gnral de division pour le gnral Lannes,
et le grade de gnral de brigade pour le citoyen Sougis, chef de
brigade d'artillerie.

J'ai donn de l'avancement aux officiers, dont je vous enverrai l'tat.

Je vous ferai connatre les traits de courage qui ont distingu un grand
nombre de braves.

J'ai t parfaitement content de l'arme: dans des vnemens, et dans un
genre de guerre si nouveaux pour des Europens, elle fait voir que le
vrai courage et les talens guerriers ne s'tonnent de rien, et ne se
rebutent d'aucun genre de privation. Le rsultat sera, nous l'esprons,
une paix avantageuse, un accroissement de gloire et de prosprit pour
la rpublique.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 22 floral an 7 (11 mai 1799).

_Au gnral d'artillerie Dommartin._

Je dsire, citoyen gnral, que vous preniez vos mesures de manire 
avoir quarante coups  mitraille par pice de 24,  tirer dans le cas o
l'ennemi voudrait faire des sorties, et dix  boulets; trente coups de
18 par pice  mitraille et dix  boulets; quarante coups  mitraille
par pice de 12, et dix  boulets. Vous rserverez galement vos bombes
pour les jeter au moment o l'ennemi se runirait pour faire des
sorties: vous pouvez mettre la moiti de la charge ordinaire.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral devant Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_Bonaparte, gnral en chef,  l'arme._

Soldats,

Vous avez travers le dsert qui spare l'Afrique de l'Asie avec plus de
rapidit qu'une arme Arabe.

L'arme qui tait en marche pour envahir l'Egypte est dtruite; vous
avez pris son gnral, son quipage de campagne, ses bagages, ses
outres, ses chameaux.

Vous vous tes empars de toutes les places fortes qui dfendent les
puits du dsert.

Vous avez dispers, aux champs du Mont-Thabor, cette nue d'hommes
accourus de toutes les parties de l'Asie, dans l'espoir de piller
l'Egypte.

Les trente vaisseaux que vous avez vus arriver dans Acre, il y a douze
jours, portaient l'arme qui devait assiger Alexandrie; mais oblige
d'accourir  Acre, elle y a fini ses destins: une partie de ses drapeaux
orneront votre entre en Egypte.

Enfin, aprs avoir, avec une poigne d'hommes, nourri la guerre pendant
trois mois dans le coeur de la Syrie, pris quarante pices de campagne,
cinquante drapeaux, fait six mille prisonniers, ras les fortifications
de Gaza, Jaffa, Caffa, Acre, nous allons rentrer en Egypte: la saison
des dbarquemens m'y rappelle.

Encore quelques jours, et vous aviez l'espoir de prendre le pacha mme
au milieu de son palais; mais, dans cette saison, la prise du chteau
d'Acre ne vaut pas la perte de quelques jours: les braves que je devrais
d'ailleurs y perdre sont aujourd'hui ncessaires pour des oprations
plus essentielles.

Soldats, nous avons une carrire de fatigues et de dangers  courir.
Aprs avoir mis l'orient hors d'tat de rien faire contre nous cette
campagne, il nous faudra peut-tre repousser les efforts d'une partie de
l'occident.

Vous y trouverez une nouvelle occasion de gloire; et si, au milieu de
tant de combats, chaque jour est marqu par la mort d'un brave, il faut
que de nouveaux braves se forment, et prennent rang  leur tour parmi ce
petit nombre qui donne l'lan dans les dangers, et matrise la victoire.

BONAPARTE.




Au camp devant Saint-Jean d'Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous devez avoir reu, citoyen gnral, le bataillon de la quatrime
lgre, que j'ai fait partir, il y a quinze jours, et qui,  cette
heure, doit tre arriv au Caire.

Sous trois jours je partirai avec toute l'arme pour me rendre au Caire:
ce qui me retarde, c'est l'vacuation des blesss, j'en ai six  sept
cents.

Je me suis empar des principaux points de l'enceinte d'Acre: nous
n'avons pas jug  propos de nous obstiner  assiger la deuxime
enceinte, il et fallu perdre trop de temps et trop de monde.

Djezzar a reu, il y a deux jours, une flotte de trente gros btimens
grecs et cinq  six mille hommes de renfort: cette expdition tait
destine pour Alexandrie.

Perre a pris deux de ces btimens, dans lesquels taient les
canonniers, les bombardiers et mineurs, ainsi que plusieurs pices de
canon.

Prenez des mesures pour que la navigation de Damiette au Caire soit sre
et que les blesss puissent filer rapidement dans les hpitaux du Caire.

Si le citoyen Cretin est au Caire, et que vous ayez une escorte
suffisante  lui donner, faites-lui connatre que je dsire qu'il vienne
 ma rencontre  El-Arich, afin que nous puissions arrter ensemble les
travaux  faire au fort,  Catieh et  Salahieh.

Consultez-vous avec Rouvire pour faire filer deux pices de 12 et de
18, pour rarmer _l'Etoile_ et _le Sans-Quartier_, dont les pices
ont t envoyes au sige et sont casses. Vous sentez combien il est
essentiel que la bouche de Damiette soit bien garde.

Dans les quinze premiers jours du mois prochain, je compte tre bien
prs du Caire.

Bon est bless; Lannes ne l'est que lgrement: mon aide-camp Duroc, qui
avait t bless, est guri.

Venture est mort de maladie.

Je vous amnerai beaucoup de prisonniers et de drapeaux.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_Au divan du-Caire._

Enfin, j'ai  vous annoncer mon dpart de la Syrie pour le Caire, o
il me tarde d'arriver promptement. Je partirai dans trois jours, et
j'arriverai dans quinze; j'amnerai avec moi beaucoup de prisonniers et
de drapeaux.

J'ai ras le palais de Djezzar, les remparts d'Acre, et bombard la
ville, de manire qu'il ne reste pas pierre sur pierre. Tous les
habitans ont vacu la ville par mer. Djezzar est bless et retir avec
ses gens dans un des forts du ct de la mer; il est grivement bless.

De trente btimens chargs de troupes, qui sont venus  son secours,
trois ont t pris avec l'artillerie qu'ils portaient, par mes frgates;
le reste est dans le plus mauvais tat, et entirement dtruit. Je suis
d'autant plus impatient de vous voir et d'arriver au Caire, que je sais
que, malgr votre zle, un grand nombre de mchans cherchent  troubler
la tranquillit publique. Tout cela disparatra  mon arrive, comme les
nuages aux premiers rayons du soleil.

Venture est mort de maladie: sa perte m'a t trs-sensible.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_A l'adjudant-gnral Almeyras._

On va vacuer le plus de blesss possible sur Damiette; si les
communications sont libres, faites-les filer sur-le-champ au Caire o
ils trouveront plus de commodits. Il y en aura quatre  cinq cents.

Ecrivez  Alexandrie pour qu'on vous remplace les pices et la poudre
que vous avez envoyes  Acre. Vous sentez combien il est ncessaire que
Lesbeh soit dans un tat de dfense respectable. Demandez tout ce qui
est ncessaire pour approvisionner vos pices  cent coups.

Demandez aussi deux pices de 12 et de 13 pour rarmer _l'Etoile_ et _le
Sans-Quartier_. Il est ncessaire d'avoir le plus de btimens possible 
l'embouchure du Nil.

Nous nous sommes empars de la premire enceinte d'Acre; nous avons ras
le palais de Djezzar et cras la ville avec des bombes. Les habitans se
sont tous sauvs, Djezzar lui-mme a t bless.

L'armement de Chypre, dont vous me parlez, est effectivement arriv ici;
il avait cinq mille hommes de dbarquement: presque tous ont t tus ou
blesss dans les diffrentes affaires du sige.

Ne ngligez aucun moyen pour terminer les fortifications de Lesbeh et
pour vous approvisionner, rorganisez votre flottille, tant sur le lac
Menzaleh que sur le Nil.

Dans trois ou quatre jours, je partirai pour le Caire; il sera possible
qu'arriv  Catieh, je passe par Damiette.

Il sera ncessaire d'avoir  Omm-Faredge une certaine quantit de
barques prtes pour les malades ou blesss que nous pourrions avoir avec
nous.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_A l'adjudant-gnral Leturc._

Faites filer, citoyen, demain matin, quatre cents blesss sur Tentoura.
L'adjudant-gnral Boyer me mande qu'il en a fait partir aujourd'hui
quatre cents par terre et cent cinquante par mer. Vous me mandez que
vous n'en avez fait partir aujourd'hui que cent. Ainsi, il serait
possible que les frgates se prsentassent et qu'il n'y et pas de
blesss, ce qui serait un contre-temps fcheux: ne perdez donc pas un
moment.

Faites en sorte que, demain  midi, j'aie un tat des blesss  Caffa
et au mont Carmel. Les malades devront tre aussi vacus, mais
sparment.

Il est ncessaire que, le 29 au soir, il ne reste pas un seul malade ni
bless  Caffa ou au mont Carmel.

BONAPARTE.




Au camp devant Acre, le 27 floral an 7 (16 mai 1799).

_A l'adjudant-gnral Boyer._

Faite filer les blesss sur Jaffa ou sur les frgates.
L'adjudant-gnral Leturc, qui est  Caffa, vous enverra demain un
grand convoi.

Faites en sorte que le 30 au matin, il n'y ait  Tentoura, ni malades ni
blesss. Deux cents malades vont tre vacus demain  Tentoura, venant
de mont Carmel, faites-les vacuer de suite sur Jaffa.

Faites embarquer, autant qu'il vous sera possible, l'artillerie qui vous
a t envoye  Jaffa, sans cependant faire tort aux malades.

Faites en sorte que, demain au soir, j'aie un tat exact des blesss
vacus et de ce qui reste.

Faites connatre aux blesss que l'ennemi a voulu faire une sortie,
qu'il a perdu quatre cents hommes, et qu'on a pris neuf drapeaux.

BONAPARTE.




[1]Au camp devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

J'ai reu vos diffrentes lettres.

Vous aurez appris par Damiette le succs des combats de Nazareth,
Saffet, Cana et du mont Thabor; le nombre des ennemis tait immense.

Nous avons dj ici, au camp d'Acre, assez d'artillerie pour prendre
cette place; nous attendons encore les cinq pices de 24 et les pices
de 18 et de 12 que le contre-amiral Perre a dbarques  Jaffa, et
qui seront ici dans trois jours. Vous pouvez calculer que le 5 ou le
6 floral Acre sera pris: je partirai immdiatement pour me rendre au
Caire.

Je vous prie de faire meubler mes nouvelles salles.

Comme je serai au Caire dix ou quinze jours aprs la rception de mes
lettres, je crois inutile de rpondre en dtail aux diffrens articles
de vos dpches.

BONAPARTE.

[Footnote 1: Cette lettre, ainsi que la suivante, furent crites au
commencement du sige.]




Au camp devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au gnral Dugua._

J'ai reu, citoyen gnral, vos diffrentes lettres jusqu'au 8 germinal.

Acre sera pris le 6 floral, et je partirai sur-le-champ pour me rendre
au Caire.

La conduite de l'mir Hadji est bien extravagante; mais l'ide que vous
avez qu'il pourrait tramer quelque chose de redoutable, est, je vous
assure, bien mal fonde; croyez, je vous prie, qu'avant de lui faire
jouer un certain rle, je me suis assur qu'il tait peu dangereux;
aucune habitude guerrire, point de relations, encore moins d'audace,
c'est un ennemi trs-peu redoutable.

Je ne rponds pas en dtail  vos lettres, parce que je serai bientt de
retour.

Vous pouvez incorporer dans les diffrens corps qui sont dans la
Basse-Egypte les mameloucks qui n'auraient pas plus de vingt ans.

Je suis extrmement mcontent de la scne scandaleuse du commandant de
la place: je lui envoie l'ordre de l'tat-major de se rendre dans la
Haute-Egypte sous les ordres du gnral Desaix; vous vous chargerez en
attendant de ce commandement: l'tat-major vous adressera l'ordre,
afin que, si vous jugiez que son excution et plus d'inconvniens que
d'avantage, vous la diffrassiez jusqu' mon arrive.

BONAPARTE.




A Jaffa, le 8 prairial an 7 (17 mai 1799).

_Au Directoire excutif._

Je vous ai fait connatre par le courrier que je vous ai expdi le 21
floral, les vnemens glorieux pour la rpublique qui se sont passs
depuis trois mois en Syrie, et la rsolution o j'tais de repasser
promptement le dsert pour me retrouver en Egypte avant le mois de juin.

Les batteries de mortiers de 24 furent tablies comme je vous l'ai
annonc dans la journe du 23 floral, pour raser le palais de Djezzar
et dtruire les principaux monumens d'Acre: elles jourent pendant
soixante-douze heures, et remplirent l'effet que je m'tais propos: le
feu fut constamment dans la ville.

La garnison dsespre fit une sortie le 27 floral: le gnral de
brigade Verdier tait de tranche; le combat dura trois heures. Le
reste des troupes arrives le 19 de Constantinople, et exerces 
l'europenne, dbouchrent sur nos tranches en colonnes serres; nous
replimes les postes que nous occupions sur les remparts: par l les
batteries de pices de campagne purent tirer  mitraille  quatre-vingts
toises sur les ennemis. Prs de la moiti resta sur-le-champ de
bataille: alors nos troupes battirent la charge dans nos tranches; on
poursuivit l'ennemi jusque dans la ville la baonnette dans les reins;
on leur prit dix-huit drapeaux.

L'occasion paraissait favorable pour emporter la ville; mais nos
espions, les dserteurs et les prisonniers, s'accordaient tous dans le
rapport que la peste faisait d'horribles ravages dans la ville d'Acre;
que tous les jours, plus de soixante personnes en mouraient; que les
symptmes en taient terribles: qu'en trente-six heures on tait emport
au milieu de convulsions pareilles  celles de la rage.

Rpandu dans la ville, il et t impossible d'empcher le soldat de
la piller; il aurait rapport le soir dans le camp les germes de ce
terrible flau; plus  redouter que toutes les armes du monde.

L'arme partit d'Acre le 1er prairial, et arriva le soir  Tentoura.

Elle campa le 3 sur les ruines de Csare, au milieu des dbris des
colonnes de marbre et de granit, qui annoncent ce que devait tre
autrefois cette ville.

Nous sommes arrivs a Jaffa le 5.

Depuis deux jours, des dtachemens filent pour l'Egypte.

Je resterai encore quelques jours a Jaffa, pour en faire sauter les
fortifications; j'irai punir ensuite quelques cantons qui se sont mal
conduits, et dans quelques jours je passerai le dsert en laissant une
forte garnison  El-Arich.

Ma premire dpche sera date du Caire.

BONAPARTE.




A Salahieh, le 21 prairial an 7 (9 juin 1799).

_Au gnral Marmont._

Nous voici, citoyen gnral, arrivs  Salahieh. J'ai laiss au fort
d'El-Arich dix pices de canon et cinq  six cents hommes de garnison,
autant  Catieh.

Klber doit tre arriv a Damiette.

L'arme qui devait se prsenter devant Alexandrie, et qui tait partie
de Constantinople le 1er rhamadan, a t dtruite sous Acre. Si
cependant cet extravagant commandant anglais en faisait embarquer les
restes pour se prsenter  Aboukir, je ne compte pas que cela puisse
faire plus de deux mille hommes. Dans ce cas, faites en sorte de leur
donner une bonne leon.

Le commandant anglais prendra toute espce de moyens pour se mettre en
communication avec la garnison. Prenez les mesures les plus svres pour
l'en empcher. Ne recevez que trs-peu de parlementaires et trs au
large. Ils ne font que rpandre des nouvelles ridicules pour les gens
senss, et qu'il vaut tout autant qu'on ne donne pas. Surtout, quelque
chose qui arrive, ne rpondez pas par crit. Vous aurez vu par mon ordre
du jour que l'on ne doit  ce capitaine de brlots que du mpris.

Quand vous aurez reu cette lettre, je serai au Caire.

Le gnral Bon et Croizier sont morts de leurs blessures. Lannes et
Duroc se portent bien.

Armez donc le fort de Rosette de manire qu'il y ait huit ou dix mille
coups de canon  tirer.

BONAPARTE.




A Salahieh, le 21 prairial an 7 (9 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

L'tat-major vous a crit hier, citoyen gnral, par un homme du pays,
pour vous faire connatre l'arrive de toute l'arme  Salahieh. Nous
avons assez bien travers le dsert.

Le chteau d'El-Arich, qui est bien arm et en bon tat de dfense, a
cinq ou six cents hommes de garnison. J'en ai laiss autant  Catieh.

Le commandant anglais qui a somm Damiette, est un extravagant. Comme il
a t toute sa vie capitaine de brlots, il ne connat ni les gards,
ni le style que l'on doit prendre quand on est  la tte de quelques
forces. L'arme combine dont il parle a t dtruite devant Acre, o
elle est arrive quinze jours avant notre dpart, comme je vous en ai
instruit par ma lettre du 27 floral.

Je partirai d'ici demain, et je serai probablement le 26 ou le 27 
Matarieh, o je dsire que vous veniez  la rencontre de l'arme
avec toutes les troupes qui se trouvent au Caire, hormis ce qui est
ncessaire pour garder les forts. Vous amnerez avec vous le divan et
tous les principaux du Caire, et vous ferez porter les drapeaux que je
vous ai envoys en diffrentes occasions, par autant de Turcs  cheval;
il faut que ce soit des odjaklis: aprs quoi nous rentrerons ensemble
dans la ville. Quand vous serez  cent toises devant nous, vous vous
mettrez en bataille, la cavalerie au centre, et l'infanterie sur les
ailes; nous en ferons autant.

Le gnral Klber doit,  l'heure qu'il est, tre arriv  Damiette avec
sa division.

Gardez le bataillon de la vingt-unime avec vous jusqu' mon arrive.

Il me tarde beaucoup d'tre au Caire, pour pouvoir, de vive voix, vous
tmoigner ma satisfaction des services que vous avez rendus pendant mon
absence.

Je vous fais passer la relation que je vous ai envoye par mon courrier
Royer. Comme il y a fort long-temps qu'il est parti par mer, je ne sais
pas s'il est arriv. Faites-la imprimer le plus tt possible, ainsi que
celle que je vous ai envoye de Jaffa, et dont je vous fais passer la
copie.

BONAPARTE.




Au Caire, le 26 prairial an 7 (14 juin 1799).

_Au gnral Davoust._

J'ai lu, citoyen gnral, avec intrt, la relation que vous m'avez
envoye des vnemens qui se sont passs dans la Haute-Egypte, et
j'approuve le parti que vous avez pris de vous rendre au Caire. Ce point
tait d'une telle importance dans l'loignement o se trouvait l'arme,
qu'il devait principalement fixer toutes les sollicitudes.

BONAPARTE.




Au Caire, le 26 prairial an 7 (14 juin 1799).

_Au gnral Dommartin._

Il est indispensable, citoyen gnral, que vous partiez au plus tard, le
1er du mois prochain, pour vous rendre  Rosette et  Alexandrie, pour
visiter par vous-mme les approvisionnemens de ces places, rformer
les quipages de campagne et pourvoir  l'approvisionnement des autres
places de l'Egypte. Faites partir demain au soir pour Alexandrie le
citoyen Danthouard. Mon intention est qu'il y reste tout l't pour y
commander l'artillerie, sous les ordres du citoyen Faultrier: il pourra
tre porteur de vos dispositions. Vous connaissez mes intentions par
rapport  Rosette, Rahmanieh, Salahieh, etc., et  la formation de
l'quipage de campagne.

Mon intention est d'tablir  Bourlac un fort, et provisoirement une
batterie capable de dfendre la passe de ce lac. Il faut donc que vous
preniez des mesures pour y faire parvenir les pices d'artillerie
ncessaires.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 prairial an 7 (15 juin 1799).

_Au gnral Desaix._

Je suis arriv hier ici, citoyen gnral, avec une partie de l'arme.

J'ai laiss une bonne garnison dans le fort d'El-Arich, qui est dj
dans une situation respectable.

Le gnral Klber est  Damiette. Vous trouverez dans les relations
imprimes le vritable rcit des vnemens qui se sont passs.

Il est ncessaire que vous me fassiez une relation de tout ce qui s'est
pass dans la Haute-Egypte depuis votre dpart du Caire, afin que je
puisse le faire connatre.

Je crois qu'il me manque de vos lettres, de sorte qu'il y a des lacunes.
D'ailleurs, c'est un travail que personne ne peut bien faire que
vous-mme.

J'attends, d'ici  deux ou trois jours, la nouvelle que vous occupez
Cosseir, ce qui me fera un trs-grand plaisir.

Nous voici arrivs  la saison o les dbarquemens deviennent possibles,
je ne vais pas perdre une heure pour me mettre en mesure; les
probabilits sont cependant que cette anne, il n'y en aura point.

Je vous crirai plus au long dans trois jours, en vous envoyant un
officier de l'tat-major.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 prairial an 7 (15 juin 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Les fermiers des villages de l'Egypte solderont le prix de leur bail
d'ici au 10 messidor.

Ceux qui, au 30 germinal dernier, n'avaient pas sold les deux tiers du
prix de leur bail, paieront cinq pour cent des sommes qu'ils taient en
retard de payer, et en outre du prix du bail.

Ceux qui n'auront pas sold la totalit au 10 messidor paieront,
en outre du prix du bail, dix pour cent des sommes dont ils seront
dbiteurs  cette poque; pass le 10 messidor, il sera ajout un pour
cent pour chaque jour de retard sur les sommes qui resteront  payer.

L'administrateur gnral des finances remettra au payeur gnral, d'ici
au 1er du mois, l'tat de ce que chaque fermier doit, et de l'amende 
laquelle il aura t condamn en consquence des articles prcdens.

Les revenus des villages afferms, dont le prix du bail n'aura pas
t sold au 30 messidor, seront squestrs et perus au profit de la
rpublique comme ceux des autres villages.

Tout fermier qui, n'ayant pas pay les termes de son bail, sera
cependant convaincu d'avoir peru les villages qui lui taient afferms,
sera et demeurera arrt, et ses biens seront squestrs jusqu' ce
qu'il se soit entirement acquitt.

L'administration des domaines enverra, le 1er thermidor, aux directeurs
dans les provinces l'tat des fermiers qui auront encouru la peine
porte par l'article 5 ci-dessus.

Le prsent arrt sera imprim en franais et en arabe.

L'administrateur gnral des finances tiendra la main  son excution.

BONAPARTE.




An Caire, le 27 prairial an 7 (14 juin 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Un mois aprs la publication du prsent arrt dans les provinces de
l'Egypte, toutes proprits dont les titres n'auront pas t prsents 
l'enregistrement, demeureront irrvocablement acquises  la rpublique,
et il ne sera plus admis aucun titre de proprit  l'enregistrement.

Tout propritaire qui, au 30 messidor prochain, n'aura pas entirement
acquitt le miri de ses proprits pour l'an 1213, sera dchu, et ses
proprits seront confisques au profit de la rpublique.

Le prsent sera imprim en franais et en arabe.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 prairial an 7 (15 juin 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Les juifs du Caire n'ayant pas satisfait  la contribution
extraordinaire, paieront  titre de contribution extraordinaire une
somme de 50,000 francs, qui sera verse dans la caisse du payeur gnral
d'ici au 10 messidor. Il sera ajout cinq pour cent, pour chaque jour de
retard, aux somme qui n'auront pas t payes  cette poque.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 prairial an 7 (15 juin 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Les femmes de Hassan-Bey-El-Geddaoni et de sa suite paieront une
contribution de 10,000 talaris,  titre de rachat de leurs maisons et
de leur mobilier. Ladite somme devra tre verse dans la caisse de
l'administrateur des domaines d'ici au 10 messidor prochain, sous peine
d'arrestation desdites femmes, et de confiscation de leurs maisons et de
leurs meubles.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_Au gnral Dommartin._

Le bateau _le Nil_ que j'avais destin pour moi en cas que les
vnemens m'eussent forc de me rendre  Damiette, Rosette, ou dans la
Haute-Egypte, est prt pour vous conduire  Rosette.

Arriv  Rosette, vous le renverrez sur-le-champ avec le rapport que
vous me ferez sur la situation de Rahmanieh, et de la dfense de
l'embouchure du Nil.

Je vous prie de dterminer prs d'Alkan, dans une position
trs-favorable et prs d'un endroit o les bateaux chouent
ordinairement, l'emplacement d'une redoute, que trente ou quarante
hommes devraient pouvoir dfendre, mais qui en pourrait contenir un
plus grand nombre; son but principal serait d'empcher les btimens qui
viendraient de Rosette de remonter le Nil, et de bien prendre sous sa
protection les btimens franais qui seraient poursuivis par les Arabes.

Je me charge spcialement de faire descendre ces diffrens bateaux 
Rosette.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_Au gnral Destaing._

Arriv au premier village de la province de Bahireh, vous commencerez,
citoyen gnral, par vous faire rendre compte de la leve des
impositions, et de forcer les villages  payer: par ce moyen nous
utiliserons votre passage.

Arriv  Rahmanieh, vous me ferez passer, le plus tt possible, au
Caire, la lgion nautique.

Vous ferez remettre  l'ingnieur des ponts et chausses, qui est 
Rahmanieh, les sommes qui lui ont t prises pour les travaux du gnie
militaire, afin de le mettre  mme de commencer le travail du canal de
Rahmanieh.

Le gnral Marmont vous fera passer des ordres ultrieurs. Vous ferez
passer  Alexandrie le rsultat des impositions de la province: vous
y ferez galement passer tous les grains, bestiaux. Dans tous les
vnemens qui pourraient survenir, vous suivrez les ordres du gnral
Marmont qui commande les trois provinces.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_Au gnral Marmont._

Je donne ordre, citoyen gnral, au gnral Destaing de faire remettre
 l'ingnieur des ponts et chausses  Rahmanieh l'argent qui lui a t
pris pour le gnie militaire.

Voyez, je vous prie,  donner les ordres pour qu'on fasse  ce canal les
travaux les plus urgens, afin qu'il soit navigable.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_Au mme._

Le gnral Destaing se rend, citoyen gnral, dans le Bahireh avec un
bataillon de la soixante-unime, un bataillon de la quatrime s'y tant
prcdemment rendu de Menouf. Mon intention est que la lgion nautique
et la dix-neuvime, qui se trouvent  Rosette, en partent sur-le-champ
pour se rendre au Caire, et que le dtachement de la vingt-cinquime,
qui est  Rosette, se rende  Damiette.

Le gnral Dommartin part pour Alexandrie; mon intention est que tout
l'quipage de campagne sans distinction, et la partie de l'quipage de
sige qu'il jugera ncessaire, se rendent sur-le-champ au Caire. Il est
autoris  laisser  Alexandrie quatre pices de campagne.

Vous aurez reu plusieurs lettres que je vous ai crites de Jaffa et de
Catieh. Tous les projets de l'ennemi ont t tellement dconcerts par
la campagne imprvue et prmature de Syrie, que, s'ils tentent quelque
chose, cela sera dcouvert et facile  repousser. La province de Bahireh
vous fournira de l'argent; nous sommes ici fort pauvres.

Je ne conois pas comment un brick anglais, restant  croiser devant
Alexandrie, se trouve matre de la mer: pourquoi une frgate ou des
bricks ne sortent-ils pas? Le citoyen Dumanoir a t autoris  le
faire.

Je vous prie de m'envoyer au Caire l'agent divisionnaire qui a t
surpris vendant cent ardeps de bl, et le Franais qui les achetait.
Faites venir au Caire tout l'argent provenant de la vente des effets de
ces deux individus.

Une grande quantit d'employs, d'officiers de sant se sont embarqus
pour France sans permission. Il me semble que cette police tait aise 
faire.

Vous avez eu tort dans toutes les discussions d'autorit que vous avez
eues. Le commissaire Michau se trouvait sous les ordres de l'ordonnateur
Laigle, et, et-il t indpendant, la politique et d vous engager 
avoir des procds diffrens, puisque tous les magasins de l'Egypte se
trouvant  la disposition de l'ordonnateur Laigle, c'est peu
connatre les hommes, que de ne pas voir que c'tait vous priver des
approvisionnemens que je dsirais avoir dans une place comme Alexandrie.

Sans cette discussion malentendue, vous auriez eu  Alexandrie quatre
cent mille rations de biscuit de plus.

L'ennemi se prsentant devant Alexandrie ne descendra pas au milieu de
la place: ainsi, vous auriez le temps de rappeler les dtachemens
que vous enverriez pour soutenir le gnral Destaing et lever les
impositions. Vous n'avez rien  esprer que de nos provinces de Rosette
et de Bahireh.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_Au citoyen Cretin._

Lorsque je vous ai confi, citoyen commandant, l'arme du gnie, je n'ai
pas eu pour seule considration votre anciennet. Veuillez donc partir
le plus tt possible pour Rosette. Vous pourrez profiter, pour venir
au Caire, du bateau _le Nil_ qui part aprs demain avec le gnral
Dommartin; votre prompte arrive au Caire est ncessaire. En passant 
Rahmanieh, visitez dans le plus grand dtail les tablissemens.

Ordonnez galement une redoute sur la rive de l'embouchure du lac
Madieh, du ct de Rosette. Mon but serait que l'ennemi ne pt
raisonnablement oprer un dbarquement entre le lac et le bogaz pour
marcher sur Rosette, sans s'tre, au pralable, empar de cette redoute,
tout comme il ne pourrait dbarquer entre le lac et Alexandrie sans
s'tre empar du fort d'Aboukir.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 prairial an 7 (17 juin 1799).

_A l'ordonnateur Leroy._

J'ai reu, citoyen ordonnateur, les diffrentes lettres que vous m'avez
crites. Nous allons faire tout ce qui sera possible pour vous mettre
 mme d'amliorer le sort des marins, et activer les travaux que j'ai
ordonns.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 prairial an 7 (18 juin 1798).

_Au gnral Dommartin._

J'approuve, citoyen gnral, toutes les mesures que vous proposez pour
l'organisation de l'artillerie de campagne de l'arme.

Faites-moi un projet de rglement par articles, pour l'artillerie des
bataillons; vous y mettrez les masses telles que vous pensez que l'on
doit les accorder aux corps.

Les brigades de cavalerie tant faibles, une artillerie trop nombreuse
ne fait que les embarrasser. Ainsi, je pense que deux pices de 3,
attaches  chaque brigade de cavalerie; seront suffisantes: la
cavalerie est divise en deux brigades.

Je dsirerais que vous organisassiez de suite l'artillerie des guides et
les deux brigades de cavalerie, en donnant aux guides la pice de 5 du
gnral Reynier et la pice de 5 de la cavalerie, et en donnant  la
cavalerie la pice de 3 qu'a le gnral Lannes, la pice de 3 des
guides, la pice de 3 qu'a le gnral Lanusse, et en laissant
provisoirement une pice de 5, jusqu' ce que vous la puissiez remplacer
par une pice de 3 autrichienne.

Il est ncessaire que vous compltiez l'approvisionnement de toutes ces
pices  trois cents coups.

Il est galement ncessaire de commencer  donner  chaque division deux
grosses pices. Il faudrait approvisionner les pices de 8 qu'ont les
gnraux Lannes et Reynier, la pice de 8 et l'obusier qu'a aujourd'hui
le gnral Davoust; envoyer le plus tt possible  Klber deux affts
de rechange, afin qu'il puisse se monter les deux pices de 8; faire
remplacer les pices de 8 des gnraux Lanusse et Fugires par des
pices de 3 vnitiennes, et les attacher aux divisions Lannes ou Rampon.

Il est ncessaire de distribuer les pices de 3 ou de 4, de manire que
chaque division se trouve en avoir deux ou trois; et lorsqu'on donnera
aux bataillons leurs pices, on se trouvera en avoir dans chaque
division pour les premiers bataillons des demi-brigades.

Le gnral Klber se trouve dj avoir trois petites pices.

La pice qui est  Belbeis peut tre attache  la division Reynier. Il
sera ncessaire d'en procurer le plus tt possible aux divisions Lannes
et Rampon. L'arme pourra attendre dans cette situation que vous ayez eu
le temps de faire venir l'artillerie de Rosette, et de pouvoir donner a
chaque division l'artillerie, comme vous le projetez.

Donnez l'ordre que l'on ne distribue des fusils que par mon ordre: mon
intention est de ne commencer  les distribuer que dans cinq ou six
jours, et lorsque les corps seront rorganiss.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 prairial an 7 (18 juin 1799).

_Au gnral Desaix._

Le gnral Dugua me fait part, citoyen gnral, de vos dernires lettres
des 15 et 22 prairial. J'ai appris avec plaisir votre occupation de
Cosseir.

Je donne ordre qu'on vous envoie plusieurs officiers du gnie, afin de
diriger les travaux dans la Haute-Egypte, et spcialement les ouvrages
de Cosseir et du fort de Keneh.

Nous sommes toujours sans nouvelles de France.

Tout est parfaitement tranquille en Egypte. Il parat que les mameloucks
refluent dans la Scharkieh et le Bahhireh: on va y mettre ordre.

Vous tes fort riche. Soyez assez gnreux pour nous envoyer 150,000 fr.
Nous dpensons de 2  300,000 fr. par mois pour les travaux d'El-Arich,
Catieh, Salahieh, Damiette, Rosette, Alexandrie, etc.

Faites, je vous prie, mon compliment au gnral Friant, au gnral
Belliard et  votre adjudant-gnral, sur l'occupation de Cosseir.

J'attends toujours une relation gnrale de toute votre campagne de la
Haute-Egypte, avec une note de tous les officiers et soldats auxquels
vous voulez donner de l'avancement.

Croyez, je vous prie, que rien n'gale l'estime que j'ai pour vous, si
ce n'est l'amiti que je vous porte.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 prairial an 7 (18 juin 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je vous prie de faire connatre, citoyen administrateur, aux quatre
principaux ngocians damasquains, que je dsire qu'ils me prtent chacun
30,000 liv. Vous leur donnerez  chacun une lettre de change de 30,000
livres, payable  la caisse du payeur de l'arme, le 15 thermidor: ces
lettres de change seront acceptes par le payeur. Je dsire que cet
argent soit vers dans la journe de demain.

Lorsque les Cophtes auront vers les 120,000 liv., vous leur ferez
connatre que mon intention n'est point qu'ils se payent de ces 120,000
livres sur les adjudications des villages, car alors ce serait comme
s'ils ne nous avaient rien prt. Vous arrangerez avec eux la manire
dont ils devront tre pays, de sorte qu'ils le soient dans le courant
de thermidor.

BONAPARTE.




Au Caire, le 1er messidor an 7 (19 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

Faites fusiller, citoyen gnral, tous les Maugrabins, Mecquains, etc.,
venus de la Haute-Egypte, et qui ont port les armes contre nous.

Faites fusiller les deux Maugrabins, Abd-Alleh et Achmet qui ont invit
les Turcs  l'insurrection.

L'homme qui se vante d'avoir servi quinze pachas et qui vient de la
Haute-Egypte, restera au fort pour travailler aux galres.

Faites-vous donner par le capitaine Omar des notes sur tous les
Maugrabins de sa compagnie qui sont arrts, et faites fusiller tous
ceux qui se seraient mal conduits.

Faites venir le scheick Soliman des Terrabins, et qu'il vous dise quels
sont les Arabes qui viennent  El-Barratain. Il est charg de la police
de ce canton, et on s'en prendra  lui si les Arabes viennent faire des
courses.

BONAPARTE.




Au Caire, le 1er messidor an 7 (19 juin 1799).

_A l'ordonnateur en chef._

Le nombre des employs, citoyen ordonnateur, est trop considrable,
veuillez me prsenter un tat de rduction.

Un grand nombre d'officiers et sous-officiers blesss de manire  ne
pas pouvoir servir pourraient tre employs dans les administrations,
et un grand nombre de jeunes gens qui peuvent porter le mousquet et qui
sont dans les administrations, pourraient entrer dans les corps.

Voyez  me prsenter un projet sur chacun de ces objets.

BONAPARTE.




Au Caire, le 1er messidor an 7 (19 juin 1799).

_Au chef de brigade du gnie Samson._

Je vous prie, citoyen commandant, de me remettre le devis de ce qu'a
cot le fort Camin, et de ce qu'il en aurait cot si, au lieu de
placer le moulin au-dessus du fort, on l'et plac  ct.

Je dsirerais que vous pussiez faire construire sur la hauteur, derrire
le quartier-gnral, une petite tour qui dfendrait la place Esbekieh.
Il faudrait qu'elle ft la plus simple et la moins coteuse possible, de
manire  y placer une pice de canon et quelques hommes de garde. Je
vous prie de me prsenter le projet.

BONAPARTE.




Au Caire, le 1er messidor an 7 (19 juin 1799).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Pendant mon invasion en Syrie, il s'est pass dans la Basse-Egypte des
vnemens militaires que je dois vous faire connatre.


_Rvolte de Bnoef._

Le 12 pluviose, une partie de la province de Bnoef se rvolta. Le
gnral Veaux marcha avec un bataillon de la vingt-deuxime; il remplit
de cadavres ennemis quatre lieues de pays. Tout rentra dans l'ordre. Il
n'eut que trois hommes tus et vingt blesss.


_Bombardement d'Alexandrie._

Le 15 pluviose, la croisire anglaise devant Alexandrie se renfora,
et, peu de temps aprs, elle commena  bombarder le port. Les Anglais
jetrent quinze  seize cents bombes, ne turent personne; ils firent
crouler deux mauvaises maisons, et coulrent une mauvaise barque.

Le 16 ventose, la croisire disparut; on ne l'a plus revue.


_Flottille de la mer Rouge._

Quatre chaloupes canonnires partirent, le 13 pluviose, de Suez,
arrivrent le 18 devant Qosseyr, o elles trouvrent plusieurs btimens
chargs des trsors des mameloucks que le gnral Desaix avait dfaits
dans la Haute-Egypte. Au premier coup de canon, la chaloupe canonnire
_le Tagliamento_ prit feu, et sauta en l'air.

La rpublique n'aura jamais de marine, tant que l'on ne refera pas
toutes les lois maritimes. Un hamac mal plac, une gargousse nglige,
perdent toute une escadre. Il faut proscrire les jurys, les conseils,
les assembles,  bord d'un vaisseau; il ne doit y avoir qu'une
autorit, celle du capitaine, qui doit tre plus absolue que celle des
consuls dans les armes romaines.

Si nous n'avons pas eu un succs sur mer, ce n'est ni faute d'hommes
capables, ni de matriel, ni d'argent, mais faute de bonnes lois. Si
l'on continue  laisser subsister la mme organisation maritime, mieux
vaut-il fermer nos ports; c'est y jeter notre argent.


_Charqyh._

Le citoyen Duranteau, chef du troisime bataillon de la trente-deuxime,
se porta, le 24 ventose, dans la Charqyh; le village de Bordyn, qui
s'tait rvolt, fut brl, et ses habitans passs au fil de l'pe.


_Arabes du grand dsert  Gyseh._

Le 15 ventose, le gnral Dugua, instruit qu'une nouvelle tribu du fond
de l'Afrique arrivait sur les confins de la province de Gyseh, fit
marcher le gnral Lanusse, qui surprit leur camp, leur tendit plusieurs
embuscades, et leur prit une grande quantit de chameaux, aprs leur
avoir tu plusieurs centaines d'hommes. Le fils du gnral Leclerc,
jeune homme distingu, fut bless.


_Rvolte de l'mir Hhadjy._

L'mir Hhadjy, homme d'un caractre faible et irrsolu, que j'avais
combl de bienfaits, n'a pu rsister aux intrigues dont il a t
environn; il s'est inscrit lui-mme au nombre de nos ennemis. Runi 
plusieurs tribus d'Arabes et  quelques mameloucks, il s'est prsent
dans l'arne. Chass, poursuivi, il perdit dans un jour les biens que
je lui avais donns, ses trsors et une partie de sa famille qui tait
encore au Caire, et la rputation d'un homme d'honneur qu'il avait eue
jusqu'alors.


_L'ange el-Mohdy._

Au commencement de floral, une scne, la premire de ce genre que nous
ayons encore vue, mit en rvolte la province de Bahireh. Un homme, venu
du fond de l'Afrique, dbarqu  Derneh, arrive, runit des Arabes, et
se dit l'ange _el-Mohdy_, annonc dans le Coran par le prophte. Deux
cents Maugrabins arrivent quelques jours aprs comme par hasard, et
viennent se ranger sous ses ordres. L'ange _el-Mohdy_ doit descendre du
ciel; cet imposteur prtend tre descendu du ciel au milieu du dsert:
lui qui est nu, prodigue l'or qu'il a l'art de tenir cach. Tous les
jours, il trempe ses doigts dans une jatte de lait, se les passe sous
les lvres: c'est la seule nourriture qu'il prend. Il se porte sur
Damanhour, surprend soixante hommes de la lgion nautique, que l'on
avait eu l'imprudence d'y laisser, au lieu de les placer dans la
redoute de Rahmanieh, et les gorge. Encourag par ce succs, il exalte
l'imagination de ses disciples; il doit, en jetant un peu de poussire
contre nos canons, empcher la poudre de prendre, et faire tomber devant
les vrais croyans les balles de nos fusils: un grand nombre d'hommes
attestent cent miracles de cette nature qu'il fait tous les jours.

Le chef de brigade Lefebvre partit de Ramanieh avec quatre cents hommes,
pour marcher contre l'ange; mais voyant  chaque instant le nombre des
ennemis s'accrotre, il sent l'impossibilit de pouvoir mettre  la
raison une si grande quantit d'hommes fanatiss. Il se range en
bataillon carr, et tue toute la journe ces insenss qui se prcipitent
sur nos canons, ne pouvant revenir de leur prestige. Ce n'est que la
nuit que ces fanatiques, comptant leurs morts (il y en avait plus
de mille) et leurs blesss, comprennent que _Dieu ne fait plus de
miracles._

Le 19 floral, le gnral Lanusse, qui s'est port avec la plus grande
activit partout o il y a eu des ennemis  combattre, arrive 
Damanhour, passe quinze cents hommes au fil de l'pe; un monceau de
cendres indique la place o fut Damanhour. L'ange _el-Mohdy,_ bless de
plusieurs coups, sent lui-mme son zle se refroidir; il se cache dans
le fond des dserts, environn encore de partisans; car, dans des ttes
fanatises, il n'y a point d'organes par o la raison puisse pntrer.

Cependant la nature de cette rvolte contribua  acclrer mon retour en
Egypte.

Cette scne bizarre tait concerte, et devait avoir lieu au mme
instant o la flotte turque, qui a dbarqu l'arme que j'ai dtruite
sous Acre, devait arriver devant Alexandrie.

L'armement de cette flotte, dont les mameloucks de la Haute-Egypte
avaient t instruits par des dromadaires, leur fit faire un mouvement
sur la Basse-Egypte; mais, battus plusieurs fois par le chef de brigade
Destres, officier d'une bravoure distingue, ils descendirent dans la
Charqyh. Le gnral Dugua ordonna au gnral Davoust de s'y porter. Le
19 floral, il attaqua Elfy-bey et les Billys: quelques coups de canon
ayant tu trois des principaux kachefs d'Elfy, il fuit pouvant dans
les dserts.


_Canonnade de Suez._

Un vaisseau et une frgate anglaise sont arrivs  Suez vers le 15
floral. Une canonnade s'est engage; mais les Anglais ont cess ds
l'instant qu'ils ont reconnu Suez muni d'une artillerie nombreuse en
tat de les recevoir: les deux btimens ont disparu.


_Combat sur le canal de Moyse._

Le gnral Lanusse, aprs avoir dlivr la province de Bahyreh,
atteignit, le 17 prairial, au village de Kafr-Fourniq, dans la Charqyh,
les Maugrabins et les hommes chapps de la Bahyreh; il leur tua cent
cinquante hommes, et brla le village.

Le 15 prairial, j'arrivai a El-Arich, de retour de Syrie. La chaleur du
sable du dsert a fait monter le thermomtre  quarante-quatre degrs:
l'atmosphre tait  trente-quatre; Il fallait faire onze lieues par
jour pour arriver aux puits, o se trouve un peu d'eau sale, sulfureuse
et chaude, que l'on boit avec plus d'avidit que chez nos restaurateurs
une bonne bouteille de vin de Champagne.

Mou entre au Caire s'est faite le 26 prairial, environn d'un peuple
immense qui avait garni les rues, et de tous les muphtis monts sur des
mules, parce que _le prophte montait de prfrence ces animaux_, de
tous les corps de janissaires, des odjaqs, des agas de la police du
jour et de nuit, de descendant d'Abou-Bekr, de Fathyme, et des fils de
plusieurs saints rvrs par les vrais croyans; les chefs des marchands
marchaient devant, ainsi que le patriarche Qohthe: la marche tait
ferme par les troupes auxiliaires grecques.

Je dois tmoigner ma satisfaction au gnral Dugua, au gnral Lanusse,
et au chef de bataillon Duranteau.

Les scheick el-Bekry, el-Cherqaouy, el-Sadat, el-Mahdy, Ssaouy, se sont
comports aussi bien que je le pouvais dsirer; ils prchent tous les
jours dans les mosques pour nous. Leurs firmans font la plus grande
impression dans les provinces. Ils descendent pour la plupart des
premiers califes et sont dans une singulire vnration parmi le peuple.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au commandant du gnie._

J'ai visit hier, citoyen commandant, la citadelle du Caire: je me suis
convaincu par moi-mme que le citoyen Farne, duquel j'avais eu lieu
d'tre satisfait, prend, avec le commandant, un ton qui n'est pas
convenable.

Le chef de brigade Dupas, uniquement occup de sa place, commence 
connatre a fond les dtails de la citadelle, ce qui lui a fait venir un
grand nombre d'ides que j'ai trouves raisonnables.

Je vous prie de confrer avec lui sur ces diffrens travaux, et de me
faire connatre le parti que vous croirez devoir prendre sur plusieurs
objets essentiels, tels que le foss qu'il propose pour isoler
entirement la citadelle du ct de la ville, qu'il faudrait faire
calculer avec l'occupation de la tour des janissaires, un chemin qui
conduirait tout de suite de la premire place sur le rempart de droite
en entrant; un chemin qui conduirait droit de la premire place 
celle du pacha; enfin plusieurs ides de dtails sur la facilit des
communications autour de la forteresse.

Le citoyen Dupas a un grand nombre de prisonniers. En fournissant
quelques outils, vous pourrez activer les travaux de manire  faire
promptement beaucoup de besogne.

Quant aux logemens intrieurs, la chose dont il faut principalement
s'occuper, c'est de nettoyer les souterrains o on pourrait placer la
garnison en cas de sige, placer les poudres et la salle d'artifice dans
un endroit  l'abri de la bombe; avoir un hpital  l'abri de la bombe.

Sans cela, trois ou quatre mortiers ruinent tout, et rendent une place
intenable.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

Le nomm Caraoui, prvenu d'tre l'un des assassins du gnral Dupuy,
sera fusill.

Sed-Abd-Salem, prvenu d'avoir tenu des propos contre les Franais,
sera fusill.

Emir-Ali, mamelouck d'Omar-Cachef, rentr au Caire sans passeport, sera
fusill.

Muhammed, mamelouck de Muhammed-Cachef, rentr au Caire sans passeport,
sera fusill.

Kemeas-Achic, scheick-beled du village de Kobibal, sera retenu en prison
jusqu' ce qu'il ait vers deux mille talaris dans la caisse du payeur
gnral de l'arme, indpendamment de ce qu'il pourrait devoir pour son
village.

Tous les dserteurs de la compagnie Omar seront interrogs, et vous
m'enverrez les notes que donnera sur eus le capitaine Omar.

Vous me ferez passer l'interrogatoire de Dollah-Mahmed, derviche indien.

Mahed-El-Tar, prvenu d'avoir tenu de mauvais propos contre les
Franais, sera fusill.

Vous me ferez un rapport sur la fortune et les renseignemens que donne
l'aga de Hassan, chez qui l'on a trouv de la poudre.

Hussan, mamelouck d'Achmet-Bey, sera fusill.

Vous me ferez un rapport sur la fortune et sur ce que disent avoir t
faire dans la Haute-Egypte les dix personnes qui sont dtenues pour tre
revenues sans passeports.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

Tous les officiers turcs prisonniers, citoyen gnral, seront interrogs
pour savoir quelle ranon ils veulent payer pour avoir leur libert.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au gnral Fugires._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 29 prairial.

Votre payeur doit verser tous les fonds qu'il reoit dans la caisse du
Caire. Tchez de nous envoyer, le plus tt possible, 100,000 francs dont
nous avons grand besoin; j'aurai aussi besoin de quarante beaux chevaux
pour la remonte de mes guides. La province de Garbieh en a de trs-bons,
tchez de nous les envoyer.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Vous vous rendrez, citoyen gnral,  Rosette et  Alexandrie.

Vous passerez la revue des btimens qui se trouvent pour la dfense de
l'embouchure de Rosette; vous y ferez envoyer d'Alexandrie tout ce qui
pourrait y manquer. Mon intention est que les btimens qui n'ont qu'une
pice soient approvisionns  trois cents coups, et ceux qui en ont deux
 deux cents. Vous ferez partir d'Alexandrie tous les btimens propres
 la navigation du Nil, et spcialement tous les avisos arms eu guerre
qui peuvent entrer dans le Nil ou  Bourlos.

Vous prendrez  bord de tous les btimens, soit de guerre, soit de
convoi, tous les canons, toutes les armes, et autres objets de quelque
espce que ce soit, qui peuvent tre utiles  la dfense du Nil.

Vous trouverez  Alexandrie le gnral Dommartin, et vous l'aiderez dans
le transport de toutes les poudre, canons, munitions de guerre, etc.,
qu'il doit envoyer  Rosette, Bourlos et Damiette.

Je dsirerais que l'on pt embosser  l'embouchure du lac Bourlos un
gros btiment arm de grosses pices, de manire  ce que ce btiment
pt dfendre la passe, et tenir lieu d'un fort que l'on va commencer 
construire, mais pour lequel il faudra du temps.

Vous dsarmerez  Alexandrie tous les btimens, hormis _la Muiron_ et
_la Carrre_ et une demi-douzaine d'avisos ou btimens marchands bons
marcheurs, qu'il faut tenir prts  partir pour France.

Vous me ferez faire un rapport sur la meilleure des frgates qui
restent, et vous ordonnerez toutes les dispositions pour l'armer, au
premier ordre, en matriel.

Vous aurez soin de vous assurer que les futailles des deux frgates _la
Muiron_ et _la Carrre_ soient en meilleur tat que celles de l'escadre
du contre-amiral Bare.

Vous aurez soin, hormis ce qui vous est ncessaire, de laisser dans
chaque btiment de guerre de quoi les armer en flte le plus promptement
possible.

Je vous fais passer l'ordre pour que l'ordonnateur de la marine et le
commandant des armes ne portent aucun obstacle  vos oprations, et vous
secondent de leur pouvoir.

Vous ferez mettre en construction deux  trois petits chebecks
semblables  _la Fortune_, et qui puissent entrer dans le Nil et  Omm
Faredge.

BONAPARTE.




Au Caire, le 3 messidor an 7 (21 juin 1799).

_Au gnral Desaix._

Les trois officiers du gnie, une compagnie de canonniers et une
centaine d'hommes de cavalerie  pied, ont ordre, citoyen gnral, de se
rendre dans la Haute-Egypte. Les commandans de l'artillerie et du gnie
font partir des outils et des cartouches.

Si vous crivez au schrif de la Mecque, faites-lui connatre que l'on
m'a prsent hier les diffrens res de ses btimens, et que l'on fait
passer  force du bl et du riz  Suez pour les lui envoyer.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au mme._

Je dsirerais, citoyen gnral, acheter deux ou trois mille ngres ayant
plus de seize ans, pour pouvoir en mettre une centaine par bataillon.
Voyez s'il n'y aurait pas moyen de commencer le recrutement en
commenant les achats. Je n'ai pas besoin de vous faire sentir
l'importance de cette mesure.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au commandant du gnie._

Je dsirerais, citoyen commandant, que l'on pt placer le plus tt
possible le moulin  vent dont la charpente est faite  la citadelle; il
tait destin pour le fort Camin; on placera  ce fort le premier que
l'on fera. Voyez donc, je vous prie, a faire choisir un emplacement pour
ce moulin, et faites-moi un rapport sur cet objet.

Je dsirerais galement que le nouveau chemin de Boulac  la place
Esbekieh ft fini le plus tt possible.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au mme._

Mon intention, citoyen commandant, est d'tablir une redoute  Mit-Kamar
et une  Mansoura, remplissant les buts suivans:

Dfendre la navigation du Nil, protger les barques franaises,
construire des magasins capables de nourrir un corps de dix mille hommes
pour un mois, contenir une ambulance d'une cinquantaine de lits et enfin
maintenir les villes de Mansoura et Mit-Kamar.

Je vous prie de me prsenter un projet pour ces deux redoutes,
auxquelles je dsire qu'on travaille de suite, de manire qu'entre
Rosette et le Caire il y aura les deux redoutes de Rahmanieh et d'Alkan,
et entre Damiette et le Caire celles de Mansoura et de Mit-Kamar.

Je vous prie aussi de me faire un rapport sur la redoute de Rahmanieh.
Voil long-temps que l'on y travaille, et je vois qu'on ne finit jamais.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au citoyen Lepre, ingnieur des ponts et chausses._

Je dsirerais, citoyen, que le nouveau chemin du Caire  Boulac ft fini
le plus promptement possible.

Je dsirerais connatre s'il ne serait pas possible de profiter du foss
que vous faites d'un des cts du chemin, pour s'en servir de canal de
communication du Caire  Boulac, au moins pendant sept  huit mois
de l'anne, et si l'anne prochaine on ne pourrait pas s'en servir
constamment.

Il est ncessaire galement de prparer un rapport sur la conduite des
eaux au Nil dans le Kalidj, sr l'inondation des places du Caire et
terres adjacentes.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Les demi-galres _la Coquette_, _l'Amoureuse_ et la canonnire _la
Victoire_, seront armes aussi bien qu'il est possible.

La djerme _la Boulonnaise_ sera mise, ainsi que les felouques _le Nil_
et _l'Elphantine_, dans le mme tat qu'tait _l'Italie_, pour servir
au mme usage.

Vous me ferez faire un rapport sur les djermes _la Syrie_ et _la
Carinthie_, et sur l'artillerie et autres objets ncessaires pour armer
les quatre btimens dont il est ci-dessus parl.

La compagnie des canonniers de la marine qui est au Caire, sera
distribue entre ces quatre btimens, _l'Etoile_ et _le Sans-Quartier._

Vous me remettrez demain un tat gnral des btimens arms dans le Nil,
avec le nombre de canons, d'approvisionnemens, et le nombre d'quipages.

BONAPARTE.




Au Caire, le 4 messidor an 7 (22 juin 1799).

_Au citoyen Baille, capitaine des grenadiers de la soixante-neuvime
demi-brigade._

J'ai reu, citoyen, les notes que vous m'avez remises, qui prouvent que
votre compagnie n'tait pas avec les deux autres compagnies au moment o
je fus mcontent d'elles, ce qui m'a port  leur dfendre de porter des
palmes  leur entre au Caire, et qu'elle venait au contraire d'tre
envoye par le gnral Rampon  l'attaque d'un poste o elle a montr
le courage, l'imptuosit et la bravoure qui doivent distinguer les
grenadiers.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7(23 juin 1799).

_Au gnral Klber._

Je reois, citoyen gnral, vos lettres des 26, 28 et 29 prairial.

L'anne passe, nous avions permis le commerce avec la Syrie, et
Djezzar-Pacha s'y tait oppos. Quelque inconvnient qu'il puisse y
avoir, le premier besoin pour nous tant de ne pas laisser tomber
l'agriculture, je ne vois pas d'inconvnient  ce que, d'ici 
thermidor, vous permettiez le commerce avec la Syrie; mais je crois
qu'il est bon de laisser passer tout messidor.

Le bataillon de la vingt-cinquime se rend en droite ligne  Catieh avec
le gnral Leclerc. J'ai envoy le gnral Destaing  Rahmanieh.

Le gnral Dommartin doit tre rendu  Alexandrie. Si Lesbeh n'est pas
en tat aujourd'hui, il est au moins ncessaire que vous donniez les
ordres qu'on y travaille avec une telle activit, que tous les mois il
acquire un nouveau degr de force, et que, l'anne prochaine, il puisse
remplir le but qu'on s'tait propos.

Hassan-Thoubar est au Caire, je dois le voir dans une heure. Je ne sais
pas trop le parti que je prendrai avec cet homme. Si je lui rends ce
qu'il me demande, le pralable sera qu'il me remette ses enfans en
tage.

Nous sommes toujours ici sans nouvelles du continent. On m'assure
aujourd'hui que des vaisseaux anglais ont paru devant Alexandrie; qu'ils
ont expdi  Mourad trois exprs sur des dromadaires. Ils auront de la
peine  le trouver, car le gnral Friant est dans ce moment dans les
oasis.

Le gnral Desaix est en pleine jouissance de la Haute-Egypte et de
Cosseir. Les impositions se payent rgulirement, et sa division est au
courant de sa solde. Avec les impositions des provinces de Damiette et
de Mansoura, vous viendrez facilement  bout de payer votre division.

Mettez-vous en correspondance avec Rosette, afin que l'on vous prvienne
promptement de tout ce qui pourrait se passer sur la cte. Ds l'instant
qu'il y aura un peu d'eau, je vous enverrai les deux demi-galres et la
chaloupe canonnire _la Victoire_, qui sont fort bien armes. Dans ce
moment-ci les eaux sont trop basses.

Je crois qu'il serait toujours utile de tenir  Omm-Faredge le bateau
_le Menzaleh_, et de remplir sa cale de jarres pleines d'eau, car
d'ici  un ou deux mois le lac Menzaleh sera un moyen efficace de
communication avec Catieh et El-Arich.

Le gnral Menou n'est pas encore de retour de son inspection
d'El-Arich.

Quatre ou cinq ngocians de Damiette, chrtiens ou turcs, peuvent vous
prter les 60,000 livres que vous demandez; je crois que cela vaut mieux
que de s'adresser  un trop grand nombre.

Choisissez six ngocians turcs et deux on trois chrtiens; et imposez
chacun  tant.

Je ne connais pas les membres du divan de Damiette. Cette province a
toujours t faiblement administre, et je ne la calculerai de niveau
avec celles de Rosette, du Caire et d'Alexandrie que trois ou quatre
dcades aprs votre arrive. Faites tout ce que la prudence vous fera
juger ncessaire.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au Directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Aprs la bataille des Pyramides, les mameloucks se divisrent.
Ibrahim-Bey se retira dans la Charqyh, passa le dsert, sjourna 
Gaza et  Damas. Affaibli par les pertes qu'il a essuyes pendant mon
incursion en Syrie, il est aujourd'hui dans la plus profonde misre.

Mourad-Bey remonta le Nil avec une nombreuse flottille, et se retira
dans la Haute-Egypte. Battu  Sdyman, il tait toujours matre des
provinces suprieures, et dans une position menaante.

Le 20 frimaire, le gnral Desaix, ayant t renforc de la plus grande
partie de la cavalerie de l'arme, se mit en marche, et arriva le 9
nivose  Djirdjh.

A deux journes plus haut, Mourad-Bey l'attendait, runi  Hhaan-Bey, 
deux mille Arabes d'Yambo, qui venaient de dbarquer  Qossyr, et  une
grande quantit de paysans qu'il avait soulevs.


_Combats de Sohedje et de Tahhtah._

Le gnral Desaix, ayant appris que plusieurs rassemblemens arms
occupaient les rives du Nil, et s'opposaient  la marche de la flottille
qui portait ses munitions de guerre et ses vivres, envoya le gnral
Davoust avec la cavalerie. Il trouva et dissipa, les 14 et 19 nivose,
des rassemblemens de paysans  Sohedje et  Tahhtah: il massacra dans
ces deux affaires plus de deux mille hommes. Le chef de brigade Pinon, 
la tte du quinzime, et Boussard,  la tte du vingtime de dragons, se
sont particulirement distingus.


_Affaire de Samhoud._

Ayant t rejoint par sa cavalerie et sa flottille, le gnral Desaix
marcha  l'ennemi, qu'il rencontra, le 3 pluviose, au village de
Samhoud. Il prit l'ordre de bataille accoutum, en plaant son
infanterie en carr sur ses ailes, sa cavalerie en carr au centre. La
droite tait commande par le gnral Friant, la gauche par le gnral
Belliard, et le centre par le gnral Davoust. L'ennemi investit avec
un tourbillon de cavalerie notre petite arme; mais ayant t
vigoureusement repouss par la mitraille et la mousqueterie, il fit un
mouvement en arrire. Notre cavalerie se dploya alors et le poursuivit.
Une centaine d'Arabes et de paysans furent massacrs; le reste
s'parpilla et fuit dans les dserts. Le citoyen Rapp, aide-de-camp du
gnral Desaix, officier d'une grande bravoure, a t bless d'un coup
de sabre.

Le drapeau de la rpublique flotta sur les Cataractes; toute la
flottille de Mourad-Bey se trouva prise, et, ds ce moment, la
Haute-Egypte fut conquise. Le gnral Desaix plaa sa division en
cantonnemens le long du Nil, et commena l'organisation des provinces.

Le reste des mameloucks et des Arabes d'Yambo ne pouvait vivre dans
le dsert; la ncessit de se procurer de l'eau du Nil et des vivres
engagea diffrens combats qui, politiquement, ne pouvaient plus tre
dangereux. N'ayant plus ni artillerie ni flottille, le succs d'un
combat n'avait pour but que le pillage; mais les bonnes dispositions du
gnral Desaix, et la bravoure des troupes, ne leur donnrent pas mme
cette consolation.


_Combat de Qnh._

Le chef de brigade Conroux, avec la soixante-unime, fut attaqu 
Qnh, le 22 pluviose, par cinq ou six cents Arabes; il joncha le champ
de bataille de morts.


_Combat de Samathah._

Le gnral Friant marcha, le 24 pluviose,  Samathah, o il savait que
se runissaient les Arabes d'Yambo; il leur tua deux cents hommes.


_Combat de Thbes._

Sur les ruines de Thbes, deux cents hommes du vingt-deuxime de
chasseurs et du quinzime de dragons chargrent, le 23 pluviose, deux
cents mameloucks, qu'ils dispersrent. Ils regagnrent le dsert, aprs
avoir laiss une partie de leur monde sur le champ de bataille. Le chef
de brigade Lasalle, du vingt-deuxime de chasseurs, s'est conduit avec
son intrpidit ordinaire.


_Combat d'Esn._

Le 7 ventose, Mourad-Bey se porta  Esn: le citoyen Clment,
aide-de-camp du gnral Desaix, le dispersa et l'obligea de regagner le
dsert.


_Combat de Benouthah._

Instruits que j'avais quitt l'Egypte, que j'avais pass le dsert pour
aller en Syrie, les mameloucks crurent le gnral Desaix affaibli,
et ds-lors le moment favorable pour l'attaquer. Ils redoublrent
d'efforts, accoururent de tous les points du dsert sur plusieurs points
du Nil; ils s'emparrent d'une de nos djermes, en gorgrent l'quipage,
prirent huit pices de canon, et, renforcs par quinze cents hommes qui
venaient de dbarquer  Qossyr, ils se runirent  Benouthah, o ils
se retranchrent. Le gnral Belliard marcha  eux, le 20 ventose, les
attaqua, tua la moiti de leur monde, et dispersa le reste: c'est le
combat o l'ennemi a montr le plus d'opinitret.


_Combat de Byralbarr._

Le 13 germinal, le gnral Desaix, instruit que Hhaan-Bey avait le
projet de se porter sur Qnh, marcha dans le dsert pour le chercher;
le septime de hussards et le dix-huitime de dragons dcouvrirent
l'ennemi, le chargrent, le dispersrent aprs un combat trs-opinitre.
Le citoyen Duplessis, commandant le septime de hussards, fut tu en
chargeant  la tte de son rgiment.


_Combat de Djirdjh._

Le 16 germinal, le chef de bataillon Moran, attaqu dans le village de
Djirdjh, fut secouru par les habitans, et mit en fuite les Arabes et
les paysans, aprs leur avoir tu plus de cent hommes.


_Combat de Thmh._

Le chef de brigade Lasalle marcha  Tehnh pendant la nuit du
20 germinal, surprit un rassemblement qui s'y trouvait, tua une
cinquantaine d'hommes, et le dispersa.


_Combat de Bnyhady._

Les mameloucks, voyant la Haute-Egypte garnie de troupes, filrent par
le dsert dans la Basse-Egypte. Le gnral Desaix envoya le gnral
Davoust a leur suite. Il les rencontra au village de Bnyhady, les
attaqua, les dispersa, aprs leur avoir tu un millier d'hommes. Nous
avons eu trois hommes tus et trente blesss; mais parmi les tus se
trouve le chef de brigade Pinon, du quinzime de dragons, officier du
plus rare mrite.


_Prise de Qossyr_ (le 10 prairial).

Le 10 prairial, le gnral Belliard et l'adjudant-gnral Donzelot sont
entrs  Qossyr, et ont pris possession de ce poste important: on
s'occupe  le mettre dans le meilleur tat de dfense.

Cette occupation, celle de Suez et d'El-Arich, ferment absolument
l'entre de l'Egypte du ct de la mer Rouge et de la Syrie, tout
comme les fortifications de Damiette, Rosette et Alexandrie, rendent
impraticable une attaque par mer, et assurent  jamais  la rpublique
la possession de cette belle partie du monde, dont la civilisation aura
tant d'influence sur la grandeur nationale et sur les destines futures
des plus anciennes parties de l'univers.

Mourad-Bey est retir avec peu de monde dans les oasis, d'o il va tre
encore chass. Hhaan-Bey est  plus de quinze jours au-dessus des
Cataractes; la plupart des tribus arabes sont soumises, et ont donn
des tages; les paysans s'clairent, et reviennent tous les jours des
insinuations de nos ennemis; des forts nombreux, tablis de distance en
distance, les retiennent d'ailleurs, s'ils taient malintentionns; les
Arabes d'Yambo ont pri pour la plupart.

L'tat-major vous enverra les noms des officiers auxquels j'ai accord
de l'avancement.

J'ai nomm au commandement du quinzime de dragons le citoyen
Barthlmy, chef d'escadron des guides  cheval, ancien officier de
cavalerie distingu par ses connaissances.

Je vous demande le grade de gnral de brigade pour le citoyen Donzelot,
adjudant-gnral du gnral Desaix.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au chef de la soixante-neuvime demi-brigade._

J'ai reu, citoyen, votre mmoire historique sur vos compagnies de
grenadiers. Votre tort est de ne pas vous tre donn des sollicitudes
ncessaires pour purger ces compagnies de quinze  vingts mauvais sujets
qui s'y trouvaient. Aujourd'hui, il ne faut penser qu' organiser ce
corps, et le mettre  mme de soutenir, aux premiers vnemens, la
rputation qu'il s'tait acquise en Italie.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au commandant du gnie._

Je vous prie, citoyen, de profiter du dpart du bataillon de la
soixante-neuvime qui se rend demain  Mit-Kamar, pour y envoyer les
officiers du gnie qui doivent tracer la redoute que j'y ai ordonne.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je vous prie, citoyen, de me proposer une mesure, afin qu'il ne sorte de
Suez qu'une quantit de riz, bl et sucre, proportionne  celle du caf
qui nous arrive. Il ne faudrait pas que le schrif de la Mecque nous
enlevt, pour quelques fardes de caf, la plus grande partie de nos
subsistances.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au gnral Klber._

Hassan-Thoubar, citoyen gnral, sort de chez moi. Il remet ici,
ce soir, son fils en otage: c'est un homme g de trente ans.
Hassan-Thoubar part sous peu de jours pour Damiette; il parat un peu
instruit par le malheur: d'ailleurs, son fils nous assure de lui. Je
crois qu'il vous sera trs-utile pour l'organisation du lac Menzaleh,
la province de Damiette, les communications avec El-Arich, et votre
espionnage en Syrie.

Je suis en guerre avec presque tous les Arabes. J'ai rompu,  ce
sujet, tous les traits possibles, parce que aujourd'hui qu'ils nous
connaissent, et qu'il n'y a presqu'aucune tribu qui n'ait eu des
relations avec nous, je veux avoir des otages.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au commandant du gnie._

Je vous prie, citoyen commandant, de faire dblayer au plus tt les
murailles qui sont contre les crneaux de la porte du Delta.

Je vous fais passer une lettre de l'administrateur-gnral des finances;
je vous prie de la prendre en considration, et de vous concerter avec
les autorits, les ingnieurs des ponts et chausses et l'administrateur
des finances, et de me prsenter un projet:

1. Des maisons nationales  dmolir;

2. Des maisons particulires  acqurir et  dmolir, pour avoir une
communication large et commode d'ici au quartier de l'Institut, avec une
place au milieu de ladite communication;

3. Pour avoir une communication de la place Esbekieh  la place
Birket-el-Fil, avec une place au milieu. Les maisons que l'on a dmolies
 droite et  gauche dfigurent la ville et ruinent les habitations, que
nous serons obligs un jour de rtablir.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au gnral Klber._

La province de Mansoura, citoyen gnral, nous a fourni quelques bons
chevaux, elle en doit fournir encore une centaine. Je vous prie de
donner l'ordre qu'on procde sans dlai  les lever; cela nous est
extrmement essentiel: surtout, ordonnez qu'on ne prenne pas de chevaux
au-dessous de cinq ans.

BONAPARTE.




Au Caire, le 5 messidor an 7 (23 juin 1799).

_Au gnral Desaix._

Je vous envoie, citoyen gnral, trois officiers du gnie, des
cartouches, des outils et des hommes  pied  monter. Vous garderez les
hommes du vingt-deuxime de chasseurs et du vingtime de dragons, et
vous me renverrez tout le reste au Caire. Nous avons besoin d'un corps
de cavalerie considrable, pour veiller  la dfense de la cte.

Nous sommes toujours trs-tranquilles. J'attends toujours de vos
nouvelles.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_Au mme._

Quoique la caravane de Darfour se soit trs-mal conduite, citoyen
gnral, mon intention est que vous fassiez rendre  Krabino, un des
chefs de la caravane, sa propre fille qui a t enleve, et qui est
demeure  un des chirurgiens de votre division.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_Aux citoyens Hamelin et Liveron._

J'ai reu, citoyens, votre lettre du 28 prairial. Le citoyen
Poussielgue, qui a mis en vous toute sa confiance pour un objet aussi
essentiel, garantit votre activit et les moyens que vous aurez pour
russir. J'cris au gnral Desaix pour qu'il vous donne toute la
protection que vous pourrez dsirer. Autant qu'il sera possible, on
lvera toutes les difficults qui pourraient s'opposer  la marche de
votre opration. La russite pourrait faire apprcier les motifs qui
vous ont fait mettre en avant, comme seule elle sera la mesure du
service que vous vous trouverez avoir rendu. Vous n'aurez russi que
lorsque, vous aurez fait verser,  Boulac, 600,000 ardeps de bl.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_Au payeur gnral._

Ayant autoris le gnral Klber  percevoir, dans les provinces de
Mansoura et de Damiette toutes les sommes ncessaires pour sa division,
je vous prie de donner l'ordre  vos prposs de faire recette de tous
les fonds que fera rentrer le gnral Klber, et de suivre tous les
ordres qu'il leur donnera pour le paiement, sauf  vous rendre compte.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_A l'ordonnateur en chef._

J'ai donn, citoyen ordonnateur, au gnral Klber l'autorit ncessaire
pour administrer les provinces de Damiette et de Mansoura, de manire 
pouvoir solder tout ce dont a besoin sa division.

La mme autorit a t donne au gnral Marmont pour les provinces
d'Alexandrie, Rosette et Bahhireh.

Mme autorit au gnral Desaix pour les trois provinces de la
Haute-Egypte.

Je vous prie donc, dans les besoins de l'administration, de distinguer
les besoins de la division Desaix, ceux de la division Klber,
l'arrondissement d'Alexandrie, et enfin le Caire et les troupes qui sont
dans les autres provinces.

Si vous accordiez pour les divisions Klber, Desaix et l'arrondissement
d'Alexandrie plus qu'il ne faut, les gnraux ne feraient pas solder les
crdits que je vous ai donns.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_Au chef de brigade d'artillerie Grobert._

Je vous prie, citoyen, de me remettre demain l'tat gnral des pices
et munitions qui se trouvent, soit en batterie  Gizeh, soit au parc
gnral de l'arme, soit au magasin gnral de la direction.

Je vous prie de tenir  la disposition du commandant de la marine toutes
les pices d'un calibre infrieur  3, et qui ds-lors ne sont pas
propres au service de terre.

Je vous prie de faire remettre au commandant de la marine deux pices de
6 pour armer la demi-galre embosse  Gizeh.

BONAPARTE.




Au Caire, le 7 messidor an 7 (25 juin 1799).

_A l'ordonnateur en chef._

Je viens de faire la visite de l'hpital de la maison d'Ibrahim-Bey.
J'ai vu, avec mcontentement, qu'il y manque plusieurs mdicamens
essentiels, et surtout la pierre infernale.

Donnez les ordres pour qu'avant le 10 du mois, tous ces objets soient 
l'hpital.

J'ai trouv que les pharmaciens n'taient pas  leur poste. Il y avait
quelques plaintes sur les chirurgiens.

Il manquait beaucoup de draps, et les chemises taient plus sales
qu'elles ne l'auraient t  l'ambulance devant Acre.

Fixez, je vous prie, vos yeux sur cet objet essentiel. Faites-vous
remettre l'tat du linge, des chemises qui ont t donnes au directeur
de l'hpital, et faites de manire  ce que, d'ici au 10, il y ait cinq
ou six cents chemises  cet hpital.

BONAPARTE.




Au Caire, le 8 messidor an 7 (26 juin 1799).

_Au gnral Marmont._

Je n'ai point reu, citoyen gnral, la lettre que vous m'annoncez
m'avoir crite le 1er messidor, je viens de recevoir celle du 3.

Le gnral Destaing est arriv  Rahmanieh; il a men avec lui un
bataillon de la soixante-unime, le gnral Lanusse y avait envoy un
bataillon de la quatrime. Le chef de la quatrime est parti avant-hier
avec un autre bataillon. Ainsi, il ne manque pas de forces pour faire
payer les contributions et dissiper les rassemblemens. Vous-mme, vous
pouvez avec une partie de vos forces, vous porter sur Mariout, et
dtruire ces maudits Arabes.

Le contre-amiral Ganteaume doit tre arriv  Alexandrie. Secondez, je
vous prie, toutes ses oprations.

Smith est un jeune fou qui veut faire sa fortune, et cherche  se mettre
souvent en vidence. La meilleur manire de le punir, est de ne jamais
lui rpondre. Il faut le traiter comme un capitaine de brlot. C'est au
reste un homme capable de toutes les folies, et auquel il ne faut jamais
prter un projet profond et raisonn: ainsi, par exemple, il serait
capable de faire faire une descente  800 hommes. Il se vante d'tre
entr dguis  Alexandrie. Je ne sais si ce fait est vrai, mais il
est trs-possible qu'il profite d'un parlementaire pour entrer dans la
ville, dguis en matelot.

La province de Rosette doit beaucoup d'argent, prenez des mesures pour
faire tout solder.

Le Nil n'augmente pas encore, mais du moment qu'il sera un peu haut, je
vous enverrai six cent mille rations de biscuit et une grande quantit
de bl.

BONAPARTE.




Au Caire, le 8 messidor an 7 (26 juin 1799).

_Au gnral Klber._

Je vous prie, citoyen gnral, d'envoyer au Caire l'osmanli que vous
avez dj renvoy d'Alexandrie, et qui, par sa mauvaise toile, n'est
pas encore parti. Je le garderai prisonnier  la citadelle; il servira
d'otage pour les Franais prisonniers  Constantinople.

BONAPARTE.




Au Caire, le 8 messidor an 7 (26 juin 1799).

_Au divan du Caire._

J'ai fait arrter le cadi, parce que j'ai lieu de m'en mfier, et que
son pre, que j'avais combl de bienfaits, m'a pay de la plus noire
ingratitude. Je vous prie de me prsenter quelqu'un pour remplir cette
place. Il faut que ce soit un homme n en Egypte.

BONAPARTE.




Au Caire, le 9 messidor an 7 (27 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

Je vous prie de runir demain matin, chez vous, citoyen gnral, les
membres du divan, et de leur faire connatre la lettre ci-jointe, en
rponse  celle qu'il m'a crite ce matin.

Je dsire que vous envoyiez de suite quelqu'un rassurer les femmes du
cadi, et que vous donniez l'ordre  la citadelle qu'il soit trait avec
les plus grands gards.

Je dsire galement que vous lui fassiez demander le lieu o il dsire
se rendre, soit qu'il veuille aller en Syrie, soit  Constantinople; je
l'y ferai conduire.

BONAPARTE.




Au Caire, le 9 messidor an 7 (27 juin 1799).

_Au divan du Caire._

J'ai reu votre lettre ce matin. Ce n'est pas moi qui ai destitu le
cadi; c'est, le cadi lui-mme qui, combl de mes bienfaits, a pouss
l'oubli de ses devoirs jusqu' quitter son peuple et abandonner l'Egypte
pour se retirer en Syrie.

J'avais consenti que, provisoirement, pendant la mission qu'il devait
avoir en Syrie, il laisst son fils jour grer sa place pendant son
absence; mais je n'aurais jamais cru que ce fils, jeune, faible, dt
remplir dfinitivement la place de cadi.

La place de cadi s'est donc trouve vacante. Qu'ai-je donc fait pour
suivre le vritable esprit du Coran? C'est de faire nommer le cadi par
l'assemble des scheiks; c'est ce que j'ai fait. Mon intention est donc
que le scheik El-Arichi, qui a obtenu vos suffrages, soit reconnu et
remplisse les fonctions de cadi. Les premiers califes, en suivant le
vritable esprit du Coran, n'ont-ils pas eux-mmes t nomms par
l'assemble des fidles?

Il est vrai que j'ai reu avec bienveillance le fils du cadi lorsqu'il
est venu me trouver, aussi mon intention est-elle de ne lui faire aucun
mal; et si je l'ai fait conduire  la citadelle, o il est trait avec
autant d'gards qu'il le serait chez lui, c'est que j'ai pens devoir
le faire par mesure de sret; mais ds que le nouveau cadi sera
publiquement revtu et exercera ses fonctions, mon intention est de
rendre la libert au fils du cadi, de lui restituer ses biens, et de le
faire conduire avec sa famille dans le pays qu'il dsirera. Je prends ce
jeune homme sous ma spciale protection; aussi bien je suis persuad que
son pre mme, dont je connaissais les vertus, n'a t qu'gar.

C'est  vous  clairer les bien intentionns, et faites ressouvenir
enfin aus peuples d'Egypte qu'il est temps que le rgne des osmanlis
finisse; leur gouvernement est plus dur cent fois que celui des
mameloucks, et y a-t-il quelqu'un qui puisse penser qu'un scheick, natif
d'Egypte, n'ait pas le talent et la probit ncessaires pour remplir la
place importante de cadi.

Quant aux malintentionns et  ceux qui seraient rebelles  ma volont,
faites-les moi connatre: Dieu m'a donn la force pour les punir; ils
doivent savoir que mon bras n'est pas faible.

Le divan et le peuple d'Egypte doivent donc voir dans cette conduite une
preuve toute particulire de ces sentimens que je nourris dans mon coeur
pour leur bonheur et leur prosprit; et si le Nil est le premier des
fleuves de l'Orient, le peuple d'Egypte, sous mon gouvernement, doit
tre le premier des peuples.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je vous prie, citoyen, de faire au gnral Klber un acte de donation de
sa maison.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous ferez fusiller, citoyen gnral, le nomm Joseph, natif de Cherkem,
prs la mer Noire;

Le nomm Slim, natif de Constantinople, tous deux dtenus  la
citadelle.

Quant au nomm Ibrahim-Kerpouteli, on fera interroger celui qu'il cite
pour tre son pre, afin de savoir s'il l'avoue, et vous me ferez donner
des notes sur la manire dont son pre s'est conduit.

Je vous renvoie les interrogatoires de ces hommes, afin que vous les
puissiez mieux reconnatre.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au citoyen Dupas, commandant la citadelle._

Le citoyen James, canonnier au quatrime rgiment d'artillerie, citoyen
commandant, est dtenu depuis six mois  la citadelle. Si vous ignorez
les motifs de son arrestation, je vous prie de le faire mettre
sur-le-champ en libert.

Vous ferez mettre en libert les citoyens Jersay, sapeur  la deuxime
compagnie; Billou, canonnier  la septime compagnie d'artillerie;
Michel Gazette, sapeur; Robin, mineur.

Vous ferez consigner le citoyen Philippe Bouette au chef de brigade de
la vingt-deuxime, pour le mettre dans son corps.

Vous ferez mettre en libert, le 15 du mois, le citoyen Bataille, soldat
 la lgion maltaise.

Vous ferez mettre en libert les citoyens Merel, dromadaire; Dubourg,
volontaire au deuxime bataillon de la soixante-neuvime.

Vous ferez mettre en libert, ou traduire  un conseil militaire, s'il
y a eu lieu, le citoyen Signal, caporal du deuxime bataillon de la
trente-deuxime.

Vous ferez mettre en libert le citoyen Roanet, volontaire au deuxime
bataillon de la trente-deuxime.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au citoyen Fourier, commissaire, prs le divan._

Je vous prie, citoyen, de me faire un rapport sur les membres qui
composent le grand et le petit divan du Caire, pour me faire, connatre
s'il y a des places vacantes dans l'un ou l'autre.

Je dsire galement que vous me fassiez connatre si, parmi les membres
du grand divan, il s'en trouverait qui ne mriteraient pas la place
qu'ils ont, soit par leur peu de considration, soit par une raison
quelconque; que vous me prsentiez un certain nombre d'individus pour
remplir les places vacantes. Mon intention est de composer ce divan
de manire  former un corps intermdiaire entre le gouvernement et
l'immense population du Caire, de manire qu'en parlant  ce grand
divan, on soit sr de parler  la masse de l'opinion.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au gnral Destaing._

Je reois presque en mme temps vos lettres des 5 et 7 messidor.

Le premier bataillon de la quatrime est parti le 6  quatre heures
aprs midi du Caire, pour se rendre  Rahmanieh. Si vous tes parti le
9, comme c'tait votre projet, pour remonter votre province, vous vous
serez probablement joint  porte de tomber sur le rassemblement de
l'ennemi. Le quinzime de dragons et tous les dromadaires disponibles
partent cette nuit pour se rendre  Menouf; je donne l'ordre au gnral
Lanusse de se porter au village de ..., et de le brler, ainsi que le
village de Zara; aprs quoi il vous fera passer le quinzime et les
dromadaires. Ces secours et les trois bataillons que vous avez, vous
mettent  mme de soumettre la province de Bahireh.

Ds l'instant que vous aurez frapp quelques coups dans votre province,
faites-moi passer la lgion nautique, dont j'ai le plus grand besoin
pour l'organisation de l'arme.

BONAPARTE.




Au Caire, le 10 messidor an 7 (28 juin 1799).

_Au Directoire excutif._

Je vous fais passer plusieurs imprims qui vous mettront au fait des
vnemens qui se sont succds depuis plusieurs mois.

La peste a commenc  Alexandrie, il y a six mois, avec des symptmes
trs-prononcs.

A Damiette elle a t plus bnigne.

A Gaza et  Jaffa elle a fait plus de ravages.

Elle n'a t ni au Caire, ni  Suez, ni dans la Haute-Egypte.

(_Il rsulte de l'tat que je vous envoie que l'arme franaise, depuis
son arrive en Egypte jusqu'au 10 messidor an 7, avait perdu 5344
hommes._)

Vous voyez qu'il nous faudrait cinq cents hommes pour la cavalerie,
cinq mille pour l'infanterie, cinq cents pour l'artillerie, pour mettre
l'arme dans l'tat o-elle tait lors du dbarquement.

La campagne de Syrie a eu un grand rsultat: nous sommes matres de tout
le dsert, et nous avons dconcert pour cette anne les projets de nos
ennemis. Nous avons perdu des hommes distingus. Le gnral Bon est mort
de ses blessures; Caffarelli est mort; mon aide-de-camp, Croisier est
mort; beaucoup de monde a t bless.

Notre situation est trs-rassurante. Alexandrie, Rosette, Damiette,
El-Arich, Catieh, Salahieh, se fortifient  force; mais si vous voulez
que nous nous soutenions, il nous faut, d'ici en pluviose, six mille
hommes de renfort. Si vous nous en faites passer en outre 15,000, nous
pourrons aller partout, mme  Constantinople.

Il nous faudrait alors deux mille hommes de cavalerie pour incorporer
dans nos rgimens, avec des carabines, selles  la hussarde et sabres;
six cents hussards ou chasseurs; six mille hommes de troupes pour
incorporer dans nos corps et les recruter; cinq cents canonniers de
ligne; cinq cents ouvriers, maons, armuriers, charpentiers, mineurs,
sapeurs; cinq demi-brigades  deux mille hommes chacune; vingt mille
fusils; quarante mille baonnettes; trois mille sabres; six mille paires
de pistolets; dix mille outils de pionniers.

S'il vous tait impossible de nous faire, passer tous ces secours, il
faudrait faire la paix; car il faut calculer que, d'ici au mois de
messidor, nous perdrons encore six mille hommes. Nous serons,  la
saison prochaine, rduits  quinze mille hommes effectifs, desquels,
tant deux mille hommes aux hpitaux, cinq cents vtrans, cinq cents
ouvriers qui ne se battent pas, il nous restera douze mille hommes,
compris cavalerie, artillerie, sapeurs, officiers d'tat-major, et nous
ne pourrons pas rsister  un dbarquement combin avec une attaque par
le dsert.

Si vous nous faisiez passer quatre ou cinq mille Napolitains, cela
serait bon pour recruter nos troupes.

Il nous faudrait dix-huit  vingt mdecins, et soixante ou quatre-vingts
chirurgiens; il en est mort beaucoup. Toutes les maladies de ce pays-ci
ont des caractres qui demandent  tre tudis. Par l, on peut les
regarder toutes comme inconnues; mais toutes les annes elles seront
plus connues et moins dangereuses.

Je n'ai point reu de lettres de France depuis l'arrive de Moureau, qui
m'a apport des nouvelles du 5 nivose, et de Belleville, du 20 pluviose.
J'espre que nous ne tarderons pas  en avoir.

Nos sollicitudes sont toutes en France. Si les rois l'attaquaient, vous
trouveriez dans nos bonnes frontires, dans le gnie guerrier de la
nation et dans vos gnraux, des moyens pour leur rendre funeste leur
audace. Le plus beau jour pour nous sera celui o nous apprendrons la
formation de la premire rpublique en Allemagne.

Je vous enverrai incessamment le nivellement du canal de Suez, les
cartes de toute l'Egypte, de ses canaux, et de la Syrie.

Nous avons de frquentes relations avec la Mecque et Mokka. J'ai crit
plusieurs fois aux Indes,  l'Ile-de-France; j'en attends les rponses
sous peu de jours. C'est le schrif de la Mecque qui est l'entremetteur
de notre correspondance.

Le contre-amiral Perre est sorti d'Alexandrie le 19 germinal avec trois
frgates et deux bricks; il est arriv devant Jaffa le 24, s'est mis eu
croisire, a pris deux btimens du convoi turc, chargs de trois cents
hommes, cent mineurs et bombardiers, est revenu devant Tentoura pour
prendre nos blesss; mais il a t chass par la croisire anglaise, et
a disparu; il sera arriv en Europe.

Je lui avais remis des instructions pour son retour: personne n'est
plus  mme que cet officier de nous faire passer des nouvelles et des
secours; depuis la bouche d'Omm-Faredge, Damiette, Bourlos, Rosette,
Alexandrie, il peut choisir dans ce moment-ci; et depuis le 15 ventose
il n'y a point de croisire devant Alexandrie ni Damiette: cela nous a
t utile pour l'approvisionnement d'Alexandrie.

J'ai t trs-satisfait de la conduite du contre-amiral Perre dans
toute cette croisire, je vous prie de le lui faire connatre.

BONAPARTE.




Au Caire, le 12 messidor an 7 (30 juin 1799).

_Au sultan de Darfour._

Au nom de Dieu clment et misricordieux: il n'y a d'autre Dieu que
Dieu, et Mahomet est son prophte.

Au sultan de Darfour Abd-el-Rahman, serviteur des deux cits saintes,
calife du glorieux prophte de Dieu et matre des mondes.

J'ai reu votre lettre, j'en ai compris le contenu.

Lorsque votre caravane est arrive, j'tais absent, ayant t en Syrie
pour punir et pour dtruire nos ennemis. Je vous prie de m'envoyer par
la premire caravane deux mille esclaves noirs ayant plus de seize ans,
forts et vigoureux: je les achterai tous pour mon compte.

Ordonnez  votre caravane de venir de suite, et de ne pas s'arrter en
route. Je donne des ordres pour qu'elle soit protge partout.

BONAPARTE.




Au Caire, le 12 messidor an 7 (30 juin 1799).

_Au schrif de la Mecque._

Au nom de Dieu clment et misricordieux: il n'y a pas d'autre Dieu que
Dieu, et Mahomet est son prophte.

J'ai reu votre lettre, et j'en ai compris le contenu.

J'ai donn les ordres pour que tout ce qui peut vous persuader de
l'estime et de l'amiti que j'ai pour vous, soit fait.

J'espre qu' la saison prochaine vous ferez partir une grande quantit
de btimens chargs de caf et de marchandises des Indes: ils seront
toujours protgs.

Je vous remercie de ce que vous avez fait passer mes lettres aux Indes
et  l'Ile de France: faites-y passer celles-ci, et envoyez-moi la
rponse.

Croyez  l'estime que j'ai pour vous et au cas que je fais de votre
amiti.

BONAPARTE.




Au Caire, le 12 messidor an 7 (30 juin 1799).

_Au commandant de l'Ile de France._

Je vous prie, citoyen commandant, de faire payer au schrif de la Mecque
la somme de 94,000 fr., que le payeur de l'arme tire en trois lettres
de change sur le payeur de l'Ile de France, et dont la trsorerie
nationale tiendra compte.

J'ai pens devoir me servir de ce moyen pour avoir un canal sr pour
correspondre avec vous, malgr les croiseurs qui infestent la mer Rouge.

Je vous salue.

BONAPARTE.




Au Caire, le 12 messidor an 7 (30 juin 1799).

_Au commandant des Iles de France et de la Runion._

Vous aurez sans doute appris, citoyen commandant, que depuis un an la
rpublique est matresse de l'Egypte. Je vous ai fait passer plusieurs
lettres par la voie de Mokka, et j'espre que vous les aurez reues.

Les ports de Suez et de Cosseir sont occups par des garnisons
franaises et arms, les avisos que vous pourriez m'envoyer pour
correspondre avec moi, seront donc srs d'y tre protgs.

Je dsirerais que vous me fissiez passer le plus tt possible
quelques avisos pour pouvoir correspondre avec les Indes, et que vous
profitassiez de ces btimens pour nous envoyer trois mille fusils de
calibre, quinze cents paires de pistolets, mille sabres.

La grande quantit de vaisseaux anglais qui inondent la Mditerrane,
rend difficile l'arrive des btimens de Toulon. Mes dernires nouvelles
de France sont du mois de ventose: nous nous tions empars du royaume
de Naples, qui s'tait dclar pour les Anglais, et la rpublique tait
dans l'tat le plus florissant.

Faites-moi passer par vos avisos toutes les nouvelles que vous pourriez
avoir des Indes.

L'tablissement solide que la rpublique vient de faire en Egypte sera
une source de prosprit pour l'Ile de France.

L'tat-major vous fait passer diffrens imprims qui vous feront
connatre les vnemens qui se sont passs dans ce pays-ci.

Croyez, je vous prie, au dsir que j'ai de faire quelque chose qui vous
soit agrable.

BONAPARTE.




Au Caire, le 13 messidor an 7 (1er juillet 1799).

_Au gnral Marmont._

J'ordonne au payeur, citoyen gnral, de faire passer 50,000 fr. 
Alexandrie pour pourvoir  un mois de solde et aux diffrens crdits que
le payeur ouvrira au gnie,  l'artillerie et aux administrations.

Les ouadis sont venus me trouver: quoique ces sclrats eussent bien
mrit que je profitasse du moment pour les faire fusiller, j'ai pens
qu'il tait bon de s'en servir contre la nouvelle tribu, qui parait
dcidment tre leur ennemie. Ils ont prtendu n'tre entrs pour rien
dans tous les mouvemens du Bahireh: ils sont partis trois cents des
leurs avec le gnral Murat, qui a trois cents hommes de cavalerie,
trois compagnies de grenadiers de la soixante-neuvime, et deux pices
d'artillerie. Je lui ai donn ordre de rester huit ou dix jours dans
le Bahireh pour dtruire les Arabes et aider le gnral Destaing 
soumettre entirement cette province: mon intention est que tous les
Arabes soient chasss au-del de Marcouf. Le gnral Destaing avait reu
auparavant un bataillon de la quatrime, le quinzime de dragons et une
compagnie du rgiment des dromadaires.

J'espre que des sommes considrables entreront promptement dans la
caisse du payeur d'Alexandrie. Du moment o le Nil sera navigable, on
vous enverra deux cent mille rations de biscuit, qui sont ici toutes
prtes.

BONAPARTE.




Au Caire, le 13 messidor an 7 (1er juillet 1799).

_Au gnral Klber._

Hassan Thoubar, citoyen gnral, se rend  Damiette. Il a laiss ici
son fils en tage. Il compte habiter Damiette, ou du moins y laisser sa
femme et sa famille pour assurer davantage de sa fidlit. Je lui ai
restitu ses biens patrimoniaux. Quant aux femmes qu'il rclame, je n'ai
rien statu, parce que j'ai pens qu'elles taient donnes  d'autres,
et que d'ailleurs il serait ridicule qu'un homme dont nous avons eu tant
 nous plaindre, reprit tout a coup une si grande autorit dans le pays.
Par la suite, vous verrez le parti que vous pourrez tirer de cet homme.

BONAPARTE.




Au Caire, le 14 messidor an 7 (2 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Je vous envoie, citoyen gnral, les noms de cinq mameloucks, qui, je
crois, sont ici sans passeport, puisqu'ils ne sont pas sur votre tat.
Prenez des renseignemens sur ces hommes, et, s'ils sont les mmes que
ceux que l'on m'a adresss comme mauvais sujets, faites-les arrter
de suite et conduire  la citadelle: Hussein, de la suite d'Oshman;
Bey-Cherchaoui; l'mir Ahmed-Aboukul, de la maison Hussein-Bey; l'mir
Hassan, mamelouck d'Ayoub-Bey; Aly-Effendi, de chez Slim-Bey.

Faites rechercher, je vous prie, s'il y aurait dans la ville d'autres
mameloucks galement sans passeport.

BONAPARTE.




Au Caire, le 14 messidor an 7 (3 juillet 1799).

_Au gnral Desaix._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 3 messidor. J'ai reu en
mme temps une lettre du gnral Friant de Bnoef, du 12 messidor; il
m'annonce que Mourad-Bey fuit dans le Bahhireh. Il est indispensable que
vous fassiez partir tout de suite pour le Caire tous les escadrons
ou hommes monts des neuvime de hussards, troisime, quatorzime et
quinzime de dragons. Gardez avec vous tous les hommes du vingt-deuxime
de chasseurs et du vingtime de dragons. Il me parat qu'il'se trame
quelque chose dans le Bahhireh; plusieurs tribus d'Arabes et quelques
centaines de Maugrabins s'y sont rendus de l'intrieur de l'Afrique;
Mourad-Bey s'y rend. Si ce rassemblement prenait de la consistance, il
pourrait se faire que les Anglais et les Turcs y joignissent plusieurs
milliers d'hommes.

Nous n'avons encore, ni devant Damiette, ni devant Alexandrie, aucune
espce de croisire ennemie.

On travaille tous les jours avec la plus grande activit aux
fortifications d'El-Arich et de Catieh.

On vous envoie tout ce qui reste du vingt-deuxime de chasseurs et du
vingtime de dragons.

Il part galement une centaine d'hommes de votre division qui vont
vous rejoindre. Si vous pouvez vous passer du bataillon de la
soixante-unime, envoyez-le ici.

Le gnral Davoust est tomb malade et n'a pu remplir la mission que je
voulais lui confier.

L'tat-major n'a pas l'tat des officiers auxquels vous avez accord de
l'avancement, envoyez-le moi, ainsi que celui des soldats auxquels vous
dsirez qu'il soit accord des rcompenses.

J'attends des nouvelles d'Europe, Le vent commence  devenir bon et nos
ports sont ouverts. Au reste, Perre, avec ses trois frgates, doit y
tre arriv: il tait charg de nos instructions particulires.

J'attache une importance majeure  la prompte excution du mouvement de
cavalerie dont je vous ai parl plus haut.

Le gnral Dommartin se rendant a Alexandrie sur un btiment arm, a t
attaqu par les Arabes. Il est parvenu, quoique chou,  les repousser
avec la mitraille; mais il a deux blessures qui ne sont pas dangereuses.
On dit que vous avez quelques gros btimens provenant des mameloucks,
et quelques djermes dsarmes: faites passer tout cela au Caire, nous
tcherons d'en tirer parti.

BONAPARTE.




Au Caire, le 15 messidor an 7 (3 juillet 1799).

_Au scheick El-Bkir, le premier des schrifs et notre ami._

Je vous cris la prsente pour vous faire passer la demande que vous
m'avez faite pour votre femme, pour dix karats de village, uniquement
pour vous donner une preuve de l'estime que je fais de vous, et du dsir
que j'ai de voir tous vos voeux et tout ce qui peut vous rendre heureux
s'accomplir.

BONAPARTE.




Au Caire, le 15 messidor an 7 (3 juillet 1799).

_Au gnral Reynier._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre de Seneta, du 10 messidor.
Toute la cavalerie de l'arme est dans ce moment-ci dans le Rahhireh; il
sera possible, cependant, de runir une centaine de chevaux d'ici au 20,
en y mettant une partie de mes guides. Faites en sorte que, ce jour-l,
les cent hommes de cavalerie que vous avez soient  Belbeis, afin que
ces deux cents hommes runis, avec une pice de canon, et deux cents
hommes d'infanterie puissent nettoyer l'oasis. Je confierai cette
opration au gnral Lagrange.

Le seul moyen qui vient de russir parfaitement au gnral Rampon, et
qui lui a fait lever en trs-peu de temps cent chevaux et tout le miri
du Kelioubeh, c'est d'arrter les scheicks qui ne payent pas, et de les
tenir en tages jusqu' ce qu'ils aient donn de bons chevaux et pay le
miri. Avec votre infanterie et votre pice de canon, vous en avez autant
qu'il vous en faut pour ne pas vous dtourner un instant de l'importante
affaire de la leve du miri.

Pour surprendre Elfy-Bey dans l'ouadi, il faut que les troupes partent
le soir de Belbeis, marchent toute la nuit dans le dsert, de manire 
arriver,  la petite pointe du jour, au santon.

BONAPARTE.




An Caire, le 15 messidor an 7 (3 juillet 1799).

_Au gnral Friant._

J'ai reu, citoyen gnral, la lettre que vous m'avez crite du Fayoum.
La rapidit et la prcision de votre marche vous ont mrit la gloire de
dtruire Mourad-Bey.

Le gnral Murat, qui est depuis cinq  six jours dans le Bahhireh, et
que j'ai prvenu de l'intention o tait Mourad-Bey de s'y rendre, vous
le renverra probablement.

L'tat-major vous crit pour que vous fassiez une course dans la
province d'Alfili, afin de dtruire les mameloucks qui pourraient s'y
tre tablis.

BONAPARTE.




Au Caire, le 17 messidor an 7 (5 juillet 1799).

_Au gnral Lanusse._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 17 messidor: je suis fort
aise que le village de Tatau soit innocent.

Le gnral Friant m'instruit, par une lettre du 14, que Mourad-Bey est
toujours  la fontaine de Rayenne. Il parat qu'il y est malade de sa
personne. Le gnral Friant va se mettre en route pour le dloger.
Faites passer cette lettre au gnral Murat, et donnez-moi exactement
toutes les nouvelles que vous pourrez avoir de ce qui se passe dans le
Bahhireh.

Je vous ai envoy plusieurs procs-verbaux sur les assassinats commis
sur nos courriers dans les villages de votre province; faites punir les
scheicks de ces villages. Faites qu'avant l'inondation le miri soit
lev. Envoyez-moi la note des villages qui, selon vous, ne sont pas
assez taxs, afin de leur demander un supplment. J'attends les trente
chevaux que je vous ai demands.

Je vais sous peu de jours me rendre  Menouf, pour, de l, reconnatre
l'emplacement d'un fort au ventre de la Vache. Faites-moi connatre le
nombre d'ouvriers que vous pourrez rassembler dans votre province, afin
de pouvoir pousser vivement ce travail.

Je dsire fort que vous ayez la gloire de joindre Mourad-Bey. Elle
serait due a l'activit et aux services que vous avez rendus pendant
notre absence.

Je n'ai point reu le rapport du gnral Destaing, qui aura probablement
t pris sur un des courriers, gars. Faites-moi part des renseignement
qu'il vous aurait donns.

BONAPARTE.




Au Caire, le 19 messidor an 7 (7 juillet 1799).

_Au gnral Fugires._

Le nomm Achmet Abouzahra, scheick arabe, doit se rendre dans son
village, o je dsire que vous le rtablissiez dans ses terres et dans
ses maisons. Il paiera trois mille talaris dans la caisse du payeur.
Cela est soumis cependant aux renseignemens que vous aurez sur les
lieux. Il est fort recommand par des gens de considration.

BONAPARTE.




Au Caire, le 19 messidor an 7 (7 juillet 1799).

_Au gnral Murat._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre sans date, par laquelle vous
m'annoncez que vous avez pris plusieurs mameloucks dans un santon, et
que vous vous mettez en marche pour tomber  la pointe du jour sur le
rassemblement. On m'assure que Slim-Cachef, qui est votre prisonnier,
est un grand coquin; mfiez-vous-en et envoyez-le moi sous bonne garde.

Ne leur donnez pas un moment de relche. Si Mourad-Bey descend dans le
Bahhireh, ce qui ne parat pas probable actuellement, il n'a pas
avec lui plus de deux ou trois cents hommes mal arms et clopps.
D'ailleurs, je le ferai suivre par une bonne colonne.

Si vous n'avez pas encore march sur Mariouf, je dsire que vous y
alliez, et, dans ce cas, que vous ordonniez au gnral Marmont d'y
envoyer de son ct une forte colonne d'Alexandrie.

Tchez de nous envoyer une cinquantaine de dromadaires, pour monter les
hommes qui sont au dpt.

BONAPARTE.




Au Caire, le 19 messidor an 7 (7 juillet 1799).

_Au gnral Lanusse._

Je reois votre lettre du 19, citoyen gnral; je crois faux les
renseignements que vous avez. Mourad-Bey n'a pas boug de la fontaine
de Rayenne, situe  douze lieues de Fayoum et  quatre journes du lac
Natron.

Le gnral Friant est parti le 18, et a d arriver le 19  la fontaine
de Rayenne. Si Mourad-Bey avait pris le parti de se rendre au lac
Natron, il arriverait le 22. Ainsi, sous ce point de vue, votre sjour 
Terraneh peut tre utile pour remplir le but que vous vous proposez. Je
ne crois pas qu'il se rende au lac Natron.

Je donne ordre au commandant de la province de Gizeh de partir avec
seize hommes et une pice de canon pour lever le miri dans sa province.
Il combinera sa marche de manire  tre le 22  Wardam.

Si donc vous faisiez une course au lac Natron, vous lui donneriez
l'ordre de vous y suivre. C'est le chef de bataillon Faure qui commande
cette province.

BONAPARTE.




Au Caire, le 20 messidor an 7 (8 juillet 1799).

_A l'ordonnateur en chef._

Le mdecin en chef dsire retourner en France, citoyen ordonnateur; sa
demande me parat fonde sur un besoin rel de famille. Veuillez lui
faire connatre que j'ai demand au gouvernement son remplacement, je ne
doute pas qu'il ne l'accorde; mais, dans tous les cas, je ne consentirai
 son dpart que lorsqu'il sera remplac.

BONAPARTE.




Au Caire, le 20 messidor an 7 (8 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous ferez, citoyen gnral, trancher la tte  Abdalla-Aga, ancien
gouverneur de Jaffa, dtenu  l citadelle. D'aprs ce que m'ont dit les
habitans de Syrie, c'est un monstre dont il faut dlivrer la terre.

BONAPARTE.




Au Caire, le 21 messidor an 7 (9 juillet 1799).

_Au gnral Lagrange._

Vous ferez partir ce soir, citoyen gnral, les deux cents hommes
d'infanterie et les deux pices de canon, qui iront coucher 
Birket-el-Hadji. Ils en partiront demain pour se rendre  El-Menayer.
Vous partirez avec la cavalerie demain au jour pour vous rendre 
Birket-el-Hadji; vous y resterez toute la journe de demain, et vous en
partirez  la nuit, pour arriver au jour au petit village  une lieue
en de de Belbeis. En passant  El-Menayer, vous prendrez notre
infanterie. Vous partirez le 20,  la nuit, de ce village, pour vous
rendre par le dsert dans l'Ouadi,  la suite d'Elfy-Bey. Le gnral
Reynier doit avoir envoy cent hommes de cavalerie  Belbeis pour
tromper les espions; vous lui enverrez l'ordre de venir vous joindre 
la nuit dans l'endroit o vous serez: ce mouvement rtrograde pourra
faire croire que cette cavalerie va au Caire. Si cette cavalerie
n'tait pas encore arrive, vous donneriez l'ordre qu'elle vienne vous
rejoindre.

Vous ferez prendre  vos troupes pour cinq jours de vivres au Caire. Je
donne ordre  l'ordonnateur de vous fournir huit chameaux, sur lesquels
vous mettrez pour cinq jours de vivres. Vous aurez soin que chacun de
vos hommes ait un bidon, et vous ferez mener un chameau avec des outres
par cent hommes; vous prendrez pour cela les chameaux du corps.

Le but de votre expdition est d'obliger Elfi-Bey de dpasser El-Arich,
si vous ne pouvez pas le surprendre et le dtruire; de reconnatre la
route qui va  Suez sans passer par Salabiar. Il doit y avoir des puits
dans cette direction.

Votre colonne doit tre compose de deux cents hommes d'infanterie, de
cent cinquante de cavalerie, de cent hommes de cavalerie que vous devez
trouver  Belbeis, de cent Grecs  pied, commands par le capitaine
Nicolet, de trente  quarante hommes  cheval, commands par le chef de
bataillon Barthlmy. Vous aurez avec vous deux pices d'artillerie et
un ingnieur des ponts et chausses. Vous ferez passer les ordres au
chef de bataillon Barthlmy et au capitaine Nicolet de partir ce soir
avec votre infanterie.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).

_Au sultan de Darfour_.

Au nom de Dieu, clment et misricordieux. Il n'y a pas d'autre Dieu que
Dieu, et Mahomet est son prophte.

Au sultan de Darfour, Abd-El-Rahmons, serviteur des deux cits saintes,
et calife du glorieux prophte de Dieu, matre des mondes.

Je vous cris la prsente pour vous recommander Aga-Cachef, qui est
auprs de vous, et son mdecin Soliman, qui se rend  Darfour et vous
remettra ma lettre.

Je dsire que vous me fassiez passer deux mille esclaves mles, ayant
plus de seize ans.

Croyez, je vous prie, au dsir que j'ai de faire quelque chose qui vous
soit agrable.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous ferez fusiller, citoyen gnral, les nomms Hassan, Jousset,
Ibrahim, Saleh, Mahamet, Bekir, Hadj-Saleh, Mustapha, Mahamed, tous
mameloucks.

Quant aux nomms Osman, Ismael, Hussein, autres mameloucks, vous les
ferez tenir en prison  la citadelle jusqu' nouvel ordre.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).

_Au gnral Lanusse._

Mourad-Bey, aprs avoir fait semblant de se rendre dans la Haute-Egypte,
citoyen gnral, a fait contre-marche dans la nuit, et  couch le 22 
Zao. Il est pass hier,  quatre heures aprs midi,  Aboukir,  trois
lieues de Girgeh. On pense qu'il a t au lac Natron. Faites passer
cet avis en toute diligence au gnral Destaing et au gnral Murat:
j'attends dans une heure des dtails ultrieurs. Il a avec lui deux
cents hommes, compris les domestiques; il n'a que quarante chevaux; il
est dans un grand tat de dlabrement; il est vivement poursuivi par le
gnral Friant.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).

_Au Directoire excutif._

Le citoyen Venture, secrtaire interprte pour les langues orientales,
est mort en Syrie: c'tait un homme de mrite. Il a laiss une famille
qui a des titres  la protection du gouvernement.

Le payeur gnral envoie  sa famille un bon de 12,000 fr. sur la
trsorerie nationale pour une anne d'appointemens.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).

_Au gnral Murat._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 23 messidor, aujourd'hui 
cinq heures du soir. Vous m'apprenez votre voyage au lac Natron et votre
dpart,  cinq heures du soir pour Terraneh, o je suppose que vous tes
arriv le 24 au matin.

Vous verrez, par la copie de la lettre du gnral Friant, qu'il a pris
quelques chameaux  Mourad-Bey, qui, aprs avoir fait une marche dans la
Haute-Egypte, est rapidement retourn sur ses pas, a march trois jours
et trois nuits, et est arriv hier 23  quatre heures du soir au village
de Dachour, prs les pyramides de Sahara; il en est parti  cinq heures
du soir pour prendre la route du dsert: on croit qu'il s'est rendu au
lac Natron.

Le gnral Junot est aux pyramides: j'ai envoy de tous cts des hommes
pour m'instruire de la marche de Mourad-Bey.

Mourad-Bey a avec lui deux cents mameloucks, moiti  cheval, moiti sur
des chameaux, en trs-mauvais tat, et cinquante  soixante Arabes: si
le bonheur et voulu que vous fussiez rest vingt-quatre heures de plus
au lac Natron, il est trs-probable que vous nous apportiez sa tte.

Vous vous conduirez selon les nouvelles que vous recevrez; vous vous
rendrez au lac Natron ou sur tout autre point du Bahhireb o vous
penserez devoir vous porter pour nous dbarrasser de cet ennemi si
redoutable et aujourd'hui en si mauvais tat.

Le gnral qui aura le bonheur de dtruire Mourad-Bey aura mis le sceau
 la conqute de l'Egypte: je dsire bien que le sort vous ait rserv
cette gloire.

BONAPARTE.




Gizeh, le 27 messidor an 7 (15 juillet 1799).

_Au gnral Klber._

L'adjudant-gnral Julien vous aura sans doute appris, citoyen gnral,
la nouvelle de l'arrive d'une flotte turque dans la rade d'Aboukir, le
24 messidor; et si la prsence de l'ennemi ne vous en pas empch, vous
aurez opr votre mouvement sur Rosette, en vous portant avec la majeure
partie de vos forces sur l'extrmit de votre province, afin de pouvoir,
dans le moins de temps possible, combiner vos mouvemens avec le reste.

Je pars dans la nuit pour Terraneh, d'o je me rendrai probablement 
Rahmanieh.

Il faut livrer El-Arich et Catieh  leurs propres forces; et si aucune
force imposante n'a encore paru devant Damiette, vous vous porterez dans
une position quelconque, le plus prs possible de Rosette.

J'ai toute la journe couru les dserts, au-del des pyramides, pour
donner la chasse  Mourad-Bey.

BONAPARTE.




Gizeh, le 27 messidor an 7 (15 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Je vais, citoyen gnral, partir pour quelques jours. Je retournerai au
Caire, aussitt que la nature des btimens qui ont paru et les forces
qu'ils pourront porter me seront connues.

Je vous fais passer copie de la lettre que j'cris au gnral Desaix: si
jamais mes exprs taient intercepts, et que vous appreniez qu'il se
passe des vnemens majeurs, vous tes autoris  le faire venir.

Faites-moi passer tous les dromadaires et toute la cavalerie qui viendra
de la Haute-Egypte ou du gnral Lagrange. Vous sentez combien il est
ncessaire que j'aie quelques centaines d'hommes de cavalerie.

Je donne ordre au payeur de vous faire solder tout ce qui vous est d
pour frais de table et bureaux de la place.

Quant aux gnraux Reynier et Lagrange, vous verrez que je ne dcide
encore rien sur leur destination: je les prviens seulement de se tenir
prts  faire un mouvement sur moi. Comme mes ordres pourraient tre
intercepts, ce sera  vous, si les circonstances l'exigent,  les en
prvenir.

J'ai donn ordre au capitaine Nicolet de rentrer au Caire avec ses
Grecs. Envoyez plusieurs exprs pour le lui ritrer.

Je vous prie de faire partir demain, par terre, une copie de ma lettre
au gnral Desaix.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 messidor an 7 (15 juillet 1759).

_Au citoyen Poussielgue._

Je m'loigne pour quelques jours, citoyen administrateur; je vous prie
de me donner trs-souvent des nouvelles de ce qui se passera au Caire.
Je ne doute pas que vous ne contribuiez, par votre activit et votre
esprit conciliateur,  y maintenir la tranquillit, comme vous l'avez
fait prcdemment pendant mon incursion en Syrie.

BONAPARTE.




Terraneh, le 29 messidor an 7 (15 juillet 1799).

_Au gnral Klber._

Le quartier-gnral est aujourd'hui, citoyen gnral,  Terraneh. Le
gnral Lanusse va se runir avec le gnral Fugires et le gnral
Robin pour former, dans le Delta, une colonne mobile, qui pourra se
porter rapidement, soit sur un des points de l cte, soit sur les
communications qui seraient srieusement menaces.

Je compte tre le 1er thermidor  Rahmanieh.

BONAPARTE.

P.S. J'ai reu des lettres, du 26, d'Alexandrie, par lesquelles on
m'informe qu'il avait t aperu, depuis le 24, une flotte ennemie,
compose, tant gros que petits btimens, d'une soixantaine de voiles,
dont seulement cinq de guerre.




Terraneh, le 29 messidor an 7 (15 juillet 1799).

_Au gnral Marmont._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 24,  la pointe du jour,
de Rosette. Je n'ai eu aucune sollicitude pour Alexandrie. Soutenez
Rosette. Je pense que vous serez post  Aboukir, comme vous me
l'annonciez, pour tomber sur les flancs de l'ennemi, s'il osait
dbarquer entre Aboukir et Rosette pour tenter un coup de main.

Des troupes arrivent ce soir  Rahmanieh. Je couche ici ce soir avec
l'arme. Je serai, le 1er thermidor, au soir,  Rahmanieh.

J'ai fait mettre garnison et des canons dans les couvens du lac Natron.

Mourad-Bey, chass, poursuivi de tous cts, s'est retir dans le
Fayoum; il a avec lui une centaine de mameloucks, 50 arabes et quarante
hommes, tous extnus de fatigues et dans le dernier dlabrement.

Vous avez sans doute appris que le 24 du mois le gnral Lagrange est
arriv  la pointe du jour dans les oasis situs dans le dsert,
entre Suez, la Syrie et Belbeis, a surpris deux cents mameloucks, tu
Osman-Bey-Cherkaoui, un des coryphes du pays, et pris sept cents
chameaux.

BONAPARTE.




Terraneh, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).

_A Moussa, chef de la tribu des Annadis._

Nous vous faisons savoir par une lettre, que nous sommes arrivs
aujourd'hui  Terraneh avec l'arme, pour nous porter dans le Bahhireh,
afin de pouvoir anantir d'un seul coup nos ennemis, et confondre tous
les projets qu'ils pourraient avoir conus.

Nous dsirons que vous nous envoyiez, pour le premier thermidor au soir,
 Rahmanieh, quelqu'un de votre part pour nous donner des nouvelles de
tout ce qui se passe  Marion et dans le dsert, ainsi que de tout ce
qui serait  votre connaissance.

Nous dsirons aussi vous voir bientt, avec bon nombre de vos gens, pour
clairer notre arme.

Recommandez  tous vos Arabes de se bien comporter, afin qu'ils mritent
toujours notre protection.

J'ai fait occuper par nos troupes, et mettre des canons dans les couvens
du lac Natron. Il sera donc ncessaire, quand quelqu'un de votre tribu
ira, qu'il se fasse reconnatre, car j'ai ordonn qu'ils soient traits
comme amis. Faites connatre le contenu de cette lettre  tous les
scheicks, sur qui soit le salut.

BONAPARTE.




Terraneh, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).

PROCLAMATION.

Il n'y a d'autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophte.

Aux scheicks, ulmas, schrifs, imans et fellahs de la province de
Bahhireh.

Tous les habitans de la province de Bahhireh mriteraient d'tre
chtis; car les gens clairs et sages sont coupables lorsqu'ils ne
contiennent pas les ignorans et les mchans. Mais Dieu est clment et
misricordieux, le prophte a ordonn, dans presque tous les chapitres
du Koran, aux hommes sages et bons d'tre clment et misricordieux: je
le suis envers vous. J'accorde par le prsent firman un pardon gnral
 tous les habitans de la province de Bahhireh qui se seront mal
comports, et je donne des ordres pour qu'il ne soit form contre eux
aucune recherche. J'espre que dsormais le peuple de la province de
Bahhireh me fera sentir par sa conduite qu'il est digne de pardon.

BONAPARTE.




Terraneh, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Le nombre des vaisseaux ennemis, citoyen gnral, s'est augment d'une
quinzaine de btimens lgers. Vous sentez combien il serait ncessaire
de presser le dpart de tous les hommes disperss. J'espre que le
gnral Lagrange sera parti du Caire pour l'arme quand vous recevrez
ceci. Il y a beaucoup de chefs de bataillon qui ne sont pas  leurs
corps, parce qu'ils sont un peu incommods, et qui ont pens que ce
n'tait seulement qu'une course contre les Arabes. Faites que tous ces
hommes nous rejoignent; il est essentiel que tout cela marche en corps:
j'estime que les dtachemens doivent tre au moins de deux cents hommes.

Ecrivez au gnral Desaix les nouvelles que je reois, et que j'imagine
que la colonne mobile contre Mourad-Bey est partie, et qu'il presse le
dpart de la cavalerie que je lui ai demande. Ds que le bataillon de
la 22e, ainsi que le gnral Rampon et sa colonne, seront arrivs au
Caire, qu'il file en toute diligence sur Rahmanieh.

Instruisez le gnral Reynier qu'il est ncessaire qu'il runisse
la garnison de Salahieh, en y laissant en tout, compris sapeurs et
canonniers, cent vingt hommes, et qu'il soit prt,  tout vnement, 
se porter de Belbeis par le Delta sur Rahmanieh: vous lui enverrez tous
les grenadiers et l'artillerie de sa division. Il pourra aussi m'amener
un millier d'hommes, qui pourront m'tre d'un grand secours. Si dans
trente-six heures vous ne recevez pas de lettre de moi, vous ordonnerez
ce mouvement.

Envoyez un des gnraux qui sont au Caire en convalescence pour
commander  Gizeh.

Faites partir les deux demi-galres et la chaloupe canonnire _la
Victoire_ pour Rahmanieh. Faites-y embarquer deux mille paires de
souliers. Envoyez-nous sous leur escorte  Rahmanieh encore deux ou
trois cent mille rations de biscuit et de la farine: l'ordonnateur en
chef donne des ordres pour cet objet.

Le convoi escort par les trois djermes _la Vnitienne,_ etc., n'est pas
encore arriv.

Je serai le 1er thermidor au soir  Rahmanieh.

Je vous expdierai constamment deux courriers par jour.

Si les Anadis continuent  nous rester fidles, vous ne manquerez pas de
nouvelles. Le citoyen Rosetti peut vous servir beaucoup en cela: ayez
cependant l'oeil sur les dmarches de cet homme.

Slim-Cachef, le dernier qui est venu du Bahhireh, m'est reprsent
comme un homme extrmement dangereux; faites-le appeler, dites-lui que
comme je vais dans le Bahhireh, je dsire l'avoir avec moi,  cause de
ses connaissances locales, et sur ce faites-le embarquer sur une des
demi-galres, en le consignant au commandant et lui recommandant d'avoir
pour lui quelques gards: que cependant il en rpond comme d'une chose
capitale.

Faites fusiller les prisonniers qui se permettront le moindre mouvement.

Fixez les yeux sur les approvisionnemens de la citadelle de Gizeh,
Ibrahim-Bey et des petits forts.

Faites connatre au divan que, vu les troubles survenus dans le Bahhireh
et le grand nombre de mcontens qui s'y trouvent, j'ai jug  propos de
m'y rendre moi-mme. Quant aux btimens qu'ils pourraient savoir tre
sur la cte, dites que nous croyons que ce sont des Anglais, et que l'on
dit que la paix est faite entre les deux puissances.

Dites que vous savez que je leur ai crit, et sur ce demandez-leur
s'ils ont reu ma lettre: montrez-leur ma proclamation aux habitans du
Bahhireh; amusez-les avec l'expdition du gnral Menou au lac Natron et
du gnral Destaing  Mariouf.

BONAPARTE.




Au Caire, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).

_Au gnral Desaix._

Mourad-Bey a t au lac Natron, citoyen gnral; il n'a pas trouv le
rassemblement des bayouchi et des mameloucks: il est retourn: il a
couch la nuit du 25 au 26 aux pyramides. Bertram, chef des Arabes, lui
a fourni ce dont il avait besoin: il a disparu. Il est,  ce que mande
le gnral Murat, au village de Dachour,  six ou sept heures d'ici:
cela me contrarie beaucoup.

Le 24, une flotte turque, compose de cinq vaisseaux de ligne, trois
frgates, cinquante  soixante btimens lgers ou de transport, a
mouill dans la rade d'Aboukir. Je n'ai des nouvelles de Damiette que du
23.

Ibrahim-Bey est  Gaza, o il menace. Le gnral Lagrange a nettoy les
ouadis, prs le camp des mameloucks, descendus de la Hautes-Egypte, tu
Osman-Bey-Cherkaoui et chass le reste dans le dsert; mais il occupe
le reste de ma cavalerie: ainsi il faut, dans ce moment, contenir
Mourad-Bey qui est sur la lisire de la province de Gizeh, Osman-Bey,
etc., et pourvoir au dbarquement. Vous voyez qu'il est ncessaire de
prendre des mesures promptes et essentielles.

Je suis fch que le gnral Friant n'ait pas suivi Mourad-Bey, ou du
moins il ne devait pas, tant  porte du Caire, s'en loigner sans
savoir ce que j'en pensais.

Il faut vous approcher de Bnoef, runir toutes vos troupes en
chelon, de manire  pouvoir en peu de jours, tre au Caire, avec la
premire colonne et les suivantes,  trente-six heures d'intervalle les
unes des autres; tenir  Cosseir cent hommes, autant dans le fort de
Keneh. Si le dbarquement est une chose srieuse, il faudra vacuer la
Haute-Egypte, laissant vos dpts en garnison dans vos forts; s'il n'est
compos que de cinq ou six mille hommes, alors il faut que vous envoyiez
une colonne pour contenir Mourad-Bey, le suivre partout o il descendra,
dans le Bahhireh, le Delta, la Scharkieh ou dans la province de Gizeh.
Pour ce moment, mon intention est que vous vous prpariez  un grand
mouvement, et que vous vous contentiez de faire partir de suite une
colonne pour poursuivre Mourad-Bey. Vous la dirigerez sur Gizeh.

Je pense que vous aurez fait partir tous les hommes des septime de
hussards, quatorzime, troisime et quinzime de dragons: nous en avons
bien besoin. Je vais me porter dans le Bahhireh, avec cent hommes de
mes guides, pour toute cavalerie. Je suis fch que Destre ne soit pas
parti avec son rgiment.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 2 thermidor an 7 (21 juillet 1799).

_Au gnral Klber._

Nous arrivons  Rahmanieh, citoyen gnral; l'adjudant-gnral Jullien
m'apprend que l'avant-garde de votre division arrive  Rosette, et que
vous-mme n'en tes pas loign avec le reste de votre division.

Il parat que l'ennemi a dcidment dbarqu  Aboukir, et est dans ce
moment matre de la redoute.

Ma ligne d'opration sera Alexandrie, Birket et Rosette. Je me tiendrai
avec la masse de l'arme  Birket. Le gnral Marmont est  Alexandrie,
et vous vous trouverez  Rosette l'un et l'autre ayant  peu prs autant
de monde, de sorte que vous vous trouvez former la droite, le gnral
Marmont la gauche, et je suis au centre. Si l'ennemi est en force, je me
battrai dans un bon champ de bataille, ayant avec moi ou ma droite ou
ma gauche: celle des deux qui ne pourra pas tre avec moi, je tcherai
qu'elle puisse arriver pour servir de rserve.

Birket est  une lieue de la hauteur d'Elouah et  une lieue du village
de Bcentor, village assez considrable. Prenez tous les renseignemens
ncessaires sur la situation d'Efkout, village sur la route de Rosette 
Aboukir par rapport a Birket, et tchez de vous organiser de manire
 pouvoir au premier ordre vous porter le plus promptement possible 
Efkout ou  Birket, et comme il serait possible que nos communications
fussent interceptes, tchez d'avoir beaucoup de monde en campagne pour
savoir ce que je fais et o je suis, afin que s'il arrivait des cas
o il n'y et pas d'inconvnient  un mouvement et o des avis vous
feraient penser que j'ai d vous ordonner de le faire, vous le fassiez.

Vous trouverez  Rosette quelques pices de campagne dont vous pourrez
vous servir.

Je vous envoie quatre copies de cette lettre, afin qu'elle vous
parvienne.

Quelque chose qui arrive, je compte entirement sur la bravoure de seize
 dix-huit mille hommes que vous avez avec vous: je ne pense pas que
l'ennemi en aurait autant, quand mme ces cent btimens seraient chargs
de troupes.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 2 thermidor an 7 (21 juillet 1799).

_Au divan de Rosette._

Je vous cris cette lettre pour vous faire connatre que je suis arriv
 Rahmanieh, et que je me dispose  me porter contre ceux qui voudraient
troubler la tranquillit de l'Egypte.

Depuis assez long-temps l'Egypte a t sous le pouvoir des mameloucks et
des osmanlis, qui ont tout dtruit et tout pill. Dieu l'a mise en mon
pouvoir, afin que je lui fasse reprendre son ancienne splendeur. Pour
accomplir ses volonts, il m'a donn la force ncessaire pour anantir
tous nos ennemis. Je dsire que vous teniez note de tous les hommes qui
dans cette circonstance se conduiront mal, afin de pouvoir les chtier
exemplairement. Je dsire galement que vous me fassiez passer deux fois
par jour des exprs, pour me faire savoir ce qui se passe, et que vous
envoyiez  Aboukir des gens intelligens pour en tre instruits.

Le gnral Abdallah Menou va se rendre  Rosette.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 2 thermidor an 7 (21 juillet 1799).

_Au gnral Marmont._

Les divisions Rampon et Lannes, citoyen gnral, achvent d'arriver
aujourd'hui. Le gnral Murat, avec la soixante-neuvime, la cavalerie,
un escadron de dromadaires et de l'artillerie, sera cette nuit sur la
hauteur d'Ellouah.

Si l'ennemi a pris Aboukir, envoyez la cavalerie et les dromadaires 
Birket avec deux pices de 8 bien approvisionnes, mon intention tant
au pralable de runir toute la cavalerie de l'arme.

Si l'ennemi n'a pas pris Aboukir, mais qu'il y ait une ncessit
imminente de le secourir, partez; le gnral Murat a ordre de vous
seconder.

Si Aboukir peut attendre encore que je prenne un parti moi-mme, faites
en sorte que j'aie demain au soir des nouvelles positives de l'tat des
choses. Je n'attends que ce rapport et la journe de demain pour le
repos des troupes, pour marcher. Dans ces deux cas, prparez votre
artillerie de campagne et vos obusiers.

Dans tous les cas, vous recevrez un renfort de canonniers.

Les rassemblemens du Bahhireh ayant t absolument dtruits, Mourad
poursuivi, rduit  une poigne de monde, ne sachant o se rfugier, je
regarde l'opration des ennemis comme entirement manque.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_A l'adjudant-gnral Jullien._

J'ai reu, citoyen commandant, des nouvelles d'Alexandrie; l'ennemi
n'a encore fait aucun mouvement; on croit que le fort d'Aboukir tient
toujours. J'attends ce soir le gnral Menou avec une colonne.

Envoyez tous les jours des reconnaissances, afin que je puisse tre
prvenu  temps si l'ennemi faisait un mouvement sur vous. J'attends ce
soir quatre cents hommes de cavalerie, et dans quelques jours autant:
alors il y aura des postes en chelons jusqu'au dbouch du lac Madieh,
qui vous couvriront; mais jusqu'alors, envoyez tous les matins de fortes
reconnaissances pour me prvenir  temps; et, pour vous, rentrez dans
votre fort.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au gnral Murat._

J'attends ce soir, citoyen gnral, le chef de brigade Duvivier avec les
cent soixante hommes qu'avait le gnral Lagrange, et deux cents hommes
des septime hussards, quatorzime et quinzime de dragons, venant de la
Haute-Egypte, et qui taient arrivs le 29  Boulac. Le chef de brigade
Destres arrivera trois jours aprs avec deux cents hommes.

J'ai eu des nouvelles de Rosette en date d'hier au matin; il n'y avait
rien de nouveau.

Je fais partir ce soir cent canonniers, et j'envoie cent hommes de
troupes de la garnison d'Alexandrie pour s'y rendre; je vous les adresse
pour que vous rgliez la marche pour le passage.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 30. J'attends avec la plus
grande impatience la cavalerie que vous m'annoncez. Le gnral Reynier
a d vous envoyer tous les hommes du quatorzime qu'il a. Bessires
m'assure qu'une trentaine de mes guides seraient disponibles en leur
donnant des chevaux.

Ecrivez  Destres d'activer sa marche avec le plus de monde qu'il
pourra.

La trente-deuxime et la dix-huitime ont laiss,  elles deux, plus de
six cents hommes au Caire. Si vous ne faites pas partir tous ces hommes
de suite, je me trouverai avec fort peu de monde. Faites une revue
scrupuleuse, et que tout ce qui appartient  la vingt-deuxime, mme le
bataillon qui doit tre arriv de Bnoef,  la dix-huitime,  la
trente-deuxime,  la treizime,  la soixante-neuvime, parte sans le
moindre dlai.

Le gnral Rampon aura sans doute,  l'heure qu'il est, dpass le
Caire. Il avait avec lui soixante hommes d'artillerie  cheval qu'il
faut m'envoyer.

Faites partir le chef de bataillon Faure avec cent canonniers qui sont
ncessaires pour jeter dans Alexandrie.

L'ennemi dbarque toujours  Aboukir.

J'ai trouv ici et  Rosette des pices de campagne. Je m'organise. J'ai
t joint par les gnraux Lanusse, Robin et Fugires. On a cependant
laiss  Menouf une centaine d'hommes.

J'attends aujourd'hui  midi le gnral Menou qui est de retour du lac
Natron.

Je vous envoie une lettre que vous remettrez au divan du Caire.

Que tous les envois que vous me faites soient toujours de deux cent
cinquante  trois cents hommes, afin d'viter toute espce d'accidens.

Je demande au payeur de nous envoyer 100,000 fr.; il sera bon alors pour
l'escorte de profiter d'un moment o vous aurez quatre cents hommes 
nous envoyer.

Je vous recommande de nous envoyer jour par jour, et mme deux fois
par jour, les hommes qui doivent nous rejoindre: vous en sentez
l'importance. Toutes les heures il peut y avoir une affaire dcisive, et
dans le petit nombre de troupes que j'ai, trois cents hommes ne sont pas
une faible chance.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au divan du Caire._

Choisis parmi les gens les plus sages, les plus instruits et les plus
clairs, que le salut du prophte soit sur eux!

Je vous cris cette lettre pour vous faire connatre qu'aprs avoir
fait occuper le lac Natron, et presque le Bahhireh, pour rendre la
tranquillit  ce malheureux pays et punir nos ennemis, nous nous sommes
rendus  Rahmanieh. Nous avons accord un pardon gnral  la province,
qui est aujourd'hui parfaitement tranquille.

Quatre-vingts btimens, petits et gros, se sont prsents pour attaquer
Alexandrie; mais, ayant t accueillis par des bombes et des boulets,
ils ont t mouiller  Aboukir, o ils commencent  dbarquer. Je les
laisse faire, parce que mon intention est, lorsqu'ils seront tous
dbarqus, de les atteindre, de tuer tout ce qui ne voudra pas se
rendre, et de laisser la vie aux autres pour les mener prisonniers, ce
qui fera un beau spectacle pour la ville du Caire. Ce qui avait conduit
cette flotte ici, tait l'espoir de se runir aux mameloucks et aux
Arabes pour piller et dvaster l'Egypte. Il y a sur cette flotte des
Russes, qui ont en horreur ceux qui croient  l'unit de Dieu, parce
que, selon leurs mensonges, ils croient qu'il y en a trois. Mais ils ne
tarderont pas  voir que ce n'est pas le nombre des dieux qui fait la
force, et qu'il n'y en a qu'un seul, pre de la victoire, clment et
misricordieux, combattant toujours pour les bons, confondant les
projets des mchans, et qui, dans sa sagesse, a dcid que je viendrais
en Egypte pour en changer la face, et substituer  un rgime dvastateur
un rgime d'ordre et de paix. Il donne par l une marque de sa haute
puissance: car ce que n'ont jamais pu faire ceux qui croient  trois,
nous l'avons fait, nous qui croyons qu'un seul gouverne la nature et
l'univers.

Et, quant aux musulmans qui pourraient se trouver avec eux, ils seront
rprouvs, puisqu'ils se sont allis, contre l'ordre du prophte, 
des puissances infidles et  des idoltres. Ils ont donc perdu la
protection qui leur aurait t accorde; ils priront misrablement. Le
musulman qui est embarqu sur un btiment o est arbor la croix, celui
qui tous les jours entend blasphmer contre le seul Dieu, est pire qu'un
infidle mme. Je dsire que vous fassiez connatre ces choses aux
diffrens divans de l'Egypte, afin que les malintentionns ne troublent
pas la tranquillit des diffrentes villes: car ils priront comme
Dahmanour et tant d'autres, qui, par leur mauvaise conduite, ont mrit
ma vengeance.

Que le salut de paix soit sur les membres du divan!

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

Tous les drogmans, citoyen gnral, nous ont manqu: ces messieurs
ont probablement assez vol. Je vous prie de faire arrter le citoyen
Bracevich, et en gnral tous les drogmans des gnraux qui sont ici, de
les embarquer sur une djerme arme, et de les envoyer  Rahmanieh.

Le citoyen Poussielgue a deux jeunes gens de ceux que j'avais amens de
France, je vous prie de m'envoyer le plus intelligent.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au gnral Marmont._

Un renfort de canons, citoyen gnral, quelques hommes pars de votre
garnison, et, ce qui est plus prcieux encore, le citoyen Faultrier,
partent pour vous rejoindre.

Le gnral Murat, qui est parti hier pour reconnatre l'ennemi  Aboukir
et prendre position  Birket, aura dj communiqu avec vous, et vous
aura fait passer mes dpches.

Le gnral Menou part dans l'instant mme pour prendre le commandement
de Rosette et de la province.

Gardez-vous avec la plus grande vigilance; ne dormez que de jour;
baraquez vos corps trs  porte; faites battre la diane bien avant
le jour; exigez qu'aucun officier, surtout officier suprieur, ne se
dshabille la nuit; faites battre souvent de nuit l'assemble ou toute
autre sonnerie convenue, pour voir si tout le monde connat bien le
poste qui lui a t dsign, et rservez la gnrale pour les alertes
relles. Il doit y avoir  Alexandrie une grande quantit de chiens
dont vous pouvez aisment vous servir en en liant un grand nombre  une
petite distance de vos murailles. Relisez avec soin le rglement sur le
service des places assiges: c'est le fruit de l'exprience, il est
rempli de bonnes choses.

L'tat-major vous envoie les signaux convenus pour pouvoir communiquer
pendant le sige ou le blocus, si le cas arrivait.

Si d'Aboukir ils vous crivent pour vous sommer de vous rendre, faites
beaucoup d'honntets au parlementaire; faites-leur sentir que l'usage
n'est pas de rendre une place avant qu'elle soit investie, que s'ils
l'investissent, alors vous pourrez devenir plus traitable; poussez cette
ngociation aussi loin que vous pourrez, car je regarderais comme un
grand bonheur, si la facilit avec laquelle ils ont pris Aboukir pouvait
les porter  vous bloquer: ils seraient alors perdus. Sous peu de jours,
j'aurai ici un millier d'hommes de cavalerie.

S'ils ne vous font pas de proposition, et que vous ayez une ouverture
naturelle de traiter avec eux, vous pourriez les tter. La transition
alors pourrait tre de connatre la capitulation d'Aboukir, les srets
qu'on a donnes  la garnison de passer en France, et si on tiendra
cette promesse: ce qui, naturellement, vous mne  pouvoir faire sentir
que vous les trouvez trs-heureux.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au gnral Menou._

Arriv  Rosette, citoyen gnral, votre premire sollicitude sera de
dbarrasser le fort de tout ce qui l'encombre, vivres, artillerie,
malades, d'envoyer tout  Rahmanieh.

Le gnral Klber doit avoir opr son mouvement sur Rosette. Ma ligne
d'oprations est Alexandrie, Birket et Rosette. Il faut que vous
dsigniez d'abord une garnison raisonnable pour le fort, qu'avec le
reste vous vous teniez toujours organis pour pouvoir vous porter sur
Birket, qui est le point de toutes mes oprations.

Faites partir demain soir de Rosette trente chameaux chargs de riz pour
Birket, et dix chargs de biscuit: ce sera un grand service que vous me
rendrez. Les chameaux retourneront pour faire un second voyage. Si vous
pouvez aussi nous y faire passer vingt mille cartouches, cela nous
rendra un service essentiel. Les cent hommes que vous chargerez de cette
escorte, formeront une premire patrouille de Rosette  Birket.

Entretenez une correspondance trs-active avec le gnral Klber, et
faites crire par le divan de Rosette aux divans de Garbieh, Menouf
et Damiette, pour leur donner les nouvelles telles qu'elles sont, et
dtruire les faux bruits qui pourraient circuler.

Si l'ennemi faisait un mouvement en force sur Rosette, et que vous
ne vous jugiez pas suffisant pour pouvoir le culbuter, vous vous
renfermeriez dans le fort, et vous attendriez qu'une colonne partie de
Birket se portt sur Ef-Kout pour prendre l'ennemi en flanc et par ses
derrires; il en chapperait fort peu. Si le bataillon de Rosette vous
avait rejoint, vous laisseriez l'adjudant-gnral Jullien dans le fort,
et vous opreriez votre retour sur Birket ou Rahmanieh.

Ds l'instant que la cavalerie que j'attends sera arrive, il y aura de
trs-frquentes patrouilles de Birket  Ef-Kout et  Rosette.

Au reste, dans toutes les circonstances qui peuvent arriver, le
principal but, si vous tes attaqu srieusement, c'est de dfendre le
fort de Rosette, afin que l'ennemi n'ait pas l'embouchure du Nil; le
second but est d'empcher l'ennemi d'arriver  Rosette. Vous vous
trouverez, avec une pice de canon et votre garnison,  mme de vous
opposer  un dtachement de quatre  cinq cents hommes qui voudraient
passer Rosette.

Enfin de vous trouver prt, avec la colonne dont vous pouvez disposer, 
me rejoindre sur le point de Birket.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 3 thermidor an 7 (22 juillet 1799).

_Au divan de Rosette._

Dieu est grand et misricordieux.

Au divan de Rosette, choisi parmi les plus sages et les plus justes.

J'ai reu vos lettres et j'en ai compris le contenu.

J'ai appris avec plaisir que vous avez les yeux ouverts pour maintenir
tout le monde de la ville de Rosette dans le bon ordre. Le gnral Menou
partira ce soir avec un bon corps de troupes; je porterai moi-mme
mon quartier-gnral  Birket, o je vous prie de m'envoyer les
renseignement que vous pourrez avoir. Faites une circulaire pour faire
connatre  tous les villages de la province, que heureux ceux qui se
comporteront bien et contre qui je n'ai pas de plainte  faire: car ceux
qui sont mes ennemis priront indubitablement.

Que le salut du prophte soit sur vous.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 4 thermidor an 7 (23 juillet 1799).

_Au gnral Desaix._

L'ennemi, citoyen gnral, a t renforc de trente btimens, ce qui
fait cent vingt ou cent trente btimens existans dans la rade d'Aboukir,
et il est matre de la redoute et du fort d'Aboukir depuis le 23
messidor.

Je pars aujourd'hui pour aller reconnatre sa position et voir s'il est
possible de l'attaquer et culbuter dans la mer: car il parat qu'il ne
veut pas se hasarder  attaquer Alexandrie, et qu'il se contente, en
attendant qu'il connaisse les mouvemens de Mourad-Bey et d'Ibrahim-Bey,
de se fortifier dans la presqu'le d'Aboukir.

Je dsirerais bien avoir la cavalerie que je vous ai demande, si je
reste en position devant lui, parce que sa position serait telle qu'il
serait impossible de l'attaquer.

Le gnral Friant sera sans doute  la suite de Mourad-Bey: vous serez
runis de manire  pouvoir vous porter promptement au Caire. Je dsire
que vous vous y portiez de votre personne avec votre premire colonne:
vous vous ferez remplacer  Bnoef par votre seconde colonne.

Arriv au Caire, vous runirez ce qui s'y trouve de la division Reynier,
pour vous trouver  mme de marcher  Ibrahim-Bey s'il passait le dsert
sans toucher  El-Arich ni  Catieh; il devrait avoir, dans cette
hypothse, un millier de chameaux avec lui, et ds l'instant qu'il
aurait touch eux terres d'Egypte, ce qui pourrait tre entre Belbeis et
le Caire, il faudrait marcher  lui. La garnison du Caire trouvera
dans les forts un refuge certain, qui contiendront la ville, quelque
vnement qu'il puisse arriver.

BONAPARTE.




Au camp d'Aboukir, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).

_Au gnral Desaix._

Vous aurez appris, par l'tat-major, les succs de la bataille
d'Aboukir: de quinze mille hommes qui taient dbarqus, mille sont
rests sur le champ de bataille, huit mille se sont noys en voulant
rejoindre  la nage leur escadre, qui tait si loigne, que pas un n'a
pu arriver; trois mille sont cerns dans le chteau, six mortiers tirent
dessus; cinq cents hommes se sont noys hier en voulant rejoindre leur
escadre. Il y a dj eu plusieurs parlementages pour se rendre; mais ils
sont dans la plus grande anarchie.

Le pacha est prisonnier: c'est ce si clbre Mustapha qui a battu les
Russes plusieurs fois la campagne passe. Nous avons pris plus de deux
cents drapeaux, et quarante canons de campagne, la plupart de 4 de
modle franais. Le gnral Fugires et le gnral Murat, le chef de
brigade Morangi et Cretin ont t blesss: ce dernier est mort; le chef
de brigade Duvivier a t tu, ainsi que l'adjudant-gnral Leturc, et
mon aide-de-camp Guibert. La cavalerie s'est couverte de gloire: nous
avons eu cent hommes tus et quatre cents blesss. Si vous tes au
Caire, retournez le plus tt possible dans la Haute-Egypte, pour y
achever la leve des impositions et des six cents dromadaires; je vous
recommande surtout de faire filer les hommes du septime de hussards, du
troisime, du quatorzime et quinzime de dragons.

BONAPARTE.




Au camp d'Aboukir, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).

_Au gnral Reynier._

Vous avez reu en route, citoyen commandant, l'ordre de retourner dans
la Scharkieh.

Ne perdez pas un instant, puisque l'inondation approche, pour lever les
impositions.

L'ennemi avait dbarqu quinze mille hommes  Aboukir, pas un ne s'est
chapp; plus de huit mille hommes se sont noys en voulant rejoindre
les btimens: leurs cadavres ont t jets sur la cte au mme endroit
o furent, l'anne dernire, jets les cadavres anglais et franais.

Le pacha a t fait prisonnier.

L'on m'assure que le visir, avec huit mille hommes, est arriv  Damas;
et qu'il avait le projet de se rendre dans la Scharkieh. Aux moindres
nouvelles que vous en auriez, runissez toute votre division  Belbeis;
ayez soin que Salahieh soit approvisionn; faites-y une visite pour
activer les travaux de manire que les redoutes soient  l'abri d'un
coup de main.

Je donne ordre pour qu'on vous fasse passer de Rahmanieh un obusier et
une pice de 8; nous ne manquons pas de pices de 4, car nous en avons
pris trente  l'ennemi; nous avons eu cent hommes tus et quatre cents
blesss; Murat, Fugires, Morangi sont des seconds; Leturc, Cretin,
Duvivier et mon aide-de-camp Guibert, sont des premiers.

Le bataillon de la quatre-vingt-cinquime, qui est  Rosette, va
retourner au Caire.

BONAPARTE.




Au camp d'Aboukir, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).

_Au gnral Dugua._

L'tat-major vous aura instruit du rsultat de la bataille d'Aboukir,
c'est une des plus belles que j'aie vues; de l'arme ennemie dbarque,
pas un homme ne s'est chapp.

Le bataillon de la quatre-vingt-cinquime part de Rosette pour se rendre
au Caire.

Aux moindres nouvelles de Syrie, runissez toutes les troupes de la
division Reynier  Belbeis.

J'cris au gnral Desaix de retourner dans la Haute-Egypte.

Le gnral Lanusse se rend  Menouf.

Le gnral Klber sera  Damiette lorsque vous recevrez cette lettre.

Je reste ici quelques jours pour dbrouiller ce chaos: d'Alexandrie, au
moindre vnement, je puis tre au Caire dans trois jours.

Comme il est possible que je passe par Rosette, envoyez-m'y les dpches
importantes, que vous m'adresseriez par duplicata.

Je pense rester  Alexandrie jusqu'au 12.

BONAPARTE.




Au camp d'Aboukir, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).

_Au gnral Menou._

La place d'Aboukir est un poste important, je n'ai pas cru pouvoir la
confier en meilleures mains que celles de l'adjudant-gnral Jullien.

Le bataillon de la soixante-neuvime va se rendre auprs de vous pour
remplacer celui de la quatre-vingt-cinquime, qu'il est trs-urgent de
faire passer au Caire.

Dix-huit vaisseaux de guerre franais ont pass de Brest  Toulon, o
ils sont bloqus par l'escadre anglaise. L'hiver les fera arriver.

Restez  votre position jusqu' ce que le fort soit pris.

La moiti de la garnison veut se rendre, et l'autre moiti aime mieux se
noyer. Ce sont des animaux avec lesquels il faut beaucoup de patience.
Au reste, la reddition ne nous cotera que des boulets.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral d'Alexandrie, le 9 thermidor an 7 (27 juillet 1799).

_Au Directoire excutif._

_Bataille d'Aboukir._

Je vous ai annonc, par ma dpche du 21 floral, que la saison des
dbarquemens me dterminait  quitter la Syrie.

Le 23 messidor, cent voiles, dont plusieurs de guerre, se prsentent
devant Alexandrie, et mouillent  Aboukir. Le 27, l'ennemi dbarque,
prend d'assaut, et avec une intrpidit singulire, la redoute
palissade d'Aboukir. Le fort capitule; l'ennemi dbarque son artillerie
de campagne, et, renforc par cinquante voiles, il prend position,
sa droite appuye  la mer, sa gauche au lac Maadieh, sur de hautes
collines de sable.

Je pars de mon camp des Pyramides le 27, j'arrive le 1er thermidor 
Rahmanieh, je choisis Birket pour le centre de mes oprations, et, le 7
thermidor,  sept heures du matin, je me trouve en prsence de l'ennemi.

Le gnral Lannes marche le long du lac, et se range en bataille
vis--vis la gauche de l'ennemi, dans le temps que le gnral Murat, qui
commande l'avant-garde, fait attaquer la droite par le gnral Destaing:
il est soutenu par le gnral Lanusse.

Une belle plaine de quatre cents toises spare les ailes de l'arme
ennemie; notre cavalerie y pntre, et, avec la rapidit de la pense,
se trouve sur les derrires de la gauche et de la droite de l'ennemi,
qui, sabr, culbut, se noie dans la mer: pas un n'chappe. Si c'et t
une arme europenne, nous eussions fait trois mille prisonniers: ici ce
furent trois mille hommes morts.

La seconde ligne de l'ennemi, situe  cinq ou six cents toises, occupe
une position formidable. L'isthme est l extrmement troit; il tait
retranch avec le plus grand soin, flanqu par trente chaloupes
canonnires: en avant de cette position, l'ennemi occupait le village
d'Aboukir, qu'il avait crnel et barricad. Le gnral Murat force le
village, le gnral Lannes, avec la vingt-deuxime et une partie de
la soixante-neuvime, se porte sur la gauche de l'ennemi; le gnral
Fugires, en colonnes serres, attaque la droite. La dfense et
l'attaque sont galement vives, mais l'intrpide cavalerie du gnral
Murat a rsolu d'avoir le principal honneur de cette journe; elle
charge l'ennemi sur sa gauche, se porte sur les derrires de la droite,
la surprend  un mauvais passage; et en fait une horrible boucherie.
Le citoyen Bernard, chef de bataillon de la soixante-neuvime, et le
citoyen Baylle, capitaine de grenadiers de cette demi-brigade, entrent
les premiers dans la redoute, et par l se couvrent de gloire.

Toute la seconde ligne de l'ennemi, comme la premire, reste sur le
champ de bataille ou se noie.

Il reste  l'ennemi trois mille hommes de rserve qu'il a placs dans le
fort d'Aboukir, situ  quatre cents toises derrire la seconde ligne;
le gnral Lanusse l'investit: on le bombarde avec six mortiers.

Le rivage, o, l'anne dernire, les courans ont port les cadavres
anglais et franais, est aujourd'hui couvert de ceux de nos ennemis:
on en a compt plusieurs milliers: pas un seul homme de cette arme ne
s'est chapp.

Kucei Mustapha, pacha de Romlie, gnral en chef de l'arme, et cousin
germain de l'ambassadeur turc  Paris, est prisonnier avec tous ses
officiers: je vous envoie ses trois queues.

Nous avons eu cent hommes tus, et cinq cents blesss. Parmi les
premiers, l'adjudant-gnral Leturcq, le chef de brigade Duvivier, le
chef de brigade Crtin, et mon aide-de-camp Guibert. Les deux premiers
taient deux excellens officiers de cavalerie, d'une bravoure  toute
preuve, que le sort de la guerre avait long-temps respects; le
troisime tait l'officier du gnie que j'ai connu qui possdait le
mieux cette science difficile, et dans laquelle les moindres bvues ont
tant d'influence sur le rsultat des campagnes et les destines des
tats: j'avais beaucoup d'amiti pour le quatrime.

Les gnraux Murt et Fugires, et le chef de brigade Morangi, ont t
blesss. Le gnral Fugires a eu le bras gauche emport d'un coup de
canon; il crut mourir: _Gnral,_ me dit-il, _vous envierez un jour
mon sort, je meurs_ _sur le champ d'honneur_. Mais le calme et le
sang-froid, premires qualits d'un vritable soldat, l'ont dj mis
hors de danger; et, quoiqu'il ait t amput a l'paule, il sera rtabli
avant quinze jours.

Le gain de cette bataille est d principalement au gnral Murat: je
vous demande pour ce gnral le grade de gnral de division; sa brigade
de cavalerie a fait l'impossible.

Le chef de brigade Bessires,  la tte des guides, a soutenu la
rputation de son corps; l'adjudant-gnral de cavalerie Roize a
manoeuvr avec le plus grand sang-froid: le gnral Junot a eu son habit
cribl de balles.

Je vous enverrai dans quelques jours de plus grands dtails, avec l'tat
des officiers qui se sont distingus.

J'ai fait prsent au gnral Berthier, de la part du directoire
excutif, d'un poignard d'un beau travail, comme marque de satisfaction
des services qu'il n'a cess de rendre pendant toute la campagne.

BONAPARTE




Alexandrie, le 10 thermidor an 7 (28 juillet 1799).

_Au citoyen Faultrier._

Indpendamment, citoyen gnral, des quatre pices de 24, des deux
mortiers  la Gomre, de douze pouces, et des deux mortiers de 10 pouces
 grande porte, j'ordonne qu'on vous fasse encore passer deux pices de
24. Il faut les placer de manire  raser les maisons qui sont hors du
fort. Arrangez-vous de manire  tirer cent vingt bombes par mortier
dans vingt-quatre heures: c'est le seul moyen d'avoir quelque bon
rsultat.

J'ordonne qu'on fasse partir cent cinquante marins pour servir aux
travaux. Il faut dcidment loigner les chaloupes canonnires, raser
les maisons du village, et de vos sept mortiers accabler le fort de
bombes. J'espre que, dans la matine ou demain tout ce rsultat sera
rempli. Vous aurez par l rendu un grand service.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 15 thermidor an 7 (2 aot 1799).

Au gnral Dugua.

Le fort d'Aboukir, citoyen gnral, o l'ennemi avait sa rserve pendant
la bataille, et qui avait t renforc par quelques fuyards, vient de
se rendre. Nous n'avons pas cess de lui jeter des bombes avec sept
mortiers, et nous l'avons entirement ras avec huit pices de 24. Nous
avons fait deux mille cinq cents prisonniers, parmi lesquels se trouvent
le fils du pacha et plusieurs de leurs grands: indpendamment de cela,
il y a un grand nombre de blesss et une quantit infinie de cadavres.
Ainsi, de quinze  dix-huit mille hommes qui avaient dbarqu en Egypte,
pas un homme n'a chapp; tout a t tu dans les diffrentes batailles,
noy ou fait prisonniers. Je laisse un millier de ces derniers pour les
travaux d'Alexandrie, le reste file sur le Caire.

Le 18, nous serons tous  Rahmanieh.

Faites mettre les Anglais au fort de Sullowski; faites prparer un
logement  la citadelle pour le pacha, son fils, le grand trsorier,
une trentaine de grands, et  peu prs deux cents officiers du grade de
colonel jusqu' celui de capitaine. S'il est ncessaire, vous pourrez
mettre les prisonniers arabes dans un autre fort. Quant aux soldats,
j'en enverrai du Caire  Damiette, Belbeis, Salabieh, pour les travaux.

Dix-huit vaisseaux de guerre et l'escadre de Brest sont depuis deux mois
 Toulon; ils sont bloqus par l'escadre anglaise. Les marins prtendent
ici qu'ils arriveront en toute sret au mois de novembre.

Il doit vous tre arriv des cartouches et beaucoup d'artillerie que
j'ai ordonn d'envoyer de Rosette au Caire.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 15 thermidor an 7 (2 aot 1799).

_Au gnral Menou._

Vous devez avoir reu, citoyen gnral, les ordres de l'tat-major
relativement aux troupes qui sont actuellement sous vos ordres, et aux
prisonniers. Dans la journe de demain, il ne-vous restera plus qu'un
bataillon de la soixante-neuvime, les trois bataillons de la quatrime
lgre, et diffrens dtachemens d'artillerie; faites sur-le-champ
travailler  dmolir les deux villages; faites dblayer toute
l'artillerie de sige sur Alexandrie, hormis quatre pices de 24, qui
resteront  Aboukir, et deux mortiers  la Gomre. Faites embarquer
 Rosette pour le Caire la pice de 8 et l'obusier qui s'y trouvent;
faites vacuer sur Rosette toutes les pices de 4 ou de 3 qui ont t
prises sur les Turcs, hormis deux qui resteront  Aboukir. Ordonnez qu'
mesure qu'elles arriveront  Rosette, on les fasse partir pour le Caire,
hormis deux que l'on gardera pour le service de Rosette.

Faites rtablir le ponton pour servir au passage du lac; faites armer
de deux pices de 12 ou de 16 la batterie Picot, et, comme il est
ncessaire qu'elle soit  l'abri d'un coup de main, commencez par faire
fermer par un bon foss et un mur crnel cette batterie.

Faites recueillir et mettez dans un magasin toutes les tentes; avec le
temps on les vacuera sur Rosette.

Quant aux blesss, j'ai crit par un parlementaire aux Anglais de venir
les reprendre, je vous ferai connatre leur rponse. Pour ce moment,
faites-les runir ensemble sous quelques tentes dans une mosque.

Je dsire que vous restiez encore quelques jours  Aboukir pour mettre
les travaux en train, et rorganiser tout dans cette partie.

Ordonnez  l'adjudant-gnral Jullien de se rendre  Aboukir. Vous lui
laisserez le commandement lorsque vous verrez les choses dans un tat
satisfaisant.

BONAPARTE.




Rahmanieh, le 20 thermidor an 7 (7 aot 1799).

_Au gnral Destaing._

Vous avez mal fait, citoyen gnral, d'attaquer les Anadis, et vous
avez encore bien plus mal calcul de penser que je vous enverrais de
la cavalerie pour une attaque que j'ignorais et qui tait contre mes
intentions. Je ne vois pas effectivement pourquoi aller sans artillerie,
presque sans cavalerie, attaquer des tribus nombreuses qui sont toujours
 cheval, et qui ne nous disaient rien. Puisque vous pensiez que je ne
devais pas tarder  arriver  Rahmanieh avec la cavalerie, il tait
bien plus simple de l'attendre. Je n'ai reu votre lettre que prs de
Rahmanieh, et j'avais alors envoy le gnral Androssi avec toute la
cavalerie et deux pices de canon  la poursuite des Ouladis. Je ne sais
pas s'il les rencontrera et ce qu'il fera. Vous nous avez fait perdre
une occasion que nous ne retrouverons que difficilement. Nous nous
tions cependant bien expliqus  Alexandrie, de commencer  traiter
avec les Anadis pour pouvoir les surprendre ensuite avec la cavalerie.
J'imagine que les Arabes seront actuellement bien loin dans le dsert.
Au reste, je laisse l'ordre  Rahmanieh, au gnral Androssi, de
protger, avec la cavalerie et les dromadaires, les oprations qui
pourraient tre ncessaires pour loigner les Arabes, en supposant
qu'ils ne seraient pas acculs dans le dsert.

BONAPARTE.




Au Caire, le l3 thermidor an 7 (10 aot 1799).

_Au directoire excutif._


_Sige du fort d'Aboukir._

Le 8 thermidor, je fis sommer le chteau d'Aboukir de se rendre: le
fils du pacha, son kiaya et les officiers voulaient capituler; mais ils
n'taient pas couts des soldats.

Le 9, on continua le bombardement.

Le 10, plusieurs batteries furent tablies sur la droite et la gauche
de l'isthme: plusieurs chaloupes canonnires furent coules bas, une
frgate fut dmte, et prit le large.

Le mme jour, l'ennemi, commenant  manquer de vivres, se faufila dans
quelques maisons du village qui touche le fort: le gnral Lannes y
tant accouru fut bless  la jambe; le gnral Menou, le remplaa dans
le commandement du sige.

Le 12, le gnral Davoust tait de tranche; il s'empara de toutes les
maisons o tait log l'ennemi, et le jeta dans le fort, aprs lui avoir
tu beaucoup de monde. La vingt-deuxime demi-brigade d'infanterie
lgre et le chef de brigade Magni, qui a t lgrement bless, se sont
parfaitement conduits. Le succs de cette journe, qui a acclr la
reddition du fort, est d aux bonnes dispositions du gnral Davoust.

Le 15, le gnral Robin tait de tranche: nos batteries taient sur la
contrescarpe; nos mortiers faisaient un feu trs-vif; le chteau n'tait
plus qu'un monceau de pierres. L'ennemi n'avait point de communication
avec l'escadre, il mourait de soif et de faim; il prit le parti, non de
capituler (ces gens-ci ne capitulent pas), mais de jeter ses armes, et
de venir en foule embrasser les genoux du vainqueur. Le fils du pacha,
le kiaya et deux mille hommes ont t faits prisonniers. On a trouv
dans le chteau trois cents blesss, dix-huit cents cadavres. Il y a
telle de nos bombes qui a tu jusqu' six hommes. Dans les premires
vingt-quatre heures de la sortie de la garnison turque, il est mort plus
de quatre cents prisonniers, pour avoir trop bu, et mang avec trop
d'avidit.

Ainsi cette affaire d'Aboukir cote  la Porte dix-huit mille hommes et
une grande quantit de canons.

Pendant les quinze jours qu'a dur cette expdition, j'ai t
trs-satisfait de l'esprit des habitans d'Egypte: personne n'a remu, et
tout le monde a continu de vivre comme  l'ordinaire.

Les officiers du gnie Bertrand et Lidot, le commandant de l'artillerie
Faultrier, se sont comports avec la plus grande distinction.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 thermidor an 7 (11 aot 1799).

Au gnral Desaix.

J'ai t peu satisfait, citoyen gnral, de toutes vos oprations
pendant le mouvement qui vient d'avoir lieu. Vous avez reu l'ordre de
vous porter au Caire, et vous n'en avez rien fait. Tous les vnemens
qui peuvent survenir ne doivent jamais empcher un militaire d'obir,
et le talent,  la guerre, consiste  lever les difficults qui peuvent
rendre difficile une opration et non pas  la faire manquer. Je vous
dis ceci pour l'avenir.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 thermidor an 7 (11 aot 1799).

Au mme.

Les provinces de Fayoum, de Minief et de Bnoef, citoyen gnral,
n'ont jamais d fournir aux besoins de votre division, puisque mme
l'administration ne vous en a pas t confie. Je vous prie de ne vous
mler d'aucune manire de l'administration de ces provinces.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 thermidor an 7 (11 aot 1799).

Au mme.

Vous m'avez fait connatre, citoyen gnral,  mon retour de Syrie, que
vous alliez faire passer 150,000 fr. au payeur gnral; vous m'apprenez
par une de vos dernires lettres, que l'ordre du jour qui ordonne
le paiement de thermidor et fructidor, vous empchait d'excuter ce
versement. Cet ordre ne devait pas regarder votre division, puisqu'elle
n'est arrire que de ces deux mois, tandis que tout le reste de
l'arme, indpendamment de ces deux mois, l'est encore de sept autres
mois; et ce n'est avoir ni zle pour la chose publique, ni considration
pour moi, que de ne voir, surtout dans une opration de la nature de
celle-ci, que le point o on se trouve. D'ailleurs, l'organisation de
la rpublique veut que tout l'argent soit vers dans les caisses des
prposs du payeur gnral, pour n'en sortir que par son ordre. Le
payeur gnral n'aurait jamais donn un ordre qui favorist un corps de
troupes plutt qu'un autre.

Il est ncessaire que le payeur de votre division envoie, dans le plus
court dlai, au payeur gnral l'tat des recettes et dpenses; je vous
prie de m'en envoyer un pareil. Vous sentez combien il est essentiel
pour l'ordre, que l'on connaisse toute la comptabilit de l'arme. Je
sais que vous vous tes empress d'y mettre tout l'ordre que l'on peut
dsirer.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 thermidor an 7 (11 aot 1799).

Au gnral Klber.

J'arrive  l'instant, gnral, au Caire. Le maudit chteau d'Aboukir
nous a occups six jours. Nous avons fini par y avoir huit mortiers et
six pices de 24. Chaque coup de canon tuait cinq  six hommes. Enfin,
ils sont sortis le 15 en foule sans capitulation et jetant leurs armes.
Quatre cents sont morts dans les premires vingt-quatre heures de leur
sortie, il y avait six jours que ces enrags buvaient de l'eau de la
mer. On a trouv dans le fort dix huit cents cadavres; nous avons en
notre pouvoir  peu prs autant de prisonniers, parmi lesquels le fils
du pacha et les principaux officiers.

On va vous envoyer des pices de campagne, afin que vous en ayez six 
votre disposition. Procurez-vous des chevaux.

Rien de bien intressant d'aucun ct.

Je vous enverrai demain ou aprs une grande quantit de galettes
anglaises, o vous verrez d'tranges choses.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

Au gnral Desaix.

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 18 thermidor; j'approuve
compltement les projets que vous avez forms. Vous n'aurez
effectivement achev votre expdition de la Haute-Egypte qu'en
dtruisant Mourad-Bey. Il est devenu si petit, qu'avec quelques
centaines d'hommes monts sur des chameaux, vous pourrez le pousser dans
le dsert et en venir  bout.

Je vous ai demand le bataillon de la soixante-unime, afin de reformer
cette demi-brigade et de lui donner quelques jours de repos  Rosette.
Ds l'instant que vous serez venu  bout de Mourad-Bey, je ferai relever
toutes vos troupes. Je prpare,  cet effet, la treizime et une autre
demi-brigade. Je serais d'ailleurs fort aise d'avoir vos troupes s'il
arrivait quelque vnement, ou sur la lisire de la Syrie, ou sur la
cte. Les nouvelles que j'ai de Gaza ne me font pas penser que l'ennemi
veuille rien entreprendre: ce n'est pas une chose aise. Il n'y aurait
de sens pour lui que de s'emparer d'El-Arich, et lorsqu'il l'aurait
pris, il n'aurait fait qu'un pas. Quant  l'opration de traverser le
dsert, il faut rester cinq jours et mme sept sans eau. Il serait
difficile, mme impossible de transporter de l'artillerie, ce qui les
mettrait bon d'tat de prendre mme une maison.

Je donne ordre qu'on vous envoie quatre pices de 3 vnitiennes qui
sont extrmement lgres. Je vous laisse la vingt-unime, la
quatre-vingt-huitime, la vingt-deuxime et la vingtime.

Ds l'instant que l'inondation aura un peu couvert l'Egypte, j'enverrai
le gnral Davoust, comme cela avait t mon projet, avec un corps de
cavalerie, d'infanterie, pour commander les provinces de Fayoum, Miniet
et Bnoef: jusqu'alors, laissez-y des corps de troupes; arrangez vous
de manire que vous soyez matre de ne laisser qu'une centaine d'hommes
 Cosseir; que Keneh puisse contenir tous vos embarras, et que
vous puissiez, en cas d'invasion srieuse, pouvoir rapidement et
successivement replier toutes vos troupes sur le Caire.

Faites filer sur le Caire toutes les carcasses de barques, avisos ou
bricks appartenant aux mameloucks, nous les emploierons pour la dfense
des bouches du Nil.

J'ai reu des gazettes anglaises jusqu'au 10 juin. La guerre a t
dclare le 13 mars par la France  l'empereur. Plusieurs batailles ont
t livres; Jourdan a t battu  Feldkirch, dans la fort Noire, et
a repass le Rhin. Schrer, auquel on avait confi le commandement
d'Italie, a t battu  Rivoli, et a repass le Mincio et l'Oglio.
Mantoue tait bloque. Lors de ces affaires, les Russes n'taient point
encore arrivs, le prince Charles commandait contre Jourdan, et M. Kray
contre Schrer.

L'escadre franaise, forte de vingt-deux vaisseaux de guerre et de
dix-huit frgates, et partie de Brest dans les premiers jours d'avril,
est arrive au dtroit, a prsent le combat aux Anglais, qui n'taient
que dix-huit, et est entre  Toulon. Elle a t jointe par trois
vaisseaux espagnols. L'escadre espagnole est sortie de Cadix et est
entre  Carthagne: elle est forte de vingt-sept vaisseaux de guerre,
dont quatre  trois ponts; une nouvelle escadre anglaise est, peu de
jours aprs, entre dans la Mditerrane, et s'est runie  Jervis et
 Nelson. Ces escadres runies doivent monter  plus de quarante
vaisseaux. Les Anglais bloquent Toulon et Carthagne.

Le ministre de la marine Bruis commande l'escadre franaise.

A la premire occasion, je vous enverrai tous ces journaux.

Corfou a t pris par famine. La garnison a t conduite en France.

Malte est ravitaille pour deux ans.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Vous voudrez bien, citoyen administrateur, faire signifier  la femme de
Hassan-Bey que, si, dans la journe de demain, elle n'a pas pay ce
qui reste d de sa contribution, elle sera arrte et tous ses effets
confisqus.

Vous prendrez toutes les mesures pour acclrer le paiement de
Hadji-Husseim.

Les juifs n'ont encore pay que 20,000 fr.: il faut que dans la journe
de demain, ils en payent 30,000 autres.

Parmi les individus qui doivent, il y en a auxquels il ne fallait qu'une
simple lettre pour les faire payer, entre autres Rosetti, Caffe, Calvi,
et tous les individus de l'arme. Il y a la ngligence la plus coupable
de la part de l'administrateur des finances.

Mon intention n'est pas d'accepter pour comptant du fermage des Cophtes,
les diffrens emprunts que je leur ai faits, que je leur solderai en
temps et lieu.

Vous ferez demander 10,000 fr.  titre d'emprunt aux six principaux
ngocians damasquains, qui doivent tre pays dans la journe de demain,
et vous leur ferez connatre que mon intention est de les solder en bl.

Faites-moi un rapport sur les affaires du tabac de Rosette; les
renseignemens que j'ai eus sont que cela a d rapporter 14 ou 15,000 fr.

Faites-moi connatre ce qu'ont produit et ce que doivent les provinces
de Gisey et du Caire.

Faites-moi galement connatre ce qu'ont rendu les douanes de Suez et de
Cosseir depuis que nous sommes en Egypte, et ce qui serait d par ces
deux douanes.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

_Au gnral Lanusse._

Je vous prie, citoyen gnral, de garder mes guides et mes quipages;
je n'ai pas pu me rendre  Menouf, vu le dsir que j'avais de prendre
connaissance des affaires du Caire, et de mettre tout en train: car,
selon l'usage des Turcs, ils ne payent rien et ne croient pas  la
victoire jusqu' mon arrive; mais je compte, dans deux jours, dbarquer
au ventre de la Vache et vous aller trouver  Menouf.

Je vous ferai prvenir vingt-quatre heures d'avance.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous ferez, citoyen gnral, interroger tous les scheicks El-Belet
qui sont  la citadelle, pour savoir pourquoi ils ne payent pas leurs
contributions; vous leur ferez connatre que, si, d'ici au premier
fructidor, ils ne les ont pas payes, ils paieront un tiers de plus,
et que, si, d'ici au 10 fructidor, ils n'ont pas pay ce tiers et
l'imposition, ils auront le cou coup.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

_Au gnral Marmont._

Je donne ordre, citoyen gnral, que les deux demi-galres et la
chaloupe canonnire _la Victoire_ se rendent  Rosette pour concourir 
la dfense du Bogaz, afin d'tre en mesure, si M. Smith, ce que je ne
crois pas, voulait tenter quelque chose avec ses chaloupes canonnires:
cet homme est capable de toutes les folies.

Vous sentez qu'il est ncessaire qu'un aussi grand nombre de btimens
soient commands par un homme de tte. Si le commandant des armes 
Rosette n'avait pas le courage et le talent ncessaires, tchez de
trouver  Alexandrie un officier qui ait la grande main  cette
dfense: la faible garnison de Rosette fait que la dfense du Nil est
spcialement confie  la flottille.

BONAPARTE.




Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 aot 1799).

Il est ordonn au citoyen Desnoyers, officier des guides, de se rendre
sur-le-champ  Boulaq; il se prsentera chez le commandant de la marine,
qui mettra  sa disposition une demi-galre arme.

Il s'embarquera dessus, se rendra  Rahmanieh, se prsentera chez
le commandant de la place, montrera l'ordre ci-joint pour avoir une
escorte, et arrivera en toute diligence  Alexandrie; il remettra en
propres mains la lettre ci-jointe au gnral Ganteaume: c'est sa dpche
principale. Il ne partira d'Alexandrie que lorsque le gnral Ganteaume
l'expdiera; il retournera  Rahmanieh, il restera dans le fort jusqu'
ce qu'il reoive de nouveaux ordres; un officier que je dois y envoyer
lui portera les ordres, probablement du 2 au 5. Il est ncessaire qu'il
soit rendu  Rahmanieh le 2  midi, au plus tard.

BONAPARTE.




Au Caire, le 26 thermidor an 7 (13 aot 1799).

_Au gnral Desaix._

Je vous envoie, citoyen gnral, un sabre d'un trs-beau travail, sur
lequel j'ai fait graver: _Conqute de la Haute-Egypte_, qui est due 
vos bonnes dispositions et  votre constance dans les fatigues. Voyez-y,
je vous prie, une preuve de mon estime et de la bonne amiti que je vous
ai voue.

BONAPARTE.




Au Caire, le 26 thermidor an 7 (13 aot 1799).

_Au gnral Veaux._

Je suis trs-pein, citoyen gnral, d'apprendre que vos blessures vont
mal: je vous engage  passer le plus tt possible en France; je donne
tous les ordres que vous dsirez, pour vous en faciliter les moyens:
j'cris au gouvernement conformment  vos dsirs: vous avez t bless
au poste d'un brave qui veut redonner de l'lan  des troupes qu'il voit
chanceler. Vous ne devez pas douter que, dans toutes les circonstances,
je ne prenne le plus vif intrt  ce qui vous regarde.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 thermidor an 7 (14 aot 1799).

_Au scheick El-Arichi Cadiashier, distingu par sa sagesse et sa
justice._

Nous vous faisons connatre que notre intention est que vous ne confiez
la place de cadi  aucun Osmanli: vous ne confirmerez, dans les
provinces, pour la place de cadi, que des Egyptiens.

BONAPARTE.




Au Caire, le 27 thermidor an 7 (14 aot 1799).

_Au gnral Dugua._ Je vous prie, citoyen gnral, de faire arrter tous
les hommes de la caravane de Maroc qui seraient rests en arrire, et
que les Maugrabins venant  Cosseir ne s'arrtent qu'un jour, et filent,
pour leur pays sans passer par Alexandrie.

BONAPARTE.




Au Caire, le 26 thermidor an 7 (15 aot 1799).

_Au sultan de Maroc._

Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophte.

Au nom de Dieu clment et misricordieux! Au sultan de Maroc, serviteur
de la sainte Caab, puissant parmi les rois, et fidle observateur de la
loi du vrai prophte.

Nous profitons du retour des plerins de Maroc pour vous crire
cette lettre et vous faire connatre que nous leur avons donn toute
l'assistance qui tait en nous, parce que notre, intention est de faire,
dans toutes les occasions, ce qui peut vous convaincre de l'estime
que nous avons pour vous. Nous vous recommandons, en change, de bien
traiter tous les Franais qui sont dans vos tats ou que le commerce
pourrait y appeler.

BONAPARTE.




Au Caire, le 28 thermidor an 7 (15 aot 1799).

_Au bey de Tripoli._

Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophte.

Au nom de Dieu, clment et misricordieux! Au bey de Tripoli, serviteur
de la Sainte Caab, le modle des beys, fidle observateur de la loi du
vrai prophte.

Nous profitons de l'occasion qui se prsente pour vous recommander de
bien traiter tous les Franais qui sont dans vos tats, parce que notre
intention est de faire dans toutes les occasions tout ce qui pourra vous
tre agrable et de vivre en bonne intelligence avec vous.

BONAPARTE.




Au Caire, le 28 thermidor an 7 (15 aot 1799).

_Au gnral Desaix._

J'ai reu, citoyen gnral, un grand nombre de lettres de vous, qui
avaient t me chercher  Alexandrie et  Aboukir, et qui sont de
retour.

Vous aurez dj reu diffrentes lettres par lesquelles je vous fais
connatre que vous pouvez rentrer dans vos positions de la Haute-Egypte,
et de dtruire Mourad-Bey.

Je vous laisse le matre de lui accorder toutes les conditions de paix
que vous croirez utiles. Je lui donnerai son ancienne ferme prs de
Gizeh; mais il ne pourrait jamais avoir avec lui plus de dix hommes
arms: mais si vous pouviez vous en dbarrasser, cela vaudrait beaucoup
mieux que tous ces arrangemens.

BONAPARTE.




Au Caire, le 28 thermidor an 7 (15 aot 1799).

<Au gnral Klber._

Je reois  l'instant, citoyen gnral, votre lettre du 26  six heures
du matin; l'Arabe qui l'a apporte me dit tre parti  neuf heures.

Je suis instruit qu'un grand nombre de btimens de ceux qui taient 
Aboukir en sont partis le 25, et, si ce ne sont pas ceux-l qui viennent
faire de l'eau au Bogaz, ce sont des btimens qui taient mouills 
Alexandrette, et que le bruit des premiers succs d'Aboukir aura fait
mettre  la voile.

Le bataillon de la vingt-cinquime est parti pour vous rejoindre. Je
vous envoie la demi-galre _l'Amoureuse._

Vous pouvez disposer du gnral Vial qui est dans la Garbieh avec un
bataillon de la trente-deuxime; il a avec lui une pice de canon.

La cavalerie qui tait  Alexandrie, qui arrive  l'instant, se reposera
la journe de demain, et, si cela est ncessaire, je l ferai partir
sur-le-champ.

Quelque chose que ce convoi puisse tre, je ne doute pas que vous n'ayez
eu le temps de runir votre division et de vous mettre bien en mesure.

J'ai des nouvelles de Syrie  peu prs conformes aux vtres. Ibrahim-Bey
a avec lui deux cent cinquante mameloucks  cheval et cent cinquante 
pied, cinq cents hommes  cheval de Djezzar, et six cents hommes  pied.
Elfy-Bey n'a avec lui que quatre-vingts mameloucks: une partie des
Arabes cherche, comme  l'ordinaire, les moyens de les piller.

J'espre recevoir de vous, dans la journe de demain, des renseignemens
positifs sur cette flotte: pourvu qu'ils mettent trois jours 
dbarquer, comme ils ont fait  Aboukir, et je ne suis plus en peine de
rien.

Je fais partir le chef de bataillon Rutty pour commander votre
artillerie.

BONAPARTE.




Au Caire, le 28 thermidor an 7 (15 aot 1799).

_Au gnral Marmont._

Je vous envoie, citoyen gnral, deux pelisses, une pour le commandant
turc, l'autre pour le scheick El-Messiri; je vous prie de les revtir
publiquement en grande solennit, et de leur dire que c'est pour leur
donner une marque de l'estime que j'ai pour eux, et vous leur remettrez
une copie de l'ordre du jour.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au mme._

J'ai voulu, citoyen gnral, conclure un march avec des Francs, qui
devaient me fournir vingt-quatre mille aunes de drap; je comptais les
avoir pour 20 fr. et payer moiti en argent, moiti en riz ou en bl.
Ayant accapar tous les draps du pays, ils sentent qu'ils sont  mme de
me faire les conditions qu'ils veulent: il est cependant indispensable
que j'habille l'arme, voici le parti auquel je me rsous.

Vous ferez venir chez vous les ngocians toscans et impriaux qui ont
plus de vingt mille aunes de drap de toute les couleurs  Alexandrie ou
 Rosette. Vous leur ferez connatre que la guerre a t dclare par la
rpublique franaise  l'empereur et au grand-duc de Toscane, que les
lois constantes de tous les pays vous autorisent  confisquer leurs
btimens marchands et mettre le scell sur leurs magasins; que cependant
je veux bien leur accorder une faveur particulire, et ne point
les comprendre dans cette mesure gnrale; mais que j'ai besoin de
vingt-quatre mille aunes de drap pour habiller mon arme; qu'il est
ncessaire qu'ils fassent de suite la dclaration du drap qu'ils ont;
qu'ils en consignent vingt-quatre mille aunes, soit  Alexandrie, soit 
Rosette. Ils seront consigns au commissaire des guerres, qui les fera
partir en toute diligence au Caire; le procs-verbal en sera fait, et
les draps estims et pays selon l'estimation, sans que le maximum de
l'aune passe 18 fr. Un de ces ngocians, charg de pouvoirs des autres,
se rendra au Caire pour confrer avec l'ordonnateur en chef, et
s'arranger pour le mode de paiement.

Si, au lieu de se prter  cette mesure de bonne grce, ces messieurs
faisaient les rcalcitrans, vous ferez mettre le scell sur leurs
effets, papiers et maisons; vous les ferez mettre dans une maison de
sret; vous ferez abattre les armes de l'empereur et celles de Toscane,
et vous en donnerez avis  l'ordonnateur de la marine, pour qu'il
confisque tous les btimens appartenant aux Impriaux, Toscans et
Napolitains: je prfre la premire mesure  la deuxime.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799). _ l'ordonnateur en
chef._

Il sera fait une assimilation pour les officiers turcs qui auraient un
grade suprieur  celui de capitaine. Comme ils ont tous de l'argent,
il leur sera donn tous les jours le pain et la viande, et une certaine
quantit de riz tous les quinze jours.

Je vous prie d'envoyer six ardeps de riz au pacha.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au gnral Zayonschek._

Vous n'tes soumis en rien, citoyen gnral, au gnral Desaix pour
l'administration de la province. Vous regarderez comme nuls tous les
ordres qu'il vous donnerait  ce sujet: vous avez eu tort de lui laisser
prendre de l'argent; vous verrez, par l'ordre du jour, que mon intention
est de n'accorder aucune indemnit sur le miri. Faites-le percevoir avec
la plus grande rigueur.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je pars demain matin avant le jour, citoyen administrateur: je vous
recommande de pousser vivement ce qui concerne la rentre des fermages
et des autres impositions; de m'envoyer  Menouf toutes les notes que
vous pourrez avoir et qui me feront connatre les villages qui sont
peu chargs dans le Garbieh et le Menoufieh; enfin, de vivre en bonne
intelligence avec les scheicks, de maintenir la paix dans le Caire. Je
recommande au gnral Dugua de frapper ferme au premier vnement, qu'il
fasse couper six ttes par jour; mais riez toujours.

Faites dans ce qui vous concerne tout ce que vous jugerez  propos, en
prenant toujours la voie qui approche le moins de la nouveaut.

Croyez  l'estime que je vous ai voue, et au dsir que j'ai de vous en
donner des preuves.

Ecrivez-moi le plus souvent que vous pourrez.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au divan du Caire._

Au nom, etc.

Je pars demain pour me rendre  Menouf, d'o je ferai diffrentes
tournes dans le Delta, afin de voir par moi-mme les injustices qui
pourraient tre commises, et prendre connaissance et des hommes et du
pays.

Je vous recommande de maintenir la confiance parmi le peuple. Dites-lui
souvent que j'aime les musulmans, et que mon intention est de faire leur
bonheur. Faites-leur connatre que j'ai pour conduire les hommes les
plus grands moyens, la persuasion et la force; qu'avec l'une, je cherche
 faire des amis, qu'avec l'autre je dtruis mes ennemis.

Je dsire que vous me donniez le plus souvent possible de vos nouvelles,
et que vous m'informiez de la situation des choses.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au gnral Klber._

Je renvoie, citoyen gnral, l'effendi pris  Aboukir  Constantinople,
avec une longue lettre pour le grand-visir: c'est une ouverture de
ngociation que je fais. Faites-le partir sur une djerme pour Chypre,
traitez-le bien; mais qu'il ait peu de communication. Faites la plus
grande ostension de forces que vous pourrez.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_ Au gnral Dugua._

Je vous envoie, citoyen gnral, une lettre cachete pour le grand
visir, avec une pour le gnral Klber.

Vous vous adresserez  Sulfukiar pour faire venir demain chez vous,
l'effendi fait prisonnier  Aboukir. Vous le ferez partir pour Damiette,
et vous lui remettrez la lettre pour le grand-visir. Vous lui donnerez
un officier de votre tat-major pour le conduire, et que personne n'ait
de communication avec lui; traitez-le cependant avec gards.

BONAPARTE.




Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 aot 1799).

_Au grand-visir._

Grand parmi les grands clairs et sages, seul dpositaire de la
confiance du plus grand des sultans.

J'ai l'honneur d'crire  votre excellence par l'effendi qui a t fait
prisonnier  Aboukir, et que je lui renvoie pour lui faire connatre la
vritable situation de l'Egypte, et entamer des ngociations entre la
Sublime Porte et la rpublique franaise, qui puissent mettre fin  la
guerre qui se trouve exister pour le malheur de l'un et de l'autre tat.

Par quelle fatalit la Porte et la France, amies de tous les temps, et
ds-lors par habitude, amies par l'loignement de leurs frontires, la
France ennemie de la Russie et de l'empereur, la Porte ennemie de la
Russie et de l'empereur, sont-elles cependant en guerre?

Comment votre excellence ne sentirait-elle pas qu'il n'y a pas un
Franais de tu qui ne soit un appui de moins pour la Porte?

Comment votre excellence, si claire dans la connaissance de la
politique et des intrts des divers tats, pourrait-elle ignorer que la
Russie et l'empereur d'Allemagne se sont plusieurs fois entendus pour le
partage de la Turquie, et que ce n'a t que l'intervention de la France
qui l'a empch?

Votre excellence n'ignore pas que le vrai ennemi de l'islamisme est
la Russie. L'empereur Paul 1er s'est fait grand-matre de Malte,
c'est--dire a fait voeu de faire la guerre aux musulmans: n'est-ce pas
lui qui est chef de la religion grecque, c'est--dire des plus nombreux
ennemis qu'ait l'Islamisme?

La France, au contraire, a dtruit les chevaliers de Malte, rompu les
chanes des Turcs qui y taient dtenus en esclavage, et croit, comme
l'ordonne l'Islamisme, qu'il n'y a qu'un seul Dieu.

Ainsi donc la Porte a dclar la guerre  ses vritables amis, et s'est
allie  ses vritables ennemis.

Ainsi donc la Sublime-Porte a t l'amie de la France tant que cette
puissance a t chrtienne, lui a fait la guerre ds l'instant que la
France, par sa religion, s'est rapproche de la croyance musulmane.
Mais, dit-on, la France a envahi l'Egypte; comme si je n'avais pas
toujours dclar que l'intention de la rpublique franaise tait de
dtruire les mameloucks, et non de faire la guerre  la Sublime-Porte;
tait de nuire aux Anglais, et non  son grand et fidle ami l'empereur
Slim.

La conduite que j'ai tenue envers tous les gens de la Porte qui taient
en Egypte, envers les btimens du grand-seigneur, envers les btimens
de commerce portant pavillon ottoman, n'est-elle pas un sr garant des
intentions pacifiques de la rpublique franaise?

La Sublime-Porte a dclar la guerre dans le mois de janvier  la
rpublique franaise avec une prcipitation inoue, sans attendre
l'arrive de l'ambassadeur Descorches, qui dj tait parti de Paris
pour se rendre  Constantinople; sans me demander aucune explication, ni
rpondre  aucune des avances que j'ai faites.

J'ai cependant espr, quoique sa dclaration de guerre me ft
parfaitement connue, pouvoir la faire revenir, et j'ai  cet effet,
envoy le citoyen Beauchamp, consul de la rpublique, sur la caravelle.
Pour toute rponse, on l'a emprisonn; pour toute rponse, on a cr
des armes, on les a runies  Gaza, et on leur a ordonn d'envahir
l'Egypte. Je me suis trouv alors oblig de passer le dsert, prfrant
faire la guerre en Syrie,  ce qu'on la ft en Egypte.

Mon arme est forte, parfaitement discipline, et approvisionne de
tout ce qui peut la rendre victorieuse des armes, fussent-elles aussi
nombreuses que les sables de la mer; des citadelles et des places fortes
hrisses de canon se sont leves sur les ctes et sur les frontires
du dsert: je ne crains donc rien, et je suis ici invincible; mais je
dois  l'humanit,  la vraie politique, au plus ancien, comme au plus
vrai des allis, la dmarche que je fais.

Ce que la Sublime-Porte n'obtiendra jamais par la force des armes,
elle peut l'obtenir par une ngociation. Je battrai toutes les armes,
lorsqu'elles projetteront l'envahissement de l'Egypte; mais je rpondrai
d'une manire conciliante  toutes les ouvertures de ngociations qui
me seront faites. La rpublique franaise, ds l'instant que la
Sublime-Porte ne fera plus cause commune avec nos ennemis, la Russie
et l'Empereur, fera tout ce qui sera en elle pour rtablir la bonne
intelligence, et lever tout ce qui pourra tre un sujet de dsunion
entre les deux tats.

Cessez donc des armemens dispendieux et inutiles; vos ennemis ne sont
pas en Egypte, ils sont sur le Bosphore, ils sont  Corfou, ils sont
aujourd'hui par votre extrme imprudence au milieu de l'Archipel.

Radoubez et rarmez vos vaisseaux; reformez vos quipages; tenez-vous
prt  dployer bientt l'tendard du prophte, non contre la France,
mais contre les Russes et les Allemands qui rient de la guerre que nous
nous faisons, et qui, lorsque vous aurez t affaibli, lveront la tte,
et dclareront bien haut les prtentions qu'ils ont dj.

Vous voulez l'Egypte, dit-on; mais l'intention de la France n'a jamais
t de vous l'ter.

Chargez votre ministre  Paris de vos pleins pouvoirs, ou envoyez
quelqu'un charg de vos intentions ou de vos pleins pouvoirs en Egypte.
On pourra, en deux heures d'entretien tout arranger: c'est l le seul
moyen de rasseoir l'empire musulman, en lui donnant la force contre
ses vritables ennemis, et de djouer leurs projets perfides; ce qui,
malheureusement, leur a dj si fort russi.

Dites un mot, nous fermons la mer Noire  la Russie, et nous cesserons
d'tre le jouet de cette puissance ennemie que nous avant tant de sujets
de har, et je ferai tout ce qui pourra vous convenir.

Ce n'est pas contre les musulmans que les armes franaises aiment 
dployer, et leur tactique, et leur courage; mais c'est, au contraire,
runies  des musulmans, qu'elles doivent un jour, comme cela a t de
tout temps, chasser leurs ennemis communs.

Je crois en avoir assez dit par cette lettre  votre excellence; elle
peut faire venir auprs d'elle le citoyen Beauchamp, que l'on m'assure
tre dtenu dans la mer Moire. Elle peut prendre tout autre moyen pour
me faire connatre ses intentions.

Quant  moi, je tiendrai pour le plus beau jour de ma vie celui o je
pourrai contribuer  faire terminer une guerre  la fois impolitique et
sans objet.

Je prie votre excellence de croire  l'estime et  la considration
distingue que j'ai pour elle.

BONAPARTE.




Menouf, le 2 fructidor an 7 (19 aot 1799).

_Au gnral Dugua._

Dsirant m'assurer par moi-mme des mouvemens de la cte, et tre  mme
de combiner le rapport qu'il pourrait y avoir entre l'augmentation de
voiles qui pourront paratre  Damiette avec celles qui disparatront
d'Aboukir, je vais voir s'il m'est possible de descendre par les canaux
jusqu' Bourlos. J'enverrai prendre mes dpches  Rosette, o vous
pourrez m'adresser tout ce qu'il y aura de nouveau, et, s'il y avait
quelque chose de trs-urgent, envoyez-moi des duplicata  Rosette,
Menouf et Damiette.

BONAPARTE.




Menouf, le 2 fructidor an 7 (19 aot 1799).

_Au gnral Klber._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 27. Je suis  peu prs
certain qu'il n'y a dans la Mditerrane aucun armement considrable
dirig contre nous. Ainsi, les vingt-quatre btimens mouills devant
Damiette, ou sont les mmes qui taient  Aboukir, et ont quitt cette
rade, ou c'est une arrire-garde que le pacha attendait et qui porte
fort peu de monde.

La division Reynier, rorganise avec une bonne artillerie, se portera
contre ce qui pourrait venir du ct de la Syrie. Je destine pour le
mme objet les mille ou douze cents hommes de cavalerie que j'ai au
Caire prts  marcher.

Je me rends  Rosette, o je me trouverai bien au fait de tous les
mouvemens de la cte, depuis la tour des Arabes, jusqu' El-Arich. Si
vous avez besoin de quelque secours, je vous ferai passer des troupes
qui se trouvent dans le Bahhireh et  Alexandrie, dsirant tenir
intactes les divisions Reynier, Bon et Lannes pour s'opposer  ce qui
pourrait venir par terre, quoique les derniers renseignement que j'ai,
me tranquillisent entirement. J'ai le quinzime de dragons et diffrens
dtachemens de cavalerie dans le Bahhireh.

Vous recevrez cette lettre le 3 ou le 4; partez, je vous prie,
sur-le-champ, pour vous rendre, de votre personne,  Rosette, si vous ne
voyez aucun inconvnient  vous absenter de Damiette: sans quoi, envoyez
moi un de vos aides-de-camp: je dsirerais qu'il pt arriver  Rosette
dans la journe du 7. J'ai  confrer avec vous sur des affaires
extrmement importantes.

Vous devez avoir reu l'effendi ou commissaire de l'arme, fait
prisonnier  Aboukir, et que j'envoie  Constantinople.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 5 fructidor an 7 (22 aot 1799).

_Au divan du Caire._

Ayant t instruit que mon escadre tait prte, et qu'une arme
formidable tait embarque dessus, convaincu, comme je vous l'ai dit
plusieurs fois, que, tant que je ne frapperai pas un coup qui crase
 la fois tous mes ennemis, je ne pourrai jouir tranquillement et
paisiblement de la possession de l'Egypte, la plus belle partie du
monde; j'ai pris le parti d'aller me mettre moi-mme  la tte de mon
escadre, en laissant le commandement, pendant mon absence, au gnral
Klber, homme d'un mrite distingu et auquel j'ai recommand d'avoir
pour les ulmas et les scheicks la mme amiti que moi. Faites ce qui
vous sera possible pour que le peuple de l'Egypte ait en lui la mme
confiance qu'en moi, et qu' mon retour, qui sera dans deux ou trois
mois, je sois content du peuple de l'Egypte, et que je n'aie que des
louanges et des rcompenses  donner aux scheicks.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 5 fructidor an 7 (22 aot 1799).

_A l'arme._

Les nouvelles d'Europe m'ont dcid  partir pour la France. Je laisse
le commandement de l'arme au gnral Klber. L'arme aura bientt de
mes nouvelles, je ne puis pas en dire davantage. Il me cote de quitter
des soldats auxquels je suis le plus attach; mais ce ne sera que
momentanment, et le gnral que je leur laisse  la confiance du
gouvernement et la mienne.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 5 fructidor an 7 (22 aot 1799).

_Au gnral Menou._

Vous vous rendrez de suite  Alexandrie, citoyen gnral; vous prendrez
le commandement d'Alexandrie, Rosette et Bahhireh.

Je pars ce soir pour France, le gnral Klber doit tre rendu dans deux
ou trois jours  Rosette; vous lui ferez passer le pli ci joint, dont
je vous envoie un double, que vous lui ferez passer par une occasion
trs-sre.

Le gnral Marmont part avec moi. Je vous prie, pour empcher les faux
bruits, d'envoyer au gnral Klber un bulletin de notre navigation,
jusqu' ce qu'on n'ait plus connaissance des frgates.

Vous prviendrez le gnral Klber que la djerme _la Boulonnaise_ est 
Rahmanieh.

Je laisse ici quatre-vingts chevaux des guides  cheval sells, que
vous ferez passer au Caire pour monter le reste des guides et de la
cavalerie.

Vous ne ferez partir la lettre ci-jointe, pour le gnral Dugua et
pour le Caire, que quarante-huit heures aprs que les frgates auront
disparu.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 5 fructidor an 7 (22 aot 1799).

_Au gnral Klber._

Vous trouverez ci-joint, citoyen gnral, un ordre pour prendre le
commandement en chef de l'arme. La crainte que la croisire anglaise ne
reparaisse d'un moment  l'autre me fait prcipiter mon voyage de deux
ou trois jours.

J'emmne avec moi les gnraux Berthier, Androssi, Murat, Lannes et
Marmont, et les citoyens Monge et Berthollet.

Vous trouverez ci-joint les papiers anglais et de Francfort jusqu'au 10
juin. Vous y verrez que nous avons perdu l'Italie; que Mantoue, Turin
et Tortone sont bloqus. J'ai lieu d'esprer que la premire tiendra
jusqu' la fin de novembre. J'ai l'esprance, si la fortune me sourit,
d'arriver en Europe avant le commencement d'octobre.

Vous trouverez ci-joint un chiffre pour correspondre avec le
gouvernement, et un autre chiffre pour correspondre avec moi.

Je vous prie de faire partir, dans le courant d'octobre, Junot ainsi que
mes domestiques et tous les effets que j'ai laisss au Caire; cependant,
je ne trouverai pas mauvais que vous engagiez  votre service ceux de
mes domestiques qui vous conviendraient.

L'intention du gouvernement est que le gnral Desaix parte pour
l'Europe dans le courant de novembre,  moins d'vnemens majeurs.

La commission des arts passera en France sur un parlementaire que vous
demanderez  cet effet, conformment au cartel d'change, dans le
courant de novembre, immdiatement aprs qu'elle aura achev sa mission.
Elle est maintenant occupe  voir la Haute-Egypte; cependant ceux de
ses membres que vous jugerez pouvoir vous tre utiles, vous les mettrez
en rquisition sans difficult.

L'effendi fait prisonnier  Aboukir est parti pour se rendre  Damiette.
Je vous ai crit de l'envoyer en Chypre; il est porteur, pour le
grand-visir, d'une lettre dont vous trouverez ci-joint la copie.

L'arrive de notre escadre de Brest  Toulon, et de l'escadre espagnole
 Carthagne, ne laisse plus de doute sur la possibilit de faire passer
en Egypte les fusils, les sabres, les pistolets, fers couls dont vous
pourriez avoir besoin, et dont j'ai l'tat le plus exact, avec une
quantit de recrues suffisante pour rparer les pertes des deux
campagnes.

Le gouvernement vous fera connatre alors lui-mme ses intentions, et
moi, comme homme public et comme particulier, je prendrai des mesures
pour vous faire avoir frquemment des nouvelles. Si, par des vnemens
incalculables, toutes les tentatives taient infructueuses, et qu'au
mois de mai vous n'ayez reu aucun secours ni nouvelles de France, et
si, malgr toutes les prcautions, la peste tait en Egypte cette
anne et vous tuait plus de quinze cents soldats, perte considrable,
puisqu'elle serait en sus de celles que les vnemens de la guerre vous
occasionneront journellement: je pense que, dans ce cas, vous ne devez
pas hasarder de soutenir la campagne, et que vous tes autoris 
conclure la paix avec la Porte-Ottomane, quand mme la condition
principale serait l'vacuation de l'Egypte. Il faudrait seulement
loigner l'excution de cette condition, si cela tait possible, jusqu'
la paix gnrale.

Vous savez apprcier aussi bien que moi combien la possession de
l'Egypte est importante  la France: cet empire turc qui menace ruine de
tous cts, s'croule aujourd'hui, et l'vacuation de l'Egypte serait un
malheur d'autant plus grand, que nous verrions de nos jours cette belle
province passer en d'autres mains europennes.

Les nouvelles des succs ou des revers qu'aura la rpublique, doivent
aussi entrer puissamment dans vos calculs.

Si la Porte rpondait, avant que vous eussiez reu de mes nouvelles de
France, aux ouvertures de paix que je lui ai faites, vous devez dclarer
que vous avez tous les pouvoirs que j'avais et entamer les ngociations:
persistant toujours dans l'assertion que j'ai avance, que l'intention
de la France n'a jamais t d'enlever l'Egypte  la Porte; demander que
la Porte sorte de la coalition et nous accorde le commerce de la mer
Noire; qu'elle mette en libert les Franais prisonniers; et enfin, six
mois de suspension d'armes, afin que, pendant ce temps-l, l'change des
ratifications puisse avoir lieu.

Supposant que les circonstances soient telles que vous croyez devoir
conclure ce trait avec la Porte, vous ferez sentir que vous ne pouvez
pas le mettre  excution, qu'il ne soit ratifi; et, selon l'usage de
toutes les nations, l'intervalle entre la signature d'un trait et sa
ratification, doit toujours tre une suspension d'hostilit.

Vous connaissez, citoyen gnral, quelle est ma manire de voir sur la
politique intrieure de l'Egypte: quelque chose que vous fassiez, les
chrtiens seront toujours nos amis. Il faut les empcher d'tre trop
insolens, afin que les Turcs n'aient pas contre nous le mme fanatisme
que contre les chrtiens, ce qui nous les rendrait irrconciliables.
Il faut endormir le fanatisme, avant qu'on puisse le draciner. En
captivant l'opinion des grands scheicks du Caire, on a l'opinion de
toute l'Egypte; et, de tous les chefs que ce peuple peut avoir, il n'y
en a aucun moins dangereux que des scheicks qui sont peureux, ne savent
pas se battre, et qui, comme tous les prtres, inspirent le fanatisme
sans tre fanatiques.

Quant aux fortifications d'Alexandrie, El-Arich, voil les clefs de
l'Egypte. J'avais le projet de faire tablir cet hiver des redoutes de
palmiers, deux depuis Salahieh  Catieh, deux de Catieh  El-Arich:
l'une se serait trouve  l'endroit o le gnral Menou a trouv de
l'eau potable.

Le gnral Samson, commandant du gnie, et le gnral Songis, commandant
l'artillerie, vous mettront chacun au fait de ce qui regarde sa partie.

Le citoyen Poussielgue a t exclusivement charg des finances, je l'ai
reconnu travailleur et homme de mrite. Il commence  avoir quelques
renseignemens sur le chaos de l'administration de l'Egypte. J'avais le
projet, si aucun nouvel vnement ne survenait, de tcher d'tablir cet
hiver un nouveau mode d'imposition, ce qui nous aurait permis de nous
passer  peu prs des Cophtes; cependant, avant de l'entreprendre, je
vous conseille d'y rflchir long-temps. Il vaut mieux entreprendre
cette opration un peu plus tard qu'un peu trop tt.

Des vaisseaux de guerre franais paratront cet hiver indubitablement
 Alexandrie, Bourlos ou Damiette. Faites construire une bonne tour 
Bourlos; tchez de runir cinq ou six cents mameloucks que, lorsque les
vaisseaux franais seront arrivs, vous ferez en un jour arrter au
Caire et dans les autres provinces, et embarquer pour la France. Au
dfaut de mameloucks, des tages d'Arabes, des scheicks Belet qui, pour
une raison quelconque, se trouveraient arrts, pourront y suppler. Ces
individus arrivs en France, y seront retenus un ou deux ans, verront
la grandeur de la nation, prendront quelques ides de nos moeurs et de
notre langue, et, de retour en Egypte, y formeront autant de partisans.

J'avais dj demand plusieurs fois une troupe de comdiens: je prendrai
un soin particulier de vous en envoyer. Cet article est trs-important
pour l'arme, et pour commencer  changer les moeurs du pays.

La place importante que vous aller occuper en chef va vous mettre  mme
enfin de dployer les talens que la nature vous a donns. L'intrt de
ce qui se passera ici est vif, et les rsultats en seront immenses pour
le commerce, pour la civilisation; ce sera l'poque d'o dateront de
grandes rvolutions.

Accoutum  voir la rcompense des peines et des travaux de la vie
dans l'opinion de la postrit, j'abandonne avec le plus grand regret
l'Egypte. L'intrt de la patrie, sa gloire, l'obissance, les vnemens
extraordinaires qui viennent de se passer, me dcident seuls  passer au
milieu des escadres ennemies pour me rendre en Europe. Je serai d'esprit
et de coeur avec vous. Vos succs me seront aussi chers que ceux o je
me trouverais en personne, et je regarderai comme mal employs tous les
jours de ma vie o je ne ferai pas quelque chose pour l'arme dont
je vous laisse le commandement, et pour consolider le magnifique
tablissement dont les fondemens viennent d'tre jets.

L'arme que je vous confie est toute compose de mes enfans; j'ai eu
dans tous les temps, mme au milieu des plus grandes peines, des marques
de leur attachement. Entretenez-les dans ces sentimens, vous le devez
 l'estime et  l'amiti toute particulire que j'ai pour vous et 
l'attachement vrai que je leur porte.

BONAPARTE.




FIN DU DEUXIME LIVRE.

LIVRE TROISIME.



CONSULAT.


Paris, le 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799).

_Bonaparte, gnral en chef, aux citoyens composant la garde nationale
sdentaire de Paris._

Citoyens, le Conseil des Anciens, dpositaire de la sagesse nationale,
vient de rendre le dcret ci-joint[2]; il est autoris par les articles
102 et 103 de l'acte constitutionnel.

Il me charge de prendre les mesures ncessaires pour la sret de la
reprsentation nationale. Sa translation est ncessaire et momentane.
Le corps lgislatif se trouvera  mme de tirer la reprsentation
du danger imminent o la dsorganisation de toutes les parties de
l'administration nous conduit.

Il a besoin, dans cette circonstance essentielle, de l'union et de la
confiance des patriotes. Ralliez-vous autour de lui: c'est le seul moyen
d'asseoir la rpublique sur les bases de la libert civile, du bonheur
intrieur, de la victoire et de la paix.

BONAPARTE.

[Footnote 2: Par ce dcret rendu le 17 brumaire, le Conseil des Anciens
chargeait le gnral Bonaparte de prendre toutes les mesures ncessaires
 la sret de la reprsentation nationale, transfre  Saint-Cloud.]




Au quartier-gnral de Paris, le 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799).

_Aux soldats composant la force arme de Paris._

Soldats, le dcret extraordinaire du Conseil des Anciens est conforme
aux art. 102 et 103 de l'acte constitutionnel. Il m'a remis le
commandement de la ville et de l'arme.

Je l'ai accept pour seconder les mesures qu'il va prendre et qui sont
tout entires en faveur du peuple.

La rpublique est mal gouverne depuis deux ans. Vous avez espr que
mon retour mettrait un terme  tant de maux; vous l'avez clbr avec
une union qui m'impose des obligations que je remplis; vous remplirez
les vtres et vous seconderez votre gnral avec l'nergie, la fermet
et la confiance que j'ai toujours vues en vous.

La libert, la victoire et la paix replaceront la rpublique franaise
au rang qu'elle occupait en Europe, et que l'ineptie ou la trahison a pu
seule lui faire perdre.

_Vive la rpublique!_

BONAPARTE.




[3]Paris, 18 et 19 brumaire an 8 (9 et 10 novembre 1799).

[Footnote 3: Nous rapporterons sous cette date les discours tenus par
Bonaparte dans ces deux journes mmorables qui devaient changer la face
de la France. Ils seront un jour recueillis par l'histoire, car les
moindres phrases qui les composent portent l'empreinte de cette me
ambitieuse et extraordinaire qui devait donner des fers  toute
l'Europe.]

(Barras, l'un des cinq directeurs, effray de la tournure que prenaient
les affaires, envoya, dans la matine,  Saint-Cloud son secrtaire
Bottot, afin de savoir de Bonaparte ses intentions. Le gnral, entour
d'une foule de militaires de tout grade, le reut avec hauteur, et
lui parlant comme s'il se ft adress au Directoire, il lui tint ce
foudroyant langage):

Qu'avez-vous fait de cette France que je vous ai laisse si brillante?
Je vous ai laiss la paix, j'ai retrouv la guerre: je vous ai laiss
des victoires, j'ai retrouv des revers: je vous ai laiss les millions
de l'Italie, et j'ai trouv partout des lois spoliatrices et la misre.
Qu'avez-vous fait de cent mille Franais que je connaissais, tous mes
compagnons de gloire? Ils sont morts.

Cet tat de chose ne peut durer: avant trois ans il nous mnerait au
despotisme; mais nous voulons la rpublique, la rpublique assise sur
les bases de l'galit, de la morale, de la libert civile et de la
tolrance politique. Avec une bonne administration, tous les individus
oublieront les factions dont on les fit membres, pour leur permettre
d'tre franais. Il est temps enfin que l'on rende aux dfenseurs de
la patrie la confiance  laquelle ils ont tant de droits. A entendre
quelques factieux, bientt nous serions tous les ennemis de la
rpublique, nous qui l'avons affermie par nos travaux et notre courage.
Nous ne voulons pas de gens plus patriotes que les braves qui sont
mutils au service de la rpublique.

(Le Conseil des Anciens s'assembla le 19 brumaire  deux heures, dans la
grande galerie du chteau de Saint-Cloud. A quatre heures, le gnral
Bonaparte fut introduit, et ayant reu du prsident le droit de parler,
il s'exprima ainsi:)

Reprsentans du peuple, vous n'tes point dans des circonstances
ordinaires; vous tes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec
la franchise d'un soldat, avec celle d'un citoyen zl pour le bien de
son pays, et suspendez, je vous en prie, votre jugement jusqu' ce que
vous m'ayez entendu jusqu' la fin.

J'tais tranquille  Paris, lorsque je reus le dcret du Conseil des
Anciens, qui me parla de ses dangers, de ceux de la rpublique. A
l'instant j'appelai, je retrouvai mes frres d'armes, et nous vnmes
vous donner notre appui; nous vnmes vous offrir les bras de la
nation, parce que vous en tiez la tte. Nos intentions furent pures,
dsintresses; et pour prix du dvouement que nous avons montr hier,
aujourd'hui dj on nous abreuve de calomnies. On parle d'un nouveau
Csar, d'un nouveau Cromwell; on rpand que je veux tablir un
gouvernement militaire.

Reprsentans du peuple, si j'avais voulu opprimer la libert de mon
pays; si j'avais voulu usurper l'autorit suprme, je ne me serais pas
rendu aux ordres que vous m'avez donns, je n'aurais pas eu besoin
de recevoir cette autorit du snat. Plus d'une fois, et dans des
circonstances trs-favorables, j'ai t appel  la prendre. Aprs nos
triomphes en Italie, j'y ai t appel par le voeu de mes camarades, par
celui de ces soldats qu'on a tant maltraits, depuis qu'ils ne sont plus
sous mes ordres, de ces soldats qui sont obligs, encore aujourd'hui,
d'aller faire dans les dserts de l'Ouest, une guerre horrible que la
sagesse et le retour aux principes avaient calme, et que l'ineptie ou
la trahison viennent de rallumer.

Je vous le jure, reprsentans du peuple, la patrie n'a pas de plus zl
dfenseur que moi; je me dvoue tout entier pour faire excuter vos
ordres; mais c'est sur vous seuls que repose son salut; car il n'y a
plus de directoire; quatre des membres qui en faisaient partie ont
donn leur dmission, et le cinquime a t mis en surveillance pour sa
sret. Les dangers sont pressans, le mal s'accrot; le ministre de la
police vient de m'avertir que dans la Vende plusieurs places taient
tombes entre les mains des chouans. Reprsentans du peuple, le Conseil
des Anciens est investi d'un grand pouvoir; mais il est encore anim
d'une plus grande sagesse; ne consultez qu'elle et l'imminence du
danger, prvenez les dchiremens, vitons de perdre ces deux choses
pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la libert et
l'galit!...

(Interrompu par un membre qui lui rappelait la constitution, Bonaparte
continua de cette manire:)

La constitution! vous l'avez viole au 18 fructidor; vous l'avez viole
au 22 floral; vous l'avez viole au 30 prairial. La constitution! elle
est invoque par toutes les factions, et elle a t viole par toutes;
elle est mprise par toutes; elle ne peut plus tre pour nous un
moyen de salut, parce qu'elle n'obtient plus le respect de personne.
Reprsentans du peuple, vous ne voyez pas en moi un misrable intrigant
qui se couvre d'un masque hyprocrite. J'ai fait mes preuves de
dvouement  la rpublique, et toute dissimulation m'est inutile. Je ne
vous tiens ce langage que parce que je dsire que tant de sacrifices ne
soient pas perdus. La constitution, les droits du peuple ont t viols
plusieurs fois: et puisqu'il ne nous est plus permis de rendre  cette
constitution le respect qu'elle devait avoir, sauvons les bases sur
lesquelles elle se repose; sauvons l'galit, la libert; trouvons des
moyens d'assurer  chaque homme la libert qui lui est due et que la
constitution n'a pas su lui garantir. Je vous dclare qu'aussitt que
les dangers qui m'ont fait confier des pouvoirs extraordinaires, seront
passs, j'abdiquerai ces pouvoirs. Je ne veux tre,  l'gard de la
magistrature que vous aurez nomme, que le bras qui la soutiendra et
fera excuter ses ordres.

(Un membre demande que le gnral Bonaparte fournisse des preuves des
dangers qu'il annonce.)

_Bonaparte._ S'il faut s'expliquer tout--fait; s'il faut nommer les
hommes, je les nommerai; je dirai que les directeurs Barras et Moulins
m'ont propos de me mettre  la tte d'un parti tendant  renverser tous
les hommes qui ont des ides librales...

(On discute si Bonaparte continuera de s'noncer publiquement et si
l'assemble ne se formera pas en comit secret. Il est dcid que le
gnral sera entendu en public.)

_Bonaparte._ Je vous le rpte, reprsentans du peuple; la constitution,
trois fois viole, n'offre plus de garantie aux citoyens; elle ne peut
entretenir l'harmonie, parce qu'il n'y a plus de diapazon; elle ne peut
point sauver la patrie, parce qu'elle n'est respecte de personne. Je
le rpte encore, qu'on ne croie point que je tiens ce langage pour
m'emparer du pouvoir aprs la chute des autorits; le pouvoir, on me l'a
offert encore depuis mon retour  Paris. Les diffrentes factions sont
venues sonner  ma porte, je ne les ai pas coutes, parce que je ne
suis d'aucune cotterie, parce que je ne suis que du grand parti du
peuple franais.

Plusieurs membres du Conseil des Anciens savent que je les ai entretenus
des propositions qui ont t faites, et je n'ai accept l'autorit que
vous m'avez confie que pour soutenir la cause de la rpublique. Je ne
vous le cache pas, reprsentans du peuple, en prenant le commandement,
je n'ai compt que sur le Conseil des Anciens. Je n'ai point compt sur
le Conseil des Cinq-cents qui est divis, sur le Conseil des Cinq-cents
o se trouvent des hommes qui voudraient nous rendre la convention, les
comits rvolutionnaires et les chafauds; sur le Conseil des Cinq-cents
o les chefs de ce parti viennent de prendre sance en ce moment; sur le
Conseil des Cinq-cents, d'o viennent de partir des missaires chargs
d'aller organiser un mouvement  Paris.

Que ces projets criminels ne vous effrayent point, reprsentans du
peuple: environn de mes frres d'armes, je saurai vous en prserver;
j'en atteste votre courage, vous mes braves camarades, vous aux yeux
de qui l'on voudrait me peindre comme un ennemi de la libert; vous
grenadiers dont j'aperois les bonnets, vous braves soldats dont
j'aperois les baonnettes que j'ai si souvent fait tourner  la houle
de l'ennemi,  l'humiliation des rois, que j'ai employes  fonder des
rpubliques; et si quelqu'orateur, pay par l'tranger, parlait de me
mettre _hors la loi_, qu'il prenne garde de porter cet arrt contre
lui-mme! S'il parlait de me mettre _hors la loi_, j'en appellerais 
vous, mes braves compagnons d'armes;  vous, braves soldats que j'ai
tant de fois mens  la victoire;  vous, braves dfenseurs de la
rpublique avec lesquels j'ai partag tant de prils pour affermir la
libert et l'galit: je m'en remettrais, mes braves amis, au courage de
vous tous et  ma fortune.

Je vous invite, reprsentans du peuple,  vous former en comit gnral,
et  y prendre des mesures salutaires que l'urgence des dangers commande
imprieusement. Vous trouverez toujours mon bras pour faire excuter vos
rsolutions.

(Le prsident invite le gnral, au nom du conseil,  dvoiler dans
toute son tendue le complot dont la rpublique tait menace.)

_Bonaparte._ J'ai eu l'honneur de dire au Conseil que la constitution ne
pouvait sauver la patrie, et qu'il fallait arriver  un ordre de chose
tel que nous puissions la retirer de l'abme o elle se trouve. La
premire partie de ce que je viens de vous rpter, m'a t dite par les
deux membres du directoire que je vous ai nomms, et qui ne seraient
pas plus coupables qu'un trs-grand nombre d'autres Franais, s'ils
n'eussent fait qu'articuler une chose qui est connue de la France
entire. Puisqu'il est reconnu que la constitution ne peut pas sauver
la rpublique, htez-vous donc de prendre des moyens pour la retirer
du danger, si vous ne voulez pas recevoir de sanglans et d'ternels
reproches du peuple franais, de vos familles et de vous-mmes.

(Le gnral se retire sans vouloir s'expliquer davantage.)




Paris, 19 brumaire an 8,  onze heures du soir (10 novembre 1799).

_Proclamation du gnral Bonaparte au peuple franais._

A mon retour  Paris, j'ai trouv la division dans toutes les autorits,
et l'accord tabli sur cette seule vrit, que la constitution, tait 
moiti dtruite, et ne pouvait sauver la libert.

Tous les partis sont venus  moi, tous m'ont confi leurs desseins,
dvoil leurs secrets, et ont demand mon appui; j'ai refus d'tre
l'homme d'un parti.

Le Conseil des Anciens m'a appel; j'ai rpondu  son appel. Un plan de
restauration gnrale avait t concert par des hommes en qui la nation
est accoutume  voir des dfenseurs de la libert, de l'galit, de la
proprit: ce plan demandait un examen calme, libre, exempt de toute
influence et de toute crainte. En consquence le Conseil des Anciens a
rsolu la translation du corps-lgislatif  Saint-Cloud; il m'a charg
de la disposition de la force ncessaire  son indpendance. J'ai cru
devoir  mes concitoyens, aux soldats prissant dans nos armes, 
la gloire nationale acquise au prix de leur sang, d'accepter le
commandement.

Les Conseils se rassemblent  Saint-Cloud; les troupes rpublicaines
garantissent la sret au dehors; mais des assassins tablissent la
terreur au dedans; plusieurs dputs du Conseil des Cinq-cents, arms
de stilets et d'armes  feu, font circuler autour d'eux des menaces de
mort.

Les plans qui devaient tre dvelopps sont resserrs, la majorit
dsorganise, les orateurs les plus intrpides dconcerts, et
l'inutilit de toute proposition sage, vidente.

Je porte mon indignation et ma douleur au Conseil des Anciens, je
lui demande d'assurer l'excution de ses gnreux desseins; je lui
reprsente les maux de la patrie qui les lui ont fait concevoir: il
s'unit  moi par de nouveaux tmoignages de sa constante volont.

Je me prsente au Conseil des Cinq-cents, seul, sans armes, la tte
dcouverte, tel que les Anciens m'avaient reu et applaudi; je venais
rappeler  la majorit ses volonts, et l'assurer de son pouvoir.

Les stilets qui menaaient les dputs, sont aussitt levs sur leur
librateur; vingt assassins se prcipitent sur moi et cherchent ma
poitrine: les grenadiers du corps lgislatif, que j'avais laisss  la
porte de la salle, accourent et se mettent entre les assassins et moi.
L'un de ces braves grenadiers (Thom) est frapp d'un coup de stylet,
dont ses habits sont percs. Ils m'enlvent.

Au mme moment les cris de _hors la loi_ se font entendre contre le
dfenseur de _la loi_. C'tait le cri farouche des assassins, contre la
force destine  les rprimer.

Ils se pressent autour du prsident, la menace  la bouche: les armes
 la main, ils lui ordonnent de prononcer le _hors la loi_: l'on
m'avertit; je donne ordre de l'arracher  leur fureur, et six grenadiers
du corps lgislatif s'en emparent. Aussitt aprs des grenadiers du
corps lgislatif entrent au pas de charge dans la salle et la font
vacuer.

Les factieux intimids se dispersent et s'loignent. La majorit
soustraite  leurs coups, rentre librement et paisiblement dans la salle
de ses sances, entend les propositions qui devaient lui tre faites
pour le salut public, dlibre et prpare la rsolution salutaire qui
doit devenir la loi nouvelle et provisoire de la rpublique.

Franais! vous reconnaissez sans doute  cette conduite le zle d'un
soldat de la libert, d'un citoyen dvou  la rpublique. Les ides
conservatrices, tutlaires, librales, sont rentres dans leurs droits
par la dispersion des factieux qui opprimaient les Conseils, et qui,
pour tre devenus les plus odieux des hommes, n'ont pas cess d'tre les
plus mprisables.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral  Paris, le 20 brumaire an 8 (11 novembre 1799).

_A l'arme._

Le gnral Lefebvre conserve le commandement de la dix-septime division
militaire.

Les troupes rentreront dans leurs quartiers respectifs; le service se
fera comme  l'ordinaire.

Le gnral Bonaparte est trs-satisfait de la conduite des troupes de
ligne, des invalides, des gardes nationales sdentaires, qui, dans la
journe d'hier, si heureuse pour la rpublique, se sont montrs les
vrais amis du peuple; il tmoigne sa satisfaction particulire aux
braves grenadiers prs la reprsentation nationale, qui se sont couverts
de gloire en sauvant la vie  leur gnral prt  tomber sous les coups
de reprsentans arms de poignards.

BONAPARTE.




Paris, le 21 brumaire an 8 (12 novembre 1799).

_Au peuple franais._

La constitution de l'an III prissait; elle n'avait su, ni garantir
vos droits, ni se garantir elle-mme. Des atteintes multiplies lui
ravissaient sans retour le respect du peuple; des factions haineuses et
cupides se partageaient la rpublique. La France approchait enfin du
dernier terme d'une dsorganisation gnrale.

Les patriotes se sont entendus. Tout ce qui pouvait vous nuire a t
cart; tout ce qui pouvait vous servir, tout ce qui tait rest pur
dans la reprsentation nationale s'est runi sous les bannires de la
libert.

Franais, la rpublique, raffermie et replace dans l'Europe au rang
qu'elle n'aurait jamais d perdre, verra se raliser toutes les
esprances des citoyens, et accomplira ses glorieuses destines.

Prtez avec nous le serment que nous faisons _d'tre fidles  la
rpublique, une et indivisible, fonde sur l'galit, la libert et le
systme reprsentatif_.

Par les consuls de la rpublique.

ROGER-DUCOS, BONAPARTE, SYEYES.




Paris, le 21 brumaire an 8 (12 novembre 1799).

_Au citoyen Quinette._

Les consuls de la rpublique, citoyen, viennent de nommer le citoyen
Laplace au ministre de l'intrieur. Vous voudrez bien, en consquence,
lui faire la remise du portefeuille. Il a ordre de se rendre de suite, 
cet effet,  la maison de votre ministre.

Les consuls de la rpublique, connaissant les services que vous avez
constamment rendus, et se souvenant que votre dvouement, dans une
circonstance difficile, vous a valu d'honorables souffrances, saisiront
toutes les occasions de faire quelque chose qui puisse vous convenir.

Par les consuls de la rpublique.

ROGER-DUCOS, BONAPARTE, SYEYES.




Paris, le 24 brumaire an 8 (15 novembre 1799).

_A la commission lgislative du conseil des Cinq-cents._

Citoyens reprsentans.

Par un rapport joint au prsent message, le ministre des finances vient
d'exposer aux consuls de la rpublique la ncessit de rapporter la loi
sur l'emprunt forc, et de lui substituer une subvention de guerre,
rgle dans la proportion des vingt-cinq centimes des contributions
foncire, mobilire et somptuaire.

En conformit de l'art. 9 de la loi du 19 de ce mois, les consuls de la
rpublique vous font la proposition formellement ncessaire de statuer
sur cet objet.

Par les consuls de la rpublique.

ROGER-DUCOS, BONAPARTE, SYEYES.




Paris, le 1er frimaire an 8 (22 novembre 1799).

_A la commission lgislative du conseil des Cinq-cents._

Citoyens reprsentans.

L'article 3 de la capitulation conclue entre le gnral Bonaparte et le
grand matre de l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem, lors de la conqute
de l'le de Malte, porte: Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de
Jrusalem, qui sont franais, actuellement  Malte, et dont l'tat sera
arrt par le gnral en chef, pourront rentrer dans leur patrie, et
leur rsidence sera compte comme une rsidence en France.

Cependant une loi du 28 mars 1793 avait assimil les chevaliers de
l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem aux trangers, et dclar qu'on ne
pouvait opposer _comme excuse ou prtexte d'absence la rsidence 
Malte_. La loi du 25 brumaire an 5, confirmant cette disposition, avait
ensuite tabli _que la rsidence en pays conquis et runis, ne comptait
que depuis la conqute_.

L'article 3 de la capitulation a donc chang  cet gard la condition
des chevaliers ns franais, qui se trouvaient  Malte au moment de la
conqute. Ils ont obtenu par une prompte adhsion aux volonts d'une
arme victorieuse, que la rsidence  Malte produist pour eux les mmes
effets que la rsidence en France, sans qu'on pt en induire que ceux
qui ne prouveraient pas qu'ils ont constamment rsid, soit en France,
soit  Malte, depuis l'poque du 9 mai 1792, fixe par les lois pour
la rsidence de tous les Franais, eussent droit au bnfice de la
capitulation; ils se trouvaient au contraire dans le cas o les lois
exigent l'exclusion du territoire de la rpublique.

Les consuls de la rpublique, empresss de signaler leur respect pour
la foi publique, vous adressent, citoyens reprsentans, la proposition
formelle et ncessaire de donner la force lgislative  un acte qui
assura les fruits de la victoire, en pargnant le sang des braves de
l'arme d'Orient.

Par les consuls de la rpublique.

ROGER-DUCOS, BONAPARTE, SYEYES.




Paris, le 4 nivose an 8 (25 dcembre 1799).

_Bonaparte, premier consul de la rpublique, aux Franais._

Rendre la rpublique chre aux citoyens, respectable aux trangers,
formidable aux ennemis, telles sont les obligations que nous avons
contractes en acceptant la premire magistrature.

Elle sera chre aux citoyens, si les lois, si les actes de l'autorit
sont toujours empreints de l'esprit d'ordre, de justice, de modration.

Sans l'ordre, l'administration n'est qu'un chaos; point de finances,
point de crdit public; et avec la fortune de l'tat s'croulent les
fortunes particulires. Sans justice, il n'y a que des partis, des
oppresseurs et des victimes.

La modration imprime un caractre auguste aux gouvernemens comme aux
nations. Elle est toujours la compagne de la force et de la dure des
institutions sociales.

La rpublique sera imposante aux trangers, si elle sait respecter dans
leur indpendance le titre de sa propre indpendance; si ses engagemens
prpars par la sagesse, forms par la franchise, sont gards par la
fidlit.

Elle sera enfin formidable aux ennemis, si ses armes de terre et de
mer sont fortement constitues, si chacun de ses dfenseurs trouve une
famille dans le corps auquel il appartient, et dans cette famille un
hritage de vertus et de gloire; si l'officier form par de longues
tudes, obtient par un avancement rgulier la rcompense due  ses
talens et  ses services.

A ces principes tiennent la stabilit du gouvernement, les succs du
commerce et de l'agriculture, la grandeur et la prosprit des nations.

En les dveloppant, nous avons trac la rgle qui doit nous juger.
Franais, nous vous avons dit nos devoirs; ce sera vous qui nous direz
si nous les avons remplis.

BONAPARTE.




Paris, le 4 nivose an 8 (25 dcembre 1799).

_Aux soldats franais._

Soldats! en promettant la paix au peuple franais, j'ai t votre
organe; je connais votre valeur.

Vous tes les mmes hommes qui conquirent la Hollande, le Rhin,
l'Italie, et donnrent la paix sous les murs de Vienne tonne.

Soldats, ce ne sont plus vos frontires qu'il faut dfendre, ce sont les
tats ennemis qu'il faut envahir.

Il n'est aucun de vous qui n'ait fait plusieurs campagnes, qui ne sache
que la qualit la plus essentielle d'un soldat est de savoir supporter
les privations avec constance. Plusieurs annes d'une mauvaise
administration ne peuvent tre rpares dans un jour.

Premier magistrat de la rpublique, il me sera doux de faire connatre
 la nation entire les corps qui mriteront, par leur valeur et leur
discipline, d'tre proclams les soutiens de la patrie.

Soldats, lorsqu'il en sera temps je serai au milieu de vous, et l'Europe
tonne se souviendra que vous tes de la race des braves.

Le premier consul, BONAPARTE.




Paris, le 4 nivose an 8 (25 dcembre 1799).

_A l'arme d'Italie._

Les circonstances qui me retiennent  la tte du gouvernement
m'empchent de me trouver au milieu de vous.

Vos besoins sont grands: toutes les mesures sont prises pour y pourvoir.

Les premires qualits du soldat sont la constance et la discipline: la
valeur n'est que la seconde.

Soldats, plusieurs corps ont quitt leurs positions; ils ont t sourds
 la voix de leurs officiers: la dix-septime lgre est de ce nombre.

Sont-ils donc tous morts, les braves de Castiglione, de Rivoli, de
Neumarck? Ils eussent pri plutt que de quitter leurs drapeaux, et ils
eussent ramen leurs jeunes camarades  l'honneur et au devoir.

Soldats, des distributions ne vous sont pas rgulirement faites,
dites-vous? Qu'eussiez-vous fait si, comme les quatrime et
vingt-deuxime lgres, les dix-huitime et trente-deuxime de ligne,
vous vous fussiez trouvs au milieu du dsert, sans pain ni eau,
mangeant du cheval et des mulets? _La victoire nous donnera du pain_,
disaient-elles; et vous!... Vous quittez vos drapeaux!

Soldats d'Italie! Un nouveau gnral vous commande[4]; il fut toujours 
l'avant-garde dans les plus beaux jours de votre gloire. Entourez-le de
votre confiance: il ramnera la victoire dans vos rangs. Je me ferai
rendre un compte journalier de la conduite de tous les corps, et
spcialement de la dix-septime et de la soixante-troisime de ligne;
_elles se ressouviendront de la confiance que j'avais en elles._

BONAPARTE.

[Footnote 4: Massna.]




Paris, 4 nivose an 8 (25 dcembre 1799).

_Aux citoyens de Saint-Domingue._

Citoyens,

Une constitution qui n'a pu se soutenir contre des violations
multiplies, est remplace par un nouveau pacte destin  affermir la
libert.

L'art. XCI porte: que les colonies franaises seront rgles par des
lois spciales.

Cette Disposition drive de la nature des choses et de la diffrence des
climats.

Les habitans des colonies franaises situes eu Amrique, en Asie, en
Afrique, ne peuvent tre gouverns par la mme loi.

La diffrence des habitudes, des moeurs, des intrts, la diversit du
sol, des cultures, des productions, exigent des modifications diverses.

Un des premiers actes de la nouvelle lgislation sera la rdaction des
lois destines  vous rgir.

Loin qu'elles soient pour vous un sujet d'alarmes, vous y reconnatrez
la sagesse et la profondeur des vues qui animent les lgislateurs de la
France.

Les consuls de la rpublique, en vous annonant le nouveau pacte social,
vous dclarent que les principes sacrs de la libert et de l'galit
des Noirs n'prouveront jamais, parmi vous, d'atteintes ni de
modification.

S'il est, dans la colonie de Saint-Domingue, des hommes mal
intentionns, s'il en est qui conservent des relations avec les
puissances ennemies, _braves Noirs, souvenez-vous que le peuple franais
seul reconnat votre libert et l'galit de vos droits._

Le premier consul, BONAPARTE.




Paris, le 5 nivose an 8 (26 dcembre 1799).

RPUBLIQUE FRANAISE.--SOUVERAINET DU PEUPLE.--LIBERT.--GALIT.

_Bonaparte, premier consul de la rpublique,  S. M. le roi de la
Grande-Bretagne._

Appel par le voeu de la nation franaise  occuper la premire
magistrature de la rpublique, je crois convenable, en entrant en
charge, d'en faire directement part  V. M.

La guerre qui, depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde,
doit-elle tre ternelle? N'est-il donc aucun moyen de s'entendre?

Comment les deux nations les plus claires de l'Europe, puissantes
et fortes plus que ne l'exigent leur sret et leur indpendance,
peuvent-elles sacrifier  des ides de vaine grandeur le bien du
commerce, la prosprit intrieure, le bonheur des familles? Comment
ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la
premire des gloires?

Ces sentimens ne peuvent pas tre trangers au coeur de V. M. qui
gouverne une nation libre et dans le seul but de la rendre heureuse.

V. M. ne verra dans cette ouverture que mon dsir sincre de contribuer
efficacement, pour la deuxime fois,  la pacification gnrale, par
une dmarche prompte, toute de confiance, et dgage de ces formes qui,
ncessaires peut-tre pour dguiser la dpendance des tats faibles, ne
dclent dans les tats forts que le dsir mutuel de se tromper.

La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent long-temps
encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'puisement;
mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilises est
attach  la fin d'une guerre qui embrase le monde entier.

BONAPARTE.




Paris, le 5 nivose an 8 (26 dcembre 1799).

_Au gnral de division Saint-Cyr._

Le ministre de la guerre m'a rendu compte, citoyen gnral, de
la victoire que vous avez remporte sur l'aile gauche de l'arme
autrichienne.

Recevez comme tmoignage de ma satisfaction, un beau sabre que vous
porterez les jours de combat.

Faites connatre aux soldats qui sont sous vos ordres que je suis
content d'eux et que j'espre l'tre davantage encore.

Le ministre de la guerre vous expdie le brevet de premier lieutenant de
l'arme.

Comptez sur mon estime et mon amiti.

BONAPARTE.




Paris, le 6 nivose an 8 (27 dcembre 1799).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Les consuls de la rpublique s'empressent de vous faire connatre que
le gouvernement est install. Ils emploieront dans toutes les
circonstances, tous leurs moyens pour dtruire l'esprit de faction,
crer l'esprit public et consolider la constitution qui est l'objet des
esprances du peuple franais. Le snat conservateur sera anim du mme
esprit, et par sa runion avec les consuls, seront djous les mal
intentionns, s'il pouvait en exister dans les premiers corps de l'tat.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 7 nivose an 8 (28 dcembre 1799).

_Au gnral Augereau, commandant en chef l'arme franaise en Batavie._

Je vous ai nomm, citoyen gnral, au poste important de commandant en
chef l'arme franaise en Batavie.

Montrez, dans tous les actes que votre commandement vous donnera lieu de
faire, que vous tes au-dessus de ces misrables divisions de tribunes,
dont le contre-coup a t malheureusement, depuis dix ans, la cause de
tous les dchiremens de la France.

La gloire de la rpublique est le fruit du sang de nos camarades; nous
n'appartenons  aucune autre cotterie qu' celle de la nation entire.

Si les circonstances m'obligent  faire la guerre par moi-mme, comptez
que je ne vous laisserai pas en Hollande, et que je n'oublierai jamais
la belle journe de Castiglione[5]. Je vous salue.

BONAPARTE.

[Footnote 5: Cette dernire phrase justifie pleinement Bonaparte du
reproches qu'on lui a fait si souvent d'avoir oublie la part glorieuse
qu'Augereau avait prise  la victoire de Castiglione.]




Paris, le 8 nivose an 8 (29 dcembre 1799).

_Aux habitans des dpartemens de l'Ouest._

PROCLAMATION.

Une guerre impie menace d'embraser une seconde fois les dpartemens de
l'Ouest. Le devoir des premiers magistrats de la rpublique est d'en
arrter les progrs et de l'teindre dans son foyer; mais ils ne veulent
dployer la force qu'aprs avoir puis les voies de la persuasion et de
la justice.

Les artisans de ces troubles sont des tratres vendus  l'Anglais, et
instrumens de ses fureurs, ou des brigands qui ne cherchent dans les
discordes civiles que l'aliment et l'impunit de leurs forfaits.

A de tels hommes le gouvernement ne doit ni mnagement, ni dclaration
de ses principes.

Mais il est des citoyens chers  la patrie qui ont t sduits par leurs
artifices; c'est  ces citoyens que sont dues les lumires et la vrit.

Des lois injustes ont t promulgues et excutes; des actes
arbitraires ont alarm la scurit des citoyens et la libert des
consciences; partout des inscriptions hasardes sur des listes
d'migrs, ont frapp des citoyens qui n'avaient jamais abandonn ni
leur patrie, ni mme leurs foyers; enfin de grands principes d'ordre
social ont t viols. C'est pour rparer ces injustices et ces erreurs
qu'un gouvernement, fond sur les bases sacres de la libert, de
l'galit, du systme reprsentatif, a t proclam et reconnu par la
nation. La volont constante, comme l'intrt et la gloire des premiers
magistrats qu'elle s'est donns, sera de fermer toutes les plaies de la
France, et dj cette volont est garantie par des actes qui sont
mans d'eux. Ainsi la loi dsastreuse de l'emprunt forc, la loi, plus
dsastreuse, des tages, ont t rvoques; des individus dports sans
jugement pralable, sont rendus  leur patrie et  leur famille. Chaque
jour est et sera marqu par des actes de justice, et le conseil d'tat
travaille sans relche  prparer la rformation des mauvaises lois, et
une combinaison plus heureuse des contributions publiques.

Les consuls dclarent encore que la libert des cultes est garantie par
la constitution; qu'aucun magistrat ne peut y porter atteinte; qu'aucun
homme ne peut dire  un autre: _Tu exerceras un tel culte, tu ne
l'exerceras qu'un tel jour._

La loi du 11 prairial an 3 qui laisse aux citoyens l'usage des difices
destines au culte religieux, sera excute. Tous les dpartemens doivent
tre galement soumis  l'empire des lois gnrales; mais les premiers
magistrats accorderont toujours et des soins et un intrt plus marqu 
l'agriculture, aux fabriques et au commerce, dans ceux qui ont prouv
de plus grandes calamits.

Le gouvernement pardonnera: il fera grce au repentir; l'indulgence sera
entire et absolue; mais il frappera quiconque, aprs cette dclaration,
oserait encore rsister  la souverainet nationale.

Franais habitans des dpartemens de l'Ouest, ralliez-vous autour d'une
constitution qui donne aux magistrats qu'elle a crs la force, comme
le devoir de protger les citoyens, qui les garantit galement et de
l'instabilit et de l'intemprance des lois.

Que ceux qui veulent le bonheur de la France, se sparent des hommes
qui persisteraient  vouloir les garer pour les livrer au fer de la
tyrannie, ou  la domination de l'tranger.

Que les bons habitans des campagnes rentrent dans leurs foyers et
reprennent leurs utiles travaux; qu'ils se dfendent des insinuations de
ceux qui voudraient les ramener  la servitude fodale.

Si malgr toutes les mesures que vient de prendre le gouvernement, il
tait encore des hommes qui osassent provoquer la guerre civile, il ne
resterait aux premiers magistrats qu'un devoir triste, mais ncessaire a
remplir, celui de les subjuguer par la force.

Mais non: tous ne connatront plus qu'un seul sentiment, l'amour de la
patrie. Les ministres d'un Dieu de paix seront les premiers moteurs
de la rconciliation et de la concorde; qu'ils parlent aux coeurs le
langage qu'ils apprirent  l'cole de leur matre; qu'ils aillent dans
ces temples qui se rouvrent pour eux, offrir, avec leurs concitoyens, le
sacrifice qui expiera les crimes de la guerre et le sang qu'elle a fait
verser.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.




Paris, le 9 nivose an 8 (30 dcembre 1799).

_Aux Bourgmestre et snat de la ville libre et impriale de Hambourg._

Nous avons reu votre lettre, messieurs; elle ne vous justifie pas.[6]

Le courage et les vertus conservent les tats; la lchet et les vices
les ruinent.

Vous avez viol l'hospitalit. Cela ne ft pas arriv parmi les hordes
les plus barbares du dsert. Vos concitoyens vous le reprocheront
ternellement.

Les deux infortuns que vous avez livrs, meurent illustres: mais leur
sang fera plus de mal  leurs perscuteurs, que n'aurait pu je faire une
arme.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 6: Le gouverpement de Hambourg avait livr  celui
d'Angleterre deux individus, malgr leur titre de Franais.]




Paris, le 15 nivose an 8 (5 janvier 1800).

_A l'arme de l'Ouest._

PROCLAMATION.

Soldats!

Le gouvernement a pris les mesures pour clairer les habitans gars des
dpartemens de l'Ouest; avant de prononcer, il les a entendus. Il a fait
droit  leurs griefs, parce qu'ils taient raisonnables. La masse des
bons habitans a pos les armes. Il ne reste plus que des brigands, des
migrs, des stipendis de l'Angleterre.

Des Franais stipendis de l'Angleterre! ce ne peut tre que des hommes
sans aveu, sans coeur et sans honneur. Marchez contre eux; vous ne serez
pas appels  dployer une grande valeur.

L'arme est compose de plus de soixante mille braves: que j'apprenne
bientt que les chefs des rebelles ont vcu. Que Les gnraux donnent
l'exemple de l'activit! La gloire ne s'acquiert que par les fatigues,
et si l'on pouvait l'acqurir en tenant son quartier-gnral dans les
grandes villes, ou en restant dans de bonnes casernes, qui n'en aurait
pas?

Soldats, quel que soit le rang que vous occupiez dans l'arme, la
reconnaissance de la nation vous attend. Pour en tre dignes, il faut
braver l'intemprie des saisons, les glaces, les neiges, le froid
excessif des nuits, surprendre vos ennemis  la pointe du jour, et
exterminer ces misrables, le dshonneur du nom franais.

_Faites une campagne courte et bonne_. Soyez inexorables pour les
brigands; mais observez une discipline svre.

BONAPARTE.




Paris, le 21 nivose an 8 (11 janvier 1800).

_Aux habitans des dpartemens de l'Ouest._

Tout ce que la raison a pu conseiller, le gouvernement l'a fait pour
ramener le calme et la paix au sein de vos foyers; aprs de longs
dlais, un nouveau dlai a t donn pour le repentir. Un grand nombre
de citoyens a reconnu ses erreurs et s'est ralli au gouvernement qui,
sans haine et sans vengeance, sans crainte et sans soupon, protge
galement tous les citoyens, et punit ceux qui eu mconnaissent les
devoirs.

Il ne peut plus rester arms contre la France que des hommes sans foi
comme sans patrie, des perfides, instruments d'un ennemi tranger,
ou des brigands noircis de crimes, que l'indulgence mme ne saurait
pardonner.

La sret de l'tat et la scurit des citoyens veulent que de pareils
hommes prissent par le fer, et tombent sous le glaive de la force
nationale; une plus longue patience ferait le triomphe des ennemis de la
rpublique.

Des forces redoutables n'attendent que le signal pour disperser et
dtruire ces brigands, que le signal soit donn.

Gardes nationales, joignez les efforts de vos bras  celui des troupes
de ligne. Si vous connaissez parmi vous des hommes partisans des
brigands, arrtez-les; que nulle part ils ne trouvent d'asile contre le
soldat qui va les poursuivre; et s'il tait des tratres qui osassent
les recevoir et les dfendre, qu'ils prissent avec eux!

Habitans de l'Ouest, de ce dernier effort dpend la tranquillit de
votre pays, la scurit de vos familles, la sret de vos proprits;
d'un mme coup vous terrasserez et les sclrats qui vous dpouillent,
et l'ennemi qui achte et paie leurs forfaits.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 25 nivose an 8 (15 janvier 1800).

_Au brave Lon Aune, sergent des grenadiers de la trente-deuxime
demi-brigade[7]_.

J'ai reu votre lettre, mon brave camarade; vous n'aviez pas besoin de
me parler de vos actions: je les connais toutes.

Vous tes le plus brave grenadier de l'arme, depuis la mort de
Benezette. Vous avez eu un des cent sabres que j'ai distribus 
l'arme. Tous les soldats taient d'accord que c'tait vous qui le
mritiez davantage.

Je dsire beaucoup vous voir. Le ministre de la guerre vous envoie
l'ordre de venir  Paris.

BONAPARTE.

[Footnote 7: Cette pice est la rponse a une lettre que nous
rapporterons  cause de son originalit, et parce qu'elle fait connatre
l'un des plus dignes enfant de nos armes victorieuses.

_Lon Aune, sergent des grenadiers de la trente-deuxime demi-brigade,
au citoyen Bonaparte, premier consul._

Toulon, le 16 frimaire an 8

Citoyen consul,

Votre arrive sur le territoire de la rpublique a consol toutes les
ames pures, principalement la mienne, n'ayant plus d'espoir qu'en vous.
Je viens a vous comme  mon Dieu tutlaire, vous priant de donner une
place dans votre bon souvenir  Lon, que vous avez tant de fois combl
d'honneur au champ de bataille.

N'ayant pu m'embarquer pour l'Egypte, y cueillir de nouveaux lauriers
sous votre commandement, je me trouve au dpt de votre demi-brigade
en qualit de sergent. Ayant appris par mes camarades que vous aviez
souvent parl de moi en Egypte, je vous prie de ne pas m'abandonner, en
me faisant connatre que vous vous souvenez de moi. Il est inutile de
vous rappeler les affaires o je me suis montr comme un rpublicain, et
mrit l'estime de mes suprieurs; nanmoins,  l'affaire de Montenotte
j'ai sauv la vie au gnral Rampon et au chef de brigade Masse, comme
ils vous l'ont certifi eux-mmes;  l'affaire de Dego, j'ai pris un
drapeau  l'ingnieur en chef de l'arme ennemie;  l'affaire de Lodi,
j'ai t le Premier  monter  l'assaut et j'ai ouvert les portes  nos
frres d'armes;  l'affaire de Borghetto, j'ai pass le premier sur
des pontons, le pont tant rompu, j'ai fondu sur l'ennemi, et pris le
commandant de ce poste; a l'hpital, tant fait prisonnier, j'ai tu le
commandant ennemi, et par cet acte de bravoure, quatre cents hommes,
prisonniers comme moi, ont t rejoindre leurs corps respectifs. En
outre, j'ai cinq blessures sur le corps; j'ose tout esprer de vous, et
suis bien persuad que vous aurez toujours gard aux braves qui ont si
bien servi leur patrie.

Salut et respect.

LON AUNE.]




Paris, le 27 nivose an 8 (17 janvier 1800).

_Au gnral Lefebvre, commandant la dix-septime division militaire._

Je reois, citoyen gnral, le rapport que vous me faites sur les
vnemens qui viennent de se passer dans le dpartement de l'Orne[8].
Faites connatre au gnral Merle et au commissaire du gouvernement
Marceau, que j'attends, pour leur donner une marque publique de la
satisfaction que j'prouve de leur conduite, que tous les rebelles
qui sont encore dans le dpartement de l'Orne, aient vcu. Le
brigadier-fourrier du neuvime rgiment, Bache, sera promu au grade de
sous-lieutenant.

BONAPARTE.

[Footnote 8: C'tait l'annonce d'une victoire remporte par le gnral
de brigade Merle sur les chouans du dpartement de l'Orne, organis en
_lgion royale du Perche.]




Paris, le 28 nivose an 8 (18 janvier 1800).

_Au citoyen Lvque, commissaire du gouvernement prs l'administration
centrale du Calvados._

Les consuls de la rpublique, citoyen, ne peuvent qu'approuver
l'intention que vous manifestez de rester au poste o vous vous trouvez
dans des circonstances difficiles. Ils apprcient les sentimens qui
vous dterminent et comptent que vous dploierez tout votre zle pour
maintenir dans le dpartement du Calvados la tranquillit qui y rgne
encore.

Ils ne doutent pas que si elle venait  tre trouble, les rebelles
n'prouvassent, par l'effet de vos soins, la mme rsistance qui vient,
dans le dpartement de l'Orne, d'tre couronne d'un succs complet.

Le gnral Gardanne, qui commande la division, brle de dtruire les
rebelles; secondez-le de tous vos moyens.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.




Paris, le 9 pluviose an 8 (29 janvier 18oo).

_Au gnral Lefebvre._

Le gnral Brune, citoyen gnral, a fait filer sur Vannes, toutes les
troupes qui se trouvaient dans les dpartemens de la Sarthe, de la
Mayenne et de l'Orne; j'imagine qu'il aura galement appel  lui le
gnral Gardanne.

Ainsi les vingt-deuxime et quatorzime divisions militaires se trouvent
presque dgarnies de troupes.

Mon intention est que le gnral Chambarlhac, quels que soient les
ordres qu'il pourrait recevoir du gnral Brune, reste constamment
dans le dpartement de l'Orne, en vous faisant cependant part, par un
courrier extraordinaire, de tous les ordres qu'il recevrait.

Si en consquence des ordres du gnral Brune, le gnral Guidal est
parti pour Vannes, le gnral Chambarlhac prendra le commandement du
dpartement de l'Orne. Il se mettra en correspondance avec les gnraux
qui seraient rests dans la Sarthe et la Mayenne. M. Bourmont qui
commande les chouans dans ce dpartement, a accd  la pacification. Il
n'en est pas moins ncessaire que le gnral Chambarlhac pousse vivement
tous les rassemblemens qui existeraient encore, soit dans le dpartement
de l'Orne, soit dans la Sarthe ou la Mayenne. Il aura  cet effet
de bonnes colonnes, commandes par le gnral Merle et le gnral
Champeaux.

Vous ferez partir demain le deuxime bataillon de la quarante-troisime
et le deuxime bataillon de la soixante-seizime; trois pices
d'artillerie lgre, et le cinquime de dragons.

Cette colonne sera commande parle chef de brigade de la
quarante-troisime. Cette colonne se rendra  Verneuil o elle restera
en rserve. Vous en prviendrez le gnral Chambarlhac, qui n'en
disposera qu'en cas d'un besoin minent. Le commandant de cette colonne
vous prviendra, par des courriers extraordinaires, de tout ce qui
sera  sa connaissance, soit du ct d'Evreux, soit du ct de
Nogent-le-Rpublicain.

S'il se prsente des rassemblemens de chouans, il les poursuivra.
Vous lui ferez connatre que sa principale mission est de rester en
observation, et d'tre a votre disposition, selon les circonstances et
les nouvelles ultrieures que je recevrai.

BONAPARTE.




Paris, le 18 pluviose an 8 (7 fvrier 1800).

_Ordre du jour pour la garde des consuls et pour toutes les troupes de
la rpublique._

Washington est mort. Ce grand homme s'est battu contre la tyrannie; il
a consolid la libert de sa patrie; sa mmoire sera toujours chre au
peuple franais, comme  tous les hommes libres des deux mondes,
et spcialement aux soldats franais qui, comme lui et les soldats
amricains, se battent pour l'galit et la libert.

En consquence, le premier consul ordonne que, pendant dix jours, des
crpes noirs seront suspendus  tous les drapeaux et guidons des troupes
de la rpublique.

BONAPARTE.




Paris, le 18 pluviose an 8 (7 fvrier 1800).

PROCLAMATION.

Les consuls de la rpublique, en conformit de l'art.5 de la loi du 23
frimaire, qui rgle la manire dont la constitution sera prsente au
peuple franais; aprs avoir entendu le rapport des ministres de la
justice, de l'intrieur, de la guerre et de la marine;

Proclament le rsultat des votes mis par les citoyens franais sur
l'acte constitutionnel.

Sur trois millions douze mille cinq cent soixante-neuf votans, 1562
ont rejet; trois millions onze mille sept cents ont accept la
constitution.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 14 ventose an 8 (5 mars 1800).

MESSAGE AU SNAT CONSERVATEUR.

_Bonaparte, premier consul, au snat conservateur._

Le premier consul pensant que les places au snat doivent tre occupes
par des citoyens qui ont rendu des services essentiels  la rpublique,
ou qui se distinguent par des talens suprieurs, vous propose, en
conformit de l'art. 16 de la constitution, pour candidat  la place
vacante de snateur, le citoyen Daron, l'officier le plus estim
du corps du gnie, l'un des-corps militaires les plus considrs de
l'Europe.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 17 ventose an 8 (8 mars 1800).

_Les consuls de la rpublique aux Franais._

PROCLAMATION.

Franais!

Vous dsirez la paix; votre gouvernement la dsire avec plus d'ardeur
encore. Ses premiers voeux, ses dmarches constantes ont t pour elle.
Le ministre anglais la repousse; le ministre anglais a trahi le secret
de son horrible politique. Dchirer la France, dtruire sa marine et
ses ports, l'effacer du tableau de l'Europe, ou l'abaisser au rang des
puissances secondaires, tenir toutes les nations du continent divises,
pour s'emparer du commerce de toutes et s'enrichir de leurs dpouilles;
c'est pour obtenir ces affreux succs que l'Angleterre rpand l'or,
prodigue les promesses et multiplie les intrigues.

Mais ni l'or, ni les promesses, ni les intrigues de l'Angleterre
n'encbaneront  ses vues les puissances du continent. Elles ont entendu
le voeu de la France; elles connaissent la modration des principes qui
la dirigent; elles couteront la voix de l'humanit et la voix puissante
de leur intrt.

S'il en tait autrement, le gouvernement, qui n'a pas craint d'offrir et
de solliciter la paix, se souviendra que c'est  vous de la commander.
Pour la commander, il faut de l'argent, du fer et des soldats.

Que tous s'empressent de payer le tribut qu'ils doivent  la dfense
commune; que les jeunes citoyens marchent; ce n'est plus pour des
factions; ce n'est plus pour le choix des tyrans qu'ils vont s'armer:
c'est pour la garantie de ce qu'ils ont de plus cher; c'est pour
l'honneur de la France; c'est pour les intrts sacrs de l'humanit et
de la libert. Dj les armes ont repris cette attitude, prsage de la
victoire;  leur aspect,  l'aspect de la nation entire, runie dans
les mmes intrts et dans les mmes voeux, n'en doutez point, Franais,
vous n'aurez plus d'ennemis sur le continent. Que si quelque puissance
encore veut tenter le sort des combats, le premier consul a promis la
paix; il ira la conqurir  la tte de ces guerriers qu'il a plus d'une
fois conduits  la victoire. Avec eux il saura retrouver ces champs
encore pleins du souvenir de leurs exploits; mais au milieu des
batailles, il invoquera la paix, et il jure de ne combattre que pour le
bonheur de la France et le repos du monde.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 17 ventose an 8 (8 mars 1800).

_Aux prfets de dpartement._

Le voeu et l'espoir du gouvernement, citoyens, taient que votre entre
dans l'administration ft marque par la paix. Ses dmarches pour
l'obtenir sont connues de l'Europe; il l'a voulue avec franchise, et il
la voudra toujours quand elle sera digne de la nation.

Et en effet, aprs des succs qu'avouent ses ennemis, quelle autre
ambition peut rester au premier consul, que celle de rendre  la France
son ancienne prosprit, d'y ramener les arts et les vertus de la paix,
de gurir les blessures qu'a faites une rvolution trop prolonge, et
d'arracher enfin l'humanit toute entire au flau qui la dvore depuis
tant d'annes?

Tels taient ses sentimens et ses voeux lorsqu'il signait la paix a
Campo-Formio; ils n'ont pu que s'accrotre et se fortifier depuis qu'une
confiance honorable l'a port  la premire magistrature, et lui a
impos le devoir plus troit de travailler au bonheur des Franais.

Cependant ses dsirs ne sont pas accomplis. L'Angleterre respire encore
la guerre et l'humiliation de la France. Les autres puissances, pour se
dterminer, attendent quelle sera notre attitude, et quelles seront nos
ressources.

Si nous sommes toujours cette nation qui a tonn l'Europe de son audace
et de ses succs: si une juste confiance ranime nos forces et nos
moyens, nous n'aurons qu' nous montrer, et le continent aura la paix.
C'est l ce qu'il faut faire sentir aux Franais; c'est  un gnreux
et dernier effort qu'il faut appeler tous ceux qui ont une patrie et
l'honneur national  dfendre. Dployez, pour ranimer ce feu sacr, tout
ce que vous avez d'nergie, tout ce que votre rputation et vos talens
doivent vous donner de pouvoirs et d'influence sur les esprits et sur
les coeurs. Portez dans les familles cette juste confiance, que le
gouvernement ne veut que le bonheur public: que les sacrifices qu'il
demande seront les derniers sacrifices et la source de la prosprit
commune. Rveillez dans les jeunes citoyens cet enthousiasme qui a
toujours caractris les Franais; qu'ils entendent la voix de l'honneur
et la voix plus puissante de la patrie; qu'ils se remontrent ce qu'ils
taient aux premiers jours de la rvolution, ce qu'ils n'ont pu cesser
d'tre que quand ils ont cru qu'ils avaient  combattre pour des
factions; qu' votre voix paternelle tout s'branle. Ce ne sont plus les
accens de la terreur qu'il faut faire entendre aux Franais. Ils aiment
l'honneur, ils aiment la patrie; ils aimeront un gouvernement qui ne
veut exister que pour l'un et pour l'autre. Vous trouverez dans la
proclamation ci-jointe[9] et dans l'arrt qui l'accompagne, tout ce que
les consuls attendent de votre zle et du courage des Franais.

BONAPARTE.

[Footnote 9: C'est celle qui prcde.]




Paris, 18 ventose an 8 (9 mars 1800).

_Rponse du premier consul  une dputation du tribunat._

Les consuls de la rpublique reconnaissent dans ce que vous venez de
leur dire, le bon esprit qui a anim le tribuuat pendant toute la
session.

Toute esprance de paix continentale n'est pas encore entirement
vanouie, et s'il est hors du pouvoir de la rpublique de raliser
promptement le dernier des voeux que vous venez de manifester au nom du
tribunat, l'union et l'lan de tous les Franais leur est un sr garant
que le premier sera rempli.

BONAPARTE.




Paris, 24 ventose an 8 (15 mars 1800).

_Aux magistrats de la ville de Francfort._

J'ai reu votre lettre du 5 ventose.

De tous les flaux qui peuvent affliger les peuples, la guerre est un
des plus terribles.

Votre intressante ville, entoure de diffrentes armes, ne doit
esprer la fin de ses maux que dans le rtablissement de la paix.

L'Europe entire connat le dsir du peuple franais pour terminer une
guerre qui n'a dj que trop dur.

Rien ne m'a cot pour seconder son dsir; et si la paix n'avait pas
lieu, c'est que des obstacles insurmontables s'y seraient opposs; alors
la cause du peuple franais sera celle de toutes les nations, puisque la
guerre pse sur toutes.

Si le peuple franais est assez fort pour suffire  sa cause, il ne
lui est pas moins important que l'Europe en connaisse la justice et
s'intresse au succs de ses armes.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, 29 ventose an 8 (20 mars 1800).

_Aux jeunes Franais._

Le premier consul reoit beaucoup de lettres de jeunes citoyens
empresss de lui tmoigner leur attachement  la rpublique et le dsir
qu'ils ont de s'associer aux efforts qu'il va faire pour conqurir la
paix. Touch de leur dvouement, il en reoit l'assurance avec un vif
intrt; la gloire les attend  Dijon. C'est lorsqu'il les verra runis
sous les drapeaux de l'arme de rserve, qu'il se propose de les
remercier et d'applaudir  leur zle.

BONAPARTE.




Paris, le 12 germinal an 8 (2 avril 1800).

_Au gnral Berthier, ministre de la guerre._

Les talens militaires dont vous avez donn tant de preuves, citoyen
gnral, et la confiance du gouvernement vous appellent au commandement
d'une arme[10]. Vous avez pendant l'hiver rorganis le ministre de la
guerre; vous avez pourvu, autant que les circonstances l'ont permis, aux
besoins de nos armes; il vous reste  conduire pendant le printemps et
l't, nos soldats  la victoire, moyen efficace d'arriver  la paix et
de consolider la rpublique.

Recevez, je vous prie, citoyen gnral, les tmoignages de satisfaction
du gouvernement sur votre conduite au ministre.

BONAPARTE.

[Footnote 10: Celui de l'arme de rserve, auquel il tait nomme par un
arrt transmis avec la lettre.]




Paris, le 16 germinal an 8 (6 avril 1800).

AU NOM DU PEUPLE FRANAIS.

_Brevet d'honneur pour le citoyen Marin, sergent de la
quatre-vingt-dixime demi-brigade[11]._

Bonaparte, premier consul de la rpublique, d'aprs le compte qui lui
a t rendu de la conduite distingue du citoyen Marin, sergent  la
quatre-vingt-dixime demi-brigade, lorsque l'hpital d'Anvers manquant
de fonds et ne pouvant se procurer les objets ncessaires, il donna sa
bourse, fruit de ses conomies, pour tre employe au soulagement de ses
compagnons d'armes, blesss comme lui en Hollande, pendant la campagne
de l'an 8, lui dcerne,  titre de rcompense nationale, un fusil
d'honneur.

Il jouira des prrogatives attaches  ladite rcompense par l'arrt du
4 nivose an 8.

BONAPARTE.

[Footnote 11: Les brevets d'honneur ont prcd immdiatement
l'institution plus gnreuse de la lgion d'honneur. Nous en insrons un
ici pour donner un modle de leur accord.]




Paris, le 1er floral an 8 (21 avril 1800).

_Aux habitant des dpartement mis hors la constitution par la loi du 24
nivose an 8._

PROCLAMATION.

Citoyens, ce fut  regret que les consuls de la rpublique se virent
forcs d'invoquer et d'excuter une loi que les circonstances avaient
rendue ncessaire. Ces circonstances ne sont plus; les agens de
l'tranger ont fui de votre territoire; ceux qu'ils garrent ont abjur
leurs erreurs; le gouvernement ne voit plus dsormais parmi vous que des
Franais soumis aux mmes lois, lis par de communs intrts, unis par
les mmes sentimens.

Si pour oprer ce retour, il fut oblig de dployer un grand pouvoir,
il en confia l'excution au gnral en chef Brune, qui sut unir  des
rigueurs ncessaires, cette bienveillance fraternelle qui, dans les
discordes civiles, ne cherche que des innocens, et ne trouve que des
hommes dignes d'excuse ou de piti.

La constitution reprend son empire. Vous vivrez dsormais sous des
magistrats qui, presque tous, sont connus de vous par des talens et
des vertus; qui, trangers aux divisions intestines, n'ont ni haine ni
vengeance  exercer. Confiez-vous  leurs soins; ils rappelleront parmi
vous l'harmonie; ils vous feront jouir du bienfait de la libert.

Oubliez tous les vnemens que le caractre franais dsavoue; tous ceux
qui ont dmenti votre respect pour les lois, votre fidlit  la
patrie; qu'il ne reste de vos divisions et de vos malheurs qu'une haine
implacable contre l'ennemi tranger qui les a enfants et nourris;
qu'une douce confiance vous attache  ceux qui, chargs de vos
destines, ne mettent d'autre prix  leurs travaux que votre estime, qui
ne veulent de gloire que celle d'avoir arrach la France aux discordes
domestiques, et d'autre rcompense que l'espoir de vivre dans votre
souvenir.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral de Martigni, le 28 floral an 8 (18 mai 1800).

_Au ministre de l'intrieur._

Citoyen ministre,

Je suis au pied des grandes Alpes, au milieu du Valais.

Le grand Saint-Bernard a offert bien des obstacles qui ont t surmonts
avec ce courage hroque qui distingue les troupes franaises dans
toutes les circonstances. Le tiers de l'artillerie est dj en Italie;
l'arme descend  force; Berthier est en Pimont; dans trois jours tout
sera pass.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral de Milan, le 17 prairial an 8 (6 juin 1800).

_A l'arme de rserve._

PROCLAMATION. Soldats!

Un de nos dpartemens tait au pouvoir de l'ennemi; la consternation
tait dans tout le midi de la France.

La plus grande partie du territoire du peuple ligurien, le plus fidle
ami de la rpublique, tait envahi.

La rpublique cisalpine, anantie ds la campagne passe, tait devenue
le jouet du grotesque rgime fodal.

Soldats! Vous marchez... et dj le territoire franais est dlivr! la
joie et l'esprance succdent dans notre patrie  la consternation et 
la crainte.

Vous rendrez la libert et l'indpendance au peuple de Gnes. Il sera
pour toujours dlivr de ses ternels ennemis.

Vous tes dans la capitale de la Cisalpine!

L'ennemi pouvant n'aspire plus qu' regagner ses frontires. Vous lui
avez enlev ses hpitaux, ses magasins, ses parcs de rserve.

Le premier acte de la campagne est termin.

Des millions d'hommes, vous l'entendez tous les jours, vous adressent
des actes de reconnaissance.

Mais aura-t-on donc impunment viol le territoire franais?
Laisserez-vous retourner dans ses foyers l'arme qui a port l'alarme
dans vos familles? Vous courez aux armes!...

Eh bien marchez  sa poursuite, opposez-vous  sa retraite; arrachez-lui
les lauriers dont elle s'est pare, et par-l apprenez au monde que la
maldiction est sur les insenss qui osent insulter le territoire du
grand peuple.

Le rsultat de tous nos efforts sera _gloire sans nuage et paix solide.

Le premier, consul_, BONAPARTE.




Au quartier-gnral de Milan, le 20 prairial an 8 (9 juin 1800).

_Aux deux consuls rests  Paris._

Vous aurez vu, citoyens consuls, par les lettres de M. de Melas, qui
taient jointes a ma prcdente lettre, que le mme jour que l'ordre de
lever le blocus de Gnes arrivait au gnral Ott, le gnral Massna,
forc par le manque absolu de vivres, a demand  capituler. Il parat
que le gnral Massna a dix mille combattans; le gnral Suchet en a 
peu prs autant; si ces deux corps se sont, comme je le pense, runis
entre Oneille et Savonne, ils pourront entrer rapidement en Pimont par
le Tanaro, et tre fort utiles, dans le temps que l'ennemi serait oblig
de laisser quelques troupes dans Gnes.

La plus grande partie de l'arme est dans ce moment  Stradella. Nous
avons un pont  Plaisance, et plusieurs trailles vis--vis Pavie. Orsi,
Novi, Brescia et Crmone sont  nous.

Vous trouverez ci-joints plusieurs bulletins et diffrentes lettres
interceptes, qu'il vous paratra utile de rendre publiques.

Je vous salue.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral de Broni, le 2l prairial an 8 (10 juin 1800).

_Au citoyen Petiet, conseiller-d'tat._

Nous avons eu hier une affaire fort brillante. Sans exagration,
l'ennemi a eu quinze cents hommes tus, deux fois autant de blesss;
nous avons fait quatre mille prisonniers et pris cinq pices de canon.
C'est le corps du lieutenant-gnral Ott, qui est venu de Gnes 
marches forces; il voulait rouvrir la communication avec Plaisance.

Comme je n'ai pas le temps d'expdier un courrier  Paris, je vous prie
de donner ces nouvelles aux consuls par un courrier extraordinaire.

L'arme continue sa marche sur Tortone et Alexandrie.

La division de l'arme du Rhin est arrive en entier; il y en a dj une
partie au-del du P.

BONAPARTE.




Au quartier-gnral de Torre de Garofola, le 27 prairial an 7 (16 juin
1800).

_Aux consuls de la rpublique._

Le lendemain de la bataille de Marengo, citoyens consuls, le gnral
Mlas a fait demander aux avant-postes qu'il lui ft permis de m'envoyer
le gnral Sckal. On a arrt, dans la journe, la convention dont vous
trouverez ci joint la copie[12]. Elle a t signe dans la nuit, par le
gnral Berthier et le gnral Mlas. J'espre que le peuple franais
sera content de son arme.

BONAPARTE.

[Footnote 12: C'est la fameuse capitulation du gnral Mlas 
Alexandrie.]




Lyon, le 10 messidor an 8 (29 juin 1800).

_Aux consuls de la rpublique._

J'arrive  Lyon, citoyens consuls; je m'y arrte pour poser la premire
pierre des faades de la place Bellecourt, que l'on va rtablir. Cette
seule circonstance pouvait retarder mon arrive  Paris; mais je n'ai
pas tenu  l'ambition d'acclrer le rtablissement de cette place que
j'ai vue si belle et qui est aujourd'hui si hideuse. On me fait esprer
que dans deux ans elle sera entirement acheve. J'espre qu'avant cette
poque, le commerce de cette ville, dont s'enorgueillissait l'Europe
entire, aura repris sa premire prosprit. Je vous salue.

BONAPARTE.




Paris, le 25 messidor an 8 (14 juillet 1800).

_Rponse de Bonaparte aux officiers chargs de prsenter au gouvernement
les drapeaux conquis par les deux armes du Rhin et d'Italie._

Les drapeaux prsents au gouvernement devant le peuple de cette immense
capitale[13] attestent le gnie des gnraux en chef Moreau, Massna et
Berthier, les talens militaires des gnraux leurs lieutenans, et la
bravoure du soldat franais.

De retour dans les camps, dites aux soldats que pour l'poque du 1er
vendmiaire, o nous clbrerons l'anniversaire de la rpublique, le
peuple franais attend, ou la publication de la paix, ou, si l'ennemi
y mettait des obstacles invincibles, de nouveaux drapeaux, fruits de
nouvelles victoires.

BONAPARTE.

[Footnote 13: Celle prsentation avait lieu au Champ-de-Mars, au milieu
d'une fte pompeuse qui attirait tout Paris.]




Paris, le 29 messidor an 8 (18 juillet 1800).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Depuis deux ans la garnison de Malte rsiste aux plus grandes
privations. En prtant serment au pacte social, les soldats de la
garnison de Malte ont jur de tenir jusqu' la dernire once de pain,
et de s'ensevelir sous les ruines de cette inexpugnable forteresse. Le
premier consul croit ne pouvoir donner une plus grande preuve de la
satisfaction du peuple franais et de l'intrt qu'il prend aux braves
de la garnison de Malte, qu'en vous proposant le gnral Vaubois qui la
commande, pour une place au snat conservateur.

En consquence, et conformment aux articles 15 et 16 de l'acte
constitutionnel, le premier consul prsente le gnral Vaubois, comme
candidat au snat conservateur.

BONAPARTE.




Paris, le 29 messidor an 8 (18 juillet 1800).

_Au ministre de la justice._

Les consuls ont reu, citoyen ministre, le dernier travail de la
commission des migrs; ils n'en ont pas t satisfaits.

Le bureau particulier que vous aviez charg de prparer le travail de la
commission a donn l'exemple de la partialit. La commission propose la
radiation des migrs, qui nagure portaient encore les armes contre la
rpublique. Le gouvernement est oblig de faire recommencer ce travail.

Renvoyez le citoyen Lepage; il a abus de votre confiance. Prsentez
dans le courant de la dcade prochaine, au gouvernement, un nouveau
projet pour la formation des bureaux de la commission. N'y comprenez
point ceux qui composaient le premier bureau: ils n'ont pas la confiance
publique.

Composez votre bureau particulier d'hommes justes, intgres et forts.
Qu'ils soient bien convaincus que l'intention du gouvernement n'est
pas de fermer la porte aux rclamations des individus victimes de
l'incohrence des lois sur l'migration, mais qu'il sera inexorable pour
ceux qui ont t les ennemis de la patrie.

Il vous appartient de surveiller l'excution des lois: ne prsentez  la
signature du premier consul aucun acte qu'elles rprouvent.

Le premier consul, BONAPARTE.




Paris, 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).

_Au ministre de la marine._

Les consuls n'ont pu voir qu'avec peine, citoyen ministre, que plusieurs
vaisseaux de l'escadre de Brest ont t dsarms, et que dans un moment
o, plus que jamais, il tait essentiel de complter l'organisation de
notre escadre, on s'est laiss dcourager par les premires difficults
qui se sont prsentes.

C'est dans le moment o la guerre continentale absorbait les principales
ressources de la nation, et la principale attention du gouvernement,
que le ministre de la marine, les amiraux, les ordonnateurs, devaient
redoubler, de courage et surmonter tous les obstacles.

Faites rechercher la conduite des ordonnateurs, ou des officiers qui ont
ordonn le dsarmement des quatre vaisseaux qui ont quitt la rade
et sont entrs dans le port, et de ceux qui auraient autoris le
congdiement des matelots. Ces oprations n'ont pas pu tre lgitimes
sans un ordre spcial du gouvernement.

Prenez des mesures pour qu' la fois, sur toutes nos ctes, on lve des
gens de mer; pour que, pendant le mme temps, on gre nos vaisseaux,
et qu'on les approvisionne de tout ce qui peut tre ncessaire  leur
navigation. Le peuple franais veut une marine; il le veut fortement. Il
fera tous les sacrifices ncessaires pour que sa volont soit remplie.

Portez un coup d'oeil juste, mais svre, sur vos bureaux et sur
les diffrentes branches de l'administration; il est temps que
les dilapidations finissent. Renvoyez ceux des individus qui, ds
long-temps, ne sont que trop dsigns par l'opinion publique pour avoir
particip  des marchs frauduleux; puisque la loi ne peut pas les
atteindre, mettons-les au moins dans l'impuissance de nous nuire
davantage.

Dans le courant de fructidor, si les circonstances le permettent, le
premier consul ira visiter l'escadre de Brest. Faites qu'il n'ait
alors que des loges  donner au ministre et aux principaux agens du
gouvernement. Les consuls feront connatre au peuple franais les
officiers, les administrateurs qui l'auront servi avec zle, et
dsigneront  l'opinion publique ceux qui, par une coupable apathie, ne
se seraient pas montrs dignes de lui.

Des rcompenses seront dcernes au vaisseau qui sera le mieux tenu, et
dont l'quipage sera le plus disciplin.

Ordonnez au gnral commandant l'escadre de Brest, ainsi qu' tous les
gnraux et capitaines de vaisseaux, de rester constamment  leur bord,
de coucher dans leur btiment et d'exercer les quipages avec une
nouvelle activit; tablissez par un rglement des prix pour les jeunes
matelots qui montreront le plus d'activit, et pour les canonniers qui
se distingueraient dans le tir. Il ne doit pas se passer une seule
journe sans que l'on ait, sur chaque vaisseau, fait l'exercice du canon
 boulet, en tirant alternativement sur des buttes que l'on tablirait
sur la cte et sur des carcasses qui seraient places dans la rade.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).

_Au ministre de la guerre._

Les consuls sont instruits, citoyen ministre, que le citoyen
Foissac-Latour est de retour d'Autriche, et dshonore, en le portant,
l'habit de soldat franais. Faites-lui connatre qu'il a cess d'tre
au service de la rpublique le jour o il a lchement rendu la place de
Mantoue, et dfendez-lui expressment de porter aucun habit uniforme.
Sa conduite  Mantoue est plus encore du ressort de l'opinion que des
tribunaux; d'ailleurs, l'intention du gouvernement est de ne plus
entendre parler de ce sige honteux, qui sera long-temps une tache pour
nos armes. Le citoyen Foissac-Latour trouvera dans le mpris public la
plus grande punition que l'on puisse infliger  un Franais.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).

_Au gnral Jourdan[14]._

Le gouvernement croit devoir une marque de distinction au vainqueur de
Fleurus. Il sait qu'il n'a pas tenu  lui qu'il ne se trouvt dans les
rangs des vainqueurs de Marengo. Les consuls ne doutent pas, citoyen
gnral, que vous ne portiez dans la mission qu'ils vous confient cet
esprit conciliateur et modr qui, seul, peut rendre la nation franaise
aimable  ses voisins. Je vous salue.

BONAPARTE.

[Footnote 14: Nomm ministre extraordinaire de la rpublique  Turin.]




Paris, le 6 thermidor an 8 (25 juillet 1800).

_Au ministre de la marine et des colonies._

Le gouvernement avait ordonn, citoyen ministre, que les frgates
sortant du bassin de Dunkerque se rendissent  Flessingue, o elles
devaient achever leur armement.

Il n'en a rien t; toutes les frgates sont restes dans la rade
de Dunkerque, et l'on n'a pris aucune mesure pour la sret de ces
btimens, et surtout pour les mettre  l'abri des brlots. Cependant
il y avait dans le port des chaloupes canonnires et d'autres petits
navires arms, qu'un peu plus de surveillance et de zle auraient pu
faire mettre en rade.

Il est revenu au gouvernement, que de misrables rivalits entre
l'ordonnateur, le commandant des armes et le commandant de la rade, ont
t cause d'une ngligence aussi prjudiciable.

Le gouvernement sait combien de fois ces rivalits ont t, dans la
marine, funestes au service.

Vous voudrez bien donner sur-le-champ les ordres pour faire arrter 
Dunkerque, le chef de l'administration, l'officier commandant le port,
le gnral commandant la rade, le capitaine de _la Dsire_ et tous les
officiers et contre-matres qui taient de _quart_ lorsque cette frgate
a t surprise par l'ennemi. Vous ferez conduire ces officiers  Paris,
o ils seront jugs. Vous prendrez des mesures pour que le service ne
souffre point pendant leur absence.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, 7 thermidor an 8 (26 juillet 1800).

_Au prfet du dpartement de la Vende._

On m'a rendu compte, citoyen prfet, de la bonne conduite qu'ont tenue
les habitans de Noirmoustier, la Crosnire; Barbtre et Beauvoir, dans
les diffrentes descentes tentes par les Anglais. On ne m'a pas laiss
ignorer que ce sont ceux-l mme que la guerre civile avait le
plus gars, qui ont montr le plus de courage et d'attachement au
gouvernement.

Faites choisir douze des habitans qui se sont le mieux comports dans
ces affaires et envoyez-les  Paris, accompagns de l'officier de
gendarmerie qui les a conduits. Je veux voir ces braves et bons
Franais; je veux que le peuple de la capitale les voie, et qu'ils
rapportent  leur retour dans leurs foyers les tmoignages de la
satisfaction du peuple franais. Si parmi ceux qui se sont distingus,
il y a des prtres, envoyez-les moi de prfrence; car j'estime et
j'aime les prtres qui sont bons Franais et qui savent dfendre
la patrie contre ces ternels ennemis du nom franais, ces mchans
hrtiques d'Anglais.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 19 fructidor an 8 (6 septembre 1800).

ARRT.

Les consuls de la rpublique arrtent ce qui suit:

Art. 1er Il sera lev un monument  la mmoire des gnraux Desaix et
Klber, morts le mme jour, dans le mme quart-d'heure, l'un aprs la
bataille de Marengo, qui reconquit l'Italie aux armes de la rpublique,
et l'autre en Afrique, aprs la bataille d'Hliopolis, qui reconquit
l'Egypte aux Franais.

2. Ce monument sera lev au milieu de la place des Victoires. La
premire pierre en sera pose par le premier consul, le 1er vendmiaire
prochain.

Un orateur sera charg de prononcer l'oraison funbre de ces deux
illustres citoyens.

3. Le ministre de l'intrieur est charg de l'excution du prsent
arrt, qui sera imprim au bulletin des lois.

BONAPARTE.




Paris, le 1er vendmiaire an 8 (23 septembre 1800).

_Aux fonctionnaires publics envoys des dpartemens[15]._

Les prliminaires de paix ont t signs  Paris[16] le 9 thermidor
entre le citoyen Talleyrand, ministre des relations extrieures, et
le comte Saint-Julien, et ratifis vingt-quatre heures aprs par les
consuls.

Le citoyen Duroc a t charg de les porter  Vienne. Les intrigues de
la faction ennemie de la paix, qui parat encore y jouir de quelque
crdit, ont port l'empereur  refuser de les ratifier. Ce refus tait
motiv sur une note du roi d'Angleterre, qui demandait qu'on admt
ses envoys au congrs de Lunville, conjointement avec les
plnipotentiaires de l'empereur.

Le gnral Moreau a eu ordre de communiquer au gnral ennemi les
prliminaires tels qu'ils ont t imprims dans le journal officiel,
et de lui faire connatre que s'ils n'taient pas ratifis dans
les vingt-quatre heures, ou que si S.M. l'empereur avait besoin
d'explications ultrieures, elle devait remettre  l'arme franaise
les trois places d'Ulm, d'Ingolstadt et de Philipsbourg, sinon que les
hostilits recommenceraient.

Le gouvernement a aussi fait connatre au roi d'Angleterre, qu'il
ne verrait aucun inconvnient  admettre ses envoys au congrs de
Lunville, s'il consentait  une trve maritime qui offrt  la France
le mme avantage qu'offre  l'empereur la continuation de la trve
continentale.

Le gouvernement reoit  l'instant mme par le tlgraphe, la nouvelle
que S.M. l'empereur s'est port lui-mme  son arme sur l'Inn,
a consenti  livrer les trois places d'Ulm, d'Ingolstadt et de
Philipsbourg, qui sont aujourd'hui occupes par les troupes de la
rpublique, et que M. de Lerbach, muni des pouvoirs ncessaires de S.M.
l'empereur, est au quartier-gnral d'Altaefing, avec l'ordre de se
rendre  Lunville.

Les difficults qu'ont d prsenter naturellement les conditions d'une
trve maritime, entraneront encore quelques retards; mais si les deux
gouvernemens ne s'accordent pas sur les conditions de ladite trve,
alors la France et S.M. l'empereur traiteront sparment pour une paix
particulire sur les bases des prliminaires; et si, ce que l'on ne
saurait penser, le parti de l'Angleterre parvient  influencer encore
les ministres de Vienne, les troupes de la rpublique ne redouteront ni
les neiges ni la rigueur des saisons, et pousseront la guerre pendant
l'hiver,  toute outrance, sans laisser le temps aux ennemis de former
de nouvelles armes.

Ainsi, les principes du gouvernement sont: extrme modration dans les
conditions, mais ferme rsolution de pacifier promptement le continent.

Les mesures les plus vigoureuses sont prises pour seconder, dans cet
objet essentiel, la volont du peuple franais.

Tel est tout le secret de la politique du gouvernement franais.

BONAPARTE.

[Footnote 15: Les consuls avaient ordonn que pour donner plus de
solennit  la fte du 1er vendmiaire, anniversaire de la fondation de
la rpublique, chaque dpartement enverrait  Paris une dputation de
fonctionnaires chargs d'y assister.]

[Footnote 16: Prliminaires de la paix de Lunville entre l'empereur et
la rpublique.]




Paris, le 7 vendmiaire an 9 (29 septembre 1890).

_Au ministre de la marine._

Bonaparte, premier consul de la rpublique, ordonne qu'A-Sam, chinois,
originaire de Nankin, soit embarqu sur l'une des corvettes commandes
par le capitaine de vaisseau Baudin, pour tre conduit, aux frais de la
rpublique,  l'Ile-de-France, et de l dans sa patrie.

Il est expressment recommand au capitaine Baudin et aux chefs
militaires et d'administration de la marine, d'avoir pour A-Sam les
gards qu'il mrite par sa qualit d'tranger, et par la bonne conduite
qu'il a tenue pendant son sjour sur le territoire de la rpublique.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 24 vendmiaire an 9 (16 octobre 1800).

_Rponse du premier consul  une dputation du tribunat._

Je remercie le tribunal de cette marque d'affection. Je n'ai point
rellement couru de danger[17]. Ces sept ou huit malheureux, pour avoir
la volont, n'avaient pas le pouvoir de commettre les crimes qu'ils
mditaient. Indpendamment de l'assistance de tous les citoyens qui
taient au spectacle, j'avais avec moi un piquet de cette brave garde,
la terreur des mchans. Les misrables n'auraient pu supporter ses
regards. La police avait pris des mesures plus efficaces encore.

J'entre dans tous ces dtails parce qu'il est peut-tre ncessaire que
la France sache que son premier magistrat n'est expos dans aucune
circonstance. Tant qu'il sera investi de la confiance de la nation, il
saura remplir la tche qui lui a t impose.

Si jamais il tait dans sa destine de perdre cette confiance, il ne
mettrait plus de prix  une vie qui n'inspirerait plus d'intrt aux
Franais.

BONAPARTE.

[Footnote 17: Il s'agit de la tentative d'assassinat effectue sur la
personne de Bonaparte dans la soire du 17 vendmiaire,  l'Opra, par
Arns, Cernechi et autres conjurs.]




Paris, le 25 vendmiaire an 9 (17 octobre 1800).

_Rponse du premier consul  une dputation du dpartement de la
Seine[18]._

Le gouvernement mrite l'affection du peuple de Paris. Il est vrai de
dire que votre cit est responsable  la France entire de la sret du
premier magistrat de la rpublique..... Je dois dclarer que dans
aucun temps, cette immense commune n'a montr plus d'attachement  son
gouvernement; jamais il n'y eut besoin de moins de troupes de ligne,
mme pour y maintenir la police.

Ma confiance particulire dans toutes les classes du peuple de la
capitale, n'a point de bornes; si j'tais absent, que j'prouvasse
le besoin d'un asile, c'est au milieu de Paris que je viendrais le
chercher.

Je me suis fait remettre sous les yeux tout ce que l'on a pu trouver sur
les vnemens les plus dsastreux qui ont eu lieu dans la ville de Paris
dans ces dix dernires annes: je dois dclarer, pour la dcharge du
peuple de Paris, aux yeux des nations et des sicles  venir, que le
nombre des mchans citoyens a toujours t extrmement petit; sur quatre
cents, je me suis assur que plus des deux tiers taient trangers 
la ville de Paris. Soixante ou quatre-vingts ont seuls survcu  la
rvolution.

Vos fonctions vous appellent  communiquer tous les jours avec un grand
nombre de citoyens; dites-leur que gouverner la France aprs dix annes
d'vnemens aussi extraordinaires, est une tche difficile.

La pense de travailler pour le meilleur et le plus puissant peuple de
la terre, a besoin elle-mme d'tre associe au tableau du bonheur des
familles, de l'amlioration de la morale publique et des progrs
de l'industrie; je dirais mme au tmoignage de l'affection et du
contentement de la nation.

BONAPARTE.

[Footnote 18: Encore au sujet de l'attentat du 17 vendmiaire.]




Paris, le 26 vendmiaire an 9 (18 octobre 1800).

_Anecdote[19]._

Le gnral Moreau, de retour d'Allemagne  Paris, tait encore dans
le salon du premier consul, lorsque le ministre de l'intrieur entra,
apportant une superbe paire de pistolets, d'un travail parfait, et
enrichis de diamans; le Directoire les avait fait faire pour tre donns
en prsent  un prince tranger, et depuis ils taient rests chez le
ministre de l'intrieur. Ces pistolets furent trouvs trs-beaux. _Ils
viennent bien  propos_, dit le premier consul en les prsentant au
gnral Moreau; et se retournant vers le ministre de l'intrieur:
Citoyen ministre, ajouta-t-il, faites-y graver quelques-unes des
batailles qu'a gagnes le gnral Moreau; ne les mettez pas toutes, il
faudrait ter trop de diamans; et quoique le gnral Moreau n'y attache
pas un grand prix, il ne faut pas trop dranger le dessin de l'artiste.

BONAPARTE.

[Footnote 19: Nous la rapportons parce qu'elle est galement honorable
pour Bonaparte et pour le gnral Moreau, le plus dangereux rival que le
premier consul et alors dans l'opinion publique.]




Paris, le 27 frimaire an 9 (18 dcembre 1800).

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Le premier consul, conformment  l'art. 16 de la constitution, vous
prsente pour candidats aux deux places auxquelles le snat doit nommer
en excution de l'art. 15 de la constitution;

Le citoyen Dedelay d'Agier, qui a runi les suffrages du tribunal et du
corps-lgislatif;

Le citoyen Rampon, gnral de division actuellement en Egypte. Ce soldat
a rendu des services dans les circonstances les plus essentielles de
la guerre. Il est digne, d'ailleurs, du peuple franais, de donner une
marque de souvenir et d'intrt  cette brave arme qui, attaque  la
fois du ct de la mer Rouge et de la Mditerrane par les milices de
l'Arabie et de l'Asie entire, a t sur le point de succomber par les
intrigues et la perfidie sans exemple du ministre anglais; mais elle
se ressouvint de ce qu'exigeait la gloire, et confondit aux champs
d'Hliopolis, et l'Arabie, et l'Asie et l'Angleterre. Spars depuis
trois ans de la patrie, que les soldats de cette arme sachent qu'ils
sont tous prsens  notre mmoire.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, 4 nivose an 9 (25 dcembre 1800).

_Rponse du premier consul  une dputation du dpartement de la Seine._

J'ai t touch des preuves d'affection que le peuple m'a donnes dans
cette circonstance[20]. Je les mrite, parce que l'unique but de mes
dsirs et de mes actions est d'accrotre sa prosprit et sa gloire.
Tant que cette poigne de brigands m'a attaqu directement, j'ai d
laisser aux lois et aux tribunaux ordinaires leur punition; mais
puisqu'ils viennent par un crime sans exemple dans l'histoire, de mettre
en danger une partie de la population de la cit, la punition sera aussi
prompte qu'exemplaire. Assurez, en mon nom, le peuple de Paris que cette
centaine de misrables qui ont calomni la libert par les crimes qu'ils
ont commis en son nom, seront dsormais mis dans l'impuissance absolue
de faire aucun mal. Que les citoyens n'aient aucune inquitude; je
n'oublierai pas que mon premier devoir est de veiller  la dfense du
peuple, contre ses ennemis intrieurs et extrieurs.

BONAPARTE.

[Footnote 20: Il s'agit de l'attentat du 3 nivose, connu sous le nom de
machine infernale.]




Paris, le 12 nivose an 9 (8 janvier 1801).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

La rpublique triomphe, et ses ennemis implorent encore sa modration.

La victoire de Hohenlinden a retenti dans toute l'Europe; elle sera
compte par l'histoire au nombre des plus belles journes qui aient
illustr la valeur franaise; mais  peine avait-elle t compte par
nos dfenseurs, qui ne croient avoir vaincu que quand la patrie n'a plus
d'ennemis.

L'arme du Rhin a pass l'Inn; chaque jour a t un combat, et chaque
combat un triomphe.

L'arme gallo-batave a vaincu a Bamberg; l'arme des Grisons,  travers
les neiges et les glaces, a franchi le Splugen pour tourner les
redoutables lignes du Mincio et de l'Adige. L'arme d'Italie a emport
de vive force le passage du Mincio et bloque Mantoue. Enfin, Moreau
n'est plus qu' cinq journes de Vienne, matre d'un pays immense et de
tous les magasins des ennemis.

C'est l qu'a t demand par le prince Charles, et accord par le
gnral en chef de l'arme du Rhin l'armistice dont les conditions vont
tre mises sous vos yeux.

M. de Cobentzel, plnipotentiaire de l'empereur,  Lunville, a dclar
par une note en date du 31 dcembre, qu'il tait prt d'ouvrir les
ngociations pour une paix spare. Ainsi, l'Autriche est affranchie de
l'influence du gouvernement anglais.

Le gouvernement, fidle a ses principes et au voeu de l'humanit, dpose
dans votre sein et proclame  la France et  l'Europe entire les
intentions qui l'animent.

La rive gauche du Rhin sera la limite de la rpublique franaise; elle
ne prtend rien sur la rive droite. L'intrt de l'Europe ne veut
pas que l'empereur dpasse l'Adige. L'indpendance des rpubliques
helvtique et batave sera assure et reconnue. Nos victoires n'ajoutent
rien aux prtentions du peuple franais. L'Autriche ne doit pas attendre
de ses dfaites ce qu'elle n'aurait pas obtenu par des victoires.

Telles sont les intentions invariables du gouvernement. Le bonheur de la
France sera de rendre le calme  l'Allemagne et  l'Italie; sa gloire,
d'affranchir le continent du gnie avide et malfaisant de l'Angleterre.

Si la bonne foi est encore trompe, nous sommes  Prague,  Vienne et 
Venise.

Tant de dvouement et tant de succs appellent sur nos armes toute la
reconnaissance de la nation.

Le gouvernement voudrait trouver de nouvelles expressions pour consacrer
leurs exploits; mais il en est une qui, par sa simplicit, sera toujours
digne des sentimens et du courage des soldats franais.

En consquence, le gouvernement vous propose les quatre projets de loi
ci-joints[21].

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 21: Ces quatre projets de loi dclaraient que les quatre
armes du Rhin, gallo-batave, d'Italie et des Grisons avaient bien
mrit de la patrie. La premire tait commande par Moreau; la deuxime
par Augereau; la troisime par Brune, et la quatrime par Macdonald.]





Paris, le 18 nivse an 9 (8 janvier 1801).

_Au snat conservateur._

Le premier consul, conformment a l'article 16 de la constitution,
vous prsente comme candidats aux quatre places vacantes au snat
conservateur:

Pour la premire place, le citoyen Collot, gnral de division  l'arme
du Rhin;

Ce soldat a rendu des services essentiels dans toutes les campagnes de
la guerre. C'est d'ailleurs une occasion de donner un tmoignage de
considration  cette invincible arme du Rhin qui, des champs de
Hohenlinden, est arrive jusqu'aux portes de Vienne, dans le mois le
plus rigoureux de l'anne, en vainquant tous les obstacles.

Pour la deuxime place, le citoyen Tronchet, le premier jurisconsulte de
France, prsident du tribunal de cassation.

Le gouvernement dsire que le premier corps judiciaire voie dans la
prsentation de son prsident un tmoignage de satisfaction pour la
conduite patriotique qu'il a constamment tenue.

Pour la troisime place, le citoyen Crassous, qui a runi les suffrages
du tribunal et du corps lgislatif;

Et pour la quatrime, le citoyen Harville, gnral de division.

Ce soldat a rendu des services importans dans toutes les campagnes,
depuis la bataille de Jemmapes jusqu' celle de Marengo.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 19 nivose an 9 (9 janvier 1801).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Le gouvernement vous propose le projet de loi suivant: L'arme
d'Orient, les administrateurs, les savans et les artistes, qui
travaillent  organiser,  clairer et a faire connatre l'Egypte, ont
bien mrit de la patrie.

Ce projet de loi est l'expression d'un voeu mis par le tribunal, et
rpt par tout le peuple franais.

Quelle arme, en effet, quels citoyens ont mieux mrit de recevoir ce
tmoignage de la reconnaissance nationale?

 travers combien de prils et de travaux l'Egypte a t conquise! Par
combien de prodiges de courage et de patience elle a t conserve  la
rpublique!

L'Egypte tait soumise; l'lite des janissaires de la Turquie europenne
avait pri au combat d'Aboukir. Le grand-visir et ses milices
tumultuaires n'taient pas encore dans la Syrie.

Nos revers en Italie et en Allemagne retentissaient dans l'Orient; on y
apprend que la coalition menace les frontires de la France, et que la
discorde s'apprte  lui en livrer les dbris.

Au bruit des malheurs de sa patrie, le sentiment, le devoir rappellent
en Europe celui qui avait dirig l'expdition d'Egypte.

L'Anglais saisit cette circonstance et sme des rumeurs sinistres:
Que l'arme d'Orient est abandonne par son gnral; qu'oublie de la
France, elle est condamne  prir hors de sa patrie par les maladies ou
par le fer des ennemis; que la France elle-mme a perdu sa gloire et ses
conqutes, et perdra bientt son existence avec sa libert.

A Paris, de vains orateurs accusaient l'expdition d'Egypte, et
dploraient nos guerriers sacrifis  un systme dsastreux et  une
basse jalousie.

Ces bruits, ces discours recueillis et propags par les missaires de
l'Angleterre, portent dans l'arme les soupons, les inquitudes et la
terreur.

El-Arisch est attaqu; El-Arisch tombe au pouvoir du grand-visir par les
intrigues des Anglais et par le dcouragement de nos soldats.

Mais pour arriver en Egypte, il reste un immense dsert  traverser.
Point de puits dans ce dsert qu'au point de Catieh, et l une
forteresse et de l'artillerie. Au-del du dsert, le fort de Salahieh,
une arme pleine de vigueur et de sant, nouvellement habille,
d'abondantes munitions, des vivres de toute espce, plus de forces
enfin qu'il n'en faut pour rsister  trois armes telles que celle du
grand-visir.

Mais nos guerriers n'avaient plus qu'un dsir, qu'une esprance, celle
de revoir, de sauver leur patrie; Klber cde  leur impatience.
L'Anglais trompe, menace, caresse, arrache enfin par ses artifices la
capitulation d'El-Arisch.

Les gnraux les plus courageux et les plus habiles sont au dsespoir.
Le vertueux Desaix signe, en gmissant, un trait qu'il rprouve.

Cependant la bonne foi excute la convention que l'intrigue a surprise.
Les forts de Suez, Catien, Salahieh, Belbeis, la Haute-Egypte sont
vacus. Dj Damiette est au pouvoir des Turcs, et les mameloucks sont
au Caire.

Quatre-vingts vaisseaux turcs attendent notre arme au port d'Alexandrie
pour la recevoir. La forteresse du Caire, Gizeh, tous les forts vont
tre abandonns dans deux jours, et l'arme n'aura plus d'asile que ces
vaisseaux qui sont destins  devenir sa prison!

Ainsi l'a voulu la perfidie.

Le gouvernement britannique refuse de reconnatre un trait qu'a entam,
qu'a conduit _son ministre plnipotentiaire  la Porte, le commandant de
ses forces navales destines  agir contre l'expdition d'Egypte[22]_,
et que ce plnipotentiaire, ce commandant a sign conjointement avec le
grand-visir.

La France doit  cette conduite la plus belle de ses possessions, et
l'arme que l'Anglais a le plus outrage lui doit une nouvelle gloire.

Des bricks expdis de France ont annonc la journe du 18 brumaire, et
que dj la face de la rpublique est change. Au refus prononc par les
Anglais de reconnatre le trait d'El-Arisch, Klber s'indigne, et son
indignation passe dans toute l'arme. Press entre la mauvaise foi des
Anglais et l'obstination du grand-visir, qui exige l'accomplissement
d'un trait que lui-mme ne peut pas excuter, elle court au combat et
 la vengeance. Le grand-visir et son arme sont disperss aux champs
d'Hliopolis.

Ce qui reste de Franais dans la forteresse du Caire brave toutes les
forces des mameloucks et toutes les fureurs d'un peuple exalt par le
fanatisme.

Bientt la terreur et l'indulgence ont reconquis toutes les places et
tous les coeurs. Mourad-Bey, qui avait t le plus redoutable de
nos ennemis, a t dsarm par la loyaut franaise, et soumis  la
rpublique; il s'honore d'tre son tributaire et l'instrument de sa
puissance.

Cette puissance s'affermit par la sagesse; l'administration prend une
marche rgulire et assure: l'ordre ranime toutes les parties du
service; les savans poursuivent leurs travaux, et l'Egypte a dsormais
l'aspect d'une colonie franaise.

La mort du brave Klber, si affreuse, si imprvue, ne trouble point le
cours de nos succs.

Sous Menou, et par son impulsion, se dveloppent de nouveaux moyens de
dfense et de prosprit. De nouvelles fortifications s'lvent sur
tous les points que l'ennemi pourrait menacer! Les revenus publics
s'accroissent. Estve dirige avec intelligence et fidlit une
administration de finances que l'Europe ne dsavouerait pas. Le trsor
public se remplit et le peuple est soulag. Cont propage les arts
utiles; Champy fabrique la poudre et le salptre; Lepeyre retrouve le
systme des canaux qui fcondaient l'Egypte, et ce canal de Suez qui
unira le commerce de l'Europe au commerce de l'Asie.

D'autres cherchent et dcouvrent des mines jusqu'au sein des dserts;
d'autres s'enfoncent dans l'intrieur de l'Afrique pour en connatre la
situation et les productions, pour tudier les peuples qui l'habitent,
leurs usages et leurs moeurs, pour en rapporter dans leur patrie des
lumires qui clairent les sciences, et des moyens de perfectionner nos
arts ou d'tendre les spculations de nos ngocians.

Enfin le commerce appelle les vaisseaux d'Europe au port d'Alexandrie,
et dj le mouvement qu'il imprime rveille l'industrie dans nos
dpartemens mridionaux.

Tels sont, citoyens lgislateurs, les droits qu'ont  la reconnaissance
de la nation l'arme d'Egypte et les Franais qui se sont dvous au
succs de cet tablissement: en prononant qu'ils ont bien mrit de la
patrie, vous rcompenserez leurs premiers efforts, et vous donnerez une
nouvelle nergie a leurs talens et a leur courage.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 22: Ce sont les titres que prenait dans tous ses actes Sidney
Smith, qui avait sign la capitulation d'El-Arisch.]




Paris, le 21 nivose an 9 (11 janvier 1801).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Le gouvernement vous adresse une nouvelle copie du projet de loi relatif
 l'tablissement d'un tribunal criminel spcial dans laquelle il n'y a
d'autres changemens que la suppression de l'art. 3a.

Le gouvernement a pens que les dispositions de cet article devaient
faire partie d'un projet de loi qu'il se propose de vous prsenter,
relativement a la police de la capitale.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




_Projet de loi sur l'tablissement d'un tribunal criminel spcial[23]._

TITRE 1er

_Formation et organisation au tribunal._

Art. 1er. Il sera tabli dans les dpartemens o le gouvernement le
jugera ncessaire un tribunal spcial pour la rpression des crimes
ci-aprs spcifis.

2. Ce tribunal sera compos du prsident et de deux juges du tribunal
criminel, de trois militaires ayant au moins le grade de capitaine,
et de deux citoyens ayant les qualits requises pour tre juges. Ces
derniers, ainsi que les trois militaires, seront dsigns par le premier
consul.

3. Le commissaire du gouvernement prs le tribunal criminel et le
greffier du mme tribunal, rempliront leurs fonctions respectives de
commissaire du gouvernement et de greffier prs le tribunal spcial.

4. Dans le cas o le gouvernement jugera ncessaire d'tablir un
tribunal spcial dans le dpartement de la Seine, les trois juges qui,
par l'art. 2, doivent tre pris dans le tribunal criminel, seront
choisis par le gouvernement dans les deux sections dont il est compos.

Le gouvernement pourra, dans le mme cas, tablir on commissaire autre
que celui du tribunal criminel.

5. Le tribunal spcial ne pourra juger qu'en nombre pair,  huit ou
six au moins. S'il se trouve sept juges  l'audience, le dernier, dans
l'ordre dtermin par l'art. 2, s'absentera.


TITRE II.

_Comptence._

6. Le tribunal spcial connatra des crimes et dlits emportant peine
afflictive ou infamante, commis par les vagabonds et gens sans aveu, et
par les condamne  peine afflictive, si lesdits crimes ou dlits ont
t commis depuis l'vasion desdits condamns, pendant la dure de la
peine, et mme avant leur rhabilitation civique.

7. Il connatra aussi du fait de vagabondage et de l'vasion des
condamns.

8. Le tribunal connatra contre toutes les personnes, des vols sur
les grandes routes, violences, voies de fait, et autres circonstances
aggravantes des dlits.

9. Il connatra aussi contre toutes personnes, des vols dans les
campagnes et dans les habitations et btimens de campagne, lorsqu'il y
aura effraction faite aux murs de clture, aux toits des maisons, portes
et fentres extrieures, ou lorsque le crime aura t commis avec port
d'armes, et par une runion de deux personnes au moins.

10. Il connatra de mme contre toutes les personnes, mais concurremment
avec le tribunal ordinaire, des assassinats Prmdits.

11. Il connatra galement contre toutes personnes, mais exclusivement
 tous autres juges, du crime d'incendie et de fausse monnaie, des
assassinats prpars par des attroupemens arms, des menaces, excs et
voies de fait contre des acqureurs de biens nationaux,  raison de
leurs acquisitions, du crime d'embauchage et de machinations pratiques
hors l'arme, et par des individus non militaires, pour corrompre ou
suborner les gens de guerre, les rquisitionnaires et conscrits.

12. Il connatra des rassemblemens sditieux, contre les personnes
surprises en flagrant dlit, dans lesdits rassemblemens.

13. Si aprs le procs commenc pour un des crimes susmentionns,
l'accus est inculp sur d'autres faits, le tribunal spcial instruira
et jugera, quelle que soit la nature de ces faits.

14. Il n'est point drog aux lois relatives aux migrs. Ne pourra
nanmoins le tribunal spcial suspendre l'instruction et le jugement
des procs de sa comptence, quand mme il y aurait des prvenus
d'migration dans le nombre des accuss.


TITRE III.

_Poursuite, instruction et jugement._

15. Tous les crimes attribus par l'article 2 au tribunal spcial,
seront poursuivis d'office, et sans dlai, par le commissaire du
gouvernement, encore qu'il n'y ait pas de partie plaignante.

16. Les plaintes pourront tre reues indistinctement par le commissaire
du gouvernement, par ses substituts, par les officiers de gendarmerie ou
de police, qui seront en tourne, ou rsidant dans le lieu du dlit.

Elles seront signes par l'officier qui les recevra; elles le seront
aussi par le plaignant ou par un procureur spcial; et si le plaignant
ne sait ou ne peut signer, il en sera fait mention.

17. Tous officiers de gendarmerie et tous autres officiers de police qui
auront connaissance d'un crime, seront tenus de se transporter aussitt
o besoin sera; de dresser sur-le-champ, et sans dplacer, procs-verbal
dtaill des circonstances du dlit et de tout ce qui pourra servir pour
la dcharge ou conviction, et de dcerner tous mandats d'amener selon
l'exigence des cas.

18. Des procs-verbaux seront envoys ou remis dans les vingt-quatre
heures au greffe du tribunal, ensemble les armes, meubles, hardes et
papiers qui pourront servir  la preuve, et le tout fera partie du
procs.

19. S'il y a des personnes blesses, elles pourront se faire visiter par
des mdecins et chirurgiens qui affirmeront leur rapport vritable, et
ce rapport sera joint au procs.

Le tribunal pourra nanmoins ordonner de nouvelles visites par des
experts nomms d'office, lesquels prteront serment entre les mains du
prsident ou de tel autre juge par lui commis, de remplir fidlement
leur mission.

20. Tous officiers de gendarmerie, tous officiers de police, tous
fonctionnaires publics seront tenus d'arrter ou faire arrter les
personnes surprises en flagrant dlit, ou dsignes par la clameur
publique.

21. Tous officiers de gendarmerie, ou de police, seront tenus, en
arrtant un accus, de faire inventaire des effets et papiers dont cet
accus se trouvera saisi, en prsence de deux citoyens domicilis dans
le lieu le plus proche de celui de la capture, lesquels, ainsi que
l'accus, signeront l'inventaire, sinon dclareront la cause de leur
refus, dont il sera fait mention, pour tre le tout remis dans les trois
jours, au plus tard, au greffe du tribunal.

Il sera laiss a l'accus copie dudit inventaire, ainsi, que du
procs-verbal de capture.

22. A l'instant mme de la capture, l'accus sera conduit dans les
prisons du lieu, s'il y en a, sinon aux plus prochaines, et dans
trois jours, au plus tard, dans celles du tribunal. Les officiers de
gendarmerie et de police ne pourront tenir l'accus en chartre prive
dans leurs maisons pu ailleurs.

23. Vingt-quatre heures aprs l'arrive de l'accus dans les prisons du
tribunal, il sera interrog. Les tmoins seront entendus sparment
et hors de la prsence de l'accus, le tout par un juge commis par le
prsident.

24. Sur le vu de la plainte, des pices y jointes, des interrogatoires
et rponses, des informations, et le commissaire du gouvernement
entendu, le tribunal jugera sa comptence sans appel.

S'il dclare ne pouvoir connatre du dlit, il renverra sans retard
l'accus et tous les actes du procs par devant qui de droit. Dans le
cas contraire, il procdera galement, sans dlai,  l'instruction et au
jugement du fond.

25. Le jugement de comptence sera signifi  l'accus dans les
vingt-quatre heures. Le commissaire du gouvernement adressera dans le
mme dlai, expdition au ministre de la justice, pour tre le tout
transmis au tribunal de cassation.

26. La session criminelle du tribunal de cassation prendra connaissance
de tous jugemens de comptence, rendus par le tribunal spcial et y
statuera toutes autres affaires cessantes.

27. Ce recours ne pourra, dans aucun cas, suspendre l'instruction ni le
jugement. Il sera seulement sursis  toute excution jusqu' ce qu'il
ait t statu par le tribunal de cassation.

28. Aprs le jugement de comptence, nonobstant le recours au tribunal
de cassation, et sans y prjudicier, l'accus sera traduit  l'audience
publique du tribunal; l, en prsence des tmoins, lecture sera donne
de l'acte d'accusation dress par le commissaire du gouvernement;
les tmoins seront ensuite successivement appels. Le commissaire du
gouvernement donnera ses conclusions; aprs lui, l'accus, ou son
dfenseur, sera entendu.

29. Les dbats tant termins, le tribunal jugera le fond en dernier
ressort, et sans recours en cassation.

Les vols de la nature de ceux dont il est parl dans les articles 9 et
10 seront punis de mort. Les menaces, excs et voies de fait exercs
contre les acqureurs de biens nationaux, seront punis de la peine
d'emprisonnement, laquelle peine ne pourra excder trois ans, ni tre
au-dessous de six mois, sans prjudice de plus fortes peines en cas de
circonstances aggravantes.

Quant aux autres dlits spcifis en l'article 2, le tribunal se
conformera aux dispositions du Code pnal du 17 septembre 1791.

30. A compter du jour de la publication de la prsente loi, tous les
dtenus pour crimes de la nature de ceux mentionns dans le titre II,
seront jugs par le tribunal spcial; en consquence, il est enjoint 
tous juges de les y recevoir avec les pices, actes, et procdures dj
commences, et nanmoins en cas de condamnation on n'appliquera aux
crimes antrieurs  la publication de la prsente loi, que les peines
portes contre ces dlits par le Code pnal.

31. Le tribunal spcial demeurera rvoqu de plein droit, deux ans aprs
la paix gnrale.

[Footnote 23: Nous rapporterons dans ce recueil les dispositions les
plus remarquables  l'aide desquelles Bonaparte, premier consul,
prludait  l'tablissement du despotisme qu'il a exerc lorsqu'il fut
devenu empereur, sous le nom de Napolon. Le projet ci-joint, qui fut
converti en loi aprs une discussion fort vive au tribunal, mrite sans
doute d'occuper la premire place parmi les institutions machiavliques
de Bonaparte.]




Paris, le 24 pluviose an 9 (13 fvrier 1801).

_Message au corps lgislatif et au tribunat._

Lgislateurs, tribuns,

La paix continentale a t signe a Lunville. Elle est telle que la
voulait le peuple franais. Son premier voeu fut la limite du Rhin. Des
revers n'avaient point branl sa volont, des victoires n'ont point d
ajouter  ses prtentions.

Aprs avoir replac les anciennes limites de la Gaule, il devait rendre
 la libert les peuples, qui lui taient unis par une commune origine,
par le rapport des intrts et des moeurs.

La libert de la Cisalpine et de la Ligurie est assure. Aprs ce
devoir, il en tait un autre que lui imposaient la justice et la
gnrosit.

Le roi d'Espagne a t fidle  notre cause, et a souffert pour elle.
Ni nos revers, ni les insinuations perfides de nos ennemis, n'ont pu le
dtacher de nos intrts; il sera pay d'un juste retour: un prince de
son sang va s'asseoir sur le trne de Toscane.

Il se souviendra qu'il le doit  la fidlit de l'Espagne et  l'amiti
de la France; ses rades et ses ports seront ferms  nos ennemis et
deviendront l'asile de notre commerce et de nos vaisseaux.

L'Autriche, et c'est l qu'est le gage de la paix, l'Autriche, spare
dsormais de la France par de vastes rgions, ne connatra plus cette
rivalit, ces ombrages qui, depuis tant de sicles, ont fait le tourment
de ces deux puissances et les calamits de l'Europe.

Par ce trait, tout est fini pour la France; elle n'aura plus  lutter
contre les formes et les intrigues d'un congrs.

Le gouvernement doit un tmoignage de satisfaction au ministre
plnipotentiaire qui a conduit cette ngociation  cet heureux terme. Il
ne reste ni interprtation  craindre, ni explication  demander, ni
de ces dispositions quivoques dans lesquelles l'art de la diplomatie
dpose le germe d'une guerre nouvelle.

Pourquoi faut-il que ce trait ne soit pas le trait de la paix
gnrale! C'tait le voeu de la France! C'tait l'objet constant des
efforts du gouvernement!

Mais tous ses efforts ont t valus, L'Europe sait tout ce que le
ministre britannique a tent pour faire chouer les ngociations de
Lunville.

En vain un agent du gouvernement lui dclara, le 9 octobre 1800, que la
France tait prte  entrer avec lui dans une ngociation spare: cette
dclaration n'obtint que des refus, sous le prtexte que l'Angleterre
ne pouvait abandonner son alli. Depuis, lorsque cet alli a consenti
 traiter sans l'Angleterre, ce gouvernement cherche d'autres moyens
d'loigner une paix si ncessaire au monde.

Il viole des conventions que l'humanit avait consacres, et dclare la
guerre  de misrables pcheurs.

Il lve des prtentions contraires  la dignit et aux droits de toutes
les nations. Tout le commerce de l'Asie et de colonies immenses ne
suffit plus  son ambition. Il faut que toutes les mers soient soumises
 la souverainet exclusive de l'Angleterre. Il arme contre la Russie,
le Danemarck et la Sude, parce que la Russie, la Sude et le
Danemarck ont assur par des traits de garantie, leur souverainet et
l'indpendance de leurs pavillons.

Les puissances du Nord, injustement attaques, ont droit de compter
sur la France. Le gouvernement franais vengera avec elles une injure
commune  toutes les nations, sans perdre jamais de vue qu'il ne doit
combattre que pour la paix et pour le bonheur du monde.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 25 pluviose an 9 (14 fvrier 1801).

_Rponse du premier consul  une dputation du corps lgislatif[24]._

Le gouvernement reoit avec plaisir la dputation du corps lgislatif.

Le peuple ne gotera pas encore tous les bienfaits de la paix, tant
qu'elle ne sera pas faite avec l'Angleterre; mais un esprit de vertige
s'est empar de ce gouvernement qui ne connat plus rien de sacr. Sa
conduite est injuste, non seulement envers le peuple franais, mais
encore envers toutes les puissances du continent; et lorsque les
gouvernemens ne sont pas justes, leur prosprit n'est que passagre.

Toutes les puissances du continent s'entendront pour faire rentrer
l'Angleterre dans le chemin de la modration, de l'quit et de la
raison.

Mais la paix intrieure a prcd la paix extrieure.

Dans le voyage que je viens de faire dans plusieurs dpartemens, j'ai
t touch de l'accord et de l'union qui rgnaient entre tous les
citoyens. On ne doit attacher aucune importance aux harangues
inconsidres de quelques hommes[25].

Le gouvernement se plat  rendre justice au zle du corps lgislatif;
pour la prosprit du peuple franais et  son attachement pour le
gouvernement. En mon particulier, je dsire que vous lui fassiez bien
connatre la confiance que j'ai en lui, et combien je suis sensible 
cette dmarche spontane et au discours que vient de m'adresser son
prsident.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 24: Envoye pour le fliciter sur la paix de Lunville.]

[Footnote 25: Allusion aux discours trs hardis et trs libraux
prononcs au sein du tribunat lors de la discussion du projet de loi
sur les tribunaux spciaux. Ces discours avaient tellement dplu
a Bonaparte, que tous les historiens s'accordent  regarder le
mcontentement qu'ils lui firent prouver, comme la cause principale de
la suppression ultrieure du tribunat.]




Paris, le 25 pluviose an 9 (14 fvrier 1801).

_Rponse du premier consul aux Belges qui faisaient partie de la
dputation du corps lgislatif[26]._

Il n'tait plus au pouvoir du gouvernement de transiger pour les neuf
dpartemens qui formaient autrefois la Belgique, puisque, depuis leur
runion, ils font partie intgrante du territoire franais. Il est
cependant vrai de dire que le droit public, tel qu'il tait  cette
poque reconnu en Europe, a pu autoriser des individus qui voyaient dans
S.M. l'empereur leur lgitime souverain,  ne pas se reconnatre comme
Franais.

Mais depuis le trait de Campo-Formio, tout habitant de la Belgique qui
a continu  reconnatre l'empereur pour son souverain, et est rest 
son service, a par cela seul trahi son devoir et sa patrie; car depuis
ce trait les Belges taient franais, comme le sont les Normands, les
Languedociens, les Lorrains, les Bourguignons.

Dans la guerre qui a suivi ce trait, les armes ont prouv quelques
revers; mais quand mme l'ennemi aurait eu son quartier-gnral au
faubourg Saint-Antoine, le peuple franais n'et jamais, ni cd ses
droits, ni renonc a la runion de la Belgique.

BONAPARTE.

[Footnote 26: les dputs belges qui faisaient partie de la dputation
avaient adress a Bonaparte une harangue particulire.]




Paris, le 3 ventose an 9 (22 fvrier 1801). _Au ministre des finances._

Je sens vivement, citoyen ministre, la perte que nous venons de faire du
conseiller-d'tat Dufresne, directeur du trsor public.

L'esprit d'ordre et la svre probit qui le distinguaient si
minemment, nous taient encore bien ncessaires.

L'estime public est la rcompense des gens de bien. J'ai quelque
consolation  penser que, du sein de l'autre vie, il sent les regrets
que nous prouvons.

Je dsire que vous fassiez placer son buste dans la salle de la
trsorerie[27].

Je vous salue affectueusement.

BONAPARTE.

[Footnote 27: Ce buste, excut par le sculpteur Masson, fut plac le 30
pluviose an 10 dans la salle dsigne par Bonaparte.]




Paris, le 21 messidor an 9 (10 juillet 1801).

_Aux Franais._

PROCLAMATION[28].

Franais,

Ce jour est destin  clbrer cette poque d'esprance et de gloire o
tombrent des institutions barbares; o vous cesstes d'tre diviss en
deux peuples, l'un condamn aux humiliations, l'autre marqu pour les
distinctions et pour les grandeurs; o vos proprits furent libres
comme vos personnes; o la fodalit fut dtruite, et avec elle ces
nombreux abus que des sicles avaient accumuls sur vos ttes.

Cette poque, vous la clbrtes en 1790, dans l'union des mmes
principes, des mmes sentimens et des mmes voeux. Vous l'avez clbre
depuis, tantt au milieu des triomphes, tantt sous le poids des fers,
quelquefois aux cris de la discorde et des factions.

Vous la clbrez aujourd'hui sous de plus heureux auspices. La discorde
se tat, les factions sont comprimes; l'intrt de la patrie rgne sur
tous les intrts. Le gouvernement ne connat d'ennemis que ceux qui le
sont de la tranquillit du peuple.

La paix continentale a t conclue par la modration. Votre puissance et
l'intrt de l'Europe en garantissent la dure.

Vos frres, vos enfans rentrent dans vos foyers, tous dvous  la cause
de la libert, tous unis pour assurer le triomphe de la rpublique.

Bientt cessera le scandale des divisions religieuses.

Un Code civil, mri parla sage lenteur des discussions, protgera vos
proprits et vos droits.

Enfin une dure, mais utile exprience, vous garantit du retour des
dissensions domestiques, et sera long-temps la sauve-garde de votre
prosprit.

Jouissez, Franais, jouissez de votre position, de votre gloire et des
esprances de l'avenir; soyez toujours fidles  ces principes et  ces
institutions qui ont fait vos succs et qui feront la grandeur et la
flicit de vos enfans. Que de vaines inquitudes ne troublent jamais
vos spculations ni vos travaux. Vos ennemis ne peuvent plus rien contre
votre tranquillit.

_Tous les peuples envient vos destines._

Bonaparte, premier consul de la rpublique, ordonne que la proclamation
ci-dessus sera insre au Bulletin des lois, publie, imprime et
affiche dans tous les dpartemens 4e la rpublique.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 28: Elle devait tre, et fut en effet lue le 25 messidor
pendant la solennit de la fte destine  clbrer l'anniversaire du 14
juillet.]




Paris, le 7 fructidor an 9 (24 aot 1801).

_Aux soldats du premier rgiment d'artillerie[29]._

Soldats!

Votre conduite dans la citadelle de Turin a retenti dans toute l'Europe.

Une douleur profonde a prcd dans le coeur de vos concitoyens le cri
de la vengeance.

Vous avez rendu de grands services... Vous tes couverts d'honorables
blessures; vous les avez reues pour la gloire de la rpublique...
Elle a triomph de ses ennemis; elle tient le premier rang parmi les
puissances!!!

Mais que lui importerait tant de grandeur, si ses enfans indisciplins
se laissaient guider par les passions effrnes de quelques
misrables!!!

Vous tes entrs sans ordre et tumultueusement dans une forteresse, en
violant toutes les consignes, sans porter aucun respect au drapeau du
peuple franais, qui y tait arbor.

Le brave officier qui tait charg de la dfendre, vous l'avez tu, vous
avez pass sur son cadavre... Vous tes tous coupables.

Les officiers qui n'ont pas su vous prserver d'un tel garement, ne
sont pas dignes de commander... Le drapeau que vous avez abandonn, qui
n'a pu vous rallier, sera suspendu au temple de Mars et couvert d'un
crpe funbre... Votre corps est dissous.

Soldats! Vous allez rentrer dans de nouveaux corps; donnez-y des preuves
d'une svre disciplin. Faites que l'on dise: Ils ont d servir
d'exemples, mais ils sont toujours ce qu'ils ont t, _les braves et
bons enfans de la patrie.

Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 29: Le premier rgiment d'artillerie, en garnison  Turin,
s'tait insurg contre ses chefs, et avait tu sur le pont-levis de la
forteresse le chef de bataillon Jacquemain, commandant qui voulait en
dfendre l'entre. Ce rgiment ft tir, ses compagnies distribues
dans d'autres corps, et les officiers jugs par un conseil de guerre.]




Paris, le 17 brumaire an 10 (8 novembre 1801).

_Aux habitans de Saint-Domingue._

Quelles que soient votre origine et votre couleur, vous tes tous
Franais, vous tes tous libres, et tous gaux devant Dieu et devant la
rpublique.

La France a t, comme Saint-Domingue, en proie aux factions et dchire
par la guerre civile et par la guerre trangre. Mais tout a chang;
tous les peuples ont embrass les Franais et leur ont jur la paix et
l'amiti. Tous les Franais se sont embrasss aussi et ont jur d'tre
tous des amis et des frres. Venez aussi embrasser les Franais et vous
rjouir de revoir vos amis et vos frres d'Europe.

Le gouvernement vous envoie le capitaine-gnral Leclerc; il amne avec
lui de grandes forcs pour vous protger contre vos ennemis et contre
les ennemie de la rpublique. Si l'on vous dit: _Cet forces sont
destines  vous ravir votre libert;_ rpondez: _La rpublique ne
souffrira pas qu'elle nous soit enleve._ Ralliez-Vous autour du
capitaine-gnral, il vous rapporte l'abondance et la paix; ralliez-vous
tous autour de lui. Qui osera se sparer du capitaine-gnral, sera un
tratre  la patrie, et la colre de la rpublique le dvorera, comme le
feu dvore vos cannes dessches.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.




Paris, le 17 brumaire an 10 (8 novembre 1801).

_Au citoyen Toussaint-Louverture, gnral en chef de l'arme de
Saint-Domingue._

Citoyen gnral,

La paix avec l'Angleterre et toutes les puissantes de l'Europe qui vient
d'asseoir la rpublique au premier degr de puissance et de grandeur,
met le gouvernement  mme de s'occuper de la colonie de Saint-Domingue.
Nous y envoyons le citoyen Leclerc, notre beau-frre, en qualit de
capitaine-gnral, comme premier magistrat de la colonie. Il est
accompagn de forces convenables pour faire respecter la souverainet du
peuple franais. C'est dans ces circonstances que nous nous plaisons
 esprer que vous allez nous prouver, et  la France entire, la
sincrit des sentimens que vous avez constamment exprims dans les
diffrentes lettres que vous nous ayez crites. Nous avons conu pour
vous de l'estime, et nous nous plaisons  reconnatre et  proclamer les
grands services que vous avez rendus au peuple franais. Si son pavillon
flotte sur Saint-Domingue, c'est  vous et aux braves Noirs qu'il le
doit. Appel par vos talens et la force des circonstances au premier
commandement, vous avez dtruit la guerre civile, mis un frein  la
perscution de quelques hommes froces, remis en honneur la religion et
le culte du Dieu de qui tout mane. La constitution que vous avez faite,
en renfermant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont
contraires  la dignit et  la souverainet du peuple franais, dont
Saint-Domingue ne forme qu'une portion.

Les circonstances o vous vous tes trouv, environn de tous cts
d'ennemis, sans que la mtropole puisse ni vous secourir, ni vous
alimenter, ont rendu lgitimes les articles de cette constitution qui
pourraient ne plus l'tre. Mais aujourd'hui que les circonstances sont
si heureusement changes, vous serez le premier  rendre hommage 
la souverainet de la nation qui vous compte au nombre de ses plus
illustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus et par les
talens et la force de caractre dont la nature vous a dou. Une conduite
contraire serait inconciliable avec l'ide que nous avons conue de
vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux  la reconnaissance et
aux bienfaits de la rpublique; et creuserait sous vos pas un prcipice
qui, en vous engloutissant, pourrait contribuer au malheur de ces braves
noirs dont nous aimons le courage, et dont nous nous verrions avec peine
obligs de punir la rbellion.

Nous avons fait connatre  vos enfans et  leur prcepteur les
sentimens qui nous animent[30]. Nous vous les renvoyons.

Assistez de vos conseils, de votre influence et de vos talens le
capitaine-gnral. Que pourrez-vous dsire, la libert des Noirs? Vous
savez que dans tous les pays o noua avons t, nous l'avons donne aux
peuples qui ne l'avaient pas. De la considration, des honneurs, de la
fortune? Ce n'est pas aprs les services que vons avez rendus, que
vous pouvez rendre encore dans cette circonstance, avec les sentimens
particuliers que nous avons pour vous, que vous devez tre incertain sur
votre considration, votre fortune et les honneurs qui vous attendent.

Faites connatre aux peuples de Saint-Domingue que la sollicitude que la
France a toujours porte  leur bonheur a t souvent impuissante par
les circonstances imprieuses de la guerre; que les hommes venus du
continent pour l'agiter et alimenter les factions, taient le produit
des factions, qui elles-mmes dchiraient la patrie; que dsormais
la paix et la force du gouvernement assurent leur prosprit et leur
libert. Dites-leur que si la libert est pour eux le premier des biens,
ils ne peuvent en jouir qu'avec le titre de citoyens franais, et que
tout acte contraire aux intrts de la patrie,  l'obissance qu'ils
doivent au gouvernement et au capitaine-gnral qui en est le dlgu,
serait un crime contre la souverainet nationale, qui clipserait leurs
services et rendrait Saint-Domingue le thtre d'une guerre malheureuse,
o des pres et des enfans s'entr'gorgeraient.

Et vous, gnral, songez que vous tes le premier de votre couleur qui
soit arriv  une si grande puissance et qui se soit distingu par sa
bravoure et ses talens militaires, vous tes aussi devant Dieu et nous,
le principal responsable de leur conduite.

S'il tait des malveillans qui, disent aux individus qui ont jou le
principale rle dans les troubles de Saint-Domingue, que nous venons
pour rechercher ce qu'ils ont fait pendant les temps d'anarchie;
assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite dans cette
dernire circonstance, et que nous ne rechercherons le pass que pour
connatre les traits qui les auraient distingus dans la guerre qu'ils
ont soutenue contre les Espagnols et les Anglais qui ont et nos
ennemis.

Comptez sans rserve sur notre estime, et conduisez-vous comme doit le
faire un des principaux citoyens de la plus grande nation du monde.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 30: Les enfans de Toussaint-Luverture taient levs  Paris,
aux frais de la rpublique. Le gnral Leclerc tait charg de les
ramener au gnral noir avec leur prcepteur.]




Paris, le 18 brumaire an 10 (9 novembre 1801).

_Aux Franais._

Franais!

Vous l'avez enfin toute entire, cette paix que vous avez mrite par de
si longs et de si gnreux efforts[31]!

Le monde ne vous offre plus que des nations amies; et sur toutes les
mers, s'ouvrent pour vos vaisseaux des ports hospitaliers.

Fidle  vos voeux et  ses promesses, le gouvernement n'a cd ni 
l'ambition des conqutes, ni  l'attrait des entreprises hardies et
extraordinaires. Son devoir tait de rendre le repos  l'humanit et
de rapprocher par des liens solides et durables cette grande famille
europenne dont la destine est de faire les destines de l'Univers. Sa
premire tche est remplie; Une autre commence pour vous et pour lui. A
la gloire des combats faisons succder une gloire plus doute pour les
citoyens, moins redoutable pour nos voisins.

Perfectionnons, mais surtout apprenons aux gnrations naissantes, 
chrir nos institutions et nos lois. Qu'elles croissent pour l'galit
civile, pour la libert publique, pour la prosprit nationale! Portons
dans les ateliers de l'agriculture et des arts cette ardeur, cette
constance, cette patience qui ont tonn l'Europe dans toutes nos
circonstances difficiles. Unissons aux efforts du gouvernement les
efforts des citoyens pour enrichir, pour fconder toutes les parties de
notre vaste territoire.

Soyons le lien et l'exemple des peuples qui nous environnent. Que
l'tranger qu'un intrt de curiosit attirera parmi nous, s'y arrte,
attach par le charme de nos moeurs, par le spectacle de notre union, de
notre industrie et par l'attrait de nos jouissances; qu'il s'en retourne
dans sa patrie plus ami du nom franais, plus ami et meilleur.

S'il reste encore des hommes que tourmente le besoin de har leurs
concitoyens, ou qu'aigrisse le souvenir de leurs pertes, d'immenses
contres les attendent; qu'ils osent aller y chercher des richesses et
l'oubli de leurs infortunes et de leurs peines. Les regards de la patrie
les y suivront; elle secondera leur courage: un jour, heureux de leurs
travaux, ils reviendront dans son sein, dignes d'tre citoyens d'un tat
libre, et corrigs du dlire des perscutions.

Franais! il y a deux ans, ce mme jour vit terminer vos dissentions
civiles, s'anantir toutes les factions! Ds-lors vous ptes concentrer
votre nergie, embrasser tout ce qui est grand aux yeux de l'humanit,
tout ce qui est utile aux intrts de la patrie; partout le gouvernement
fut votre guide et votre appui. Sa conduite sera constamment la mme.
Votre grandeur fait la sienne, et votre bonheur est la seule rcompense
 laquelle il aspire.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 31: Les prliminaires de paix entre la France et l'Angleterre
avaient t signs le 9 vendmiaire (1er octobre 1801).]




Paris, le 1er frimaire an 10 (22 novembre 1801).

_Au corps lgislatif._

EXPOS DE LA SITUATION DE LA RPUBLIQUE.

C'est avec une douce satisfaction que le gouvernement offre  la nation
le tableau de la situation de la France pendant l'anne qui vient de
s'couler. Tout au dedans et au dehors a pris une face nouvelle; et de
quelque ct que se portent les regards, s'ouvre une longue perspective
d'esprance et de bonheur.

Dans l'ouest et dans le midi, des restes de brigands infestaient les
routes et dsolaient les campagnes, invisibles  la force arme qui
les poursuivait, ou protgs contre elle par la terreur mme qu'ils
inspiraient  leurs victimes jusqu'au sein des tribunaux, si quelquefois
ils y taient traduits, leur audace glaait d'effroi les accusateurs
et les tmoins, les jurs et les juges. Des mains de la justice, ces
monstres impunis s'lanaient  de nouveaux forfaits.

Il fallait contre ce flau destructeur de toute socit, d'autres armes
que les formes lentes et gradues avec lesquelles la vindicte publique
poursuit des coupables isols qui se cachent dans le silence et dans
l'ombre.

Des tribunaux spciaux ont t crs, dont l'action plus rapide et plus
sre pt les atteindre et les frapper. De grands coupables ont t
saisis; les tmoins ont cess d'tre muets; les juges ont obi  leur
conscience et la socit a t venge. Ceux qui ont chapp  la justice
fuient dsormais de repaires en repaires; et chaque jour la rpublique
vomit de son sein cette dernire cume des vagues qui l'ont si
long-temps agite.

Cependant l'innocence n'a eu rien  redouter; la scurit des citoyens
n'a point t alarme des mesures destines  punir leurs oppresseurs;
et les sinistres prsages dont on avait voulu pouvanter la libert, ne
se sont raliss que contre le crime.

Du mois de floral an 9, jusqu'au 1er vendmiaire an 10, sept cent
vingt-quatre jugemens ont t prononcs par le tribunaux spciaux;
dix-neuf seulement ont t rejets par le tribunal de cassation, 
raison d'incomptence. On ne peut donc leur reprocher ni excs de
pouvoir, ni invasion de la justice ordinaire.

Le gouvernement, ds les premiers jours de son installation, proclama la
libert des consciences. Cet acte solennel porta le calme dans des ames
que des rigueurs imprudentes avaient effarouches. Il a depuis annonc
la fin des dissensions religieuses; et en effet des mesures ont t
concertes avec le souverain pontife de l'Eglise catholique pour runir
dans les mmes sentimens ceux qui professent une commune croyance. En
mme temps un magistrat charg de tout ce qui concerne les cultes, s'est
occup des droits de tous. Il a recueilli dans des confrences avec
des ministres luthriens et calvinistes, les lumires ncessaires
pour prparer les rglemens qui assureront  tous la libert qui leur
appartient, et la publicit que l'intrt de l'ordre social autorise 
leur accorder.

Des mesures gales pourvoiront  l'entretien de tous les cultes; rien ne
sera laiss  la disposition arbitraire de leurs ministres, et le trsor
public n'en sentira point de surcharge.

Si quelques citoyens avaient t alarmes par de vaines rumeurs, qu'ils
se rassurent: le gouvernement a tout fait pour rapprocher les esprits;
mais il n'a rien fait qui pt blesser les principes et l'indpendance
des opinions. La paix continentale fixa ce qui restait encore
d'inquitude et de craintes vagues dans les esprits; dj heureux de
tout le bonheur qu'ils attendaient encore, les citoyens se reposrent au
sein de la constitution, et y attachrent toute leur destine.

Des administrateurs clairs et fidles ont bien second cette
disposition des esprits; presque partout l'action de l'autorit,
transmise par eux, n'a rencontr qu'empressement, amour et
reconnaissance.

De l, dans le gouvernement cette scurit qui a fait sa force. Il n'a
pas plus dout de l'opinion publique que de ses propres sentimens, et
il ose la provoquer sans craindre sa rponse. Ainsi un prince[32],
issu d'un sang qui rgna sur la France, a travers nos dpartemens,
a sjourn dans la capitale, a reu du gouvernement des honneurs qui
taient dus  sa couronne, a reu des citoyens tous les gards qu'un
peuple doit  un autre peuple dans la personne de celui qui est appel
 le gouverner; et aucun soupon n'a altr le calme du commandement,
aucune rumeur n'a troubl la tranquillit des esprits; partout on a
vu la contenance d'un peuple libre et les affections d'un peuple
hospitalier: les trangers, les ennemis de la patrie, ont reconnu que
la rpublique tait dans le coeur des Franais, et qu'elle y avait dj
toute la maturit des sicles.

[Footnote 32: Le roi d'Etrurie, issu de la branche des Bourbons
d'Espagne.]

La rentre de nos guerriers sur le territoire de la France, a t une
suite de ftes et de triomphes. Ces vainqueurs si redouts dans les
combats ont t parmi nous des amis et des frres; heureux du bonheur
public, jouissant sans orgueil de la reconnaissance qu'ils avaient
mrite, et se montrant, par la plus svre discipline, dignes des
victoires qu'ils avaient obtenues.

Dans la guerre qui nous restait encore  soutenir, les vnemens ont
t mls de succs et de revers. Rduite  lutter contre la marine
d'Angleterre, avec des forces ingales, notre marine s'est montre avec
courage sur la Mditerrane couverte de flottes ennemies; elle a rappel
sur l'Ocan quelques souvenirs de son ancien clat; elle a, par une
glorieuse rsistance, tonn l'Angleterre accourue sur ses rives pour
tre tmoin de sa dfaite; et sans le retour de la paix, il lui tait
permis d'esprer qu'elle vengerait ses malheurs passs et les fautes qui
les avaient produits.

En Egypte, les soldats de l'arme d'Orient ont cd; mais ils ont cd
aux circonstances plus qu'aux forces de la Turquie et de l'Angleterre;
et certainement ils eussent vaincu s'ils avaient combattu runis. Enfin
ils rentrent dans leur patrie; ils y rentrent avec la gloire qui est
due  quatre annes de courage et de travaux; ils laissent  l'Egypte
d'immortels souvenirs, qui, peut-tre un jour y rveilleront les arts et
les institutions sociales. L'histoire du moins ne taira pas ce qu'ont
fait les Franais pour y reporter la civilisation et les connaissances
de l'Europe; elle dira par quels efforts ils l'avaient conquise; par
quelle sagesse, par quelle discipline ils l'ont si long-temps conserve;
et, peut-tre, elle en dplorera la perte comme une nouvelle calamit du
genre Humain.

Vingt-huit mille Franais entrrent en Egypte pour la conqurir:
d'autres y ont t depuis envoys  diffrentes poques; mais d'autres,
en nombre  peu prs gal, en taient revenus. Vingt-trois mille
rentrent en France aprs l'vacuation, non compris les trangers qui ont
suivi leur fortune. Ainsi, quatre campagnes, de nombreux combats, et les
maladies n'auront pas enlev un cinquime de l'arme d'Orient.

Aprs la guerre continentale, tout ce que les circonstances ont permis
de rformer dans le militaire, le gouvernement l'a Opr.

Des congs absolus sont accords; ils le sont sans prfrence, sans
faveur, et dans un ordre irrvocablement fix. Ceux-qui, les premiers,
ont pris les armes pour obir aux lois de la rquisition, en obtiennent
les premiers.. Pour remplir le vide que ces congs laisseront dans
l'arme, il sera ncessaire d'appeler des conscrits de l'an 9 et de l'an
10; et, dans cette session, un projet de loi sera prsent au corps
lgislatif pour les mettre  la disposition du gouvernement; mais
le gouvernement n'en appellera que le nombre qui sera strictement
ncessaire pour maintenir l'arme au complet de l'tat de paix.

Nous jouirons de la paix; mais la guerre laissera un fardeau qui psera
long-temps sur nos finances: acquitter des dpenses qui n'ont pu tre
prvues ni calcules, rcompenser les services de nos dfenseurs,
ranimer les travaux dans nos arsenaux et dans nos ports, rendre une
marine  la France; recrer tout ce que la guerre a dtruit, tout ce que
le temps a consum; porter enfin tous nos tablissemens au point o les
demandent la grandeur et la sret de la rpublique; tout cela ne peut
se faire qu'avec un accroissement de revenus. Les revenus s'accrotront
d'eux-mmes avec la paix; le gouvernement les mnagera avec la plus
svre conomie: mais si l'accroissement naturel des revenus, si
l'conomie la plus svre ne peuvent suffire, la nation jugera
les besoins, et le gouvernement proposera les ressources que les
circonstances rendront ncessaires.

Dans tout le cours de l'an 9,  peine quelques communications rares ont
exist entre la mtropole et ses colonies.

La Guadeloupe a conserv un reste de culture et de prosprit; mais la
souverainet de la rpublique y a reu plus d'un outrage. En l'an 8, un
agent unique y commandait; il est dport par une faction. Trois agens
lui succdent; deux dportent le troisime et le remplacent par un homme
de leur choix. Un autre meurt; et les deux qui restent s'investissent
seuls du pouvoir qui devait tre exerc par trois. Sous cette agence
militaire et illgale, l'anarchie, le despotisme rgnent tour  tour;
les colons, les allis l'accusent et lui imputent des erreurs et des
crimes. Le gouvernement a tent d'organiser une administration nouvelle;
un capitaine-gnral, un prfet, un commissaire de justice subordonns
entre eux; mais se succdant l'un  l'autre si les circonstances
l'exigent, offrent un pouvoir unique qui a une sorte de censure, mais
point de rivalit qui en trouble l'action et en paralyse la force.
Cette administration existe, et bientt on saura si elle a justifi les
esprances qu'on en avait conues. Ds son arrive, le capitaine-gnral
a eu  combattre l'esprit de faction; il a cru devoir envoyer en France
treize individus artisans de troubles et moteurs de dportations. Le
gouvernement a pens que de pareils hommes seraient dangereux en France,
et a ordonn qu'ils fussent renvoys dans celle des colonies qu'ils
voudraient choisir; la Guadeloupe Excepte.

A Saint-Domingue, des actes irrguliers ont alarm la soumission.
Sous des apparences quivoques, le gouvernement n'a voulu voir que
l'ignorance qui confond les noms et les choses, qui usurpe quand elle ne
croit qu'obir. Mais une flotte et une arme qui s'apprtent  partir
des ports de l'Europe, auront bientt dissip tous les nuages; et
Saint-Domingue rentrera tout entier sous les lois de la rpublique. A
Saint-Domingue et  la Guadeloupe il n'y a plus d'esclaves; tout y est
libre; tout y restera libre.

La sagesse et le temps y ramneront l'ordre et y rtabliront la culture
et les travaux.

A la Martinique, ce seront des principes diffrens. La Martinique a
conserv l'esclavage, et l'esclavage y sera conserv. Il en a trop cot
 l'humanit pour tenter encore, dans cette partie, une rvolution
nouvelle.

La Guyanne a prospr sous un administrateur actif et vigoureux; elle
prosprera davantage sous l'empire de la paix, et agrandie d'un nouveau
territoire qui appelle la culture et promet des richesses.

Les Iles de France et de la Runion sont restes fidles  la mtropole
au milieu des factions et sous une administration faible, incertaine,
telle que le hasard l'a faite, et qui n'a reu du gouvernement ni
impulsion ni secours. Ces colonies si importantes sont rassures; elles
ne craignent plus que la mtropole, eu donnant la libert aux noirs, ne
constitue l'esclavage des blancs.

L'ordre tabli, ds l'anne dernire, dans la perception des revenus et
dans la distribution des dpenses, n'avait laiss que peu d'amlioration
 faire dans cette partie. Une surveillance active a port la lumire
sur des dilapidations passes et sur des abus prsens; des coupables ont
t dnoncs  l'opinion publique et aux tribunaux.

L'action des rgies a t concentre; et de l plus d'nergie et
d'ensemble dans l'administration, plus de clrit dans les informations
et dans les rsultats.

Des mesures ont t prises pour acclrer encore les versemens dans les
caisses publiques, pour assurer plus de rgularit dans l'acquittement
des dpenses, pour en rendre la comptabilit plus simple et plus active.

L'art des faussaires a fait des progrs alarmans pour la socit. Avec
des pices fausses, on tablissait des fournitures qui n'avaient jamais
t faites; on en tablissait sur des pices achetes  Paris; et avec
ces titres on trompait les liquidateurs, et on dvorait la fortune
publique. Pour prvenir dsormais ces abus et ces crimes, le
gouvernement a voulu que les liquidations faites dans les bureaux des
ministres fussent soumises  une nouvelle preuve, et ne constituassent
la rpublique dbitrice qu'aprs qu'elles auraient t vrifies par un
conseil d'administration.

Le ministre des finances est rendu tout entier aux travaux qu'exigent la
perception des revenus et le systme de nos contributions.

Un autre veille immdiatement sur le dpt de la fortune publique, et sa
responsabilit personnelle en garantit l'inviolabilit.

La caisse d'amortissement a reu une organisation plus complte. Un
seul homme en dirige les mouvemens; mais quatre administrateurs en
surveillent les dtails; conseils et, s'il le fallait, censeurs de
l'agent qu'ils doivent seconder.

La proprit la plus prcieuse de la rpublique, les forts nationales
ont t confies  une administration qui, toute entire  cet objet
unique, y portera des yeux plus exercs, des connaissances plus
positives et une surveillance plus svre.

L'instruction publique a fait quelques pas  Paris et dans un petit
nombre de dpartemens; dans presque tous les autres, elle est
languissante et nulle. Si nous ne sortons pas de la route trace,
bientt il n'y aura de lumires que sur quelques points, et ailleurs
ignorance et barbarie.

Un systme d'instruction publique plus concentr a fix les penses
du gouvernement. Des coles primaires affectes  une ou plusieurs
communes, si les circonstances locales permettent cette association,
offriront partout aux enfans des citoyens, ces connaissances
lmentaires sans lesquelles l'homme n'est gure qu'un agent aveugle et
dpendant de tout ce qui l'environne.

Les instituteurs y auront un traitement fixe, fourni par les communes,
et un traitement variable, form de rtributions convenues avec les
parens qui seront en tat de les supporter.

Quelques fonctions utiles pourront tre assignes  ces instituteurs, si
elles peuvent se concilier avec leur fonction premire et ncessaire.

Dans des coles secondaires, s'enseigneront les lmens des langues
anciennes, de la gographie, de l'histoire et du calcul.

Ces coles se formeront, ou par des entreprises particulires avoues de
l'administration publique, ou par le concours des communes.

Elles seront encourages par des concessions d'difices publics; par des
places gratuites dans les coles suprieures, accordes aux lves qui
se seront le plus distingus; et enfin par des gratifications accordes
 un nombre dtermin de professeurs qui auront fourni le plus d'lves
aux coles suprieures.

Trente coles, sous le nom de _lyces_, seront formes et entretenues
aux frais de la rpublique, dans les villes principales qui, par leur
situation et les moeurs de leurs habitans, seront plus favorables 
l'tude des lettres et des sciences.

L seront enseignes les langues savantes, la gographie, l'histoire,
la logique, la physique, la gomtrie, les mathmatiques; dans
quelques-unes, les langues modernes dont l'usage sera indiqu par leur
situation.

Six mille lves de la patrie seront distribus dans ces trente
tablissemens, entretenus et instruits aux dpens de la rpublique.

Trois mille seront des enfans de militaires ou de fonctionnaires qui
auront bien servi l'tat.

Trois mille autres seront choisis dans les coles secondaires, d'aprs
des examens et des concours dtermins, et dans un nombre proportionn 
la population des dpartemens qui devront les fournir.

Les lves des dpartemens runis seront appels dans les lyces
de l'intrieur, s'y formeront  nos habitudes et  nos moeurs, s'y
nourriront de nos maximes et reporteront dans leurs familles l'amour de
nos institutions et de nos lois.

D'autres lves y seront reus, entretenus et instruits aux frais de
leurs parens.

Six millions seront destins chaque anne  la formation et 
l'entretien de ces tablissemens,  l'entretien et  l'instruction des
lves de la patrie, au traitement des professeurs, au traitement des
directeurs et des agens comptables.

Les coles spciales formeront le dernier degr d'instruction publique;
il en est qui sont dj constitues, et qui conserveront leur
organisation; d'autres seront tablies dans les lieux que les
convenances indiqueront, et pour les professions auxquelles elles seront
ncessaires.

Tel est en raccourci le systme qui a paru au gouvernement runir le
plus d'avantages, le plus de chances de succs, et que dans cette
session il proposera au corps lgislatif, rduit en projet de loi. Sa
surveillance peut suffire  trente tablissemens; un plus grand nombre
chapperait  ses soins et  ses regards; mais surtout un plus grand
nombre ne trouverait aujourd'hui ni ces professeurs distingus qui font
la rputation des coles, ni des directeurs capables d'y maintenir
une svre discipline, ni des conseils assez clairs pour en diriger
l'administration.

Trente lyces, sagement distribus sur le territoire de la rpublique,
en embrasseront toute l'tendue par leurs rapports, rpandront sur
toutes ses parties l'clat de leurs lumires et de leurs succs,
frapperont jusqu'aux regards de l'tranger, et seront pour eux
ce qu'taient nagure pour nous quelques coles d'Allemagne et
d'Angleterre, ce que furent quelques universits fameuses, qui, vues
dans le lointain, commandaient l'admiration et le respect de l'Europe.

Le Code civil fut annonc l'anne dernire aux dlibrations du corps
lgislatif; mais le travail s'accrut sous la main des rdacteurs; les
tribunaux furent appels  le perfectionner; et, enrichi de leurs
observations, il est soumis dans le conseil-d'tat  une svre
discussion.

Toutes les parties qui le composent seront successivement prsentes
 la sanction des lgislateurs: ainsi cet important ouvrage aura subi
toutes les preuves, et sera le rsultat de toutes les lumires.

Les ateliers se multiplient dans les maisons d'arrt et de dtention,
et le travail en bannit l'oisivet qui corrompt encore ceux qui taient
dj corrompus. Dans nombre de dpartemens il n'y a plus de mendicit.

Les hospices sortent peu  peu de cet tat de dtresse qui faisait la
honte de la nation et la douleur du gouvernement; dj la bienfaisance
particulire les enrichit de ses offrandes, et atteste le retour de
ces sentimens fraternels que des lois imprudentes et de longs malheurs
semblaient avoir bannis pour toujours.

Sur toutes les grandes communications, les routes ont t ou seront
bientt rpares. Le produit de la taxe d'entretien prouve partout des
accroissemens progressifs. Le plus intressant de tous les canaux est
creus aux dpens du trsor public, et d'autres seront bientt crs par
l'industrie particulire.

Les lettres et les arts ont reu tout ce que les circonstances ont
permis de leur donner d'encouragement et de secours.

Des projets ont t conus pour l'embellissement de Paris, et dj
quelques-uns s'excutent. Une association particulire forme par le
zle, bien plus que par l'intrt, lui construit des ponts qui ouvriront
des communications utiles et ncessaires. Une autre association lui
donnera un canal et des eaux salubres, qui manquent encore  cette
capitale.

Les dpartemens ne seront point ngligs. De tous cts on recherche
quels travaux sont ncessaires pour les orner ou les fconder. Des
collections de tableaux sont destines  former des musum dans les
villes principales; leur vue inspirera aux jeunes citoyens le got des
arts, et ils arrteront la curiosit des voyageurs.

Au moment o la paix gnrale va rendre aux arts et au commerce toute
leur activit, le devoir le plus cher au gouvernement est d'clairer
leur route, d'encourager leurs travaux, d'carter tout ce qui pourrait
arrter leur essor. Il appellera sur ces grands intrts toutes les
lumires; il rclamera tous les conseils de l'exprience; il fixera
auprs de lui, pour les consulter, les hommes qui, par des connaissances
positives, par une probit svre, par des vues dsintresses, seront
dignes de sa confiance et de l'estime publique.

Heureux si le gnie national seconde son ardeur et son zle, si par ses
soins, la prosprit de la rpublique gale un jour ses triomphes et sa
gloire.

Dans nos relations extrieures, le gouvernement ne craindra point de
dvoiler ses principes et ses maximes: fidlit pour nos allis, respect
pour leur indpendance, franchise et loyaut avec nos ennemis; telle a
t sa politique.

La Batavie reprochait  son organisation de n'avoir pas t conue pour
elle.

Mais depuis plusieurs annes cette organisation rgissait la Batavie. Le
principe du gouvernement est que rien n'est plus funeste au bonheur
des peuples que l'instabilit des institutions; et quand le directoire
batave l'a pressenti sur des changemens, il l'a constamment rappel  ce
principe.

Mais enfin le peuple batave a voulu changer, et il a adopt une
constitution nouvelle. Le gouvernement l'a reconnue cette constitution;
et il a d la reconnatre, parce qu'elle tait dans la volont d'un
peuple indpendant. Vingt-cinq mille Franais devaient rester en
Batavie, aux termes du trait de la Haye, jusqu' la paix gnrale. Les
Bataves ont dsir que ces forces fussent rduites; et en vertu d'une
convention rcente, elles ont t rduites a dix mille hommes.

L'Helvtie a donn, pendant l'an 9, le spectacle d'un peuple dchir par
les partis, et chacun de ces partis invoquant le pouvoir, et quelquefois
les armes de la France.

Nos troupes ont reu l'ordre de rentrer sur notre territoire; quatre
mille hommes seulement restent encore en Helvtie, d'aprs le voeu de
toutes les autorits locales, qui ont rclam leur prsence.

Souvent l'Helvtie a soumis au premier consul des projets
d'organisation; souvent elle lui a demand des conseils: toujours il l'a
rappele  son indpendance.

Souvenez-vous seulement, a-t-il dit, quelquefois, du courage et des
vertus de vos pres; ayez une organisation simple comme leurs moeurs.
Songez  ces religions,  ces langues diffrentes qui ont leurs limites
marques,  ces valles,  ces montagnes qui vous sparent,  tant de
souvenirs attachs  ces bornes naturelles; et qu'il reste de tout
cela une empreinte dans votre organisation. Surtout, pour l'exemple de
l'Europe, conservez la libert et l'galit  cette nation qui leur a,
la premire, appris  tre indpendans et libres.

Ce n'tait l que des conseils, et ils ont t froidement couts.
L'Helvtie est reste sans pilote au milieu des orages. Le ministre de
la rpublique n'a montr qu'un conciliateur aux partis diviss, et le
gnral de nos troupes a refus aux factions l'appui de ses forces.

La Cisalpine, la Ligurie ont enfin arrt leur organisation. L'une et
l'autre craignent, dans les mouvemens des premires nominations, le
rveil des rivalits et des haines. Elles ont paru dsirer que le
premier consul se charget de ces nominations.

Il tchera de concilier ce voeu de deux rpubliques qui sont chres  la
France, avec les fonctions plus sacres que sa place lui impose.

Lucques a expi dans les angoisses d'un rgime provisoire les erreurs
qui lui mritrent l'indignation du peuple franais. Elle s'occupe
aujourd'hui  se donner une organisation dfinitive.

Le roi de Toscane, tranquille sur son trne, est reconnu par de grandes
puissances et le sera bientt par toutes.

Quatre mille Franais lui gardent Livourne, et attendent, pour
l'vacuer, qu'il ait organis une arme nationale.

Le Pimont forme notre vingt-septime division militaire, et, sous un
rgime plus doux, oublie les malheurs d'une longue anarchie.

Le Saint-Pre, souverain de Rome, possde ses tats dans leur intgrit.
Les places de Pesaro, de Fano, de Castel Saint-Leone qui avaient t
occupes par les troupes cisalpines, lui ont t restitues.

Quinze cents Franais sont encore dans la citadelle d'Ancne, pour en
assurer les communications avec l'arme du midi.

Aprs la paix de Lunville, la France pouvait tomber de tout son poids
sur le royaume de Naples, punir le souverain d'avoir, le premier, rompu
les traits, et le faire repentir des affronts, que les Franais avaient
reus dans le port mme de Naples: mais le gouvernement se crut veng
ds qu'il fut matre de l'tre; il ne se sentit plus que le dsir et
la ncessit de la paix; pour la donner, il ne demande que les ports
d'Otrante, ncessaires  ses desseins sur l'Orient, depuis que Malte
tait occupe par les Anglais.

Paul 1er avait aim la France; il voulait la paix de l'Europe, il
voulait surtout la libert des mers. Sa grande me fut mue des
sentimens pacifiques que le premier consul avait manifests; elle le fut
depuis de nos succs et de nos victoires: de l, de premiers liens qui
l'attachrent  la rpublique.

Huit mille Russes avaient t faits prisonniers en combattant avec les
allis; mais le ministre, qui dirigeait alors l'Angleterre, avait
refus de les changer contre des prisonniers franais. Le gouvernement
s'indigna de ce refus; il rsolut de rendre  leur patrie de braves
guerriers abandonns de leurs allis; il les rendit d'une manire digne
de la rpublique, digne d'eux et de leur souverain. De l, des noeuds
plus troits et un rapprochement plus intime.

Tout--coup, la Russie, le Danemarck, la Sude, la Prusse s'unissant,
une coalition est forme pour garantir la libert des mers; le Hanovre
est occup par les troupes prussiennes; de grandes, de vastes oprations
se prparent; mais Paul 1er meurt subitement.

La Bavire s'est hte de reformer les liens qui l'unissaient  la
France. Cet alli important pour nous a fait de grandes pertes sur la
rive gauche du Rhin. L'intrt et le dsir de la France sont que la
Bavire obtienne sur la rive droite une juste et entire indemnit.

De grandes discussions se sont leves  Ratisbonne sur l'excution du
trait de Lunville; mais ces discussions ne regardent pas immdiatement
la rpublique. La paix de Lunville conclue avec l'Europe et ratifie
parla dite, a fix irrvocablement de ce ct-l tous les intrts de
la France.

Si la rpublique prend encore part aux discussions de Ratisbonne, ce
n'est que comme garant de stipulations contenues dans l'article 7 du
trait de Lunville, et pour maintenir un juste quilibre dans la
Germanie.

La paix avec la Russie a t signe, et rien ne troublera dsormais les
relations de deux grands peuples, qui, avec tant de raison de s'aimer,
n'en ont aucune de se craindre, et que la nature a placs aux deux
extrmits de l'Europe pour en tre le contre-poids au nord et au midi.
La Porte rendue  ses vritables intrts et  son inclination pour la
France, a retrouv son alli le plus ancien et le plus fidle.

Avec les Etats-Unis d'Amrique toutes les difficults ont t aplanies.

Enfin, des prliminaires de paix avec l'Angleterre ont t ratifis.

La paix avec l'Angleterre devait tre le produit de longues
ngociations, soutenues d'un systme de guerre qui, quoique lent dans
ses prparatifs, tait infaillible dans ses rsultats.

Dj la plupart de ses allis l'avaient abandonne. Le Hanovre, seule
possession de son souverain sur le continent, tait toujours au pouvoir
de la Prusse; la Porte, menace par nos positions importantes sur
l'Adriatique, avait entam une ngociation particulire.

Le Portugal lui restait: soumis depuis si long-temps  l'influence et au
commerce exclusif des Anglais, le Portugal n'tait plus en effet qu'une
province de la Grande-Bretagne. C'tait l que l'Espagne devait trouver
une compensation pour la restitution de l'le de la Trinit. Son arme
s'avance; une division des troupes de la rpublique campe sur la
frontire du Portugal pour appuyer ses oprations; mais aprs les
premires hostilits et quelques lgres escarmouches, le ministre
espagnol ratifie sparment le trait de Badajoz, Ds-lors on dut
pressentir pour l'Espagne la perte de la Trinit; ds-lors, en effet,
l'Angleterre la regarda comme une possession qui lui tait acquise, et
dsormais carta de la ngociation tout ce qui pouvait en faire supposer
la restitution possible.

Avant de ratifier le trait particulier de la France avec le Portugal,
le gouvernement fit connaitre au cabinet de Madrd cette dtermination
de l'Angleterre.

L'Angleterre s'est refuse avec la mme inflexibilit  la restitution
de l'le de Ceylan; mais la rpublique batave trouvera dans les
nombreuses possessions qui lui sont rendues, le rtablissement de son
commerce et de sa puissance.

La France a soutenu les intrts de ses allis avec autant de force
que les siens; elle a t jusqu' sacrifier des avantages plus grands
qu'elle aurait pu obtenir pour elle-mme; mais elle a t force de
s'arrter au point o toute ngociation devenait impossible. Ses allis
puiss ne lui offraient plus de ressources pour la continuation de
la guerre; et les objets dont la restitution leur tait refuse par
l'Angleterre, ne balanaient pas pour eux les chances d'une nouvelle
campagne et toutes les calamits dont elle pouvait les accabler.

Ainsi, dans toutes les parties du monde, la rpublique n'a plus que des
amis ou des allis, et partout son commerce et son industrie rentrent
dans leurs canaux accoutums.

Dans tout le cours de la ngociation, le ministre actuel d'Angleterre a
montr une volont franche de mettre un terme aux malheurs de la guerre;
le peuple anglais a embrass la paix avec enthousiasme; les haines de la
rivalit sont teintes; il ne restera que l'imitation de grandes actions
et les entreprises utiles.

Le gouvernement avait mis son ambition  replacer la France dans ses
rapports naturels avec toutes les nations; il mettra sa gloire 
maintenir son ouvrage, et  perptuer une paix qui fera son bonheur
comme celui de l'humanit.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 3 frimaire an 10 (24 novembre 1801).

_Rponse du premier consul une dputation du corps lgislatif[33]._

Le gouvernement apprcie la dmarche du corps lgislatif.

Il est sensible  ce que vous venez de lui dire de sa part.

Les actes du corps lgislatif, pendant la dernire session, ont
contribu  aider la marche de l'administration et  nous faire arriver
 l'tat o nous sommes.

Il portera les mmes sentimens dans les travaux de la session qui
commence. C'est un moyen sr de faire le bien-tre et la prosprit du
peuple franais, _notre souverain  tous..._

C'est lui qui juge tous nos travaux. Ceux qui le serviront avec puret
et zle seront accompagns dans leur retraite par la considration et
l'estime de leurs concitoyens.

BONAPARTE.

[Footnote 33: Envoye pour remercier le premier consul de son expos de
la situation de la rpublique.]




Paris, le 15 frimaire an 10 (16 dcembre 1801).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Depuis la paix gnrale c'est la premire fois que, pour se conformer
au voeu de la constitution, le premier consul a  vous prsenter des
candidats pour les places vacantes au snat.

Dans cette mmorable circonstance, il a paru convenable de choisir
des citoyens militaires pour donner aux armes un tmoignage de la
satisfaction et de la reconnaissance nationales. En consquence, le
premier consul, conformment  l'article 16 de la constitution, vous
prsente comme candidats  la place vacante par la mort du citoyen
Crassous, snateur, et aux deux places auxquelles le snat doit nommer,
en excution de l'art. 15 de la constitution; Le citoyen Lamartillire,
gnral de division d'artillerie, qui, quoique dj dans un ge
avanc, a command constamment, pendant toute la guerre de la libert,
l'artillerie aux diffrentes armes. Il n'a voulu se donner aucun repos
tant qu'il y a eu des ennemis  combattre; Le gnral Jourdan, vainqueur
 Fleurus, et administrateur gnral du Pimont; Le gnral Borruyer,
commandant en chef des invalides. Le premier consul dsire que les
vtrans de la patrie voient dans la prsentation de leur chef une
marque du souvenir du gouvernement.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, 12 nivse an 10 (2 janvier 1803).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Le gouvernement a arrt de retirer le projet de loi du Code civil et
celui sur le rtablissement de la marque pour les condamns. C'est avec
peine qu'il se trouve oblig de remettre  une autre poque les lois
attendues avec tant d'intrt par la nation. Mais il s'est convaincu que
le temps n'est pas venu o l'on portera dans ces grandes discussions le
calme et l'unit d'intention qu'elles demandent.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, 16 nivose an 10 (6 janvier 1803).

Au citoyen Reding.

Citoyen Reding, depuis deux ans vos compatriotes m'ont quelquefois
consult sur leurs affaires. Je leur ai parl comme l'aurait fait le
premier magistrat des Gaules dans le temps o l'Helvtie en faisait
partie.

Les conseils que je leur ai donns pouvaient les conduire  bien, et
leur pargner deux mois d'angoisses; ils en ont peu profit. Vous me
paraissez anim du dsir du bonheur de votre patrie; soyez second
par vos compatriotes, et que l'Helvtie se replace enfin parmi les
puissances de l'Europe.

Les circonstances de la guerre ont conduit les armes franaises sur
votre territoire: le dsir de la libert a arm vos peuples, et surtout
ceux des campagnes, contre les privilges. Des vnemens de diffrente
nature se sont succds en peu d'annes; vous avez prouv de grands
maux; un grand rsultat vous reste: l'galit et la libert de vos
concitoyens.

Quel que soit le lieu o naisse un Suisse aujourd'hui, sur les bords du
Lman comme sur ceux de l'Aaar, il est libre: c'est la seule chose que
je vois distinctement dans votre tat politique actuel.

La base des droits publics de l'Europe est aujourd'hui de maintenir dans
chaque pays l'ordre existant. Si toutes les puissances ont adopt ce
principe, c'est que toutes ont besoin de la paix et du retour des
relations diplomatiques et commerciales.

Le peuple franais ne peut donc reconnatre qu'un gouvernement qui
serait fond sur les principes qui vous rgissent aujourd'hui.

Vous tes sans organisation, sans gouvernement, sans volont
nationale... Pourquoi vos compatriotes ne feraient-ils pas un effort?
Qu'ils voquent les vertus patriotiques de leurs pres! Qu'ils
sacrifient l'esprit de systme, l'esprit de faction,  l'amour du
bonheur et de la libert publics!

Alors vous ne craindrez pas d'avoir des autorits qui soient le produit
de l'usurpation momentane d'une faction; vous aurez un gouvernement,
parce qu'il aura pour lui l'opinion et qu'il sera le rsultat de la
volont nationale. Toute l'Europe renouvellera avec vous ses relations;
la France ne sera arrte par aucun calcul d'intrt particulier;
elle fera tous les sacrifices qui pourront assurer davantage votre
constitution, l'galit et la libert de vos concitoyens; elle
continuera par-l  montrer pour vous ses sentimens affectueux et
paternels qui, depuis tant de sicles, forment les liens de ces deux
parties indpendantes d'un mme peuple.

BONAPARTE.




Lyon, 6 pluviose an 10 (26 janvier 1802).

_Discours prononc par le premier consul au sein de la consulte ou
assemble italienne convoque par lui  Lyon._[34].

La rpublique cisalpine, reconnue depuis Campo-Formio, a dj prouv
bien des vicissitudes.

Les premiers efforts que l'on a faits pour la constituer ont mal russi.

Envahie depuis par des armes ennemies, son existence ne paraissait plus
probable, lorsque le peuple franais, pour la deuxime fois, chassa, par
la force de ses armes, vos ennemis de votre territoire.

Depuis ce temps on a tout tent pour vous dmembrer: mais la protection
de la France l'emporte, et vous avez t reconnus  Lunville.

Accrus d'un cinquime, vous existez plus puissans, plus consolids, avec
plus d'esprance!!

Composs de six nations diffrentes, voas allez tre runis sous le
rgime d'une constitution plus adapte que toute autre  vos moeurs et 
vos circonstances.

Je vous ai runis  Lyon autour de moi comme les principaux citoyens
de la Cisalpine. Vous m'avez donn les renseignemens ncessaires pour
remplir la tche auguste que m'imposait mon devoir, comme premier
magistrat du peuple franais et comme l'homme qui a le plus contribu 
votre cration.

Les choix que j'ai faits pour remplir vos premires magistratures l'ont
t indpendamment de tout esprit de parti, de tout esprit de localit.

Celle de prsident, je n'ai trouv personne parmi vous qui et encore
assez de droits sur l'opinion publique, qui ft assez indpendant de
l'esprit de localit, et qui et enfin rendu d'assez grands services 
son pays, pour la lui confier.

Le procs-verbal que vous m'avez fait remettre, par votre comit du
30, o sont analyses avec autant de prcision que de vrit les
circonstances extrieures et intrieures dans lesquelles se trouve votre
patrie, m'a vivement pntr.

J'adhre  votre voeu: je conserverai encore pendant le temps que ces
circonstances le voudront, la grande pense de vos affaires.

Au milieu des mditations continuelles qu'exige le poste o je me
trouve, tout ce qui vous sera relatif et pourra consolider votre
existence et votre prosprit, ne sera point tranger aux affections les
plus chre de mon me.

Vous n'avez que des lois particulires; il vous faut dsormais des lois
gnrales.

Votre peuple n'a que des habitudes locales, il faut qu'il prenne des
habitudes nationales.

Enfin vous n'avez point d'arme; les puissances qui pourraient devenir
vos ennemies en ont de fortes; mais vous avez ce qui peut les produire,
une population nombreuse, des campagnes fertiles et l'exemple qu'a
donn dans toutes les circonstances essentielles le premier peuple de
l'Europe.

BONAPARTE.

[Footnote 34: Bonaparte voulant donner  la rpublique cisalpine, fonde
par lui en 1796, une dernire organisation, avait convoqu  Lyon les
membres les plus influent de cette rpublique. Une constitution avait
t cre, et Bonaparte nomm prsident de la rpublique rgnre. M.
de Melzi, l'un des Italiens les plus distingus, fut choisi par loi pour
vice-prsident.]




Lyon, le 7 pluviose an 10 (27 janvier 1802).

_Aux maires de Lyon._

Citoyens Parent-Munet, Rousset, Bernard-Charpieux, maires de la ville de
Lyon, je suis satisfait de l'union et de l'attachement au gouvernement
qui animent Lyon, depuis que vous tes maires. Je dsire que vous
portiez cette _charpe de distinction_, et qu'elle soit un tmoignage
pour la ville du contentement que j'y ai prouv pendant mon sjour.

BONAPARTE.




Paris, le 12 pluviose an 10 (1er fvrier 1802).

_Rponse du premier consul  une dputation du corps lgislatif[35]._

Il tait de la gloire et de l'intrt de la France d'assurer pour
toujours le sort d'une rpublique qu'elle a cre[36].

J'espre que sa constitution et ses nouveaux magistrats feront son repos
et son bonheur.

Ce bonheur et ce repos ne seront pas trangers au ntre. Notre
prosprit ne peut dsormais tre spare de la prosprit des peuples
qui nous environnent.

J'ai recueilli dans mon voyage la plus douce rcompense des efforts que
j'ai faits pour la patrie; j'y ai recueilli surtout l'expression libre
et franche de l'opinion publique, dans l'abandon de la confiance
particulire, dans le langage simple du commerant; du manufacturier;
du cultivateur. Tous demandent que le gouvernement soit fidle aux
principes qu'ils a dvelopps; c'est de l qu'ils attendent leur
Bonheur.

J'tais dj plein de reconnaissance pour les marques d'intrt dont la
nation a honor mes premiers efforts. Je reviens, pntr de sentimens
encore plus profonds. Le sacrifice de toute mon existence ne saurait
payer les motions que j'ai senties. J'en prouve une bien douce en vous
voyant associer votre voeu au voeu de la nation.

BONAPARTE.

[Footnote 35: A son retour de Lyon.]

[Footnote 36: La rpublique cisalpine.]




Paris, le 34 pluviose an 10(13 fvrier 1802).

Au snat conservateur.

Snateurs, Le gouvernement vous transmet les listes d'ligibilit
nationale des dpartements d'Ile-et-Vilaine et des Deux-Nthes. Il s'est
fait rendre compte des rclamations leves contre les listes qui lui
sont parvenues jusqu' ce jour. Elles sont trs-peu nombreuses, et
aucune ne lui a paru pouvoir motiver une dnonciation.

Si quelques citoyens recommandables ont t oublis sur la liste
nationale, ils pourront y tre ports au prochain remplacement.

La loi du 30 ventose an 9 n'ayant rien statu sur la manire d'oprer
le retirement des listes, une loi nouvelle qui sera ncessaire pour
organiser cette partie de la constitution, conciliera tout ce qu'exigent
l'intrt public et les droits des citoyens.

BONAPARTE.




Paris, le 23 ventose an 10 (13 mars 1802).

_Note inscrite dans le Moniteur_[37].

Depuis dix jours tous les journaux anglais crient comme des forcens,
 la guerre... Quelques orateurs du parlement ne se dguisent pas
davantage. Leur coeur ne distile que du fiel.

Le premier consul ne veut pas la paix!! Les ministres rparateurs
auxquels l'Europe et l'humanit entire doivent tant, M. Addington, lord
Hawkesbury, etc., sont jous!!... Cependant il y a plus de quinze jours,
si l'on en croit des personnes dignes de foi, que l'on est,  Amiens,
d'accord sur tous les articles; que mme les discussions de rdaction
sont termines, et que si l'on ne signe pas, c'est que l'on attend
toujours de Londres un dernier courrier.

Que signifie donc le langage de ces turbulens crivassiers!! Les
avantages que les prliminaires donnent  la Grande-Bretagne ne sont-ils
donc pas assez grands!! Il fallait restreindre la puissance continentale
de la France!! Pourquoi donc le roi et le cri unanime de la nation
ont-ils ratifi les prliminaires? Et s'il fallait imposer  la France
des sacrifices continentaux, pourquoi, M. Grenville, n'avez-vous pas
trait lorsque vous aviez des allis, que leur arme campait sur les
Alpes, que les armes russes taient incertaines sur leur marche
rtrograde, et que la Vende fumante occupait une portion de l'arme
franaise? Et puisque vous ne pensiez pas alors que la France ft encore
assez affaiblie pour arriver  votre but, et que vous croyiez devoir
continuer la guerre, il fallait, M. Windham, les mieux diriger; il
fallait que ces vingt-cinq mille hommes qui se promenaient inutilement,
et  tant de frais, sur les ctes de l'Ocan et devant Cadix, entrassent
dans Gnes le mme jour que Melas; il fallait ne pas donner au monde le
spectacle hideux, et presque sans exemple, de bombarder les sujets d'un
roi, votre alli, jusque dans sa capitale, et sans mme avoir renvoy
son ambassadeur[38].

Qu'esprez-vous aujourd'hui? Renouveler une coalition? Le canon de
Copenhague les a tues pour cinquante ans.

Que voulez-vous donc? Culbuter le ministre dont la main sage a su
gurir une partie des plaies que vous avez faites! Mais enfin si, pour
assouvir votre ambition, vous parveniez  entraner votre patrie dans
un gouffre de maux, votre nation ne tarderait pas  regretter les
prliminaires de Londres, comme elle a regrett l'armistice d'El-Arisch.

Les dtails du congrs d'Amiens mis au grand jour, la nation anglaise
qui tient un rang si distingu dans le monde, par son sens droit et
profond et la libralit de ses ides, aurait, envers le premier consul
de France, un nouveau mouvement d'estime et de bienveillance, parce
qu'elle verrait qu'il n'aurait pas dpendu de lui que la paix ft
prompte, honorable et ternelle. Vos passions basses et haineuses
seraient  dcouvert, et vous ne pourriez pas long-temps tromper une
nation qui, spontanment unissant sa voix  celle du monde entier, vous
dclarerait les ennemis des Hommes.

[Footnote 37: Tout le monde sait que Bonaparte se plaisait  crire dans
le Moniteur. Plus d'une fois les notes qu'il faisait insrer dans cet
arsenal de sa politique sont devenues des causes ou des annonces
de guerre. Jaloux de recueillir tout ce qui provient de cet homme
extraordinaire, nous rapporterons celles qui nous paraissent avoir un
caractre d'authenticit irrvocable.]

[Footnote 38: Le bombardement de la capitale du Danemarck.]




Paris, le 27 germinal an 10 (17 avril 1802).

_Proclamation aux Franais._

Franais,

Du sein d'une rvolution inspire par l'amour de la patrie; clatrent
tout- coup au milieu de vous des dissensions religieuses qui devinrent
le flau de vos familles, l'aliment des factions et l'espoir de vos
ennemis.

Une politique insense tcha de les touffer sous les ruines de la
religion mme. A sa voix cessrent les pieuses solennits o les
citoyens s'appelaient du doux nom de frres et se reconnaissaient tous
gaux sous la main du Dieu qui les avait crs; le mourant, seul avec sa
douleur, n'entendit plus cette voix consolante qui appelle les chrtiens
 une meilleure vie, et Dieu mme sembla exil de la nature.

Mais la conscience publique, mais le sentiment de l'indpendance des
opinions se soulevrent, et bientt, gars par les ennemis du dehors,
leur explosion porta le ravage dans nos dpartemens; des Franais
oublirent qu'ils taient Franais et devinrent les instrumens d'une
haine trangre.

D'un autre ct, les passions dchanes, la morale sans appui, le
malheur sans esprance de l'avenir, tout se runissait pour porter le
dsordre dans la socit.

Pour arrter ce dsordre, il fallait rasseoir la religion sur sa base,
et on ne pouvait le faire que par des mesures avoues par la religion
mme.

C'tait au souverain pontife que l'exemple des sicles et la raison
commandaient de recourir, pour rapprocher les opinions et rconcilier
les coeurs.

Le chef de l'glise a pes dans sa sagesse et dans l'intrt de
l'glise, les propositions que l'intrt de l'tat avait dictes;
sa voix s'est fait entendre aux pasteurs: ce qu'il approuve, le
gouvernement l'a consenti, et les lgislateurs en ont fait une loi de la
rpublique.

Ainsi disparaissent tous les lmens de discorde; ainsi s'vanouissent
tous les scrupules qui pouvaient alarmer les consciences, et tous les
obstacles que la malveillance pouvait opposer au retour de la paix
intrieure.

Ministres d'une religion de paix, que l'oubli le plus profond couvre vos
dissensions, vos malheurs et vos fautes; que cette religion qui
vous unit, vous attache tous par les mmes noeuds, par des noeuds
indissolubles, aux intrts de la patrie.

Dployez pour elle tout ce que votre ministre vous donne de force et
d'ascendant sur les esprits; que vos leons et vos exemples forment
les jeunes citoyens  l'amour de nos institutions, au respect et 
l'attachement pour les autorits tutlaires qui ont t cres pour les
protger; qu'ils apprennent de vous que le Dieu de la paix est aussi le
Dieu des armes, et qu'il combat avec ceux qui dfendent la libert et
l'indpendance de la France.

Citoyens qui professez les religions protestantes, la loi a galement
tendu sur vous sa sollicitude. Que cette morale si sainte, si pure, si
fraternelle, les unisse tous dans le mme amour pour la patrie, dans le
mme respect pour ses lois, dans la mme affection pour tous les membres
de la grande famille.

Que jamais des combats de doctrines n'altrent ces sentimens que la
religion inspire et commande.

Franais, soyons tous unis pour le bonheur de la patrie; et pour le
bonheur de la patrie et pour le bonheur de l'humanit, que cette
religion qui a civilis l'Europe soit encore le lien qui en rapproche
les habitans, et que les vertus qu'elle exige soient toujours associes
aux hommes qui nous clairent. _Le premier consul,_

BONAPARTE.




Paris, le 15 floral an 8 (5 mai 1802).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Le gouvernement vous adresse le trait qui met un terme aux dernires
dissensions de l'Europe et achve le grand ouvrage; de la paix.

La rpublique avait combattu pour son indpendance; son indpendance
est reconnue; l'aveu de toutes les puissances consacre tous les droits
qu'elle tenait de la nature et les limites qu'elle devait  ses
victoires.

Une autre rpublique est venue se former au milieu d'elle, s'y pntrer
de ses principes, et y reprendre  sa source l'esprit antique des
Gaulois. Attache  la France par le souvenir d'une commune origine,
par des institutions communes, et surtout par le lien des bienfaits, la
rpublique italienne a pris son rang parmi les puissances comme parmi
nos allis; elle s'y maintiendra par le courage et s'y distinguera par
les vertus.

La Batavie rendue  l'unit d'intrts, affranchie de cette double
influence qui tourmentait ses conseils et qui garait sa politique, a
repris son indpendance, et trouve dans la nation qui l'avait conquise
la garantie la plus fidle de son existence et de ses droits. La sagesse
de son administration lui conservera sa splendeur, et l'active conomie
de ses citoyens lui rendra toute sa prosprit.

La rpublique helvtique, reconnue au dehors, est toujours agite au
dedans par des factions qui se disputent le pouvoir. Le gouvernement,
fidle aux principes, n'a d exercer sur une nation indpendante d'autre
influence que celle des conseils; ses conseils, jusqu'ici, ont t
impuissans; il espre encore que la voix de la sagesse et de la
modration sera coute, et que les puissances voisines de l'Helvtie
ne seront pas forces d'intervenir pour touffer des troubles dont la
continuation menacerait leur propre tranquillit.

La rpublique devait  ses engagemens et  la fidlit de l'Espagne, de
faire tous ses efforts pour lui conserver l'intgrit de son territoire.
Ce devoir, elle l'a rempli dans tout le cours de la ngociation avec
toute l'nergie que permettaient les circonstances. Le roi d'Espagne a
reconnu la loyaut de ses allis, et sa gnrosit a fait  la paix le
sacrifice qu'ils s'taient efforcs de lui pargner. Il acquiert par l
de nouveaux droits  l'attachement de la France, et un titre sacr  la
reconnaissance de l'Europe. Dj le retour du commerce console ses tats
de la calamit de la guerre, et bientt un esprit vivifiant portera dans
ses vastes possessions une nouvelle activit et une nouvelle industrie.

Rome, Naples, l'Etrurie sont rendues au repos et aux arts de la paix.

Lucques, sous une constitution qui a runi les esprits et touff les
haines, a retrouv le calme et l'indpendance.

La Ligurie a pos dans le silence des partis les principes de son
organisation, et Gnes voit rentrer dans son port le commerce et les
richesses.

La rpublique des Sept-Iles est encore, ainsi que l'Helvtie, en proie
 l'anarchie; mais d'accord avec la France, l'empereur de Russie y fait
passer les troupes qu'il avait  Naples, pour y reporter les seuls biens
qui manquent  ces heureuses contres, la tranquillit, le rgne des
lois, et l'oubli des haines et des factions.

Ainsi, d'une extrmit  l'autre, l'Europe voit le calme renatre sur
le continent et sur les mers, et son bonheur s'asseoir sur l'union des
grandes puissances et sur la foi des traits.

En Amrique, les principes connus du gouvernement ont rendu la scurit
la plus entire  la Martinique,  Tabago,  Sainte-Lucie. On n'y
redoute plus l'empire de ces lois imprudentes qui auraient jet dans les
colonies la dvastation et la mort. Elles n'aspirent plus qu' se runir
 la mtropole, et elles lui rapportent, avec leur confiance et leur
attachement, une prosprit au moins gale  celle qu'elle y avait
laisse.

A Saint-Domingue, de grands maux ont t faits; de grands maux sont 
rparer; mais la rvolte est chaque jour plus rprime. Toussaint, sans
trsor, sans place et sans arme, n'est plus qu'un brigand errant de
morne en morne, avec quelques brigands comme lui, que nos intrpides
claireurs poursuivent, et qu'ils auront bientt atteints et dtruits.

La paix est connue  l'Ile-de-France et dans l'Inde. Les premiers
soins du gouvernement y ont dj report l'amour de la rpublique, la
confiance en ses lois et toutes les esprances de la prosprit.

Bien des annes s'couleront dsormais pour nous sans victoires, sans
triomphes, dans ces ngociations clatantes qui font la destine des
tats; mais d'autres succs doivent marquer l'existence des nations, et
surtout l'existence de la rpublique. Partout l'industrie s'veille,
partout le commerce et les arts tendent  s'unir pour effacer les
malheurs de la guerre. Des travaux de tous les genres appellent la
pense du gouvernement.

Le gouvernement remplira cette nouvelle tche avec succs aussi
long-temps qu'il sera investi de l'opinion du peuple franais.

Les annes qui vont s'couler seront, il est vrai, moins clbres; mais
le bonheur de la France s'accrotra des chances de gloire qu'elle aura
ddaignes.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 17 floral an 10 (7 mai 1802).

_Rponse du premier consul au gnral Menou  son retour d'Egypte._

Celui-ci venait de lui dire: Consul, en me prsentant devant vous,
la douleur d'avoir vu perdre votre plus belle conqute se renouvelle
vivement.

Le sort des batailles, lui rpondit Bonaparte, est incertain Vous avez
fait tout ce qu'on pouvait, aprs la malheureuse journe du 30,
attendre d'un homme de coeur et d'exprience. Votre longue rsistance 
Alexandrie a contribu  la bonne issue des prliminaires de Londres.
Votre bonne administration vous a mrit l'estime de tous les hommes qui
en apprcient l'influence sur la prosprit publique.

Je connais bien tout ce qui s'est pass  votre arme. Vos malheurs ont
t grands, sans doute; mais ils ne vous ont rien fait perdre dans mon
estime, et je m'empresserai de le tmoigner hautement, afin qu'aucune
clameur ne puisse entacher votre conduite[39].

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 39: Cette rponse de Bonaparte tonnera tous ceux qui
savent que la perte de l'Egypte doit tre attribue  la mauvaise
administration et  la conduite pusillanime du gnral Menou. L'histoire
dira sans doute pour quelle cause un homme aussi bien  mme de juger
des vnemens que Bonaparte, se montra toujours tellement aveugle sur le
compte du gnral Menou que, pour le rcompenser de sa prtendue belle
conduite en Egypte, il lui confia depuis une mission clatante en
Italie.]




Paris, le 17 floral an 10 (7 mai 1802).

_Rponse du premier consul  une dputation du tribunal[40]._

Le gouvernement est vivement touch des sentimens que vous manifestez au
nom du tribunat.

Cette justice que vous rendez  ses oprations est le prix le plus doux
de ses efforts. Il y reconnat le rsultat de ces communications plus
intimes qui vous mettent en tat de mieux apprcier la puret de ses
vues et de ses penses.

Pour moi je reois avec la plus sensible reconnaissance le voeu mis par
le tribunat.

Je ne dsire d'autre gloire que celle d'avoir rempli toute entire
la tche qui m'est impose. Je n'ambitionne d'autre rcompense que
l'affection de mes concitoyens; heureux s'ils sont bien convaincus que
tous les maux qu'ils pourraient prouver seraient toujours pour moi les
maux les plus sensibles; que la vie ne m'est chre que par les services
que je puis rendre  la patrie; que la mort mme n'aura point d'amertume
pour moi, si mes derniers regards peuvent voir le bonheur de la
rpublique aussi assur que sa gloire.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 40: Envoye pour le fliciter sur la paix d'Amiens, et lui
annoncer que le tribunat avait mis le voeu qu'il ft donn au gnral
Bonaparte un gage clatant de la reconnaissance nationale.]




Paris, le 19 floral an 10 (9 mai 1802).

_Au snat conservateur[41]._

Snateurs,

La preuve honorable d'estime consigne dans votre dlibration du 18,
sera toujours grave dans mon coeur.

Le suffrage du peuple m'a investi de la suprme magistrature. Je ne
me croirais pas assur de sa confiance, si l'acte qui m'y retiendrait
n'tait encore sanctionn par son suffrage.

Dans les trois annes qui viennent de s'couler, la fortune a souri  la
rpublique; mais la fortune est inconstante, et combien d'hommes qu'elle
avait combls de ses faveurs, ont vcu trop de quelques annes[42].

L'intrt de ma gloire et celui de mon bonheur sembleraient avoir
marqu le terme de ma vie publique, au moment o la paix du monde est
proclame.

Mais la gloire et le bonheur du citoyen doivent se taire, quand
l'intrt de l'tat et la bienveillance publique l'appellent.

Vous jugez que je dois au peuple un nouveau sacrifice; je le ferai si le
voeu du peuple me commande ce que votre suffrage autorise.

BONAPARTE.

[Footnote 41: Le snat venait de rendre un snatus-consulte portant
rlection de Bonaparte au consulat pour dix annes  ajouter aux
dix annes qui lui taient dj dvolues par l'article 39 de la
constitution.]

[Footnote 42: Napolon Bonaparte  l'le Sainte-Hlne en est un nouvel
et terrible exemple.]




Paris, le 24 floral an 10 (14 mai 1802).

_Rponse du premier consul  une dputation du corps lgislatif[43]._

Les sentimens que vous venez d'exprimer et cette dputation solennelle
sont pour le gouvernement un gage prcieux de l'estime du corps
lgislatif.

J'ai t appel  la magistrature suprme dans des circonstances telles,
que le peuple n'a pu peser dans le calme de la rflexion le mrite de
son choix.

Alors la rpublique tait dchire par la guerre civile; l'ennemi
menaait les frontires; il n'y avait plus ni scurit ni gouvernement.
Dans une telle crise, ce choix a pu ne paratre que le produit
indlibr de ses alarmes.

Aujourd'hui la paix est rtablie avec toutes les puissances de l'Europe;
les citoyens n'offrent plus que l'image d'une famille runie, et
l'exprience qu'ils ont faite de leur gouvernement les a clairs sur la
valeur de leur premier choix. Qu'ils manifestent leur volont dans toute
sa franchise et dans toute son indpendance; elle sera obie: quelle que
soit ma destine, consul ou citoyen, je n'existerai que pour la grandeur
et la flicit de la France.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 43: L'ambition de Bonaparte n'tait pas encore satisfaite des
dix annes ajoutes  sa magistrature par le snatus-consulte cit
plus haut. Les deux autres consuls, sans doute d'aprs son impulsion,
arrtrent le 20 floral (10 mai) que le peuple franais serait consult
sur cette question: Napolon Bonaparte sera-t-il consul  vie? Cet
arrt fut converti en loi par le corps lgislatif, et une dputation
de cent dix membres fut charge d'en instruire Bonaparte. C'est  cette
dputation que Bonaparte va rpondre.]




_Rponse  la dputation du tribunat, envoye pour le mme objet._

Ce tmoignage de l'affection du tribunat est prcieux au gouvernement.
L'union de tous les corps de l'tat est pour la nation une garantie de
stabilit et de bonheur. La marche du gouvernement sera constamment
dirige dans l'intrt du peuple, d'o drivent tous les pouvoirs, et
pour qui seul travaillent tous les gens de bien.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 18 prairial an 10 (7 juin 1802).

_A la censure de la rpublique italienne._

L'poque de la runion des collges, premiers organes de la souverainet
du peuple italien, sera clbre un jour dans l'histoire de l'Italie.

Les choix que vous avez faits me paraissent remplir l'esprance qu'on
avait conue de vous.

J'ai t trs-sensible  tout ce que votre lettre contient d'aimable
pour moi... La rpublique italienne jouit de la libert, du bonheur,
et retrouve toute la dignit d'une nation indpendante dans ses
institutions actuelles!... Un de mes voeux les plus chers se trouve
rempli.

Votre situation s'est considrablement amliore depuis six mois.
Elle sera encore amliore davantage d'ici  la prochaine runion des
collges.

Je pourrai alors, je l'espre, passer un mois au milieu de vous.

Je saisis cette circonstance pour tmoigner au vice-prsident Melzi,
et aux grands fonctionnaires de la rpublique, ma satisfaction de leur
conduite.

_Le prsident de la rpublique italienne_, BONAPARTE.




Paris, le 18 prairial an 10 (7 juin 1802).

_Au citoyen Guicciardi, secrtaire-d'tat de la rpublique italienne._

Citoyen Guicciardi, _consultore_ d'tat de la rpublique italienne, je
vois avec plaisir que les trois collges et la censure vous ont choisi
pour remplacer un homme que je regrette pour ses bonnes qualits et
le bon usage que je lui ai toujours vu faire de sa fortune et de son
influence. Vous tes nomm _consultore_ d'tat; soyez dans ces fonctions
importantes uniquement attach  la patrie. Vous n'appartenez plus 
aucun dpartement. N'ayez jamais en vue que l'intrt et la politique de
la rpublique entire.

_Le prsident de la rpublique italienne_, BONAPARTE.




Paris, le 21 messidor an 10 (10 juillet 1802).

_Proclamation aux Franais._

Franais!

Le 14 juillet commena, en 1789, les nouvelles destines de la France.
Aprs treize ans de travaux, le 14 juillet revient plus cher pour vous,
plus auguste pour la postrit. Vous avez vaincu tous les obstacles, et
vos destines sont accomplies. Au dedans plus de tte qui ne flchisse
sous l'empire de l'galit; au dehors, plus d'ennemi qui menace votre
sret et votre indpendance, plus de colonie franaise qui ne soit
soumise aux lois, sans lesquelles il ne peut exister de colonies. Du
sein de vos ports le commerce appelle votre industrie et vous offre les
richesses de l'univers; dans l'intrieur, le gnie de la rpublique
fconde tous les germes de la Prosprit.

Franais, que cette poque soit pour nous et pour nos enfans l'poque
d'un bonheur durable; que cette paix s'embellisse par l'union des
vertus, des lumires et des arts; que des institutions, assorties 
notre caractre, environnent nos lois d'une impntrable enceinte;
qu'une jeunesse avide d'instruction aille dans nos lyces apprendre 
connatre ses devoirs et ses droits; que l'histoire de nos malheurs
la garantisse des erreurs passes, et qu'elle conserve, au sein de la
sagesse et de la concorde, cet difice de grandeur qu'a lev le courage
des citoyens.

Tels sont le voeu et l'espoir du gouvernement franais; secondez ses
efforts, et la flicit de la France sera immortelle comme sa gloire.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.




Paris, le 29 messidor an 10 (18 juillet 1809).

_Au trs-haut et trs-magnifique dey d'Alger; que Dieu le conserve en
prosprit et en gloire._

Je vous cris cette lettre directement parce que je sais qu'il y a de
vos ministres qui vous trompent et qui vous portent  vous conduire
d'une manire qni pourrait vous attirer de grands malheurs. Cette lettre
vous sera remise en mains propres par un adjudant de mon palais. Elle a
pour but de vous demander rparation prompte et telle que j'ai droit de
l'attendre des sentimens que vous avez toujours montrs pour moi. Un
officier franais a t battu dans la rade de Tunis par un de vos rais.
L'agent de la rpublique a demand satisfaction et n'a pu l'obtenir.
Deux bricks de guerre ont t pris par vos corsaires, qui les ont amens
 Alger et les ont retards dans leur voyage. Un btiment napolitain
a t pris par vos corsaires dans la rade d'Hires, et par l ils ont
viol le territoire franais. Enfin, du vaisseau qui a chou cet hiver
sur vos ctes, il me manque encore plus de cent cinquante hommes qui
sont entre les mains des barbares. Je vous demande rparation pour tous
ces griefs, et ne doutant pas que vous ne preniez toutes les mesures
que je prendrais eu pareille circonstance, j'envoye un btiment pour
reconduire en France les cent cinquante hommes qui me manquent. Je vous
prie aussi de vous mfier de ceux de vos ministres qui sont ennemis de
la France; vous ne pouvez pas avoir de plus grands ennemis; et si je
dsire vivre en paix avec vous, il ne vous est pas moins ncessaire de
conserver cette bonne intelligence qui vient d'tre rtablie, et qui
seule peut vous maintenir dans le rang et dans la prosprit o vous
tes; car Dieu a dcid que tous ceux qui seraient injustes envers moi,
seraient punis. Si vous voulez vivre en bonne amiti avec moi, il ne
faut pas que vous me traitiez en puissance faible; il faut que vous
respectiez le pavillon franais, celui de la rpublique italienne qui
m'a nomm son chef, et que vous me donniez rparation de tous les
outrages qui m'ont t faits.

Cette lettre n'tant pas  une autre fin, je vous prie de la lire
avec attention vous-mme, et de me faire connatre par le retour de
l'officier que je vous envoie ce que vous aurez jug convenable de
faire.

_Le premier consul de la rpublique franaise, prsident de la
rpublique italienne,_ BONAPARTE.




Paris, le 8 thermidor an 10 (27 juillet 1802).

_Au corps lgislatif de la rpublique italienne._

Lgislateurs, J'ai vu avec une vive satisfaction la runion du corps
lgislatif. Vous devez, dans cette premire session, jeter les bases de
l'administration. Le premier budget qui ait t fait en Italie va vous
tre prsent. Les recettes, les dpenses, la dette publique, ont
galement besoin d'un systme stable, uniforme, caractre essentiel de
la loi.

Un objet que vous jugerez non moins important, c'est la loi qu'on va
vous prsenter pour la conscription militaire: une arme nationale
peut seule assurer  la rpublique la tranquillit intrieure, et
la considration  l'extrieur. Un tat voisin qui n'avait ni la
population, ni la richesse de la rpublique, tait parvenu  former une
arme qui s'est souvent acquis de la gloire et qui l'a plac pendant
long-temps au rang des puissances considrables. Que le corps lgislatif
n'oublie pas que la rpublique doit tre la premire puissance de
l'Italie. Le corps lgislatif ne peut pas mieux me tmoigner la vrit
des sentimens qu'il m'exprime, qu'en travaillant de tous ses efforts
a la consolidation de l'tat et en pesant les principes qui doivent
assurer sa gloire et sa grandeur.

Le prsident de la rpublique italienne, BONAPARTE.




Paris, le l4 thermidor an 10 (2 aot 1801).

Au ministre de l'intrieur.

Je vous prie, citoyen ministre, de faire placer  l'Htel-Dieu un marbre
ddi  la mmoire des citoyens Desault et Bichat, qui atteste la
reconnaissance de leurs contemporains pour les services qu'ils ont
rendus, l'un  la chirurgie franaise, dont il est le restaurateur,
l'autre  la mdecine, qu'il a enrichie de plusieurs ouvrages utiles.
Bichat et agrandi le domaine de celle science si importante et si chre
 l'humanit, si l'impitoyable mort ne l'et frapp  vingt-huit ans. Je
vous salue.

BONAPARTE.




Paris, le 15 thermidor an 10 (3 aot 1802).

Rponse du premier consul,  une dputation du snat[44].

Snateurs, La vie d'un citoyen est  sa patrie. Le peuple franais
veut que la mienne toute entire lui soit consacre... J'obis  sa
Volont...

En me donnant un nouveau gage, un gage permanent de sa confiance, il
m'impose le devoir d'tayer le systme de ses lois sur des institutions
prvoyantes. Par mes efforts, par votre concours, citoyens snateurs,
par le concours de toutes les autorits, par la confiance et la volont
de cet immense peuple, la libert, l'galit, la prosprit de la France
seront  l'abri des caprices du sort et de l'incertitude de l'avenir....
Le meilleur des peuples sera le plus heureux, comme il est le plus digne
de l'tre, et sa flicit contribuera  celle de l'Europe entire.
Content alors d'avoir t appel par l'ordre de celui de qui tout mane,
 ramener sur la terre la justice, l'ordre et l'galit, j'entendrai
sonner la dernire heure sans regret, et sans inquitude sur l'opinion
des gnrations futures. Snateurs, recevez mes remercimens d'une
dmarche aussi solennelle. Le snat a dsir ce que le peuple franais a
voulu, et par l il s'est plus troitement associ  tout ce qui reste 
faire pour le bonheur de la patrie. Il m'est bien doux d'en trouver la
certitude dans le discours d'un prsident aussi distingu[45].

[Footnote 44: Le snat venait de rendre (le 14 thermidor) le
snatus-consulte suivant:

Art. 1er Le peuple franais nomme et le snat proclame Napolon
Bonaparte premier consul  vie.

2. Une statue de la paix tenant d'une main le laurier de la victoire,
et de l'autre le dcret du snat, attestera  la postrit la
reconnaissance de la nation.

3. Le snat portera au premier consul l'expression de la confiance, de
l'amour et de l'admiration du peuple franais.]

[Footnote 45: Barthlmy, aujourd'hui membre de la chambre des pairs.]




Paris, le 27 thermidor an 10 (15 aot 1802).

Diffrentes rponses du premier consul  des dputations[46]

A celle du corps lgislatif.

[Footnote 46: Envoyes pour le fliciter sur son consulat  vie.]

L'union du peuple franais, dans ces circonstances, le rend digne de
toute la grandeur et de toute la prosprit auxquelles il est appel.

Le voeu form plusieurs fois par le corps lgislatif et le tribunat,
vient d'tre rempli par le snatus-consulte, et les destins du peuple
franais sont dsormais  l'abri de l'influence de l'tranger qui,
jaloux de notre gloire et ne pouvant nous vaincre, aurait saisi toutes
les occasions pour nous diviser.

Le corps lgislatif est appel,  sa premire session, aux discussions
les plus chres  l'intrt public; et le gouvernement attend, pour le
convoquer, le moment o tous les travaux des Codes que le conseil-d'tat
et le tribunat discutent, seront plus avancs.

Dans cet intervalle, le peuple organisera les diffrens collges; et
les membres du corps lgislatif qui se trouvent dans leur dpartement
concourront par leurs conseils  clairer les assembles dont ils font
partie, sur leur choix. Le gouvernement accueille avec satisfaction les
sentimens que vous venez de lui exprimer.

Au tribunat.

La stabilit de nos institutions assure les destins de la rpublique. La
considration des corps dpend toujours des services qu'ils rendent  la
patrie. Le tribunat appel  discuter les projets de loi proposs par
le conseil-d'tat constitue, avec lui, une des parties les plus
essentielles  l'organisation lgislative. Egal en nombre, divis comme
lui en sections, il continuera de porter dans les discussions cet
esprit de sagesse, ce zle, ces talens dont il a donn, dont il donne
aujourd'hui un si bel exemple dans l'examen du Code civil.

Le gouvernement est vivement touch des sentimens que vous venez
d'exprimer.

Il y rpondra toujours par son dvouement  la patrie.

Au tribunal de cassation.

Le gouvernement a dans la conduite du tribunal de cassation le gage le
plus sr des sentimens que vous venez de lui Exprimer.

Ce tribunal est lui-mme une des plus heureuses institutions qui
assurent la stabilit de la rpublique.

Le premier appui des tats, c'est la fidle excution des lois. Placs
par vos lumires et par vos fonctions  la tte des tribunaux, c'est 
vous qu'il appartient d'y maintenir les principes qui vous dirigent, et
les vertus dont vous donnez l'exemple.

BONAPARTE.




Paris, le 20 fructidor an 10 (7 septembre 1803).

Rponse du premier consul  une dputation de la ville de Marseille
[47].

Je suis sensible au tmoignage des sentimens de la ville de Marseille,
et je vois avec plaisir sa dputation. Le gouvernement a sans cesse
les yeux ouverts sur cette grande cit, et prend un vif intrt a
sa splendeur. Par le trait de paix qui vient d'tre conclu avec le
grand-seigneur, la rpublique a obtenu la libre navigation de la mer
Noire. Les relations commerciales de la Mditerrane s'accroissent ainsi
et vont tre plus avantageuses que jamais. Je dsire que le commerce de
Marseille ne nglige point une autre source de prosprit. Les bouches
du P lui sont ouvertes; les btimens peuvent remonter jusqu' Ferrare,
pntrer au sein de la 27 division militaire, et de l fournir des
savons et des autres produits de l'industrie de Marseille,  la Suisse
et  une partie de l'Allemagne.

BONAPARTE.

[Footnote 47: Envoye pont prsenter  Bonaparte une mdaille que la
ville de Marseille venait de faire frapper en son honneur.]




Paris, le 28 fructidor an 10 (15 septembre 1802).

Au snat conservateur.

Snateurs,

En vertu de l'article 63 du snatus-consulte organique du 16 thermidor,
le premier consul nomme au snat les citoyens Abrial, ministre de la
justice; Dubelloy, archevque de Paris; Aboville, gnral de division,
et premier inspecteur d'artillerie; Fouch, ministre de la police
gnrale; et Roederer, prsident de la section de l'intrieur du
conseil-d'tat. Le citoyen Abrial, long-temps charg du ministre public
au tribunal de cassation, y a dploy des talens et une probit qui le
portrent au ministre del justice. Il a, dans cette place importante,
rendu des services que le premier consul croit devoir rcompenser, en le
faisant asseoir parmi Vous.

Le citoyen Dubelloy a t pendant cinquante ans le modle de l'glise
gallicane. Plac  la tte du premier diocse de France, il y donne
l'exemple de toutes les vertus apostoliques et civiques.

Le gnral Aboville, connu dans toute l'Europe par les talens qu'il a
dploys dans la guerre de l'indpendance de l'Amrique septentrionale,
est  la tte de cette arme qui a tant d'influence sur la destine des
tats.

Le citoyen Fouch, ministre de la police dans des circonstances
difficiles, a rpondu par des talens, par son activit, par son
attachement au gouvernement,  tout ce que les circonstances exigeaient
de lui. Plac dans le sein du snat, si d'autres circonstances
redemandaient encore un ministre de la police, le gouvernement n'en
trouverait point qui ft plus digne de sa confiance.

Le citoyen Roederer, dj dsign au snat ds sa formation, s'est
constamment distingu au conseil-d'tat. Ses talens et son attachement 
la patrie, seront encore plus minemment utiles dans le premier corps
de la rpublique. Le snat verra dans ces nominations le dsir qu'a le
premier consul d'ajouter toujours  son lustre et a sa considration.

BONAPARTE.




Saint-Cloud, le 8 vendmiaire an 11 (30 septembre 1809).

Aux dix-huit cantons de la rpublique helvtique.

PROCLAMATION.

Habitans de l'Helvtie, Vous offrez depuis, deux ans un spectacle
affligeant. Des factions opposes se sont successivement empares du
pouvoir: elles ont signal leur empire passager, par un systme de
partialit qui accusait leur faiblesse et leur inhabilet. Dans le
courant de l'an 10, votre gouvernement a dsir que l'on retirt
le petit nombre de troupes franaises qui taient en Helvtie. Le
gouvernement franais a saisi volontiers cette occasion d'honorer votre
indpendance; mais bientt aprs vos diffrens partis se sont agits
avec une nouvelle fureur; le sang des Suisses a coul par la main des
Suisses. Vous vous tes disputs trois ans sans vous entendre; si l'on
vous abandonne plus long-temps  vous-mmes, vous vous tuerez trois ans
sans vous entendre davantage. Votre histoire prouve d'ailleurs que vos
guerres intestines n'ont jamais pu se terminer que par l'intervention
efficace de la France. Il est vrai que j'avais pris le parti de ne me
mler en rien de vos affaires; j'avais vu constamment vos diffrens
gouvernement me demander des conseils et ne pas les suivre, et
quelquefois abuser de mon nom, selon leurs intrts et leurs Passions.

Mais je ne puis ni ne dois rester insensible au malheur auquel vous tes
en proie; je reviens sur ma rsolution: je serai le mdiateur de vos
diffrens; mais ma mdiation sera efficace, telle qu'il convient au
grand peuple au nom duquel je parle.

Cinq jours aprs la notification de la prsente proclamation, le snat
se runira  Berne. Toute magistrature qui se serait forme  Berne
depuis la capitulation, sera dissoute et cessera de se runir et
d'exercer Aucune'autorit.

Les prfets se rendront  leurs postes.

Toutes les autorits qui auraient t formes, cesseront de se runir.

Les rassemblemens arms se dissiperont.

Les premire, deuxime demi-brigades helvtiques formeront la garnison
de Berne.

Les troupes qui taient sur pied depuis plus de six mois, pourront
seules rester en corps de troupes.

Enfin, tous les individus licencis des armes belligrantes, et qui
sont aujourd'hui arms, dposeront leurs armes  la municipalit de la
commune de leur naissance.

Le snat enverra trois dputs  Paris; chaque canton pourra galement
en envoyer.

Tous les citoyens qui, depuis trois ans, ont t landammans, snateurs,
et ont successivement occup des places dans l'autorit centrale,
pourront se rendre  Paris, pour faire connatre les moyens de ramener
l'union et la tranquillit, et de concilier tous les partis.

De mon ct, j'ai le droit d'attendre qu'aucune ville, aucune commune,
aucun corps ne voudra rien faire qui contrarie les dispositions que je
vous fais connatre.

Habitans de l'Helvtie, revivez  l'esprance!! Votre patrie est sur le
bord du prcipice: elle en sera immdiatement tire; tous les hommes de
b en seconderont ce gnreux projet.

Mais si, ce que je ne puis penser, il tait parmi vous un grand nombre
d'individus qui eussent assez peu de vertus pour ne pas sacrifier leurs
passions et leurs prjugs  l'amour de la patrie, peuple de l'Helvtie,
vous seriez bien dgnr de vos pres!

Il n'est aucun homme sens qui ne voie que la mdiation dont je me
charge, est pour l'Helvtie un bienfait de cette providence qui, au
milieu de tant de bouleversemens et de chocs, a toujours veill 
l'existence et  l'indpendance de votre nation, et que cette mdiation
est le seul moyen qui vous reste pour sauver l'une et l'autre.

Car il est temps enfin que vous songiez que si le patriotisme et l'union
de vos anctres fondrent votre rpublique, le mauvais esprit de vos
factions, s'il continue, la perdra infailliblement; et il serait pnible
de penser qu' une poque o plusieurs nouvelles rpubliques se sont
leves, le destin et marqu la fin d'une des plus anciennes.

Le premier consul de la rpublique franaise, Prsident de la rpublique
italienne, BONAPARTE.




Paris, le 11 vendmiaire an 11 (13 octobre 1802).

Rponse du premier consul  une dputation du clerg de Lyon.

J'ai vu avec peine la division des prtres du diocse de Lyon: ne
savent-ils pas que la religion catholique a cela de particulier sur
toutes les religions, qu'elle prche l'oubli des offenses? Quelle
opinion doivent donc avoir les sculiers de prtres qui ont eu
rciproquement des sujets de division, et qui ne veulent pas les oublier
et se pardonner? Si l'orgueil veut qu'on humilie son ennemi, la charit,
vertu caractristique de la religion de Jsus-Christ, veut qu'on se
rconcilie. Partout donc o j'entends encore dire que des prtres se
souviennent d'avoir t ou de n'avoir pas t constitutionnels, j'en
conclus que ces ministres prchent une morale qu'ils ne pratiquent
pas; qu'ils sont mus, non par des sentimens religieux, mais par des
considrations mondaines. Aucun prtre sens, s'il est vritablement
catholique, ne peut mconnatre les principes de sa croyance, qui sont
la confiance dans les vques nomms par le gouvernement et institus
par le Saint-Sige. Il me tarde donc d'apprendre que le clerg du
diocse de Lyon imitera celui de Paris, qui a donn l'exemple, et parmi
lequel il n'y a plus aucune espce de discorde.

BONAPARTE.




Paris, le 6 brumaire an 11 (28 octobre 1802).

Note inscrite dans le Moniteur.

Une partie des journalistes anglais reste en proie  la discorde. Toutes
les lignes qu'ils impriment sont des lignes de sang. Ils appellent
 grands cris l guerre civile au sein de la nation occidentale, si
heureusement pacifie. Tous leurs raisonnemens, toutes leurs hypothses,
roulent sur ces deux points,: 1. Imaginer des griefs contre la France.
2. Se crer aussi libralement des allis, et donner ainsi  leurs
passions des auxiliaires parmi les grandes puissances du continent.
Leurs griefs principaux sont aujourd'hui les affaires de Suisse, dont
l'heureuse issue excite leur jalouse fureur. Il parat qu'il aurait
convenu beaucoup mieux  leurs passions que la guerre civile dchirt
cette malheureuse nation, et que les puissances voisines se laissant
entraner par l'empire des circonstances, l'harmonie du continent ft de
nouveau trouble. La proclamation du 10 vendmiaire coupe le noeud de
toutes ces intrigues.

Ils invoquent le trait de Lunville, qui assure l'existence de la
rpublique helvtique; mais c'est prcisment pour l'assurer que
l'intervention de la France est indispensable. D'ailleurs, de toutes les
puissances de l'Europe, la seule qui n'ait pas le droit d'invoquer  cet
gard le trait de Lunville, c'est l'Angleterre, puisqu'elle seule a
refus de reconnatre la rpublique helvtique. Elle a galement mconnu
la rpublique italienne, la rpublique ligurienne et le roi de Toscane.
Nous savons que depuis un an, malgr les vives instances du gouvernement
franais, elle a persist dans le mme refus, relativement  ces tats
et aux arrangemens contentieux stipuls par le trait de Lunville.
L'Angleterre n'a point d'agent diplomatique, ni  Berne, ni  Milan, ni
 Gnes, ni  Florence.

Le gouvernement anglais ne se plaint point, et ne peut se plaindre
en effet, de ce qui arrive dans des pays dont il ne reconnat pas
l'existence politique, et avec lesquels il n'entretient pas de relations
publiques.

Les affaires d'Allemagne excitent encore bien plus vivement la jalousie
de cette foule d'crivains priodiques; et la conduite forte et
gnreuse qui a mrit  la Russie et  la France les remercimens de
tous les peuples, de toutes les villes, de tous les princes d'Allemagne,
est un sujet de griefs pour ces instigateurs de troubles.

Le roi d'Angleterre a reconnu tous les arrangemens de l'Allemagne. Il y
 adhr. Il suffit, a ce sujet, de lire le vote de son ministre  la
dite de Ratisbonne. Aussi le cabinet britannique, satisfait d'avoir vu
prendre en considration et mnager tous ses intrts, n'lve  cet
gard aucune espce de plaintes.

Les libellistes anglais crivent que la volont exprime par le roi
d'Angleterre comme lecteur d'Hanovre, n'est pas celle de la nation
anglaise. Mais quel autre titre aurait une puissance insulaire pour se
mler des affaires de l'Allemagne! Et  quelle abjection faudrait-il que
la Russie, l'Autriche, la Prusse, la Sude, le Danemarck, la Bavire
et les maisons de Wurtemberg, de Baden, de Hesse-Cassel, etc. et la
rpublique franaise se trouvassent rduites, si elles ne pouvaient
ngocier, conclure, arranger leurs intrts limitrophes sans l'agrment
d'une puissance qui est aussi trangre  ces intrts qu' notre
droit diplomatique! elle qui seule mconnat les droits des nations
indpendantes sur les mers. Les relations de la France avec l'Angleterre
sont le trait d'Amiens, tout le trait d'Amiens, rien que le trait
d'Amiens. Les allis que les crivains de parti qui impriment  Londres
se crent sur le continent n'existent heureusement, ainsi que leurs
griefs, que dans leur imagination drgle et dans les passions
haineuses et jalouses qui les tourmentent. Ils appellent de tous leurs
voeux les troupes autrichiennes; ils rassemblent et forment des armes
dans le Tyrol; mais Thugut n'est plus, et S. M. l'empereur sait bien
que, si deux fois la puissance autrichienne a t conduite sur le
bord du prcipice, c'est pour s'tre livre deux fois  ces perfides
insinuations. Bien loin de sacrifier le sang de ses sujets qui lui est
si cher, la cour de Vienne, obre par les remboursemens qu'elle a
l'extrme bonne foi de faire  l'Angleterre pour les subsides qu'elle eu
a reus pendant les premires campagnes, ne s'occupe que de diminuer ses
dpenses. Elle pourrait en bonne justice, au lieu de rendre l'argent
qu'elle a dpens pour la cause du gouvernement anglais, demander 
cette puissance cinq a six millions, comme une juste indemnit des frais
de la guerre. Kaunitz disait, au milieu du sicle pass,  un ministre
du roi de Prusse qui prenait son audience de cong: Le roi votre matre
apprendra un jour combien l'alliance de l'Angleterre est pesante. Et,
si la Prusse vit ses frontires envahies, sa capitale saccage et ne
succomba pas, elle eu fut redevable  ce prince de glorieuse mmoire, et
 cette anne qui sera long-temps cite comme un modle.

N'entendez-vous pas aussi ces journalistes effrns appeler  grands
cris les armes russes? Mais ces armes russes ont-elles oubli que,
compromises et abandonnes dans les marais de la Hollande, elles ont t
dsavoues par l'Angleterre, et qu'au mpris mme du droit des nations,
on n'a pas voulu les comprendre dans l'change des prisonniers? mais les
Russes, les Sudois et les Danois ne conservent ils pas un long souvenir
de ces prtentions inoues qui ont amen les massacres de Copenhague?
Certes, et le continent en est profondment convaincu, le premier des
biens, l'intrt le plus cher est la paix. Il sait trop bien qu'une
guerre continentale n'aurait d'autres effets que de concentrer toutes
les richesses du commerce, toutes les colonies du monde, dans la main
d'une seule Nation.

La Russie et la France, runies par une estime rciproque, par des
intrts communs, par la ferme volont de maintenir la paix du
continent, contiendraient malgr eux ces esprits inquiets dont la
politique turbulente inspire les gazettes anglaises, si jamais
l'influence de leurs libelles parvenait  faire remplacer le
gouvernement sage qui gouverne la Grande-Bretagne.

Qu'on cite depuis cent ans une puissance continentale qui, s'tant
carte des principes d'une saine politique, n'ait justifi l'allgation
de M. Kaunitz?

Si le roi des Deux-Siciles a vu deux fois ses frontires franchies et
sa capitale au pouvoir des Franais; si l'lecteur de Bavire a vu deux
fois la mme scne se renouveler dans ses tats; si le roi de Sardaigne
a cess de rgner en Savoie et en Pimont; si la maison d'Orange a perdu
le Statdhouderat; si l'oligarchie de Berne et de Gnes a vu s'vanouir
son influence, et le Portugal les limites de ses provinces couvertes de
troupes prtes  le conqurir, tous ne l'ont-ils pas d  l'alliance de
l'Angleterre?

La paix de l'Europe est solidement tablie, et aucun cabinet, sans
doute, ne veut la troubler; mais, s'il pouvait arriver que des
individus, ennemis des hommes et de la tranquillit du monde,
parvinssent  obtenir quelque crdit dans le cabinet britannique, ils ne
russiraient pas  empcher tout le bien que les deux nations ont droit
d'attendre de leur tat de paix et de leurs nouvelles relations.

Au reste, le peuple franais n'ignore pas qu'il excite une grande masse
de jalousies, et que long-temps contre lui on fomentera des dissensions,
soit intestines, soit trangres; aussi demeure-t-il constamment dans
cette attitude que les Athniens ont donne  Minerve: _le casque en
tte et la lance en arrt_. On n'obtiendra jamais rien de lui par des
procds menaans: la crainte est sans pouvoir sur le coeur des braves!




Paris, la 14 brumaire an 11 (5 novembre 1802).

_Note inscrite dans le Moniteur._ Quel est l'intrt que la faction
ennemie de l'Europe prend aux insurgs suisses? Il est ais de voir
qu'elle voudrait en faire un nouveau Jersey pour y tramer des complots,
solder des tratres, rpandre des libelles, accueillir tous les
criminels, et faire sur l'est tout ce qu'elle fait constamment, au moyen
de la position de Jersey, sur l'ouest. Elle aurait par l cet avantage
tout particulier d'inquiter cette belle manufacture de Lyon qui renat
de ses ruines, et porter une main d'acier sur la balance du commerce,
afin de la faire pencher en faveur de l'industrie anglaise.

Quel est l'intrt de la France? Ce n'est que d'avoir de bons voisins et
des amis srs.

Au midi, le roi d'Espagne alli de la France par inclination comme par
intrt, et les rpubliques italienne et ligurienne, qui entrent dans
son systme fdratif; La Suisse, la Bavire, le bon prince de Bade, le
roi de Prusse, la Hollande, au nord et  l'est.

La faction ennemie de l'Europe qui veut agiter le continent ne trouvera
dans ces tats ni complices, ni tolrance. Cependant ces agitateurs ne
dorment jamais; ils se sont essays  la fois  Gnes, en Suisse, en
Hollande. Leurs trames prenaient de la consistance en Suisse, lorsque la
proclamation du 8 brumaire a tout calm. Tout est rentr dans son
tat naturel, dans cet tat, qui, de tous cts, prsentera le beau
territoire de la France entour de peuples amis. Cet tat est le
rsultat de dix ans de triomphes, de hasards, de travaux et d'immenses
sacrifices. La paix de Lunville, les prliminaires de Londres et la
paix d'Amiens, bien loin d'y rien changer, l'ont consolid.

Aujourd'hui, pourquoi tenter ce que l'on n'a pu faire russir jusqu' ce
jour? Nous croit-on devenus lches? nous croit-on moins forts que nous
ne l'avons jamais t? Il est plus facile aux vagues de l'Ocan de
draciner le rocher qui entrav sa fureur depuis quarante sicles, qu'
la faction ennemie de l'Europe et des hommes de rallumer la guerre et
toutes ses fureurs au milieu de l'occident, et surtout de faire plir un
instant l'astre du peuple franais.




Saint Cloud, le 19 frimaire an 11 (10 dcembre 1802).

_Aux dputs des dix-huit cantons de la rpublique helvtique._

Citoyens dputs des dix-huit cantons de la rpublique helvtique, la
situation de votre patrie est critique, La modration, la prudence et le
sacrifice de vos passions sont ncessaires pour la sauver. J'ai pris 
la face de l'Europe l'engagement de rendre ma mdiation efficace. Je
remplirai tous les devoirs que cette fonction m'impose; mais ce qui est
difficile sans votre secours, devient simple avec votre Assistance et
votre Influence.

La Suisse ne ressemble  aucun autre tat, soit par les vnemens qui
s'y sont succds depuis plusieurs sicles, soit par sa situation
gographique et topographique, soit par les diffrentes langues, les
diffrentes religions et cette extrme diffrence de moeurs qui existent
entre ses diverses parties. La nature a fait votre tat fdratif;
vouloir le vaincre, ne peut pas tre d'un homme sage.

Les circonstances, l'esprit des sicles passs, avaient tabli chez vous
des peuples souverains et des peuples sujets. De nouvelles circonstances
et l'esprit diffrent d'un nouveau sicle, d'accord avec la justice et
la raison, ont rtabli l'galit de droits entre toutes les portions de
votre territoire. Plusieurs de vos tats ont suivi pendant des sicles
ces lois de la dmocratie la plus absolue; d'autres ont vu quatre-vingt
dix-neuf familles s'emparer du pouvoir, et vous avez eu dans ceux-ci des
sujets et des souverains. L'influence et l'esprit gnral de l'Italie,
de la Savoie, de la France, de l'Alsace, qui vous entourent, avaient
essentiellement contribu  tablir, dans ces derniers temps, cet tat
de choses. L'esprit de ces divers pays est chang.

La renonciation  tous les privilges est  la fois la volont et
l'intrt de votre peuple.

Ce qui est en mme temps le dsir, l'intrt de votre nation et des
vastes tats qui vous environnent est donc:

1. L'galit des droits entre vos dix-huit cantons;

2. Une renonciation sincre et volontaire aux privilges, _de la part
des familles patriciennes_;

3. Une organisation fdrative o chaque canton se trouve organis
selon sa langue, sa religion, ses moeurs, son intrt, son opinion.

La chose la plus importante, c'est de fixer l'organisation de chacun des
dix-huit cantons, en la soumettant aux principes gnraux.

L'organisation des dix-huit cantons une fois arrte, il restera 
dterminer les relations qu'ils devront avoir entre eux, et ds lors
votre organisation centrale, beaucoup moins importante en ralit que
votre organisation cantonale. Finances, arme, administration, rien ne
peut tre uniforme chez vous. Vous n'avez jamais entretenu de troupes
soldes; vous ne pouvez avoir de grandes finances; vous n'avez jamais eu
constamment des agens diplomatiques auprs des diffrentes puissances.
Situs au sommet des montagnes qui sparent la France, l'Allemagne et
l'Italie, vous participez  la fois de l'esprit de ces diffrentes
nations. La neutralit de votre pays, la prosprit de votre commerce
et une administration de famille, sont les seules choses qui puissent
agrer  voire peuple et vous maintenir.

Ce langage, je l'ai toujours tenu  vos dputs, lorsqu'ils m'ont
consult sur leurs affaires. Il me paraissait tellement fond en raison,
que j'esprais que, sans concours extraordinaire, la nature seule des
choses vous conduirait  reconnatre ce systme. Mais les hommes qui
semblaient le mieux sentir taient aussi ceux qui, par _intrt_,
tenaient le plus au systme de privilge et de famille, et qui, ayant
accompagn de leurs voeux, et, plusieurs, de leurs secours et de leurs
armes, les ennemis de la France, avaient une tendance  chercher hors de
la France l'appui de leur patrie.

Toute organisation qui et t tablie chez vous, et qui et t
contraire  l'intrt de la France, ne pouvait pas tre dans votre
vritable intrt.

Aprs vous avoir tenu le langage qu'il conviendrait  un citoyen suisse,
je vais vous parler comme magistrat de deux grands pays, et ne pas vous
dguiser que jamais la France et la rpublique italienne ne pourront
souffrir qu'il s'tablisse chez vous un systme de nature  favoriser
leurs ennemis.

Le repos et la tranquillit de quarante millions d'habitans, vos
voisins, sans qui vous ne pourriez ni vivre comme individus, ni exister
comme tat, sont pour beaucoup dans la balance de la justice gnrale.
Que rien  leur gard ne soit hostile chez vous; que tout y soit en
harmonie avec eux, et que, comme dans les sicles passs, votre premier
intrt, votre premire politique, votre premier devoir, soient de ne
rien permettre, de ne rien laisser faire, sur votre territoire, qui,
directement ou indirectement, nuise anx intrts,  l'honneur et en
gnral aux intrts du peuple franais.

Et, si votre intrt, la ncessit de faire finir vos querelles,
n'avaient pas t suffisans pour me dterminer  intervenir dans vos
affaires, l'intrt de la France et de l'Italie m'en et lui seul fait
un devoir; en effet vos insurgs ont t guids par des hommes qui
avaient fait la guerre contre nous, et le premier acte de tous leurs
comits a t un appel aux privilges, une destruction de l'galit, et
une insulte manifeste au peuple franais.

Il faut qu'aucun parti ne triomphe chez vous. Il faut surtout que ce
ne soit pas celui qui a t battu. Une contre-rvolution ne peut avoir
lieu.

Je me plais  vous entretenir, et souvent je vous rpterai les mmes
choses, parce que ce n'est qu'au moment o vos citoyens en seront
convaincus, que vos opinions pourront enfin se concilier et votre peuple
vivre heureux.

La politique de la Suisse a toujours t considre comme faisant partie
de la politique, de la France, de la Savoie et du Milanais, parce que la
manire d'exister de la Suisse est entirement lie  la sret de ces
tats. Le premier devoir, le devoir le plus essentiel du gouvernement
franais, sera de veiller  ce qu'un systme hostile ne prvale pas
parmi vous, et que les hommes dvous  ses ennemis ne parviennent pas
 se mettre a la tte de vos affaires. Il convient non-seulement qu'il
n'existe aucun motif d'inquitude pour la portion de notre frontire qui
est ouverte, et que vous couvrez, mais que tout nous assure encore que,
si votre neutralit tait force, le bon esprit de votre gouvernement,
ainsi que l'intrt de votre nation, vous rangeraient plutt du ct des
intrts de la France que contre eux.

Je mditerai tous les projets, toutes les observations que,
collectivement ou individuellement, ou par dputation de canton, vous
voudrez me faire passer. Les snateurs Barthlemy, Fouch, Roederer et
Desmeunier, que j'ai chargs de recueillir vos opinions, d'tudier vos
intrts et d'accueillir vos vues, me rendront compte de tout ce que
vous dsirerez qu'ils me disent ou me remettent de votre part.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 10 pluviose an 11 (30 janvier l803).

_Note inscrite par le premier consul en marge d'une dlibration du
conseil municipal d'Orlans, portant qu'il serait rig un monument en
l'honneur de Jeanne d'Arc, autrement la Pucelle d'Orlans._

Ecrire au citoyen Crignon Desormeaux, maire d'Orlans, que cette
dlibration m'est trs agrable. L'illustre Jeanne d'Arc a prouv qu'il
n'est pas de miracle que le gnie franais ne puisse produire dans les
circonstances o l'indpendance nationale est menace.

Unie, la nation franaise n'a jamais t vaincue; mais nos voisins plus
calculateurs et plus adfoils, abusant de la franchise et de la loyaut
de notre caractre, semrent constamment parmi nous ces dissensions,
d'o naquirent les calamits de cette poque et tous les dsastres que
rappelle notre histoire.




Paris, le 30 pluvise an 11 (19 fvrier 1803).

_Aux Suisses_,

L'Helvtie, en proie aux dissensions, tait menace de sa dissolution;
elle ne pouvait trouver en elle-mme les moyens de se reconstituer.
L'ancienne affection de la nation franaise pour ce peuple
recommandable, qu'elle a rcemment dfendu par ses armes et fait
reconnatre comme puissance par ses traits; l'intrt de la France et
de la rpublique italienne dont la Suisse couvre les frontires; la
demande du snat, celle des cantons dmocratiques; le voeu du peuple
helvtique tout entier, nous ont fait un devoir d'interposer notre
mdiation entre les partis qui le divisent. Les snateurs Barthlemy,
Roederer, Fouch et Desmeunier, ont t par nous chargs de confrer
avec cinquante-six dputs du snat helvtique et des villes et cantons
runis  Paris. Dterminer si la Suisse, fdrale par sa nature, pouvait
tre retenue sous un gouvernement central autrement que par la force;
reconnatre le genre de constitution qui tait le plus conforme au voeu
de chaque canton; distinguer ce qui rpond le mieux aux ides que les
cantons nouveaux se sont faites de la libert et du bonheur; concilier
dans les cantons anciens, les institutions consacres par le temps avec
les droits restitus  la masse des citoyens: tels taient les objets
qu'il fallait soumettre  l'examen et  la discussion. Leur importance
et leur difficult nous ont dcid  entendre nous-mme dix dputs
nomms par les deux partis, savoir: les citoyens d'Affry, Glutz, Jauch,
Monnot, Reinhart, Sprecher, Stapfer, Ustery, Watteville et Vonflue;
et nous avons confr le rsultat de leurs discussions, tant avec les
diffrens projets prsents par les dputations cantonales, qu'avec les
rsultats des discussions qui ont eu lieu entre ces dputations et les
snateurs-commissaires. Ayant ainsi employ tous les moyens de connatre
les intrts et la volont des Suisses, NOUS, en qualit de mdiateur,
sans autre vue que celle du bonheur des peuples sur les intrts
desquels nous avions  prononcer, et sans entendre nuire 
l'indpendance de la Suisse, STATUONS ce qui suit, etc.

BONAPARTE.

_N. B._ Le reste contient l'_acte de mdiation fait par le premier
consul de la rpublique franaise entre les partis qui la divisent_.




Paris, le 3 ventose an 11 (21 fvrier 18o3).

_Au corps lgislatif_.

EXPOS DE LA SITUATION DE LA RPUBLIQUE.

Les vnemens n'ont point tromp les voeux et l'attente du gouvernement.
Le corps lgislatif, au moment o il reprend ses travaux, retrouve la
rpublique plus forte de l'union des citoyens, plus active dans son
industrie, plus confiante dans sa prosprit.

L'excution du concordat, sur laquelle des ennemis de l'ordre public
avaient encore fond de coupables esprances, a donn presque partout
les rsultats les plus heureux. Les principes d'une religion claire,
la voix du souverain pontife, la constance du gouvernement, ont triomph
de tous les obstacles. Des sacrifices mutuels ont runi les ministres
du culte. L'glise gallicane renat par les lumires et la concorde, et
dj un changement heureux se fait sentir dans les moeurs publiques. Les
opinions et les coeurs se rapprochent; l'enfant redevient plus docile
 la voix de ses parens; la jeunesse plus soumise  la voix des
magistrats; la conscription s'excute aux lieux mme o le nom seul
de la conscription soulevait les esprits; et servir la patrie est une
partie de la religion.

Dans les dpartemens qu'a visits le premier consul, il a recueilli
partout le tmoignage de ce retour aux principes qui font la force et le
bonheur de la socit.

Dans l'Eure, dans la Seine-Infrieure, dans l'Oise, on est fier de la
gloire nationale, on sent dans toute leur tendue les avantages de
l'galit; on bnit le retour de la paix; on bnit le rtablissement du
culte public. C'est par tous ces liens que les coeurs ont t rattachs
 l'tat et  la constitution.

Le devoir du gouvernement est de nourrir et d'clairer ces heureuses
dispositions.

Les autres cultes s'organisent et les consistoires se composent de
citoyens clairs, dfenseurs connus de l'ordre public, de la libert
civile et de la libert religieuse.

L'instruction publique, cet appui ncessaire des socits, est partout
demande avec ardeur. Dj s'ouvrent plusieurs lyces; dj, comme
l'avait prvu le gouvernement, une multitude d'coles particulires
s'lvent au rang des coles secondaires. Tous les citoyens sentent
qu'il n'est pas de bonheur sans lumires: que sans talens ni
connaissances, il n'y a d'galit que celle de la misre et de la
servitude.

Une cole militaire recevra de jeunes dfenseurs de la patrie; soldats,
ils apprendront  supporter la vie des camps et les fatigues de la
guerre. Par une longue obissance, ils se formeront  commander et
apporteront aux armes la force et la discipline unies aux connaissances
et aux talens.

Dans les lyces comme dans l'cole militaire, la jeunesse des
dpartemens nouvellement incorpors  la rpublique, vivra confondue
avec la jeunesse de l'ancienne France. De la fusion des esprits et des
moeurs, de la communication des habitudes et des caractres, du mlange
des intrts, des ambitions et des esprances, natra cette fraternit,
qui de plusieurs peuples ne fera qu'un seul, destin par sa position,
par son courage, par ses vertus,  tre le lien et l'exemple de
l'Europe.

L'institut national,  sa puissance sur l'instruction publique, a reu
une direction plus utile; et dsormais il dploiera, sur le caractre
de la nation, sur la langue, sur les sciences, sur les arts, sur les
lettres, une influence plus active.

Pour assurer la stabilit de nos institutions naissantes, pour loigner
des regards des citoyens ce spectre de la discorde qui leur apparaissait
encore dans le retour priodique des lections  la suprme
magistrature, les amis de la patrie appelrent le consulat  vie sur la
tte du premier magistrat. Le peuple, consult, a rpondu  leur appel,
et le snat a proclam la volont du peuple.

Le systme d'ligibilit n'a pu rsister au creuset de l'exprience et 
la force de l'opinion publique.

L'organisation du snat tait incomplte.

La justice nationale tait dissmine dans des tribunaux sans harmonie,
sans dpendance mutuelle: point d'autorit qui les protget, ou qui pt
les rformer; point de liens qui les assujettissent  une discipline
commune.

Il manquait  la France un pouvoir que rclamait la justice mme, celui
de faire grce. Combien de fois, depuis douze ans, il avait t invoqu.
Combien de malheureux avaient succomb victimes d'une inflexibilit que
les sages reprochaient  nos lois! Combien de coupables qu'une funeste
indulgence avait acquitts, parce que les peines taient trop svres.

Un snatus-consulte a rendu au peuple l'exercice des droits que
l'assemble constituante avaient reconnus, mais il les lui a rendus
environns de prcautions qui le dfendent de l'erreur ou de la
prcipitation de son choix; qui assurent le respect des proprits et
l'ascendant des lumires.

Que les premires magistratures viennent  vaquer, les devoirs et la
marche du snat sont tracs; des formes certaines garantissent la
sagesse et la libert de son choix, et la souverainet de ce choix ne
laisse ni  l'ambition le moyen de conspirer, ni  l'anarchie le moyen
de dtruire.

Le ciment du temps consolidera chaque jour cette institution tutlaire.
Elle sera le terme de toutes les inquitudes et le but de toutes les
esprances, comme elle est la plus belle des rcompenses promises aux
services et aux vertus publiques.

La justice embrasse d'une chane commune tous tes tribunaux; ils ont
leur subordination et leur censure; toujours libres dans l'exercice de
leurs fonctions, toujours indpendans du pouvoir, et jamais indpendans
des lois.

Le droit de faire grce quand l'intrt de la rpublique l'exige, ou
quand les circonstances commandent l'indulgence, est remis aux mains
du premier magistrat; mais il ne lui est remis que sous la garde de la
justice mme; il ne l'exerce que sous les yeux d'un conseil, et aprs
avoir consult les organes les plus svres de la loi.

Si les institutions doivent tre juges par leurs effets, jamais
institution n'eut un rsultat plus important que ce snatus-consulte
organique. C'est  compter de ce moment que le peuple franais s'est
confi  sa destine, que les proprits ont repris leur valeur
premire, que se sont multiplies les longues spculations; jusque-l
tout semblait flotter encore. On aimait le prsent, on doutait du
lendemain, et les ennemis de la patrie nourrissaient toujours des
esprances. Depuis cette poque il ne leur reste que de l'impuissance et
de la haine.

L'le d'Elbe avait t cde  la France; elle lui donnait un peuple
doux, industrieux, deux ports superbes, une mine fconde et prcieuse;
mais spare de la France, elle ne pouvait tre intimement attache 
aucun de ses dpartemens; ni soumise aux rgles d'une administration
commune. On a fait flchir les principes sous la ncessit des
circonstances; on a tabli pour l'le d'Elbe des exceptions que
commandaient sa position et l'intrt public.

L'abdication du souverain, le voeu du peuple, la ncessit des choses,
avaient mis le Pimont au pouvoir de la France. Au milieu des nations
qui l'environnent avec les lmens qui composaient sa population, le
Pimont ne pouvait supporter ni le poids de sa propre indpendance,
ni les dpenses d'une monarchie. Runi  la France, il jouira de
sa scurit et de sa grandeur; les citoyens laborieux, clairs,
dvelopperont leur industrie et leurs talens dans le sein des arts et de
la paix.

Dans l'intrieur de la France, rgne le calme et la scurit. La
vigilance des magistrats, une justice svre, une gendarmerie fortement
constitue et dirige par un chef qui a vieilli dans la carrire de
l'honneur, ont imprim partout la terreur aux brigands.

L'intrt particulier s'est lev jusqu'au sentiment de l'intrt
public. Les citoyens ont os attaquer ceux qu'autrefois ils redoutaient,
lors mme, qu'ils taient enchans au pied des tribunaux. Des communes
entires se sont armes et les ont dtruits. L'tranger envie la sret
de nos routes et cette force publique, qui souvent invisible, mais
toujours prsente, veille sur son pays et le protge sans qu'il la
rclame. Dans le cours d'une anne difficile, au milieu d'une pnurie
gnrale, le pauvre ne s'est point dfi des soins du gouvernement. Il a
support avec courage des privations ncessaires; et les secours qu'il
avait lieu d'attendre, il les a reus avec reconnaissance.

Le crime de faux n'est plus encourag par l'espoir de l'impunit. Le
zle des tribunaux chargs de le frapper, et la juste svrit des
lois, ont enfin arrt les progrs de ce flau qui menaait la fortune
publique et les fortunes particulires. Notre culture se perfectionne et
dfie les cultures les plus vantes de l'Europe. Dans les dpartemens,
il est des cultivateurs clairs qui donnent des leons et des exemples.
L'ducation des chevaux a t encourage par des primes; l'amlioration
des laines, par l'introduction de troupeaux de races trangres. Partout
les administrateurs zls recherchent et relvent les richesses de
notre sol, et propagent les mthodes utiles et les rsultats heureux de
l'exprience. Nos fabriques se multiplient, s'animent et s'clairent;
mules entre elles, bientt elles seront les rivales des fabriques les
plus renommes dans l'tranger. Il ne manque dsormais  leur prosprit
que des capitaux moins chrement achets. Mais dj les capitaux
abandonnent les spculations hasardeuses de l'agiotage, et retournent
 la terre et aux entreprises utiles. Plus de vingt mille ouvriers
franais qui taient disperss dans l'Europe sont rappels par les
fabricans et vont tre rendus  nos manufactures.

Parmi nos fabriques, il en est une plus particulire  la France, que
Colbert chauffa de son gnie; elle avait t ensevelie sous les ruines
de Lyon; le gouvernement a mis tous ses soins  l'en retirer. Lyon
renat  la splendeur et  l'opulence; et dj du sein de leurs
ateliers, ses fabricans imposent des tributs aux principaux de l'Europe.
Mais le principe de leurs succs est dans le luxe mme de la France:
c'est dans la mobilit de nos gots, dans l'inconstance de nos modes que
le luxe tranger doit trouver son aliment; c'est l ce qui doit faire
mouvoir et vivre une population immense, qui sans cela irait se perdre
dans la corruption et la misre.

Il y aura  Compigne, il s'lvera bientt sur les confins de la
Vende, des prytanes o la jeunesse se formera pour l'industrie et pour
les arts mcaniques. De l nos chantiers, nos manufactures tireront un
jour les chefs de leurs ateliers, de leurs travaux.

Quatorze millions, produit de la taxe des barrires, et dix millions
d'extraordinaire, ont t, pendant l'an 10, employs aux routes
publiques. Les anciennes communications ont t rpares et entretenues.
Des communications nouvelles ont t ouvertes. Le Simplon, le
Mont-Cenis, le Mont-Genvre, nous livreront bientt un triple et facile
accs en Italie. Un grand chemin conduira de Gnes  Marseille. Une
route est trace du Saint-Esprit  Gap; une autre, de Rennes  Brest par
Pontivy. A Pontivy, s'lvent de grands tablissemens qui auront une
grande influence sur l'esprit public des dpartemens dont se composait
l'ancienne Bretagne; un canal y portera le commerce et une prosprit
nouvelle.

Sur les bords du Rhin, de Bingen  Coblentz, une route ncessaire est
taille dans des rochers inaccessibles. Les communes voisines associent
leurs travaux aux efforts du trsor public, et les peuples de l'autre
rive qui riaient de la folie de l'entreprise, restent confondus de la
rapidit de l'excution.

De nombreux ateliers sont distribus sur le canal de Saint-Quentin.

Le canal de l'Ourcq vient de s'ouvrir, et bientt Paris jouira de ses
eaux, de la salubrit, et des embellissemens qu'elles lui promettent.

Le canal destin  unir la navigation de la Sane, du Doubs et du Rhin,
est presque entirement excut jusqu' Dles; et le trsor public
reoit dj, dans l'augmentation du prix des bois auxquels ce canal sert
de dbouch, une somme gale  celle qu'il a fournie pour en continuer
les travaux.

Les canaux d'Aigues-Mortes et du Rhne, le desschement des marais de la
Charente-Infrieure sont commencs, et donneront de nouvelles routes au
commerce, et de nouvelles terres  la culture. On travaille  rtablir
les digues de l'le de Cadsan, celles d'Ostende, celles des ctes du
Nord, et  rtablir la navigation de nos rivires. Cette navigation
n'est dj plus abandonne aux seuls soins du gouvernement. Les
propritaires des bateaux qui les frquentent ont enfin senti qu'elle
tait leur patrimoine, et ils appellent sur eux-mmes les taxes qui
doivent en assurer l'entretien.

Sur l'Ocan, des forts s'lvent pour couvrir la rade de l'le d'Aix et
dfendre les vaisseaux de la rpublique. Partout des fonds sont affects
 la rparation et au nettoyement de nos ports; un nouveau bassin et une
cluse de chasse termineront le port du Hvre, et en feront le plus beau
port de commerce de la Manche. Une compagnie de pilotes se forme pour
assurer la navigation de l'Escaut, et l'affranchir de la science et du
danger des pilots trangers.

A Anvers, vont commencer les travaux qui doivent rendre  son commerce
son ancienne clbrit; et dans la pense du gouvernement, sont les
canaux qui doivent lier la navigation de l'Escaut, de la Meuse et du
Rhin, rendre  nos chantiers,  nos besoins, des bois qui croissent sur
notre sol, et  nos fabriques une consommation que des manufactures
trangres leur disputent sur leur propre territoire.

Les les de la Martinique, de Tabago, de Sainte-Lucie, nous ont t
rendues avec tous les lmens de la prosprit. La Guadeloupe reconquise
et pacifie renat  la culture. La Guyane sort de sa longue enfance et
prend des accroissemens marqus.

Saint-Domingue tait soumis, et l'artisan de ses troubles tait au
pouvoir de la France. Tout annonait le retour de sa prosprit; mais
une maladie l'a livre  de nouveaux malheurs. Enfin, le flau qui
dsolait notre arme a cess ses ravages, les forces qui nous restent
dans la colonie, celles qui y arrivent de tous nos ports, nous
garantissent qu'elle sera bientt rendue  la paix et au commerce.

Des vaisseaux partent pour les les de France et de la Runion, et pour
l'Inde.

Notre commerce maritime recherche les traces de ses anciennes liaisons,
en forme de nouvelles, et s'enhardit par des essais. Dj une heureuse
exprience et des encouragemens ont ranim les armemens pour la
pche, qui fut long-temps le patrimoine des Franais. Des expditions
commerciales plus importantes sont faites ou mdites pour les colonies
occidentales, pour l'Ile-de-France, pour les Indes.

Marseille reprend sur la Mditerrane son ancien ascendant.

Des chambres de commerce ont t rendues aux villes qui en avaient
autrefois; il en a t tabli dans celles qui, par l'tendue de leurs
oprations et l'importance de leurs manufactures, ont paru les mriter.

Dans ces associations formes par d'honorables choix, renatront
l'esprit et la science du commerce. L se dvelopperont les intrts,
toujours insparables des intrts de l'tat. Le ngociant y apprendra
 mettre avant les richesses, la considration qui les honore, et avant
les jouissances d'un vain luxe, cette sage conomie qui fixe l'estime
des citoyens et la confiance de l'tranger.

Des dputs choisis dans ces diffrentes chambres, discuteront sous les
yeux du gouvernement les intrts du commerce et des manufactures, et
les lois et rglemens qu'exigeront les circonstances.

Dans nos aimes de terre et de mer se propagent l'instruction et l'amour
de la discipline. La comptabilit s'pure dans les corps militaires; une
administration domestique succde au rgime dilapidateur des entreprises
et des fournitures. Le soldat mieux nourri, mieux vtu, connat
l'conomie; et les pargnes qu'il verse dans la caisse commune
l'attachent  ses drapeaux comme  sa famille.

Toutes les sources de nos finances deviennent plus fcondes. La
perception des contributions indirectes est moins vigoureuse pour le
contribuable. On comptait, en l'an 6, cinquante millions en garnisaires
et en contraintes, et les recouvremens taient arrirs de trois ou
quatre annes. Aujourd'hui on n'en compte que trois millions, et les
contributions sont au courant.

Toutes les rgies, toutes les administrations donnent des produits
toujours croissans. La rgie de l'enregistrement est d'une fcondit
qui atteste le mouvement rapide des capitaux et la multiplicit des
transactions.

Au milieu de tant de signes de prosprit, on accuse encore l'excs des
contributions directes.

Le gouvernement a reconnu avec tous les hommes clairs en
administration, que la surcharge tait surtout dans l'ingalit de
la rpartition. Des mesures ont t prises, et dj s'excutent
pour constater les ingalits relles qui existent entre les divers
dpartemens. Au plus tard dans le cours de l'an 12, des oprations
rgulires et simultanes nous auront appris quel est le rapport des
contributions entre un dpartement et un autre dpartement, et quel est
dans chaque dpartement le taux moyen del contribution foncire.
Une fois assur d'un rsultat certain, le gouvernement proposera les
rectifications que rclame la justice. Mais ds cette session, et sans
attendre les rsultats, il proposera une diminution importante sur la
contribution foncire.

Des innovations sont proposes encore dans notre systme de finances;
mais tout changement est un mal, s'il n'est pas dmontr jusqu'
l'vidence que des avantages certains doivent en rsulter. Le
gouvernement attendra du temps et des discussions les plus approfondies
la maturit de ces projets que hasarde souvent l'inexprience, qu'on
appuie sur l'exemple d'un pass dont les traces sont dj effaces, pour
la plupart, des esprits, et sur la doctrine financire d'une nation qui,
par des efforts exagrs, a rompu toutes les mesures des contributions
et des dpenses publiques.

Avec un accroissement incalcul de revenus, des circonstances
extraordinaires ont amen des besoins qu'il n'avait pas t donn de
prvoir Il a fallu reconqurir deux de nos colonies, et rtablir dans
toutes le pouvoir et le gouvernement de la mtropole; il a fallu par
des moyens soudains, et trop tendus pour tre dirigs avec toute la
prcision d'une svre conomie, assurer des subsistances  la capitale
et  un grand nombre de dpartemens; mais du moins le succs a rpondu
aux efforts du gouvernement; et de ces vastes oprations il lui reste
des ressources pour garantir dsormais la capitale du retour de la mme
pnurie, et pour se jouer des combinaisons du monopole.

Dans le compte raisonn du ministre des finances, on trouve l'ensemble
des contributions annuelles et des diverses branches du revenu public,
ce qu'elles ont d produire dans l'anne rvolue; ce qu'on doit en
attendre d'amlioration soit des mesures de l'administration, soit
du progrs de la prosprit publique; quels ont t, dans les divers
dpartemens du ministre, les lmens de la dpense pour l'an 10;
quelles sommes sont encore  solder sur cette anne et les annes
antrieures; quelles ressources restent pour les couvrir, soit dans les
recouvremens  faire pour le pass, soit dans les fonds extraordinaires
qui avaient t assigns pour la dpense de cette anne, et qui n'ont
point encore t consomms; quel est l'tat actuel de la dette publique;
quels en ont t les accroissemens; quelles en ont t les extinctions
naturelles; quelles en ont t enfin celles qu'a opres la caisse
D'amortissement.

Dans le compte du ministre du trsor public, on verra, dans leur
ralit, les recettes et les payemens excuts dans l'an 10; ce qui
appartient aux diverses branches de revenus; ce qui doit tre imput 
chaque anne et  chaque partie de l'administration.

Des comptes rendus de ces deux ministres, sortira le tableau le plus
complet de notre situation financire. Le gouvernement le prsente avec
une gale confiance,  ses amis,  ses dtracteurs, aux citoyens et
aux trangers. Aprs avoir autoris les dpenses prvues de l'an 12 et
appropri les revenus ncessaires  ces dpenses, des objets du plus
grand intrt occuperont la session du corps lgislatif. Il faut
rtablir l'ordre dans notre systme montaire; il faut donner au systme
de nos douanes une nouvelle force et une nouvelle nergie pour comprimer
la contrebande. Il faut enfin donner  la France ce nouveau Code civil
depuis long-temps promis et trop long-temps attendu. Sur toutes
ces matires, des projets de loi ont t forms sous les yeux du
gouvernement et mris dans des confrences o des commissions du
conseil-d'tat et du tribunal, n'ont port que l'amour de la vrit et
le sentiment de l'intrt public. Le mme sentiment, les mmes principes
dirigeront les dlibrations des lgislateurs, et garantissent  la
rpublique la sagesse et l'impartialit des lois qu'ils auront adoptes.

Sur le continent, tout nous offre des gages de repos et de tranquillit.

La rpublique italienne, depuis les comices de Lyon, se fortifie par
l'union toujours plus intime des peuples qui la composent. L'heureux
accord de ceux qui la gouvernent, son administration intrieure, sa
force militaire, lui donnent dj le caractre et l'attitude d'un
tat form depuis long-temps; et si la sagesse les conserve, ils lui
garantissent une prosprit toujours plus prospre.

La Ligurie, place sous une constitution mixte, voit  sa tte et
dans le sein de ses autorits, ce qu'elle a de citoyens les plus
recommandables, par leurs voeux, par leurs lumires et par leur fortune.

De nouvelles secousses ont branl la rpublique helvtique. Le
gouvernement devait son secours  des voisins dont le repos importe
au sien, et il fera tout pour assurer le succs de la mdiation et le
bonheur d'un peuple dont la position, les habitudes, les intrts, en
font l'alli ncessaire  la France.

La Batavie rentre successivement dans les colonies que la paix lui a
conserves. Elle se souviendra toujours que la France ne peut tre
pour elle que l'amie la plus utile, ou l'ennemie la plus funeste. En
Allemagne, se _consomment les dernires stipulations du trait de
Lunville.

La Prusse, la Bavire, tous les princes sculiers qui avaient des
possessions sur la rive gauche du Rhin, obtiennent sur la rive droite
de justes indemnits. La maison d'Autriche trouve dans les vchs de
Salzbourg, d'Aischtett, de Trente et Brixen et dans la plus grande
partie de celui de Passau, plus qu'elle n'a perdu dans la Toscane.

Ainsi, par l'heureux concours de la France et de la Russie, tous les
intrts permanens sont concilis, et du sein de cette tempte qui
semblait devoir l'anantir, l'empire germanique, cet empire si
ncessaire  l'quilibre et au repos de l'Europe, se relve plus fort,
compos d'lmens plus homognes, mieux combins, mieux assortis aux
circonstances prsentes et aux ides de notre sicle.

Un ambassadeur franais est  Constantinople, charg de fortifier et
de resserrer les liens qui nous attachent  une puissance qui semble
chanceler, mais qu'il est de notre intrt de soutenir et de rassurer
sur ses fondemens.

Des troupes britanniques sont toujours dans Alexandrie et dans Malte. Le
gouvernement avait le droit de s'en plaindre, mais il apprend que les
vaisseaux qui doivent les remmener en Europe sont dans la Mditerrane.

Le gouvernement garantit  la nation la paix du continent, et il lui est
permis d'esprer la continuation de la paix maritime. Cette paix est
le besoin la volont de tous les peuples; pour la conserver, le
gouvernement fera tout ce qui est compatible avec l'honneur national,
essentiellement li  la stricte excution des traits.

Mais en Angleterre, deux partis se disputent le pouvoir. L'un a conclu
la paix et parat dcid  la maintenir; l'autre a jur  la France une
haine implacable. De l cette fluctuation dans les opinions et dans les
conseils, et cette attitude  la fois pacifique et menaante.

Tant que durera cette lutte de partis, il est des mesures que la
prudence commande au gouvernement de la rpublique. Cinq cent mille
hommes doivent tre et seront prts  la dfendre et  la venger.
Etrange ncessit que de misrables passions imposent  deux nations
qu'un intrt et une gale volont attachent  la paix!

Quel que soit  Londres le sujet de l'intrigue, elle n'entranera pas
d'autres peuples dans des ligues nouvelles; et le gouvernement le dit
avec un juste orgueil: seule, l'Angleterre ne saurait aujourd'hui lutter
contre la France.

Mais ayons de meilleures esprances, et croyons plutt qu'on n'coutera
dans le cabinet britannique que les conseils de la sagesse et la voix de
l'humanit.

Oui, sans doute, la paix se consolidera tous les jours davantage; les
relations des deux gouvernemens prendront ce caractre de bienveillance
qui convient  leurs intrts mutuels. Un heureux repos fera oublier les
longues calamits d'une guerre dsastreuse; la France et l'Angleterre,
en faisant leur bonheur rciproque, mriteront la reconnaissance du
monde entier.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 4 ventose an 11 (23 fvrier 1803).

_Rponse du premier consul  une dputation du corps lgislatif_[48].

C'est  l'accord qui a rgn entre le gouvernement et le corps
lgislatif, qu'est d le succs de la mesure la plus importante et la
plus populaire qui ait marqu votre dernire session.

Des travaux non moins utiles sont rservs  la session actuelle; le
gouvernement attend la mme harmonie et les mmes-rsultats.

Je reois avec la plus grande satisfaction le tmoignage des sentimens
que vous m'exprimez: je les justifierai par le dvouement le plus
constant aux intrts de la patrie.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 48: Envoye  l'ouverture de la session.]




Saint-Cloud, le 10 floral an 11 (30 avril 1803).

_Au landamman et aux membres du conseil du canton d'Ury._

Citoyens landamman et membres du conseil du canton d'Ury, tout ce que
vous me dites dans votre lettre du 28 mars m'a vivement touch. J'ai
voulu, par l'acte de mdiation, vous viter de grands maux, vous
procurer de grands biens. Je n'ai vu que vos intrts. Oubliez toutes
vos divisions. Ne formez qu'un seul peuple.

Je regarderai comme une de mes occupations les plus importantes de
maintenir dans toute son intgrit la vieille amiti qui, depuis tant de
sicles, vous unit  la nation franaise.

Dites au peuple de votre canton que je serai toujours prt  l'aider
dans tous les maux qu'il pourrait prouver, et qu'en retour je compte
sur la continuation des sentimens que vous m'exprimez.

BONAPARTE.




Saint-Cloud, le 13 floral an 11 (3 mai 1803).

_Au landamman et aux membres du conseil du canton d'Underwald._

Citoyens landamman et membres du conseil du canton d'Underwald, je vous
remercie des sentimens que vous m'exprimez au nom de votre canton par
votre lettre du 3 avril. Le titre de restaurateur de la libert des
enfans de Tell, m'est plus prcieux que la plus belle victoire. Je n'ai
eu en vue dans l'acte de mdiation que vos intrts; quand j'ai disput
avec vos dputs, j'ai t, par la pense, un de vos concitoyens.

Assurez le peuple de votre canton que, dans toutes les circonstances,
il peut compter qu'il me trouvera toujours dans les mmes sentimens.
Oubliez toutes vos anciennes querelles, et comptez sur le dsir que j'ai
de vous donner des preuves de l'intrt que je vous porte.

BONAPARTE.




Saint-Cloud, le 16 floral an 11 (6 mai 1803).

_Au landamman et aux membres du conseil du canton de Schwitz._

Citoyens landamman et membres du conseil du canton de Schwitz, j'ai
prouv une vive satisfaction d'apprendre, par votre lettre du 14 avril,
que vous tiez heureux par l'acte de mdiation. L'oubli de vos querelles
passes et l'union entre vous, voil le premier de vos besoins.

Je serai toujours votre ami, et l'esprit qui m'a dict l'acte de
mdiation ne cessera jamais de m'animer.

Quelles que soient les sollicitudes et les occupations que je puis
avoir, je regarderai toujours pour moi comme un devoir et une douce
jouissance, de faire tout ce qui pourra consolider votre libert et
votre bonheur.

BONAPARTE.




Saint-Cloud, le 24 floral an 11 (14 mai 1803).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Le gouvernement de la rpublique vous annonce que des orateurs se
rendront  votre sance aujourd'hui samedi, 24 floral,  deux heures
aprs midi,  l'effet d'y porter la parole au nom du gouvernement et
faire une communication extraordinaire[49].

Le gouvernement dsire que cette communication soit entendue en comit
secret.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 49: Cette communication tait l'annonce de la rupture avec
l'Angleterre.]




Saint-Cloud, le 30 floral an 11 (20 mai 1803).

_Message au snat, au corps lgislatif et au tribunat._

L'ambassadeur d'Angleterre a t rappel, forc par nette circonstance,
l'ambassadeur de la rpublique a quitt un pays o il ne pouvait plus
entendre de paroles de paix.

Dans ce moment dcisif, le gouvernement met sous vos yeux, il mettra
sous les yeux de la France et de l'Europe ses premires relations avec
le ministre britannique, les ngociations qui ont t termines par le
trait d'Amiens, et les nouvelles discussions qui semblent finir par une
rupture absolue.

Le sicle prsent et la postrit y verront tout ce qu'il a fait pour
mettre un terme aux calamits de la guerre, avec quelle modration, avec
quelle patience il a travaill  en prvenir le retour.

Rien n'a pu rompre le cours des projets forms pour rallumer la discorde
entre les deux nations. Le trait d'Amiens avait t ngoci au milieu
des clameurs d'un parti ennemi de la paix. A peine conclu, il ft
l'objet d'une censure amre: on le reprsenta comme funeste 
l'Angleterre, parce qu'il n'tait pas honteux pour la France. Bientt on
sema des inquitudes, on simula des dangers sur lesquels on tablit
la ncessit d'un tat de paix tel, qu'il tait un signal permanent
d'hostilits nouvelles. On tint en rserve, on stipendia ces vils
sclrats qui avaient dchir le sein de leur patrie, et qu'on destine
 le dchirer encore. Vains calculs de la haine! ce n'est plus cette
France divise par les factions et tourmente par les orages; c'est
la France rendue  la tranquillit intrieure, rgnre dans son
administration et dans ses lois, prte  tomber de tout son poids sur
l'tranger qui osera l'attaquer et se runir aux brigands qu'une atroce
politique rejetterait encore sur son sol pour y organiser le pillage et
les assassinats;

Enfin, un message inattendu a tout--coup effray l'Angleterre
d'armemens imaginaires en France et en Batavie, et suppos des
discussions importantes qui divisaient les deux gouvernemens, tandis
qu'aucune discussion pareille n'tait connue du gouvernement franais.

Aussitt des armemens formidables s'oprent sur les ctes et dans les
ports de la Grande-Bretagne; la mer est couverte de vaisseaux de guerre;
et c'est au milieu de cet appareil que le cabinet de Londres demande 
la France l'abrogation d'un article fondamental du trait d'Amiens.

Ils voudraient, disaient-ils, des garanties nouvelles, et ils
mconnaissent la saintet des traits, dont l'excution est la premire
des garanties que puissent se donner les nations. En vain la France a
invoqu la foi jure; en vain elle a rappel les formes reues parmi les
nations; en vain elle a consenti  fermer les yeux sur l'inexcution
actuelle de l'article du trait d'Amiens, dont l'Angleterre prtendait
s'affranchir; en vain elle a voulu remettre  prendre un parti dfinitif
jusqu'au moment o l'Espagne et la Batavie, toutes deux parties
contractantes, auraient manifest leur volont; vainement enfin, elle a
propos de rclamer la mdiation des puissances qui avaient t appeles
 garantir, et qui ont garanti en effet la stipulation dont l'abrogation
tait demande; toutes les propositions ont t repousses et les
demandes de l'Angleterre sont devenues plus imprieuses et plus
absolues.

Il n'tait pas dans les principes du gouvernement de flchir sous la
menace; il n'tait pas en son pouvoir de courber la majest du peuple
franais sous des lois qu'on lui prescrivait avec des formes si
hautaines et si nouvelles. S'il l'et fait, il aurait consacr pour
l'Angleterre le droit d'annuler, par sa seule volont, toutes les
stipulations qui l'obligent envers la France; il l'et autorise 
exiger de la France des garanties nouvelles  la moindre alarme qu'il
lui aurait plu de forger; et de l deux nouveaux principes qui se
seraient placs dans le droit public de la Grande-Bretagne,  ct de
celui par lequel elle a dshrit les autres nations de la souverainet
commune des mers et soumis  ses lois et  ses rglemens l'indpendance
de leur pavillon.

Le gouvernement s'est arrt a la ligne que lui ont trace ses principes
et ses devoirs. Les ngociations sont interrompues, et nous sommes prts
 combattre si nous sommes attaqus.

Du moins, nous combattrons pour maintenir la foi des traits et pour
l'honneur du nom franais.

Si nous avions, cd  une vaine terreur, il et fallu bientt combattre
pour repousser des prtentions nouvelles; mais nous aurions combattu
dshonors par une premire faiblesse, dchus  nos propres yeux et
avilis aux yeux d'un ennemi qui nous aurait une fois fait ployer sous
ses injustes prtentions.

La nation se reposera dans le sentiment de ses forces: quelles que
soient les blessures que l'ennemi pourra nous faire dans des lieux o
nous n'aurons pu ni le prvenir, ni l'atteindre, le rsultat de cette
lutte sera tel que nous avons droit de l'attendre de la justice de notre
cause et du courage de nos guerriers.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 5 prairial an 11 (25 mai 1803).

_Rponse du premier consul  une dputation du snat, du corps
lgislatif et du tribunat[50]._

Nous sommes forcs  faire la guerre pour repousser une injuste
agression. Nous la ferons avec gloire. Les sentimens qui animent les
grands corps de l'tat et le mouvement spontan qui les porte auprs
du gouvernement, dans cette importante circonstance, sont d'un heureux
prsage.

La justice de notre cause est avoue mme par nos ennemis, puisqu'ils se
sont refuss  accepter la mdiation offerte par l'empereur de Russie
et par le roi de Prusse, deux princes dont la justice est reconnue par
toute l'Europe.

Le gouvernement anglais parat mme avoir t oblig de tromper la
nation dans la communication officielle qu'il vient de faire. Il a eu
soin de soustraire toutes les pices qui taient de nature  faire
connatre au peuple anglais la modration et les procds du
gouvernement franais dans toute la ngociation. Quelques-unes des notes
que des ministres britanniques ont publies sont mutiles dans
leurs passages les plus importans. Le reste des pices donnes en
communication au parlement, contient l'extrait des dpches de quelques
agens publics ou secrets. Il n'appartient qu' ces agens de contredire
ou d'avouer leurs rapports, qui ne peuvent avoir aucune influence dans
des dbats aussi importans, puisque leur authenticit est au moins aussi
incertaine que leur vracit. Une partie des dtails qu'ils contiennent
est matriellement fausse, notamment les discours que l'on suppose avoir
t tenus par le premier consul, dans l'audience particulire qu'il a
accorde  lord Whitworth.

Le gouvernement anglais a pens que la France tait une province de
l'Inde, et que nous n'avions le moyen ni de dire nos raisons ni de
dfendre nos justes droits contre une injuste agression. Etrange
inconsquence d'un gouvernement qui a arm sa nation, en lui disant que
la France voulait l'envahir! On trouve dans la publication faite par le
gouvernement anglais, une lettre du ministre Talleyrand  un commissaire
des relations commerciales: c'est une simple circulaire de protocole
qui s'adresse  tous les agens commerciaux de la rpublique. Elle est
conforme  l'usage tabli en France depuis Colbert, et qui existe aussi
chez la plupart des puissances de l'Europe. Toute la nation sait si
nos agens commerciaux en Angleterre sont, comme l'affirme le ministre
britannique, des militaires. Avant que ces fonctions leur fussent
confies, ils appartenaient pour la plupart, ou au conseil des prises,
ou  des administrations civiles.

Si le roi d'Angleterre est rsolu de tenir la Grande-Bretagne en tat de
guerre, jusqu' ce que la France lui reconnaisse le droit d'excuter ou
de violer  son gr les traits, ainsi que le privilge d'outrager le
gouvernement franais dans les publications officielles ou prives, sans
que nous puissions nous en plaindre, il faut s'affliger sur le sort de
l'humanit... Certainement nous voulons laisser  nos neveux le nom
franais toujours honor, toujours sans tache... Nous maintiendrons
notre droit de faire chez nous tous les rglemens qui conviennent 
notre administration publique, et tels tarifs de douanes que l'intrt
de notre commerce et de notre industrie pourra exiger...

Quelles que puissent tre les circonstances, nous laisserons toujours
 l'Angleterre l'initiative des procds violens contre la paix et
l'indpendance des nations, et elle recevra de nous l'exemple de la
modration, qui seule peut maintenir l'ordre social.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 50: Ces trois dputations avaient t envoyes par leurs corps
respectifs pour fliciter Bonaparte sur son nergie dans les affaires
d'Angleterre.]




Paris, le 18 prairial an 11 (7 juin 1803).

_Note inscrite dans le Moniteur[51]._

[Footnote 51: Le colonel Sbastiani, envoy dans l'Orient, avait imprim
dans le Moniteur le rapport de son voyage.]

Le rapport du colonel Sbastiani ne renferme pas un seul mot contre le
gouvernement de sa Majest; pas un seul mot contre le peuple anglais,
pas un seul mot contre l'arme anglaise; il attaquait, il est vrai, un
colonel de cette nation; mais qu'est-ce qu'un individu britannique qui
se dit outrag en regard des grands intrts des deux gouvernemens de
France et d'Angleterre? Est ce dans la balance mme de l'Europe qu'il
est permis de placer mme tous les noms des colonels anglais, passs,
prsens et futurs? et le colonel devait-il s'attendre  ce grand honneur
d'tre veng par une guerre europenne, de quelques paroles prononces
en Afrique et de quelques justes rponses  des outrages faits au hros
et  l'arme qui ont dfendu le monde par leurs victoires, et qui l'ont
rempli par leur renomme? Eh! quoi, un officier franais ne pourra
rpondre aux injures profres par un officier anglais contre l'arme et
son chef, sans qu'il faille verser toutes les calamits de la guerre sur
le pays offens? A quoi donc se rduit cette rcrimination officielle?
L'affaire des colonels Sbastiani et Stuart est purement individuelle;
elle ne peut, par consquent, devenir jamais nationale: les lois de
l'honneur et les usages militaires sont suffisans pour de tels faits.

Mais convient-il bien au roi d'Angleterre de se plaindre
diplomatiquement mme de la rponse faite par le gnral Sbastiani,
aux outrages faits  Bonaparte et  l'arme franaise par un officier
anglais, dans une brochure, o il accuse Bonaparte d'avoir empoisonn
son arme, brochure que le roi d'Angleterre a reue de sa main? Le
gnral Sbastiani ne dfendait-il pas sa vie contre cet officier qui
choisit le moment o ce premier est arriv au Caire, pour l'accuser
auprs du pacha, en lui envoyant un ordre du jour de l'arme d'Egypte,
crit en l'an 7, et excitant contre lui la multitude gare par des
suggestions perfides? Ah! s'il y avait eu des satisfactions  rclamer,
elles l'eussent t bien lgitimement contre l'odieuse conduite d'un
gnral anglais qui  voulu faire assassiner un officier franais, en
le livrant aux poignards des Turcs! Nous entrons dans tous ces dtails,
parce qu'il est essentiel de faire connatre  toute l'Europe la
ridicule injustice des plaintes de S. M. britannique. D'ailleurs,
rien n'est minutieux quand il s'agit des droits de l'humanit; tout
s'agrandit devant l'Europe, juge naturel de cette cause.

Le roi d'Angleterre, toujours ingnieux  chercher des outrages pour
remplir son manifeste, en trouve un nouveau dans la communication du
premier, consul au corps lgislatif.

C'est l que Bonaparte a dit, avec tous les politiques et les militaires
de l'Europe, cette grande vrit, que l'Angleterre seule ne peut pas
lutter contre la France; mais ce n'est l ni un dfi ni une jactance. Il
n'y a dans le style d'un grand gnral et d'un gouvernement clbre que
des aperus-profond et des rsultats politiques.

Lorsque le premier consul, aprs avoir prsent au corps lgislatif
l'tat des diverses puissances de l'Europe, a parl de la
Grande-Bretagne, comme ne pouvant lutter seule contre la France, il n'en
a tir qu'une consquence favorable  la pacification gnrale. Le
duc de Clarence n'existe-t-il pas dans les les britanniques pour les
prserver de toute attaque de la part des Franais. Je dsire, a-t-il
dit loquemment, voir la nation franaise employer les vastes ressources
qu'elle a dans son sein, pour convaincre ce puissant consul que nous
sommes capables de nous mesurer seuls contre la France et contre tous
ceux qui se joindront  elle; je dsire voir la Grande-Bretagne chtier
la France: ce n'est pas la premire fois que nous-l'aurions fait.

Non, ce n'est point l un outrage pour la rpublique franaise de
la part du duc de Clarence; victorieuse de toutes les coalitions,
triomphante de tous les crimes et de toutes les intrigues payes par
l'or britannique, elle ne peut se croire blesse par les rodomontades
d'un jeune lord qui croit qu'on chtie la France, comme la France a
chti le duc d'Yorck et ses soldat  Hondscote et sur les dunes
de Dunkerque. Il sied bien  un jeune prince anglais de braver
la belliqueuse France au moment o elle dpose  peine ses armes
victorieuses, au moment o l'toile d'Albion plit, au moment o le
fisc et la dette menacent d'engloutir l'Angleterre, au moment o l'Inde
opprime est plus prs encore du priode des rvolutions que ne l'est
l'Irlande asservie, au moment o la libert prpare l'expulsion, des
Anglais des Antilles; au moment o l'Europe continentale, claire enfin
sur ses vrais intrts, verra avec joie se briser le trident d'airain
qui pse sur l'univers asservi. Ce jeune prince avait-il oubli
les leons que la France avait fait payer si cher a l'Angleterre?
Ignore-t-il que quarante-cinq descentes ont eu du succs dans cette
Grande-Bretagne, que les peuples barbares se sont tour  tour partage;
ignore-t-il qu'il a suffi d'une poigne de Normands pour chtier les
Anglais et leur donner des lois.

Les communications du premier consul avec le corps lgislatif ne sont
donc pas des outrages pour le gouvernement anglais, pas plus que les
communications du premier consul avec lord Withwort, 1. Il est constant
que cette conversation dont cet ambassadeur a envoy les dtails 
son gouvernement, est fausse dans ses principales parties. Elle a t
formellement dmentie dans le journal officiel: d'ailleurs ce qu'a
dit le premier consul, il l'avait dit peu de jours auparavant dans le
message au corps lgislatif: l'empire ottoman est branl de tous
cts; mais l'intrt de la France est de le soutenir; 2 elle est
publie par un gouvernement qui est convaincu d'avoir altr, mutil,
falsifi sans pudeur les pices les plus authentiques des dernires
ngociations, en les prsentant imprimes au parlement; 3 lorsque
le premier consul a voulu favoriser lord Withwort d'une conversation
particulire, ce n'tait pas sans doute pour fournir des armes contre
lui-mme au gouvernement machiavlique de Londres, mais bien pour faire
connatre ses vritables intentions, ses sentimens modrs, et le dsir
de la paix qui anime le gouvernement franais.

On conoit enfin qu'il puisse exister un gouvernement stabilis depuis
un sicle, renomm par l'habilet des politiques et par la rgularit de
sa diplomatie, qui ne rougit pas de baser une dclaration sur des vues,
des ides, des indices, des soupons, des conjectures, sur des rapports
inexacts et vains, sur des conversations fugitives et mal rendues autant
que mal interprtes.

C'est cependant d'une autre conversation du premier consul avec lord
Wihtwort, en prsence du corps diplomatique, que S.M. veut tirer un
nouvel exemple de provocation de la part du gouvernement franais,
comme si le jour o le premier message du roi d'Angleterre, pour les
prparatifs maritimes, fut connu  Paris, il tait possible  un
gouvernant dont l'honneur et la vrit animent le coeur et la pense, de
se contenir au point de dissimuler l profonde indignation qu'inspir le
mensonge et la dloyaut. Il n'appartient qu'aux hommes flegmatiques
et profonds dans l'art perfide et dissimul des cours, de se dguiser
ainsi. Le premier consul fut extrmement modr, si nous considrons
les conjonctures o il se trouvait plac; et il montra dans cette
circonstance autant d'nergie que d'amour de la paix. Ah! sans doute
aprs un message aussi insultant pour le peuple franais, aprs un
message royal, fond sur deux mensonges videns, aprs un message o
S.M. britannique annonce faussement qu'il se fait des armniens dans les
ports de France, et qu'il y avait des ngociations ouvertes entre les
deux cabinets, il n'est aucune puissance, aucun gouvernement qui n'ait
rompu soudainement toute communication avec un prince capable d'allumer
la guerre, en mentant  son pays et  la face de l'Europe.

Comment donc le roi d'Angleterre prsenta-t-il aussi  son parlement,
comme motif lgitime de guerre, une gazette d'Hambourg, dont un article
prtendu insr par l'influence du commissaire franais, des relations
commerciales, propage, selon lui, dans l'Europe les calomnies les plus
mal fondes et les plus offensantes contre S. M. et son gouvernement?

S. M. britannique, en articulant un pareil motif de guerre, a cru qu'il
n'tait pas permis  un commissaire franais de dmontrer que S. M.
britannique avait t induite par ses sages et habiles ministres, 
faire  la nation anglaise deux rvoltans mensonges dans son premier
message au parlement, o il annonce, contre la vrit connue de toute
l'Europe, qu'il se faisait des armemens considrables dans tous les
ports de France, et qu'il y avait des ngociations ouvertes entre les
deux cabinets. Si prouver l'vidente fausset de ces deux assertions
royales, c'est outrager S. M. britannique, et calomnier son
gouvernement, que faudra-t-il donc dire de ce ramas de libelles
scandaleux, d'injures grossires, et d'amres calomnies, consignes
dans les journaux anglais, sous l'autorit du roi et de ses ministres;
journaux scandaleusement insultans, qui ont inond l'Europe et provoqu,
principalement depuis la paix gnrale, le chef du gouvernement
franais? Quel nom faudra-t-il donner au systme anglais qui dclare
inviolables ou plutt impunis, ces calomniateurs priodiques, pourvu
qu'ils dnigrent les gouvernans des autres nations, pourvu qu'ils
travaillent constamment  dcrier les gouvernans trangers, pourvu
qu'ils fassent une guerre vile et honteuse aux hommes clbres et aux
gouvernemens clairs qui ne veulent pas reconnatre la suprmatie de
l'Angleterre, ni s'humilier devant la raison minente de son roi et la
hante prudence de ses ministres.

C'est aussi, porte la dclaration royale, pour dgrader, avilir et
insulter S. M. et son gouvernement, que le gouvernement franais
a demand, dans plusieurs occasions, de violer les droits de
l'hospitalit,  l'gard des personnes qui ont trouv un asile dans ses
tats, et contre lesquelles il n'y a pas d'accusation fonde. Il faut
tre bien dpourvu de raison, ou bien aveugl dans sa haine, pour
prtendre de pareils motifs de guerre: car on aura de la peine  croire
que ce mme gouvernement, qui se plaint aujourd'hui de ce que le
gouvernement franais lui demande, au nom de la justice et de la
sret gnrale, l'loignement de quelques empoisonneurs, de quelques
assassins, de quelques calomniateurs  gages, honteusement abrits dans
les les britanniques, est le mme gouvernement qui a offert  la France
la dportation de ces tres malfaisans pour prix du consentement 
l'occupation de Malte durant dix annes. Si donc la France avait voulu
violer un trait, l'Angleterre aurait viol l'hospitalit; si la France
avait voulu livrer aux Anglais le commerce de toutes les nations, la
Grande-Bretagne, reconnaissante, aurait dport quelques sclrats; mais
si la France refuse d'asservir la navigation de la Mditerrane, ces
malfaiteurs reconnus ne sont plus pour l'Angleterre que des hommes
irrprochables dont elle ne saurait violer l'asile.

Voil cependant le gouvernement qui se vante de sa morale, de sa
modration, de sa justice, et qui se plaint de calomnie, d'outrages et
de provocations. Voil, certes, de nobles et grands motifs d'incendier
de guerre toute l'Europe et de mettre aux prises deux nations
industrieuses et agricoles.

Quelques paquets de marchandises anglaises, non reues librement en
France, tandis que les Anglais repoussent nos productions territoriales;
quelques agens commerciaux qui demandent des sondes de port et des plans
de villes imprims partout, tandis que nous accueillons, sans dfiance,
des milliers d'Anglais qui viennent chez nous; quelques cantons suisses
que la France n'a pas voulu laisser ruiner, se dtruire par des
dissensions intestines, ni laisser envahir par une guerre trangre,
tandis que les Anglais y envoyaient des missaires, des armes, des
munitions, des plans d'extermination civile; quelque troupes franaises
stationnes en Hollande; tandis que les Anglais organisaient des plans
d'invasion sur cette contre et sur ses colonies; quelques obstacles
apports par la France  ce que l'Angleterre rallumt la guerre sur
le continent par des intrigues diplomatiques, tandis que les Anglais
envoient des missaires dans toutes les parties de l'Europe pour tcher
de lgitimer leur fureur de guerroyer encore avec la France; quelques
invitations aux Anglais d'vacuer Malte pour excuter le trait
d'Amiens, tandis qu'ils se plaignaient dans les dits journaux que la
France ne l'excutait pas de son ct; quelques ides que la France
dsirait encore l'Egypte et les les Ioniennes, tandis que les Anglais
laissaient leurs troupes  Alexandrie un an aprs le trait d'Amiens,
et ne dsemparaient pas de Malte; quelques conversations rdiges sans
vrit, et interprtes sans bonne foi, tandis que les Anglais ne
cessent d'outrager la France dans les journaux et d'insulter le chef de
son gouvernement: telles sont cependant les causes graves et lgitimes
de la guerre juste et ncessaire, causes officiellement prsentes par
S. M. britannique, qui dclare a la fin de son manifeste: n'tre anime
que du sentiment de ce qu'elle doit  l'honneur de son commerce, aux
intrts de son peuple, et du dsir d'arrter les progrs d'un systme
qui, s'il ne rencontre pas d'obstacles, peut devenir fatal  toutes les
parties du Vous, roi de la Grande-Bretagne, eh quoi! vous parlez de
l'honneur de votre couronne pour faire de nouveau la guerre; et vous
vous basez sur l'honneur de votre parole royale pour annuler un trait
de paix solennel! Vous, vous tes pntr des intrts de votre peuple,
qui ne pouvait contenir sa joie lorsque vous signtes la paix, et vous
invoquez encore les intrts de ce mme peuple quand votre dclaration
de guerre contriste toutes les classes pensantes, propritaires et
industrieuses de l'Angleterre! Vous parlez du dsir d'arrter les
progrs d'un systme qui peut devenir fatal  toutes les parties du
monde civilis; et pour mieux civiliser le monde, vous lui reportez
toutes les calamits de la guerre!

Eh! de quel systme voulez-vous parler? est-ce de ce systme de
puissance, de domination et d'accroissement dont vos ministres et vos
orateurs ministriels ne cessent d'accuser la France, pour masquer
aux autres nations la puissance colossale, l'insatiable ambition et
l'accroissement perptuel de l'Angleterre? Entendez-vous parler de
l'nergie, de l'ambition et de la vaste politique du premier consul, que
vos journalistes et vos diplomates ne cessent de calomnier auprs des
autres gouvernemens. Que vos libellistes priodiques, oratoires ou
diplomatiques dpriment tant qu'ils voudront une vie aussi glorieuse
et un gouvernement aussi nergique; que, dans leur style injuste et
contumlieux, ils appellent la dignit qu'il imprime au peuple franais,
orgueil; sa suite imperturbable dans le bien, opinitret; son nergie
profonde d'excution, duret; son dsir prononc de ne jamais laisser
outrager la nation franaise, arrogance; ses vues pour la dfense et
la sret du midi de l'Europe, ambition: de pareilles censures ne
prouveront jamais que le gnie ne soit le gnie; que vouloir la paix
par tant de sacrifices ne soit l'amour inaltrable de l'humanit; que
rsister aux invasions et aux perfidies de l'Angleterre ne soit dfendre
son pays et maintenir l'Europe; mais elles prouveront seulement que
les vues conciliatrices et paisibles de Bonaparte ont t galement
mconnues et calomnies dans le palais de Windsor et dans les salles de
Westminster. Je m'arrte: il ne s'agit ici ni d'homme ni de quelques
loges, il s'agit de la paix du monde.

Mais  quel tribunal doivent se porter de telles questions? c'est
 celui de l'Europe entire et de la postrit, que la rpublique
franaise citera l'Angleterre. Quelle importante cause que celle o les
bienfaits de la paix et les calamits de la guerre sont mis en balance,
o la violation des traits et des droits des peuples est mise en
question par quelques passions honteuses; o l'on voit deux grands
gouvernemens pour parties et le monde entier pour tribunal! De quel
ct est donc l'esprit d'ambition, d'agrandissement, d'agression et de
prminence universelle?

La France possdait par ses armes toutes les contres, depuis la mer du
Nord jusqu' la mer Adriatique, et depuis le Danube jusqu'au canal de
Messine. Qu'a-t-elle fait pour la paix gnrale? Elle rend la Batavie 
elle-mme; elle restitue  la Suisse son indpendance avec ses anciennes
constitutions; elle cde le pays vnitien  l'Autriche; des indemnits
territoriales sont accordes aux lecteurs du corps germanique; les les
vnitiennes rgularisent la forme de leur gouvernement sous l'influence
de la Russie et de la Porte; l'Italie voit s'tablir les rpubliques
lucquoise, italienne et ligurienne; les troupes franaises vacuent les
tats du pape et le royaume de Naples; l'Etrurie reoit un roi; les
troupes franaises, presque aux portes de Vienne, rentrent sur la rive
gauche du Rhin; le Portugal est vacu et rendu  son indpendance.
Ah! si la France avait eu des projets ambitieux et des vues
d'agrandissement, n'aurait-elle pas conserv l'Italie toute entire sous
son influence directe? n'aurait-elle pas tendu sa domination sur la
Batavie, la Suisse et le Portugal? Au lieu de cet agrandissement facile,
elle prsente une sage limitation de son territoire et de sa puissance:
elle subit la perte de l'immense territoire de Saint-Domingue, ainsi que
des trsors et des armes destins  la restauration de cette colonie...
Elle fait tous les sacrifices pour obtenir la continuation de la paix.

L'Angleterre, au contraire, s'empare entirement de l'le opulente de
Ceylan et de toute la navigation du golfe du Bengale; elle acquiert
l'importante possession de la Trinit; elle essaie, par un trait
secret, avec les Mameloucks, d'envahir l'Egypte, en leur fournissant des
armes et des munitions; elle ne quitte Alexandrie que long-temps aprs
l'expiration des dlais convenus, et parce que les ravages de la peste
l'pouvantent. Elle viole le trait d'Amiens pour garder Malte, pour
loigner les corsaires barbaresques, pour faire le commerce exclusif de
l'Adriatique, du Levant, des Dardanelles, et de la mer Noire, et pour
dfendre  toutes les nations la navigation de la Mditerrane; elle
runit tous ses efforts pour faire perdre Saint-Domingue  la France[52]
et pour l'empcher de jouir de la Louisiane; elle excite les dissensions
dans les cantons suisses et fournit des munitions et des armes  leur
extermination civile; elle envoie des escadres dans les mers du Nord,
devant le Texel et la Meuse, menaant d'envahir la Batavie; elle
convoite la Sicile, demande l'le de Lampedouse et occupe la Sardaigne.
Les quatre parties du monde, les golfes, les caps, les dtroits, des
colonies opulentes, ne peuvent satisfaire sa cupidit politique et
commerciale. Son avarice et son ambition sont enfin  dcouvert. Le
masque tombe; l'Angleterre n'assigne plus que trente-six heures  la
dure de la paix. Elle a spcul la guerre soudaine pour saisir  la
fois sur l'Ocan les richesses long-temps dposes, que les colonies
espagnoles, portugaises et bataves envoient enfin  leurs mtropoles,
ainsi que les vaisseaux de la rpublique et les btimens de son commerce
 peine rgnr. L'Angleterre, pour satisfaire quelques passions
haineuses et trop puissantes, trouble la paix du monde, viole sans
pudeur les droits des nations, foule aux pieds les traits les plus
solennels, et fausse la foi jure, cette foi antique, ternelle,
que mme les hordes sauvages connaissent, et qu'elles respectent
religieusement.

Un seul obstacle l'arrte dans sa marche politique et dans sa course
ambitieuse, c'est la France victorieuse, modre et prospre; c'est son
gouvernement nergique et clair; c'est son chef illustre et magnanime:
voil les objets de son envie dlirante, de ses attaques ritres, de
sa haine implacable, de son intrigue diplomatique, de ses conjurations
maritimes et de ses dnonciations officielles  son parlement et  ses
sujets. Mais l'Europe observe; la France s'arme: l'histoire crit: Rome
abattit Carthage!

[Footnote 52: Selon le duc de Clarance (sance du 23 mai) c'est aux
efforts de la Grande-Bretagne que la France doit attribuer la perte de
Saint-Domingue.]




Saint-Cloud, le 18 prairial an 11 (7 juin 1803).

_Circulaire adresse aux cardinaux, archevques et vques de France._

Monsieur,

Les motifs de la prsente guerre sont connus de toute l'Europe. La
mauvaise foi du roi d'Angleterre qui a viol la saintet des traits, en
refusant de restituer Malte  l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem, qui
a fait attaquer nos btimens de commerce sans dclaration pralable de
guerre, la ncessit d'une juste dfense, tout nous oblige de recourir
aux armes. Je vous fais donc cette lettre pour vous dire que je souhaite
que vous ordonniez des prires pour attirer la bndiction du ciel sur
nos entreprises. Les marques que j'ai reues de votre zle pour le
service de l'tat, m'assurent que vous vous conformerez avec plaisir 
mes intentions.

BONAPARTE.




Paris, le 27 messidor an 11 (16 juillet 1803).

_Note inscrite dans le Moniteur._

La mesure que vient de prendre le gouvernement anglais en bloquant
l'embouchure de l'Elbe et celle du Weser, est un nouvel acte
d'infraction aux droits des neutres et  la souverainet de toutes les
puissances.

La France, attaque par l'Angleterre, acquit le droit de porter la
guerre dans toutes les possessions britanniques et de s'emparer, comme
elle l'avait fait dans les guerres antrieures, du Hanovre qui en fait
partie. Mais elle n'a occup les bords de l'Elbe que dans les pays dont
cette conqute l'a mise en possession; elle a respect la neutralit de
Brme, d'Hambourg et des autres tats du continent.

Quelle circonstance aurait donc autoris le roi d'Angleterre  dfendre
aux puissances neutres la navigation de l'Elbe et du Weser; si le
pavillon anglais ne peut paratre sur tous les points qu'une batterie
franaise peut atteindre, du moins il ne doit pas empcher les neutres
de naviguer partout o les chances de la guerre ont conduit les armes
franaises, et d'entretenir leurs communications entre eux. L'Elbe et le
Weser baignent une grande tendue de territoires neutres; les rivires
qui s'y jettent agrandissent encore les relations commerciales dont ils
offrent le dbouch: fermer l'entre de ces fleuves, c'est intercepter
les communications d'une grande partie du continent, c'est commettre
un acte d'hostilit contre tous les pays auxquels cette navigation
appartient.

L'Angleterre aurait d dclarer plus franchement qu'elle ne veut
souffrir aucune puissance neutre; mais les neutres souffriront-ils 
leur tour que leur pavillon et leurs droits soient mpriss.

Si l'Angleterre a voulu punir l'Allemagne de n'avoir pas dfendu et
protg le Hanovre, c'est sans doute comme prince de l'Empire qu'elle a
cru avoir des droits  cette protection. Cependant comment oserait-elle
rclamer une garantie des membres de l'Empire au moment o elle viole
les droits de l'un d'entre eux? Le roi d'Angleterre, en la qualit de
membre du corps germanique, avait consenti  des arrangemens, avait
stipul des indemnits en faveur de l'ordre de Malte, galement
considr comme prince de l'Empire. A peine S. M. britannique avait
solennellement sign ces dispositions, qu'elle attente  l'indpendance
du territoire de l'ordre. Elle n'a pas le droit de former pour elle des
rclamations qui seraient plus justement leves contre elle.

Au reste, la mesure de fermer l'entre des principaux fleuves de
l'Allemagne est, comme toutes celles que l'Angleterre a prises depuis
plusieurs mois, un acte d'aveuglement qui retombe sur elle-mme. Elle
rompt les liens de son commerce avec l'Allemagne, et se ferme les
principales voies pour l'introduction de ses marchandises sur le
continent. Elle en accoutume les peuples  se passer de son industrie;
elle les oblige, pour en obtenir des articles quivalens,  s'adresser 
la France,  qui, lorsque l'embouchure de l'Elbe est ferme, toutes les
voies de terre restent ouvertes. La fureur et la passion sont de bien
mauvais conseillers.

Les journalistes anglais annoncent, comme un fait d'armes dont ils
tirent vanit, l'enlvement de pcheurs franais; et cependant
l'Angleterre agit encore ici contre elle-mme. En drobant la proprit
aux malheureux habitans des ctes, et en privant les familles de leurs
soutiens, elle met au dsespoir cette population dont elle a dtruit les
ressources; elle l'excite  se porter avec plus d'ardeur  la dfense de
notre territoire et  venger la patrie. Elle allume le sentiment de la
haine dans le coeur des hommes qui, par l'obscurit et la tranquillit
de leur vie, semblaient y tre le moins accessibles.

Ainsi, une mauvaise action entrane toujours de funestes rsultats;
ce qui est injuste n'est jamais profitable et ne peut que soulever
l'opinion.

Il est dans la nature de l'homme de refuser son intrt et ses voeux aux
entreprises videmment contraires et  la bonne foi et  l'quit; et
quelles que soient les prventions, il finit toujours par tre entran
vers la cause la plus juste, Eh! quel serait le sort de l'Europe s'il
n'y a aucune puissance dispose  contenir l'ambition d'un tat, qui ne
compte pour rien les traits et la justice!

Le ministre anglais suit au surplus la pente o l'entrane son
caractre bien connu de l'Europe entire. Les hommes faibles ne peuvent
obir  la raison; abandonns  leurs passions, ils se trouvent sans
cesse hors de mesure. Une conduite modre atteste la vigueur d'un
jugement sain. L'injustice et la violence proviennent d'une vritable
faiblesse, comme le transport est l'effet naturel de l'tat de maladie.
Comment les lumires de la raison pourraient-elles briller au milieu des
illusions du dlire? Ne dit-on pas chaque jour au peuple anglais que la
France est en proie  tous les dsordres, et toujours dchire par les
factions; que le gouvernement est sans force, l'esprit public sans
nergie? Peut-tre en parlant contre l'vidence, les ministres de S. M.
britannique ne parlent pas plus contre leur conscience, qu'un malade
dans le dlire, lorsqu'il montre  ceux qui l'environnent les fantmes
que son imagination a crs.

Malheur au peuple conduit par des hommes faibles et sans plan! Malheur
aussi  l'Europe si ces hommes disposent de ce qui reste encore de
puissance et de la prosprit d'un grand peuple!




Paris, le 12 thermidor an 11 (31 juillet 1803).

_Notes insres dans le Moniteur._

[53]Non, M. Windham, non, nous chtierons une centaine de familles
d'oligarques, dont les conseils et l'influence psent trop sur leur
gouvernement, et qui sont charges de tout le sang qui a t vers en
Europe pendant ces dernires annes. Nous ferons jouir le peuple anglais
de tous les bienfaits de l'galit, et nous tablirons une alliance
permanente qui assure le repos de l'Europe, la civilisation des deux
nations et l'amlioration de l'espce humaine.

[54]Lord Hawkesbury, dans la dernire guerre, voulait marcher sur Paris:
aujourd'hui il admet la possibilit que nous arrivions jusqu' Londres:
voil un changement assez notable; ministre enfant, inconsidr,
coupable: comment si, sur quatre chances, vous admettez qu'il y en ait
une qui permette aux Franais de porter la guerre au milieu de vos
foyers, pouvez-vous conseiller de faire la guerre? Malte qui, quoi que
vous en disiez, est le seul et vritable objet de la guerre, vaut-elle
que ds le premier moment de cette guerre vous tablissiez une
imposition extraordinaire de deux annes de revenu; que vous proclamiez
la banqueroute, en mettant  contribution la dette publique; que vous
proposiez une leve en masse, depuis dix-sept jusqu' cinquante-cinq
ans; que vous livriez un tat commerant, fond sur le crdit et
l'ordre, aux apprhensions, aux chances d'une guerre corps  corps
et d'une invasion? Savez-vous ce que c'est qu'une leve en masse?
Croyez-vous que la multitude ne soit pas la mme dans tous les pays et
dans tous les temps?

[Footnote 53: M. Windham, dans la chambre des communes, prtendait que
les Franais voulaient anantir l'Angleterre.]

[Footnote 54: Fussent-ils matres de Londres (les Franais), disait lord
Hawkesbury, les Anglais ne se tiendraient pas pour battus.]

Croyez-vous qu'il y ait aujourd'hui sur le continent un homme de bon
sens, qui, envisageant les consquences de vos mesures, vous accorde du
crdit et vous ouvre sa bourse? Les leves en masse furent toujours
les prcurseurs et le foyer des dsordres civils. Vous auriez pu vous
justifier d'avoir plac votre nation dans cette position violente, si ce
que vous avez dit dans votre premier message avait t vrai, et que vous
eussiez vu un armement formidable prt  vous envahir, votre conduite
aurait en effet mrit des loges des Anglais, et l'intrt de l'Europe,
si la France, se refusant  l'excution des traits, avait voulu forcer
votre nation  souscrire entre le dshonneur de cette violation, et une
lutte dont les consquences ne peuvent tre calcules. Mais quelles
doivent tre les rflexions des hommes senss, lorsqu'ils voient que
c'est la France seule qui s'est trouve dans cette situation force?

On peut appliquer  vos conseils ce que l'criture a dit des conseils du
roi de Babylonne lorsque Cyrus tait  ses portes: L'esprit du Seigneur
les a abandonns, et l'esprit de vertige s'est empar de leurs conseils
et de ceux de tous les citoyens.

[55]Quand avez-vous pu compter sur les efforts du continent, que vous
avez outrag en l'obligeant  ployer momentanment sous votre nouveau
code maritime, fond sur les mmes principes et les mmes raisonnemens
que celui d'Alger et de Tunis? comment vous flatter de l'appui des
puissances continentales, lorsque vous n'y avez recouru qu'au moment des
dclarations de guerre, et qu' l'poque des ouvertures de paix, vous
faites cause  part? et comment pouvez-vous compter sur le continent,
lorsque vous avez outrag la Prusse, l'Autriche et la Russie, en
leur demandant vous-mmes la garantie de l'indpendance de Malte, et
qu'ensuite vous refusez d'vacuer cette le? Entrans par l'esprit de
pillage et de rapine, vous ne vous donnez pas le temps de discuter;
proccups d'une seule pense, vous craignez que quelques millions qui
sont sur les mers ne rentrent dans les ports d'Europe; mais le temps de
vos pirateries est fini. Vous avez enlev quarante millions  la France,
autant  la Hollande; le crime porte sa punition, et dj les principes
violateurs de votre mauvaise foi se sont introduits jusque dans le
systme de vos finances, qui pouvait se soutenir encore par le plus
grand respect pour vos cranciers, et vous les avez arbitrairement
imposs. Il faut que vos marchands, au lieu de l'aune et de la pipe,
prennent les armes et aillent pirouetter en sentinelles toutes les nuits
le long de vos plages.

[Footnote 55: M. Pitt prtendait que toute l'Europe allait s'armer pour
l'Angleterre.]

Il faut que chaque citoyen paie au trsor public, dans une anne, le
revenu de deux annes, et vous n'en tes cependant qu'aux trois premiers
mois d'une guerre qui dans ses commencemens, est constamment avantageuse
 votre marine. Malheur au peuple dont les gouvernans sont assez
faibles pour ne se dterminer que par des sentimens d'orgueil et de
boursouflure! La sagesse, la raison et les calculs, voil la seule
garantie de la prosprit des nations.

Et pourquoi tes-vous menacs d'une invasion? c'est parce que vous
voulez interdire  la France son commerce et l'empcher de rtablir ses
manufactures, et de vivre au sein de la paix. Vous la dshonorez en
voulant qu'elle consente  ce que vous puissiez excuter ou non les
traits que vous faites avec elle; vous tes menacs d'une invasion, et
vous dclarez la guerre sans la faire prcder par des discussions
et par des ngociations requises en pareilles circonstances. A peine
avez-vous donn sept jours, puis trente-six heures, pour rpondre  vos
imprieux ultimatum! Et pourquoi vous jetez-vous  la guerre avec tant
de prcipitation, avec tant d'inconsidration? Parce que quelques
vaisseaux appartenant  de paisibles marchands peuvent rentrer.
Misrables pirates! vous paierez cher les millions que vous avez pills
 de pauvres pcheurs hollandais, et  des spculateurs paisibles!

Et vous M. Fox[56], vous qui tes-le premier dans le petit nombre des
hommes qui ont jusqu'ici chapp  l'esprit de vertige, et qui, vous
plaant hors de l'atmosphre des passions et de ce nuage errant et
furibond que quelques insenss font planer sur votre pays, avez vu d'un
coup d'oeil les causes et les suites de la guerre, pourquoi n'avez-vous
pas dit avec nergie  votre nation: Vous pouvez faire la paix, vous le
pouvez  des conditions honorables. La raison de nos dissentimens
est l'inexcution d'un trait; il faut l'excuter; il faut sacrifier
l'honneur  la patrie et au bien du peuple; il faut excuter fidlement
les engagemens pris  Amiens. Dou de plus de talens que la plupart de
tous vos contemporains, vous avez assez de perspicacit pour saisir tant
de funestes rsultats, mais pas assez de courage pour vous exposer
 l'indignation des hommes passionns et pour crier sans relche:
l'univers veut la paix; le trait d'Amiens l'a rtablie: qu'il soit
excut. Ils vous dchireraient dans leur fureur, sans doute; mais
qu'importe? La postrit dans cette affaire-ci est bien prs de nous.

[Footnote 56: M. Fox dit qu'il avait toujours t partisan de la paix,
mais que du moment o l'Angleterre tait menace d'une invasion, il
devait se rendre  son poste.]

[57]Ce nouveau message ne dit rien de nouveau: aurait-il pour objet
d'ordonner aux membres de la chambre d'tre d'accord sur les mesures de
finances mal conues et mal diriges que le ministre a proposes. Si
l'on s'en tient  ses propres expressions, on voit: 1. qu'il invite
la chambre  arrter les dispositions ncessaires pour faire face aux
dpenses extraordinaires de l'anne; mais c'est l'chiquier qui a
prsent toutes les mesures qui ont t adoptes jusqu' prsent; S. M.
veut-elle les annuler et investir la chambre des communes des pouvoirs
de l'chiquier? 2. Le message invite la chambre a prendre toutes les
mesures que l'urgence des circonstances peut demander. Si le roi donne 
la chambre des communes l'initiative sur les mesures que l'urgence des
circonstances peut commander, il faut nous attendre  lire de belles
extravagances. Tout ce qui vient aujourd'hui du parlement anglais
porte un caractre d'irrflexion qui frappe mme les hommes les moins
attentifs.

[Footnote 57: Georges venait d'adresser a la chambre des communes un
message, o il rclamait une leve extraordinaire d'argent.]

[58] Des souscriptions!... Mais que peut donner une nation qu'on impose
 cinq pour cent de ses proprits, ou  deux annes de son revenu? Si
le gouvernement franais avait pris de telles mesures, elles auraient
produit une augmentation de 2,100,000,000.

[Footnote 58: Le Times annonait des souscriptions de toutes parts pour
la guerre.]

[59] Message, en vrit, de nature  exciter une grande curiosit! et
que nous ne pouvons nous empcher de recommander  la mditation de tous
les souverains du continent. Aprs la paix d'Amiens, lorsque le prince
d'Orange se trouvait dans une situation tout--fait pnible, Le
ministre lui refusa tout ce que ce prince tait en droit de lui
demander. Pendant les deux annes de paix qui suivirent, on lui rpondit
sans cesse qu'on ne pouvait ni devait rien lui donner. La guerre se
dclare, et un message sollicite en sa faveur la gnrosit nationale.
Esprons que bientt un autre message invitera la chambre  payer
les dettes de la nation  l'gard du roi de l'le de Sardaigne, en
s'acquittant avec ce prince des subsides qui lui sont encore dus.

[Footnote 59: Autre message du roi d'Angleterre o Georges cherchait 
apitoyer la nation sur le sort de la maison d'Orange.]

[60]Ces prisonniers dont on a tant parl sont une jeune demoiselle de
quatorze ans et un enfant de douze ans, partis de la Martinique, o ils
sont ns, pour venir achever leur ducation en France. Tels sont les
personnages dangereux qu'il faut soigneusement garder, et que S. M.
britannique confie  la fidlit du capitaine Thesiger. On leur permet
de se promener dans un bourg et de se procurer eux-mmes ce qui leur est
ncessaire. Comparez cette manire de traiter deux enfans  l'entire
libert dont jouissent  Paris et dans les villes de la France les
prisonniers de guerre anglais. Avec son systme de finance qui se
dtriore; avec le rang lev dont elle tombe, la nation anglaise perd
encore les qualits sociales qui l'avaient long-temps distingue.

[Footnote 60: Cette note s'explique sans commentaires.]




Paris, le 30 thermidor an 11 (18 aot 1803).

_Aux citoyens landamman et membres de la dite gnrale de la Suisse._

Citoyens landamman et membres de la dite gnrale de la Suisse, vous me
rappelez l'un des plus heureux momens de ma vie, lorsque vous m'crivez
que l'acte de mdiation vous a pargn la guerre civile.

C'est dans cette vue que j'avais dfr au voeu de la Suisse entire, et
que j'tais intervenu dans ses dissensions.

L'exprience a servi de guide pour la base de vos institutions
actuelles; elle peut en servir pour la continuation des rapports qui
subsistrent constamment entre la France et votre pays.

Ces rapports sont fonds sur des senti mens d'affection et d'estime,
dont j'aimerai toujours  donner des tmoignages  votre nation.

BONAPARTE.




Paris, le 30 thermidor an 11 (18 avril 1803).

_Aux citoyens membres du grand-conseil du canton de Vaud._

Citoyens membres du grand-conseil du canton de Vaud, j'ai lu avec
sensibilit le dcret du 14 avril, par lequel vous m'exprimez votre
reconnaissance.

Lorsque j'ai accept d'tre votre mdiateur, mon but a t de rapprocher
les esprits, et de prvenir le retour des anciennes divisions. Je vois
avec satisfaction que ce but est rempli.

Votre bonheur ne peut, dans aucun temps, m'tre tranger. Des rapports
intimes de voisinage, de langue, de moeurs, vous unissent  la France;
et je prendrai toujours un vif intrt au maintien de votre tranquillit
et des avantages que l'acte de mdiation vous a rendus.

BONAPARTE.




Paris, le 30 vendmiaire an 12 (13 octobre 1803).

_Note inscrite dans le Moniteur, en rponse  un article du journal
anglais le Morning-Post, qui finissait ainsi: Le premier consul
demandera la paix lorsqu'il verra que tout l'avantage sera de notre ct
et toute l'humiliation du sien._

Vous aviez en Europe la rputation d'une nation sage, mais vous avez
bien dgnr de vos pres. Tous vos discours inspirent sur le continent
le mpris de la piti. Voltaire dit quelque part: quand Auguste buvait,
la Pologne tait ivre. L'tat de maladie de votre roi s'est communiqu
 votre nation; jamais peuple n'a t entran si promptement par un
esprit de vertige qui se manifeste chez les peuples quand Dieu le
permet.

Vous faites la guerre pour garder Malte, et alarms ds les six premiers
mois sur votre position, vous croyez une leve en masse ncessaire 
votre sret!!! Les peines, les angoisses, les prils, attachs aux
mouvemens tumultueux et populaires, voil dj le chtiment terrible et
juste de votre dloyaut.

Ce mme esprit de vertige vous fit rpondre avec insolence au roi de
Prusse, lorsqu'il vous proposa de garantir le Hanovre, si vous vouliez
reconnatre l'indpendance de son pavillon, et vous conduisit  une
leve en masse dans le Hanovre. Lorsque depuis on vous proposa la
convention de Salhingen, le mme esprit dicta votre refus, et par l le
roi d'Angleterre manqua  ses devoirs les plus sacrs, mrita la haine,
de ses peuples de l'Elbe et donna lieu au gouvernement franais de
dsarmer vingt mille hommes et d'occuper celles des provinces du Hanovre
qui lui taient encore restes.

Lorsque vous vtes le rsultat de cette conduite inconsidre,
impolitique, immorale, vous etes recours  une mesure moins rflchie
encore; vous dclartes en tat de blocus l'Elbe et le Weser. Par
l, vous ftes outrage, vous ftes tort au Danemarck,  la Prusse, 
Hambourg,  Brme, qui, riverains de ce fleuve, n'avaient cependant rien
de commun avec l'occupation du Hanovre.

Cette conduite tait peu sage; mais ce qui la constitue inconcevable,
c'est que, bloquant l'Elbe et le Weser, vous excuttes prcisment ce
que les Franais dsiraient. Il n'est pas un ngociant, pas un teneur de
livres de Londres qui n'ait calcul le dommage que vous vous tes fait 
vous-mmes.

Le Weser et l'Elbe demeurant libres, vous auriez introduit vos
marchandises au moyen des navires prussiens, danois, brmois, etc.;
et vos manufactures et votre commerce ne se fussent pas ressenti de
l'occupation du Hanovre. Ainsi, en dclarant le blocus de l'Elbe et du
Weser, vous avez excut, non-seulement la chose la plus injuste qui
ait t faite depuis les Carthaginois, qui,  leur gr, prohibaient le
commerce des diffrentes rgions, mais la chose la plus contraire  vos
intrts.

Certainement cette conduite n'a pas t inspire par l'esprit de calcul
et de prudence qui seul vous dirigeait jadis, mais bien par cet esprit
de vertige qui plane sur vous et qui rgne dans vos conseils.

Enfin, pour prouver  la France que vous devez garder Malte, vous la
menacez d'une leve en masse, la plus funeste des extrmits auxquelles
puisse tre rduite une nation aprs avoir essuy de grands malheurs.
Vienne ne fit une leve en masse que lorsque les armes franaises
furent  ses portes. Vous nous menacez de M. Pitt, de lord Withwort, que
vous faites colonels, et votre roi exerce  cheval sa troupe, afin de
lui communiquer cette ardeur guerrire et cette exprience qu'il a
acquises dans tant de combats!!! Ces caricatures misrables font rire
de piti l'Europe, et l'on cherche en vain l'esprit de cette vieille
Angleterre, si sre dans ses conseils, si sense et si constante dans
ses entreprises. La politique de vos prcdens ministres vous a spars
de tous vos allis, tait-ce le temps de vous montrer injustes,
oppresseurs, violateurs des traits? Etait-ce le temps de vouloir,
par la force, runir au commerce exclusif de l'Ocan celui de la
Mditerrane, auquel vos anctres plus sages avaient eu le bon esprit de
renoncer? Et lorsque vous avez des projets aussi ambitieux qu'ils sont
mal calculs, vous vous alinez la plus belle et la plus considrable de
vos provinces. Vous avez runi son parlement  votre parlement, et vous
refusez  l'Irlande l'exercice de sa religion! Vous savez pourtant bien
que la chose la plus sacre parmi les hommes, c'est la conscience, et
que l'homme a une voix secrte qui lui crie que rien sur la terre ne
peut l'obliger  croire ce qu'il ne croit pas. La plus horrible de
toutes les tyrannies est celle qui oblige les dix-huit vingtimes d'une
nation  embrasser une religion contraire  leur croyance, sous peine de
ne pouvoir ni exercer les droits de citoyens, ni possder aucun bien, ce
qui est la mme chose que de n'avoir plus de patrie sur la terre.

Ainsi donc vous voulez runir l'Irlande, et vous ne voulez pas que les
Irlandais aient une patrie! Inconcevable contradiction, que l'Europe ne
peut expliquer qu'en l'attribuant  l'esprit d'absence et d'imprvoyance
qui caractrise vos conseils. Vous tes peut-tre aujourd'hui la seule
nation claire chez qui la tolrance ne soit pas tablie. Vous voulez
et vous ne voulez pas; et s'il tait vrai que les Pitt et les Grenville
eussent quitt le ministre parce que le roi avait manqu de parole
 l'gard des Irlandais, aprs leur avoir promis la libert de leur
religion, il faudrait le dire: ils taient dpourvus de toute pudeur,
ces hommes qui ont brigu la honte de leur succder aux conditions
imposes par un prince malade, sans foi, et qui, dans le sicle o nous
sommes, a rtabli les lois des Nron et des Domitien, et perscut comme
eux l'glise catholique. Ils n'ont pas trouv cet exemple dans votre
histoire; vos pres avaient plus de vertus, plus de respect national.

Quel est donc le sort que le destin vous a prpar? il chappe aux
calculs de toute intelligence humaine.

Cependant serait-il prsomptueux de dire que le prince, dont
l'enttement et le dlire vous a fait perdre l'Amrique et vient de vous
faire perdre le Hanovre, pourra vous faire perdre l'Irlande, si, pour
votre punition, Dieu le conserve encore quelque temps sur son trne?
Le ciel ne donne aux nations des princes vicieux ou alins que pour
chtier et abaisser leur orgueil.




Paris, le 17 brumaire an 12 (9 novembre 1803).

_Notes inscrites dans le Moniteur.

L'Angleterre n'a point de fusils[61]_. Qui croirait qu'aprs avoir
dclar la guerre, provoqu l'arrive d'une arme franaise dans son
sein, l'Angleterre manque d'armes pour ses dfenseurs? elle a recours 
des piques et  des coutelas. Elle a dj consomm les cinquante mille
fusils qu'elle avait en rserve dans la tour de Londres, et l'on sait
que dans les leves en masse et les mouvemens tumultueux, il faut
compter les fusils par millions. Ses agens ont parcouru le nord de
l'Allemagne, ils se sont prsents  Berlin,  Hesse-Cassel, Brunswick,
etc., pour avoir des fusils; ils en ont offert le double et le triple de
leur valeur, et ils n'ont pu s'en procurer. Ainsi donc M. Addington arme
son rgiment avec des piques! Peut-il y avoir une plus grande preuve de
l'esprit de dmence qui s'est empar des conseils de cette nation...

[Footnote 61: _Le Merchant,_ journal anglais, annonait qu' dfaut de
_fusils,_ les braves Bretons allaient se servir de _piques._]

_Pourquoi sommes-nous en guerre[62]_? Parce que le peuple anglais n'a,
pour diriger ses affaires, qu'un roi fou, qu'un premier ministre qui a
le caractre et l'incertitude d'une vieille gouvernante; un ministre
des affaires trangres, jeune homme inconsidr qui, dans la premire
coalition, voulait arriver a Paris en douze jours, et dont les calculs
politiques se ressentent de cette extrme inconsidration.

[Footnote 62: Titre d'une brochure anglaise qui venait de paratre 
Londres.]

La paix d'Amiens tait honorable a l'Angleterre; elle et t solide,
puisque l'Angleterre tait la seule des puissances coalises qui, au
lieu de perdre, avait accru et consolid ses domaines de l'Orient et de
l'Occident par des acquisitions de la plus grande importance. Mais des
ministres incapables ne surent la dfendre ni par la force des discours,
ni par des mesures senses. Ils voulaient que la France leur ft en tout
favorable, et ils continurent  laisser solder sous leurs yeux des
hommes qui, sans cesse, mditaient l'assassinat du premier magistrat de
France. Ils voulaient, aprs tant d'orages, et de malheurs, fonder la
paix des deux nations, et ils n'avaient pas une voie, pas un moyen pour
s'opposer au torrent d'injures et de calomnies sans exemple, que les
diffrens partis, pour les embarrasser sans doute, s'tudiaient  vomir
contre le gouvernement franais.

Ils voulaient diminuer la prvention et l'aigreur naturelle aprs la
guerre acharne qui avait eu lieu entre les deux tats, et l'esprit de
mfiance qui avait exist entre les deux gouvernemens; et eux-mmes ne
cessaient de dclarer qu'il fallait un tat de paix considrable, qu'il
fallait rester sur ses gardes, non qu'ils le pensassent vritablement,
mais pour complaire, par un excs de faiblesse, aux ennemis de leur
autorit dans le parlement, sans prvoir que ncessairement le
gouvernement franais devait non-seulement en dire mais en faire autant.
Enfin, nous avons la guerre parce que l'Angleterre est sans roi, que ses
conseils et son parlement sont diviss par des factions acharnes
et puissantes, et que le ministre qui dirige les affaires est sans
puissance d'opinion ou de talent. Les vnemens actuels ont prouv
qu'une nation trangre ne pourrait traiter avec l'Angleterre que quand
elle aurait un roi capable d'une volont, ou un ministre fort et
puissant, capable d'clairer la nation, de justifier de ce qu'il a fait.
Faite par Grenville et l'ancien ministre, la paix et t solide;
elle l'et t sous le rgne du prince de Galles, ou sous le ministre
d'hommes forts en talens et en raisonnemens, tels que les membres de
l'opposition.

Quelques personnes ont essay de comparer la leve en masse des
propritaires de Londres et de quelques autres comts, avec la leve
en masse du peuple franais de 1789. Les hommes que l'inquitude du
gouvernement britannique exporte journellement de son territoire, et
les voyageurs impartiaux, ne trouvent gure de ressemblance que dans
l'expression. Celui qui, en 1790, parcourait nos populeux dpartemens,
rencontrait partout, non pas quelques corps et mtiers rallis sous des
bannires de confrrie, mais les villes entires leves au signal de
la patrie menace, et faisant retentir les airs de chants civiques et
d'hymnes  la libert. L'homme que son zle et quelquefois sa modestie
mme plaait dans les rangs o l'ge, le talent et le mrite se
plaisaient  se confondre, savait bien que ce n'tait pas pour dfendre
la vaisselle plate de son capitaine, qu'il abandonnait sa femme et
ses enfans, allait exposer sa vie et verser son sang: un autre motif
l'appelait aux armes, le besoin de sortir du nant, dans lequel tait
plonge la France entire, et de disputer  d'insolens et privilgis
hrditaires la considration qui appartenait au mrite seul: voil tout
ce qui avait soulev une grande nation, voila ce qui a recrut pendant
long-temps une arme qui, d'abord de 1,200,000, s'est constamment et
facilement maintenue  la hauteur des dangers et des besoins de la
patrie.

Pour enflammer les soldats de la libert on n'avait pas recours 
de sottes et lches caricatures contre les ennemis de leur pays; il
suffisait de leur dire que la rvolution qui en faisait des hommes
libres, tait menace par une ambition impie, et l'on n'tait pas rduit
d'invoquer leur piti en faveur d'un ordre de choses qui ne garantit
 la majorit que sa misre et son opprobre. Aussi la France tait la
terre de Cadmus, hrisse de piques et couverte de dfenseurs. Le soin
qu'on a pris en Angleterre de parodier notre leve en masse, n'a servi
qu' prouver la pauvret des moyens dont on dispose. Une fanfaronnade
du gouvernement anglais a fait dfendre de recevoir des nouveaux
volontaires qui se prsentaient en foule, mais pour apprcier cette
mesure il faut en connatre les motifs.

La vrit est que le gouvernement, beaucoup plus effray que flatt de
l'empressement de ceux qui demandaient  tre arms, n'a pas trouv
d'autres moyens d'arrter leur zle plus que suspect; en outre demander
 tre volontaire, tait un moyen d'viter d'tre enrl, et il est
aujourd'hui reconnu que beaucoup de volontaires n'ont pas eu d'autre
vocation. Tout cet hrosme a empch la faible arme anglaise de se
complter, et il lui manque encore plus de dix mille hommes, malgr
la ferveur avec laquelle les recruteurs anglais expdient  leurs
commettans l'cume du Holstein et de la Haute-Saxe pour aller dfendre
les intrts et la gloire de John Bull ou de sa patrie.

Nous ne dissimulerons pas que le dsir de conserver de grands et
lourds privilges ne soit capable de quelque nergie passagre; nous
conviendrons, si l'on veut, que les courtauts de Westminster ont assez
bonne mine sous leur uniforme rouge; mais si les lgions de Csar
ajustent aux visages, gare que cette belle troupe ne s'occupe bientt de
pourvoir  sa sret individuelle.




Boulogne, le 24 brumaire an 12 (16 novembre 1803).

_Ordre du jour._

Le premier consul est satisfait de l'arme de terre du camp de Saint
Omer, et des divisions de la flottille runies  Boulogne. Il charge
l'amiral et le gnral en chef de faire connatre aux soldats et
matelots que leur conduite justifie l'opinion qu'a d'eux le premier
consul.

BONAPARTE.




Paris, le 8 frimaire an 12 (1er dcembre 1803).

_Note inscrite dans le Moniteur en rponse  un message du roi
d'Angleterre au parlement, o Georges assurait que la France voulait
srieusement dtruire la_ constitution, la religion et l'indpendance de
la nation anglaise; _mais qu'au moyen des mesures qu'il allait prendre,
cette mme France ne retirerait de son projet que la_ dfaite, la
confusion et le malheur.

Est-ce bien le roi d'Angleterre, le chef d'une nation matresse des mers
et souveraine de l'Inde qui tient ce langage? Quoi, nous sommes  peine
au sixime mois depuis ce jour o la discorde apparut  votre roi,
et paissit sur ses yeux les tnbres de l'intrigue et de la basse
ambition, et lui montra les ports de France et de Hollande remplis de
flottes et d'armes qui mditaient l'invasion de l'Angleterre, depuis ce
jour o votre prince, encore abus par ces perfides illusions, vint au
milieu de vous, et dans son effroi, convainquit l'Europe et la France de
l'garement de ses conseils; et dj nous l'entendons parler de marcher
avec son peuple pour la dfense de la religion, de vos lois, de votre
indpendance. Qui vous a donc rduits  cette extrmit? Si vous
aviez perdu les batailles de la Trbie, de Trasimne, de Cannes,
tiendriez-vous un autre langage. Cependant la lutte est  peine
commence; vous n'avez essuy aucun revers, mme tout vous a prospr!
et l'alarme est dans vos villes, et vos conseils ont besoin de se
rassurer  la voix d'un chef qui dclare qu'il veut prir en marchant 
la tte de son peuple! Ceux qui lui dictent ces discours inconsidrs
ignorent-ils donc que Harold-le-parjure se mit aussi  la tte de son
peuple! Ignorent-ils que les prestiges de la naissance, les attributs
du pouvoir souverain, le manteau de pourpre qui couvre les rois sont de
fragiles boucliers dans ces momens o la mort, se promenant  travers
les rangs de l'une et de l'autre arme, attend le coup d'oeil du gnie
et un mouvement inattendu, pour choisir le parti qui doit lui fournir
ses victimes. Le jour d'une bataille tous les hommes sont gaux.

L'habitude des combats, la supriorit de la tactique, et le sang-froid
du commandement font seuls les vainqueurs ou les vaincus. Un roi qui, 
soixante-trois ans, se mettrait pour la premire fois  la tte de ses
troupes, serait, dans un jour de combat, un embarras de plus pour les
siens, une nouvelle chance de succs pour les ennemis.

Le roi d'Angleterre parle de l'honneur de sa couronne, du maintien de la
constitution, de la religion, des lois, de l'indpendance. La jouissance
de tous ces biens prcieux n'tait-elle pas assure par le trait
d'Amiens? On dirait, en lisant ce discours, que ce n'est pas
l'ambassadeur d'Angleterre qui a eu la honteuse insolence de donner
trente-six heures pour se dcider  la guerre, et qu'au contraire
l'ambassadeur de France a exig  Londres que dans trente-six heures
on changet la religion, on abolt la constitution, on dshonort
l'Angleterre. Votre religion, votre constitution, votre honneur ne
pouvaient-ils donc exister sans l'ultimatum de lord Whitworth? Qu'a donc
de commun le rocher de Malte et l'le de Lampedouse avec votre religion,
vos lois et votre indpendance?

Il n'appartient pas  la prudence humaine de connatre ce que la
Providence a arrt dans sa profonde sagesse pour servir  la punition
du parjure et au chtiment de ceux qui soufflent la division, provoquent
la guerre, et pour les vains prtextes ou les secrtes raisons d'une
ambition misrable, prodiguent sans mnagement le sang des hommes;
mais nous pouvons prsager avec assurance l'issue de cette importante
contestation, et dire que vous n'aurez pas Malte, que vous n'aurez point
Lampedouse, et que vous signerez un trait moins avantageux que celui
d'Amiens.

La dfaite, la confusion et le malheur! Si le roi est si sr de son
fait, que n'ordonne-t-il  ses flottes,  ses croisires de nous laisser
pendant quelques jours un libre passage? Nous verrons bientt si le
rsultat serait pour les Franais, la dfaite, la confusion et le
malheur. Toutes ses rodomontades sont indignes  la fois d'un grand
peuple et d'un homme dans son bon sens. Le roi d'Angleterre et-il
remport autant de victoires qu'Alexandre, Annibal ou Csar; ce langage
ne serait pas moins insens. Le destin de la guerre et le sort des
batailles tiennent  si peu de choses? La fortune est si souvent
inconstante et aveugle qu'il faut tre dpourvu de toute raison pour
affirmer que l'arme franaise qui, jusqu' ce jour, n'a point pass
pour lche, ne trouverait sur le sol de la Grande-Bretagne que dfaite,
confusion et malheur.

Quant aux menaces prsomptueuses dont le roi d'Angleterre accuse ses
ennemis, les ministres seraient embarrasss, sans doute, de les citer.
Dans quel temps le premier consul, qui, seul, a la direction de toutes
les dispositions militaires, a-t-il dit qu'il voulait envoyer une arme
en Angleterre? Il a dit jusqu' prsent, on campera au Texel,  Ostende,
 Saint-Omer,  Brest,  Bayonne, et l'arme y a camp. Ne peut-on
donc, lorsqu'on est en guerre, runir des troupes dans des camps, sans
excuter des menaces prsomptueuses?

Vous convenez que l'arme franaise peut pntrer au sein de
l'Angleterre; vous offrez, dans cette supposition, votre tte et
votre bras  votre peuple pour sa dfense, et vous assurez, d'un ton
prophtique, que le rsultat sera, pour l'arme franaise, la dfaite,
la confusion et le malheur.... Soit, mais qu'y gagnerez-vous? L'avantage
que nous en retirerons sera, dites-vous, la gloire de surmonter les
difficults actuelles: il tait bien-plus simple de ne pas faire natre
ces difficults.--De repousser un danger immdiat: il tait bien
plus sr de ne pas vous exposer  ce danger.--D'tablir la sret et
l'indpendance du royaume sur la base de sa force reconnue: mais le
trait d'Amiens avait tabli la sret et l'indpendance du royaume de
la Grande-Bretagne.--Rsultant de l'preuve de ses ressources et de son
nergie, eh! qui doute que votre peuple, qui rgne sur les deux mondes,
ne soit riche, brave et plein d'nergie?

Certes, ces expressions, _l'preuve de ses propres ressources et de son
nergie,_ doivent retentir dans toute l'Europe: ainsi vous vous battez
pour montrer que vous pouvez vous battre; vous accablez vos peuples pour
faire connatre que vous tes riches; vous produisez le malheur des
gnrations actuelles pour constater cette nergie que personne n'avait
envie de vous contester. L'Europe jugera si de pareils sentimens sont le
rsultat de la grandeur ou de la faiblesse de l'me, de la sagesse ou de
la folie.

Mais si nous admettons que, d'aprs l'inconstance de la fortune et les
vicissitudes de la guerre, l'arme franaise pt trouver au sein de la
Grande-Bretagne la dfaite et le malheur, admettez  votre tour qu'une
arme de vtrans, dont chaque soldat a affront la mort dans tant
de batailles, et que conduisent des hommes  qui l'Europe accorde
quelqu'estime, peut, soit par son courage, soit par quelques manoeuvres,
porter au milieu de vous le malheur, la confusion et la dfaite, quel
avantage en rsultera pour la France? ce ne sera pas de surmonter les
difficults actuelles: il n'en existe aucune pour elle; de repousser un
danger immdiat: il n'est dans cette lutte, aucun danger immdiat pour
elle; d'tablir la sret et l'indpendance de l'tat sur la base de sa
force reconnue, rsultant de l'preuve de ses propres ressources et
de son nergie: sa sret, son indpendance, sa force, ses propres
ressources et son nergie, sont comme l'clat du soleil: il n'est besoin
d'aucune preuve pour les constater.

Le rsultat serait pour elle de vous arracher ce trident, acquis par
cinquante annes de bonheur, par les vertus de vos pres, et conserv
par la duplicit de votre cabinet; de venger cette Hibernie infortune,
de la restituer aux nations, et de faire luire sur cette terre, arrose
de sang et de larmes, des jours sereins et prospres... ce serait...

Enfin, l'Europe attentive  la lecture de ce discours, sera frappe d'un
seul sentiment. Quoi! les ministres de la Grande-Bretagne sont assez
insenss pour mettre dans la bouche de leur roi, et pour proclamer, dans
un jour solennel, que du sort d'une bataille dpendent les destines de
ce colosse qui pse sur les deux mondes?

Si du sort d'une bataille avait dpendu celui d'un seul des nouveaux
dpartemens acquis par la France, nous sommes assurs qu'elle et fait
la paix, qu'elle n'et pas repouss vos injustes prtentions, qu'elle
et cd Malte. Cette conduite aurait t conforme aux devoirs imposs 
tous les hommes, chefs ou ministres, dont les volonts influent sur le
sort des nations.




Paris, le 25 nivose an 12 (16 janvier 1804).

_Au corps lgislatif._

EXPOS DE LA SITUATION DE LA RPUBLIQUE.

La rpublique a t force de changer d'attitude, mais elle n'a point
chang de situation; elle conserve toujours, dans le sentiment de sa
force, le gage de sa prosprit. Tout tait calme dans l'intrieur de la
France, lorsqu'au commencement de l'anne dernire, nous entretenions
encore l'espoir d'une paix durable. Tout est rest calme depuis qu'une
puissance jalouse a rallum les torches de la guerre; mais sous cette
dernire poque, l'union des intrts et des sentimens s'est montre
plus pleine et plus entire; l'esprit public s'est dvelopp avec plus
d'nergie.

Dans les nouveaux dpartemens que le premier consul a parcourus[64], il
a entendu, comme dans les anciens, les accens d'une indignation vraiment
franaise; il a reconnu, dans leur haine contre un gouvernement ennemi
de notre prosprit, mieux encore que dans les lans de la joie publique
et d'une affection personnelle, leur attachement  la patrie, leur
dvouement  sa destine.

[Footnote 64: Ceux de la Belgique.]

Dans tous les dpartemens, les ministres du culte ont us de l'influence
de la religion pour consacrer ce mouvement spontan des esprits. Des
dpts d'armes que des rebelles fugitifs avaient confis  la terre,
pour les reprendre dans un avenir que leur forgeait une coupable
prvoyance, ont t rvls au premier signal du danger, et livrs aux
magistrats pour en armer nos dfenseurs.

Le gouvernement britannique tentera de jeter, et peut-tre il a dj
jet sur nos ctes quelques-uns de ces monstres qu'il a nourris pendant
la paix pour dchirer le sol qui les a vus natre; mais ils n'y
retrouveront plus ces bandes impies qui furent les instrumens de leurs
premiers crimes; la terreur les a dissoutes, ou la justice en a
purg nos contres; ils n'y retrouveront ni cette crdulit dont
ils abusrent, ni ces haines dont ils aiguisrent les poignards.
L'exprience a clair tous les esprits; la sagesse des lois et de
l'administration a rconcili tous les coeurs.

Environns partout de la force publique, partout atteints par les
tribunaux, ces hommes affreux ne pourront dsormais ni faire des
rebelles, ni recommencer impunment leur mtier de brigands et
d'assassins.

Tout  l'heure une misrable tentative a t faite dans la Vende, la
conscription en tait le prtexte; mais, citoyens, prtres, soldats,
tout s'est branl pour la dfense commune; ceux qui, dans d'autres
temps, furent des moteurs de troubles, sont venus offrir leurs bras 
l'autorit publique, et, dans leurs personnes et dans leurs familles,
des gages de leur foi et de leur dvouement.

Enfin ce qui caractrise surtout la scurit des citoyens, le retour
des affections sociales, la bienfaisance se dploie tous les jours
davantage; de tous cts on offre des dons  l'infortune, et des
fondations  des tablissemens utiles.

La guerre n'a point interrompu les penses de la paix; et le
gouvernement a poursuivi avec constance tout ce qui tend  mettre la
constitution dans les moeurs et dans le temprament des citoyens,
tout ce qui doit attacher  sa dure tous les intrts et toutes les
esprances.

Ainsi, le snat a t plac  la hauteur o son institution l'appelait.
Une dotation telle que la constitution l'avait dtermine, l'entoure
d'une grandeur imposante.

Le corps lgislatif n'apparatra plus qu'environn de la majest que
rclament ses fonctions; on ne le cherchera plus vainement hors de
ses sances. Un prsident annuel sera le centre de ses mouvemens, et
l'organe de ses penses et de ses voeux dans ses relations avec le
gouvernement. Ce corps aura enfin cette dignit qui ne pouvait exister
avec des formes mobiles et indtermines.

Les collges lectoraux se sont tenus partout avec ce calme, cette
sagesse qui garantissent les heureux choix.

La lgion d'honneur existe dans les parties suprieures de son
organisation, et dans une partie des lmens qui doivent la composer.
Ces lmens, encore gaux, attendent d'un dernier choix leurs fonctions
et leurs places. Combien de traits honorables a rvls l'ambition d'y
tre admis! Que de trsors la rpublique aura dans cette institution
pour rcompenser les services et les vertus!

Au conseil d'tat, une autre institution prpare aux choix du
gouvernement des hommes pour toutes les branches suprieures de
l'administration; des auditeurs s'y forment dans l'atelier des rglemens
et des lois; ils s'y pntrent des principes et des maximes de l'ordre
public. Toujours environns de tmoins et de juges, souvent sous les
yeux du gouvernement, souvent dans des missions importantes, ils
arriveront aux fonctions publiques avec la maturit de l'exprience,
et avec la garantie que donnent un caractre, une conduite et des
connaissances prouves.

Des lyces, des coles secondaires s'lvent de tous cts, et ne
s'lvent pas encore assez rapidement au gr de l'impatience des
citoyens. Des rglemens communs, une discipline commune, un mme systme
d'instruction y vont former des gnrations qui soutiendront la gloire
de la France par des talens, et ses institutions par des principes et
des vertus.

Un prytane unique, le prytane de Saint-Cyr, reoit les enfans des
citoyens qui sont morts pour la patrie; dj l'ducation y respire
l'enthousiasme militaire.

A Fontainebleau, l'cole spciale militaire compte plusieurs centaines
de soldats qu'on ploie  la discipline, qu'on endurcit  la fatigue, qui
acquirent, avec les habitudes du mtier, les connaissances de l'art.

L'cole de Compigne offre l'aspect d'une vaste manufacture, o cinq
cents jeunes gens passent de l'tude dans les ateliers, des ateliers
 l'tude. Aprs quelques mois, ils excutent avec la prcision de
l'intelligence, des ouvrages qu'on n'en aurait pas obtenus aprs
des annes d'un vulgaire apprentissage, et bientt le commerce et
l'industrie jouiront de leur travail et des soins du gouvernement.

Le gnie, l'artillerie, n'ont plus qu'une mme cole et une institution
commune.

La mdecine est partout soumise au nouveau rgime que la loi a prescrit.
Dans une rforme salutaire, on a trouv le moyen de simplifier la
dpense et d'ajouter  l'instruction.

L'exercice de la pharmacie a t mis sous la garde des lumires et de la
probit.

Un rglement a plac entre le matre et l'ouvrier, des juges qui
terminent leurs diffrens avec la clrit qu'exigent leurs intrts et
leurs besoins, et avec l'impartialit que commande la justice.

Le Code civil s'achve, et dans cette session, pourront tre soumis aux
dlibrations du corps lgislatif les derniers projets de lois qui en
compltent l'ensemble.

Le Code judiciaire, appel par tous les voeux, subit en ce moment les
discussions qui le conduiront  sa maturit.

Le Code criminel avance, et du Code de commerce les parties que
paraissent rclamer le plus imprieusement les circonstances, sont en
tat de recevoir le sceau de la loi dans la session prochaine.

De nouveaux chefs-d'oeuvre sont venus embellir nos muses; et tandis
que le reste de l'Europe envie nos richesses, nos jeunes artistes vont
encore, au sein de l'Italie, chauffer leur gnie  la vue de ses grands
monumens, et respirer l'enthousiasme qui les a enfants.

Dans le dpartement de Marengo, sous les murs de cette Alexandrie qui
sera un des plus puissans boulevarts de la France, s'est form le
premier camp de nos vtrans. L, ils conserveront le souvenir de leurs
exploits et l'orgueil de leurs victoires; ils inspireront  leurs
nouveaux concitoyens l'amour et le respect de cette patrie qu'ils ont
agrandie et qui les a rcompenss; ils laisseront dans leurs enfans des
hritiers de leur courage, et de nouveaux dfenseurs de cette patrie
dont ils recueilleront les bienfaits.

Dans l'ancien territoire de la rpublique, dans la Belgique, d'antiques
fortifications qui n'taient plus que d'inutiles monumens des malheurs
de nos pres ou des accroissemens progressifs de la France, seront
dmolies. Les terrains qui avaient t sacrifis  leur dfense seront
rendus  la culture et au commerce, et avec les fonds que produiront ces
dmolitions et ces terrains, seront construites de nouvelles forteresses
sur nos nouvelles frontires.

Sous un meilleur systme d'adjudication, la taxe d'entretien des routes
a pris de nouveaux accroissemens; des fermiers d'une anne taient sans
mulation; des fermiers de portions trop morceles taient sans fortune
et sans garantie.

Des adjudications triennales, des adjudications de plusieurs barrires
 la fois, ont appel des concurrens plus nombreux, plus riches et plus
hardis.

Le droit de barrire a produit en l'an 11 quinze millions; dix de
plus ont t consacrs dans la mme anne  l'entretien et au
perfectionnement des routes.

Les routes anciennes ont t entretenues et rpares; des routes ont t
lies  d'autres routes par des constructions nouvelles. Ds cette anne
les voitures franchissent le Simplon et le Mont-Cenis.

On rtablit au pont de Tours trois arches croules.

De nouveaux ponts sont en construction  Corbeille,  Roanne,  Nemours,
sur l'Isre, sur le Roubion, sur la Durance, sur le Rhin. Avignon et
Villeneuve communiqueront par un pont entrepris par une association
particulire.

Trois ponts avaient t commencs  Paris avec des fonds que des
citoyens avaient fournis; deux ont t achevs en partie avec les fonds
publics, et les droits qui s'y peroivent assurent, dans un nombre
dtermin d'annes, l'intrt et le remboursement des avances.

Un troisime, le plus intressant de tous (celui du jardin des Plantes)
est en construction et sera bientt termin. Il dgagera l'intrieur de
Paris d'une circulation embarrassante, se liera avec une place superbe,
depuis long-temps dcrte, qu'embelliront des plantations et les eaux
de la rivire d'Ourcq, et sur laquelle aboutiront en ligne directe la
rue Saint-Antoine et celle de son faubourg.

Le pont seul formera l'objet d'une dpense que couvriront rapidement
les droits qui y seront perus. La place et tous ses accessoires ne
coteront  l'tat que l'emplacement et les ruines sur lesquelles elle
doit s'lever.

Les travaux du canal de Saint-Quentin s'oprent sur quatre points  la
fois. Dj une galerie souterraine est perce dans une tendue de mille
mtres; deux cluses sont termines, huit autres s'avancent; d'autres
sortent des fondations, et cette vaste entreprise offrira dans quelques
annes une navigation complte.

Les canaux d'Arles, d'Aigues-Mortes, de la Sane et de l'Yonne; celui
qui unira le Rhne au Rhin; celui qui, par le Blavet, doit porter la
navigation au centre de l'ancienne Bretagne, sont tous commencs, et
tous seront achevs dans un temps proportionn aux travaux qu'ils
exigent.

Le canal qui doit joindre l'Escaut, la Meuse et le Rhin, n'est dj plus
dans la seule pense du gouvernement; des reconnaissances ont t faites
sur le terrain; des fonds sont dj prvus pour l'excution d'une
entreprise qui nous ouvrira l'Allemagne, et rendra  notre commerce et
 notre industrie des parties de notre propre territoire que leur
situation livrait  l'industrie et au commerce des trangers.

La jonction de la Rance  la Vilaine unira la Manche  l'Ocan, portera
la prosprit et la civilisation dans des contres o languissent
l'agriculture et les arts, o les moeurs agrestes sont encore trangres
 nos moeurs. Ds cette anne des sommes considrables ont t affectes
 cette opration.

Le desschement des marais de Rochefort, souvent tent, souvent
abandonn, s'excute avec constance. Un million sera destin cette anne
 porter la salubrit dans ce port, qui dvorait nos marins et ses
habitans. La culture et les hommes s'tendront sur les terrains vous
depuis long-temps aux maladies et  la dpopulation.

Au sein du Cotentin, un desschement non moins important, dont le projet
est fait, dont la dpense, largement calcule, sera ncessairement
rembourse par le rsultat de l'opration, transformera en riches
pturages d'autres marais d'une vaste tendue, qui ne sont aujourd'hui
qu'un foyer de contagion toujours renaissant.

Les fonds ncessaires  cette entreprise sont ports dans le budget de
l'an 12. En mme temps un pont sur la Vire liera le dpartement de
la Manche au dpartement du Calvados, supprimera un passage toujours
dangereux et souvent funeste, et abrgera de quelques myriamtres la
route qui conduit de Paris  Cherbourg.

Sur un autre point du dpartement de la Manche, un canal est projet,
qui portera le sable de la mer et la fcondit dans une contre strile,
et donnera aux constructions civiles et  la marine des bois qui
prissent sans emploi  quelques myriamtres du rivage.

Sur tous les canaux, sur toutes les ctes de la Belgique, les digues
mines par le temps, attaques par la mer, se rparent, s'tendent et se
fortifient.

La jete et le bassin d'Ostende sont garantis des progrs de la
dgradation; un pont ouvrira une communication importante  la ville, et
l'agriculture s'enrichira d'un terrain prcieux, reconquis sur la mer.

Anvers  vu arrter tout  coup un port militaire, un arsenal et des
vaisseaux de guerre sur le chantier. Deux millions assigns sur la vente
des biens nationaux, situs dans les dpartemens de l'Escaut et des
Deux-Nthes, sont consacrs  la restauration et  l'agrandissement de
son ancien port. Sur la foi de ce gage, le commerce fait des avances,
les travaux sont commencs, et dans l'anne prochaine ils seront
conduits  leur perfection.

A Boulogne, au Havre, sur toute cette cte que nos ennemis appellent
dsormais _une cte de fer_, de grands ouvrages s'excutent ou
s'achvent.

La digue de Cherbourg, long-temps abandonne, long-temps l'objet de
l'incertitude et du doute, sort enfin du sein des eaux; et dj elle est
un cueil pour nos ennemis et une protection pour nos navigateurs. A
l'abri de cette digue, au fond d'une rade immense, un port se creuse,
o, dans quelques annes, la rpublique aura ses arsenaux et des
flottes.

A la Rochelle,  Cette,  Marseille,  Nice, on rpare avec des fonds
assurs les ravages de l'insouciance et du temps. C'est surtout dans nos
villes maritimes, o la stagnation du commerce a multipli les malheurs
et les besoins, que la prvoyance du gouvernement s'est attache  crer
des ressources dans des travaux utiles ou ncessaires.

La navigation intrieure prissait par l'oubli des principes et
des rgles; elle est dsormais soumise  un rgime salutaire et
conservateur. Un droit est consacr  son entretien, aux travaux qu'elle
exige, aux amliorations que l'intrt public appelle. Place sous la
surveillance des prfets, elle a encore, dans les chambres de commerce,
des gardiens utiles, des tmoins et des censeurs de la comptabilit
des fonds qu'elle produit; enfin des hommes clairs qui discutent les
projets forms pour la conserver et pour l'tendre.

Le droit de pche dans les rivires navigables est redevenu ce qu'il
dut toujours tre, une proprit publique. Il est confi  la garde
de l'administration forestire; et des adjudications triennales lui
donnent, dans des fermiers, des conservateurs encore plus, actifs, parce
qu'ils sont plus intresss.

L'anne dernire a t une anne prospre pour nos finances; les rgies
ont heureusement tromp les calculs qui en avaient d'avance dtermin
les produits. Les contributions directes ont t perues avec plus
d'aisance. Les oprations qui doivent tablir les rapports de la
contribution foncire de dpartement  dpartement marchent avec
rapidit. La rpartition deviendra invariable; on ne verra plus cette
lutte d'intrts diffrens qui corrompait la justice publique, et cette
rivalit jalouse qui menaait l'industrie et la prosprit de tous les
dpartemens.

Des prfets, des conseils gnraux ont demand que la mme opration
s'tendt  toutes les communes de leur dpartement pour dterminer
entre elles les bases d'une rpartition proportionnelle. Un arrt du
gouvernement a autoris ce travail gnral devenu plus simple, plus
conomique par le succs du travail partiel. Ainsi, dans quelques
annes, toutes les communes de la rpublique auront chacune, dans une
carte particulire, le plan de leur territoire, les divisions, les
rapports des proprits qui le composent; et les conseils gnraux et
les conseils d'arrondissement trouveront, dam la runion de tous ces
plans, les lmens d'une rpartition juste dans ses bases et perptuelle
dans ses proportions.

La caisse d'amortissement remplit avec constance, avec fidlit, sa
destination. Dj propritaire d'une partie de la dette publique,
chaque jour elle accrot un trsor qui garantit  l'tat une prompte
libration; une comptabilit svre, une fidlit inviolable, ont mrit
aux administrateurs la confiance du gouvernement et leur assurent
l'intrt des citoyens.

La refonte des monnaies s'excute sans mouvemens, sans secousses; elle
tait un flau quand les principes taient mconnus; elle est devenue
l'opration la plus simple depuis que la foi publique et les rgles du
bon sens en ont fix les conditions.

Au trsor, le crdit public s'est soutenu au milieu des secousses de la
guerre et des rumeurs intresses.

Le trsor public fournissait aux dpenses des colonies, soit par des
envois directs de fonds, soit par des oprations sur le continent
de l'Amrique. Les administrateurs pouvaient, si les fonds taient
insuffisans, s'en procurer par des traites sur le trsor public, mais
avec des formes prescrites et dans une mesure dtermine.

Tout  coup une masse de traites (quarante-deux millions) a t cre 
Saint-Domingue, sans l'aveu du gouvernement, sans proportion avec les
besoins actuels, sans proportions avec les besoins a venir.

Des hommes sans caractre les ont colportes  la Havanne,  la
Jamaque, aux Etat-Unis; elles y ont partout t exposes sur les places
a de honteux rabais, livres  des hommes qui n'avaient vers ni argent
ni marchandises, ou qui ne devaient en fournir la valeur que quand le
paiement en aurait t effectu au trsor public. De l un avilissement
scandaleux en Amrique et un agiotage plus scandaleux en Europe.

C'tait pour le gouvernement un devoir, rigoureux d'arrter le cours
de cette imprudente mesure, de sauver  la nation les pertes dont elle
tait menace, de racheter surtout son crdit par une juste svrit.

Un agent du trsor public a t envoy  Saint-Domingue, charg de
vrifier les journaux et la caisse du payeur gnral; de constater
combien de traites avaient t cres, par quelle autorit et sous
quelles formes; combien avaient t ngocies, et  quelles conditions;
si pour des versemens rels; si sans versemens effectifs, si pour
teindre une dette lgitime, si pour des marchs simuls.

Onze millions de traites qui n'taient pas encore en circulation, ont
t annuls. Des renseignemens ont t obtenus sur les autres.

Les traites dont la valeur intgrale a t reue, ont t acquittes
avec les intrts du jour de l'chance au jour du paiement; celles qui
ont t livres sans valeur effective, sont argues de faux, puisque les
lettres-de-change portent _pour argent vers_, quoique le procs-verbal
de paiement constate qu'il n'a rien t vers; et elles seront soumises
 un svre examen. Ainsi, le gouvernement satisfera  la justice qu'il
doit aux cranciers lgitimes et  celle qu'il doit  la nation dont il
est charg de dfendre les droits.

La paix tait dans les voeux comme, dans les intrts du gouvernement.
Il l'avait voulue au milieu des chances encore incertaines de la guerre;
il l'avait voulue au milieu des victoires. C'est  la prosprit de la
rpublique qu'il avait dsormais attach toute sa gloire. Au dedans, il
rveillait l'industrie, il encourageait les arts, il entreprenait ou des
travaux utiles, ou des monumens de grandeur nationale. Nos vaisseaux
taient disperss sur toutes les mers, et tranquilles sur la foi des
traits.

Ils n'taient employs qu' rendre nos colonies  la France et au
bonheur. Aucun armement dans nos ports, rien de menaant sur nos
frontires.

Et c'est l le moment que choisit le gouvernement britannique pour
alarmer sa nation, pour couvrir la Manche de vaisseaux, pour insulter
notre commerce par des visites injurieuses, nos ctes et nos ports, les
ctes et les ports de nos allis par la prsence de forces menaantes.

Si, au 17 ventose de l'an 11 (8 mars 1803), il existait aucun armement
imposant dans les ports de France et de Hollande, s'il s'y excutait
un seul mouvement auquel la dfiance la plus ombrageuse pt donner une
interprtation sinistre, nous sommes les agresseurs; le message du roi
d'Angleterre et son attitude hostile ont t commands par une lgitime
prvoyance, et le peuple anglais a pu croire que nous menacions _son
indpendance_, sa religion, sa constitution.

Mais si les assertions du message taient fausses; si elles taient
dmenties par la conscience de l'Europe, comme par la conscience du
gouvernement britannique, ce gouvernement a tromp sa nation; il l'a
trompe pour la prcipiter sans dlibration dans une guerre dont les
terribles effets commencent  se faire sentir en Angleterre, et dont les
rsultats peuvent tre si dcisifs pour les destines futures du peuple
anglais.

Toutefois l'agresseur doit seul rpondre des calamits qui psent sur
l'humanit.

Malte, le motif de cette guerre, tait au pouvoir des Anglais; c'et t
 la France d'armer pour en assurer l'indpendance, et c'est la France
qui attend en silence la justice de l'Angleterre, et c'est l'Angleterre
qui commence la guerre et qui la commence sans la dclarer.

Dans la dispersion de nos vaisseaux, dans la scurit de notre commerce,
nos pertes devaient tre immenses; nous les avions prvues, et nous les
eussions supportes sans dcouragement et sans faiblesse: heureusement
elles ont t au-dessous de notre attente. Nos vaisseaux de guerre sont
rentrs dans les ports de l'Europe; un seul, qui, depuis longtemps tait
condamn  n'tre plus qu'un vaisseau de transport, est tomb au pouvoir
de l'ennemi.

De 200 millions que les croiseurs anglais pouvaient ravir  autre
commerce, plus des deux tiers ont t sauvs: nos corsaires ont veng
nos pertes par des prises importantes, et les vengeront par de plus
importantes encore.

Tabago, Sainte-Lucie taient sans dfense, et n'ont pu que se rendre aux
premires forces qui s'y sont prsentes; mais nos grandes colonies nous
restent, et les attaques que nos ennemis ont hasardes contre elles ont
t vaines.

Le Hanovre est en notre pouvoir: vingt-cinq mille hommes des meilleures
troupes ennemies ont pos les armes, et sont rests prisonniers de
guerre. Notre cavalerie s'est remonte aux dpens de la cavalerie
ennemie, et une possession chre au roi d'Angleterre, est, entre nos
mains, le gage de la justice qu'il sera forc de nous rendre.

Chaque jour le despotisme britannique ajoute  ses usurpations sur
les mers. Dans la dernire guerre, il avait pouvant les neutres,
en s'arrogeant, par une prtention inique et rvoltante, le droit de
_dclarer des ctes entires en tat de blocus_. Dans cette guerre, il
vient d'augmenter son code monstrueux, du prtendu droit de _bloquer des
rivires, des fleuves_.

Si le roi d'Angleterre a jur de continuer la guerre, jusqu' ce qu'il
ait rduit la France  ces traits dshonorans que souscrivirent
autrefois le malheur et la faiblesse, la guerre sera longue. La France
a consenti dans Amiens  des conditions modres; elle n'en reconnatra
jamais de moins favorables; elle ne reconnatra surtout jamais, dans le
gouvernement britannique, le droit de ne remplir de ses engagemens
que ce qui convient aux calculs progressifs de son ambition, le droit
d'exiger encore d'autres garanties aprs la garantie de la foi donne.
Eh! si le trait d'Amiens n'est point excut, o seront, pour un trait
nouveau, une foi plus sainte et des sermens plus sacrs!

La Louisiane est dsormais associe  l'indpendance des Etats Unis
d'Amrique. Nous conservons l des amis que le souvenir d'une commune
origine attachera toujours  nos intrts, et que des relations
favorables de commerce uniront long-temps  notre prosprit.

Les Etats-Unis doivent  la France leur indpendance; ils nous devront
dsormais leur affermissement et leur grandeur.

L'Espagne reste neutre.

L'Helvtie est rassise sur ses fondemens, et sa constitution n'a
subi que les changemens que la marche du temps et des opinions lui a
commands. La retraite de nos troupes atteste la scurit intrieure
et la fin de toutes ses divisions. Les anciennes capitulations ont t
renouveles, et la France a retrouv ses premiers et ses plus fidles
allis.

Le calme rgne dans l'Italie; une division de l'arme de la rpublique
italienne traverse en ce moment la France pour aller camper avec les
ntres sur les ctes de l'Ocan. Ces bataillons y trouveront partout des
vestiges de la patience, de la bravoure et des grandes actions de leurs
anctres.

L'empire ottoman, travaill par les intrigues souterraines, aura, dans
l'intrt de la France, l'appui que d'anciennes liaisons, un trait
rcent et sa position gographique, lui donnent droit de rclamer.

La tranquillit rendue au continent par le trait de Lunville, est
assure par les derniers actes de la dite de Ratisbonne. L'intrt
clair des grandes puissances, la fidlit du gouvernement  cultiver
avec elles les relations de bienveillance et d'amiti, la justice,
l'nergie de la nation et les forces de la rpublique en rpondent.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Paris, le 28 pluviose an 12 (18 fvrier 1804).

_Rponse du premier consul  une dputation du snat[65]._

Depuis le jour o je suis arriv  la suprme magistrature, un grand
nombre de complots ont t forms contre ma vie. Nourri dans les camps,
je n'ai jamais mis aucune importance  des dangers qui ne m'inspirent
aucune crainte.

Je ne puis pas me dfendre d'un sentiment profond et pnible, lorsque
je songe dans quelle situation se trouverait aujourd'hui ce
grand peuple, si le dernier attentat avait pu russir; car c'est
principalement contre la gloire, la libert, les destines du peuple
franais, que l'on a conspir.

J'ai depuis long-temps renonc aux douceurs de la condition prive;
tous mes momens, ma vie entire, sont employs  remplir les devoirs que
mes destines et le peuple franais m'ont imposs.

Le ciel veillera sur la France et djouera le complot des mchans. Les
citoyens doivent tre sans alarmes: ma vie durera tant qu'elle sera
ncessaire  la nation. Mais ce que je veux que le peuple franais sache
bien, c'est que l'existence, sans sa confiance et sans son amour, serait
pour moi sans consolation, et n'aurait plus aucun but.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 65: Envoye au sujet de la conspiration de Georges et de
Pichegru.]




Paris, le 28 pluviose an 12 (18 fvrier 1804).

_Rponse du premier consul  une dputation de la garde consulaire et du
corps composant la garde de Paris[66]._

Que les soldats de la rpublique, qui avaient reu du peuple
l'honorable mission de le dfendre contre ses ennemis, mission dont
les armes s'taient acquittes avec autant de gloire que de bonheur,
avaient plus le droit que les autres citoyens de s'indigner des trames
que notre plus cruel ennemi avaient formes jusqu'au sein de la
capitale; que quels que soient les services rendus pur des citoyens,
ils n'en sont que plus coupables lorsqu'ils ourdissent contre elle des
trames criminelles; que les circonstances actuelles offriront a la
postrit deux inconcevables exemples....; qu'il a t trois jours sans
pouvoir croire  des trames aussi noires qu'insenses; mais qu'il avait
t forc de se rendre  l'vidence des faits et de ne plus arrter la
marche de la justice; que jamais sous son gouvernement, des hommes quels
qu'ils soient, quels que soient les services qu'ils auront rendus, ne
fausseront leurs sermens et ne pratiqueront impunment des liaisons
avec les ennemis de la France.....; mais que dans les circonstances
actuelles, l'union de tous les Franais tait un spectacle consolant
pour son coeur; que ce n'tait pas  eux qu'il avait besoin de rpter
que ces attentats si souvent renouvels contre sa personne ne pourront
rien, n'et-il autour de lui que le corps le moins nombreux de l'arme.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 66: Envoye aprs la dcouverte de la conspiration ourdie
par Georges et Pichegru, et dans laquelle le gnral Moreau se trouva
fortement compromis.]




Saint-Cloud, le 28 germinal an 12 (18 avril 1804).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Le snateur Joseph Bonaparte, grand officier de la lgion d'honneur,
m'a tmoign le dsir de partager les prils de l'arme, campe sur les
ctes de Boulogne, afin d'avoir part  sa gloire.

J'ai cru qu'il tait du bien de l'tat et que le snat verrait avec
plaisir qu'aprs avoir rendu  la rpublique d'important services, soit
par la solidit de ses conseils dans les circonstances les plus graves,
soit par le savoir, l'habilet, la sagesse qu'il a dploys dans les
ngociations successives du trait de Mortefontaine qui a termin nos
diffrens avec les Etats-Unis d'Amrique; de celui de Lunville, qui a
pacifi le continent; et dans ces derniers temps de celui d'Amiens,
qui avait rtabli la paix entre la France et l'Angleterre, le snateur
Joseph Bonaparte ft mis en mesure de contribuer  la vengeance que se
promet le peuple franais pour la violation de ce dernier trait, et se
trouvt dans le cas d'acqurir de plus en plus des titres  l'estime de
la nation.

Ayant dj servi sous mes yeux dans les premires campagnes de la guerre
et donn des preuves de son courage et de ses bonnes dispositions pour
le mtier des armes, dans le grade de chef de bataillon, je l'ai nomm
colonel commandant le premier rgiment de ligne, l'un des corps les
plus distingus de l'arme, et que l'on compte parmi ceux qui, toujours
placs au poste le plus prilleux, n'ont jamais perdu leurs tendards,
et ont trs-souvent ramen ou dcid la victoire.

Je dsire en consquence que le snat agre la demande que lui fera le
snateur Joseph Bonaparte, de pouvoir s'absenter de la dlibration
pendant le temps o les occupations de la guerre le retiendront 
l'arme.

BONAPARTE.




Saint Cloud, le 5 floral an 12 (25 avril 1804).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

J'ai nomm le snateur Serrurier gouverneur des Invalides. Je dsire
que vous pensiez que les fonctions de cette place ne sont point
incompatibles avec celles de snateur.

Rien n'intresse aussi vivement la patrie que le bonheur de ces huit
mille braves, couverts de tant d'honorables blessures et chapps  tant
de dangers. Eh!  qui pouvait-il tre mieux confi qu' un vieux soldat,
qui, dans les temps les plus difficiles, et en les conduisant  la
victoire, leur donna toujours l'exemple d'une svre discipline et de
cette franche intrpidit, premire qualit du gnral. En voyant
leur gouverneur assis parmi les membres d'un corps qui veille  la
conservation de cette patrie,  la prosprit de laquelle ils ont tant
contribu, ils auront une nouvelle preuve de ma sollicitude pour tout ce
qui peut rendre plus honorable et plus douce la fin de leur glorieuse
carrire.

_Le premier consul_, BONAPARTE.




Saint-Cloud, le 5 floral an 12 (25 avril 1804).

_Au snat conservateur._

Votre adresse du 6 germinal dernier n'a pas cess d'tre prsente  ma
pense[67]. Elle a t l'objet de mes mditations les plus constantes.

Vous avez jug l'hrdit de la suprme magistrature ncessaire pour
mettre le peuple franais  l'abri des complots de nos ennemis et
des agitations qui natraient d'ambitions rivales. Plusieurs de nos
institutions vous ont, en mme temps, paru devoir tre perfectionnes
pour assurer, sans retour, le triomphe de l'galit et de la libert
publique, et offrir  la nation et au gouvernement la double garantie
dont ils ont besoin.

Nous avons t constamment guids par cette grande vrit: que la
souverainet rside dans le peuple franais, dans ce sens que tout, tout
sans exception, doit tre fait pour son intrt, pour son bonheur
et pour sa gloire. C'est afin d'atteindre ce but que la suprme
magistrature, le snat, le conseil d'tat, le corps lgislatif, les
collges lectoraux et les diverses branches de l'administration sont et
doivent tre institus.

A mesure que j'ai arrt mon attention sur ces grands objets, je me suis
convaincu davantage de la vrit des sentimens que je vous ai exprims,
et j'ai senti de plus en plus que, dans une circonstance aussi nouvelle
qu'importante, les conseils de votre sagesse et de votre exprience
m'taient ncessaires pour fixer toutes mes ides.

Je vous invite donc  me faire connatre votre pense toute entire.

Le peuple franais n'a rien  ajouter aux honneurs et  la gloire dont
il m'a environn; mais le devoir le plus sacr pour moi, comme le plus
cher  mon coeur, est d'assurer  ses enfans les avantages qu'il a
acquis par cette rvolution qui lui a tant cot, surtout par le
sacrifice de ce million de braves, morts pour la dfense de ses droits.

Je dsire que nous puissions lui dire le 14 juillet de cette anne: Il
y a quinze ans, par un mouvement spontan, vous courtes aux armes, vous
acqutes la libert, l'galit et la gloire. Aujourd'hui ces premiers
biens des nations, assurs sans retour, sont  l'abri de toutes les
temptes; ils sont conservs  vous, et  vos enfans: des institutions
conues et commences au sein des orages de la guerre intrieure et
extrieure, dveloppes avec constance, viennent se terminer, au
bruit des attentats et des complots de nos plus mortels ennemis, par
l'adoption de tout ce que l'exprience des sicles et des peuples
a dmontr propre  garantir les droits que la nation avait jugs
ncessaires a sa dignit,  sa libert, et  son bonheur.

BONAPARTE.

[Footnote 67: C'est l'adresse dans laquelle le snat suppliait le
premier consul de prendre des mesures pour _rendre son autorit
ternelle_. C'tait le premier pas fait vers la dignit d'empereur.]




Saint-Cloud, le 28 floral an 12 (18 mai 1804).

_Rponse du premier consul au snat[68]._

Tout ce qui peut contribuer au bien de la patrie est essentiellement li
 mon bonheur.

J'accepte le titre que vous croyez utile  la gloire de la nation.

Je soumets  la sanction du peuple la loi de l'hrdit.

J'espre que la France ne se repentira jamais des honneurs dont elle
environnera ma famille.

Dans tous les cas, mon esprit ne sera plus avec ma postrit, le jour o
elle cesserait de mriter l'amour et la confiance de la grande nation.

BONAPARTE.

[Footnote 68: Le snat s'tait rendu en corps  Saint-Cloud, pour
prsenter au premier consul le senatus-consulte organique dcrt dans
le jour, par lequel Napolon Bonaparte tait dclar empereur, et la
dignit impriale rendue hrditaire dans sa famille.]



FIN DU TROISIME LIVRE.




LIVRE QUATRIME.

EMPIRE.

1804.


Paris, le 28 floral an 12 (18 mai 1804).

Le serment de l'empereur est ainsi conu:

Je jure de maintenir l'intgrit du territoire de la rpublique; de
respecter et de faire respecter les lois du concordat et la libert des
cultes; de respecter et de faire respecter l'galit des droits, la
libert politique et civile, l'irrvocabilit des ventes des biens
nationaux; de ne lever aucun impt, de n'tablir aucune taxe qu'en
vertu de la loi; de maintenir l'institution de la lgion d'honneur; de
gouverner dans la seule vue de l'intrt, du bonheur et de la gloire du
peuple franais.




Saint-Cloud, le 28 floral an 12 (18 mai 1804).

_Aux consuls Cambacrs et Lebrun._

Citoyens consuls, Cambacrs et Lebrun, votre titre va changer; vos
fonctions et ma confiance restent les mmes. Dans la haute dignit
d'archi-chancelier de l'empire, et d'archi-trsorier, dont vous allez
tre revtus, vous manifesterez, comme vous l'avez fait dans celle de
consuls, la sagesse de vos conseils, et les talens distingus qui vous
ont acquis une part aussi importante dans tout ce que je puis avoir fait
de bien. Je n'ai donc  dsirer de vous que la continuation des mmes
sentiment pour l'tat et pour moi.

NAPOLON.




Paris, le 29 floral an 12 (19 mai 1804).

_Rponse de l'empereur  une dputation de la garde impriale[69]._

Je reconnais les sentimens de la garde pour ma personne; ma confiance
dans la bravoure et dans la fidlit des corps qui la composent est
entire. Je vois constamment avec un nouveau plaisir des compagnons
d'armes chapps  tant de dangers, et couverts de tant d'honorables
blessures; et j'prouve un sentiment de contentement lorsque je peux me
dire, en les considrant sous leurs drapeaux, qu'il n'est pas une des
batailles, pas un des combats livrs durant ces quinze dernires annes,
et dans les quatre parties du monde, qui n'ait eu parmi eux des tmoins
et des acteurs.

NAPOLON.

[Footnote 69: Envoye pour le complimenter sur sa nouvelle dignit.]




Paris, le 6 prairial an 12 (26 mai 1804).

_Rponses de l'Empereur  diffrentes dputations[70].

A celle du tribunat._

Je vous remercie du soin que vous mettez  relever le peu de bien que
je puis avoir fait... Le tribunat a contribu par ses travaux  la
perfection des diffrens actes de la lgislation de la France, et en
cela il a rempli le plus constant de mes voeux. Je me plais  tout
devoir au peuple; ce sentiment seul me rend chers les nouveaux honneurs
dont je suis revtu.

_A celle du collge lectoral du dpartement de la Vende._

Les sentimens que vous m'exprimez me sont d'autant plus prcieux que
votre dpartement a t le thtre de plus de dsastres, et que vous
avez prouv plus de malheurs.

Lorsque les affaires de l'tat me permettront de visiter vos contres,
je dsire que les vestiges de la guerre aient disparu, et que je puisse
voir vos habitations releves, votre agriculture prosprant, et
vos coeurs runis par l'oubli du pass, l'amour du prsent, et les
esprances de l'avenir.

Je regarderai toujours comme un devoir, et il sera cher  mon coeur,
d'accorder une protection particulire  vos contres. Je compte aussi
en retour sur la sincrit des sentimens que vous m'exprimez au nom de
vos concitoyens.

_A celle du collge lectoral du dpartement du Haut-Rhin._

Je sais que le dpartement du Haut-Rhin a beaucoup souffert des
calamits de la guerre, et il doit jouir maintenant des bienfaits de la
paix.

Les sentimens que vous me tmoignez en son nom me sont d'autant plus
agrables qu'ils me sont exprims par un gnral qui s'est distingu
tant de fois sur les champs de bataille[71]. Je me plais  lui rendre ce
tmoignage.

NAPOLON.

[Footnote 70: Enroyes pour le complimenter sur son lvation 
l'empire.]

[Footnote 71: Le gnral snateur et marchal de l'empire Lefebvre.]




Saint-Cloud, le 4 messidor an 12 (23 juin 1804).

_Aux prsidens et membres composant la cour de justice criminelle du
dpartement de la Seine, sante  Paris._

Notre coeur a t d'autant plus affect des complots nouveaux trams
contre l'tat, par les ennemis de la France, que deux hommes qui avaient
rendu de grands services  la patrie y ont pris part.

Par votre arrt du 21 prairial dernier, vous avez condamn  la peine de
mort Athanase-Hyacinthe Bouvet de Lozier, l'un des complices. Son
crime est grand; mais nous avons voulu lui faire ressentir, dans cette
circonstance, les effets de cette clmence que nous avons toujours eue
en singulire prdilection.

En consquence, et aprs avoir runi en conseil priv dans notre palais
de Saint-Cloud, le 2 du prsent mois, l'archi-chancelier de l'empire,
l'archi-trsorier, le conntable, le grand-juge et ministre de la
justice, les ministres des relations extrieures et de la guerre,
les snateurs Franois de Neufchteau, Laplace et Fouch; les
conseillers-d'tat Rgnault de Saint-Jean-d'Angely et Lacue; et les
membres de la cour de cassation Muraire et Oudart, nous avons dclar et
dclarons faire grce de la peine capitale  Bouvet de Lozier, Armand
Gaillard, Frdric Lajolais.; Louis Russillion, Charles
d'Hozier, Franois Rochelle, Charles-Franois de Rivire, et
Armand-Franois-Heraclius Polignac, et commuer ladite peine en celle de
la dportation, qui s'effectuera dans un dlai de quatre annes, pendant
lesquelles lesdits tiendront prison dans le lieu qui leur sera dsign.

Mandons et ordonnons que les prsentes lettres, scelles du sceau de
l'empire, vous seront prsentes dans trois jours,  compter de leur
rception, par notre procureur-gnral prs ladite cour, en audience
publique, o les imptrans seront conduits pour entendre la lecture,
debout et la tte, dcouverte; que lesdites lettres seront de
suite transcrites sur vos registres sur la rquisition du mme
procureur-gnral, avec annotation d'icelles en marge de la minute de
l'arrt de condamnation.

NAPOLON.




Saint-Cloud, le 21 messidor an 12 (10 juillet 1804).

_A M. Rgnier, grand-juge, ministre de la justice._

Monsieur Rgnier, grand-juge, au moment de la paix gnrale, j'ai runi
le ministre de la police  celui de la justice. Les circonstances de
la guerre et les derniers vnemens m'ont convaincu de la ncessit que
vous m'avez souvent reprsente, de rorganiser ce ministre, et m'ont
dcid  cder au dsir que vous m'avez tmoign d'tre laiss tout
entier aux fonctions si importantes de grand-juge, ministre de la
justice. Je ne puis adhrer  votre voeu sans vous tmoigner la
satisfaction que j'ai eue de vos services, comme ministre de la police
gnrale. Rendu a votre ministre naturel, vous ne pourrez y apporter
plus de zle que vous ne l'avez fait jusqu' ce jour; mais vous aurez
plus de temps a donner  cette partie si essentielle du gouvernement. La
bonne administration de la justice et la bonne composition des tribunaux
sont dans un tat ce qui a le plus d'influence sur la valeur et la
conservation des proprits, et sur les intrts les plus chers de tous
les citoyens.

Cette lettre n'ayant point d'autre objet, monsieur Rgnier, grand-juge,
ministre de la justice, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.




Paris, le 26 messidor an 12 (15 juillet 1804).

<Paroles de l'empereur en faisant prter serment aux membres de la
lgion-d'honneur,  la premire distribution solennelle de cet ordre,
qui eut lieu le mme jour aux Invalides._

Commandans, officiers, lgionnaires, citoyens et soldats, vous jurez
sur votre honneur de vous dvouer au service de l'empire et  la
conservation de son territoire, dans son intgrit;  la dfense de
l'empereur, des lois de l rpublique et des proprits qu'elles ont
consacres; de combattre par tous les moyens que la justice, la raison
et les lois autorisent, toute entreprise qui tendrait  rtablir le
rgime fodal; enfin, vous jurez de concourir de tout votre pouvoir
au maintien de la libert et de l'galit, bases premires de nos
constitutions. Vous le jurez.

NAPOLON.




Calais, le 18 thermidor an 12 (6 aot 1804).

_A M. Chaptal, ministre de l'intrieur._

Monsieur Chaptal, ministre de l'intrieur, je vois avec peine
l'intention o vous tes de quitter le ministre de l'intrieur pour
vous livrer tout entier aux sciences; mais je cde  votre dsir.
Vous remettrez le portefeuille  M. Portalis, ministre des cultes, en
attendant que j'aie dfinitivement pourvu  ce dpartement. Dsirant
vous donner une preuve de ma satisfaction de vos services, je vous ai
nomm snateur. Dans ces fonctions minentes qui vous laissent plus
de temps  donner  vos travaux pour la prosprit de nos arts et
les progrs de notre industrie manufacturire, vous rendrez d'utiles
services  l'tat et  moi.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.




_Dcret contenant institution des prix dcennaux._

Napolon, empereur des Franais,  tous ceux qui les prsentes lettres
verront, salut!

Etant dans l'intention d'encourager les sciences, les lettres et les
arts qui contribuent minemment  l'illustration et  la gloire des
nations;

Dsirant non-seulement que la France conserve la supriorit qu'elle a
acquise dans les sciences et dans les arts, mais encore que le sicle
qui commence l'emporte sur ceux qui l'ont prcd;

Voulant aussi connatre les hommes qui auront le plus particip 
l'clat des sciences, des lettres et des arts;

Nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. Il y aura de dix ans en dix ans, le jour anniversaire du 18
brumaire, une distribution de grands prix, donns de notre propre main,
dans le lieu et avec la solennit qui seront ultrieurement rgls.

2. Tous les ouvrages de sciences, de littrature et d'arts, toutes les
inventions utiles, tous les tablissemens consacrs aux progrs de
l'agriculture ou de l'industrie nationale, publis, connus ou forms
dans un intervalle de dix annes, dont le terme prcdera d'un an
l'poque de la distribution, concourront pour le grand prix.

3. La premire distribution des grands prix se fera le 18 brumaire
an 18; et, conformment aux dispositions de l'article prcdent, le
concours comprendra tous les ouvrages, inventions o tablissemens,
publis ou connus depuis l'intervalle du 18 brumaire de l'an 7 au 18
brumaire de l'an 17.

4. Ces grands prix seront, les uns de la valeur de dix mille francs, les
autres de la valeur de cinq mille;

Les grands prix de la valeur de dix mille francs seront au nombre de
neuf, et dcerns:

1. Aux auteurs des deux meilleurs ouvrages de science; l'un pour les
sciences physiques, l'autre pour les sciences mathmatiques;

2. A l'auteur de la meilleure histoire ou du meilleur morceau
d'histoire, soit ancienne, soit moderne;

3. A l'inventeur de la machine la plus utile aux arts et aux
manufactures;

4. Au fondateur de l'tablissement le plus avantageux  l'agriculture
ou  l'industrie nationale; 5. A l'auteur du meilleur ouvrage
dramatique, soit comdie, soit tragdie, reprsent sur les thtres
franais;

6. Aux auteurs des deux meilleurs ouvrages, l'un de peinture, l'autre
de sculpture, reprsentant des actions d'clat ou des vnemens
mmorables puiss dans notre histoire;

7. Au compositeur du meilleur opra reprsent sur le thtre de
l'acadmie impriale de musique.

6. Les grands prix de la valeur de cinq mille francs seront au nombre de
treize, et dcerns:

1. Aux traducteurs de dix manuscrits de la bibliothque impriale ou
des autres bibliothques de Paris, crits en langues anciennes on
en langues orientales, les plus utiles, soit aux sciences, soit 
l'histoire, soit aux belles-lettres, soit aux arts;

2. Aux auteurs des trois meilleurs petits pomes ayant pour sujet des
vnemens mmorables de notre histoire, ou des actions honorables pour
le caractre franais.

7. Ces prix seront dcerns sur le rapport et la proposition d'un
jury compos des quatre secrtaires perptuels des quatre classes
de l'institut, et des quatre prsidens en fonction dans l'anne qui
prcdera celle de la distribution.

NAPOLON.




Saint-Cloud, le 30 brumaire an 13 (21 novembre 1804).

_A M. Champagny, ministre de l'intrieur[72]._

Dans une ville compose de prs de quarante mille habitans, le zle de
tous devait suppler aux corporations qui n'existent plus. Le ministre
de l'intrieur fera connatre aux habitans de Metz que j'aurais attendu
d'eux plus d'activit dans une circonstance o elle tait commande,
par des intrts qui les touchaient de si prs, et par des sentimens si
naturels.

NAPOLON.

[Footnote 72: En rponse  une lettre o le ministre faisait part 
l'empereur d'un violent incendie qui avait eu lieu a Metz le 17, et
prtendait qu'il n'avait t aussi violent que parce que l'abolition des
anciennes corporations d'ouvriers avait empch ceux-ci de prter leur
secours.]




Paris, le 9 frimaire an 13 (30 novembre 1804.)

_A MM. les membres du corps municipal de notre bonne ville de Paris._

Messieurs les membres du corps municipal de notre bonne ville de Paris,
la divine Providence et les constitutions de l'empire ayant plac la
dignit impriale hrditaire dans notre famille, nous avons dsign le
11 du prsent mois de frimaire et l'glise mtropolitaine de Paris pour
le jour et le lieu de notre sacre et de notre couronnement; nous aurions
voulu pouvoir, dans cette auguste circonstance, rassembler dans une mme
enceinte, non-seulement tous les habitans de la capitale de l'empire,
mais encore l'universalit des citoyens qui composent la nation
franaise; dans l'impossibilit de raliser une chose gui aurait eu tant
de pris pour notre coeur, dsirant que ces solennits reoivent leur
principal clat de la runion d'un grand nombre de citoyens distingus
par leur dvouement  l'tat et  ma personne, et voulant donner  notre
bonne ville de Paris un tmoignage particulier de notre affection,
nous avons pour agrable que le corps municipal entier assiste  ces
crmonies.

Nous vous faisons, en consquence, cette lettre, pour que vous ayez 
vous rendre ledit jour, 11 frimaire, dans l'glise mtropolitaine, 
l'heure et dans l'ordre gui vous seront indiqus par notre grand matre
des crmonies.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

NAPOLON.




Paris, le 10 frimaire an 13 (1er dcembre 1804).

_Rponse de l'empereur au snat venu en corps pour le remercier d'avoir
accept la dignit d'empereur._

Je monte au trne o m'ont appel les voeux unanimes du snat, du peuple
et de l'arme, le coeur plein du sentiment des grandes destines, de ce
peuple, que du milieu des camps j'ai, le premier, salu du nom de grand.

Depuis mon adolescence, mes penses tout entires lui sont dvolues; et
je dois le dire ici, mes plaisirs et mes peines ne se composent plus
aujourd'hui que du bonheur ou du malheur de mon peuple.

Mes descendans conserveront long-temps ce trne, le premier de
l'univers.

Dans les camps, ils seront les premiers soldats de l'arme, sacrifiant
leur vie pour la dfense de leur pays.

Magistrats, ils ne perdront jamais de vue que le mpris des lois et
l'branlement de l'ordre social ne sont que le rsultat de la faiblesse
et de l'incertitude des princes.

Vous, snateurs, dont les conseils et l'appui ne m'ont jamais manqu
dans les circonstances les plus difficiles, votre esprit se transmettra
 vos successeurs; soyez toujours les soutiens et les premiers
conseillers de ce trne si ncessaire au bonheur de ce vaste empire.

NAPOLON.




Paris, le 14 frimaire an 13 (5 dcembre 1804).

_Paroles de l'empereur en distribuant les aigles impriales aux
diffrentes armes de l'arme._

Soldats, voil vos drapeaux; ces aigles vous serviront toujours de
point de ralliement; ils seront partout o votre empereur les jugera
ncessaires pour la dfense de son trne et de son peuple.

Vous jurez de sacrifier votre vie pour les dfendre et de les maintenir
constamment par votre courage sur le chemin de l'honneur et de la
victoire. Vous le jurez.

NAPOLON.




Au palais des Tuileries, le 21 frimaire an 13 (13 dcembre 1804).

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Les constitutions de l'empire ayant statu que les actes qui constatent
les naissances, les mariages et les dcs des membres de la famille
impriale, seront transmis, sur un ordre de l'empereur, au snat,
nous avons charg notre cousin l'archi-chancelier de l'empire de vous
prsenter les actes qui constatent la naissance de Napolon Charles, n
le 18 vendmiaire an 11, et de Napolon Louis, n le 19 vendmiaire an
13, fils du prince Louis notre frre, et nous invitons le snat  en
ordonner, conformment aux constitutions, la transcription sur ses
registres, et le dpt dans ses archives. Ces princes hriteront de
l'attachement de leur pre pour notre personne, de son amour pour ses
devoirs, et de ce premier sentiment qui porte tout prince appel  de si
hautes destines  considrer constamment l'intrt de la patrie et le
bonheur de la France comme l'unique objet de sa vie.

NAPOLON.




Paris, le 26 frimaire an 13 (17 dcembre 1804).

_A M. Franois de Neufchteau, prsident du snat._

Monsieur Franois de Neufchteau, prsident du snat, voulant donner un
tmoignage de notre satisfaction aux habitans de notre bonne ville de
Paris dans la personne de M. Bvire, l'un de ses maires, et doyen
d'ge du corps municipal, et dsirant en mme temps honorer les vertus
publiques et prives dont ce magistrat a donn l'exemple pendant tant
d'annes, nous l'avons nomm  une place de snateur. Nous ordonnons
en consquence qu'expdition de notre dcret de nomination vous soit
transmise, afin que vous en donniez connaissance au snat.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.




Paris, le 27 frimaire an 13 (18 dcembre 1804).

_Rponse de l'empereur  un discours du corps municipal de Paris le jour
de la fte que lui donna la ville pour clbrer son couronnement._

Messieurs du corps municipal, je suis venu au milieu de vous pour donner
 ma bonne ville de Paris l'assurance de ma protection spciale; dans
toutes les circonstances je me ferai un plaisir et un devoir de lui
donner des preuves particulires de ma bienveillance; car je veux que
vous sachiez que dans les batailles, dans les plus grands prils, sur
les mers, au milieu des dserts mme, j'ai eu toujours en vue l'opinion
de cette grande capitale de l'Europe, aprs toutefois le suffrage tout
puissant sur mon coeur de la postrit.

NAPOLON.




Paris, le 6 nivose an l3 (27 dcembre 1804).

_Discours prononc par l'empereur  l'ouverture du corps lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, messieurs
les tribuns et les membres de mon conseil-d'tat, je viens prsider 
l'ouverture de votre session. C'est un caractre plus imposant et
plus auguste que je veux imprimer  vos travaux. Princes, magistrats,
citoyens, soldats, nous n'avons tous dans notre carrire qu'un seul
but, l'intrt de la patrie. Si ce trne sur lequel la Providence et la
volont de la nation m'ont fait monter est cher a mes yeux, c'est parce
que seul il peut dfendre et conserver les intrts les plus sacrs du
peuple franais. Sans un gouvernement fort et paternel, la France aurait
 craindre le retour des maux qu'elle a soufferts. La faiblesse du
pouvoir suprme est la plus affreuse calamit des peuples. Soldat ou
premier consul, je n'ai eu qu'une pense; empereur, je n'en ai pas
d'autre: les prosprits de la France. J'ai t assez heureux pour
l'illustrer par des victoires, pour la consolider par des traits, pour
l'arracher, aux discordes civiles et y prparer la renaissance des
moeurs, de la socit et de la religion. Si la mort ne me surprend pas
au milieu de mes travaux, j'espre laisser  la postrit un souvenir
qui serve  jamais d'exemple ou de reproche a mes successeurs.

Mon ministre de l'intrieur vous fera l'expos de la situation de
l'empire; les orateurs de mon conseil-d'tat vous prsenteront les
diffrens besoins de la lgislation. J'ai ordonn qu'on mt sous vos
yeux les comptes que mes ministres m'ont rendus de la gestion de leur
dpartement. Je suis satisfait de l'tat prospre de nos finances.
Quelles que soient les dpenses, elles sont couvertes par les recettes.
Quelqu'tendus qu'aient t les prparatifs qu'a ncessits la guerre
dans laquelle nous sommes engags, je ne demanderai  mon peuple aucun
nouveau sacrifice.

Il m'aurait t doux,  une poque aussi solennelle, de voir la paix
rgner sur le monde; mais les principes politiques de nos ennemis, leur
conduite rcente envers l'Espagne, en font connatre les difficults.
Je ne veux pas accrotre le territoire de la France, mais en maintenir
l'intgrit; Je n'ai point l'ambition d'exercer en Europe une plus
grande influence, mais je ne veux pas dcheoir de celle que j'ai
acquise. Aucun tat ne sera incorpor dans l'empire; mais je ne
sacrifierai pas mes droits, les liens qui m'attachent aux tats que j'ai
crs.

En me dcernant la couronne, mon peuple a pris l'engagement de faire
tous les efforts que requerraient les circonstances pour lui conserver
cet clat qui est ncessaire  sa prosprit et  sa gloire comme  la
mienne. Je suis plein de confiance dans l'nergie de la nation et dans
ses sentimens pour moi. Ses plus chers intrts sont l'objet constant de
mes sollicitudes.

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, messieurs
les tribuns et les membres de mon conseil d'tat, votre conduite pendant
la session prcdente, le zle qui vous anime pour la patrie, pour ma
personne, me sont garans de l'assistance que je vous demande, et que je
trouverai en vous pendant le cours de cette session.

NAPOLON.




Paris, le 12 nivse an 13 (2 janvier 1805).

_A Sa Majest George III, roi d'Angleterre._

Monsieur mon frre, appel au trne par la Providence et par les
suffrages du snat, du peuple et de l'arme, mon premier sentiment est
un voeu de paix. La France et l'Angleterre usent leur prosprit; elles
peuvent lutter des sicles. Mais leurs gouvernemens remplissent-ils bien
le plus sacr de leurs devoirs? Et tant de sang vers inutilement et
sans la perspective d'aucun but, ne les accuse-t-il pas dans leur propre
conscience? Je n'attache pas de dshonneur  faire le premier pas; j'ai
assez, je pense, prouv au monde que je ne redoute aucune chance de la
guerre; elle ne m'offre d'ailleurs rien que je doive redouter. La paix
est le voeu de mon coeur; mais la guerre n'a jamais t contraire 
ma gloire. Je conjure V.M. de ne pas se refuser au bonheur de donner
elle-mme la paix au monde; qu'elle ne laisse pas cette douce
satisfaction  ses enfans, car enfin il n'y eut jamais de plus belles
circonstances ni de moment plus favorable pour faire taire toutes les
passions et couter uniquement le sentiment de l'humanit et de la
raison. Ce moment une fois perdu, quel terme assigner  une guerre que
tous mes efforts n'auraient pu terminer? V.M. a plus gagn en dix ans en
territoire et en richesse que l'Europe n'a d'tendue; la nation est
au plus haut point de prosprit. Que peut-elle esprer de la guerre?
coaliser quelques puissances du continent? Le continent restera
tranquille; une coalition ne ferait qu'accrotre l puissance et la
grandeur continentale de la France. Renouveler des troubles intrieurs?
Les temps ne sont plus les mmes. Dtruire nos finances? Des finances
fondes sur une bonne agriculture ne se dtruisent jamais. Enlever 
la France ses colonies? Les colonies sont pour la France un objet
secondaire; et S.M. n'en possde-t-elle dj pas plus qu'elle n'en peut
garder? Si V. M. veut elle-mme y songer, elle verra que la guerre est
sans but, sans aucun rsultat prsumable pour elle. Eh! quelle triste
perspective de faire battre les peuples pour qu'ils se battent! Le monde
est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre, et la raison
a assez de puissance pour qu'on trouve les moyens de tout concilier, si
de part et d'autre on en a la volont. J'ai toutefois rempli un devoir
saint et prcieux  mon coeur. Que V.M. croie  la sincrit des
sentimens que je viens de lui exprimer et  mon dsir de lui en donner
des preuves, etc., etc.

Sur ce, je prie Dieu, monsieur mon frre, qu'il vous ait en sa sainte et
digne garde.

NAPOLON.




Au palais des Tuileries, le 12 pluvise an 13 (1er. fvrier 18o5).

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Nous avons nomm grand-amiral de l'empire notre beau-frre le gnral
Murat. Nous avons voulu non-seulement reconnatre les services qu'il a
rendus  la patrie et l'attachement particulier qu'il a montr  notre
personne dans toutes les circonstances de sa vie, mais rendre aussi ce
qui est d  l'clat et  la dignit de notre couronne, en levant au
rang de prince une personne qui nous est de si prs attache par les
liens du sang.

NAPOLON.




Au palais des Tuileries, le 12 pluviose an 13 (1er fvrier 1805).

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Nous avons nomm notre beau-fils, Eugne Beauharnais, archi-chancelier
d'tat de l'empire. De tous les actes de notre pouvoir, il n'en est
aucun qui soit plus doux  notre coeur.

Elev par nos soins et sous nos yeux, depuis son enfance, il s'est
rendu digne d'imiter, et avec l'aide de Dieu, de surpasser un jour les
exemples et les leons que nous lui avons donns.

Quoique jeune encore, nous le considrons ds aujourd'hui, par
l'exprience que nous en avons faite dans les plus grandes
circonstances, comme un des soutiens de notre trne, et un des plus
habiles dfenseurs de la patrie.

Au milieu des sollicitudes et des amertumes insparables du haut rang
o nous sommes plac, notre coeur a eu besoin de trouver des affections
douces dans la tendresse et la constante amiti de cet enfant de notre
adoption; consolation sans doute ncessaire  tous les hommes, mais plus
communment  nous, dont tous les instans sont dvous aux affaires des
peuples.

Notre bndiction accompagnera ce jeune prince dans toute sa carrire;
et, second par la Providence, il sera un jour digne de l'approbation de
la postrit.

NAPOLON.




Paris, le 21 pluviose an 13 (10 fvrier 1805).

_Rponse de l'empereur  une dputation du corps lgislatif[73]._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif,

Lorsque j'ai rsolu d'crire au roi d'Angleterre, j'ai fait le
sacrifice du ressentiment le plus lgitime et des passions les plus
honorables. Le dsir d'pargner le sang de mon peuple m'a lev
au-dessus des considrations, qui dterminent ordinairement les hommes.
Je serai toujours prt  faire les mmes sacrifices. Ma gloire, mon
bonheur, je les ai placs dans le bonheur de la gnration actuelle.
Je veux, autant que je pourrai y influer, que le rgne des ides
philantropiques et gnreuses soit le caractre du sicle. C'est  moi 
qui de tels sentimens ne peuvent tre imputs  faiblesse, c'est 
nous, c'est au peuple le plus doux, le plus clair, le plus humain, de
rappeler aux nations civilises de l'Europe qu'elles ne forment qu'une
seule famille, et que les efforts qu'elles emploient dans leurs
dissensions civiles sont des atteintes  la prosprit commune.
Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, je compte sur
votre assistance, comme sur la bravoure de mon arme.

NAPOLON.

[Footnote 73: Envoye pour le fliciter sur sa lettre au roi
d'Angleterre.]




Paris le 21 pluviose an 13 (10 fvrier 1805).

_Rponse de l'empereur au tribunat[74]._

La gnration actuelle a besoin de bonheur et de repos; et la victoire
ne s'obtient qu'avec le sang des peuples. Le bonheur du mien est mon
premier devoir comme mon premier sentiment.

Je sens vivement tout ce que vous me dites.

La plus douce rcompense de tout ce que je puis avoir fait de bien sera
toujours pour moi l'union et l'amour de ce grand peuple.

NAPOLON.

[Footnote 74: Dont une dputation avait t envoye pour le mme objet.]




Paris, le 21 pluviose an 13 (10 fvrier 1805).

_Paroles de l'empereur en donnant aux grands dignitaires de l'empire la
grande dcoration de la lgion d'honneur._

Messieurs,

La grande dcoration vous rapproche de ce trne; elle peut exiger des
sermens nouveaux, elle ne vous impose pas de nouvelles obligations.
C'est un complment aux institutions de la lgion d'honneur. Cette
grande dcoration a aussi un but particulier, celui de lier  nos
institutions les institutions des diffrens tats de l'Europe, et de
montrer le cas et l'estime que je fais, que nous faisons de ce qui
existe chez les peuples nos voisins et nos amis.




Au palais des Tuileries, le 25 pluviose an 13 (14 fvrier 1805).

_Au corps lgislatif._

Lgislateurs,

Conformment  l'article 9 du snatus-consulte du 28 frimaire an 12,
portant que les candidats pour la nomination du prsident du corps
lgislatif, seront prsents dans le cours de la session annuelle pour
l'anne suivante et  l'poque de cette session qui sera dsigne, nous
vous invitons a procder aux oprations relatives  cette prsentation.

NAPOLON.




Paris, le 10 ventose an 13 (1er mars 1805).

_Note inscrite dans le Moniteur._

[75]M. Pitt n'avait pas besoin de ce vote de 5,000,000 livres sterling.
On sait trs-bien depuis deux ans, que s'il est un prince assez ennemi
de sa maison, de son trne, de ses peuples, pour vouloir vendre son
repos, les destins futurs de sa famille et le sang de ses sujets,
l'Angleterre est l pour les lui payer avec cet or acquis par le
monopole aux dpens de tous les peuples de l'Europe. Le gouvernement
anglais donne au monde le spectacle odieux de la plus grande immoralit.
Ses agens parcourent, la bourse  la main, tous les cabinets, et partout
les puissances rejettent avec horreur cet argent de la corruption qui
ne peut produire que le remords et le malheur. Que l'Angleterre soit
dispose a fournir plusieurs centaines de millions aux puissances qui
voudront recommencer la lutte, c'est une chose connue qu'il n'tait pas
ncessaire de proclamer de nouveau. Ce que le vote de M. Pitt manifeste
avec une gale vidence, c'est cet tat d'aveuglement qui ne lui permet
pas de voir que l'Europe veut le repos, et que si ceux qui cherchent 
la faire rentrer dans une mer d'incertitude et de sang taient renverss
 leur tour, ils tomberaient aux acclamations de tous les peuples.

L'argent est utile aux coalitions, on ne l'ignore pas; mais ce n'est
point avec de l'argent qu'on fait les coalitions. Quelle est celle des
grandes puissances de l'Europe qui ne dpense dans une campagne active
le double et le triple de ce que vous pouvez lui offrir? Elle rpand, de
plus, le sang de ses sujets; mais cet lment n'entre jamais dans vos
calculs.

C'est en suivant cette politique sage et mesure, en ayant de la
prvoyance dans la prosprit, en se montrant prts  secourir ses amis
dans le malheur, et  faire des sacrifices pour leur avantage, qu'on
a des allis. Cet usage n'est pas le vtre; votre seule politique, le
grand Frdric l'a dit il y a long-temps, est d'aller frapper  toutes
les portes, une bourse  la main. Mais les funestes effets de cette
politique ont t dmontrs par l'exprience. Gardez donc votre or; et
pour peu que vous soyez anims par l'intrt de votre patrie, faites la
paix, et prenez dans la paix des principes modrs. Vous aurez le temps
de payer votre dette et de vous assurer la possession de ces richesses
immenses que vous accumulez, de ces immenses Indes qui gmissent sous
votre domination.

On a fait au devant de vous les premiers pas pour la paix, et comment
avez-vous rpondu a ces avances? en mettant,  l'ouverture du parlement,
des injures dans la bouche de votre roi, en violant enfin le secret
de vos ngociations, ce qui a donn le caractre le plus vident a
l'intention o vous tiez qu'elles n'eussent aucune suite.

[Footnote 75: M. Pitt avait demand au parlement britannique un vote de
5,000,000 liv. sterlings pour _engager les puissances du continent 
contracter une alliance avec le roi d'Angleterre._]




Paris, le 26 ventose an 13 (17 mars 1805).

_Rponse de l'empereur  la grande dputation de la rpublique
italienne, venue  Paris pour lui offrir la couronne de fer d'Italie._

Depuis le moment o nous parmes pour la premire fois dans vos
contres, nous avons toujours eu la pense de crer indpendante et
libre la nation italienne; nous avons poursuivi ce grand objet au milieu
des incertitudes des vnemens.

Nous formmes d'abord les peuples de la rive droite du P en rpublique
cispadane, et ceux de la rive gauche en rpublique transpadane.

Depuis, de plus-heureuses circonstances nous permirent de runir ces
tats et d'en former la rpublique cisalpine.

Au milieu des soins de toute espce qui nous occupaient alors, nos
peuples d'Italie furent touchs de l'intrt que nous portmes  tout
ce qui pouvait assurer leur prosprit et leur bonheur; et lorsque,
quelques annes aprs, nous apprmes au bord du Nil que notre ouvrage
tait renvers, nous fmes sensible aux malheurs auxquels vous tiez,
en proie. Grce  l'invincible courage de nos armes, nous parmes dans
Milan lorsque nos peuples d'Italie nous croyaient encore sur les bords
de la mer Rouge.

Notre premire volont, encore tout couvert du sang et de la poussire
des batailles, fut la rorganisation de la patrie italienne.

Les statuts de Lyon remirent la souverainet entre les mains de la
consulte et des collges, o nous avions runi les diffrens lmens qui
constituent les nations.

Vous crtes alors ncessaire  vos intrts que nous fussions le chef de
votre gouvernement; et aujourd'hui persistant dans la mme pense,
vous voulez que nous soyons le premier de vos rois. La sparation des
couronnes de France et d'Italie, qui peut tre utile pour assurer
l'indpendance de vos descendens, serait dans ce moment funeste  votre
existence et  votre tranquillit. Je la garderai cette couronne, mais
seulement tout le temps que vos intrts l'exigeront; et je verrai avec
plaisir arriver le moment o je pourrai la placer sur une plus jeune
tte qui, anime de mon esprit, continue mon ouvrage, et soit toujours
prte  sacrifier sa personne et ses intrts  la sret et au bonheur
du peuple sur lequel la Providence, les constitutions du royaume et ma
volont l'auront appel  rgner.

NAPOLON.




Paris, le 28 ventose an 13 (18 mars 1805).

_Au snat conservateur._

Snateurs, La principaut de Piombino que la France possde depuis
plusieurs annes, a t depuis ce temps administre sans rgle et sans
surveillance. Situe au milieu de la Toscane, loigne de nos autres
possessions, nous avons jug convenable d'y tablir un rgime
particulier. Le pays de Piombino nous intresse par la facilit qu'il
offre pour communiquer avec l'le d'Elbe et la Corse. Nous avons donc
pens devoir donner ce pays, sous le haut domaine de la France,  notre
soeur la princesse Eliza, en confrant  son mari le titre de prince de
l'empire. Cette donation n'est pas l'effet d'une tendresse particulire,
mais une chose conforme a la saine politique,  l'clat de notre
couronne et  l'intrt de nos peuples.

NAPOLON.




Paris, le 27 ventose an 13 (18 mars 1805).

_Discours de l'empereur au sein du snat en lui faisant part de son
acceptation de la couronne d'Italie._`

Snateurs, nous avons voulu dans cette circonstance nous rendre au
milieu de vous, pour faire connatre, sur un des objets les plus
important de l'tat, notre pense toute entire.

La force et la puissance de l'empire franais sont surpasses par la
modration qui prside  toutes nos transactions politiques.

Nous ayons conquis la Hollande, les trois quarts de l'Allemagne, la
Suisse, l'Italie toute entire; nous avons t modrs au milieu de la
plus grande prosprit. De tant de provinces nous n'avons gard que ce
qui tait ncessaire pour nous maintenir au mme point de considration
et de puissance o a toujours t la France. Le partage de la Pologne,
les provinces soustraites  la Turquie, la conqute des Indes et de
presque toutes les colonies avaient rompu  notre dtriment l'quilibre
gnral.

Tout ce que nous a vous jug inutile, pour le rtablir, nous l'avons
rendu, et par l nous avons agi conformment au principe qui nous a
constamment dirig, de ne jamais prendre les armes pour de vains projets
de grandeur, ni par l'appt des conqutes.

L'Allemagne a t vacue; ses provinces ont t restitues aux
descendans de tant d'illustres maisons qui taient perdues pour
toujours, si nous ne leur eussions accord une gnreuse protection.
Nous les avons releves et raffermies, et les princes d'Allemagne ont
aujourd'hui plus d'clat et de splendeur que n'en ont jamais eu leurs
anctres.

L'Autriche elle-mme, aprs deux guerres malheureuses, a obtenu l'tat
de Venise. Dans tous les temps elle et chang, de gr  gr, Venise
contre les provinces qu'elle a perdues.

A peine conquise, la Hollande a t dclare indpendante. Sa runion 
notre empire et t le complment de notre systme commercial, puisque
les plus grandes rivires de la moiti de notre territoire dbouchent en
Hollande; cependant la Hollande est indpendante, et ses douanes, son
commerce et son administration se rgissent au gr de son gouvernement.

La Suisse tait occupe par nos armes, nous l'avions dfendue contre
les forces combines de l'Europe. Sa runion et complt notre
frontire militaire. Toutefois, la Suisse se gouverne par l'acte de
mdiation, au gr de ses dix-neuf cantons, indpendante et libre.

La runion du territoire de la rpublique italienne  l'empire franais
et t utile au dveloppement de notre agriculture; cependant, aprs la
seconde conqute, nous avons,  Lyon, confirm son indpendance; nous
faisons plus aujourd'hui, nous proclamons le principe de la sparation
des couronnes de France et d'Italie, en assignant pour l'poque de cette
sparation, l'instant o elle devient possible et sans dangers pour nos
peuples d'Italie.

Nous avons accept et nous placerons sur notre tte cette couronne
de fer des anciens Lombards pour la retremper, la raffermir, et pour
qu'elle ne soit point brise au milieu des temptes qui la menaceront,
tant que la Mditerrane ne sera pas rentre dans son tat habituel.

Mais nous n'hsitons pas  dclarer que nous transmettrons cette
couronne a un de nos enfans lgitimes, soit naturel, soit adoptif, le
jour o nous serons sans alarmes sur l'indpendance que nous avons
garantie, des autres tats de la Mditerrane.

Le gnie du mal cherchera en vain des prtextes pour remettre le
continent en guerre; ce qui a t runi  notre empire par les lois
constitutionnelles y restera runi. Aucune nouvelle province n'y sera
incorpore; mais, les lois de la rpublique batave, l'acte de mdiation
des dix-neuf cantons suisses et le premier statut du royaume d'Italie,
seront constamment sous la protection de notre-couronne, et nous ne
souffrirons jamais qu'il y soit port atteinte.

Dans toutes les circonstances et dans toutes les transactions, nous
montrerons la mme modration, et nous esprons que notre peuple n'aura
plus besoin de dployer ce courage et cette nergie qu'il a toujours
montrs pour dfendre ses lgitimes droits.




Paris, le 4 germinal an 13 (26 mars 1805).

_Rponse de l'empereur  une dputation du conseil-d'tat[76]._

Je suis bien touch des sentimens que vient de m'exprimer, au nom du
conseil-d'tat, l'un de ses prsidens[77]. Je suis convaincu que ses
membres s'occuperont toujours avec intrt et avec zle de tout ce qui
pourra ajouter au honneur de mes peuples et  l'clat de ma couronne;
car j'ai toujours trouv parmi eux de vrais amis.

[Footnote 76: Envoy pour le fliciter sur son nouveau titre de roi
d'Italie.]

[Footnote 77: M. Defermon.]




Paris, le 12 prairial an 13 (1er juin 1805).

_Notes inscrites dans le Moniteur, en rponse  un article du
Morning-Chronicle, rapportant comme certaine une alliance entre
l'Angleterre, la Russie et la Sude._

Les Anglais ne perdent point l'habitude d'inventer des nouvelles, de les
rpandre chez eux et de les propager ensuite dans toute l'Europe. Ils
sont trop attachs  cette ressource pour ne pas en user sans cesse.
Il est vrai que huit ou dix jours aprs la publication d'une fausse
nouvelle, ils la contredisent eus-mmes; mais ces huit ou dix jours se
sont couls, le change s'est soutenu, et l'occasion arrive de mettre
au jour une nouvelle fausset qu'ils accrditent mme par des pices
trs-officielles; ainsi de suite pour tous les mois, pour toutes les
semaines de l'anne. Ce systme de mensonge a beaucoup de rapport avec
le systme de finances tant vant en Angleterre. On est oblig de
dpenser dix-huit millions et l'on n'a que neuf millions de revenu. On
fait un emprunt; mais on affecte le paiement de cet emprunt sur une
branche de revenu, ce qui diminue d'autant le revenu des annes
suivantes. Il est vrai que l'anne qui suit on n'augmente pas davantage
les recettes directes de l'chiquier; mais on fait de nouveaux emprunts
et l'on cre un autre dficit pour les autres annes. On va de la sorte
tout aussi long-temps que l'on peut aller, et l'on ira en effet jusqu'
l'invitable catastrophe qui fera sentir au peuple anglais le vide et
les consquences funestes d'un tel systme. Mais revenons a l'article
curieux dont ces observations nous ont carts.

Lorsque l'empereur, au sortir mme de la mtropole de Paris, fit des
propositions de paix au roi d'Angleterre, le roi d'Angleterre les luda,
et osa dire en plein parlement que les traits qui le liaient avec
la Russie l'obligeaient, avant de rpondre, de s'entendre avec cette
puissance. Nous dmes alors ce que nous pensions de cette assertion, et
les six mois qui viennent de s'couler ont assez justifi notre opinion;
toute l'Europe est maintenant convaincue que l'Angleterre n'avait pas
d'alliance avec la Russie; qu'elle avait employ dans cette circonstance
un-vritable subterfuge, tout aussi faux que celui dont S.M. britannique
se servit dans son message du 7 mars, lorsqu'elle assura que les ports
de France et de Hollande taient pleins d'armemens et de troupes
destines  envahir l'Angleterre. Aujourd'hui que le cabinet de
Saint-Ptersbourg a refus d'adopter les vues de l'ambassadeur Woronzow;
qui rside  Londres pour la Russie, et qui est beaucoup moins Russe
qu'Anglais; aujourd'hui que l'empereur Alexandre a dclar qu'il voulait
tre neutre, ne prendre part ni pour la France ni pour l'Angleterre,
mais intervenir dans leur querelle, pour aider autant qu'il sera
possible le rtablissement de la paix gnrale; aujourd'hui enfin que
ce souverain a fait demander des passe-ports pour un de ses chambellans
qu'il envoye en France, le gouvernement anglais craint le mauvais effet
que de telles dispositions feraient  Londres, dans un moment surtout o
la faiblesse et l'ineptie de son systme de guerre deviennent sensibles
pour tous les habitans de la Grande-Bretagne; il suppose aussitt un
trait d'alliance offensive et dfensive avec la Russie; il prtend que
si l'empereur Alexandre envoy auprs de l'empereur Napolon, c'est pour
notifier un ultimatum et tracer le cercle de Popilius. Rien n'est plus
faux que tout cela; mais aussi rien n'est plus conforme aux nobles
habitudes du cabinet de Londres. C'est en dire assez sur cet objet; il
nous parat convenable de saisir cette occasion de revenir sur le pass,
et d'apprendre aux Anglais que si, lorsque le jeune lord Withworth eut
l'impertinence de dire que s'il n'avait pas une rponse, dans trente-six
heures, il quitterait la France, l'empereur, alors premier consul, ne le
fit pas prendre, jeter dans une chaise de poste, et reconduire  Calais,
c'est que chaque jour de dlai faisait rentrer quelques-uns de nos
vaisseaux de commerce. Il n'y eut par alors un moment d'hsitation, et
la guerre tait dcide depuis l'instant o le roi d'Angleterre avait
insult la nation franaise dans son parlement,

Il fallait tre aussi dpourvu de sens ou aussi aveugl que l'tait
alors le ministre britannique, pour penser que l'empereur, dont le
caractre est assez connu en Europe, aurait la faiblesse de laisser
outrager impunment la nation. Il est temps que l'Angleterre s'accoutume
enfin au nouvel tat de choses, et qu'elle se mette bien dans la pense
qu'une nation qui a des ctes si tendues, dont la population, est
quatre fois plus considrable que la sienne, dont les habitans sont au
moins aussi braves, ne consentira jamais  se laisser dshriter du
commerce de l'univers. La France combattra avec les mmes armes qu'on
emploiera contre elle. Si son gouvernement est attaqu par les papiers
anglais, les journaux franais diront au gouvernement anglais des
vrits qu'il n'aimera srement pas entendre; si le roi, dans ses
discours au parlement, se fait l'cho de ses ministres pour insulter
encore la France, on sera forc de lui rpondre, et par les exposs
de la situation de l'empire, et par les discours que nos orateurs
prononcent dans le sein de nos principales autorits. Si enfin
l'Angleterre nous combat par les privilges exclusifs, nous la
combattrons par les privilges exclusifs; si c'est par des actes de
navigation, nous lui rpondrons par des actes de navigation; mais tant
que nous aurons des bois dans nos forts; tant que notre population se
renouvellera sur nos ctes, que l'Angleterre ne compte pas de notre part
sur une lche condescendance; une paix relle et solide entre elle et
nous ne peut avoir lieu que quand elle renoncera au projet tout  fait
au-dessus de sa puissance de nous exclure du commerce de l'univers.
Assurment on ne peut accuser d'ambition immodre une nation de
quarante millions d'hommes qui ne demande qu' vivre l'gale d'une
nation de dix millions.

[78]Ce sont autant de rveries que les assertions de ce long paragraphe.
L'ambition de la France, qui, deux fois, a vacu la moiti de
l'Allemagne et les tats vnitiens, ne peut effrayer personne; si on
lui faisait des propositions accompagnes de menaces, ce ne serait pas
l'empereur qui ne voudrait pas la paix, mais ceux qui, la menace  la
bouche, auraient profan ce nom sacr.

[Footnote 78: Rponse  un article du _Lloyd's Evening Post_, o le
journaliste proposait de faire au chef du gouvernement franais des
ouvertures de paix, accompagnes de prtentions exagres; moyen
excellent, ajoutait le journaliste, pour _dmontrer  toute l'Europe et
 la France mme l'ambition dmesure de Bonaparte._]

Non, assurment, l'empereur ne rtrogradera jamais, et ne s'loignera
pas des principes qu'il a adopts. Sa politique est ouverte et franche.
La maison de Bourbon occupait le royaume de Naples et le duch de Parme,
et tout le monde sait que Venise tait sous l'influence franaise: 
prsent Venise appartient  l'Autriche; Naples est gouvern par des
sentimens ennemis des Franais et dvous  l'Angleterre; le royaume
d'Italie ne rtablit pas l'quilibre, car l'on sait fort bien que, loin
de valoir  lui seul ces pays qui taient sous l'influence de la maison
de Bourbon, il ne vaut pas mme les Deux-Siciles.

Quant  la Hollande, il est vrai que la France exerce sur elle cette
influence naturelle et invitable d'un voisin puissant sur un faible
voisin; que cette influence ne pourrait cesser que si la Belgique
passait sous une autre domination; et sans doute les ministres anglais,
dans leur profonde sagesse, n'en sont pas  vouloir nous priver de la
Belgique. Il serait tout aussi sens de recommencer les diatribes de M.
Burke et de dire que la France est efface de la carte du monde. Mais
les intrts de la France ne se composent pas uniquement de ce qui tient
au continent. Vous parlez de justice, d'quilibre et d'indpendance de
l'Europe; mais commencez donc par renoncer au droit de blocus. N'est-il
pas ridicule de penser que le port de Cadix tait en tat de blocus,
lorsque deux escadres se combinaient librement dans ses eaux! Ici, ce
sont des rivires que vous mettez en tat de blocus; l, ce n'est pas
moins que cent lieues de ctes. Il est vident qu'un pareil ordre de
choses n'est que le droit de piller les neutres, rig en systme. Il
est vident qu'en se l'arrogeant, l'Angleterre place tontes les mers
sous la mme domination qu'elle exerce Sur un de ses comts. Il y a lieu
 l'exercice du droit de blocus, quand une place est bloque de tous
cts par terre et par mer, et qu'elle est constitue en etat d'tre
prise. Mais lorsqu'une place n'est point attaque par terre; que des
vaisseaux tiennent  quelques lieues en mer une station qui s'approche,
ou disparat, selon que lui commandent les vents pu les mares, il est
absurde de la considrer comme tant en tat de blocus.

L'tat de blocus est un fait et non une dclaration: bloquer, veut dire
renfermer de tous cts. Une tour, une maison, ne sont pas bloques
lorsqu'on ne garde qu'une issue, et qu'on peut y entrer et en sortir
librement. En dfinissant ainsi le droit de blocus, vous donnerez une
preuve que vous respectez l'indpendance de l'Europe; vous mriterez
qu'on ajoute foi  vos paroles, et la France, voyant que vous admettez
pour quelque chose le repos et l'indpendance de l'Europe, fera des
sacrifices sans regrets, si elle en a  faire. Vous demandez l'quilibre
de l'Europe; mais l'quilibre de l'Europe est rompu lorsqu'une puissance
en soutire tout l'argent, et triple, quintuple ses moyens naturels; et
lorsque c'est le rsultat d'un systme de conqute qui a envahi l'Inde,
il est clair qu'on ne peut parier de l'quilibre de l'Europe sans parler
aussi de l'quilibre des Indes. En resserrant vos limites, vous ferez
une chose juste, qui sera agrable  l'Europe et utile  vous-mmes,
car plus vous concentrerez votre domination, plus vous serez assurs de
conserver vos ctes.

Enfin, il y a deux moyens de faire la paix, c'est ou de souscrire
uniquement, entirement, le trait d'Amiens, ou de consentir, soit sur
les affaires du continent, soit sur celles de l'Inde, soit sur le droit
maritime, et celui de blocus, des compensations, des restitutions
rciproques dont il n'tait pas question dans ce trait.

L'Europe ne veut plus se laisser endormir par des mots; les puissances
en sont venues  un point o elles ne peuvent plus s'en imposer. Ce
n'est que par une modration vritable qu'on parvient  la paix. Des
sentimens opposs ne mneraient  aucun rsultat. Et comme l'a dit
l'empereur dans sa rponse au roi d'Angleterre, le monde n'est-il pas
assez grand pour contenir en mme temps les deux nations? Quant  une
coalition, elle est impossible; mais dt-elle se raliser, elle ferait
autant de mal  l'Angleterre que la sparation mme de l'Irlande. Ceci
ne paratra peut-tre pas clair; cependant quiconque voudra y penser,
comprendra fort bien ce que nous voulons dire.

En rsum, tous les bruits que peuvent faire courir les Anglais, d'une
coalition continentale, sont faux, n'ont pour but que de relever leur
change, et d'opposer quelques prestiges aux nouvelles qu'ils reoivent
et qu'ils vont recevoir des deux Indes.

[79]Ici nous devons une observation sur ce M. Andr Hammond, qui est un
courtier d'intrigues les plus basses et les plus dshonorantes. C'est
par lui que tous les fonds qui ont t envoys  Pichegru et  Georges
ont pass; et l'poque du 9 fvrier est remarquable. Une grande partie
de ses fonds a servi  ourdir les trames criminelles que le droit de
la guerre, et le sentiment de l'honneur rprouvent: Quant  cette
expdition de pierres, nous en appelons au jugement de tous les marins
de l'Europe, conut-on jamais rien d'aussi bte. Qu'on cherche  combler
un port de la Mditerrane, cela se conoit; mais un port sujet aux
mares, qu'en trois mares sches on aurait dblay, c'est le comble de
l'extravagance. Un esprit de vertige s'est empar de la nation, la folie
dirige ses conseils. Aprs la grande expdition des pierres est venue
celle des brlots  tourne-broches, tout aussi mal conue et tout aussi
inutile. Aujourd'hui, c'est le tour des globes de compression. C'est
dommage que l'enfer ne soit pas  la disposition de l'Angleterre, elle
le vomirait sur tout l'univers. Elle ressemble assez au mauvais gnie
que dpeint Milton; mais que peut-il contre le bon gnie, qui, simple,
modeste dans sa marche, tient  crime toute dmarche oblique, ou regarde
comme une victoire dshonorante la victoire qui n'est pas gagne l'pe
 la main. L'avenir nous apprendra ce que peuvent les expditions de
pierres, les brlots  tourne-broches, les globes  compression, contre
des oprations franches et loyales, mdites sans prtention et avec
prudence, et excutes avec douceur et humanit.

[Footnote 79: Le ministre anglais avait donn  M. Andr Haramond
la commission de combler le port de Boulogne au moyen de globes de
compression. Celle commission venait d'elle trouve sur un btiment
anglais captur par la flottille de Boulogne.]




Milan, le 15 prairial an 13 (4 juin 1805).

_Rponse de l'empereur au discours du doge de Gnes, venu  Milan pour
solliciter de Napolon la runion de la Ligurie  l'empire franais._

Monsieur le doge et messieurs les dputs du snat et du peuple de
Gnes.

Les circonstances et votre voeu m'ont plusieurs fois appel, depuis
dix ans,  intervenir dans vos affaires intrieures. J'y ai constamment
port la paix et cherch  faire prosprer les ides librales, qui
seules auraient pu donner  votre gouvernement cette splendeur qu'il
avait il y a plusieurs sicles. Mais je n'ai pas tard  me convaincre
moi-mme de l'impossibilit o vous tiez, seuls, de rien faire qui
ft digne de vos pres. Tout a chang; les nouveaux principes de la
lgislation des mers que les Anglais ont adopts et oblig la plus
grande partie de l'Europe  reconnatre; le droit de blocus qu'ils
peuvent tendre aux places non bloques, et mme  des ctes entires
et  des rivires, qui n'est autre chose que le droit d'anantir  leur
volont le commerce des peuples; les ravages toujours croissans des
Barbaresques, toutes ces circonstances ne vous offraient qu'un isolement
dans votre indpendance. La postrit me saura gr de ce que j'ai voulu
rendre libre les mers, et obliger les Barbaresques  ne point faire la
guerre aux pavillons faibles, mais  vivre chez eux en agriculteurs et
en honntes gens. Je n'tais anim que par l'intrt et la dignit de
l'homme. Au trait d'Amiens, l'Angleterre s'est refuse  cooprer  ces
ides librales. Depuis, une grande puissance du continent y a montr
tout autant d'loignement. Seul pour soutenir ces lgitimes principes,
il et fallu avoir recours aux armes; mais je n'ai le droit de verser le
sang de mes peuples que pour les intrts qui lui sont propres.

Ds le moment o l'Europe ne peut obtenir de l'Angleterre que le droit
de blocus ft restreint aux places vraiment bloques, ds le moment que
le pavillon des faibles ft sans dfense, et livr a la piraterie des
Barbaresques, il n'y eut plus d'indpendance maritime; et ds-lors les
gens sages prvirent ce qui arrive aujourd'hui. O il n'existe pas
d'indpendance maritime pour un peuple commerant, nat le besoin de se
runir sous un plus puissant pavillon. Je raliserai votre voeu: je vous
runirai  mon grand peuple. Ce sera pour moi un nouveau moyen de rendre
plus efficace la protection que j'ai toujours aim  vous accorder.
Mon peuple vous accueillera avec plaisir. Il soit que dans toutes les
circonstances vous avez assist ses armes avec amiti, et les avez
soutenues de tous vos moyens et de toutes vos forces. Il trouve
d'ailleurs chez vous des ports et un accroissement de puissance maritime
qui lui est ncessaire pour soutenir ses lgitimes droits contre
l'oppresseur des mers. Vous trouverez dans votre union avec mon peuple
un continent, vous qui n'avez qu'une marine et des ports; vous y
trouverez un pavillon, qui, quelles que soient les prtentions de mes
ennemis, se maintiendra sur toutes les mers de l'univers, constamment
libre d'insultes et de visites, et affranchi du droit de blocus, que je
ne reconnatrai jamais que pour les places vritablement bloques par
terre comme par mer. Vous vous y trouverez enfin  l'abri de ce honteux
esclavage, dont je gouffre malgr moi l'existence envers les puissances
plus faibles, mais dont je saurai toujours garantir mes sujets. Votre
peuple trouvera dans l'estime que j'ai toujours eue pour lui, et dans
ces sentimens de pre que je lui porterai dsormais, la garantie que
tout ce qui peut contribuer  son bonheur sera fait.

Monsieur le doge et messieurs les dputs du snat et du peuple de
Gnes, retournez dans votre patrie; sous peu de temps je m'y rendrai;
et l, je scellerai l'union que mon peuple et vous contracterez. Ces
barrires qui vous sparent du continent seront leves pour l'intrt
commun, et les choses se trouveront places dans leur tat naturel. Les
signatures de tous vos citoyens apposes au bas du voeu que vous me
prsentez, rpondent  toutes les objections que je pouvais me faire.
Elles constituent le seul droit que je reconnaisse comme lgitime. En
le faisant respecter, je ne ferai qu'excuter la garantie de votre
indpendance que je vous ai promise.

NAPOLON.




Milan, le 18 prairial, an 13 (7 juin 1805).

_Discours prononc par l'empereur au sein du corps lgislatif du royaume
d'Italie, en annonant sa volont de laisser les soins du gouvernement 
son beau-fils, le prince Eugne, avec la qualit de vice-roi._

Messieurs, du corps lgislatif,

Je me suis fait rendre un compte dtaill de toutes les parties
de l'administration. J'ai introduit dans ces diverses branches la
simplicit, qu'avec le secours de la consulte et de la censure, j'ai
porte dans la rvision des constitutions de Lyon. Ce qui est bon, ce
qui est beau, est toujours le rsultat d'un systme simple et uniforme.
J'ai supprim la double organisation des administrations dpartementales
et des administrations de prfecture, parce que j'ai pens qu'en faisant
reposer uniquement l'administration sur les prfets, on obtiendrait
non-seulement une conomie d'un million dans les dpenses, mais encore
une plus grande rapidit dans la marche des affaires. Si j'ai plac
auprs des prfets un conseil pour le contentieux, c'est afin de me
conformer  ce principe qui veut que l'administration soit le fait
d'un seul, et que la dcision des objets litigieux soit le fait, de
plusieurs.

Les statuts dont vous venez d'entendre la lecture tendent  mon peuple
d'Italie les bienfaits du Code  la rdaction duquel j'ai moi-mme
prsid. J'ai ordonn  mon conseil de prparer une organisation de
l'ordre judiciaire qui rende aux tribunaux l'clat et la considration,
qu'il est dans mon intention de leur donner. Je ne pouvais approuver
qu'un prteur seul ft appel  prononcer sur la fortune des citoyens,
et que des juges cachs aux yeux du public dcidassent en secret,
non-seulement de leurs intrts, mais encore de leur vie. Dans
l'organisation qui vous sera prsente, mon conseil s'tudiera  faire
jouir mon peuple de tous les avantages qui rsultent des tribunaux
collectifs, d'une procdure publique et d'une dfense contradictoire.
C'est pour leur assurer une justice plus videmment claire que j'ai
tabli que les juges qui prononceront le jugement soient aussi ceux qui
auront prsid aux dbats. Je n'ai pas cru que les circonstances
dans lesquelles se trouvent l'Italie me permissent de penser 
l'tablissement des jurs; mais les juges doivent prononcer comme les
jurs, d'aprs leur seule conviction, et sans se livrer au systme de
semi-preuves, qui compromet bien plus souvent l'innocence, qu'il ne sert
 dcouvrir le crime. La rgle la plus sre d'un juge qui a prsid aux
dbats, c'est la conviction de sa conscience.

J'ai veill moi-mme  l'tablissement de formes rgulires et
conservatrices dans les finances de l'tat, et j'espre que mes peuples
se trouveront bien de l'ordre que j'ai ordonn  mes ministres des
finances et du trsor public de mettre dans les comptes qui seront
publis. J'ai consenti que la dette publique portt le nom de
_monte-Napoleone_, afin de donner une garantie de plus de fidlit aux
engagemens qui la constituent et une vigueur nouvelle au crdit.

L'instruction publique cessera d'tre dpartementale, et j'ai fix
les bases pour lui donner l'ensemble, l'uniformit et la direction qui
doivent avoir tant d'influence sur les moeurs et les habitudes de la
gnration naissante.

J'ai jug qu'il convenait, ds cette anne, de mettre plus d'galit
dans la rpartition des dpenses dpartementales, et de venir au secours
de ceux de mes dpartemens, tels que le Mincio et le Bas-P, qui se
trouvent accabls par la ncessit de se dfendre contre le ravage des
eaux.

Les finances sont dans la situation la plus prospre, et tous les
paiemens sont au courant. Mon peuple d'Italie est, de tous les peuples
de l'Europe, le moins charg d'impositions. Il ne supportera pas
de nouvelles charges; et s'il est fait des changemens  quelques
contributions, si l'enregistrement est tabli dans le projet du budget
d'aprs un tarif modr, c'est afin de pouvoir diminuer des impositions
plus onreuses. Le cadastre est rempli d'imperfections qui se
manifestent tous les jours. Je vaincrai, pour y porter remde, les
obstacles qu'oppose  de telles oprations beaucoup moins la nature des
choses que l'intrt particulier; je n'espre cependant point arriver
 des rsultats tels qu'ils fassent viter l'inconvnient d'lever une
imposition jusqu'au terme qu'elle peut atteindre.

J'ai pris des mesures pour redonner au clerg une dotation convenable,
dont il tait en partie dpourvu depuis dix ans; et si j'ai fait
quelques runions de couvens, j'ai voulu conserver, et mon intention est
de protger ceux qui se vouent  des services d'utilit publique, o
qui, placs dans les campagnes, se trouvent dans des lieux ou dans des
circonstances o ils supplent au clerg sculier. J'ai eu mme temps
pourvu  ce que les vques eussent le moyen d'tre utiles aux pauvres,
et je n'attends, pour m'occuper du sort des curs, que les renseignement
que j'ai ordonn de recueillir promptement sur leur situation vritable.
Je sais que beaucoup d'entre eux, surtout dans les montagnes, sont dans
une pnurie que j'ai le plus pressant dsir de faire cesser.

Indpendamment de la route du Simplon, qui sera acheve cette anne, et
 laquelle quatre mille ouvriers, dans la seule partie qui traverse le
royaume d'Italie, travaillent en ce moment, j'ai ordonn de commencer le
pont de Volano, et que des travaux si importans soient entrepris sans
retard et poursuivis avec activit.

 Je ne nglige aucun des objets sur lesquels mon exprience en
administration pouvait tre utile  mes peuples d'Italie. Avant de
repasser les monts, je parcourrai une partie des dpartemens, pour
connatre de plus prs leurs besoins.

Je laisserai dpositaire de mon autorit ce jeune prince que j'ai lev
ds son enfance, et qui sera anim de mon esprit. J'ai d'ailleurs pris
des mesures pour diriger moi-mme les affaires les plus importantes de
l'tat.

Des orateurs de mon conseil vous prsenteront un projet de loi pour
accorder  mon chancelier, garde-des-sceaux, Melzi, pendant quatre
ans, dpositaire de mon autorit comme vice-prsident, un domaine qui,
restant dans sa famille, atteste  ses descendans la satisfaction que
j'ai eue de ses services.

Je crois avoir donn des nouvelles preuves de ma constante rsolution
de remplir envers mes peuples d'Italie tout ce qu'ils attendent de
moi; j'espre qu' leur tour ils voudront occuper la place que je leur
destine dans ma pense; et ils n'y parviendront qu'en se persuadant bien
que la force des armes est le principal soutien des tats.

Il est temps enfin que cette jeunesse qui vit dans l'oisivet des
grandes villes, cesse de craindre les dangers et les fatigues de la
guerre, et qu'elle se mette en tat de faire respecter la patrie, si
elle veut que la patrie soit respectable.

Messieurs du corps lgislatif, rivalisez de zle avec mon conseil
d'tat, et par ce concours de volonts vers l'unique but de la
prosprit publique, donnez  mon reprsentant l'appui qu'il doit
recevoir de vous.

Le gouvernement britannique ayant accueilli par une rponse vasive
les propositions que je lui ai faites, et le roi d'Angleterre les ayant
aussitt rendues publiques en insultant mes peuples dans son parlement,
j'ai vu considrablement s'affaiblir les esprances que j'avais conues,
du rtablissement de la paix. Cependant les escadres franaises ont
depuis obtenu des succs auxquels je n'attache de l'importance que parce
qu'ils doivent convaincre davantage mes ennemis de l'inutilit d'une
guerre qui ne leur offre rien  gagner et tout  perdre. Les divisions
de la flottille et les frgates construites aux frais des finances
de mon royaume d'Italie, et qui font aujourd'hui partie des armes
franaises, ont rendu d'utiles services dans plusieurs circonstances. Je
conserve l'espoir que la paix du continent ne sera point trouble; et,
toutefois, je me trouve en position de ne redouter aucune des chances
de la guerre. Je serai au milieu de vous au moment mme o ma prsence
deviendrait ncessaire au salut de mon royaume d'Italie.

NAPOLON.




Bologne, le 5 messidor an l3 (24 juin 1805).

_Rponse de l'empereur au discours du gonfalonier de la rpublique de
Lucques, qui tait venu le prier de se charger du gouvernement._

Monsieur le gonfalonier, messieurs les dputs des Anciens et du peuple
de Lucques, mon ministre prs votre rpublique m'a prvenu de la
dmarche que vous faites. Il m'en a fait connatre toute la sincrit.
La rpublique de Lucques, sans force et sans arme, a trouv sa
garantie, pendant les sicles passs, dans la loi gnrale de l'empire
dont elle dpendait. Je considre aujourd'hui comme une charge attache
 ma couronne l'obligation de concilier les diffrens partis qui peuvent
diviser l'intrieur de votre patrie.

Les rpubliques de Florence, de Pise, de Sienne, de Bologne, et toutes
les autres petites rpubliques, qui, au quatorzime sicle, partageaient
l'Italie, ont eu  prouver les mmes inconvniens. Toutes ont t
agites par la faction populaire et par celle des nobles. Cependant
ce n'est que de la conciliation de ces diffrens intrts que peuvent
natre la tranquillit et le bon ordre. La constitution que vous avez
depuis trois ans est faible; je ne me suis point dissimul qu'elle ne
pouvait atteindre son but. Si je n'ai jamais rpondu aux plaintes qui
m'ont t portes souvent pas diffrentes classes de vos citoyens, c'est
que j'ai senti qu'il est des incouvniens qui naissent de la nature
des choses, et auxquels il n'est de remde que lorsque les diffrentes
classes de l'tat claires sont toutes runies dans une mme pense,
celle de trouver une garantie dans l'tablissement d'un gouvernement
fort et Constitutionnel. J'accomplirai donc votre voeu. Je confierai le
gouvernement de vos peuples  une personne qui m'est chre par les liens
du sang. Je lui imposerai l'obligation de respecter constamment vos
constitutions. Elle ne sera anime que du dsir de remplir ce premier
devoir des princes, l'impartiale distribution de la justice. Elle
protgera galement tous les citoyens qui, s'ils sont ingaux par la
fortune, seront tous gaux  ses yeux. Elle ne reconnatra d'autre
diffrence entre eux que celle provenant de leur mrite, de leurs
services et de leurs vertus.

De votre ct, le peuple de Lucques. sentira toute la confiance que je
lui donne, et aura pour son nouveau prince les sentimens que des enfans
doivent  leur pre, des citoyens  leur magistrat suprme, et des
sujets  leur prince. Dans le mouvement gnral des affaires, ce sera
pour moi un sentimens doux et consolant de voir que le peuple de Lucques
est heureux, content et sans inquitude sur son avenir. Je continuerai
d'tre pour votre patrie un protecteur qui ne sera jamais indiffrent 
son sort.

NAPOLON.




Bologne, le 5 messidor an 13 (24 juin 1805).

_Approbation de la constitution de l'tat de Lucques par l'empereur._

Nous, Napolon, par la grce de Dieu et par les constitutions, empereur
des Franais et roi d'Italie, garantissons l'indpendance et la prsente
constitution de la rpublique de Lucques.

Nous consentons  ce que nos trs-chers et trs-aims beau-frre et
soeur le prince et la princesse de Piombino et leur descendance occupent
la principaut de Lucques et s'y tablissent, promettant et nous
rservant de renouveler  tous les changemens de prince la mme
garantie, nous rservant galement, en vertu du droit acquis sur toute
notre famille, que ni le prince ni la princesse, ni leurs enfans
quelconques, ne puissent se marier que de notre consentement, et nous
promettant, avec l'aide de Dieu, d'carter, par notre protection tout
ce qui pourrait nuire  la prosprit du peuple lucquois,  son
indpendance et au bonheur de nos trs-chers et trs-aims soeur et
beau-frre et de leurs descendans.

NAPOLON.




Paris, le 18 messidor an 13 (7 juillet 1805).

_Notes inscrites dans le Moniteur, en rponse  un message du roi
d'Angleterre au parlement._

Ainsi, S.M. britannique avoue aprs six mois que ce ne sont pas des
liaisons avec les puissances du continent qui l'ont empch, comme
le disaient ses ministres par leur lettre au ministre des relations
extrieures, de rpondre aux ouvertures de paix faites par l'empereur
des Franais. Ces liaisons qui paraissaient alors si troites qu'on ne
pouvait se dispenser de consulter les puissances avec lesquelles on les
avait contractes, ne sont plus que des communications qui n'ont point
encore acquis un degr de maturit qui permette d'entrer avec le
gouvernement franais dans des explications ultrieures. La rponse
faite par les ministres, il y a six mois, n'tait donc qu'une dfaite;
et si l'on n'avait pas de liaisons alors, l'on n'en a pas davantage
aujourd'hui. S. M. britannique ajoute; qu'il pourrait tre d'une
importance essentielle en elle, qu'il ft en son pouvoir de profiter
de toutes les conjonctures favorables pour effectuer avec d'autres
puissances tel accord qui pt lui procurer les moyens de rsister 
l'ambition dsordonne de la France. C'est une question qu'il est
difficile de rsoudre. Quoi qu'il en soit, S.M. aurait t beaucoup plus
franche et se serait mise dans une position plus simple, si elle avait
dit qu'elle ne voulait pas traiter avant d'avoir fait cinq  six
campagnes avec les puissances coalises. Encore faudrait-il savoir 
qui demeurerait l'avantage aprs ces cinq ou six campagnes, et si cet
avantage serait en proportion avec le sacrifice de deux  trois mille
hommes immols pour le bon plaisir du roi d'Angleterre. S.M. britannique
laisse entrevoir en vrit, et nous devons en cela admirer sa prudence,
que si elle ne parvient point  former une coalition et a se procurer le
plaisir de voir, du fond de son le et de la terrasse de son chteau de
Windsor, les malheurs du continent, elle se rsoudra  faire la paix. La
paix, objet de la juste ambition de tous les gouvernemens sages,
n'est, si l'on veut parler ainsi, qu'un vritable pis-aller pour S.M.
britannique. Elle recommande  ses fidles communes, de la mettre en
tat de prendre des mesures, afin de voir si quelque capitan, quelque
espce de chef de condottieri ou de ces bandes clbres en diffrens
temps, voudrait, pour l'appt d'un sordide gain, faire cause commune
avec elle. Qui ne formera des voeux pour que l'Angleterre trouve
l'Europe sourde  tous projets de coalition; qui ne priera pour le
succs des armes d'une nation qui ne veut que la paix, tandis que
l'Angleterre, son ennemie, appelle  grands cris le retour des dsastres
qui ont si long-temps afflig l'Europe?

S. M. britannique a cru qu'elle pouvait tirer parti de la lettre de
l'empereur des Franais pour prouver au continent qu'il avait peur de
l'Angleterre, et faire penser qu'il craignait la guerre, puisqu'il
dsirait la paix, et amener ainsi quelque puissance  entrer dans une
coalition nouvelle. Le cabinet de Londres n'aura pas oubli d'appuyer
d'offres de subsides de si faibles raisonnemens; mais il se sera aperu
qu'il ne mettait pas  un assez haut prix de tels services, et qu'il
fallait payer plus cher. Le parlement avait accord cinq millions
sterlings; on lui en a demand encore autant; nous verrons si la
gnrosit des marchands rendra le march plus facile. Toutes les
paroles, toutes les mesures de ce gouvernement portent le caractre du
dsordre et de la draison. C'est une trange dclaration politique que
les ministres mettent dans la bouche du roi, lorsqu'ils lui font dire
assez clairement qu'il ne fera la paix que lorsqu'il sera forc de ne
plus faire la guerre. Il en rsultera ncessairement que quand il voudra
la paix, on jugera qu'il est contraint de la faire, et qu'on pourra se
croire alors autoris  se montrer plus exigeant.

Que conclure donc d'un tel passage? C'est que le rtablissement de
la tranquillit de l'Europe est loin encore, puisque le gouvernement
anglais ne sera dispos qu'au moment o il sera convaincu qu'aucune
puissance ne veut concourir  alimenter l'incendie, et qu'il n'y a plus
de ministres ou d'intrigans qu'il puisse esprer d'acheter.

On ferait un recueil trs-curieux des sept ou huit discours du roi
d'Angleterre  son parlement, rangs  la suite les uns des autres, et
par ordre de date; nous laissons  nos lecteurs le soin de faire ce
rapprochement, qui n'chappera pas  l'histoire.




Paris, le 25 messidor an 13 (14 juillet 1805).

_Note inscrite dans le Moniteur[80]._

Il y a dj long-temps qu'on s'est plu  rpandre que l'empereur avait
des vues pour marier le prince Eugne avec la reine d'Etrurie, et ceci
avait t fait malicieusement, pour faire penser que l'empereur voulait
runir la Toscane au royaume d'Italie; cependant cette ide n'est pas
heureuse. La reine d'Etrurie a des enfans, et par consquent ne peut
pas apporter en dot le royaume d'Etrurie. Cette seule observation fait
sentir tout le ridicule et l'absurdit de cette nouvelle. On a dit aussi
qu'il tait question de marier un prince de la famille impriale avec
une fille de la reine de Naples. Cette nouvelle est plus absurde encore;
mais c'est un des inconvniens des hautes places et du haut rang
des princes, que chacun fasse des gloses sur les affaires les plus
dlicates.

On a bien aussi mis dans nos propres journaux une gnalogie aussi
ridicule que plate de la maison Bonaparte. Ces recherches sont bien
puriles; et  tous ceux qui demanderont de quel temps date la maison
de Bonaparte, la rponse est bien facile: elle date du 18 brumaire.
Comment, dans le sicle o nous sommes, peut-on tre assez ridicule pour
amuser le public de pareilles balivernes? Et comment peut-on avoir assez
peu de sentiment des convenances et de ce qu'on doit  l'empereur, pour
aller attacher de l'importance  savoir ce qu'taient ses anctres?
Soldat, magistrat et souverain, il doit tout  son pe et  l'amour
de son peuple. Nous ne voulons pas voir de la malveillance dans cette
espce de comparaison avec la maison de Sude, maison souveraine depuis
plusieurs sicles. Si c'est un crivain qui a voulu faire sa cour 
l'empereur par cet article, c'est bien le cas de dire: il n'y a rien de
dangereux comme un sot ami.

[Footnote 80: Cette note est d'autant plus intressante qu'elle
dment les contes ridicules qu'on s'est plu  rpandre sur la manie
gnalogique de Napolon.]




De mon Camp imprial de Boulogne, le 25 thermidor an 13 (11 aot 1805).

_Lettre au prsident du corps lgislatif du royaume d'Italie._

Monsieur le prsident Taverna, je reois la lettre du 1er aot, que vous
m'crivez au nom du corps lgislatif. Les assurances de son attachement
me sont d'autant plus agrables, que sa conduite pendant la session m'a
dmontr qu'il ne marchait pas dans la mme direction que moi, et qu'il
avait d'autres projets et un autre but que ceux que je me proposais.
Il est dans mes principes de me servir des lumires de tous les corps
intermdiaires, soit conseil des consulteurs, soit conseil lgislatif,
soit corps lgislatif, soit mme des diffrens collges, toutes les fois
qu'ils auront la mme direction que moi. Mais, toutes les fois qu'ils
ne porteront dans leurs dlibrations qu'un esprit de faction et de
turbulence, ou des projets contraires  ceux que je puis avoir mdits
pour le bonheur et la prosprit de mes peuples, leurs efforts seront
impuissans, la honte leur en restera tout entire, et, malgr eux, je
remplirai tous les desseins, je terminerai toutes les oprations
que j'aurai juges ncessaires  la marche de mon gouvernement et
 l'excution du grand projet que j'ai conu de reconstituer et
d'illustrer le royaume d'Italie. Ces principes, monsieur le prsident,
je les transmettrai  mes descendans, et ils apprendront de moi qu'un
prince ne doit jamais souffrir que l'esprit de cabale et de faction
triomphe de son autorit; qu'un misrable esprit de lgret et
d'opposition dconsidre cette autorit premire, fondement de l'ordre
social, excutrice du Code civil, et vritable source de tous les biens
des peuples. Lorsque les corps intermdiaires seront anims d'un bon
esprit, suivront le mme but que moi, je serai empress de prter
l'oreille  leurs observations, et de suivre leurs avis, soit dans
la modification, soit dans la direction de ces vues. En finissant,
monsieur, je ne veux vous laisser aucun doute sur la vrit de mes
sentimens pour le plus grand nombre des membres du corps lgislatif,
dont je connais le mrite et le foncier attachement pour ma personne.
Runis en assemble, ils n'ont point senti la lgret qu'ils ont porte
dans leurs oprations, mais j'espre qu'apprciant mieux l'ordre et
le bonheur de la socit, ils sentiront l'avantage de rester rangs
constamment autour du trne, de ne marquer dans l'opinion que par leurs
propres tmoignages de fidlit et d'obissance, et de ne point branler
l'attachement et l'amour des sujets par une opposition ouverte et
inconsidre. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.




Paris, le 33 thermidor an 13 (11 aot 1805).

_Note inscrite dans le Moniteur, en rponse  un article d'un journal
anglais._

Nous ne sommes pas tonns que les mouvemens de troupes que fait
l'Autriche fassent penser a l'Angleterre qu'elle veut se coaliser contre
la France. Mais nous avons meilleurs opinion des sentimens pacifiques
de l'empereur d'Allemagne. L'exprience du pass prouve que la Russie
verrait avec plaisir la France et l'Angleterre s'affaiblir par une
longue guerre, pour envahir,  la faveur de ces circonstances,
Constantinople et la Perse; et nous disons qu'elle le verrait avec
plaisir, parce qu'elle n'a manqu aucune occasion d'aigrir les affaires
au lieu de les raccommoder. On se souvient de la conduite de M. Marcoff
 l'poque de la rupture de la paix d'Amiens. Si la Russie avait voulu
intervenir, la guerre n'et pas eu lieu; comme la conduite de M. Marcoff
a t approuve par son souverain, il faut en conclure qu'elle tait
dans le systme du cabinet.

On se souvient avec quel acharnement la Russie, intervenant depuis 
Ratisbonne, jetait le gant  la France, et faisait tous ses efforts pour
pousser le corps germanique  la guerre. Le corps germanique fut plus
sage; il sentit que le champ de bataille serait en Allemagne et en
Italie. Il se ressouvint que la conduite des puissances du nord avait
t constamment de s'agrandir et de se consolider par l'affaiblissement
et les divisions des puissances du midi. Il resta calme, laissa dans
l'oubli les notes russes, et se serra davantage  la France.

Dans cette dernire circonstance, les Anglais ont eu recours  la
Russie. Si leur conduite n'a eu pour but que de donner un nouvel aliment
 l'ambition de cette puissance, et d'accrotre son animosit contre la
France, ils ont russi. M. de Novosilzoff s'en est retourn (c'tait une
chose toute simple); mais il a remis en partant au cabinet de Berlin une
note inconvenante, et M. d'Alopeus s'est empress de la faire imprimer
dans les journaux du nord. Si au contraire l'Angleterre tait de bonne
foi, et voulait sincrement la paix, la dmarche de la Russie a djou
ce projet, puisqu'elle n'a port que passion et haine o il fallait du
calme et de l'impartialit.

Il reste  savoir aujourd'hui quelle est celle des deux puissances de la
Prusse et de l'Autriche qui se dclarera contre la France. La Prusse
a dclar hautement qu'elle ne partageait pas la haine furibonde des
Anglais; qu'elle ne voyait pas  quoi pouvaient aboutir ses dmarches
inconsidres, irritantes; et qu'enfin, sous aucun prtexte, elle ne
prendrait les armes contre la France. Si la Russie levant le ton
voulait l'entraner  la guerre contre la France, l'opinion du vieux
Mollendorf, de ce compagnon du grand Frdric, est que l Prusse n'a
rien  redouter de la France, mais tout  craindre de la Russie; et que,
par sentiment de justice, elle doit plutt joindre cent mille Prussiens
 cent mille Franais pour dfendre son indpendance, et tenir en
respect cette puissance moiti europenne et moiti asiatique, qui,
spare de l'Europe par des dserts, pse, lorsqu'elle le veut, avec
tant d'arrogance sur tous ses voisins, et peut, lorsqu'elle le veut
aussi, se mettre  l'cart de toutes les temptes qu'elle a suscites.

Il dpend actuellement de la cour de Vienne de dcider la question. La
paix ou la guerre est dans ses mains. Si l'Angleterre la croit aussi
ferme dans son systme pacifique qu'elle sait que l'est la Prusse, elle
sentira que, puisque le continent ne peut pas tre troubl, elle doit
mettre un terme  sa haine, et satisfaire le voeu de tous les peuples,
en concluant de bonne foi, sans ruse comme sans vain partage, une paix
juste et bonne.

Si l'Autriche est bien aise de voir la France et l'Angleterre
s'entre-dchirer, elle fera marcher des troupes, fera des dispositions
qui encourageront le parti de la guerre en Angleterre, et par l aura
la triste gloire de prolonger les anxits et les inquitudes de deux
grandes nations.

Mais si les Anglais se trompent, cette politique ne peut guider la
conduite d'un prince aussi franc et aussi honnte homme que l'empereur
Franois II. Il n'est pour les princes comme pour les particuliers,
qu'un chemin qui conduit  l'honneur. Si ce prince tait dans des
sentimens hostiles, il lverait l'tendard. Il a une arme brave et une
population nombreuse; il est convaincu qu'une guerre sourde est indigne
de lui et de sa nation.

Nous ne doutons pas que l'Autriche veuille avoir la gloire de contribuer
 la paix maritime; et elle y a son intrt, puisque ce moment peut seul
faire la sparation des couronnes de France et d'Italie, qu'il peut
loigner les Russes de Corfou et de la More, et les Anglais de la
Mditerrane, trois choses galement avantageuses  l'Autriche. Si elle
le veut, disons-nous, elle a un moyen qui est simple; qu'elle persuade
l'Angleterre de ce que la Prusse lui a persuad, et que les journaux
ministriels n'aient plus de prtextes pour faire penser que, peu 
peu, on parviendra  amener l'Autriche  devenir bien imprudemment le
plastron de l'Angleterre.

Mais est-il de l'intrt de l'Angleterre de prolonger la guerre, mme
avec le secours de l'Autriche? Un Anglais clair disait dans une
circonstance solennelle, que le cabinet de Saint-James tait dans une
fausse direction, quand il dsirait vouloir acheter par des sacrifices
pcuniaires une coalition. Il observait que la premire coalition avait
livr  la France, la Belgique et la Hollande; que la seconde lui avait
donn le Pimont et l'Italie; que la troisime pourrait lui donner de
nouvelles ctes et de nouveaux ports. Cette leon de politique qui n'est
point suspecte dans la bouche d'un citoyen anglais, pourrait l'tre
dans ce journal; elle n'en est pas moins vraie. Dans les circonstances
actuelles, il n'y a d'avantageux pour l'Angleterre, et de profitable
pour son commerce, qu'une paix juste et raisonnable.

Que l'Angleterre se persuade bien que les Franais d'aujourd'hui, levs
et endurcis dans les camps, ne sont plus les Franais du temps de Louis
XV; que le temps o elle imposait un trait de commerce au cabinet de
Versailles est presque aussi loin de nous que le temps o elle avait
un commissaire  Dunkerque. L'empereur l'a trs-bien dit au roi
d'Angleterre: le monde est assez grand pour les deux nations; disons
mieux, pour tous les peuples.




Paris, le 27 thermidor an 13 (15 aot 1805).

_Note inscrite dans le Moniteur, en rponse  cette phrase d'un journal
anglais_: Que l'ennemi vienne (les Franais) quand il voudra, il nous
trouvera prpars  chtier sa tmrit, et  changer son audacieuse
entreprise en une destruction certaine pour lui-mme.

Et pourquoi l'ennemi ne vient-il pas? Nous verrions de qui l'vnement
chtierait la tmrit. Nous connaissons votre gnralissime; nous
l'avons vu  Hondscoot et en Hollande; le tiers de l'arme de Boulogne
suffirait pour changer ses audacieuses entreprises en une destruction
certaine; mais quoi que vous en disiez, vous savez comme nous ce que
vous pouvez attendre d'une lutte sur terre. Quant  la guerre de mer,
vous avez acquis sans doute, et vous conservez jusqu' ce jour une
vritable supriorit, mais vous ne l'avez due, mais vous ne la devez
qu' la trahison. C'est la trahison qui vous a livr trente vaisseaux
franais  Toulon; la trahison du prince d'Orange vous a valu douze
vaisseaux hollandais; la trahison enfin a dtruit  Quiberon tout ce qui
existait des officiers de notre ancienne marine. Malgr ces avantages si
odieusement obtenus, et que nous ne vous contestons pas, nos escadres
vous attaquent sur vos propres ctes; le Shannon est bloqu, non par
de petits btimens comme vous le dites, mais par une bonne et belle
escadre. Vos colonies avaient dj rdig leur capitulation et envoy
des agens  Villeneuve pour traiter; mais ce n'tait point la l'objet de
sa mission, et malgr les contrarits qu'il a prouves en revenant
en Europe, quoique sa navigation et t de plus de cinquante jours;
quoique les vents contraires lui en eussent fait perdre vingt, il a
march sur le corps de vos escadres et opr sa jonction. Son objet ne
fut pas d'attaquer votre commerce, et il vous a fait pour vingt millions
de dommages. Dans les Indes, une seule division franaise a fait sur
vous des prises pour une valeur encore plus considrable. Un seul
brick du ct des Orcades a captur tout un convoi de Terre-Neuve. Nos
frgates parcourent toutes les mers; il n'y a pas de jours qu'il n'en
rentre quelqu'une dans nos ports, et vous n'en avez pas encore pris
une seule. Enfin, vous vous vantiez d'empcher l jonction de nos
flottilles, elles sont toutes runies; et quand vous avez voulu vous
opposer  leur marche, elles vous ont battus; vous vous vantiez
d'attaquer notre ligne d'embossage, et c'est elle qui, plusieurs fois,
a attaqu vos croisires, loin des batteries jusqu' mi-canal, et de
manire que vos vaisseaux, vos frgates, vos corvettes, ont cherch leur
sret dans la supriorit de leur marche. Mais il y a deux ans qu'on
prpare la descente, et la descente n'arrive pas? Elle arrivera si vous
ne faites pas la paix. Elle arrivera peut-tre dans un an, peut-tre
dans deux, peut-tre dans trois; mais avant que les cinq annes soient
expires, quelque vnement qui puisse survenir, nous aurons raison
de votre orgueil, et de cette supriorit que des trahisons vous ont
donne. Quant au continent, ne croyez pas que vous ayez des allis. Vous
tes l'ennemi de tous les peuples, et tous les peuples se rjouissent de
votre humiliation. Mais parvinssiez-vous  corrompre quelques femmes,
quelques ministres, les rsultats ne seraient pas pour vous; nous
aurions srement acquis de nouvelles ctes et de nouveaux ports, de
nouvelles contres, et nous rduirions vos allis  un tel point que
nous pourrions ensuite nous livrer tout entire la guerre maritime.
C'est un singulier orgueil qui vous fait penser que nous prtendions
en un jour, en un mois, en un an, venir  tout de votre puissance
colossale. Le temps est un des moyens, un des lmens de nos calculs.
Ayez recours, dans une telle position,  des complots,  des
assassinats,  la bonne heure. Cette sorte de guerre ne vous est point
trangre. On dit dj que Drake songe  revenir  Munich, Spencer-Smith
 Stuttgard, et Taylord  Cassel. La France ne souffrira pas qu'ils
mettent le pied, non-seulement sur le continent, mais dans les lieux
o, en cinq  six marches, peuvent se porter ses armes. Les diplomates
assassins sont hors du droit des gens.

Nous nous tions attendus  des malheurs quand vous avez dclar la
guerre. Nous pouvions perdre la Martinique, la Guadeloupe, les les
de France et de la Runion; qu'avez-vous fait? Vous tes rduits  un
triste systme de blocus qui n'empche pas nos escadres de parcourir les
mers; persistez  bloquer nos ports, mais ayez les yeux fixs sur les
signaux de vos ctes, et vivez dans de perptuelles alarmes.

Si votre nation indigne continuant  tre dupe de quelques hommes qui
se sont partag le gouvernement de l'Angleterre, ne parvient pas 
obliger vos oligarques  faire la paix et  leur persuader enfin que
nous ne sommes plus ces Franais si long-temps vendus et trahis par des
ministres faibles, des rois fainants, ou des matresses avides, vous
marcherez vers une invitable et funeste destine.

Nous dsirons la paix du continent, parce qu'il se trouve plac comme
nous voulions qu'il le ft. Nous aurions pu augmenter notre puissance et
affaiblir celle de nos rivaux, si nous l'avions trouv convenable. S'il
est quelque tat qui veuille encore troubler le continent, il sera la
premire victime, et sa dfaite retombant sur vous-mmes, rendra vos
prils plus imminens et votre chute plus assure.

Nous le rptons: une paix juste et raisonnable peut seule vous sauver.
Un de nos adages est dj prouv, et puisque vous n'esprez de salut que
dans le concours d'une puissance du continent, seuls vous ne pouvez donc
rien contre la France, et la France ne souffrira pas que, seule, vous
ayez des vaisseaux sur les mers; les mers sont le domaine de tous les
peuples.




Paris, le 1er vendmiaire an 14 (23 septembre 1805).

_Discours de l'empereur au sein du snat[81]._

Snateurs,

Dans les circonstances prsentes de l'Europe, j'prouve le besoin de me
trouver au milieu de vous, et de vous faire connatre mes sentimens.

Je vais quitter ma capitale pour me mettre  la tte de l'arme, porter
un prompt secours  mes allis, et dfendre les intrts les plus chers
de mes peuples.

Les voeux des ternels ennemis du continent sont accomplis: la guerre
a commenc au milieu de l'Allemagne. L'Autriche et la Russie se sont
runies  l'Angleterre, et notre gnration est entrane de nouveau
dans toutes les calamits de la guerre. Il y a peu de jours, j'esprais
encore que la paix ne serait point trouble; les menaces et les outrages
m'avaient trouv impassible; mais l'arme autrichienne a pass l'Inn,
Munich est envahie, l'lecteur de Bavire est chass de sa capitale;
toutes mes esprances se sont vanouies.

C'est-dans cet instant que s'est dvoile la mchancet des ennemis du
continent; Ils craignaient encore la manifestation de mon violent amour
pour la paix; ils craignaient que l'Autriche,  l'aspect du gouffre
qu'ils avaient creus sous ses pas, ne revnt  des sentimens de justice
et de modration; ils l'ont prcipite dans la guerre. Je gmis du sang
qu'il va en coter  l'Europe; mais le nom franais en obtiendra un
nouveau lustre.

Snateurs, quand  votre aveu,  la voix du peuple franais tout
entier, j'ai plac sur ma tte la couronne impriale, j'ai reu de vous,
de tous les-citoyens, l'engagement de la maintenir pure et sans tache.
Mon peuple m'a donn dans toutes les circonstances des preuves de sa
confiance et de son amour. Il volera sous les drapeaux de son empereur
et de son arme, qui dans peu de jours auront dpass les frontires.

Magistrats, soldats, citoyens, tous veulent maintenir la patrie hors de
l'influence de l'Angleterre, qui, si elle prvalait, ne nous accorderait
qu'une paix environne d'ignominie et de honte, et dont les principales
conditions seraient l'incendie de nos flottes, le comblement de nos
ports, et l'anantissement de notre industrie.

Toutes les promesses que j'ai faites au peuple franais, je les ai
tenues. Le peuple franais,  son tour, n'a pris aucun engagement avec
moi qu'il n'ait surpass. Dans cette circonstance si importante pour sa
gloire et la mienne, il continuera de mriter ce nom de grand peuple,
dont je le saluai au milieu des champs de bataille.

Franais, votre empereur fera son devoir, mes soldats feront le leur;
vous ferez le vtre.

NAPOLON.

[Footnote 81: Au moment de son dpart pour l'arme, occasionn par
l'invasion de la Bavire par l'empereur d'Autriche.]




An quartier-gnral de Strasbourg, le 7 vendmiaire an 14 (29 septembre
1805).

_Proclamation de l'empereur  l'arme._

Soldats!

La guerre de la troisime coalition est commence. L'arme autrichienne
a pass l'Inn, viol les traits, attaqu et chass de sa capitale notre
alli... Vous-mmes vous avez d accourir  marches forces  la dfense
de nos frontires; mais dj vous avez pass le Rhin: nous ne nous
arrterons plus que nous n'ayons assur l'indpendance du corps
germanique, secouru nos allis et confondu l'orgueil des injustes
aggresseurs. Nous ne ferons plus de paix sans garantie: notre gnrosit
ne trompera plus notre politique.

Soldats, votre empereur est au milieu de vous. Vous n'tes que
l'avant-garde du grand peuple; s'il est ncessaire, il se lvera tout
entier  ma voix pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu'ont
tissue la haine et l'or de l'Angleterre.

Mais, soldats, nous aurons des marches forces  faire, des fatigues et
des privations de toute espce  endurer; quelques obstacles qu'on nous
oppose, nous les vaincrons; et nous ne prendrons de repos que nous
n'ayons plant nos aigles sur le territoire de nos ennemis.

NAPOLON.




14 vendmiaire an 14 (6 octobre 1805).

_Premier bulletin de la grande arme._

L'empereur est parti de Paris le 2 vendmiaire, et est arriv le 4 
Strasbourg.

Le marchal Bernadette, qui, au moment o l'arme tait partie de
Boulogne, s'tait port de Hanovre sur Gottingue, s'est mis en marche
par Francfort, pour se rendre  Wurtzbourg, o il est arriv le 1er
vendmiaire.

Le gnral Marmont, qui tait arriv  Mayence, a pass le Rhin sur le
pont de Cassel, et s'est dirig sur Wurtzbourg, o il a fait sa jonction
avec l'arme bavaroise et le corps du marchal Bernadotte.

Le corps du marchal Davoust a pass le Rhin le 4  Manheim, et s'est
port, par Hildeberg et Necker-Eltz, sur le Necker.

Le corps du marchal Soult a pass le Rhin le mme jour sur le pont qui
a t jet  Spire, et s'est port sur Heilbronn.

Le corps du marchal Ney a pass le Rhin le mme jour sur le pont qui a
t jet vis  vis de Durlach, et s'est port  Stuttgard.

Le corps du marchal Lannes a pass le Rhin  Kehl le 3, et s'est rendu
 Louisbourg.

Le prince Murat, avec la rserve de cavalerie, a pass le Rhin  Kehl le
3, et est rest en position plusieurs jours devant les dbouchs de
la fort Noire; ses patrouilles, qui se montraient frquemment aux
patrouilles ennemies, leur ont fait croire que nous voulions pntrer
par ses dbouchs.

Le grand parc de l'arme a pass le Rhin  Kehl, le 8, et s'est rendu 
Heilbronn.

L'empereur a pass le Rhin  Kehl, le 9, a couch  Ettlingen le mme
jour, y a reu l'lecteur et les princes de Bade, et s'est rendu 
Louisbourg chez l'lecteur de Wurtemberg, dans le palais duquel il a
log.

Le 10, le corps du gnral Bernadotte et du gnral Marmont et les
Bavarois qui taient  Wurtzbourg, se sont runis et se sont mis en
marche pour se rendre sur le Danube.

Le corps du marchal Davoust s'est mis en marche de Necker-Eltz et a
suivi la route de Meckmhl, Ingelsingen, Chreilsheim, Dunkelsblh,
Frembdingen, Aettingen, Haarburg et Donatwerth.

Le corps du marchal Soult s'est mis en marche d'Heilbronn et a suivi
la route d'Esslingen, Goppingen, Weissenstein, Heydenheim, Nattheim et
Nordlingen.

Le corps du marchal Lannes s'est mis en marche de Louisbourg, et a
suivi la route de Grossbentelspach  Pludershausen, Gmnd, Aalen et
Nordlingen.

Voici la position de l'arme au 14:

Le corps du marchal Bernadotte et les Bavarois taient  Weissenbourg.

Le corps du marchal Davoust  Aettingen,  cheval sur la Reinitz.

Le corps du marchal Soult  Donawerth, mettre du pont de Munster, et
faisant rtablir celui de Donawerth.

Le corps du marchal Ney a Koessingen.

Le corps du marchal Lannes  Neresheim.

Le prince Murat, avec ses dragons, bordant le Danube.

L'arme est pleine de sant, et brlant d'en venir aux mains.

L'ennemi s'tait avanc jusqu'aux dbouchs de la fort Noire, o il
parait qu'il voulait se maintenir et nous empcher de pntrer.

Il avait fait fortifier l'Iller, Memmingen et Ulm se fortifiaient en
grande hte.

Les patrouilles qui battent la campagne assurent qu'il a contremand ses
projets et qu'il parat fort dconcert par nos mouvemens aussi nouveaux
qu'inattendus.

Les patrouilles franaises et ennemies se sont souvent rencontres;
dans ces rencontres, nous avons fait quarante prisonniers du rgiment 
cheval de Latour.

Ce grand et vaste mouvement nous a ports en peu de jours en Bavire,
nous a fait viter les montagnes Noires, la ligne de rivires parallles
qui se jettent dans la valle du Danube, l'inconvnient attach  un
systme d'oprations qui auraient toujours en flanc les dbouchs du
Tyrol, et enfin nous a placs  plusieurs marches derrire l'ennemi, qui
n'a pas de temps  perdre pour viter sa perte entire.




14 vendmiaire an 14 (6 octobre 1805).

_Proclamation de l'empereur des Franais aux soldats bavarois._

Soldats bavarois,.

Je me suis mis  la tte de mon arme pour dlivrer votre patrie des
plus injustes agresseurs. La maison d'Autriche veut dtruire votre
indpendance, et vous incorporer  ses vastes tats. Vous serez fidles
 la mmoire de vos anctres qui, quelquefois opprims, ne furent jamais
abattus, et conservrent toujours cette indpendance, cette existence
politique qui sont les premiers biens des nations, comme la fidlit 
la maison palatine est le premier de vos devoirs.

En bon alli de votre souverain, j'ai t touch des marques d'amour
que vous lui avez donnes dans cette circonstance importante. Je connais
votre bravoure; je me flatte qu'aprs la premire bataille, je pourrai
dire  votre prince et  mon peuple, que vous tes dignes de combattre
dans les rangs de la grande arme.

NAPOLON.




16 vendmiaire an 14 (8 octobre 1805).

_Deuxime bulletin de la grande arme._

Les vnemens se pressent avec la plus grande rapidit. Le 14, la
deuxime division du corps d'arme du marchal Soult, que commande le
gnral Vandamme, a forc de marche, ne s'est arrte  Nordlingen que
deux heures, est arrive  huit heures du soir  Donawerth, et s'est
empare du pont que dfendait le rgiment de Colloredo. Il y a eu
quelques hommes tus et des prisonniers.

Le 15,  la pointe du jour, le prince Murat est arriv avec ses dragons;
le pont a t  l'heure mme raccommod, et le prince Murat, avec la
division de dragons que commande le gnral Watter, s'est port sur le
Lech, a fait passer le colonel Wattier  la tte de deux cents dragons,
qui, aprs une charge trs-brillante, s'est empar du pont du Lech, et
a culbut l'ennemi, qui tait du double de sa force. Le mme jour, le
prince Murat a couch  Rain.

Le 16, le marchal Soult est parti avec les deux divisions Vandamme et
Legrand, pour se porter sur Augsbourg dans le mme temps que le gnral
Saint-Hilaire, avec sa division, s'y portait par la rive gauche.

Le 17,  la pointe du jour, le prince Murat,  la tte des divisions de
dragons des gnraux Beaumont et Klein, et de la division de carabiniers
et de cuirassiers, commande par le gnral Nansouty, s'est mis en
marche pour couper la route d'Ulm a Augsbourg. Arriv  Wertingen, il
aperut une division considrable d'infanterie ennemie, appuye par
quatre escadrons de cuirassiers d'Albert. Il enveloppe aussitt tout
ce corps. Le marchal Lannes, qui marchait derrire ces divisions de
cavalerie, arrive avec la division Oudinot, et aprs un engagement de
deux heures, drapeaux, canons, bagages, officiers et soldats, toute la
division ennemie est prise. Il y avait douze bataillons de grenadiers
qui venaient en grande hte du Tyrol au secours de l'arme de Bavire.
Ce ne sera que dans la journe de demain qu'on connatra tous les
dtails de cette action vraiment brillante.

Le marchal Soult, avec ses divisions, a manoeuvr toute la journe du
15 et du 16 sur la rive gauche du Danube pour intercepter les dbouchs
d'Ulm et observer le corps d'arme qui parat encore runi dans cette
place.

Le corps du marchal Davoust est arriv seulement le 16  Neubourg.

Le corps du gnral Marmont y est galement arriv.

Le corps du gnral Bernadotte et les Bavarois sont arrivs, le 10, 
Aichstett.

Par les renseignemens qui ont t pris, il parat que douze rgimens
autrichiens ont quitt l'Italie pour renforcer l'arme de Bavire.

La relation officielle de ces marches et de ces vnemens intressera le
public et fera le plus grand honneur  l'arme.





Au quartier-gnral d'Augsbourg, le 18 vendmiaire an 14 (10 octobre
1805).

_Aux prfet et maires de la ville de Paris._

Messieurs les prfets et maires de notre bonne ville de Paris, nos
troupes ayant, au combat de Wertingen, dfait douze bataillons de
grenadiers, l'lite de l'arme autrichienne, toute son artillerie tant
reste en notre pouvoir, ainsi qu'un grand nombre de prisonniers et huit
drapeaux, nous avons rsolu de faire prsent des drapeaux  notre
bonne ville de Paris et de deux pices de canon pour rester 
l'Htel-de-Ville. Nous dsirons que notre bonne ville de Paris voie dans
ce ressouvenir et dans ce cadeau, qui lui sera d'autant plus prcieux
que c'est son gouverneur[82] qui commandait nos troupes au combat de
Wertingen, l'amour que nous lui portons.

Cette lettre n'tant  d'autre fin, nous prions Dieu qu'il vous tienne
en sa sainte et digne garde.

NAPOLON.

[Footnote 82: Le prince Murat.]




Zumershausen, le 18 vendmiaire an 14 (10 octobre 1805).

_Troisime bulletin de la grande arme._

Le marchal Soult a poursuivi la division autrichienne, qui s'est
rfugie  Aicha, l'a chasse, et est entr le 17,  midi, dans
Augsbourg avec les divisions Vandamme, Saint-Hilaire et Legrand.

Le 17 au soir, le marchal Davoust, qui a pass le Danube  Neubourg,
est arriv  Aicha avec ses trois divisions.

Le gnral Marmont, avec les divisions Boudet, Grouchy, et la division
batave du gnral Dumonceau, a pass le Danube et pris position entre
Aicha et Augsbourg.

Enfin, le corps d'arme du marchal Bernadotte, avec l'arme bavaroise
commande par les gnraux Deroi et Verden, a pris position 
Ingolstadt; la garde impriale, commande par le marchal Bessires,
s'est rendue  Augsbourg, ainsi que la division de cuirassiers aux
ordres du gnral d'Hautpout. Le prince Murat, avec les divisions de
dragons de Klein et de Beaumont, et la division de carabiniers et de
cuirassiers du gnral Nansouty, s'est port en toute, diligence au
village de Zumershausen, pour intercepter la route d'Ulm  Augsbourg.

Le marchal Lannes, avec la division de grenadiers d'Oudinot, et la
division Suchet, a pris poste le mme jour au village de Zumershausen.

L'empereur a pass en revue les dragons au village de Zumershausen; il
s'est fait prsenter le nomm Mareute, dragon du quatrime rgiment, un
des plus braves de l'arme, qui, au passage du Lech, avait sauv son
capitaine qui, peu de jours auparavant, l'avait cass de son grade de
sous-officier. S. M. lui a donn l'aigle de la lgion d'honneur. Ce
brave a rpondu: Je n'ai fait que mon devoir; mon capitaine m'avait
cass pour quelques fautes de discipline, mais il sait que j'ai toujours
t bon soldat.

L'empereur a ensuite tmoign aux dragons la satisfaction de la conduite
qu'ils ont tenue au combat de Wertingen. Il s'est fait prsenter un
dragon par rgiment, auquel il a galement donn l'aigle de la lgion
d'honneur.

S. M. a tmoign sa satisfaction aux grenadiers de la division Oudinot.
Il est impossible de voir une troupe plus belle, plus anime du dsir de
se mesurer avec l'ennemi, plus remplie d'honneur et de cet enthousiasme
militaire, qui est le prsage des plus grands succs.

Jusqu' ce qu'on puisse donner une relation dtaille du combat de
Wertingen, il est convenable d'en dire quelques mots dans ce bulletin.

Le colonel Arrighi a charg avec son rgiment de dragons le rgiment
de cuirassiers du duc Albert; la mle a t trs chaude. Le colonel
Arrighi a eu son cheval tu sous lui; son rgiment a redoubl d'audace
pour le sauver. Le colonel Beaumont, du dixime de hussards, anim de
cet esprit vraiment franais, a saisi au milieu des rangs ennemis un
capitaine de cuirassiers, qu'il a pris lui-mme, aprs avoir sabr un
cavalier.

Le colonel Maupetit,  la tte du neuvime de dragons, a charg dans le
village de Wertingen. Bless mortellement, ses derniers paroles ont t:
Que l'empereur soit instruit que le neuvime de dragons a t digne
de sa rputation, et qu'il a charg et vaincu aux cris de _vive
l'empereur._

Cette colonne de grenadiers, l'lite de l'arme ennemie, s'tant forme
en carrs de quatre bataillons, a t enfonce et sabre. Le deuxime
bataillon de dragons a charg dans le bois.

La division Oudinot frmissait de l'loignement qui l'empchait encore
de se mesurer avec l'ennemi; mais  sa vue seule les Autrichiens
acclrent leur retraite, une seule brigade a pu donner.

Tous les canons, tous les drapeaux, presque tous les officiers du corps
ennemi qui a combattu  Wertingen, ont t pris; un grand nombre a t
tu; deux lieutenans-colonels, six majors, soixante officiers, quatre
mille soldats sont rests en notre pouvoir; le reste a t parpill,
et ce qui a pu chapper, a d son salut  un marais qui a arrt une
colonne qui tournait l'ennemi.

Le chef d'escadron Excelmans, aide-de-camp de S. A. S. le prince Murat,
a eu deux chevaux tus.

C'est lui qui a port les drapeaux  l'empereur qui lui a dit: Je sais
qu'on ne peut pas tre plus brave que vous; je vous fais officier de la
lgion d'honneur.

Le marchal Ney de son ct, avec la division Malher, Dupont et Loison,
la division de dragons  pied du gnral Baraguey-d'Hilliers, et la
division Gazan, ont remont le Danube et attaqu l'ennemi sur la
position de Grmberg. Il est cinq heures, le canon se fait entendre.

Il pleut beaucoup, mais cela ne ralentit pas les marches forces de la
grande arme. L'empereur donne l'exemple:  cheval jour et nuit, il
est toujours au milieu des troupes, et partout o sa prsence est
ncessaire. Il a fait hier quatorze lieues  cheval. Il a couch dans
un petit village, sans domestiques et sans aucune espce de bagage.
Cependant l'vque d'Augsbourg avait fait illuminer son palais, et
attendu S. M. une partie de la nuit.




Augsbourg, le 19 vendmiaire an 14 (11 octobre 1805).

_Quatrime bulletin de la grande arme._

Le combat de Wertingen a t suivi,  vingt-quatre heures de distance,
du combat de Gnzbourg. Le marchal Ney a fait marcher son corps
d'arme, la division Loison sur Langeneau, et la division Malher sur
Gnzbourg. L'ennemi, qui a voulu s'opposer  cette marche, a t
repouss partout. C'est en vain que le prince Ferdinand est accouru en
personne pour dfendre Gnzbourg. Le gnral Malher l'a fait attaquer
par le cinquante-neuvime rgiment; le combat est devenu opinitre,
corps  corps. Le colonel Lacue a t tu  la tte de son rgiment,
qui, malgr la plus vigoureuse rsistance, a emport le pont de vive
force; les pices de canon qui le dfendaient ont t enleves, et la
belle position de Gnzbourg est reste en notre pouvoir. Les trois
attaques de l'ennemi sont devenues inutiles; il s'est retir avec
prcipitation; la rserve du prince Murat arrivait  Burgau et coupait
l'ennemi dans la nuit.

Les dtails circonstancis du combat qui ne peuvent tre donns que sous
quelques jours, feront connatre les officiers gui se sont distingus.

L'empereur a pass toute la nuit du 17 au 18, et une partie de la
journe du 18, entre les corps des marchaux Ney et Lannes.

L'activit de l'arme franaise, l'tendue et la complication des
combinaisons qui ont entirement chapp  l'ennemi, le dconcertent au
dernier point.

Les conscrits montrent autant de bravoure et de bonne volont que les
vieux soldats. Quand ils ont une fois t au feu, ils perdent le nom de
conscrits; aussi tous aspirent-ils  l'honneur du titre de soldats. Le
temps continue  tre trs-mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut
encore beaucoup: l'arme cependant est pleine de sant.

L'ennemi a perdu plus de deux mille cinq cents hommes au combat de
Gnzbourg. Nous avons fait douze cents prisonniers et pris six pices
de canon. Nous avons eu quatre cents tus ou blesss. Le gnral-major
d'Aspre est au nombre des prisonniers.

L'empereur est arriv le 18  Augsbourg,  neuf heures du soir; la ville
est occupe depuis deux jours. La communication de l'arme ennemie est
coupe  Augsbourg et Landsberg, et va l'tre  Fuessen. Le prince
Murat, avec les corps des marchaux Ney et Lannes, se met  sa
poursuite. Dix rgimens ont t retirs de l'arme autrichienne d'Italie
et viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont dj t pris.
Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste, s'avancent vers
l'Inn; mais les avantages de notre position sont tels que nous pouvons
faire face  tous.

L'empereur est log  Augsbourg chez l'ancien lecteur de Trves, qui
a trait avec magnificence la suite de S.M. pendant le temps que ses
quipages ont mis a arriver.




Augsbourg, le 20 vendmiaire an 14 (l2 octobre 1805).

_Cinquime bulletin de la grande arme._

Le marchal Soult s'est port avec son corps d'arme  Landsberg, et par
l a coup une des grandes communications de l'ennemi; il y est arriv
le 19,  quatre heures aprs midi, et y a rencontr le rgiment de
cuirassiers du prince Ferdinand, qui, avec six pices de canon, se
rendait  marches forces  Ulm. Le marchal Soult l'a fait charger par
le vingt-sixime rgiment de chasseurs; il s'est trouv dconcert 
un tel point, et le vingt-sixime de chasseurs tait anim d'une telle
ardeur, que les cuirassiers ont pris la fuite dans la charge, et ont
laiss cent vingt soldats prisonniers, un lieutenant-colonel, deux
capitaines et deux pices de canon. Le marchal Soult, qui avait
pens qu'ils continueraient leur retraite sur Memmingen, avait envoy
plusieurs rgimens pour les couper; mais ils s'taient retirs dans les
bois, o ils se sont rallis pour se rfugier dans le Tyrol.

Vingt pices de canon et les quipages de pontons de l'ennemi taient
passs dans la journe du 18 par Landsberg. Le marchal Soult a mis a
leur poursuite le gnral Sbastiani avec une brigade de dragons. On
espre qu'il sera parvenu  les atteindre.

Le 20, le marchal Soult s'est dirig sur Memmingen, o il arrivera le
21  la pointe du jour.

Le marchal Bernadotte a march toute la journe du 19, et a port son
avant-garde jusqu' deux lieues de Munich.

Les bagages de plusieurs gnraux autrichiens sont tombs au pouvoir de
ses troupes lgres. Il a fait une centaine de prisonniers de diffrens
rgimens.

Le marchal Davoust s'est port  Dachau. Son avant-garde est arrive 
Moisach. Les hussards de Blankenstein ont t mis en dsordre par ses
chasseurs; dans diffrens engagemens il a fait une soixantaine d'hommes
 cheval prisonniers.

Le prince Murat, avec la rserve de cavalerie et les corps des marchaux
Ney et Lannes, s'est plac vis  vis de l'arme ennemie, dont la gauche
occupe Ulm et la droite Memmingen.

Le marchal Ney est  cheval sur le Danube, vis  vis Ulm.

Le marchal Lannes est  Weissenhorn.

Le gnral Marmont se met en marche force pour prendre position sur
la hauteur d'Illersheim; et le marchal Soult dborde de Memmingen la
droite de l'ennemi.

La garde impriale est-partie d'Augsbourg pour se rendre  Burgau, o
l'empereur sera probablement cette nuit.

Une affaire dcisive va avoir lieu. L'arme autrichienne a presque
toutes ses communications coupes. Elle se trouve  peu prs dans la
mme position que l'arme de Mlas  Marengo.

L'empereur tait sur le pont de Lech lorsque le corps d'arme du gnral
Marmont a dfil. Il a fait former en cercle chaque rgiment, lui a
parte de la situation de l'ennemi, de l'imminence d'une grande bataille,
de la confiance qu'il avait en eux. Cette harangue avait lieu pendant un
temps affreux; il tombait une neige abondante et la troupe avait de la
boue jusqu'aux genoux et prouvait un froid excessif; mais les paroles
de l'empereur taient de flamme. En l'coutant, le soldat oubliait ses
fatigues et ses privations, et tait impatient de voir arriver l'heure
du combat.

Le marchal Bernadotte est arriv a Munich le 20, a six heures du
matin. Il a fait huit cents prisonniers et s'est mis  la poursuite de
l'ennemi; le prince Ferdinand se trouvait  Munich. Il parat que ce
prince avait abandonn son arme de l'Iller.

Jamais plus d'vnemens ne se dcideront en moins de temps. Avant quinze
jours les destins de la campagne et des armes autrichiennes et russes
seront fixs.




Elchingen, le 23 vendmiaire an 14 (16 octobre 1805).

_Cinquime bulletin_ (Bis) _de la grande arme_.

Aux combats de Wertingen et de Gnzbourg ont succd des faits d'une
aussi haute importance, les combats d'Albeck, d'Elchingen, les prises
d'Ulm et de Memmingen.

Le gnral Soult arriva le 21 devant Memmingen, cerna sur-le-champ la
place; et aprs diffrens pourparlers, le commandant Capitula.

Neuf bataillons, dont deux de grenadiers, faits prisonniers, un
gnral-major, trois colonels, plusieurs officiers suprieurs, dix
pices de canon, beaucoup de bagages et de munitions de toute espce ont
t le rsultat de cette affaire. Tous les prisonniers ont t au mme
moment dirigs sur le quartier-gnral.

Au mme instant le marchal Soult s'est mis en marche pour Ochsenhausen,
pour arriver sur Biberach et tre en mesure de couper la seule retraite
qui restait  l'archiduc Ferdinand.

D'un autre ct, l'ennemi fit le 19 une sortie du ct d'Ulm, et attaqua
la division Dupont, qui occupait la position d'Albeck. Le combat fut
des plus opinitres. Cerns par vingt-cinq mille hommes, ces six mille
braves firent face  tout et firent quinze cents prisonniers. Ces
corps ne devaient s'tonner de rien: c'taient les neuvime lger,
trente-deuxime, soixante-neuvime et soixante-seizime de ligne.

Le 21, l'empereur se porta de sa personne au camp devant Ulm, et ordonna
l'investissement de l'arme ennemie. La premire opration a t de
s'emparer du pont et de la position d'Elchingen.

Le 22,  la pointe du jour, le marchal Ney passa ce pont,  la tte de
la division Loison. L'ennemi lui disputait la position d'Elchingen avec
seize mille hommes; il fut culbut partout, perdit trois mille hommes
faits prisonniers, un gnral-major, et fut poursuivi jusque dans ses
retranchemens.

Le marchal Lannes occupa les petites hauteurs qui dominent la place
au-dessus de Pfol. Les tirailleurs enlevrent la tte du pont d'Ulm;
le dsordre fut extrme dans toute la place. Dans ce moment, le prince
Murat faisait manoeuvrer les divisions Klein et Beaumont, qui partout
mettaient en droute la cavalerie ennemie.

Le 22, le gnral Marmont occupait les ponts de Unterkirchen,
d'Oberkirch,  l'embouchure de l'Iller dans le Danube, et toutes les
communications de l'ennemi sur l'Iller.

Le 23,  la pointe du jour, l'empereur se porta lui-mme devant Ulm. Le
corps du prince Murat et ceux des marchaux Lannes et Ney se placrent
en bataille pour donner l'assaut, et forcer les retranchemens de
l'ennemi.

Le gnral Marmont, avec la division de dragons  pied du gnral
Baraguey-d'Hilliers, bloquait la ville sur la rive droite du Danube.

La journe est affreuse. Le soldat est dans la boue jusqu'aux genoux. Il
y a huit jours que l'empereur ne s'est dbott.

Le prince Ferdinand avait fil la nuit sur Biberach, en laissant douze
bataillons dans la ville et sur les hauteurs d'Ulm, lesquels ont t
tous pris, avec une assez grande quantit de canons.

Le marchal Soult a occup Biberach le 23 au matin.

Le prince Murat se met  la poursuite de l'arme ennemie, qui est dans
un dlabrement effroyable.

D'une arme de quatre-vingt mille hommes il n'en reste que vingt-cinq
mille, et on a lieu d'esprer que ces vingt-cinq mille ne nous
chapperont pas.

Immdiatement aprs son entre  Munich, le marchal Bernadotte a
poursuivi le corps du gnral Kienmayer, lui a pris des quipages et
fait des prisonniers.

Le gnral Kienmayer a vacu le pays et repass l'Inn. Ainsi la
promesse de l'empereur se trouve ralise, et l'ennemi est chass de
toute la Bavire.

Depuis le commencement de la campagne nous avons fait plus de vingt
mille prisonniers, enlev  l'ennemi trente pices de canons et vingt
drapeaux; nous avons, de notre ct, prouv peu de pertes. Si l'on
joint  cela les dserteurs et les morts, on peut calculer que l'arme
autrichienne est dj rduite de moiti.

Tant de dvouement de la part du soldat, tant de preuves touchantes
d'amour qu'il donne  l'empereur et tant de si hauts faits mriteront
des dtails plus circonstancis. Ils seront donns du moment que ces
premires oprations de la campagne seront termines, et que l'on saura
dfinitivement comment les dbris de l'arme autrichienne se tireront de
Biberach, et la position qu'ils prendront.

Au combat d'Elchingen, qui est un des plus beaux faits militaires qu'on
puisse citer, se sont distingus: les dix-huitime rgiment de dragons
et son colonel Lefvre, le colonel du dixime de chasseurs Colbert,
qui a eu un cheval tu sous lui; le colonel Lajonquires du
soixante-seizime, et un grand nombre d'autres officiers.

L'empereur a aujourd'hui son quartier-gnral dans l'abbaye d'Elchingen.




De mon camp imprial d'Elchingen, le 26 vendmiaire an 14 (18 octobre
1805).

_Au snat conservateur_.

Snateurs,

Je vous envoie quarante drapeaux conquis par mon arme dans les combats
qui ont eu lieu depuis celui de Wertingen. C'est un hommage que moi et
mon arme faisons aux sages de l'empire; c'est un prsent que des enfans
font  leurs pres.

Snateurs, voyez-y une preuve de ma satisfaction pour la manire dont
vous m'avez constamment second dans les affaires les plus importantes
de l'empire. Et vous, Franais, faites marcher vos frres; faites qu'ils
accourent combattre  nos cts, afin que, sans effusion de sang, sans
efforts, nous puissions repousser loin de nous toutes les armes que
forme l'or de l'Angleterre, et confondre les auxiliaires des oppresseurs
des mers. Snateurs, il n'y a pas encore un mois que je vous ai dit que
votre empereur et son arme feraient leur devoir. Il me tarde de pouvoir
dire que mon peuple fait le sien. Depuis mon entre en campagne, j'ai
dispers une arme de cent mille hommes: j'en ai fait prs de la moiti
prisonniers; le reste est tu, bless, ou dsert, ou rduit  la plus
grande consternation. Ces succs clatans, je les dois  l'amour de mes
soldats,  leur constance  supporter les fatigues. Je n'ai pas perdu
quinze cents tues ou blesss. Snateurs, le premier objet de la guerre
est dj rempli. L'lecteur de Bavire est rtabli sur son trne. Les
injustes agresseurs ont t frapps comme par la foudre, et avec l'aide
de Dieu, j'espre, dans un court espace de temps, triompher de mes
autres ennemis.

NAPOLON




De mon camp imprial d'Elchingen, le 26 vendmiaire an 14 (18 octobre
1805).

_Aux archevques et vques de l'empire._

M. l'vque du diocse de... Les victoires clatantes que viennent
d'obtenir nos armes contre la ligue injuste qu'ont fomente la haine
et l'or de l'Angleterre, veulent que moi et mon peuple adressions
des remercimens au Dieu des armes, et l'implorions, afin qu'il soit
constamment avec nous. Nous avons dj conquis les tats de notre alli,
et l'avons rtabli dans sa capitale. Veuillez donc, au reu de la
prsente, faire chanter dans les glises de notre empire un _Te Deum_ en
actions de grces, noire intention tant que les diffrentes autorits y
assistent.

Cette lettre n'tant pas  une autre fin, nous prions Dieu qu'il vous
ait, monsieur l'vque, en sa sainte garde.

NAPOLON.




Elchingen, le 26 vendmiaire an 14 (18 octobre 1805).

_Sixime bulletin de la grande arme._

La journe d'Ulm a t une des plus belles journes de l'histoire de
France. La capitulation de la place est ci-jointe, ainsi que l'tat des
rgimens qui y sont enferms. L empereur et pu l'enlever d'assaut;
mais vingt mille hommes, dfendus par des ouvrages et des fosss pleins
d'eau, eussent oppos de la rsistance, et le vif dsir de S.M. tait
d'pargner le sang. Le gnral Mack, gnral en chef de l'arme, tait
dans la ville. C'est la destine des gnraux apposs a l'empereur,
d'tre pris dans des places. On se souvient qu'aprs les belles
manoeuvres de la Brenta, le vieux feld-marchal Wurmser fut fait
prisonnier dans Mantoue, Mlas le fut dans Alexandrie, Mack l'est dans
Ulm.

L'arme autrichienne tait une des plus belles qu'ait eues l'Autriche.
Elle se composait de quatorze rgimens d'infanterie formant l'arme dite
de Bavire, de treize rgimens de l'arme du Tyrol, et de cinq rgimens
venus en poste d'Italie, faisant trente-deux rgimens d'infanterie, et
de quinze rgimens de cavalerie.

L'empereur avait plac l'arme du prince Ferdinand dans la mme
situation o il plaa celle de Mlas. Aprs avoir hsit longtemps,
Mlas prit la noble rsolution de passer sur le corps de l'arme
franaise, ce qui donna lieu  la bataille de Marengo. Mack a pris un
autre parti: Ulm est l'aboutissant d'un grand nombre de routes. Il a
conu le projet de faire chapper ses divisions par chacune de
ces routes, et de les runir en Tyrol et en Bohme. Les divisions
Hohenzollern et Werneck ont dbouch par Memmingen. Mais l'empereur,
ds le 20, accourut d'Augsbourg devant Ulm, dconcerta sur-le-champ les
projets de l'ennemi, et fit enlever le pont et la position d'Elchingen,
ce qui remdia  tout.

Le marchal Souk, aprs avoir pris Memmingen, s'tait mis  la poursuite
des autres colonnes. Enfin, il ne restait plus au prince Ferdinand
d'autre ressource que de se laisser enfermer dans Ulm, ou d'essayer, par
des sentiers, de rejoindre la division de Hohenzollern; ce prince a
pris ce dernier parti; il s'est rendu  Aalen avec quatre escadrons de
cavalerie.

Cependant le prince Murat tait  la poursuite du prince Ferdinand. La
division Werneck a voulu l'arrter  Langeneau; il lui a fait trois
mille prisonniers, dont un officier gnral, et lui a enlev deux
drapeaux. Tandis qu'il manoeuvrait par la droite  Heydenheim, le
marchal Lannes marchait par Aalen et Nordlingen. La marche de la
division ennemie tait embarrasse par cinq cents chariots, et affaiblie
par le combat de Langeneau. A ce combat, le prince Murat a t
trs-satisfait du gnral Klein. Le vingtime de dragons, le neuvime
d'infanterie lgre et les chasseurs de la garde impriale se sont
particulirement distingus. L'aide-de-camp Brunet a montr beaucoup de
bravoure.

Ce combat n'a pas retard la marche du prince Murat. Il s'est port
rapidement sur Neresheim, et le 25,  cinq heures du soir, il est arriv
devant cette position. La division de dragons du gnral Klein a charg
l'ennemi. Deux drapeaux, un officier gnral et mille hommes ont t de
nouveau pris au combat de Neresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses
gnraux n'eurent que le temps de monter  cheval. On a trouv leur
dner servi. Depuis plusieurs jours ils n'ont aucun point pour se
reposer. Il parat que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire
 l'arme franaise qu'en se dguisant, ou en fuyant avec quelques
escadrons, par quelques routes dtournes d'Allemagne.

L'empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel
autrichien tmoignait son tonnement de voir l'empereur des Franais
tremp, couvert de boue, autant et plus fatigu que le dernier tambour
de l'arme. Un de ses aides-de-camp lui ayant expliqu ce que disait
l'officier autrichien, l'empereur lui fit rpondre: Votre matre a
voulu me faire ressouvenir que j'tais un soldat; j'espre que la pompe
et la pourpre impriale ne m'ont pas fait oublier mon premier mtier.

Le spectacle que l'arme offrait dans la journe du 23 tait vraiment
intressant. Depuis deux jours la pluie tombait  seaux. Tout le monde
tait tremp; le soldat n'avait pas eu de distribution. Il tait dans la
boue jusqu'aux genoux; mais la vue de l'empereur lui rendait sa gaiet,
et du moment qu'il apercevait des colonnes entires dans le mme tat,
il faisait retentir le cri de _vive l'empereur!_

On rapporte aussi que l'empereur rpondit aux officiers qui
l'entouraient, et qui admiraient comment, dans le moment le plus
pnible, les soldats oublient toutes leurs privations, et ne se montrent
sensibles qu'au plaisir de le voir: Ils ont raison, c'est pour pargner
leur sang que je leur fais essuyer de si grandes fatigues.

L'empereur, lorsque l'arme occupait les hauteurs qui dominent Ulm, fit
appeler le prince de Lichtenstein, gnral-major, enferm dans cette
place, pour lui faire connatre qu'il dsirait qu'elle capitult, lui
disant que s'il la prenait d'assaut, il serait oblig de faire ce qu'il
avait fait  Jaffa, o la garnison fut passe au fil de l'pe; que
c'tait le triste droit de la guerre; qu'il voulait qu'on lui pargnt
et  la brave nation autrichienne la ncessit d'un acte aussi
effrayant; que la place n'tait pas tenable; qu'elle devait donc se
rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la
facult de retourner en Autriche. Je l'accorde aux officiers et non aux
soldats, a rpondu l'empereur; car qui me garantira qu'on ne les fera
pas servir de nouveau.

Puis aprs avoir hsit un moment, il ajoute: Eh bien, je me fie  la
parole du prince Ferdinand. S'il est dans la place, je veux lui donner
une preuve de mon estime, et je vous accorde ce que vous me demandez,
esprant que la cour de Vienne ne dmentira pas la parole d'un de ses
princes. Sur ce que M. Lichtenstein assura que le prince Ferdinand
n'tait point dans la place. Alors je ne vois pas, dit l'empereur,
qui peut me garantir que les soldats que je vous renverrai ne serviront
pas.

Une brigade de quatre mille hommes occupe l'une des portes de la ville
d'Ulm.

Dans la nuit du 24 au 25 il y a eu un ouragan terrible; le Danube est
tout  fait dbord et a rompu la plus grande, partie de ses ponts; ce
qui nous gne beaucoup pour nos subsistances.

Dans la journe du 23, le marchal Bernadette a pouss ses avant-postes
jusqu' Wasserbourg et Haag sur la chausse de Braunau; il a fait encore
quatre ou cinq cents prisonniers  l'ennemi, lui a enlev un parc de
dix-sept pices d'artillerie de divers calibres; de sorte que, depuis
son entre  Munich, sans perdre un seul homme, le marchal Bernadotte
a pris quinze cents prisonniers, dix-neuf pices de canon, deux cents
chevaux et un grand nombre de bagages. L'empereur a pass le Rhin le 9
vendmiaire, le Danube le 14,  cinq heures du matin, le Lech le mme
jour,  trois heures aprs midi; ses troupes sont entres a Munich le
20, ses avant-postes sont arrivs sur l'Inn le 23. Le mme jour il tait
matre de Memmingen, et le 25 d'Ulm.

Il avait pris  l'ennemi, aux combats de Wertingen, de Gnzbourg,
d'Elchingen, aux journes de Memmingen et d'Ulm, et aux combats
d'Albeck, de Langeneau et de Neresheim, quarante mille hommes, tant
infanterie que cavalerie, plus de quarante drapeaux, et un trs-grand
nombre de pices de canon, de bagages, de voitures; et pour arriver
 ces grands rsultats, il n'avait fallu que des marches et des
manoeuvres.

Dans ces combats partiels, les pertes de l'arme franaise ne se montent
qu' cinq cents morts et  mille blesss. Aussi le soldat dit-il
souvent: L'empereur a trouv une nouvelle mthode de faire la guerre,
il ne se sert que de nos jambes et pas de nos bayonnettes. Les cinq
siximes de l'arme n'ont pas tir un coup de fusil, ce dont ils
s'affligent; mais tous ont beaucoup march, et ils redoublent de
clrit quand ils ont l'espoir d'atteindre l'ennemi.

On peut faire en deux mots l'loge de l'arme: Elle est digne de son
chef.

On doit considrer l'arme autrichienne comme anantie. Les Autrichiens
et les Russes seront obligs de faire beaucoup d'appels, de recrues,
pour rsister  l'arme franaise, qui est venue  bout d'une arme de
cent mille hommes, sans prouver, pour ainsi dire, aucune perte.





Elchingen, le 27 vendmiaire an 14 (19 octobre 1805).

_Septime bulletin de la grande arme_.

Le 26,  cinq heures du matin, le prince Murat est arriv  Nordlingen,
et avait russi  cerner la division Werneck. Ce gnral avait demand
 capituler. La capitulation qui a t accorde n'arrivera que dans
la journe de demain. Les lieutenans-gnraux Werneck, Baillet,
Hohenzollern; les gnraux Vogel, Macklery, Hohenfeld, Weiberg et
Dienesberg sont prisonniers sur parole, avec la rserve de se rendre
chez eux. Les troupes sont prisonnires de guerre et se rendent en
France. Plus de deux mille hommes de cavalerie ont mis pied  terre, et
une brigade de dragons  pied a t monte avec leurs chevaux. On assure
que le parc de rserve de l'arme autrichienne, compos de cinq cents
chariots, a t pris. On suppose que tout le reste de la colonne du
prince Ferdinand doit,  l'heure qu'il est, tre investie, le prince
Murat ayant dbord la droite par Aalen, et le marchal Lannes la gauche
par Nordlingen. On attend le rsultat de ces manoeuvres; il ne reste au
prince Ferdinand que peu de monde.

Aujourd'hui,  deux heures aprs midi, l'empereur a accord une audience
au gnral Mack;  l'issue de cette audience, le gnral Berthier a
sign avec le gnral Mack une addition  la capitulation, qui porte
que la garnison d'Ulm vacuera la place demain 28. Il y a dans Ulm
vingt-sept mille hommes, trois mille chevaux, 18 gnraux, et soixante
ou quatre-vingts pices de canon atteles. La moiti de la garde de
l'empereur tait dj partie pour Augsbourg; mais S.M. a consenti de
rester jusqu' demain pour voir dfiler l'arme autrichienne. Tous les
jours on est de plus en plus dans la certitude que, de cette arme de
cent mille hommes, il n'en sera pas chapp vingt mille; et cet immense
rsultat est obtenu sans effusion de sang. L'empereur n'est pas sorti
aujourd'hui d'Elchingen; les fatigues et la pluie continuelle, que
depuis huit jours il a essuyes, ont exig un peu de repos. Mais le
repos n'est pas compatible avec la direction de cette immense arme.
A toute heure du jour et de la nuit il arrive des officiers avec des
rapports, et il faut que l'empereur donne des ordres. Il parat fort
satisfait du zle et de l'activit du gnral Berthier.

Demain 28,  trois heures aprs midi, vingt-sept mille soldats
autrichiens, soixante pices de canon, dix-huit gnraux, dfileront
devant l'empereur et mettront bas les armes. L'empereur a fait prsent
au snat des drapeaux de la journe d'Ulm. Il y en aura le double de ce
qu'il annonce, c'est--dire quatre-vingts.

Pendant ces cinq jours, le Danube a dbord avec une violence qui tait
sans exemple depuis cent ans. L'abbaye d'Elchingen, dans laquelle est
tabli le quartier-gnral de l'empereur, est situe sur une hauteur
d'o l'on dcouvre tout le pays.

On croit que, demain au soir, l'empereur partira pour Munich. L'arme
russe vient d'arriver sur l'Inn.





Elchingen, le 28 vendmiaire an 14 (10 octobre 1805).

_Huitime bulletin de la grande arme_.

L'empereur a pass aujourd'hui 28, depuis deux heures aprs midi jusqu'
sept heures du soir, sur la hauteur d'Ulm, o l'arme autrichienne a
dfil devant lui. Trente mille hommes, dont deux mille de cavalerie,
soixante pices de canon et quarante drapeaux ont t remis aux
vainqueurs, L'arme franaise occupait les hauteurs. L'empereur, entour
de sa garde, a fait appeler les gnraux autrichiens; il les a tenus
auprs de lui jusqu' ce que les troupes eussent dfil; il les
a traits avec les plus grands gards. Il y avait sept
lieutenans-gnraux, huit gnraux et le gnral en chef Mack. On
donnera dans le bulletin suivant les noms des gnraux et des rgimens.

On peut donc valuer le nombre des prisonniers faits depuis le
commencement de la guerre  soixante mille, le nombre des drapeaux 
quatre-vingts, indpendamment de l'artillerie, et des bagages, etc.
Jamais victoires ne furent plus compltes et ne cotrent moins.

On croit que l'empereur partira dans la nuit pour Augsbourg et Munich,
aprs avoir expdi ses courriers.





Elchingen, le 29 vendmiaire an 14 (21 octobre 1805).

_Neuvime bulletin de la grande arme_.

L'empereur vient de faire la proclamation et de rendre les dcrets
ci-joints.

A midi, S.M. est partie pour Augsbourg. On a enfin le compte exact de
l'arme renferme dans Ulm; elle se monte a trente-trois mille hommes,
ce qui, avec trois mille blesss, porte la garnison prisonnire 
trente-six mille hommes. Il y avait aussi dans la place soixante pices
de canon, avec leur approvisionnement et cinquante drapeaux.

Rien ne fait un contraste plus frappant que l'esprit de l'arme
franaise et celui de l'arme autrichienne. Dans l'arme franaise,
l'hrosme est port au dernier point; dans l'arme autrichienne, le
dcouragement est  son comble. Le soldat est pay avec des cartes, il
ne peut rien envoyer chez lui, et il est trs-maltrait. Le Franais ne
songe qu' la gloire. On pourrait citer un millier de traits comme le
suivant: Brard, soldat du soixante-seizime rgiment, allait avoir la
cuisse ampute; il avait la mort dans l'me. Au moment o le chirurgien
se prparait  faire l'opration, il l'arrte: Je sais que je n'y
survivrai pas, mais n'importe; un homme de moins n'empchera pas le
soixante-seizime de marcher, la baonnette en avant, et sur trois
rangs,  l'ennemi.

L'empereur n'a  se plaindre que de la trop grande imptuosit des
soldats. Ainsi le dix-septime d'infanterie arriv devant Ulm, se
prcipita dans la place; ainsi pendant la capitulation toute l'arme
voulait monter  l'assaut, et l'empereur fut oblig de dclarer
fermement qu'il ne voulait pas d'assaut.

La premire colonne des prisonniers faits dans Ulm part dans ce moment
pour la France.

Voici le nombre de nos prisonniers, du moins de ceux actuellement
connus, et les lieux o ils se trouvent: dix mille  Augsbourg;
trente-trois mille dans Ulm; douze mille  Donawerth, et douze mille qui
sont dj en marche pour la France. L'empereur dit dans sa proclamation
que nous avons fait soixante mille prisonniers. Il est probable qu'il
y en aura davantage. Il porte le nombre des drapeaux pris 
quatre-vingt-dix; il est probable aussi que nous en aurons davantage.

L'empereur a dit aux officiers-gnraux autrichiens qu'il avait appels
prs de lui pendant que l'arme ennemie dfilait: Messieurs, votre
matre me fait une guerre injuste. Je vous le dis franchement, je ne
sais pas pourquoi je me bats; je ne sais ce que l'on veut de moi.

Ce n'est pas dans cette seule arme que consistent mes ressources.
Cela serait-il vrai, mon arme et moi ferions bien du chemin. Mais
j'en appelle aux rapports de vos propres prisonniers qui vont bientt
traverser la France; ils verront quel esprit anime mon peuple, et
avec quel empressement il viendra se ranger sous mes drapeaux. Voil
l'avantage de ma nation et de ma position: avec un mot, deux cent mille
hommes de bonne volont accourront prs de moi, et en six semaines
seront de bons soldats; au lieu que vos recrues ne marcheront que par
force, et ne pourront, qu'aprs plusieurs annes, faire des soldats.

Je donne encore un conseil  mon frre l'empereur d'Allemagne; qu'il
se hte de faire la paix. C'est le moment de se rappeler que tous les
empires ont un terme; l'ide que la fin de la dynastie de Lorraine
serait arrive doit l'effrayer. Je ne veux rien sur le continent, ce
sont des vaisseaux, des colonies, du commerce, que je veux; et cela
vous est avantageux comme a nous. M. Mack a rpondu que l'empereur
d'Allemagne n'aurait pas voulu la guerre, mais qu'il y a t forc par
la Russie. En ce cas, a rpondu l'empereur, vous n'tes donc plus une
puissance.

Du reste, la plupart des officiers gnraux ont tmoign combien cette
guerre leur tait dsagrable, et avec quelle peine, ils voyaient une
arme russe au milieu d'eux.

Ils blmaient cette politique assez aveugle pour attirer au coeur de
l'Europe un peuple accoutum  vivre dans un pays inculte et agreste, et
qui, comme ses anctres, pourrait bien avoir la fantaisie de s'tablir
dans de plus beaux climats.

L'empereur a accueilli avec beaucoup d'affabilit le lieutenant-gnral
Klenau, qu'il avait connu commandant le rgiment Wurmser; les
lieutenans-gnraux Giulay, Gottesheim, Ries; les princes de
Lichtenstein, etc.

Il les a consols de leur malheur, leur a dit que la guerre a ses
chances, et qu'ayant t souvent vainqueurs, ils pouvaient tre
quelquefois vaincus.




Du quartier imprial d'Elchingen, le 29 vendmiaire an 14 (21 octobre
1805).

_Proclamation  l'arme_.

Soldats de la grande arme,

En quinze jours nous avons fait une campagne. Ce que nous nous
proposions est rempli, nous avons chass les troupes de la maison
d'Autriche de la Bavire et rtabli notre alli dans la souverainet de
ses tats. Cette arme qui, avec autant d'ostentation que d'imprudence,
tait venue se placer sur nos frontires, est anantie. Mais qu'importe
 l'Angleterre? son but est rempli. Nous ne sommes plus a Boulogne, et
son subside ne sera ni plus ni moins grand.

De cent mille hommes qui composaient cette arme, soixante mille sont
prisonniers. Ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de nos
campagnes; deux cents pices de canon, tout le parc, quatre-vingt-dix
drapeaux, tous les gnraux sont en notre pouvoir; il ne s'est pas
chapp de cette arme quinze mille hommes. Soldats, je vous avais
annonc une grande bataille; mais, grces aux mauvaises combinaisons
de l'ennemi, j'ai pu obtenir les mmes succs sans courir les mmes
chances; et ce qui est inconcevable dans l'histoire des nations, un si
grand rsultat ne nous affaiblit pas de plus de quinze cents hommes hors
de combat.

Soldats, ce succs est d  votre confiance sans borne dans votre
empereur,  votre patience  supporter les fatigues et les privations de
toute espce, a votre rare intrpidit.

Mais nous ne nous arrterons pas l. Vous tes impatient de commencer
une seconde campagne. Cette arme russe, que l'or de l'Angleterre a
transporte des extrmits de l'univers, nous allons lui faire prouver
le mme sort.

 ce combat est attach plus spcialement l'honneur de l'infanterie;
c'est l que va se dcider, pour la seconde fois, cette question qui
l'a dj t en Suisse et en Hollande: Si l'infanterie franaise est la
seconde ou la premire de l'Europe? Il n'y a pas l de gnraux contre
lesquels je puisse avoir de la gloire  acqurir. Tout mon soin sera
d'obtenir la victoire avec le moins possible d'effusion de sang: mes
soldats sont mes enfans.

NAPOLON.




De mon camp imprial d'Elchingen, le 29 vendmiaire an 14 (21 octobre
1805).

_Dcret._

Napolon, empereur des Franais et roi d'Italie,

Considrant que la grande arme a obtenu par son courage et son
dvouement des rsultats qui ne devaient tre esprs qu'aprs une
campagne,

Et voulant lui donner une preuve de notre satisfaction impriale, nous
avons dcrt et dcrtons ce qui suit: Art. 1er. Le mois de vendmiaire
de l'an 14 sera compt comme une campagne  tous les individus composant
la grande arme.

Ce mois sera port comme tel sur les tats pour l'valuation des
pensions et pour les services militaires.

Nos ministres de la guerre et du trsor public sont chargs de
l'excution du prsent dcret.

NAPOLON.




Augsbourg, le 30 vendmiaire an 14 (28 octobre 1805).

_Dixime bulletin de la grande arme._

Lors de la capitulation du gnral Werneck prs Nordlingen, le prince
Ferdinand, avec un corps de mille chevaux et une portion du parc, avait
pris les devants. Il s'tait jet dans le pays prussien, et s'tait
dirig par Gunzenhausen sur Nuremberg. Le prince Murat le suivit  la
piste et parvint  le dborder; ce qui donna lieu  un combat sur
la route de Furth  Nuremberg, le 29 au soir. Tout le reste du parc
d'artillerie, tous les bagages sans exception ont t pris. Les
chasseurs  cheval de la garde impriale se sont couverts de gloire; ils
ont culbut tout ce qui s'est prsent devant eux; ils ont charg le
rgiment de cuirassiers de Mack. Les deux rgimens de carabiniers ont
soutenu leur rputation.

On est rempli d'tonnement lorsque l'on considre la marche du prince
Murat depuis Albeck jusqu' Nuremberg. Quoique se battant toujours, il
est parvenu  gagner de vitesse l'ennemi, qui avait deux journes de
marche sur lui. Le rsultat de cette prodigieuse activit a t la prise
de quinze cents chariots, de cinquante pices de canon, de seize mille
hommes, y compris la capitulation du gnral Werneck, et d'un grand
nombre de drapeaux. Dix-huit gnraux ont pos les armes; trois ont t
tus.

Les colonels Morland des chasseurs  cheval de la garde impriale,
Cauchois du premier rgiment de carabiniers, Rouvillois du premier
rgiment d'hussards, et les aides-de-camp Flahaut et Lagrange se sont
particulirement distingus. Le colonel Cauchois a t bless.

Le 29 au soir, le prince Murat a couch  Nuremberg, o il a pass la
journe du 30  se reposer.

Au combat d'Elchingen, le 23 vendmiaire, le soixante-neuvime rgiment
de ligne s'est distingu. Aprs avoir forc le pont en colonne serre,
il s'est dploy  porte du feu des Autrichiens avec un ordre et un
sang-froid qui ont rempli l'ennemi de stupeur et d'admiration.

Un bataillon de la garde impriale est entr aujourd'hui  Augsbourg.
Quatre-vingts grenadiers portaient chacun un drapeau. Ce spectacle a
produit sur les habitans d'Augsbourg un tonnement que partagent les
paysans de toutes ces contres.

La division des troupes de Wurtemberg vient d'arriver  Geisslingen.

Les bataillons de chasseurs qui avaient suivi l'arme depuis son passage
 Stuttgard, sont partis pour conduire en France une nouvelle colonne
de dix mille prisonniers. Les troupes de Bade, fortes de trois  quatre
mille hommes, sont en marche pour se rendre  Augsbourg.

L'empereur vient de faire prsent aux Bavarois de vingt mille fusils
autrichiens pour l'arme et les gardes nationales. Il vient aussi
de faire prsent  l'lecteur de Wurtemberg de six pices de canon
autrichiennes.

Pendant qu'a dur la manoeuvre d'Ulm, l'lecteur a craint un moment pour
l'lectrice et sa famille, qui se sont rendues alors  Heidelberg. Il a
dispos ses troupes pour dfendre le coeur de ses tats.

Les Autrichiens sont dtests de toute l'Allemagne, bien convaincue que,
sans la France, l'Autriche les traiterait comme ses pays hrditaires.

On ne se fait pas une ide de la misre de l'arme autrichienne; elle
est paye en billets qui perdent quarante pour cent. Aussi nos soldats
appellent-ils plaisamment les Autrichiens des soldats de papier. Ils
sont sans aucun crdit. La maison d'Autriche ne trouverait nulle part 
emprunter 10,000 fr. Les gnraux eux-mmes n'ont pas vu une pice d'or
depuis plusieurs annes. Les Anglais, du moment qu'ils ont su l'invasion
de la Bavire, ont fait  l'empereur d'Autriche un petit prsent qui ne
l'a pas rendu plus riche; ils se sont engags  lui faire remise des
quarante-huit millions qu'ils lui avaient prts pendant la dernire
guerre. Si c'est un avantage pour la maison d'Autriche, elle l'a dj
pay bien cher.




Munich, le 4 brumaire an 14 (26 octobre 1805).

_Onzime bulletin de la grande arme._

L'empereur est arriv  Munich le 2 brumaire,  neuf heures du soir.
La ville tait illumine avec beaucoup de got; un grand nombre de
personnes avait dcor le devant de leurs maisons d'emblmes qui taient
les expressions de leurs sentimens.

Le 3 au matin, les grands officiers de l'lecteur, les chambellans et
gentilshommes de la cour, les ministres, les gnraux, les conseillers
intimes, le corps diplomatique, accrdit prs son altesse lectorale,
les dputs des tats de Bavire, les magistrats de la ville de Munich,
ont t prsents  S. M., qui les a entretenus fort long-temps des
affaires conomiques de leur pays.

Le prince Murat est arriv  Munich. Il a montr dans son expdition une
prodigieuse activit. Il ne cesse de se louer de la belle charge des
chasseurs de la garde impriale et des carabiniers.

Un trsor de deux cent mille florins est tomb en leur pouvoir, ils ont
pass outre sans en rien toucher, et ont continu  poursuivre l'ennemi.

Le prince Ferdinand s'est trouv au dernier combat, et s'est sauv sur
le cheval d'un lieutenant de cavalerie.

Toute la ville de Nuremberg a t tmoin de la bravoure des Franais.
Un grand nombre de dserteurs et de fuyards des dbris de l'arme
autrichienne remplissent la province de Franconie, o ils commettent
beaucoup de dsordres. Tous les bagages de l'ennemi ont t pris.

Le soir, l'empereur s'est rendu au thtre, o il a t accueilli par
les dmonstrations les plus sincres de joie et de gratitude.

Tout est en mouvement; nos armes ont pass l'Iser et se dirigent sur
l'Inn, o le marchal Bernadotte d'un ct, le gnral Marmont d'un
autre, et le marchal Davoust, seront ce soir.




Munich, le 5 brumaire an 14 (27 octobre 1805).

_Douzime bulletin de la grande arme._

On travaille dans ce moment avec la plus grande activit aux
fortifications d'Ingoistad et d'Augshourg. Des ttes de pont sont
construites  tous les ponts du Lech et des magasins sont tablis sur
les derrires.

S. M. a t extrmement satisfaite du zle et de l'activit du gnral
de brigade Bertrand, son aide-de-camp, qu'elle a employ  des
reconnaissances.

Elle a ordonn la dmolition des fortifications des villes d'Ulm et de
Memmingen. L'lecteur de Bavire est attendu  tout instant. L'empereur
a envoy son aide-de-camp, colonel Lebrun, pour le recevoir et lui
offrir sur sa route des escortes d'honneur.

Un _Te Deum_ a t chant  Augsbourg et  Munich. La proclamation
ci-jointe a t affiche dans toutes les villes de la Bavire. Le peuple
bavarois est plein de bons sentimens. Il court aux armes et forme des
gardes volontaires pour dfendre le pays contre les incursions des
cosaques.

Les gnraux Deroi et de Wrede montrent la plus grande activit; le
dernier a fait beaucoup de prisonniers autrichiens. Il a servi pendant
la guerre passe dans l'arme autrichienne, et il s'y est distingu.

Le gnral Mack ayant travers en poste la Bavire pour retourner 
Vienne, rencontra le gnral de Wrede, aux avant-postes prs de l'Inn.
Ils eurent une longue conversation sur la manire dont les Franais
traitaient l'arme bavaroise.

Nous sommes mieux qu'avec vous, lui dit le gnral de Wrede; nous
n'avons ni morgue ni mauvais traitement  essuyer; et loin d'tre
exposs les premiers aux coups, nous sommes obligs de demander les
postes prilleux, parce que les Franais se les rservent de prfrence.
Chez vous, au contraire, nous tions envoys partout o il y avait de
mauvaises affaires  essuyer.

Un officier d'tat-major vient d'arriver de l'arme d'Italie. La
campagne a commenc, le 26 vendmiaire. Cette arme formera bientt la
droite de la grande arme.

L'empereur a donn hier un concert  toutes les dames de la cour. Il a
fait un accueil trs distingu  madame de Montgelas, femme du premier
ministre de l'lecteur, et distingue d'ailleurs par son mrite
personnel.

Il a tmoign son contentement  M. de Winter, matre de musique de
l'lecteur, sur la bonne composition de ses morceaux, tous pleins de
verve et de talent.

Aujourd'hui dimanche, 5 brumaire, l'empereur a entendu la messe dans la
chapelle du palais.




Haag, le 16 brumaire an 14 (28 octobre 1805).

_Treizime bulletin de la grande arme._

Le corps d'arme du marchal Bernadotte est parti de Munich le 4
brumaire. Il est arriv le 5  Wasserburg sur l'Inn, et est all coucher
 Altenmarck. Six arches du pont taient brles. Le comte Manucci,
colonel de l'arme bavaroise, s'est port de Roth  Rosenheim. Il avait
trouv galement le pont brl et l'ennemi de l'autre ct. Aprs une
vive canonnade, l'ennemi cda la rive droite. Plusieurs bataillons
franais et bavarois passrent l'Inn, et le 6,  midi, l'un et l'autre
pont taient entirement rtablis; les colonels du gnie Moris et Somis
ont mis la plus grande activit  la rparation desdits ponts; l'ennemi
a t vivement poursuivi ds qu'on a pu passer; on a fait  son
arrire-garde cinquante prisonniers.

Le marchal Davoust, avec son corps d'arme, est parti de Freysing, et
s'est trouv le 5  Mulhdorf; l'ennemi a dfendu la rive droite, o il
avait tabli des batteries dsavantageusement situes. Le pont tait
tellement dtruit qu'on a eu de la peine  le rtablir. Le 6,  midi,
une grande partie du corps du marchal Davoust tait passe.

Le prince Murat a fait passer une brigade de cavalerie sur les ponts
de Mulhdorf, a fait rtablir les ponts d'Oeting et de Marckhl et les
a passs avec une partie de sa rserve. L'empereur s'est port de sa
personne  Haag.

Le corps d'arme du marchal Soult est bivouaqu en avant de Haag. Le
corps du gnral Marmont couche ce soir  Wihsbiburg; celui, du marchal
Ney  Landsberg; celui du marchal Lannes sur la route de Landshut 
Braunau. Tous les renseignemens qu'on a sur l'ennemi portent que l'arme
russe marche en retraite.

Il a beaucoup plu toute la journe; tout le pays situ entre l'Iser et
l'Inn n'offre qu'une fort continue de sapins, pays fort ingrat. L'arme
a eu beaucoup  se louer du zle et de l'empressement des habitans de
Munich  lui fournir les subsistances qui lui taient ncessaires.




Braunau, le 18 brumaire an 14 (30 octobre 1805).

_Quatorzime bulletin de la grande arme._

Le marchal Bernadotte est arriv le 8,  dix heures du matin, 
Salzbourg. L'lecteur en tait parti depuis plusieurs jours; un corps de
six mille hommes qui y tait s'tait retir prcipitamment la veille.

Le quartier-gnral imprial tait le 6  Haag, le 7 a Mulhdorf, et le 8
 Braunau.

Le marchal Davoust a employ la journe du 7 a faire rparer
entirement le pont de Mulhdorf. Le premier rgiment de chasseurs a
excut une belle charge sur l'ennemi, lui a tu une vingtaine d'hommes,
et lui a fait plusieurs prisonniers, parmi lesquels s'est trouv un
capitaine de hussards.

Dans la journe du 7, le marchal Lannes est arriv avec la cavalerie
lgre au pont de Braunau. Il tait parti de Landshut; le pont tait
coup. Il a sur-le-champ fait embarquer sur deux bateaux une soixantaine
d'hommes; l'ennemi, qui d'ailleurs tait poursuivi par la rserve du
prince Murat, a abandonn la ville. L'audace des chasseurs du treizime
a prcipit sa retraite.

La msintelligence parmi les Russes et les Autrichiens commence 
s'apercevoir. Les Russes pillent tout. Les officiers les plus instruits
d'entre eux comprennent bien que la guerre qu'ils font est impolitique,
puisqu'ils n'ont rien  gagner contre les Franais, que la nature n'a
pas placs pour tre leurs ennemis.

Braunau, comme il se trouve, peut tre considr comme une des plus
belles et des plus utiles acquisitions de l'arme. Cette place est
entoure d'une enceinte bastionne, avec pont-levis, demi-lune et fosss
pleins d'eau. Il y a de nombreux magasins d'artillerie, et tous en
bon tat; mais ce qui paratra difficile a croire, c'est qu'elle est
parfaitement approvisionne. On y a trouv quarante mille rations
de pain prtes  tre distribues, plus de mille sacs de farine;
l'artillerie de la place consiste en quarante-cinq pices de canon avec
double afft de rechange, en mortiers approvisionns de plus de quarante
mille boulets, et obusiers. Les Russes y ont laiss une centaine de
milliers de poudre, une grande quantit de cartouches, de plomb, un
millier de fusils, et tout l'approvisionnement ncessaire pour soutenir
un grand sige L'empereur a nomm le gnral Lauriston, qui arrive
de Cadix, gouverneur de cette place, o il a tabli le dpt du
quartier-gnral de l'arme.




De mon camp imprial de Braunau, le 8 brumaire an 14 (30 octobre 1805).

Au snat conservateur.

Snateurs, J'ai jug devoir nommer  la place minente de snateur deux
citoyens de Gnes des plus distingus par leur rang, leurs talens, les
services qu'ils m'ont rendus et l'attachement qu'ils m'ont montr dans
toutes les circonstances. Je dsire que le peuple de Gnes voie dans
cette nomination une preuve de l'amour que je lui porte.

NAPOLON.




Braunau, le 9 brumaire an 14 (31 octobre 1805).

Quinzime bulletin de la grande arme.

Plusieurs dserteurs russes sont dj arrivs, entre autres un
sergent-major, natif de Moscou, homme de quelque intelligence. On
s'imagine bien que tout le monde l'a questionn. Il a dit que l'arme
russe tait dans des dispositions bien diffrentes pour les Franais
que dans la dernire guerre; que les prisonniers qui taient revenus
de France s'en taient beaucoup lous; qu'il y en avait six dans sa
compagnie, qui au commencement du dpart de la Pologne, avaient t
envoys plus loin; que si on avait laiss dans les rgimens tous les
hommes revenus de France, il n'y avait pas de doute qu'ils n'eussent
tous dsert; que les Russes taient fchs de se battre pour les
Autrichiens qu'ils n'aiment pas; et qu'ils avaient une haute ide de
la valeur franaise. On lui a demand aussi s'ils aimaient l'empereur
Alexandre; il a rpondu qu'ils taient trop misrables pour lui porter
de l'attachement; que les soldats aimaient mieux l'empereur Paul, mais
la noblesse prfrait l'empereur Alexandre; que les Russes en gnral
taient contens d'tre sortis de chez eux, parce qu'ils vivaient mieux
et taient mieux pays; qu'ils dsiraient tous ne pas retourner en
Russie, et qu'ils prfraient s'tablir dans d'autres climats 
retourner sous la verge d'une aussi rude discipline; qu'ils savaient que
les Autrichiens avaient perdu toutes leurs batailles, et ne faisaient
que pleurer.

Le prince Murat s'est mis  la poursuite de l'ennemi. Il a rencontr
l'arrire-garde des Autrichiens, forte de six mille hommes, sur la route
de Merobach; l'attaquer et la charger n'a t qu'une mme chose pour
sa cavalerie. Cette arrire-garde a t dissmine sur les hauteurs de
Ried. La cavalerie ennemie s'est alors rallie pour protger le passage
d'un dfil; mais le premier rgiment de chasseurs et la division de
dragons du gnral Beaumont l'ont culbute, et se sont jets avec
l'infanterie ennemie dans le dfil. La fusillade a t assez vive, mais
l'obscurit de la nuit a sauv cette division ennemie; une partie s'est
parpille dans le bois, il n'a t fait que cinq cents prisonniers.
L'avant-garde du prince Murat a pris position  Haag. Le colonel
Montbrun, du premier de chasseurs, s'est couvert de gloire. Le
huitime rgiment de dragons a soutenu sa vieille rputation. Un
marchal-de-logis de ce rgiment ayant eu le poignet emport, dit devant
le prince au moment o il passait: Je regrette ma main, parce qu'elle
ne pourra plus servir  notre brave empereur. L'empereur, en apprenant
ce trait, a dit: Je reconnais bien l les sentimens du huitime; qu'on
donne  ce marchal-de-logis une place avantageuse, et selon son tat,
dans le palais de Versailles.

Les habitans de Braunau, selon l'usage, avaient port dans leurs maisons
une grande partie des magasins de la place. Une proclamation a tout fait
rapporter. Il y a  prsent un millier de sacs de farine, une grande
quantit d'avoine, des magasins d'artillerie de toute espce, une
trs-belle manutention, soixante mille rations de pain, dont nous avions
grand besoin; une partie a t distribue au corps du marchal Soult.

Le marchal Bernadette est arriv  Salzbourg; l'ennemi s'est retir sur
la route de Carinthie et de Wels, Un rgiment d'infanterie voulait tenir
au village de Hallein; il a d se retirer sur le village de Colling, o
le marchal esprait que Le gnral Kellerman parviendrait  lui couper
la retraite et  l'enlever.

Les habitans assurent que, dans son inquitude, l'empereur d'Allemagne
s'est port jusqu' Wels, o il avait appris le dsastre de son arme.
Il y avait appris aussi les clameurs de ses peuples de Bohme et de
Hongrie contre les Russes qui pillent et violent d'une manire si
effrne qu'on dsirait l'arrive des Franais pour les dlivrer de ces
singuliers allis.

Le marchal Davoust, avec son corps d'arme, a pris position entre Ried
et Haag. Tous les autres corps d'arme sont en grand mouvement; mais le
temps est affreux; il est tomb un demi-pied de neige, ce qui a rendu
les chemins dtestables.

Le ministre secrtaire-d'tat Maret a joint l'empereur  Braunau.

L'lecteur de Bavire est de retour  Munich; il a t reu avec le plus
grand enthousiasme par le peuple de sa capitale. Plusieurs malles de
Vienne ont t interceptes. Les lettres les plus rcentes taient du
18 octobre. On commenait  y donner des nouvelles de l'affaire de
Wertingen; elles y avaient rpandu la consternation. Les vivres y
taient d'une chert  laquelle on ne pouvait atteindre, la famine
menaait Vienne. Cependant la rcolte a t abondante; mais la
dprciation du papier-monnaie et des assignats qui perdent plus de
quarante pour cent, avaient port tout au plus haut prix. Le sentiment
de la chute du papier-monnaie autrichien tait dans tous les esprits.

Le cultivateur ne voulait plus-changer les denres contre un papier de
nulle valeur. 11 n'est pas un homme en Allemagne qui ne considre les
Anglais comme les auteurs de la guerre, et les empereurs Franois et
Alexandre comme les victimes de leurs intrigues. Il n'est personne qui
ne dise: Il n'y aura pas de paix tant que les oligarques gouverneront
l'Angleterre, et les oligarques gouverneront tant que Georges respirera.
Aussi le rgne du prince de Galles est-il dsir comme le terme de celui
des oligarques qui, dans tous les pays, sont gostes et insensibles au
malheur du monde.

L'empereur Alexandre tait attendu  Vienne; mais il a pris un autre
parti. On assure qu'il s'est rendu  Berlin.

Rieil, le 11 brumaire an 14 (2 novembre 1805).




_Seizime bulletin de la grande arme_.

Le prince Murt a continu sa marche en poursuivant l'ennemi l'pe
dans les reins, et est arriv le 9 en avant de Lambach. Les gnraux
autrichiens voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont
fait avancer huit bataillons russes pour protger leur retraite. Le
dix-septime rgiment d'infanterie de ligne, le premier de chasseurs et
le huitime de dragons chargrent les Russes avec imptuosit, et, aprs
une vive fusillade, les mirent en dsordre et les menrent jusqu'
Lambach, On a fait cinq cents prisonniers, parmi lesquels une centaine
de Russes.

Le 10 au matin, le prince Murt mande que le gnral Walter, avec sa
division de cavalerie, a pris possession de Wels. La division de dragons
du gnral Beaumont et la premire division du corps d'arme du marchal
Davoust, commande par le gnral Bisson, ont pris position  Lambach.
Le pont sur la Traun tait coup; le marchal Davoust y a fait
substituer un pont de bateaux. L'ennemi a voulu dfendre la rive gauche.
Le colonel Valterre, du trentime rgiment, s'est jet un des premiers
dans un bateau et a pass la rivire. Le gnral Bisson, faisant ses
dispositions de passage, a reu une balle dans le bras.

Une autre division du corps du marchal Davoust est en avant de Lambach,
sur le chemin de Steyer. Le reste de son corps d'arme est sur les
hauteurs de Lambach.

Le marchal Soult arrivera ce soir  Wels.

Le marchal Lannes arrivera ce soir  Lintz.

Le gnral Marmont est en marche pour tourner la position de la rivire
de l'Enns.

Le prince Murat se loue du colonel Conroux, commandant du dix-septime
rgiment d'infanterie de ligne. Les troupes ne sauraient montrer, dans
aucune circonstance, plus d'imptuosit et de courage.

Au moment de son arrive  Salzbourg, le marchal Bernadotte avait
dtach le gnral Kellerman  la tte de son avant-garde, pour
poursuivre une colonne ennemie qui se retirait sur le chemin de la
Carinthie. Elle s'est mise  couvert dans le fort de Passling, dans le
dfil de Colling. Quelque forte que ft sa position, les carabiniers du
deuxime d'infanterie lgre l'attaqurent avec imptuosit. Le gnral
Werl fit tourner le fort par le capitaine Campobane, par des chemins
presque impraticables; cinq cents hommes, dont trois officiers, ont t
fait prisonniers. La colonne ennemie, forte de trois mille hommes, a
t parpille dans les sommits. On y a trouv une si grande quantit
d'armes, qu'on espre ramasser encore beaucoup de prisonniers. Le
gnral Kellerman donne des loges  la conduite du chef de bataillon
Barbs-Latour. Le gnral Werle a eu ton habit cribl de balles.

Nos avant-postes mandent de Wels que l'empereur d'Allemagne y est arriv
aujourd'hui, 25 octobre; qu'il y a appris le sort de son arme d'Ulm, et
qu'il s'y est convaincu par ses propres yeux des ravages affreux que les
Russes font partout, et de l'extrme mcontentement de son peuple. On
assure qu'il est retourn  Vienne sans descendre de sa voiture.

La terre est couverte de neige; les pluies ont cess; le froid a pris le
dessus; il est assez vif; ce n'est pas un commencement de novembre, mais
un commencement de janvier. Ce temps plus sec a l'avantage d'tre plus
sain et plus favorable  la marche.




Lambach, le 12 brumaire an 14 (3 novembre 1805).

Dix-septime bulletin de la grande arme.

Aujourd'hui 12, le marchal Davoust a ses avant-postes prs de Steyer.
Le gnral Milhaud, avec la rserve de cavalerie aux ordres du prince
Murt, est entr  Lintz le 10; le marchal Lannes y est arriv le 12
avec son corps d'arme. On a trouv  Lintz des magasins considrables
dont on n'a pas encore l'inventaire, beaucoup de malades dans les
hpitaux, parmi lesquels une centaine de Russes. On a fait des
prisonniers, dont cinquante Russes.

Au combat de Lambach, il s'est trouv deux pices de canon russes parmi
celles qui ont t prises. Un gnral russe et un colonel de hussards
autrichiens ont t tus.

La blessure que le gnral Bisson, commandant la premire division du
corps d'arme du marchal Davoust, a reue au bras, est assez srieuse
pour l'empcher de servir tout le reste de la campagne. Il n'y a
cependant aucun danger. L'empereur a donn au gnral Caffarelli le
commandement de cette division.

Depuis le passage de l'Inn on a fait quinze a dix-huit cents
prisonniers, tant autrichiens que russes, sans y comprendre les malades.

Le corps d'arme du gnral Marinent est parti de Lambach  midi.

L'empereur a tabli son quartier-gnral  Lambach, o l'on croit qu'il
passera toute la nuit du 12.

La saison continue  tre rigoureuse; la terre est couverte de neige, le
temps est trs-froid.

On a trouv a Lambach des magasins de sel pour plusieurs millions. Ou a
trouv dans la caisse plusieurs centaines de milliers de florins.

Les Russes ont tout dvast  Wels,  Lambach et dans tous les villages
environnans. Il y a des villages o ils ont tu huit  dix paysans.

L'agitation et le dsordre sont extrmes  Vienne. On dit que l'empereur
d'Autriche est tabli un couvent des bndictins de Molk. Il parait que
le reste du mois de novembre verra des vnemens majeurs et d'une grande
importance.

M. Lezay, ministre de France  Salzbourg, a eu une audience de
l'empereur au moment o S. M. partait de Brannau. Il n'avait pas cess
jusqu'alors de rsider  Salzbourg.

On n'a pas de nouvelles de M. de la Rochefoucauld; on le croit toujours
a Vienne. Au moment o l'arme autrichienne passa l'Inn, il demanda des
passeports qu'on lui refusa.

Il est arriv aujourd'hui plusieurs dserteurs russes.




Lintz, le 14 brumaire an 14 (5 novembre 1805).

Dix-huitime bulletin de la grande arme.

Le prince Murat ne perd pas l'ennemi de vue; celui-ci avait laiss dans
Ebersberg trois  quatre cents hommes pour retarder le passage de la
Traun; mais les dragons du gnral Walter se jetrent dans des bateaux,
et sous la protection de l'artillerie, attaqurent avec imptuosit la
ville. Le lieutenant Villaudet, du treizime rgiment de dragons, a
pass le premier dans une petite barque.

Le gnral Walter, aprs avoir pass le pont sur la Traun, se porta
sur Enns. La brigade du gnral Milhaud rencontra l'ennemi au village
d'Asten, le culbuta, le poursuivit jusques dans Enns, et lui fit deux
cents prisonniers, dont cinquante hussards russes. Vingt hussards russes
ont t tus. L'arrire-garde des troupes autrichiennes, soutenue par la
cavalerie russe, a t partout culbute; ni l'une ni l'autre n'ont tenu
 aucune charge. Le vingt-deuxime et le seizime de chasseurs et
leurs colonels, Latour-Maubourg et Durosnel, ont montr la plus grande
intrpidit; l'aide-de-camp du prince Murat, Flahaut, a eu une balle
dans le bras.

Dans la journe du 13 nous avons pass l'Enns, et aujourd'hui le prince
Murat est  la poursuite de l'ennemi. Le marchal Davoust est arriv le
12  Steyer; le 13, dans la journe, il s'est empar de la ville et a
fait deux cents prisonniers; l'ennemi paraissait vouloir s'y dfendre.
La division de dragons du gnral Beaumont a soutenu sa rputation;
l'aide-de-camp de ce gnral a t tu. L'un et l'autre des ponts sur
l'Enns sont parfaitement rtablis.

Au combat de Lambach, le colonel autrichien de Graffen et le colonel
russe Kotoffkin ont t tus.

L'empereur d'Autriche, arriv  Lintz, a reu des plaintes de la rgence
sur la mauvaise conduite des Russes, qui ne se sont pas contents de
piller, mais encore ont assomm  coups de bton les paysans; ce qui
avait rendu dserts un grand nombre de villages. L'empereur a paru
trs-afflig de ces excs, et a dit qu'il ne pouvait rpondre des
troupes russes comme des siennes; qu'il fallait souffrir patiemment, ce
qui n'a pas consol les habitans.

On a trouv  Lintz beaucoup de magasins et une grande quantit de draps
et de capottes dans les manufactures impriales.

Le gnral Deroi,  la tte d'un corps de Bavarois, a rencontr 
Lovers l'avant-garde d'une colonne de cinq rgimens autrichiens venant
d'Italie, l'a compltement battue, lui a fait quatre cents prisonniers
et pris trois pices de canon. Les Bavarois se sont battus avec la plus
grande opinitret, et avec une extrme bravoure. Le gnral Deroi
lui-mme a t bless d'un coup de pistolet.

Ces petits combats donnent lieu  un grand nombre de traits de courage
de la part des officiers particuliers. Le major-gnral s'occupe d'une
relation dtaille o chacun aura la part de gloire qu'aura mrite son
courage.

L'Euns peut tre considr comme la dernire ligne qui dfend les
approches de Vienne. On prtend que l'ennemi veut tenir et se retrancher
derrire les hauteurs de Saint-Hyppolite,  dix lieues de Vienne. Notre
avant-garde y sera Demain.




Lintz, le 15 brumaire an 14 (6 novembre 1805).

_Dix-neuvime bulletin de la grande arme._

Le combat de Lovers n t trs-brillant pour les Bavarois. Les
Autrichiens occupaient au-del de Lovers un dfil presque inaccessible,
flanqu  droite et  gauche par des montagnes  pic. Le couronnement
tait couvert de chasseurs tyroliens qui en connaissent tous les
sentiers; trois forts en maonnerie fermant les montagnes, en rendent
l'accs presque impossible. Aprs une vive rsistance, les Bavarois
culbutrent tout, firent six cents prisonniers, prirent deux pices de
canon, et s'emparrent de tous les forts. Mais  l'attaque du dernier,
le lieutenant-gnral Deroi, commandant en chef l'arme bavaroise, fut
bless d'un coup de pistolet. Les Bavarois ont eu douze officiers tus
ou blesss, cinquante soldats tus, et deux cent cinquante blesss. La
conduite du lieutenant-gnral Deroi mrite les plus grands loges.
C'est un vieil officier plein d'honneur, extrmement attach 
l'lecteur dont il est l'ami.

Tous les momens ont t tellement occups que l'empereur n'a pu encore
passer en revue l'arme bavaroise, ni connatre les braves qui la
composent.

Le prince Murat, aprs la prise d'Enns, poursuivit de nouveau l'ennemi;
l'arme russe avait pris position sur les hauteurs d'Amstetten; le
prince Murat l'a attaque avec les grenadiers du gnral Oudinot; le
combat a t assez opinitre. Les Russes ont t dposts de toutes
leurs positions, ont laiss quatre cents morts sur le champ de bataille
et quinze cents prisonniers; le prince Murat se loue particulirement du
gnral Oudinot; son aide-de-camp Lagrange a t bless.

Le marchal Davoust, au passage de l'Enns a Steyer, se loue spcialement
de la conduite du gnral Heudelet, qui commande son avant-garde. Il a
continu sa marche, et s'est port  Wahidoffen.

Toutes les lettres interceptes portent que les meubles de la cour sont
dj embarqus sur le Danube, et qu'ou s'attend  Vienne  la prochaine
arrive des Franais.




Lintz, le 16 brumaire an l4 (7 novembre 1805).

Vingtime bulletin de la grande arme.

Le combat d'Amstetten fait beaucoup d'honneur  la cavalerie, et
particulirement aux neuvime et dixime de hussards et aux grenadiers
de la division du gnral Oudinot.

Les Russes ont depuis acclr leur retraite; ils ont en vain coup les
ponts sur l'Ips, qui ont t promptement rtablis et le prince Murat est
arriv jusqu'auprs de l'abbaye de Molk.

Une reconnaissance s'est porte sur la Bohme, nous avons pris des
magasins trs-considrables, soit  Freystadt, soit  Matthausen.

Le marchal Mortier, avec son corps d'arme, manoeuvre sur la rive
gauche du Danube.

Une dputation du snat vient d'arriver  Lintz, l'lecteur de Bavire y
est attendu dans deux heures.




Lintz, le 17 brumaire an 14 (8 octobre 1805).

L'lecteur de Bavire et le prince lectoral sont arrivs hier soir 
Lintz; le lieutenant-gnral comte de Giulay, envoy par l'empereur
d'Autriche, y est arriv dans la nuit. Il a eu une trs-longue
confrence avec l'empereur; on ignore l'objet de sa mission.

On a fait au combat d'Amstetten dix-huit cents prisonniers, dont sept
cents Russes.

Le prince Murat a tabli son quartier-gnral  l'abbaye de Molk; ses
avant-postes sont sur Saint-Polten (Saint-Hyppolite).

Dans la journe du 17, le gnral Marmont s'est dirig sur Lobeu.
Arriv  Weyer, il a rencontr le rgiment de Giulay, l'a charg et lui
a fait quatre cents prisonniers, dont un colonel et plusieurs officiers.
Il a poursuivi sa route. Toutes les colonnes de l'arme sont en grande
manoeuvre.




Molk, le 19 brumaire an 14 (10 novembre 1805).

Vingt-unime bulletin de la grande arme.

Le 16 brumaire, le corps d'arme du marchal Davoust se dirige de Steyer
sur Nardhoffen, Marienzell et Lilienfeld. Par ce mouvement il dbordait
entirement la gauche de l'arme ennemie, qu'on supposait devoir tenir
sur les hauteurs de Saint-Hyppolite et de Lilienfeld; il se dirigeait
sur Vienne par un grand chemin de roulage qui y conduit directement.

Le 17, l'avant-garde de ce marchal tant encore a plusieurs lieues de
Marienzell, rencontra le corps du gnral Meerfeldt, qui marchait pour
se porter sur Neudstadt et couvrir Vienne de ce ct. Le gnral de
brigade Heudelet, commandant l'avant-garde du marchal Davoust, attaqua
l'ennemi avec la plus grande vigueur, le mit eu droute et le poursuivit
l'espace de cinq lieues.

Le rsultat de ce combat, de Marienzell a t la prise de trois
drapeaux, de seize pices de canon et de quatre mille prisonniers, parmi
lesquels se trouvent les colonels des rgimens Joseph de Colloredo et de
Deutschmeister, et cinq majors.

Le treizime rgiment d'infanterie, lgre et le cent huitime de ligne
se sont parfaitement comports.

Le 18 au matin, le prince Murat est arriv  Saint-Hyppolite. Il a
dirig le gnral de brigade de dragons Sebastiani sur Vienne. Toute la
cour et les grands sont partis de cette capitale. On avait dj annonc
aux avant-postes que l'empereur se prparait a quitter Vienne.

L'arme russe a effectu sa retraite  Krems en repassant le Danube,
craignant sans doute de voir ses communications avec la Moravie coupes
par le mouvement qu'a fait le marchal Mortier sur la rive gauche du
Danube.

Le gnral Marmont doit avoir dpass Loben.

L'abbaye de Molk, o est log l'empereur, est une des plus belles de
l'Europe. Il n'y a en France, ni en Italie, aucun couvent ni abbaye
qu'on puisse lui comparer. Elle est dans une position forte et domine le
Danube; c'tait un des principaux postes des Romains, qui s'appelait _la
maison de fer_, btie par l'empereur Commode.

Les caves et les celliers se sont trouvs remplis de trs-bon vin de
Hongrie; ce qui a t d'un trs-grand secours a l'arme, qui depuis
long-temps en manquait; mais nous voil dans le pays du vin, il y en a
beaucoup dans les environs de Vienne.

L'empereur a ordonn qu'on mt une sauve-garde particulire au chteau
de Lustchloss, petite maison de campagne de l'empereur d'Autriche qui se
trouve sur la rive gauche du Danube.

Les avenues de Vienne de ce ct ne ressemblent pas aux avenues des
grandes capitales. De Lintz  Vienne, il n'y a qu'une seule chausse; un
grand nombre de rivires telles que l'Ips, l'Eslaph, la Molk, la Trasen,
n'ont que de mauvais ponts en bois. Le pays est couvert de forts de
sapins;  chaque pas des positions inexpugnables o l'ennemi a en vain
essay de tenir. Il a toujours eu  craindre de se voir dborder et
entourer par les colonnes qui manoeuvraient au-del de ses flancs.

Depuis l'Inn jusqu'ici le Danube est superbe; ses points de vue sont
pittoresques; sa navigation, en descendant, rapide et facile.

Toutes les lettres interceptes ne parlent que de l'effroyable chaos
dont Vienne offre le spectacle. La guerre a t entreprise parle cabinet
autrichien contre l'avis de tous les princes de la famille impriale.
Mais Colloredo, men par sa femme, qui, Franaise, porte  sa patrie la
haine la plus envenime; Cobentzel, accoutum  trembler au seul nom
d'un Russe, dans la persuasion o il est que tout doit flchir devant
eux, et chez qui, d'ailleurs, il est possible que les agens de
l'Angleterre aient trouv moyen de s'introduire; enfin ce misrable
Mack, qui avait dj jou un si grand rle pour le renouvellement de
la seconde coalition: voil les influences qui ont t plus fortes que
celles de tous les hommes sages et de tous les membres de la famille
impriale.

Il n'est pas jusqu'au dernier bourgeois, au dernier officier subalterne,
qui ne sente que cette guerre n'est avantageuse que pour les Anglais;
que l'on ne s'est battu que pour eux; qu'ils sont les artisans du
malheur de l'Europe, comme par leur monopole ils sont les auteurs de la
chert excessive des denres.




Saint-Polten, le 22 brumaire an 14 (13 novembre 1805).

Vingt-deuxime bulletin de la grande arme.

Le marchal Davoust a poursuivi ses succs. Tout le corps de Meerfeld
est dtruit. Ce gnral s'est sauv avec une centaine de hulans.

Le gnral Marmont est  Loben; il a fait cent hommes de cavalerie,
prisonniers.

Le prince Murat tait depuis trois jours  une demi-lieue de Vienne.
Toutes les troupes autrichiennes avaient vacu cette ville. La garde
nationale y faisait le service; elle tait anime d'un trs-bon esprit.

Aujourd'hui, 22 brumaire, les troupes franaises ont fait leur entre
dans cette capitale.

Les Russes se sont refuss  toutes les tentatives que l'on a faites
pour les engager  livrer bataille sur les hauteurs, de Saint-Pollen
(Saint-Hyppolite). Ils ont pass le Danube  Krems, et aussitt aprs
leur passage brle pont, qui tait trs-beau.

Le 20,  la pointe du jour, le marchal Mortier,  la tte de
six bataillons, s'est port sur Stein. Il croyait y trouver une
arrire-garde; mais toute l'arme russe y tait encore, ses bagages
n'ayant pas fil; alors s'est engag le combat de Diernstein,  jamais
mmorable dans les annales militaires; Depuis six heures d matin
jusqu' quatre heures de l'aprs-midi, ces quatre mille braves tinrent
tte  l'arme russe, et mirent en droute tout ce qui leur fut oppos.

Matres du village de Leiben, ils croyaient la journe finie; mais
l'ennemi irrit d'avoir perdu dix drapeaux, six pices de canon, neuf
cents hommes faits prisonniers et deux mille hommes tus, avait fait
diriger deux colonnes par des gorges difficiles pour tourner les
Franais. Aussitt que le marchal Mortier s'aperut de cette manoeuvre,
il marcha droit aux troupes qui l'avaient tourn, et se fit jour au
travers des lignes de l'ennemi, dans l'instant mme o le neuvime
rgiment d'infanterie lgre et le trente-deuxime rgiment d'infanterie
de ligne, ayant charg un corps russe, avaient mis ce corps en droute
aprs lui avoir pris deux drapeaux et quatre cents hommes.

Cette journe a t une journe de massacre. Des monceaux de cadavres
couvraient un champ de bataille troit; plus de quatre mille Russes ont
t tus ou blesss; treize cents ont t faits prisonniers. Parmi ces
derniers se trouvent deux colonels.

De notre ct, la perte a t peu considrable; le quatrime et le
neuvime d'infanterie lgre ont le plus souffert. Les colonels du
centime et du cent-troisime ont t lgrement blesss; le colonel
Wattier, du quatrime rgiment de dragons, a t tu. S. M. l'avait
choisi pour un de ses cuyers: c'tait un officier d'une grande valeur.
Malgr les difficults du terrain, il tait parvenu  faire, contre une
colonne russe, une charge trs-brillante, mais il fut atteint d'une
balle, et trouva la mort dans la mle.

Il parat que les Russes se retirent  grandes journes. L'empereur
d'Allemagne, l'impratrice, le ministre et la cour sont  Brnn en
Moravie. Tous les grands ont quitt Vienne; toute la bourgeoisie y est
reste. On attend  Brnn l'empereur Alexandre,  son retour de Berlin.

Le gnral comte de Giulay a fait plusieurs voyages, portant des lettres
de l'empereur de France et d'Allemagne. L'empereur d'Allemagne se
rsoudra sans doute  la paix lorsqu'il aura obtenu l'assentiment de
l'empereur de Russie.

En attendant, le mcontentement des peuples est extrme. On dit 
Vienne, et dans toutes les provinces de la monarchie autrichienne, que
l'on est mal gouvern; que, pour le seul intrt de l'Angleterre, on a
t entran dans une guerre injuste et dsastreuse; que l'on a inond
l'Allemagne de barbares mille fois plus  craindre que tous les flaux
runis; que les finances sont dans le plus grand dsordre; que la
fortune publique et les fortunes particulires sont ruines par
l'existence d'un papier-monnaie qui perd cinquante pour cent; qu'on
avait assez de maux  rparer, pour qu'on ne dt pas y ajouter encore
tous les malheur de la gurre.

Les Hongrois se plaignent d'un gouvernement illibral qui ne fait
rien pour leur industrie, et se montre constamment jaloux de leurs
privilges, et inquiet de leur esprit national.

En Hongrie, comme en Autriche,  Vienne comme dans les autres villes, on
est persuad que l'empereur Napolon a voulu la paix; qu'il est l'ami de
toutes les nations, et de toutes les grandes ides.

Les Anglais sont les perptuels objets des imprcations de tous les
sujets de l'empereur d'Allemagne et de la haine la plus universelle.
N'est-il pas temps enfin que les princes entendent la voix de leurs
peuples, et qu'ils s'arrachent  la fatale influence de l'olygarchie
anglaise.

Depuis le passage de l'Inn, la grande arme a fait, dans diffrentes
affaires d'avant-garde, et dans les diffrentes rencontres qui ont eu
lieu, environ dix mille prisonniers.

Si l'arme russe, avait voulu attendre les Franais, elle tait perdue.
Plusieurs corps d'arme la poursuivent vivement.




Du chteau de Schoenbrnn, le 23 brumaire an 14 (14 novembre 1805).

_Vingt-troisime bulletin de la grande arme._

Au combat de Diernstein, o quatre mille Franais attaqus dans la
journe du 11 par vingt-cinq  trente mille Russes, ont gard leurs
positions, tu  l'ennemi trois  quatre mille hommes, enlev des
drapeaux et fait treize cents prisonniers, les quatrime et neuvime
rgimens d'infanterie lgre et les centime et trente-deuxime regimens
d'infanterie de ligne se sont couverts de gloire. Le gnral Gazan, y a
montr beaucoup de valeur et de conduite; les Russes, le lendemain du
combat, ont vacu Krems et quitt le Danube, en nous laissant quinze
cents de leurs prisonniers dans le plus absolu dnuement. On a trouv
dans leur ambulance beaucoup d'hommes qui avaient t blesss et qui
taient morts dans la nuit.

L'intention des Russes paraissait tre d'attendre des renforts  Krems,
et de se maintenir sur le Danube.

Le combat de Diernstein a dconcert leurs projets; ils ont vu par ce
qu'avaient fait quatre mille Franais, ce qui leur arriverait  forces
gales.

Le marchal Mortier s'est mis  leur poursuite, pendant que d'autres
corps d'arme passent le Danube sur le pont de Vienne, pour les dborder
par la droite; le corps du marchal Bernadotte est en marche pour les
dborder par la gauche.

Hier 22,  dix heures du matin,, le prince Murat traversa Vienne. A la
pointe du jour, une colonne de cavalerie s'est porte sur le pont
du Danube et a pass, aprs diffrens pourparlers avec des gnraux
autrichiens. Les artificiers ennemis chargs de brler le pont,
l'essayrent plusieurs fois, mais ne purent y russir.

Le marchal Lannes et le gnral Bertrand, aides-de-camp de l'empereur,
ont pass le pont les premiers. Les troupes ne se sont point arrtes
dans Vienne, et ont continu leur marche pour suivre leur direction.

Le prince Murat a tabli son quartier-gnral dans la maison du duc
Albert: le duc Albert a fait beaucoup de bien  la ville; plusieurs
quartiers manquaient d'eau, il en a fait venir  ses frais, et a dpens
des sommes notables pour cet objet.

Ci-joint l'tat de l'artillerie et des munitions trouves dans Vienne;
la maison d'Autriche n'a pas d'autre fonderie ni d'autre arsenal que
Vienne. Les Autrichiens n'ont pas eu le temps d'vacuer au-del du
cinquime ou du quart de leur artillerie et d'un matriel considrable.
Nous avons des munitions pour faire quatre campagnes et renouveler
quatre fois nos quipages d'artillerie, si nous les perdions. Nous avons
aussi des approvisionnemens de sige pour armer un grand nombre de
places.

L'empereur s'est tabli au palais de Schoenbrnn. Il s'est rendu
aujourd'hui  Vienne,  deux heures du matin; il a pass le reste de la
nuit  visiter les avant-postes sur la rive gauche du Danube, ainsi que
les positions, et s'assurer si le service se faisait convenablement. Il
tait rentr  Schoenbrnn  la petite pointe du jour.

Le temps est devenu trs-beau; la journe est une des plus belles de
l'hiver, quoique froide. Le commerce et toutes les transactions vont 
Vienne comme  l'ordinaire; les habitans sont pleins de confiance et
trs-tranquilles chez eux. La population de cette ville est de deux
cent-cinquante mille mes. On ne l'estime pas diminue de dix mille
personnes par l'absence de la cour et des grands seigneurs.

L'empereur a reu  midi M. de Wrbna, qui se trouve  la tte de
l'administration de toute l'Autriche.

Le corps d'arme du marchal Soult a travers Vienne aujourd'hui,  neuf
heures du matin. Celui du marchal Davoust la traverse en ce moment.

Le gnral Marmont a eu  Loben diffrens petits avantages
d'avant-postes.

L'arme bavaroise reoit tous les jours un grand accroissement.

L'empereur vient de faire  l'lecteur de nouveaux prsens; il lui a
donn quinze mille fusils pris dans l'arsenal de Vienne, et lui a
fait rendre toute l'artillerie que, dans diffrentes circonstances,
l'Autriche avait pris dans les tats de Bavire.

La ville de Kuffstein a capitul entre les mains du colonel Pompe.

Le gnral Milhaud a pouss l'ennemi sur la route de Brnn jusqu'
Volkersdorff. Aujourd'hui,  midi, il avait fait six cents prisonniers
et pris un parc de quarante pices de canon atteles.

Le marchal Lannes est arriv  deux heures aprs midi  Stokerau; il y
a trouv un magasin immense d'habillemens, huit mille paires de souliers
et de bottines, et du drap pour faire des capottes  toute l'arme.

On a aussi arrt sur le Danube plusieurs bateaux qui descendaient
ce fleuve, et qui taient chargs d'artillerie, de cuir et d'effets
d'habillemens.

(_Suit le relev de l'inventaire gnral des bouches  feu et armes
existantes en ce moment  Vienne, au grand arsenal_.)




Au quartier imprial de Vienne, le 23 brumaire an 14 (14 novembre 1805).

_Ordre du jour._

L'empereur tmoigne sa satisfaction au quatrime rgiment d'infanterie
lgre, au trente-deuxime de ligne, pour l'intrpidit qu'ils ont
montre au combat de Diernstein, o leur fermet  conserver la position
qu'ils occupaient a forc l'ennemi  quitter celle qu'il avait sur le
Danube.

S.M. tmoigne sa satisfaction au dix-septime rgiment de ligne et au
trentime, qui, au combat de Lambach, ont tenu tte  l'arrire-garde
russe, l'ont entame, et lui ont fait quatre cents prisonniers.

L'empereur tmoigne galement sa satisfaction aux grenadiers d'Oudinot,
qui, au combat d'Amstetten, ont repouss de ces belles et formidables
positions les corps russes et autrichiens, et ont fait quinze cents
prisonniers, dont six cents Russes.

S.M. est satisfaite des premier, seizime et vingt-deuxime rgimens de
chasseurs; neuvime et dixime rgimens de hussards, pour leur bonne
conduite dans toutes les charges qui ont eu lieu depuis l'Inn, jusqu'aux
portes de Vienne, et pour les huit cents prisonniers russes faits 
Stein.

Le prince Murat, le marchal Lannes, la rserve de cavalerie avec leurs
corps d'arme sont entrs  Vienne le 22, se sont empars le mme jour
du pont sur le Danube, ont empch qu'il ne ft brl, l'ont pass
sur-le-champ, et se sont mis  la poursuite de l'arme russe.

Nous avons trouv dans Vienne plus de deux mille pices de canon; une
salle d'armes garnie de cent mille fusils; des munitions de toutes
espces; enfin, de quoi former tout l'quipage de trois ou quatre
armes.

Le peuple de Vienne a paru voir l'arme avec amiti.

L'empereur ordonne qu'on porte le plus grand respect aux proprits, et
que l'on ait les plus grands gards pour le peuple de cette capitale,
qui a vu avec peine la guerre injuste que l'on a faite, et qui nous
tmoigne, par sa conduite, autant d'amiti qu'il montre de haine pour
les Russes, peuple qui, par ses habitudes et ses moeurs barbares, doit
inspirer les mmes sentimens  toutes les nations polices.

NAPOLON.




Au palais de Schoenbrnn, le 24 brumaire an 14 (15 novembre 1805).

Vingt-quatrime bulletin de la grande arme.

Au combat de Diernstein, le gnral-major autrichien Smith, qui
dirigeait les mouvemens des Russes, a t tu, ainsi que deux gnraux
russes. Il parat que le colonel Wattier n'est pas mort; mais que son
cheval ayant t bless dans une charge, il a t fait prisonnier. Cette
nouvelle a caus la plus vive satisfaction  l'empereur, qui fait un cas
particulier de cet officier.

Une colonne de quatre mille hommes d'infanterie autrichienne et un
rgiment de cuirassiers ont travers nos postes, qui les ont laiss
passer sur un faux bruit de suspension d'armes qui avait t rpandu
dans notre arme. On reconnat  cette extrme facilit le caractre
du Franais, qui, brave dans la mle, est d'une gnrosit souvent
irrflchie hors de l'action.

Le gnral Milhaud, commandant l'avant-garde du corps du marchal
Davoust, a pris cent quatre-vingt-onze pices de canon, avec tous les
caissons d'approvisionnemens. Ainsi, la presque totalit de l'artillerie
de la monarchie autrichienne est en notre pouvoir.

Le palais de Schoenbrnn, dans lequel l'empereur est log, a t bti
par Marie-Thrse, dont le portrait se trouve dans, presque tous les
appartemens.

Dans le cabinet o travaille l'empereur, est une statue de marbr qui
reprsente cette souveraine. L'empereur, en la voyant, a dit que si
cette grande reine vivait encore, elle ne se laisserait point conduire
par les intrigues d'une femme telle que madame Colloredo. Constamment
environne, comme elle le fut toujours, des grands de son pays, elle
aurait connu la volont de son peuple; elle n'aurait pas fait ravager
son pays par les Cosaques et les Moscovites; elle n'aurait pas consult,
pour se rsoudre  faire la guerre  la France, un courtisan comme ce
Cobetilzel, qui, trop clair sur les intrigues de la cour, craint de
dsobir  une femme trangre, investie du funeste crdit dont
elle abuse; un scribe comme ce Collembach; un homme enfin aussi
universellement ha que Lamberty. Elle n'aurait pas donn le
commandement de son arme  des hommes tels que Mack, dsign non par
la volont du souverain, non par la confiance de la nation, mais par
l'Angleterre et la Russie. C'est en effet une chose remarquable que
cette unanimit d'opinions dans nue nation toute entire contre les
dterminations de la cour; les citoyens de toutes les classes, tous les
hommes clairs, tous les princes mme se sont opposs  la guerre. On
dit que le prince Charles, au moment de partir pour l'arme d'Italie,
crivit encore  l'empereur pour lui reprsenter l'imprudence de sa
rsolution, et lui prdire la destruction de la monarchie. L'lecteur de
Saltzbourg, les archiducs, les grands, tinrent le mme langage. Tout le
continent doit s'affliger de ce que l'empereur d'Allemagne, qui veut
le bien, qui voit mieux que ses ministres, et qui, sous beaucoup de
rapports, serait un grand prince, ait une telle dfiance de lui-mme et
vive si constamment isol. Il apprendrait des grands de l'empire, qui
l'estiment, a s'apprcier lui-mme; mais aucun d'eux, aucun des hommes
considrables qui jugent et chrissent les intrts de la patrie,
n'approchent jamais de son intrieur. Cet isolement, dont on accuse
l'influence de l'impratrice, est la cause de la haine que la nation a
conue contre cette princesse. Tant que cet ordre de choses existera,
l'empereur ne connatra jamais le voeu de son peuple, et sera toujours
le jouet des subalternes que l'Angleterre corrompt, et qui le
circonviennent de peur qu'il ne soit clair. Il n'y a qu'une voix 
Vienne, comme  Paris: les malheurs du continent sont le funeste ouvrage
des Anglais.

Toutes les colonnes de l'arme sont en grande marche et se trouvent dj
en Moravie, et  plusieurs journes au-del du Danube. Une patrouille de
cavalerie est dj parvenue jusqu'aux portes de Presbourg, capitale de
la Haute-Hongrie; elle a intercept le courrier de Venise au moment o
il cherchait  entrer dans cette ville. Les dpches de ce courrier
portent que l'arme du prince Charles se retire en grande hte, dans
l'espoir d'arriver  temps pour secourir Vienne.

Le gnral Marmont mande que le corps qui s'tait avanc jusqu'
Oedembourg, par la valle de la Muerh, a vacu cette contre aprs
avoir coup tous les ponts, prcaution qui l'a mis  l'abri d'une vive
poursuite.

Le nombre des prisonniers que fait l'arme s'accrot  chaque instant.

S. M. a donn audience aujourd'hui  M. le gnral-major batave Bruce,
beau-frre du grand pensionnaire, venu pour fliciter l'empereur de la
part de LL. HH. PP. les tats de Hollande.

L'empereur n'a encore reu aucune des autorits de Vienne; mais
seulement une dputation des diffrens corps de la ville, qui, le jour
de son arrive, est venue  sa rencontre  Sigarts-Kirschen. Elle tait
compose du prince de Sinzendorf, du prlat de Seidenstetten, du comte
de Weterani, du baron de Kess, du bourgmestre de la ville, M. Wohebben,
et du gnral Bourgeois, du corps du gnie.

S. M. les a accueillis avec beaucoup de bont, et leur a dit qu'ils
pouvaient assurer le peuple de Vienne de sa protection.

Le gnral de division Clarke est nomm gouverneur-gnral de la haute
et de la basse Autriche.

Le conseiller d'tat Daru en est nomm intendant-gnral.




Schoenbrnn, le 25 brumaire an 14 (16 novembre 1805).

_Vingt-cinquime bulletin de la grande arme._

Le prince Murat et le corps du marchal Lannes ont rencontr hier
l'arme russe  Hollabrnn. Une charge de cavalerie a eu lieu; mais
l'ennemi a aussitt abandonn le terrain, en laissant cent voitures
d'quipage atteles.

L'ennemi ayant t joint et les dispositions d'attaque tant faites, un
parlementaire autrichien s'est avanc, et a demand qu'il ft permis aux
troupes de l'empereur d'Allemagne de se sparer des Russes; sa demande
lui a t accorde.

Peu de temps aprs, M. le baron de Wintzingerode, aide-de-camp
gnral de S. M. l'empereur de toutes les Russies, s'est prsent aux
avant-postes et a demand  capituler pour l'arme russe. Le prince
Murat a cru devoir y consentir; mais l'empereur n'a pas pu approuver
cette capitulation. Il part au moment mme pour se rendre aux
avant-postes.

L'empereur n'a pas pu donner son approbation, parce que cette
capitulation est une espce de trait, et que M. de Wintzingerode n'a
pas justifi des pouvoirs de l'empereur de Russie. Cependant S. M., tout
en faisant marcher son arme, a dclar que l'empereur Alexandre se
trouvant dans le voisinage, si ce prince ratifie la convention, elle est
prte  la ratifier galement.

Le gnral Vialannes, commandant la cavalerie du marchal Davoust, est
entr a Presbourg. M. le gnral comte de Palffy a crit une lettre 
laquelle le marchal Davoust a rpondu.

Un corps de trois mille Autrichiens s'tait retranch dans la
position de Waldermnchen, au dbouch de la Bohme. Le gnral
Baraguay-d'Hilliers,  la tte de trois bataillons de dragons  pied, a
march contre ce corps, qui s'est ht d'abandonner sa position.

Le gnral Baraguay-d'Hilliers tait le 18  Treinitz en Bohme; il
esprait entamer ce corps.

Le marchal Ney avait eu la mission de s'emparer du Tyrol: il s'en est
acquitt avec son intelligence et son intrpidit accoutumes. Il a fait
tourner les forts de Scharnitz et de Neustark, et s'en est empar de
vive force. Il a pris dans cette affaire dix-huit cents hommes, un
drapeau et seize pices de canon de campagne atteles.

Le 16,  cinq heures aprs-midi, il a fait son entre  Inspruck; il y
a trouv un arsenal rempli d'une artillerie considrable, seize mille
fusils et une immense quantit de poudre. Le mme jour, il est entr 
Hall, o il a aussi pris de trs-grands et trs-riches magasins, dont on
n'a pas encore l'inventaire. L'archiduc Jean, qui commandait en Tyrol,
s'est chapp par Luchsthall. Il a charg un colonel de remettre tous
les magasins aux Franais, et de recommander  leur gnrosit douze
cents malades qui sont  Inspruck.

A tous ces trophes de gloire, est venue se joindre une scne qui
a touch l'me de tous les soldats. Pendant la guerre dernire, le
soixante-seizime rgiment de ligne avait perdu deux drapeaux dans les
Grisons; cette perte tait depuis long-temps pour ce corps le motif
d'une affliction profonde. Ces braves savaient que l'Europe n'avait
point oubli leur malheur, quoiqu'on ne pt en accuser leur courage. Ces
drapeaux, sujets d'un si noble regret, se sont trouvs dans l'arsenal
d'Inspruck, un officier les a reconnus; tous les soldats sont accourus
aussitt. Lorsque le marchal Ney les leur a fait rendre avec pompe,
des larmes coulaient des yeux de tous les vieux soldats. Les jeunes
conscrits taient fiers d'avoir servi  reprendre ces enseignes enleves
 leurs ans par les vicissitudes de la guerre. L'empereur a ordonn
que cette scne touchante soit consacre par un tableau. Le soldat
franais a pour ses drapeaux un sentiment qui tient de la tendresse.
Ils sont l'objet de son culte, comme un prsent reu des mains d'une
matresse.

Le gnral Klein a fait une incursion en Bohme avec sa division de
dragons. Il a vu partout les Russes en horreur: les dvastations qu'ils
commettent font frmir. L'irruption de ces barbares appels par le
gouvernement lui-mme, a presque teint dans le coeur des sujets de
l'Autriche toute affection pour leur prince. Nous et les Franais,
disent les Allemands, nous sommes les fils des Romains; les Russes sont
les enfans des Tartares. Nous aimons mieux mille fois voir les Franais
arms contre nous, que des allis tels que les Russes. A Vienne, le
seul nom d'un Russe inspirait la terreur. Ces hordes de sauvages ne
se contentent pas de piller pour leur subsistance; ils enlvent, ils
dtruisent tout. Un malheureux paysan qui ne possde dans sa chaumire
que ses vtemens, en est dpouill par eux. Un homme riche qui occupe
un palais, ne peut esprer de les assouvir par ses richesses: ils le
dpouillent et le laissent nu sous ses lambris dvasts.

Sans doute, c'est pour la dernire fois que les gouvernemens europens
appelleront de si funestes secours. S'ils taient capables de le vouloir
encore, ils auraient  payer ces allis du soulvement de leur propre
nation. D'ici  cent ans, il ne sera en Autriche au pouvoir d'aucun
prince d'introduire des Russes dans ses tats. Ce n'est pas qu'il n'y
ait dans ces armes un grand nombre d'officiers dont l'ducation a t
soigne, dont les moeurs sont douces et l'esprit clair Ce qu'on dit
d'une arme s'entend toujours de l'instinct naturel de la masse qui la
compose.




Znam, le 27 brumaire an 14 (18 novembre 1805).

_Vingt-sixime bulletin de la grande arme._

Le prince Murat, instruit que les gnraux russes, immdiatement aprs
la signature de la convention, s'taient mis en marche avec une portion
de leur arme sur Znam, et que tout indiquait que l'autre partie allait
la suivre et nous chapper, leur a fait connatre que l'empereur n'avait
pas ratifi la convention, et qu'en consquence il allait attaquer. En
effet, le prince Murat a fait ses dispositions, a march  l'ennemi, et
l'a attaqu le 25,  quatre heures aprs midi, ce qui a donn lieu au
combat de Juntersdorff, dans lequel la partie de l'arme russe qui
formait l'arrire-garde a t mise en droute, a perdu douze pices de
canon, cent voitures de bagages, deux mille prisonniers et deux mille
hommes rests sur le champ de bataille. Le marchal Lannes a fait
attaquer l'ennemi de front; et tandis qu'il le faisait tourner par la
gauche par la brigade de grenadiers du gnral Dupas, le marchal Soult
le faisait tourner par la droite par la brigade du gnral Levasseur, de
la division Legrand, compose des troisime et dix-huitime rgimens
de ligne. Le gnral de division Walther a charg les Russes avec une
brigade de dragons, et a fait trois cents prisonniers.

La brigade de grenadiers du gnral Laplanche-Mortire s'est distingue.
Sans la nuit, rien n'et chapp. On s'est battu  l'arme blanche
plusieurs fois. Des bataillons de grenadiers russes ont montr de
l'intrpidit: le gnral Oudinot a t bless; ses deux aides-de-camp,
chefs d'escadron Dermangeot et Lamotte, l'ont t  ses cts. La
blessure du gnral Oudinot l'empchera de servir pendant une quinzaine
de jours. En attendant, l'empereur voulant donner une preuve de son
estime aux grenadiers, a nomm le gnral Duroc pour les commander.

L'empereur a port son quartier-gnral  Znam le 26,  trois heures
aprs-midi. L'arrire-garde russe a t oblige de laisser ses hpitaux
 Znam, o nous avons trouv des magasins de farine et d'avoine
assez considrables. Les Russes se sont retirs sur Brnn, et notre
avant-garde les a poursuivis  mi-chemin; mais l'empereur, instruit que
l'empereur d'Autriche y tait, a voulu donner une preuve d'gards pour
ce prince, et s'est arrt la journe du 27.

Le fort de Keuffstein a t pris par les Bavarois.

Le gnral Baraguay-d'Hilliers a fait une incursion jusqu' Pilsen en
Bohme, et oblig l'ennemi  vacuer ses positions. Il a pris quelques
magasins, et rempli le but de sa mission. Les dragons  pied ont
travers avec rapidit les montagnes couvertes de glace et de sapins qui
sparent la Bohme de la Bavire.

On ne se fait pas d'ide de l'horreur que les Russes ont inspire en
Moravie. En faisant leur retraite, ils brlent les plus beaux villages;
ils assomment les paysans. Aussi les habitans respirent-ils en les
voyant s'loigner. Ils disent: Nos ennemis sont partis. Ils ne parlent
d'eux qu'en se servant du terme de barbares, qui ont apport chez eux
la dsolation. Ceci ne s'applique pas aux officiers qui sont en gnral
bien diffrens de leurs soldats, et dont plusieurs sont d'un mrite
distingu; mais l'arme a un instinct sauvage que nous ne connaissons
pas dans nos armes europennes.

Lorsqu'on demande aux habitans de l'Autriche, de la Moravie, de la
Bohme, s'ils aiment leur empereur: Nous l'aimions, rpondent-ils, mais
comment voulez-vous que nous l'aimions encore? il a fait venir les
Russes.

A Vienne, le bruit avait couru que les Russes avaient battu l'arme
franaise, et venaient sur Vienne; une femme a cri dans la rue: Les
Franais sont battus; voici les Russes! L'alarme a t gnrale; la
crainte et la stupeur ont t dans Vienne. Voil cependant le rsultat
des funestes conseils de Cobentzel, de Colloredo et de Lamberti. Aussi
ces hommes sont-ils en horreur  la nation, et l'empereur d'Autriche
ne pourra reconqurir la confiance et l'amour de ses sujets qu'en les
sacrifiant  la haine publique; et, un jour plus tt, un jour plus tard,
il faudra bien qu'il le fasse.




Porltiz, le 28 brumaire an 14 (19 octobre 1805).

_Vingt-septime bulletin de la grande arme._

Depuis le combat de Zuntersdorf, l'ennemi a continu sa retraite avec
la plus grande prcipitation. Le gnral Sbastiani avec sa brigade de
dragons, l'a poursuivi l'pe dans les reins. Les immenses plaines de la
Moravie ont favoris sa poursuite. Le 27,  la hauteur de Porltiz, il
a coup la retraite  plusieurs corps, et a fait dans la journe deux
mille Russes prisonniers de guerre.

Le prince Murat est entr le 27,  trois heures aprs midi,  Brnn,
capitale de la Moravie, toujours suivant l'ennemi.

L'ennemi a vacu la ville et la citadelle, qui est un trs-bon ouvrage,
capable de soutenir un sige en rgle.

L'Empereur a mis son quartier-gnral  Porlitz.

Le marchal Soult, avec son corps d'arme, est  Riemstschitz.

Le marchal Lannes est en avant de Porlitz.

Les Moraves ont encore plus de haine pour les Russes et d'amiti pour
nous, que les habitans de l'Autriche. Le pays est superbe, et beaucoup
plus fertile que l'Autriche. Les Moraves sont tonns de voir au milieu
de leurs immenses plaines les peuples de l'Ukraine, du Kamtschatka, de
la Grande-Tartarie, et les Normande, les Gascons, les Bretons et les
Bourguignons en venir aux mains et s'gorger, sans cependant que
leur pays ait rien de commun, ou qu'il y ait entre eux aucun intrt
politique immdiat; et ils ont assez de bon sens pour dire, dans leur
mauvais bohmien, que le sang humain est devenu une marchandise dans
les mains des Anglais. Un gros fermier morave disait dernirement 
un officier franais, en parlant de l'empereur Joseph II, que c'tait
l'empereur des paysans, et que, s'il avait continu a vivre, il les
aurait affranchis des droits fodaux qu'ils payent aux couvens de
religieuses.

Nous avons trouv  Brnn soixante pices de canon, trois cents milliers
de poudre, une grande quantit de bl et de farine, et des magasins
d'habillement trs-considrables.

L'empereur d'Allemagne s'est retir  Olmutz. Nos postes sont  une
marche de cette place.




Brnn, le 30 brumaire an 14 (20 novembre 1805).

_Vingt-huitime bulletin de la grande arme._

L'empereur est entr a Brnn le 29,  dix heures du matin.

Une dputation des tats de Moravie,  la tte de laquelle se trouvait
l'vque, est venue a sa rencontre. L'empereur est all visiter les
fortifications, et  ordonn qu'on armt la citadelle, dans laquelle on
a trouv plus de six mille fusils, une grande quantit de munitions de
guerre de toute espce, et entre autres quatre cents milliers de poudre.

Les Russes avaient runi toute leur cavalerie, qui formait un corps
d'environ six mille hommes, et voulaient dfendre la jonction des routes
de Brnn et d'Olmutz. Le gnral Walther les contint toute la journe,
et, par diffrentes charges, les obligea  abandonner du terrain.
Le prince Murat fit marcher la division de cuirassiers du gnral
d'Hautpoult et quatre escadrons de la garde impriale.

Quoique nos chevaux fussent fatigus, l'ennemi fut charg et mis en
droute. Il laissa plus de deux cents hommes, cuirassiers ou dragons
d'lite, sur le champ de bataille: cent chevaux sont rests dans nos
mains.

Le marchal Bessires, commandant la garde impriale, a fait,  la tte
de quatre escadrons de la garde, une brillante charge qui a drout et
culbut l'ennemi. Rien ne contrastait comme le silence de la garde et
des cuirassiers et les hurlemens des Russes.

Cette cavalerie russe est bien monte, bien quipe: elle a montr de
l'intrpidit et de la rsolution; mais les hommes ne paraissent pas
savoir se servir de leurs sabres; et,  cet gard, notre cavalerie a un
grand avantage. Nous avons eu quelques hommes tus et une soixantaine de
blesss, parmi lesquels se trouvent le colonel Durosnel, du seizime de
chasseurs, et le colonel Bourdon, du onzime de dragons.

L'ennemi s'est retir de plusieurs lieues.




Brnn, le 2 Frimaire an 14 (23 novembre 18o5).

_Vingt-neuvime bulletin de la grande arme._

Le marchal Ney a fait occuper Brixen, aprs avoir fait beaucoup de
prisonniers  l'ennemi, il a trouv dans les hpitaux un grand nombre
de malades et blesss autrichiens. Le 26 brumaire, il s'est empar de
Clauzen et de Bolzen.

Le gnral Jellachick, qui dfendait le Voralberg, tait occup.

Le marchal Bernadotte occupe Iglau. Ses partis sont entrs en Bohme.

Le gnral de Wrede, commandant les Bavarois, a pris une compagnie
d'artillerie autrichienne, cent chevaux de troupe, cinquante cuirassiers
et plusieurs officiers il s'est empar d'un magasin considrable
d'avoine et autres grains, et d'un grand nombre de chariots attels,
chargs du bagage de plusieurs rgimens et officiers autrichiens.

L'adjudant-commandant Maison, a fait prisonniers, sur la roule d'Iglau
 Brnn, deux cents hommes des dragons de la Tour et des cuirassiers de
Hohenlohe. Il a charg un autre dtachement de deux cents hommes, et a
fait cent cinquante prisonniers.

Des reconnaissances ont t portes jusqu' Olmutz. La cour a vacu
cette place et s'est retire en Pologne.

La saison commence  devenir rigoureuse. L'arme franaise a pris
position. Sa tte est appuye par la place de Brnn, qui est trs-bonne,
et qu'on s'occupe  armer et  mettre dans le meilleur tat de dfense.




Au bivouac d'Austerlitz, le 10 frimaire an 14 (1er dcembre 1805).

Proclamation  la grande arme.

Soldats,

L'arme russe se prsente devant vous pour venger l'arme autrichienne
d'Ulm. Ce sont ces mmes bataillions, que vous avez battus  Hollabrunn,
et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu'ici.

Les positions que nous occupons sont formidables, et pendant qu'ils
marcheront pour tourner ma droite, ils me prsenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-mme tous vos bataillons: je me tiendrai loin
du feu, si avec votre bravoure accoutume, vous portez le dsordre et la
confusion dans les rangs ennemis; mais si la victoire tait un moment
incertaine, vous verriez votre empereur s'exposer aux premiers coups,
car la victoire ne saurait hsiter, dans cette journe surtout, o il y
va de l'honneur de l'infanterie franaise, qui importe tant  l'honneur
de toute la nation.

Que, sous prtexte d'emmener les blesss, on ne dsorganise pas les
rangs, et que chacun soit bien pntr de cette pense, qu'il faut
vaincre ces stipendis de l'Angleterre, qui sont anims d'une si grande
haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos
quartiers d'hiver, o nous serons joints par les nouvelles armes qui
se forment en France, et alors la paix que je ferai, sera digne de mon
peuple, de vous et de moi.

NAPOLON.




Austerlitz, le 12 frimaire an 14 (2 dcembre 1805)

_Trentime bulletin de la grande arme._

Le 6 frimaire, l'empereur, eu recevant la communication des
pleins-pouvoirs de MM. de Stadion et de Giulay, offrit pralablement un
armistice, afin d'pargner le sang, si l'on avait effectivement envie de
s'arranger et d'en venir  un accommodement dfinitif.

Mais il fut facile  l'empereur de s'apercevoir qu'on avait d'autres
projets; et comme l'espoir du succs ne pouvait venir  l'ennemi que
du ct de l'arme russe, il conjectura aisment que les deuxime et
troisime armes taient arrives, ou sur le point d'arriver  Olmutz,
et que les ngociations n'taient plus qu'une ruse de guerre pour
endormir sa vigilance.

Le 7,  neuf heures du matin, une nue de cosaques, soutenue par la
cavalerie russe, fit plier les avant-postes du prince Murat, cerna
Vischau, et y prit cinquante hommes  pied du sixime rgiment de
dragons. Dans la journe, l'empereur de Russie se rendit  Vischau, et
toute l'arme russe prit position derrire cette ville.

L'empereur avait envoy son aide-de-camp, le gnral Savary, pour
complimenter l'empereur de Russie ds qu'il avait su ce prince arriv
 l'arme. Le gnral Savary revint au moment o l'empereur faisait la
reconnaissance des feux de bivouac ennemis placs  Vischau. Il se loua
beaucoup du bon accueil, des grces et des bons sentimens personnels de
l'empereur de Russie, et mme du grand-duc Constantin, qui eut pour lui
toute espce de soins et d'attentions; mais il fut facile de comprendre,
par la suite des conversations qu'il eut pendant trois jours avec
une trentaine de freluquets qui, sous diffrens titres, environnent
l'empereur de Russie, que la prsomption, l'imprudence et
l'inconsidration rgneraient dans les dcisions du cabinet militaire,
comme elles avaient rgn dans celles du cabinet politique.

Une arme ainsi conduite ne pouvait tarder  faire des fautes. Le plan
de l'empereur fut ds ce moment de les attendre et d'pier l'instant
d'en profiter. Il donna sur-le-champ l'ordre de retraite  son arme,
se retira de nuit, comme s'il et essuy une dfaite, prit une bonne
position  trois lieues en arrire, fit travailler avec beaucoup
d'ostentation  la fortifier et  y tablir des batteries.

Il fit proposer une entrevue de l'empereur de Russie, qui lui envoya son
aide-de-camp le prince Dolgorouki: cet aide-de-camp put remarquer que
tout respirait dans la contenance de l'arme franaise la rserve et la
timidit. Le placement des grand'-gardes, les fortifications que l'on
faisait en toute hte, tout laissait voir  l'officier russe une arme 
demi battue.

Contre l'usage de l'empereur, qui ne reoit jamais avec tant de
circonspection les parlementaires  son quartier-gnral, il se rendit
lui-mme a ses avant-postes. Aprs les premiers complimens, l'officier
russe voulut entamer des questions politiques. Il tranchait sur tout
avec une impertinence difficile  imaginer: il tait dans l'ignorance la
plus absolue des intrts de l'Europe et de la situation du continent.
C'tait, en un mot, un jeune trompette de l'Angleterre. Il parlait 
l'empereur comme il parle aux officiers russes, que depuis long-temps il
indigne par sa hauteur et ses mauvais procds. L'empereur contint toute
son indignation; et a jeune homme, qui a pris une vritable influence
sur l'empereur Alexandre, retourna plein de l'ide que l'arme franaise
tait  la veille de sa perte. On se convaincra de tout ce qu'a d
souffrir l'empereur, quand on saura que sur la fin de la conversation,
il lui proposa de cder la Belgique et de mettre la couronne de fer
sur la tte des plus implacables ennemis de la France. Toutes ces
diffrentes dmarches remplirent leur effet. Les jeunes ttes qui
dirigent les affaires russes se livrrent sans mesure  leur prsomption
naturelle. Il n'tait plus question de battre l'arme franaise, mais de
la tourner et de la prendre: elle n'avait tant fait que par la lchet
des Autrichiens. On assur que plusieurs vieux gnraux autrichiens, qui
avaient fait des campagnes contre l'empereur, prvinrent le conseil que
ce n'tait pas avec cette confiance qu'il fallait marcher contre une
arme qui comptait tant de vieux soldats et d'officiers du premier
mrite. Ils disaient qu'ils avaient vu l'empereur, rduit  une poigne
de mond dans les circonstances les plus difficiles, ressaisir la
victoire par des oprations rapides et imprvues, et dtruire les armes
les plus nombreuses; que cependant ici on n'avait obtenu aucun avantage;
qu'au contraire, toutes les affaires d'arrire-garde de la premire
arme russe avaient t en faveur de l'arme franaise; mais  cela
cette jeunesse prsomptueuse opposait la bravoure de quatre-vingt mille
Russes, l'enthousiasme que leur inspirait la prsence de leur empereur,
le corps d'lite de la garde impriale de Russie, et, ce qu'ils
n'osaient probablement pas dire, leur talent, dont ils taient tonns
que les Autrichiens voulussent mconnatre la puissance.

Le 10, l'empereur, du haut de son bivouac, aperut, avec une indicible
joie, l'arme russe, commenant,  deux portes de canon de ses
avant-postes, un mouvement de flanc pour tourner sa droite. Il vit alors
jusqu' quel point la prsomption et l'ignorance de l'art de la guerre
avaient gar les conseils de cette brave arme. Il dit plusieurs fois:
Avant demain au soir cette arme est  moi. Cependant le sentiment de
l'ennemi tait Bien diffrent: il se prsentait devant nos grand'-gardes
 porte de pistolet: il dfilait par une marche de flanc sur une ligne
de quatre lieues, en prolongeant l'arme franaise, qui paraissait ne
pas oser sortir de sa position: il n'avait qu'une crainte, c'tait que
l'arme franaise ne lui chappt. On fit tout pour confirmer l'ennemi
dans cette ide. Le prince Mural fit avancer un petit corps de cavalerie
dans la plaine; mais tout d'un coup il parut tonn des forces immenses
de l'ennemi, et rentra  la hte. Ainsi, tout tendait  confirmer
le gnral russe dans l'opration mal calcule qu'il avait arrte.
L'empereur fit mettre  l'ordre la proclamation ci-jointe. Le soir,
il voulut visiter  pied et incognito tous les bivouacs; mais  peine
eut-il fait quelques pas qu'il fut reconnu. Il serait impossible de
peindre l'enthousiasme des soldats en le voyant. Des fanaux de paille
furent mis en un instant au haut de milliers de perches, et quatre-vingt
mille hommes se prsentrent au devant de l'empereur, en le saluant
par des acclamations; les uns, pour fter l'anniversaire de son
couronnement, les autres disant que l'arme donnerait le lendemain son
bouquet  l'empereur. Un des plus vieux grenadiers s'approcha de lui et
lui dit: Sire, tu n'auras pas besoin de l'exposer. Je te promets, au
nom des grenadiers de l'arme, que tu n'auras  combattre que des yeux,
et que nous t'amnerons demain les drapeaux et l'artillerie de l'arme
russe pour clbrer l'anniversaire de ton couronnement..

L'empereur dit en entrant dans son bivouac, qui consistait en une
mauvaise cabane de paille sans toit, que lui avaient faite les
grenadiers: Voil la plus belle soire de ma vie; mais je regrette de
penser que je perdrai bon nombre de ces braves gens. Je sens, au mal que
cela me fait, qu'ils sont vritablement mes enfans; et, en vrit, je
me reproche quelquefois ce sentiment, car je crains qu'il ne me rende
inhabile  faire la guerre. Si l'ennemi et pu voir ce spectacle, il
et t pouvant. Mais l'insens continuait toujours son mouvement, et
courait  grands pas  sa perte.

L'empereur fit sur-le-champ toutes ses dispositions de bataille. Il fit
partir le marchal Davoust en toute hte, pour se rendre au couvent
de Raygern; il devait, avec une de ses divisions et une division de
dragons, y contenir l'aile gauche de l'ennemi, afin qu'au moment donn
elle se trouvt enveloppe: il donna le commandement de la gauche au
marchal Lannes, de la droite au marchal Soult, du centre au marchal
Bernadotte, et de toute la cavalerie, qu'il runit sur un seul point,
au prince Murat. La gauche du marchal Lannes tait appuye au Santon,
position superbe que l'empereur avait fait fortifier, et o il avait
fait placer dix-huit pices de canon. Ds la veille, il avait confi
la garde de cette belle position au dix-septime rgiment d'infanterie
lgre, et certes elle ne pouvait tre garde par de meilleures troupes.
La division du gnral Suchet formait la gauche du marchal Lannes;
celle du gnral Caffarelli formait sa droite, qui tait appuye sur la
cavalerie du prince Murat. Celle-ci avait devant elle les hussards et
chasseurs sous les ordres du gnral Kellermann, et les divisions de
dragons Valther et Beaumont; et en rserve les divisions de cuirassiers
des gnraux Nansouty et d'Hautpoult, avec vingt-quatre pices
d'artillerie lgre.

Le marchal Bernadotte, c'est--dire le centre, avait  sa gauche la
division du gnral Rivaud, appuye  la droite du prince Murat, et  sa
droite la division du gnral Drouet.

Le marchal Soult, qui commandait la droite de l'arme, avait  sa
gauche la division du gnral Vandamme, au centre la division du gnral
Saint-Hilaire,  sa droite la division du gnral Legrand. Le marchal
Davoust tait dtach sur la droite du gnral Legrand, qui gardait les
dbouchs des tangs, et des villages de Sokolnilz et de Celnitz. Il
avait avec lui la division Friant et les dragons de la division du
gnral Bourcier. La division du gnral Gudin devait se mettre de grand
matin en marche de Nicolsburg, pour contenir le corps ennemi qui aurait
pu dborder la droite.

L'empereur, avec son fidle compagnon de guerre, le marchal Berthier,
son premier aide-de-camp le colonel-gnral Junot, et tout son
tat-major, se trouvait en rserve avec les dix bataillons de sa garde
et les dix bataillons de grenadiers du gnral Oudinot, dont le gnral
Duroc commandait une partie.

Cette rserve tait range sur deux lignes, en colonnes par bataillons,
 distance de dploiement, ayant dans les intervalles quarante pices de
canon servies par les canonniers de la garde. C'est avec cette rserve
que l'empereur avait le projet de se prcipiter par tout o il et t
ncessaire. On peut dire que cette rserve valait une arme.

A une heure du matin, l'empereur monta  cheval pour parcourir ses
postes, reconnatre les feux des bivouacs de l'ennemi, et se faire
rendre compte par les grand'gardes de ce qu'elles avaient pu entendre
des mouvemens des Russes. Il apprit qu'ils avaient pass la nuit dans
l'ivresse et des cris tumultueux, et qu'un corps d'infanterie russe
s'tait prsent au village de Sokolnitz, occup par un rgiment de la
division du gnral Legrand, qui reut ordre de le renforcer.

Le 11 frimaire, le jour parut enfin. Le soleil se leva radieux; et cet
anniversaire du couronnement de l'empereur, o allait se passer l'un des
plus beaux faits d'armes du sicle, fut une des plus belles journes de
l'automne.

Cette bataille, que les soldats s'obstinent  appeler _la journe des
trois empereurs_, que d'autres appellent _la journe de l'anniversaire_,
et que l'empereur a nomme _la journe d'Austerlitz_, sera  jamais
mmorable dans les fastes de la grande nation.

L'empereur, entour de tous les marchaux, attendait, pour donner les
derniers ordres, que l'horizon ft bien clairci. Aux premiers rayons du
soleil, les ordres furent donns, et chaque marchal rejoignit son corps
au grand galop.

L'empereur dit en passant sur le front de bandire de plusieurs
rgimens: Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre
qui confonde l'orgueil de nos ennemis. Aussitt les chapeaux au bout des
baonnettes et les cris de _vive l'empereur!_ furent le vritable signal
du combat. Un instant aprs la canonnade se fit entendre  l'extrmit
de la droite, que l'avant-garde ennemie avait dj dborde; mais la
rencontre imprvue du marchal Davoust arrta l'ennemi tout court, et le
combat s'engagea.

Le marchal Soult s'branle au mme instant, se dirige sur les hauteurs
du village de Pringen avec les divisions des gnraux Vandamme et
Saint-Hilaire, et coupe entirement la droite de l'ennemi, dont tous les
mouvemens devinrent incertains. Surprise par une marche de flanc pendant
qu'elle fuyait, se croyant attaquante et se voyant attaque, elle se
regarde a demi battue.

Le prince Murat s'branle avec sa cavalerie; la gauche, commande par le
marchal Lannes, marche en chelons par rgimens, comme  l'exercice.
Une canonnade pouvantable s'engage sur toute la ligne; deux cents
pices de canon, et prs de deux cent mille hommes, faisaient un bruit
affreux: c'tait un vritable combat de gans. Il n'y avait pas une
heure qu'on se battait, et toute la gauche de l'ennemi tait coupe. Sa
droite se trouvait dj arrive  Austerlitz, quartier-gnral des deux
empereurs, qui durent faire marcher sur-le-champ la garde de l'empereur
de Russie, pour tcher de rtablir la communication du centre avec la
gauche. Un bataillon du quatrime de ligne fut charg par la garde
impriale russe  cheval, et culbut; usais l'empereur n'tait pas loin:
il s'aperut de ce mouvement; il ordonna au marchal Bessires de se
porter au secours de sa droite avec ses invincibles, et bientt les deux
gardes furent aux mains. Le succs ne pouvait tre douteux: dans un
moment la garde russe fut en droute. Colonel, artillerie, tendards,
tout fut enlev. Le rgiment du grand-duc Constantin fut cras;
lui-mme ne dut son salut qu' la vitesse de son Cheval.

Des hauteurs d'Austerliz, les deux empereurs virent la dfaite de toute
la garde russe. Au mme moment le centre de l'arme, command par le
marchal Bernadette, s'avana; trois de ses rgimens soutinrent une
trs-belle charge de cavalerie. La gauche, commande par le marchal
Lannes, donna trois fois. Toutes les charges furent victorieuses. La
division du gnral Caffarelli s'est distingue. Les divisions de
cuirassiers se sont empares des batteries de l'ennemi. A une heure
aprs midi la victoire tait dcide; elle n'avait pas t un moment
douteuse. Pas un homme de la rserve n'avait t ncessaire et n'avait
donn nulle part. La canonnade ne se soutenait plus qu' notre droite.
Le corps de l'ennemi, qui avait t cern et chass de toutes ses
hauteurs, se trouvait dans un bas-fond et accul  un lac. L'empereur
s'y porta avec vingt pices de canon. Ce corps fut chass de position
en position, et l'on vit un spectacle horrible, tel qu'on l'avait vu 
Aboukir, vingt mille hommes se jetant dans l'eau et se noyant dans les
lacs.

Deux colonnes, chacune de quatre mille Russes, mettent bas les armes et
se rendent prisonniers; tout le parc de l'ennemi est pris. Les rsultats
de cette journe sont quarante drapeaux russes, parmi lesquels sont les
tendards de la garde impriale; un nombre considrable de prisonniers;
l'tat-major ne les connat pas encore tous, on avait dj la note de
vingt mille; douze ou quinze gnraux; au moins quinze mille Russes
tus, rests sur le champ de bataille. Quoiqu'on n'ait pas encore les
rapports, on peut, au premier coup d'oeil, valuer notre perte  huit
cents hommes tus et  quinze ou seize cents blesss. Cela n'tonnera
pas les militaires, qui savent que ce n'est que dans la droute qu'on
perd des hommes, et nul autre corps que le bataillon du quatrime n'a
t rompu. Parmi les blesss sont le gnral Saint-Hilaire, qui, bless
au commencement de l'action, est rest toute la journe sur le champ
de bataille; il s'est couvert de gloire; les gnraux de division
Kellermann et Walther; les gnraux de brigade Valhubert, Thibaut,
Sbastiani, Compan et Rapp, aide-de-camp de l'empereur. C'est ce dernier
qui, en chargeant  la tte des grenadiers de la garde, a pris le prince
Repnin, commandant les chevaliers de la garde impriale de Russie.
Quant aux hommes qui se sont distingus, c'est toute l'arme qui
s'est couverte de gloire. Elle a constamment charg aux cris de _vive
l'empereur!_ et l'ide de clbrer si glorieusement l'anniversaire du
couronnement animait encore le soldat.

L'arme franaise, quoique nombreuse et belle, tait moins nombreuse
que l'arme ennemie, qui tait forte de cent cinq mille hommes, dont
quatre-vingt mille Russes et vingt-cinq mille Autrichiens. La moiti de
cette arme est dtruite; le reste a t mis en droute complette, et la
plus grande partie a jet ses armes.

Cette journe cotera des larmes de sang  Saint-Ptersbourg.
Puisse-t-elle y faire rejeter avec indignation l'or de l'Angleterre! et
puisse ce jeune prince, que tant de vertus appelaient  tre le pre
de ses sujets, s'arracher  l'influence de ces trente freluquets que
l'Angleterre solde avec art, et dont les impertinences obscurcissent ses
intentions, lui font perdre l'amour de ses soldats, et le jettent dans
les oprations les plus errones! La nature, en le douant de si grandes
qualits, l'avait appel  tre le consolateur de l'Europe. Des conseils
perfides, en le rendant l'auxiliaire de l'Angleterre, le placeront
dans l'histoire au rang des hommes qui, en perptuant la guerre sur le
continent, auront consolid la tyrannie britannique sur les mers et fait
le malheur de notre gnration. Si la France ne peut arriver  la
paix qu'aux conditions que l'aide-de-camp Dolgorouki a proposes 
l'empereur, et que M. de Novozilzof avait t charg de porter, la
Russie ne les obtiendrait pas, quand mme son arme serait campe sur
les hauteurs de Montmartre.

Dans une relation plus dtaille de cette bataille, l'tat-major fera
connatre ce que chaque corps, chaque officier, chaque gnral, ont fait
pour illustrer le nom franais et donner un tmoignage de leur amour 
leur empereur.

Le 12,  la pointe du jour, le prince Jean de Lichtenstein,
commandant l'arme autrichienne, est venu trouver l'empereur  son
quartier-gnral, tabli dans une grange. Il en a eu une longue
audience. Cependant nous poursuivons nos succs, L'ennemi s'est retir
sur le chemin d'Austerliz  Godding. Dans cette retraite il prte le
flanc; l'arme franaise est dj sur ses derrires, et le suit l'pe
dans les reins.

Jamais champ de bataille ne fut plus horrible. Du milieu de lacs
immenses, on entend encore les cris de milliers d'hommes qu'on ne peut
secourir. Il faudra trois jours pour que tous les blesss ennemis soient
vacus sur Brnn. Le coeur saigne. Puisse tant de sang vers, puissent
tant de malheurs retomber enfin sur les perfides insulaires qui en sont
la cause! puissent les lches oligarques de Londres porter la peine de
tant de maux!




Austerliz, le 12 frimaire an 14 (3 dcembre 1805).

_Trentime bulletin_ (bis) _de la grande arme._

En ce moment arrive au quartier-gnral la capitulation envoye par le
marchal Augereau, du corps d'arme autrichien command par le gnral
Jellachich. L'empereur et prfr que l'on et gard les prisonniers en
France, cela et-il d occasionner quelques jours de blocus de plus; car
l'exprience a prouv que, renvoys en Autriche, les soldats servent
incontinent aprs.

Le gnral de Wrede, commandant les Bavarois, a eu diffrentes affaires
en Bohme contre l'archiduc Ferdinand. Il a fait quelques centaines de
prisonniers.

Le prince de Rohan,  la tte d'un corps de six mille hommes qui avait
t coup par le marchal Ney et par le marchal Augereau, s'est jet
sur Trente, a pass la gorge de Bonacio, et tent de pntrer  Venise.
Il a t battu par le gnral Saint-Cyr, qui l'a fait prisonnier avec
ses six mille hommes.




Austerlitz, le 14 frimaire an 14 (4 dcembre 1805).

_Trente-unime bulletin de la grande arme._

L'empereur est parti hier d'Austerlitz, et est all  ses avant-postes
prs de Saruschitz, et s'est l plac  son bivouac. L'empereur
d'Allemagne n'a pas tard  arriver. Ces deux monarques ont eu une
entrevue qui a dur deux heures.

L'empereur d'Allemagne n'a pas dissimul, tant de sa part que de la part
de l'empereur de Russie, tout le mpris que leur inspirait la conduite
de l'Angleterre. Ce sont des marchands, a-t-il rpt, qui mettent en
feu le continent pour s'assurer le commerce du inonde.

Ces deux princes sont convenus d'un armistice et des principales
conditions de la paix, qui sera ngocie et termine sous peu de jours.

L'empereur d'Allemagne a fait galement connatre  l'empereur,
que l'empereur de Russie demandait  faire sa paix spare, qu'il
abandonnait entirement les affaires de l'Angleterre, et n'y prenait
plus aucun intrt.

L'empereur d'Allemagne rpta plusieurs fois dans la conversation: Il
n'y a point de doute; dans sa querelle avec l'Angleterre, la France a
raison. Il demanda aussi une trve pour les restes de l'arme russe.
L'empereur lui fit observer que l'arme russe tait cerne, que pas un
homme ne pouvait chapper: Mais, ajouta-t-il, je dsire faire une chose
agrable  l'empereur Alexandre; je laisserai passer l'arme russe,
j'arrterai la marche de mes colonnes; mais votre majest me promet que
l'arme russe retournera en Russie, vacuera l'Allemagne et la Pologne
autrichienne et prussienne.--C'est l'intention de l'empereur
Alexandre, a rpondu l'empereur d'Allemagne; je puis vous l'assurer:
d'ailleurs, dans la nuit, vous pourrez vous en convaincre par vos
propres officiers.

On assure que l'empereur a dit  l'empereur d'Allemagne, en le faisant
approcher du feu de son bivouac: Je vous reois dans le seul palais que
j'habite depuis deux mois. L'empereur d'Allemagne a rpondu en riant:
Vous tirez si bon parti de cette habitation qu'elle doit vous plaire.
C'est du moins ce que l'on croit avoir entendu. La nombreuse suite des
deux princes n'tait pas assez loigne pour qu'elle ne pt entendre
plusieurs choses.

L'empereur a accompagn l'empereur d'Allemagne  sa voiture, et s'est
fait prsenter les deux princes de Lichtenstein et le gnral prince de
Schwartzenberg. Aprs cela il est revenu coucher  Austerlitz.

On recueille tous les renseignemens pour faire une belle description de
la bataille d'Austerlitz. Un grand nombre d'ingnieurs lvent le plan
du champ de bataille. La perte des Russes  t immense: les gnraux
Kutuzow et Buxhowden ont t blesss; dix ou douze gnraux ont t
tus: plusieurs aides-de-camp de l'empereur de Russie et un grand nombre
d'officiers de distinction ont t tus. Ce n'est pas cent vingt pices
de canon qu'on a prises, mais cent cinquante. Les colonnes ennemies
qui se jetrent dans les lacs furent favorises par la glace; mais la
canonnade la rompit, et des colonnes entires se noyrent. Le soir de la
journe, et pendant plusieurs heures de la nuit, l'empereur a parcouru
le champ de bataille et a fait enlever les blesss: spectacle horrible
s'il en fut jamais! L'empereur, mont sur des chevaux trs-vites,
passait avec la rapidit de l'clair, et rien n'tait plus touchant que
de voir ces braves gens le reconnatre sur-le-champ; les uns oubliaient
leurs souffrances et disaient: Au moins la victoire est-elle bien
assure? Les autres: Je souffre depuis huit heures, et depuis le
commencement de la bataille je suis abandonn, mais j'ai bien fait mon
devoir. D'autres: Vous devez tre content de vos soldats aujourd'hui.
A chaque soldat bless l'empereur laissait une garde qui le faisait
transporter dans les ambulances. Il est horrible de le dire:
quarante-huit heures aprs la bataille, il y avait encore un grand
nombre de Russes qu'on n'avait pu panser. Tous les Franais le furent
avant la nuit. Au lieu de quarante drapeaux, il y en a jusqu' cette
heure quarante-cinq, et l'on trouve encore les dbris de plusieurs.

Rien n'gale la gat des soldats  leur bivouac. A peine
aperoivent-ils un officier de l'empereur, qu'ils lui crient: L'empereur
a-t-il t content de nous?

En passant devant le vingt-huitime de ligne, qui a beaucoup de
conscrits du Calvados et de la Seine-Infrieure, l'empereur lui dit:
J'espre que les Normands se distingueront aujourd'hui. Ils ont tenu
parole; les Normands se sont distingus. L'empereur, qui connat la
composition de chaque rgiment, a dit  chacun son mot; et ce mot
arrivait et parlait au coeur de ceux auxquels il tait adress,
et devenait leur mot de ralliement au milieu du feu. Il dit au
cinquante-septime: Souvenez-vous qu'il y a bien des annes que je vous
ai surnomm _le Terrible._.I1 faudrait nommer tous les rgimens de
l'arme; il n'en est aucun qui n'ait fait des prodiges de bravoure et
d'intrpidit. C'est l le cas de dire que la mort s'pouvantait et
fuyait devant nos rangs, pour s'lancer dans les rangs ennemis; pas un
corps n'a fait un mouvement rtrograde. L'empereur disait: J'ai livr
trente batailles comme celle-ci, mais je n'en ai vu aucune o la
victoire ait t si dcide, et les destins si peu balancs. La garde 
pied de l'empereur n'a pu donner; elle en pleurait de rage. Comme elle
demandait absolument  faire quelque chose: Rjouissez-vous de ne rien
faire, lui dit l'empereur: vous devez donner en rserve; tant mieux si
l'on n'a pas besoin de vous aujourd'hui.

Trois colonels de la garde impriale russe sont pris, avec le gnral
qui la commandait. Les hussards de cette garde ont fait une charge sur
la division Caffarelli. Cette seule charge leur a cot trois cents
hommes qui restrent sur le champ de bataille. La cavalerie franaise
s'est montre suprieure et a parfaitement fait.  la fin de la
bataille, l'empereur a envoy le colonel Dallemagne avec deux escadrons
de sa garde en partisans, pour parcourir  volont les environs du champ
de bataille, et ramener les fuyards. Il a pris plusieurs drapeaux,
quinze pices de canon, et fait quinze cents prisonniers. La garde
regrette beaucoup le colonel des chasseurs  cheval Morland, tu d'un
coup de mitraille, en chargeant l'artillerie de la garde impriale
russe. Cette artillerie fut prise; mais ce brave colonel trouva la mort.
Nous n'avons eu aucun gnral tu. Le colonel Mazas, du quatorzime de
ligne, brave homme, a t tu. Beaucoup de chefs de bataillon ont
t blesss. Les voltigeurs ont rivalis avec les grenadiers. Les
cinquante-cinquime, quarante-troisime, quatorzime, trente-sixime,
quarantime et dix-septime...; mais on n'ose nommer aucun corps, ce
serait une injustice pour les autres; ils ont tous fait l'impossible.
Il n'y avait pas un officier, pas un gnral, pas un soldat qui ne ft
dcid  vaincre ou  prir.

Il ne faut point taire un trait qui honore l'ennemi: le commandant de
l'artillerie de la garde impriale russe venait de perdre ses pices; il
rencontra l'empereur: Sire, lui dit-il, faites-moi fusiller, je viens de
perdre mes pices. Jeune homme, lui rpondit l'empereur, j'apprcie
vos larmes; mais on peut tre battu par mon arme, et avoir encore des
titres  la gloire.

Nos avant-postes sont arrivs  Olmutz; l'impratrice et toute sa cour
s'en sont sauves en toute hte.

Le colonel Corbineau, cuyer de l'empereur, commandant le cinquime
rgiment de chasseurs, a eu quatre chevaux tus; au cinquime il a t
bless lui-mme, aprs avoir enlev un drapeau. Le prince Murat se loue
beaucoup des belles manoeuvres du gnral Kellermann, des belles charges
des gnraux Nansouty et d'Hautpoult, et enfin de tous les gnraux;
mais il ne sait qui nommer, parce qu'il faudrait les nommer tous.

Les soldats du train ont mrit les loges de l'arme. L'artillerie
a fait un mal pouvantable  l'ennemi. Quand on en a rendu compte 
l'empereur, il a dit: Ces succs me font plaisir, car je n'oublie pas
que c'est dans ce corps que j'ai commenc ma carrire militaire.

L'aide-de-camp de l'empereur, le gnral Savary, avait accompagn
l'empereur d'Allemagne aprs l'entrevue, pour savoir si l'empereur de
Russie adhrait  la capitulation. Il a trouv les dbris de l'arme
russe sans artillerie ni bagages et dans un pouvantable dsordre; il
tait minuit; le gnral Meerfeld avait t repouss de Godding par le
marchal Davoust; l'arme russe tait cerne; pas un homme ne pouvait
s'chapper. Le prince Czartorinski introduisit le gnral Savary prs de
l'empereur. Dites  votre matre, lui cria ce prince, que je m'en vais;
qu'il a fait hier des miracles; que cette journe a accru mon admiration
pour lui; que c'est un prdestin du ciel; qu'il faut  mon arme cent
ans pour galer la sienne. Mais puis-je me retirer avec sret? Oui,
Sire, lui dit le gnral Savary, si V.M. ratifie ce que les deux
empereurs de France et d'Allemagne ont arrt dans leur entrevue.--Eh
qu'est-ce?--Que l'arme de V.M. se retirera chez elle par les journes
d'tape qui seront rgles par l'empereur, et qu'elle vacuera
l'Allemagne et la Pologne autrichienne. A cette condition, j'ai l'ordre
de l'empereur de me rendre a nos avant-postes qui vous ont dj tourn,
et d'y donner ses ordres pour protger votre retraite, l'empereur
voulant respecter l'ami du premier consul.--Quelle garantie faut-il pour
cela?--Sire, votre parole.--Je vous la donne.--Cet aide-de-camp partit
sur-le-champ au grand galop, se rendit auprs du marchal Davoust,
auquel il donna l'ordre de cesser tout mouvement et de rester
tranquille. Puisse cette gnrosit de l'empereur des Franais ne pas
tre aussitt oublie en Russie que le beau procd de l'empereur qui
renvoya six mille hommes  l'empereur Paul avec tant de grace et de
marques d'estime pour lui. Le gnral Savary avait caus une heure avec
l'empereur de Russie, et l'avait trouv tel que doit tre un homme de
coeur et de sens, quelques revers d'ailleurs qu'il ait prouvs. Ce
monarque lui demanda des dtails sur la journe. Vous tiez infrieurs 
moi, lui dit-il, et cependant vous tiez suprieurs sur tous les points
d'attaque. Sire, rpondit le gnral Savary, c'est l'art de la guerre
et le fruit de quinze ans de gloire; c'est la quarantime bataille que
donne l'empereur.--Cela est vrai; c'est un grand homme de guerre. Pour
moi, c'est la premire fois que je vois le feu. Je n'ai jamais eu
la prtention de me mesurer avec lui.--Sire, quand vous aurez de
l'exprience, vous le surpasserez peut-tre.--Je m'en vais donc dans ma
capitale. J'tais venu au secours de l'empereur d'Allemagne; il m'a fait
dire qu'il est content. Je le suis aussi.

A son entrevue avec l'empereur d'Allemagne, l'empereur lui a dit: M. et
Mme Colloredo, MM. Paget et Rasumowki ne font qu'un avec votre ministre
Cobentzel: voil les vraies, causes de la guerre, et si V.M. continue
 se livrer  ces intrigans, elle ruinera toutes les affaires et
s'alinera le coeur de ses sujets, elle cependant qui a tant de qualits
pour tre heureuse et aime!

Un major autrichien s'tant prsent aux avant-postes; porteur de
dpches de M. Cobentzel pour M. de Stadion  Vienne, l'empereur a dit:
Je ne veux rien de commun avec cet homme qui s'est vendu  l'Angleterre
pour payer ses dettes, et qui a ruin son matre et sa nation, en
suivant les conseils de sa soeur et de Mme Colloredo.

L'empereur fait le plus grand cas du prince Jean de Lichtenstein; il
a dit plusieurs fois; Comment, lorsqu'on a des hommes d'aussi grande
distinction, laisse-t-on mener ses affaires par des sots et des
intrigans? Effectivement le prince de Lichtenstein est un des hommes
les plus distingus, non seulement par ses talens militaires, mais
encore par ses qualits et ses connaissances.

On assure que l'empereur a dit, aprs sa confrence avec l'empereur
d'Allemagne: Cet homme me fait faire une faute, car j'aurais pu suivre
ma victoire, et prendre toute l'arme russe et autrichienne; mais enfin
quelques larmes de moins seront verses.

Austerlitz, le 15 frimaire an 14 (6 dcembre 1805).




Trente-deuxime bulletin de la grande arme.

Le gnral Friant,  la bataille d'Austerlitz, a eu quatre chevaux tus
sous lui. Les colonels Conroux et Demoustier se sont fait remarquer. Les
traits de courage sont si nombreux, qu' mesure que le rapport en
est fait  l'empereur, il dit: Il me faut toute ma puissance pour
rcompenser dignement tous ces braves gens.

Les Russes, en combattant, ont l'habitude de mettre leurs havre-sacs
bas. Comme toute l'arme russe a t mise en droute, nos soldats ont
pris tous des havre-sacs. On a pris aussi une grande partie de ses
bagages, et les soldats y ont trouv beaucoup d'argent.

Le gnral Bertrand, qui avait t dtach aprs la bataille avec un
escadron de la garde, a ramass un grand nombre de prisonniers, dix-neuf
pices de canon et beaucoup de voitures remplies d'effets. Le nombre
de pices de canon prises jusqu' cette heure, se monte  cent
soixante-dix.

L'empereur a tmoign quelque mcontentement de ce qu'on lui et envoy
des plnipotentiaires la veille de la bataille, et qu'on et ainsi
prostitu le caractre diplomatique. Cela est digne de M. de Cobentzel,
que toute la nation regarde comme un des principaux auteurs de tous ces
malheurs.

Le prince Jean de Lichtenstein est venu trouver l'empereur au chteau
d'Austerlitz. L'empereur lui a accord une confrence de plusieurs
heures. On remarque que l'empereur cause volontiers avec cet officier
gnral. Ce prince a conclu, avec le marchal Berthier, un armistice de
la teneur suivante:

M. Talleyrand se rend  Nicolsburg, o les ngociations vont s'ouvrir.




_Armistice conclu entre LL. MM. II. de France et d'Autriche._

S.M. l'empereur des Franais et S.M. l'empereur d'Allemagne voulant
arriver  des ngociations dfinitives pour mettre fin  la guerre qui
dsole les deux tats, sont convenus au pralable, de commencer par un
armistice, lequel aura lieu jusqu' la conclusion de la pais dfinitive
ou jusqu' la rupture des ngociations; et dans ce cas, l'armistice ne
devra cesser que quinze jours aprs cette rupture; et la cessation de
l'armistice sera notifie aux plnipotentiaires des deux puissances et
au quartier-gnral des deux armes.

Les conditions de l'armistice sont:

Art. 1er. La ligne des deux armes sera en Moravie, le cercle d'Iglau,
le cercle de Znam, le cercle de Brnn, la partie du cercle d'Olmutz sur
la rive droite de la petite rivire de Trezeboska en avant de Prosnitz
jusqu' l'endroit o elle se jette dans la Marck, et la rive droite de
la Marck jusqu' l'embouchure de cette rivire dans le Danube, y compris
cependant Presbourg.

Il ne sera mis nanmoins aucune troupe franaise ni autrichienne dans
un rayon de cinq  six lieues autour de Holitch,  la riv droite de la
Marck.

La ligne des deux armes comprendra en outre, dans le territoire 
occuper par l'arme franaise, toute la basse et haute Autriche, le
Tyrol, l'tat de Venise, la Carinthie, la Styrie, la Carniole, le comt
de Goritz et l'Istrie: enfin, dans la Bohme, le cercle de Montabor, et
tout ce qui est  l'est de la route de Tabor  Lintz.

2. L'arme russe vacuera les tats d'Autriche, ainsi que l Pologne
autrichienne; savoir: la Moravie et la Hongrie, dans l'espace de quinze
jours, et la Gallicie dans l'espace d'un mois. L'ordre de route de
l'arme russe sera trac, afin qu'on sache toujours o elle se trouve,
ainsi que pour viter tout malentendu.

3. Il ne sera fait en Hongrie aucune espce de leve en masse, ni
d'insurrections; et en Bohme, aucune espce de leve extraordinaire;
aucune arme trangre ne pourra entrer sur le territoire de la maison
d'Autriche.

Des ngociateurs se runiront de part et d'autre  Nicolsburg, pour
procder directement  l'ouverture des ngociations, afin de parvenir
 rtablir promptement la paix et la bonne harmonie entre les deux
empereurs.

Fait double entre nous soussigns, le marchal Berthier, ministre de la
guerre, major-gnral de la grande arme, charg des pleins pouvoirs
de S.M. l'empereur des Franais et roi d'Italie, et le prince Jean de
Lichtenstein, lieutenant-gnral, charg des pleins-pouvoirs de S.M.
l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie, etc.

A Austerlitz, le 15 frimaire an 14 (6 dcembre 1805).

_Sign, marchal_ BERTHIER, _et Jean, prince_ DE LICHTENSTEIN,
_lieutenant-gnral_.




Austerlitz, le 16 frimaire an 14 (6 dcembre 1805).

_Trente-troisime bulletin de la grande arme._

Le gnral en chef Buxhowden a t tu avec un grand nombre d'autres
gnraux russes dont on ignore les noms. Nos soldats ont ramass une
grande quantit de dcorations; le gnral russe Kutusow a t bless,
et son beau-fils, jeune homme de grand mrite, a t tue.

On a fait compter les cadavres: il en rsulte qu'il y a dix-huit mille
Russes tus, six cents Autrichiens et neuf cents Franais. Nous avons
sept mille blesss russes. Tout compte fait, nous avons trois mille
blesss Franais; le gnral Roger Valhubert est mort des suites de ses
blessures; il a crit  l'empereur une heure avant de mourir: J'aurais
voulu faire plus pour vous; je meurs dans une heure: je ne regrette pas
la vie, puisque j'ai particip  une victoire qui vous assure un rgne
heureux. Quand vous penserez aux braves qui vous taient dvous, pensez
 ma mmoire. Il me suffit de vous dire que j'ai une famille; je n'ai
pas besoin de vous la recommander.

Les gnraux Kellermann, Sbastiani et Thibaut sont hors de danger.

Les gnraux Marisy et Demont sont blesss, mais beaucoup moins
grivement.

On sera sans doute bien aise de connatre les diffrens dcrets que
l'empereur a rendus successivement en faveur de l'arme; ils sont
ci-joints.

Le corps du gnral Buxhowden, qui tait  la gauche, tait de
vingt-sept mille hommes: pas un n'a rejoint l'arme russe. Il a t
plusieurs heures sous la mitraille de quarante pices de canon, dont
une partie servie par l'artillerie de la garde impriale, et sous
la fusillade des divisions des gnraux Saint-Hilaire et Friant. Le
massacre a t horrible; la perte ds Russes ne peut s'valuer 
moins de quarante-cinq mille hommes, et l'empereur de Russie ne s'en
retournera pas chez lui avec plus de vingt-cinq mille hommes.

Puisse cette leon profiter  ce jeune prince et lui faire abandonner le
conseil qu'a achet l'Angleterre! Puisse-t-il rpondre le vritable rle
qui convient a son pays et  son caractre, et secouer enfin le joug de
ces vils oligarques de Londres! Catherine-la-Grande connaissait bien le
gnie et les ressources de la Russie, lorsque dans la premire coalition
elle n'envoya point d'arme, et se contenta de secourir les coaliss par
ses conseils et par ses voeux. Mais elle avait l'exprience d'un long
rgne et du caractre de sa nation. Elle avait rflchi sur les dangers
des coalitions. Cette exprience ne peut tre acquise  vingt-quatre
ans.

Lorsque Paul, son fils, fit marcher des armes contre la France, il
sentit bientt que les erreurs les plus courtes sont les meilleures; et
aprs une campagne, il retira ses troupes. Si Woronzow qui est  Londres
n'tait pas plus anglais que russe, il faudrait avoir une bien petite
ide de ses talens pour supposer qu'il et pu penser que soixante,
quatre-vingt, cent mille Russes parviendraient  dshonorer la France,
 lui faire subir le joug de l'Angleterre,  lui faire abandonner la
Belgique, et  forcer l'empereur  livrer sa couronne de fer  la race
dgnre des rois de Sardaigne.

Les troupes russes sont braves, mais beaucoup moins braves que les
troupes franaises; leurs gnraux sont d'une inexprience, et les
soldats d'une ignorance et d'une pesanteur qui rendent leurs armes, en
vrit, peu redoutables. Et d'ailleurs, en supposant des victoires aux
Russes, il et fallu dpeupler la Russie pour arriver au but insens que
lui avaient prescrit les oligarques de Londres.

La bataille d'Austerlitz a t donne sur le tombeau du clbre Kauny.
Cette circonstance a fait la plus grande impression, sur la tte des
Viennois. A force de prudence et de bonne conduite, et en la maintenant
toujours en bonne harmonie avec la France, il avait port l'Autriche 
un haut degr de prosprit.

Voici les noms des gnraux russes faits prisonniers: beaucoup d'autres
sont morts sur le champ de bataille. Il y a en outre quatre ou cinq
cents officiers, dont vingt majors on lieutenans-colonels, et plus de
cent capitaines: Prebiszenski, Wimpfen, Muller Zakoumsky, Muller, Berg,
Selechow, Strysy, Szlerliskow, le prince Repnin, le prince Sibersky,
Adrian, Lagonon, Salima, Mezenkow, Woycikoff.

L'empereur a mand  Brnn M. de Talleyrand qui tait  Vienne. Les
ngociations vont s'ouvrir  Nicolsbourg.

M. Maret avait joint  Austerlitz S.M., qui y a sign le travail des
ministres et du conseil d'tat.

L'empereur a couch ce soir a Brnn.




De notre camp imprial d'Austerlitz, le 16 frimaire an 14 (6 dcembre
1805).

Napolon, empereur des Franais, roi d'Italie, avons dcrt et
dcrtons ce qui suit:

ART. 1er. Les veuves des gnraux morts  la bataille d'Austerlitz
jouiront d'une pension de six mille francs leur vie durant; les veuves
des colonels et des majors, d'une pension de deux mille quatre cents
francs; les veuves des capitaines d'une pension de douze cents francs;
les veuves des lieutenans et sous-lieutenans, d'une pension de huit
cents francs; les veuves des soldats, d'une pension de deux cents
francs.

2. Notre ministre de la guerre est charg de l'excution du prsent
dcret, qui sera mis  l'ordre du jour de l'arme et insr au bulletin
des lois.

NAPOLON.




De notre camp imprial d'Austerlitz, le 16 frimaire an 14 (6 dcembre
1805).

Napolon, empereur des Franais, roi d'Italie, avons dcrt et
dcrtons ce qui suit:

ART. 1er. Nous adoptons tous les enfans des gnraux, officiers et
soldats franais morts  la bataille d'Austerlitz.

2. Ils seront tous entretenus et levs  nos frais, les garons dans
notre palais imprial de Rambouillet, et les filles dans notre palais
imprial de Saint-Germain. Les garons seront ensuite placs et les
filles maries par nous.

3. Indpendamment de leurs noms de baptme et de famille, ils auront le
droit d'y joindre celui de Napolon. Notre grand-juge fera remplir  cet
gard toutes les formalits voulues par le Code civil.

4. Notre grand-marchal du palais et notre intendant-gnral de la
couronne sont chargs, chacun en ce qui le concerne, de l'excution du
prsent dcret, qui sera mis  l'ordre du jour de l'arme et insr au
bulletin des lois.

NAPOLON.




Brnn, le 19 frimaire an 14 (9 dcembre 1805).

Trente-quatrime bulletin de la grande arme.

L'empereur a reu aujourd'hui M. le prince Repnin fait prisonnier  la
bataille d'Austerlitz  la tte des chevaliers-gardes, dont il tait
le colonel. S.M. lui a dit qu'elle ne voulait pas priver l'empereur
Alexandre d'aussi braves gens, et qu'il pouvait runir tous les
prisonniers de la garde impriale russe et retourner avec eux en Russie.
S.M. a exprim le regret que l'empereur de Russie et voulu livrer
bataille, et a dit que ce monarque, s'il l'avait cru la veille, aurait
pargn le sang et l'honneur de son arme.

M. le prince Jean de Lichtenstein est arriv hier avec de
pleins-pouvoirs. Les confrences entre lui et M. de Talleyrand sont en
pleine activit.

Le premier aide-de-camp Junot, que S.M. avait envoy auprs de
l'empereur d'Allemagne et de Russie, a vu a Holitz l'empereur
d'Allemagne, qui l'a reu avec beaucoup de grce et de distinction. Il
n'a pu continuer sa mission, parce que l'empereur Alexandre tait parti
en poste pour Saint-Ptersbourg, ainsi que le gnral Kutuzow.

S.M. a reu a Brnn M. d'Haugwitz, et a paru trs-satisfaite de tout ce
que lui a dit ce plnipotentiaire qu'elle a accueilli, d'une manire
d'autant plus distingue, qu'il s'est toujours dfendu de la dpendance
de l'Angleterre, et que c'est  ses conseils qu'on doit attribuer la
grande considration et la prosprit dont jouit la Prusse. On ne
pourrait en dire autant d'un autre ministre qui, n en Hanovre, n'a pas
t inaccessible  la pluie d'or. Mais toutes les intrigues ont t et
seront impuissantes contre le bon esprit et la haute sagesse du roi de
Prusse. Au reste, la nation franaise ne dpend de personne, et cent
cinquante mille ennemis de plus n'auraient fait autre chose que
de rendre la guerre plus longue. La France et la Prusse, dans ces
circonstances, ont eu  se louer de M. le duc de Brunswick, de MM. de
Mollendorff, de Knobelsdorff, Lombard, et sur-tout du roi lui-mme. Les
intrigues anglaises ont souvent paru gagner du terrain; mais, comme, en
dernire analyse, on ne pouvait arriver  aucun parti sans aborder de
front la question, toutes les intrigues ont chou devant la volont du
roi. En vrit, ceux qui les conduisaient abusaient trangement de
sa confiance: la Prusse peut-elle avoir un ami plus solide et plus
dsintress que la France?

La Russie est la seule puissance en Europe qui puisse faire une guerre
de fantaisie: aprs une bataille perdue ou gagne, les Russes s'en
vont: la France, l'Autriche, la Prusse, au contraire, doivent mditer
long-temps les rsultats de la guerre: une ou deux batailles sont
insuffisantes pour en puiser toutes les chances.

Les paysans de Moravie tuent les Russes partout o ils les rencontrent
isols. Ils en ont dj massacr une centaine. L'empereur des Franais
a donn des ordres pour que des patrouilles de cavalerie parcourent les
campagnes, et empchent ces excs. Puisque l'arme ennemie se retire,
les Russes qu'elle laisse aprs elle sont sous la protection du
vainqueur. Il est vrai qu'ils ont commis tant de dsordres, tant
de brigandages, qu'o ne doit pas s'tonner de ces vengeances. Ils
maltraitaient les pauvres comme les riches: trois cents coups de bton
leur paraissaient une lgre offense. Il n'est point d'attentats qu'ils
n'aient commis. Le pillage, l'incendie des villages, le massacre, tels
taient leurs jeux. Ils ont mme tu des prtres jusque sur les autels!
Malheur au souverain qui attirera un tel flau sur son territoire! La
bataille d'Austerlitz a t une victoire europenne, puisqu'elle a fait
tomber le prestige qui semblait s'attacher au nom de ces _barbares_. Ce
mot ne peut s'appliquer cependant ni a la cour ni au plus grand nombre
des officiers, ni aux habitans des villes qui sont au contraire
civiliss jusqu' la corruption.




Brnn, le 20 frimaire an 14 (10 dcembre 1805).

_Trente-cinquime bulletin de la grande-arme_.

L'arme russe s'est mise en marche le 17 frimaire sur trois colonnes,
pour retourner en Russie. La premire a pris le chemin de Cracovie
et Therespol: la seconde, celui de Kaschau, Lemberg et Brody, et la
troisime, celui de Cizrnau, Wotrell et Hussiatin. A la tte de la
premire, est parti l'empereur de Russie avec son frre le grand-duc
Constantin.

Indpendamment de l'artillerie de bataille, un parc entier de cent
pices de canon a t pris aux Russes avec tous leurs caissons.

L'empereur est all voir ce parc; il a ordonn que toutes les pices
prises fussent transportes en France. Il est sans exemple que, dans une
bataille, on ait pris cent cinquante a cent soixante pices de canon,
toutes ayant fait feu et servi dans l'action.

Le chef d'escadron Chaloppin, aide-de-camp du gnral Bernadette, a t
tu.

Les colonels Lacour du cinquime rgiment de dragons, Digeon du
vingt-sixime de chasseurs, Bessires du onzime de chasseurs, frre
du marchal Bessires; Grard, colonel, aide-de-camp du marchal
Bernadotte; Mars, colonel, aide-de-camp du marchal Davoust, ont t
blesss.

Les chefs de bataillon Perrier du trente-sixime rgiment d'infanterie
de ligne; Guye, du quatrime de ligue; Schwiter, du cinquante-septime
de ligne; les chefs d'escadron Grumblot, du deuxime rgiment de
carabiniers; Didelon, du neuvime de dragons; Boudichon, du quatrime de
hussards; le chef de bataillon du gnie Abrissot, Rabier et Mobillard
du cinquante-cinquime de ligne; Profit, du quarante-troisime, et les
chefs d'escadron Trville, du vingt-sixime de chasseurs, et David, du
deuxime de hussards, ont t blesss.

Les chefs d'escadron des chasseurs  cheval de la garde impriale
Beyermann, Bohu et Thity, ont t blesss.

Le capitaine Terv, des chasseurs  cheval de la garde, est mort des
suites de ses blessures.

Le capitaine Geist; les lieutenans Bureau, Barbangre, Guyot, Fournier,
Adet, Bayeux et Renuo, des chasseurs  cheval de la garde, et les
lieutenans Mnager et Rolles, des grenadiers  cheval de la garde, ont
t blesss.




Lettre de S.M. l'Empereur et Roi  M. le cardinal archevque de Paris.

Mon cousin, nous ayons pris quarante-cinq drapeaux sur nos ennemis,
le jour de l'anniversaire de notre couronnement, de ce jour o le
Saint-Pre, ses cardinaux et tout le clerg de France firent des prires
dans le sanctuaire de Notre-Dame, pour la prosprit de notre rgne.
Nous avons rsolu de dposer lesdits drapeaux dans l'glise de
Notre-Dame, mtropole de notre bonne ville de Paris. Nous avons ordonn,
en consquence, qu'ils vous soient adresss, pour la garde en tre
confie  votre chapitre mtropolitain. Notre intention est que,
tous les ans, audit jour, un office solennel soit chant dans ladite
mtropole, en mmoire des braves morts pour la patrie dans cette grande
journe, lequel office sera suivi d'actions de grce pour la victoire
qu'il a plu au Dieu des armes de nous accorder. Cette lettre n'tant
pas  une autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa
sainte et digne garde.

NAPOLON.




Schoenbrnn, le 23 frimaire an 14 (13 dcembre 1805).

Trente-sixime bulletin de la grande arme.

Ce sera un recueil d'un grand intrt, que celui des traits de bravoure
qui ont illustr la Grande-Arme.

Un carabinier du 10e rgiment d'infanterie lgre a le bras gauche
emport par un boulet de canon: _Aide-moi,_ dit-il  son camarade, _
ter mon sac, et cours me venger: je n'ai pas besoin d'autres secours._
Il met ensuite son sac sur son bras droit, et marche seul vers
l'ambulance.

Le gnral Thibaut, dangereusement bless, tait transport par quatre
prisonniers russes; six Franais blesss l'aperoivent, chassent les
Russes et saisissent le brancard, en disant: _C'est  nous seuls
qu'appartient l'honneur de porter un gnral franais bless._

Le gnral Valhubert a la cuisse emporte d'un coup de canon, quatre
soldats se prsentent pour l'enlever: Souvenez-vous de l'ordre du jour,
leur dit-il d'une voix de tonnerre, et serrez vos rangs. Si vous revenez
vainqueurs, on me relvera aprs la bataille; si vous tes vaincus, je
n'attach plus de prix  la vie.

Ce gnral est le seul dont on ait  regretter la perte; tous les autres
gnraux blesss sont en pleine gurison.

Les bataillons des tirailleurs du P et des tirailleurs corses se sont
bravement comports dans la dfense du village de Strolitz. Le colonel
Franceschi, avec le 8e de hussards, s'est fait remarquer par son courage
et sa bonne conduite.

On a fait couler l'eau du lac, sur lequel de nombreux corps russes
s'taient enfuis le jour de la bataille d'Austerlitz, et l'on en a
retir quarante pices de canon russes, et une grande quantit de
cadavres.

L'empereur est arriv ici avant hier 21  dix heures du soir.

Il a reu hier la dputation des maires de Paris, qui lui ont t
prsentes par S.A.S. le prince Murat.

M. Dupont, maire du 7e arrondissement, a prononc un discours auquel
S.M. l'Empereur a rpondu:

Qu'il voyait avec plaisir la dputation des maires de Paris; que,
quoiqu'il les ret dans le Palais de Marie-Thrse, le jour o il se
retrouverait au milieu de son bon peuple de Paris, serait pour lui un
jour de fte; qu'ils avaient t  porte de voir les malheurs de la
guerre et d'apprendre, par le triste spectacle dont leurs regards ont
t frapps, que tous les Franais doivent considrer comme salutaire et
sacre la loi de la conscription, s'ils ne veulent pas que quelque jour
leurs habitations soient dvastes et le beau territoire de la France
livr, ainsi que l'Autriche et la Moravie, aux ravages des barbares;
que, dans leurs rapports avec la bourgeoisie de Vienne, ils ont pu
s'assurer qu'elle-mme apprcie la justice de notre cause, et la funeste
influence de l'Angleterre et de quelques hommes corrompus. Il a ajout
qu'il veut la paix, mais une paix qui assure le bien-tre du peuple
franais, dont le bonheur, le commerce et l'industrie sont constamment
entravs par l'insatiable avidit de l'Angleterre.

S.M. a ensuite fait connatre aux dputs qu'elle tait dans l'intention
de faire hommage  la cathdrale de Paris des drapeaux conquis sur les
Russes le jour anniversaire de son couronnement, et de leur confier ces
trophes pour les porter au cardinal archevque.




Schoenbrnn, le 6 nivose an 14 (27 dcembre 1805).

Proclamation  la grande arme.

Soldats,

La paix entre moi et l'empereur d'Autriche est signe. Vous avez, dans
cette arrire-saison, fait deux campagnes; vous avez rempli tout ce que
j'attendais de vous. Je vais partir pour me rendre dans ma capitale;
j'ai accord de l'avancement et des rcompenses  ceux qui se sont le
plus distingus: je vous tiendrai tout ce que je vous ai promis. Vous
avez vu votre empereur partager avec vous vos prils et vos fatigues;
je veux aussi que vous veniez le voir entour de la grandeur et de la
splendeur qui appartiennent au souverain du premier peuple de l'univers.
Je donnerai une grande fte, aux premiers jours de mai,  Paris; vous y
serez tous, et, aprs, nous irons o nous appelrent le bonheur de notre
patrie et les intrts de notre gloire.

Soldats, pendant ces trois mois qui vous seront ncessaires pour
retourner en France, soyez le modle de toutes les armes: ce ne sont
plus des preuves de courage et d'intrpidit que vous tes appels 
donner, mais d'une svre discipline. Que mes allis n'aient pas  se
plaindre de voire passage; et, en arrivant sur ce territoire sacr,
comportez-vous comme des enfans au milieu de leur famille: mon peuple
se comportera avec vous comme il le doit envers ses hros et ses
dfenseurs.

Soldats, l'ide que je vous verrai tous, avant six mois, rangs autour
de mon palais, sourit  mon coeur, et j'prouve d'avance les plus
tendres motions: nous clbrerons la mmoire de ceux qui, dans ces deux
campagnes, sont morts au champ d'honneur, et le monde nous verra tout
prts  imiter leur exemple, et  faire encore plus que nous n'avons
fait, s'il le faut, contre ceux qui voudraient attaquer notre honneur ou
qui se laisseraient sduire par les corrupteurs des ternels ennemis du
continent.

NAPOLON.




Schoenbrnn, le 6 nivose an 14 (27 dcembre 1805).

_Proclamation aux habitans de Vienne._

Habitans de la ville de Vienne,

J'ai sign la paix avec l'empereur d'Autriche. Prt  partir pour ma
capitale, je veux que vous sachiez l'estime que je vous porte, et le
contentement que j'ai de votre bonne conduite pendant le temps que
vous avez t sous ma loi. Je vous ai donn un exemple inoui, jusqu'
prsent, dans l'histoire des nations. Dix mille hommes de votre garde
nationale sont rests arms, ont gards vos portes; votre arsenal tout
entier est rest en votre pouvoir; et, pendant ce temps-l, je courais
les chances les plus hazardeuses de la guerre. Je me suis, confi en vos
sentimens d'honneur, de bonne foi, de loyaut: vous avez justifi ma
confiance.

Habitans de Vienne, je sais que vous avez tous blm la guerre que des
ministres vendus  l'Angleterre ont suscite sur le continent. Votre
souverain est clair sur les menes de ces ministres corrompus; il
est livr tout entier aux grandes qualits qui le distinguent; et,
dsormais, j'espre pour vous et pour le continent des jours plus
heureux.

Habitans de Vienne, je me suis peu montr parmi vous, non par ddain ou
par un vain orgueil; mais je n'ai pas voulu distraire en vous aucun des
sentimens que vous deviez au prince avec qui j'tais dans l'intention de
faire une prompte paix. En vous quittant, recevez, comme un prsent qui
vous prouve mon estime, votre arsenal intact, que les lois de la guerre
ont rendu ma proprit; servez-vous en toujours pour le maintien de
l'ordre. Tous les maux que vous avez soufferts, attribuez-les aux
malheurs insparables de la guerre; et tous les mnagemens que mon arme
a apports dans vos contres, vous les devez  l'estime que vous avez
mrite.

NAPOLON




De mon camp imprial de Schoenbrnn, le 6 nivose an 14 (27 dcembre
1805).

_Proclamation  l grande arme._

Soldats,

Depuis dix ans, j'ai tout fait pour sauver le roi de Naples; il a tout
fait pour se perdre.

Aprs la bataille de Dego, de Mondovi, de Lodi, il ne pouvait m'opposer
qu'une faible rsistance. Je me fiai aux paroles de ce prince, et fus
gnreux envers lui.

Lorsque la seconde coalition fut dissoute  Marengo, le roi de Naples,
qui, le premier, avait commenc cette injuste guerre, abandonn 
Lunville par ses allis, resta seul et sans dfense. Il m'implora; je
lui pardonnai une seconde fois.

Il y a peu de mois, vous tiez aux portes de Naples. J'avais d'assez
lgitimes raisons, et de suspecter la trahison qui se mditait, et de
venger les outrages qui m'avaient t faits. Je fus encore gnreux. Je
reconnus la neutralit de Naples; je vous ordonnai d'vacuer ce royaume;
et, pour la troisime fois, la maison de Naples fut raffermie et sauve.

Pardonnerons-nous une quatrime fois? nous fierons-nous une quatrime
fois  une cour, sans foi, sans honneur, et sans raison? Non! non. La
dynastie de Naples a cess de rgner; son existence est incompatible
avec le repos de l'Europe et l'honneur de ma couronne.

Soldats, marchez; prcipitez dans les flots, si tant est qu'ils vous
attendent, ces dbiles bataillons des tyrans des mers. Montrez au
monde de quelle manire nous punissons les parjures. Ne tardez pas 
m'apprendre que l'Italie est toute entire soumise  mes lois ou 
celles de mes allis; que le plus beau pays de la terre est affranchi du
joug des hommes les plus perfides; que la saintet du trait est venge,
et que les mnes de mes braves soldats gorgs dans les ports de Sicile
 leur retour d'Egypte, aprs avoir chapp aux prils des naufrages,
des dserts, et de cent combats, sont enfin apaiss.

Soldats, mon frre marchera  votre tte; il connat mes projets;
il est le dpositaire de mon autorit; il a toute ma confiance;
environnez-le de toute la vtre.

NAPOLON




FIN DU QUATRIME VOLUME.







End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, TOME
III., by Napolon Bonaparte

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
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work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
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