The Project Gutenberg EBook of Le Rideau lev, by Comte de Mirabeau

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Title: Le Rideau lev
       ou l'Education de Laure

Author: Comte de Mirabeau

Release Date: October 7, 2008 [EBook #26809]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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[Transcriber's Note: MIRABEAU (Honor Gabriel Riquetti,
comte de Mirabeau) (1749-1791),
_Le Rideau lev ou l'Education de Laure_ (1786), dition de 1921

A French erotic novel of the 18th Century]





LES MAITRES DE L'AMOUR


L'oeuvre

du

Comte de Mirabeau


(...)


Le Rideau lev, ou l'Education de Laure


(...)


PARIS

BIBLIOTHEQUE DES CURIEUX

4, RUE DE FURSTENBERG, A

MCMXXI






LE RIDEAU LEVE OU L'EDUCATION DE LAURE




Retirez-vous, censeurs atrabilaires;

Fuyez, dvots, hypocrites ou fous;

Prudes, guenons, et vous, vieilles mgres:

Nos doux transports ne sont pas faits pour vous.


A CYTHERE


MDCC LXXXVIII




LETTRE DE SOPHIE AU CHEVALIER D'OLZAN


Je t'envoie, cher Chevalier, un petit manuscrit gaillard.

Tu aurais de la peine  t'imaginer o je l'ai pris. C'est une
bagatelle sortie d'une jolie main de mon sexe; et c'est un
dlassement badin adress dans un clotre. Comment un tel
brviaire se put-il introduire parmi les guimpes d'une
religieuse? C'est ce que mes yeux eurent de la peine  me
persuader; rien n'est cependant plus vrai, cher Chevalier, et
c'tait un prsent digne de sa destination. L'amour n'est
point tranger dans ces lieux; le sentiment constitue le
naturel du beau sexe; la sensibilit forme la principale
partie de son essence; la volupt exerce un empire vainqueur
sur ces tres dlicats. A ces dispositions originaires, qu'on
joigne les effets chauffants d'une imagination exalte dans
la retraite et l'oisivet, on trouvera la raison de cette
fureur intestine qui nous matrise dans les couvents.

C'est ainsi que les femmes de ces pays, o les hommes jaloux
les tiennent prisonnires, trouvent si prcieuses des
jouissances dont l'ide habituelle qu'elles en ont n'est point
contrebalance par d'autres objets de dissipation. Dans la
socit, un tumulte de soins et de plaisirs nerve les
passions au lieu de les concentrer; l'clat sduisant d'une
vaine coquetterie entrane les femmes les plus sensuelles;
l'amour imptueux reste en partage  la solitude obscure et
mlancolique: il n'est donc pas tonnant que les mystres
consigns ici se soient glisss dans une cellule pour en
occuper tendrement les loisirs.

Ton absence me rendait tout le monde  charge, et ma soeur, la
religieuse, me sollicitait d'aller passer quelques jours avec
elle: je me suis rendue  son envie. Ah! cher ami, que je suis
pntre, quoique sa soeur, des tourments qu'elle doit
endurer. Elle a le coeur tendre, l'esprit vif, le got
dlicat; elle possde les grces et la beaut; elle s'est
trouve clotre avant de se connatre. A sa place, que je
serais malheureuse, moi qui ai moins qu'elle de droit au
bonheur! Elle attendait avec impatience une amie qui devait
bientt la rejoindre. Ds le premier jour, elle m'en parla
avec des transports d'une tendresse inoue; elle me la
dpeignait avec des couleurs tout  fait animes: elle
tournait sans cesse la conversation sur cet objet intressant.
Elle reut de sa part un coffre trs joli; il tait plein de
petits ustensiles et de chiffons propres  une religieuse.

Il attira les regards, selon l'usage, des bonnes Mres
tourires et suprieures, toutes plus curieuses ordinairement
que ruses. Une dcouverte prcieuse leur chappa. Ma soeur
m'ayant laisse seule, la curiosit me prit  mon tour.

Je m'aperus que le fond tait bien pais pour une si petite
bote; en effet, il se trouva double, et il renfermait le
petit dtail que je t'envoie. J'en ai secrtement tir copie
dans les heures de prire de ma recluse. Puisse la lecture que
te procure la main de ton amante te drober des moments aux
belles de Paris! Ton absence me tue. Rapporte-moi, cher
Chevalier, ton coeur et ma vie, ainsi que ce joli manuscrit:
nous le relirons ensemble.


Le chevalier d'Olzan y a substitu d'autres noms, et l'a fait
imprimer, sans toucher au style; il a pens que la plume d'une
femme ne pouvait tre que mal taille par la main d'un homme.


LAURE A EUGENIE


Loin de moi, imbciles prjugs, il n'y a que les mes
craintives qui vous soient asservies: Eugnie, accable
d'ennui dans sa solitude, exige de sa chre Laure ce petit
amusement tendre. Il n'y a plus rien qui puisse me retenir.

Oui, ma chre Eugnie, ces moments dlicieux, dont je t'ai
quelquefois entretenue dans ton lit; ces transports des sens,
dont nous avons cherch  rpter les plaisirs dans les bras
l'une de l'autre; ces tableaux de ma jeunesse, dont nous avons
voulu raliser la volupt: eh bien! pour te satisfaire, je
vais, sous des traits ressemblants, les retracer ici.

Tout ce que j'ai fait et pens ds ma plus tendre enfance,
tout ce que j'ai vu et ressenti va reparatre sous tes yeux.

Je ferai renatre dans toi ces sensations vives, ces
mouvements prcieux, dont l'ivresse a tant de charmes. Mes
expressions seront vraies, naturelles et hardies; j'oserai
mme dessiner de ma main des figures dignes du sujet et de tes
dsirs enflamms; je ne crains pas de manquer d'nergie.
Eugnie, c'est toi qui m'inspires et qui m'chauffes. Tu es ma
Vnus et mon Apollon; mais garde-toi, chre amie, que ma
confidence chappe de tes mains; souviens-toi que tu es dans
le sanctuaire de l'imbcillit ou de la dissimulation: celles
mme des religieuses qui sont dans la bonne foi ont un zle
mille fois moins  craindre que celles qui gotent, sous un
voile hypocrite, la volupt la plus exquise et la plus
raffine. Tu ne serais que criminelle aux yeux des unes, et
les autres crieraient hautement  l'infamie.

Le bonheur des femmes aime partout l'ombre et le mystre; mais
la crainte et la dcence donnent du prix  leurs plaisirs. Cet
ouvrage-ci ne doit jamais voir le jour: il n'est point fait
pour les yeux du vulgaire; il serait indign de la franchise
d'une femme, et son impertinente crdulit lui donne de
l'horreur pour la nudit des productions de la nature.

Tu ne le croirais pas, ma chre Eugnie, c'est que les hommes,
mme les plus libres, nous envient jusqu'aux privauts de
l'imagination. Ils ne veulent nous permettre que les plaisirs
qu'ils nous dpartissent. Nous ne sommes,  leurs yeux, que
des esclaves qui ne devons rien tenir que de la main du matre
imprieux qui nous a subjugues.

Tout est pour eux, ou doit se rapporter  eux; ils deviennent
des tyrans ds qu'on ose diviser leurs plaisirs; ils sont
jaloux, si l'on ose s'envisager  son tour. Egostes, ils
prtendent l'tre seuls, et que personne ne le soit.

Dans les plaisirs qu'ils prennent avec nous, il en est peu qui
pensent  nous les faire partager. Il y en a mme qui
cherchent  s'en procurer en nous tourmentant et en nous
faisant prouver des traitements douloureux. A quelles
bizarreries leur extravagance ne les porte-t-elle pas? Leur
imagination ardente, fougueuse et remplie d'carts s'teint
avec la mme facilit qu'elle s'allume; leurs dsirs
licencieux, sans frein, inconstants et perfides errent d'un
objet vers l'autre. Par une contradiction perptuelle avec
leurs sentiments, ils exigent que nous ne jouissions pas des
privilges qu'ils se sont arrogs; nous, dont la sensibilit
est plus grande, dont l'imagination est encore plus vive et
plus inflammable par la nature de notre constitution.

Ah! les cruels qu'ils sont! Ils veulent anantir nos facults,
tandis que notre froideur insipide ferait leur tourment et
leur malheur. Quelques-uns,  la vrit, suivent une ligne
carte du tourbillon ordinaire; mais il serait toujours
imprudent de nous dvoiler  leurs yeux.

Cet ouvrage ne serait pas moins dplac devant ces tres
engourdis que l'amour ne peut mouvoir: je parle de ces femmes
flegmatiques que les empressements des hommes aimables ne
peuvent exciter, et de ces graves personnages que la beaut ne
peut rveiller. Il en existe, Eugnie, de ces animaux
indfinis, pars du titre fastueux de virtuoses et de
philosophes, livrs  l'effervescence d'une bile noire, aux
vapeurs sombres et malfaisantes de la mlancolie, qui fuient
le monde dont ils sont mpriss: ces gens-l, comme la
vieillesse inutile, blment amrement tous les plaisirs dont
ils sont dchus.

Il en est d'autres, au contraire, d'un temprament fougueux,
mais que les prjugs de l'ducation et la timidit ont
enthousiasms pour le nom d'une vertu dont ils ne connurent
jamais l'essence; ils dtournent les jaculations naturelles
de leur coeur pour en diriger les lans vers des tres
fantastiques. L'amour est un dieu profane qui ne mrite pas
leur encens; et si, sous le nom d'hymen, ils lui sacrifient
quelquefois, ils deviennent des fanatiques qui, sous le titre
d'honneur, dguisent leur dure jalousie. C'est pour nous un
blasphme que d'exprimer l'amour.

Ainsi, ma chre Eugnie, il ne faut choquer personne; gardons
nos confidences libertines pour nous gayer dans le
particulier; c'est  toi seule que je veux ouvrir mon coeur;
c'est uniquement pour toi que je ne couvrirai d'aucune gaze
les tableaux que je mettrai sous tes yeux. Ils seront cachs
pour les autres, ainsi que les liberts que nous avons prises
ensemble.

Il n'y a que l'amiti ou l'amour qui puissent arrter des
regards de complaisance sur les objets licencieux que ma plume
et mes crayons vont tcher d'exprimer.


EDUCATION DE LAURE


Je sortais de ma dixime anne; ma mre tomba dans un tat de
langueur qui, aprs huit mois, la conduisit au tombeau. Mon
pre, sur la perte duquel je verse tous les jours les larmes
les plus amres, me chrissait; son affection, ses sentiments
si doux pour moi se trouvaient pays, de ma part, du retour le
plus vif.

J'tais continuellement l'objet de ses caresses les plus
tendres; il ne se passait point de jour qu'il ne me prt dans
ses bras et que je ne fusse en proie  des baisers pleins de
feu.

Je me souviens que ma mre, lui reprochant un jour la chaleur
qu'il paraissait y mettre, il lui fit une rponse dont je ne
sentis pas alors l'nergie. Mais cette nigme me fut
dveloppe quelque temps aprs:

-- De quoi vous plaignez-vous, madame? Je n'ai point  en
rougir: si c'tait ma fille, le reproche serait fond, je ne
m'autoriserais pas mme de l'exemple de Loth; mais il est
heureux que j'aie pour elle la tendresse que vous me voyez: ce
que les conventions et les lois ont tabli, la nature ne l'a
pas fait; ainsi brisons l-dessus.

Cette rponse n'est jamais sortie de ma mmoire. Le silence de
ma mre me donna ds cet instant beaucoup  penser, sans
parvenir au but; mais il rsulta de cette discussion et de mes
petites ides que je sentis la ncessit de m'attacher
uniquement  lui, et je compris que je devais tout  son
amiti. Cet homme, rempli de douceur, d'esprit, de
connaissance et de talents, tait form pour inspirer le
sentiment le plus tendre.

J'avais t favorise de la nature; j'tais sortie des mains
de l'amour. Le portrait que je vais faire de moi, chre
Eugnie, c'est d'aprs lui que je le trace. Combien de fois
m'as-tu redit qu'il ne m'avait point flatte: douce illusion
dans laquelle tu m'entranes, et qui m'engage  rpter ce que
je lui ai entendu dire souvent! Ds mon enfance, je promettais
une figure rgulire et prvenante; j'annonais des grces,
des formes bien prises et dgages, la taille noble et svelte;
j'avais beaucoup d'clat et de blancheur.

L'inoculation avait sauv mes traits des accidents qu'elle
prvient ordinairement; mes yeux bruns, dont la vivacit tait
tempre par un regard doux et tendre, et mes cheveux d'un
chtain cendr, se mariaient avantageusement.

Mon humeur tait gaie; mais mon caractre tait port, par une
pente naturelle,  la rflexion.

Mon pre tudiait mes gots et mes inclinations; il me jugea:
aussi cultivait-il mes dispositions avec le plus grand soin.
Son dsir particulier tait de me rendre vraie avec
discrtion. Il souhaitait que je n'eusse rien de cach pour
lui: il y russit aisment. Ce tendre pre mettait tant de
douceur dans ses manires affectueuses qu'il n'tait pas
possible de s'en dfendre. Ses punitions les plus svres se
rduisaient  ne me point faire de caresses, et je n'en
trouvais point de plus mortifiantes.

Quelque temps aprs la perte de ma mre, il me prit dans ses
bras:

-- Laurette, ma chre enfant, votre onzime anne est rvolue,
vos larmes doivent avoir diminu, je leur ai laiss un terme
suffisant; vos occupations feront diversion  vos regrets, il
est temps de les reprendre... Tout ce qui pouvait former une
ducation brillante et recherche partageait les instants de
mes jours. Je n'avais qu'un seul matre, et ce matre c'tait
mon pre: dessin, danse, musique, sciences, tout lui tait
familier.

Il m'avait paru facilement se consoler de la mort de ma mre;
j'en tais surprise, et je ne pus enfin me refuser de lui en
parler.

-- Ma fille, ton imagination se dveloppe de bonne heure, je
puis donc  prsent te parler avec cette vrit et cette
raison que tu es capable d'entendre. Apprends donc, ma chre
Laure, que, dans une socit dont les caractres et les
humeurs sont analogues, le moment qui la divise pour toujours
est celui qui dchire le coeur des individus qui la composent,
et qui rpand la douleur sur leur existence. Il n'y a point de
fermet ni de philosophie pour une me sensible, qui puisse
faire soutenir ce malheur sans chagrin, ni de temps qui en
efface le regret. Mais quand on n'a pas l'avantage de
sympathiser les uns avec les autres, on ne voit plus la
sparation que comme une loi despotique de la nature, 
laquelle tout tre vivant est soumis. Il est d'un homme sens,
dans une circonstance pareille, de supporter comme il convient
cet arrt du sort auquel rien ne peut se soustraire, et de
recevoir avec sang-froid et une tranquillit modeste,
absolument dgage d'affectation et de grimaces, tout ce qui
le soustrait aux chanes pesantes qu'il portait.

"N'irai-je pas trop loin, ma chre fille, si, dans l'ge o tu
es, je t'en dis davantage? Non, non, apprends de bonne heure 
rflchir et  former ton jugement, en le dgageant des
entraves du prjug, dont le retour journalier t'obligera sans
cesse d'aplanir le sillon qu'il tchera de se tracer dans ton
imagination. Reprsente-toi deux tres opposs par leur
humeur, mais unis intimement par un pouvoir ridicule, que des
convenances d'tat ou de fortune, que des circonstances qui
promettaient en apparence le bonheur, ont dtermins ou
subjugus par un enchantement momentan dont l'illusion se
dissipe  mesure que l'un des deux laisse tomber le masque
dont il couvrait son caractre naturel: conois combien ils
seraient heureux d'tre spars. Quel avantage pour eux, s'il
tait possible, de rompre une chane qui fait leur tourment et
imprime sur leurs jours les chagrins les plus cuisants, pour
se runir  des caractres qui sympathisent avec eux! Car ne
t'y trompe pas, ma Laurette, telle humeur qui ne convient pas
 tel individu s'allie trs bien avec un autre, et l'on voit
rgner entre eux la meilleure intelligence, par l'analogie de
leurs gots et de leur gnie. En un mot, c'est un certain
rapport d'ides, de sentiments, d'humeur et de caractre qui
fait l'amnit et la douceur des unions; tandis que
l'opposition qui se trouve entre deux personnes, augmente par
l'impossibilit de les sparer, fait le malheur et aggrave le
supplice de ces tres enchans contre leur gr!

-- Quel tableau! quelles images! Cher papa, tu me dgotes
davantage du mariage. Est-ce l ton but?

-- Non, ma chre fille; mais j'ai tant d'exemples  ajouter au
mien que j'en parle en connaissance de cause; et pour appuyer
ce sentiment si raisonnable, et mme si naturel, lis ce que le
prsident de Montesquieu en dit dans ses Lettres persanes, 
la cent-douzime. Si l'ge et des lumires acquises te
mettaient dans le cas de le combattre par les prtendus
inconvnients qu'on voudrait y trouver, il me serait facile de
les lever et de donner les moyens de les parer; je pourrais
donc te rendre compte de toutes les rflexions que j'ai faites
 ce sujet; mais ta jeunesse ne me met pas  mme de m'tendre
sur un objet de cette nature.

Mon pre termina l.

C'est  prsent, tendre amie, que tu vas voir changer la
scne. Eugnie! chre Eugnie! Passerai-je outre? Les cris que
je crois entendre autour de moi soulvent ma plume, mais
l'amour et l'amiti l'appuient: je poursuis.

Quoique mon pre ft entirement occup de mon ducation,
aprs deux ou trois mois, je le trouvai rveur, inquiet; il
semblait qu'il manquait quelque chose  sa tranquillit. Il
avait quitt, depuis la mort de ma mre, le sjour o nous
demeurions pour me conduire dans une grande ville, et se
livrer entirement aux soins qu'il prenait de moi; peu
dissip, j'tais le centre o il runissait toutes ses ides,
son application et toute sa tendresse. Les caresses qu'il me
faisait, et qu'il ne mnageait pas, paraissaient l'animer; ses
yeux taient plus vifs, son teint plus color, ses lvres plus
brlantes. Il prenait mes petites fesses, il les maniait, il
passait un doigt entre mes cuisses, il baisait ma bouche et ma
poitrine. Souvent il me mettait totalement nue, et me
plongeait dans un bain. Aprs m'avoir essuye, aprs m'avoir
frotte d'essences, il portait ses lvres sur toutes les
parties de mon corps, sans en excepter une seule; il me
contemplait, son sein paraissait palpiter, et ses mains
animes se reposaient partout: rien n'tait oubli.

Que j'aimais ce charmant badinage, et le dsordre o je le
voyais! Mais au milieu de ses plus vives caresses il me
quittait, et courait s'enfoncer dans sa chambre.

Un jour, entre autres, qu'il m'avait accable des plus ardents
baisers, que je lui avais rendus par mille et mille aussi
tendres, o nos bouches s'taient colles plusieurs fois, o
sa langue mme avait mouill mes lvres, je me sentis tout
autre. Le feu de ses baisers s'tait gliss dans mes veines;
il m'chappa dans l'instant o je m'y attendais le moins; j'en
ressentis du chagrin. Je voulus dcouvrir ce qui l'entranait
dans cette chambre dont il avait pouss la porte vitre, qui
formait la seule sparation qu'il y avait entre elle et la
mienne; je m'en approchai, je portai les yeux sur tous les
carreaux dont elle tait garnie; mais le rideau qui tait de
son ct, dvelopp dans toute son tendue, ne me laissa rien
apercevoir, et ma curiosit ne fit que s'en accrotre.

Le surlendemain de ce jour, on lui remit une lettre qui parut
lui faire plaisir. Quand il en eut fait la lecture:

-- Ma chre Laure, vous ne pouvez rester sans gouvernante; on
m'en envoie une qui arrivera demain: on m'en a fait beaucoup
d'loges, mais il est ncessaire de la connatre pour juger
s'ils ne sont point outrs...

Je ne m'attendais nullement  cette nouvelle; je t'avoue,
chre Eugnie, qu'elle m'attrista: sa prsence me gnait dj,
sans savoir pourquoi, et sa personne me dplaisait, mme avant
de l'avoir vue.

En effet, Lucette arriva le jour qu'elle tait annonce.

C'tait une grande fille trs bien faite, entre dix-neuf et
vingt ans: belle gorge, fort blanche, d'une figure revenante
sans tre jolie; elle n'avait de rgulier qu'une bouche trs
bien dessine, des lvres vermeilles, les dents petites, d'un
bel mail et parfaitement ranges. J'en fus frappe d'abord.

Mon pre m'avait appris  connatre une belle bouche en me
flicitant cent fois sur cet avantage. Lucette unissait  cela
un excellent caractre, beaucoup de douceur, de bont, et une
humeur charmante. Mon amiti, malgr ma petite prvention, se
porta bientt vers elle, et j'ai eu lieu de m'y attacher
fortement. Je m'aperus que mon pre la reut avec une
satisfaction qui rpandit la srnit dans ses yeux.

L'envie et la jalousie, ma chre, sont trangres  mon coeur,
rien ne me parat plus mal fond. D'ailleurs, ce qui fait
natre les dsirs des hommes ne tient souvent pas  notre
beaut, ni  notre mrite: ainsi, pour notre propre bonheur,
laissons-les libres, sans inquitude. Il y en a dont
l'infidlit est souvent un feu lger, qu'un instant voit
disparatre aussitt qu'il a brill. S'ils pensent, s'ils
rflchissent, bientt on les voit revenir auprs d'une femme
dont l'humeur douce et agrable les met dans l'impossibilit
de vivre sans elle. S'ils ne pensent pas, la perte est bien
faible.

Eh! quelle folie de s'en tourmenter!

Je ne raisonnais pas encore avec autant de sagacit;
cependant, je ne sentais point de jalousie contre Lucette: il
est vrai que ses amitis, ses caresses et celles que mon pre
continuait de me faire, la bannissaient loin de moi. Je
n'apercevais de diffrence que dans la rserve qu'il observait
lorsque Lucette tait prsente, mais je donnais cette conduite
 la prudence. Un temps se passa de cette manire, pendant
lequel je m'aperus enfin de ses attentions pour elle. Toutes
les occasions qui pouvaient s'en prsenter, il ne les laissait
point chapper. Cependant, mon affection pour Lucette fut
bientt d'accord avec celle de mon pre.

Lucette avait dsir coucher dans ma chambre, et mon pre s'y
tait prt. Le matin,  son rveil, il venait nous embrasser;
j'tais dans un lit  ct d'elle. Cet arrangement, et le
prtexte de venir me voir, lui donnait la facilit de s'amuser
avec nous, et de faire  Lucette toutes les avances qu'il
pouvait hasarder devant moi. Je voyais bien qu'elle ne le
rebutait pas, mais je ne trouvais pas qu'elle rpondt  ses
empressements comme je l'aurais fait et le dsirais d'elle; je
ne pouvais en concevoir la raison. Je jugeais par moi-mme, et
je croyais qu'en aimant avec tant de tendresse ce cher papa,
tout le monde devait avoir mon coeur, penser et sentir comme
moi. Je ne pus me refuser de lui en faire des reproches:

-- Pourquoi, ma bonne, n'aimez-vous pas mon papa, lui qui
parat avoir tant d'amiti pour vous? Vous tes bien
ingrate...

Elle souriait  ces reproches, en m'assurant que je les lui
faisais injustement. En effet, cet loignement apparent ne
tarda pas  se dissiper.

Un soir, aprs le repas, nous rentrmes dans la pice que
j'occupais; il nous prsenta de la liqueur. Une demi-heure
tait  peine coule que Lucette s'endormit profondment; il
me prit alors entre ses bras et, m'emportant dans sa chambre,
il me fit mettre dans son lit. Surprise de cet arrangement
nouveau, ma curiosit fut  l'instant rveille. Je me relevai
un moment aprs et courus d'un pas lger  la porte vitre o
j'cartai le bord du rideau.

Je fus bien tonne de voir toute la gorge de Lucette
entirement dcouverte. Quel sein charmant! deux demi-globes
d'une blancheur de neige, du milieu desquels sortaient deux
fraises naissantes d'une couleur de chair plus anime,
reposaient sur sa poitrine; fermes comme l'ivoire, ils
n'avaient de mouvement que celui de sa respiration. Mon pre
les regardait, les maniait, les baisait et les suait: rien ne
la rveillait. Bientt, il lui ta tous ses habits, et la
porta sur le bord du lit qui tait en face de la porte o
j'tais. Il releva sa chemise; je vis deux cuisses d'albtre,
rondes et poteles, qu'il carta, j'aperus alors une petite
fente vermeille, garnie d'un poil fort brun; il l'entrouvrit;
il y posa les doigts en remuant la main avec activit: rien ne
la retirait de sa lthargie. Anime par cette vue, instruite
par l'exemple, j'imitai sur la mienne les mouvements que je
voyais. J'prouvais une sensation qui m'tait inconnue.

Mon pre la coucha dans le lit, et vint  la porte vitre pour
la fermer. Je me sauvai, et courus m'enfoncer dans celui o il
m'avait mise. Aussitt que j'y fus tendue, profitant des
lumires que je venais d'acqurir, et rflchissant sur ce que
j'avais vu, je recommenai mes frottements. J'tais toute en
feu; cette sensation que j'avais prouve s'augmenta par
degrs, et parvint  une telle nergie que mon me, concentre
dans le milieu de moi-mme, avait quitt toutes les autres
parties de mon corps pour ne s'arrter que dans cet endroit:
je tombai pour la premire fois dans un tat inconnu dont
j'tais enchante.

Revenue  moi, quelle fut ma surprise, en me ttant au mme
endroit, de me trouver toute mouille. J'eus dans le premier
instant une vive inquitude, qui se dissipa par le souvenir du
plaisir que j'avais ressenti, et par un doux sommeil qui me
retraa pendant la nuit, dans des songes flatteurs, les
agrables images de mon pre caressant Lucette. J'tais mme
encore endormie quand il vint, le lendemain, me rveiller par
ses embrassements, que je lui rendis avec usure.

Depuis ce jour, ma bonne et lui me parurent de la meilleure
intelligence, quoiqu'il ne restt plus, le matin, si longtemps
prs de nous. Ils n'imaginaient pas que je fusse au fait de
rien et, dans leur scurit, ils se faisaient dans la journe
mille agaceries, qui taient ordinairement le prlude des
retraites qu'ils allaient souvent faire ensemble dans sa
chambre, o ils restaient assez longtemps. J'imaginais bien
qu'ils allaient rpter ce que j'avais dj vu; je ne poussais
pas alors mes ides plus loin; cependant, je mourais d'envie
de jouir encore du mme spectacle. Tu vas juger, ma chre, du
violent dsir qui me tourmentait: il tait enfin arriv, cet
instant o je devais tout apprendre.

Trois jours aprs celui dont je viens de te rendre compte,
voulant,  quelque prix que ce ft, satisfaire mon dsir
curieux, lorsque mon pre fut sorti et ma bonne occupe,
j'imaginai de mettre une soie au coin du rideau et de la faire
passer par le coin oppos d'un des carreaux. Cet arrangement
prpar, je ne tardai pas  en profiter. Le lendemain, mon
pre, qui n'avait sur lui qu'une robe de taffetas, entrana
Lucette qui tait aussi lgrement vtue: ils prirent le soin
de fermer exactement la porte et d'arranger le rideau; mais
j'avais vaincu tous les obstacles et mon expdient me russit,
au moins en partie. Ils n'y eurent pas t deux minutes
qu'impatiente je fus  la porte, et je soulevai faiblement le
rideau. J'aperus Lucette. Ses ttons taient entirement
dcouverts; mon pre la tenait dans ses bras et la couvrait de
ses baisers. Mais, tourment de dsirs, bientt jupes, corset,
chemise, tout fut  bas. Qu'elle me parut bien dans cet tat!
et que j'aimais  la voir ainsi!

La fracheur et les grces de la jeunesse taient rpandues
sur elle. Chre Eugnie, la beaut des femmes a donc un
pouvoir bien singulier, un attrait bien puissant, puisqu'elle
nous intresse aussi! Oui, ma chre, elle est touchante, mme
pour notre sexe, par ses belles formes arrondies, le satin et
le coloris brillant d'une belle peau! Tu me l'as fait
ressentir dans tes bras, et tu l'as prouv comme moi.

Mon pre fut bientt dans un tat pareil  celui o il avait
mis Lucette. Cette vue m'attacha par sa nouveaut.

Il l'emporta sur un lit de repos que je ne pouvais dcouvrir.

Dvore par ma curiosit, je ne mnageai plus rien, je levai
le rideau jusqu' ce que je puisse les voir entirement. Rien
ne fut soustrait  mes regards puisque rien ne gnait leurs
plaisirs. Lucette, couche sur lui, les fesses en l'air, les
jambes cartes, me laissait apercevoir toute l'ouverture de
sa fente, entre deux petites minences grasses et rebondies.
Cette situation, que je devais au hasard, semblait prise pour
satisfaire entirement ma curieuse impatience. Mon pre, les
genoux levs, prsentait plus distinctement  mes yeux un
vrai bijou, un membre gros, entour de poils  la racine, o
pendait une boule au-dessous; le bout en tait rouge, et
demi-couvert d'une peau qui paraissait pouvoir se baisser
davantage. Je le vis entrer dans la fente de Lucette, s'y
perdre et reparatre tour  tour. Ils se baisaient avec des
transports qui me firent juger des plaisirs qu'ils
ressentaient. Enfin, je vis cet instrument ressortir tout 
fait, le bout totalement dcouvert, rouge comme le carmin et
tout mouill, jetant une liqueur blanche qui, s'lanant avec
imptuosit, se rpandit sur les fesses de Lucette.

Conois, chre Eugnie, dans quelle situation je me trouvais
moi-mme, ayant sous mes yeux un pareil tableau!

Vivement mue, emporte par des dsirs que je n'avais pas
encore connus, je tchais au moins de participer  leur
ivresse. Chre amie, que ce retour sur mes jeunes annes est
encore agrable pour moi!

Enfin, l'attrait du plaisir me retint trop longtemps dans mon
embuscade, et mon imprudence me trahit. Mon pre, qui
jusque-l avait t trop hors de lui pour penser  ce qui
l'entourait, vit, en se dgageant des bras de Lucette, le coin
du rideau lev; il m'aperut; il s'enveloppa dans sa robe en
s'approchant de la porte; je me retirai avec prcipitation; il
vint examiner le rideau et y dcouvrit ma manoeuvre; il se
fixa prs de la porte pendant que Lucette se rhabillait.
Voyant qu'il restait, je m'imaginai qu'il n'avait rien aperu.
Curieuse de ce qu'ils faisaient encore dans cette chambre, je
retournai au carreau. Quelle fut ma surprise quand j'y vis le
visage de mon pre! La foudre tombe sur moi ne m'et pas
caus plus de frayeur. Mon stratagme n'avait pas entirement
russi; le rideau n'avait pu redescendre de lui-mme comme je
m'en tais flatte; cependant, il ne fit semblant de rien dans
cet instant.

J'avais aperu que Lucette tait dj rhabille; il revint
avec elle et l'envoya veiller  l'ordre de la maison. Je me
trouvai seule avec lui. Il s'approcha pour examiner l'ouvrage
que j'avais eu  faire: juge, ma chre,  quel point il en
tait! J'tais ple et tremblante. Quel fut mon tonnement
quand ce cher et tendre papa me prit dans ses bras et me donna
cent baisers!

-- Rassure-toi, ma chre Laurette; qui peut t'inspirer la
terreur que je te vois! Ne crains rien, ma chre fille, tu
sais la manire dont j'ai toujours agi vis--vis de toi; je ne
te demande rien que la vrit; je dsire que tu me regardes
plutt comme ton ami que comme ton pre. Laure, je ne suis que
ton ami, je veux qu'en cette qualit tu sois sincre avec moi.
Ma Laure, je l'exige aujourd'hui: ne me dguise rien et
dis-moi ce que tu faisais pendant que j'tais avec Lucette, et
pourquoi l'arrangement singulier de ce rideau.

Sois vraie, je t'en conjure, et sans dtour, tu n'auras pas
lieu de t'en repentir. Mais si tu ne l'es pas, tu me
refroidiras pour toi et tu peux compter sur un couvent.

Le nom de cette retraite m'avait toujours effraye. Que je la
connaissais peu! Je mettais alors une diffrence totale  tre
renferme dans ce sjour ou d'tre chez mon pre.

D'ailleurs, je ne pouvais pas douter qu'il ne ft assur que
j'avais tout vu; et je m'tais enfin toujours si bien trouve
de ne lui avoir jamais cach la vrit que je ne balanai
point  lui rendre compte de tout ce qui m'tait connu depuis
l'instant o il m'avait emporte, lorsque ma bonne s'tait
endormie, jusqu' celui auquel il venait de me rejoindre.

Chaque dtail que je lui faisais, chaque tableau que je
retraais, loin d'allumer sa colre, tait pay par des
baisers et des caresses. Je balanais nanmoins  lui dire que
je m'tais procur des sensations aussi nouvelles pour moi,
qu'elles m'avaient paru dlicieuses. Mais il en eut le
soupon:

-- Ma chre Laurette, tu ne me dis pas tout encore...

Et, passant sa main sur mes fesses en me baisant:

-- Achve. Tu ne dois ni ne peux rien me cacher, rends-moi
compte de tout...

Je lui avouai que je m'tais procur, par un frottement
semblable  celui que je lui avais vu faire  Lucette, un
plaisir des plus vifs, dont j'avais t toute mouille, et que
j'avais rpt trois ou quatre fois depuis ce jour-l.

-- Mais, ma chre Laure, voyant ce que j'enfonais  Lucette,
cela ne t'a-t-il pas donn l'ide de t'enfoncer le doigt?

-- Non, cher papa, je n'en ai pas seulement eu la pense.

-- Prends garde, Laurette, de m'en imposer. Tu ne peux me
cacher ce qui en est; viens me faire voir si tu as t
sincre...

-- De tout mon coeur, cher papa... Je ne t'ai rien dguis.

Il me donna pour lors les noms les plus tendres. Nous passmes
dans sa chambre et, m'tendant sur le lit de repos, il me
troussa et m'examina avec beaucoup d'attention; puis,
entrouvrant un peu les bords de ma fente, il voulut y mettre
le petit doigt. La douleur qu'il me faisait, annonce par mes
plaintes, l'arrta.

-- Elle est tout enflamme, ma chre enfant; je vois cependant
que tu ne m'as pas tromp: sa rougeur vient sans doute du
frottement auquel tu t'es amuse pendant que j'tais avec
Lucette...

J'en convins, et je lui avouai mme que je n'avais pu me
procurer le plaisir que je cherchais. La sincrit de ma
bouche fut rcompense d'un baiser de la sienne. Il la porta
mme, et fit frtiller sa langue, sous un endroit qui en
prouvait une sensation dlicieuse. Ce genre de caresse me
parut neuf et divin, et, pour porter l'enchantement  son
comble, ce membre que j'avais vu parut  mes yeux; je le pris
involontairement d'une main, et, de l'autre, j'cartai tout 
fait la robe de mon pre: il me laissa faire. Je tenais et
voyais enfin de prs ce bijou charmant que j'avais dj si
bien distingu entre les cuisses de Lucette. Que je le
trouvais aimable et singulier! Je sentis ds ce moment qu'il
tait le vritable mobile des plaisirs. Cette peau, qui
haussait et baissait par les mouvements de ma main, en
couvrait et dcouvrait le bout; mais quelle ne fut pas ma
surprise lorsque, aprs quelques moments de ce badinage, je le
vis rpandre la liqueur dont les fesses de ma bonne avaient
t inondes. Il y mlait des transports et des redoublements
de caresses que je partageais. Le plaisir produisait en moi
l'effet le plus vif. Bientt, il passa dans mes sens et y mit
une motion indicible. Sa langue continuait son exercice,
j'tais suffoque...

-- Ah! cher papa, achve!... hol! je me meurs!... Je me pmai
dans ses bras.

Depuis ce temps, tout fut pour moi une source de lumires; ce
que je n'avais pas conu jusqu'alors se dveloppa dans
l'instant. Mon imagination s'ouvrit entirement; elle
saisissait tout; il semblait que l'instrument que je touchais
ft la clef merveilleuse qui ouvrit tout  coup mon
entendement. Je sentis alors cet aimable papa me devenir plus
cher, et ma tendresse pour lui prendre un accroissement
incroyable: tout son corps fut livr au plaisir dans mes
mains; mes baisers et mes caresses sans nombre se succdaient
sans interruption, et le feu qu'elles excitaient en lui
m'animait  les multiplier.

Il me ramena dans ma chambre, o ma bonne revint quelques
instants aprs. Je ne prvoyais pas ce qu'il allait lui dire:

-- Lucette, il est dsormais inutile que nous nous gnions pour
Laure, elle en sait autant que nous.

Et il lui rpta tout ce que je lui avais dtaill, en lui
montrant le jeu du rideau. Elle en parut affecte; mais je me
jetai  son cou et mes caresses, unies aux raisons dont il la
tranquillisa, dissiprent le petit chagrin qu'elle avait
tmoign. Il nous embrassa en recommandant  ma bonne de ne
point me quitter. Il sortit, et revint une heure aprs avec
une femme qui, ds qu'elle fut entre, me fit dshabiller et
prit sur moi la mesure d'une sorte d'ajustement dont je ne
pouvais concevoir ni la forme ni l'usage.

Quand l'heure de se coucher fut venue, il me mit dans le lit
de Lucette en la priant de veiller sur moi. Il nous laissa.
Mais l'inquitude le ramenant bientt prs de nous, il se mit
dans le mme lit. J'tais entre elle et lui; il me tenait
embrasse et, couvrant de sa main l'entre-deux de mes cuisses,
il ne me laissait pas y porter la mienne. Je pris alors son
instrument, qui me causa beaucoup de surprise en le trouvant
mou et pendant. Je ne l'avais point encore vu dans cet tat,
m'imaginant au contraire qu'il tait toujours gros, raide et
relev: il ne tarda pas  reprendre, dans ma main, la fermet
et la grosseur que je lui connaissais. Lucette, qui s'aperut
de nos actions, tonne de sa conduite ne pouvait la
concevoir, et me fit beaucoup de peine par son propos:

-- La manire, monsieur! dont vous agissez avec Laurette a lieu
de me surprendre. Vous, monsieur, vous, son pre!...

-- Oui et non, Lucette. C'est un secret que je veux bien
confier  votre discrtion et  celle de Laure, qui y est
assez intresse pour le garder. Il est mme ncessaire, par
les circonstances, de vous en faire part  l'une et l'autre.

"Il y avait quinze jours que je connaissais sa mre, quand je
l'pousai. Je dcouvris ds le premier jour l'tat o elle
tait; je trouvai qu'il tait de la prudence de n'en rien
faire paratre. Je la menai dans une province loigne, sous
un nom de terre, afin qu'on ne pt rassembler les dates. Au
bout de quatre mois, Laure vint au monde, jouissant de la
force et de la sant d'un enfant de neuf mois bien accomplis.
Je restai six mois encore dans la mme province et je les
ramenai toutes deux au bout de ce terme.

Vous voyez  prsent l'une et l'autre que cette enfant, qui
m'est devenue si chre, n'est point ma fille suivant la
nature: absolument trangre pour moi, elle n'est ma fille que
par affection. Le scrupule intrieur ne peut donc exister, et
toute autre considration m'est indiffrente, avec de la
prudence.

Je me souvins aussitt de la rponse qu'il avait faite  ma
mre: le silence qu'elle observa dans ce moment ne me parut
plus extraordinaire. Je le dis  Lucette dont l'tonnement
cessa d'abord.

-- Mais comment donc en avez-vous agi vis--vis de votre pouse
lorsque cet vnement fut  votre connaissance?

-- Tout simplement; j'ai vcu toujours avec elle d'une manire
indiffrente, et je ne lui en ai jamais parl que la seule
fois dont Laure vient de vous rendre compte; encore y avait-elle
donn lieu. Le comte de Norval,  qui elle doit le jour,
est un cavalier aimable, bien fait et d'une figure
intressante, dou des qualits qui plaisent aux femmes. Je ne
fus point tonn qu'elle se ft livre  son penchant.

Cependant, elle ne put l'pouser, ses parents ne le trouvant
pas assez riche pour elle. Mais si Laure ne m'est rien par le
sang et la nature, la tendre affection que j'ai conue pour
cette aimable enfant me la fait regarder comme ma fille et me
la rend peut-tre plus chre. Nanmoins, cet vnement fut
cause que je n'approchai jamais de sa mre, me sentant pour
elle une opposition que sa fausset fit natre et que je n'ai
pu vaincre, d'autant plus que son caractre et son humeur ne
faisaient que l'augmenter. Ainsi, je ne tiens  ma chre
Laurette que par les liens du coeur, ayant trouv en elle tout
ce qui pouvait produire et m'inspirer l'attachement et
l'amiti la plus tendre.

Ma bonne m'embrassa et me fit cent caresses qui dnotaient que
le scrupule et ses prjugs taient enfin totalement effacs.
Je les lui rendis avec chaleur: je pris ses ttons, que je
trouvais si jolis; je les baisais, j'en suais le bout. Mon
pre passa la main sur elle; il rencontra la mienne qu'il
prit; il me la promena sur le ventre de Lucette, sur ses
cuisses. Sa peau tait d'un velout charmant; il me la porta
sur son poil, sur sa motte, sur sa fente: j'appris bientt le
nom de toutes ces parties. Je mis mon doigt o je jugeai bien
que je lui ferais plaisir. Je sentis dans cet endroit quelque
chose d'un peu dur et gonfl.

-- Bon! Ma Laure, tu tiens l'endroit sensible, remue la main et
ne quitte pas son clitoris tandis que je mettrai mon doigt
dans son petit conin...

Lucette me serrait entre ses bras, me caressait les fesses;
elle prit le vit de mon papa, le mit entre mes cuisses, mais
il n'enfonait ni ne s'agitait. Bientt ma bonne ressentit
l'excs du plaisir; ses baisers multiplis, ses soupirs nous
l'annoncrent:


-- Hol! hol! vite, Laurette!.., chre amie, enfonce... Ah! je
dcharge!... je me meurs!...

Que ces expressions de volupt avaient de charmes pour moi! Je
sentis son petit conin tout mouill; le doigt de mon papa en
sortit tout couvert de ce qu'elle avait rpandu. Ah! chre
Eugnie, que j'tais anime! Je pris la main de Lucette, je la
portai entre mes cuisses; je dsirais qu'elle fit pour moi ce
que je venais de faire pour elle; mais mon papa, couvrant de
sa main ma petite motte, arrta ses mouvements, suspendit mes
desseins. Il tait trop voluptueux pour n'tre pas mnag des
plaisirs. Il modrait ses dsirs; il suspendit mon impatience
et nous recommanda d'tre tranquilles. Nous nous endormmes
entre les bras les uns des autres, plongs dans la plus
agrable ivresse. Je n'avais pas encore pass de nuit qui me
plt autant.

Nous tions au milieu des caresses du rveil, lorsque mon pre
fit ouvrir  cette femme qu'il avait fait venir la veille.
Quels furent ma surprise et mon chagrin lorsqu'elle mit sur
moi un caleon de maroquin doubl de velours qui, me prenant
au-dessous des hanches, ne descendait qu'au milieu des
cuisses! Tout tait assez lche, et ne me gnait point; la
ceinture, seulement, me prenait juste la taille, et avait des
courroies semblables au caleon, qui passaient par-dessus mes
paules et qui taient assembles en haut par une traverse
pareille, qui tenait de l'une  l'autre. On pouvait largir
tout cet assemblage autant qu'on le jugeait  propos. La
ceinture tait ouverte par-devant, en prolongeant plus de
quatre doigts au-dessous. Le long de cette ouverture, il y
avait des oeillets des deux cts, dans lesquels mon pre
passa une petite chane de vermeil dlicatement travaille,
qu'il ferma d'une serrure  secret:

-- Ma chre Laure, aimable enfant, ta sant et ta conservation
m'intressent: le hasard t'a instruite sur ce que tu ne devais
savoir qu' dix-huit ans. Il est ncessaire que je prenne des
prcautions contre tes connaissances et contre un penchant que
tu tiens de la nature et de l'amour. Tu apprendras du temps 
m'en savoir gr, et tout autre moyen n'irait point  ma faon
de penser, et  mes desseins.

Je fus d'abord trs fche, et je ne pouvais cacher l'humeur
que j'en avais. Mais j'ai trop bien appris depuis combien je
lui en devais de reconnaissance.

Il avait prvu  tout. Au bas de ce caleon tait une petite
gondole d'argent, dore en dedans, qui tait de la largeur de
l'entre-deux de mes cuisses; toute ma petite motte y tait
renferme. Elle se prolongeait, en s'largissant, par une
plaque qui s'tendait quatre doigts au-dessous de mon petit
conin, et elle se terminait en pointe arrondie jusqu'au trou
de mon cul, sans aucune incommodit. Elle tait fendue en
long, et cette fente s'ouvrait et se fermait, par des
charnires  plat, en cartant ou resserrant les cuisses. Un
canal d'anneaux  charnires plates, de mme mtal, y tait
attach et me servait de conduit. Ce caleon avait un trou
rond, assez grand, vis--vis celui de mon cul, qui me laissait
la libert de faire toutes les fonctions ncessaires sans
l'ter. Mais il m'tait impossible d'introduire le doigt dans
mon petit conin, et encore moins de le branler, point
essentiel que mon pre voulait viter, et dont la privation me
faisait le plus de peine.

J'ai pens bien des fois depuis, ma chre, qu'on ferait bien
d'employer quelque chose de semblable pour les garons, afin
d'viter les puisements o ils se plongent avant l'ge. Car,
de quelque faon qu'on veille sur eux, la socit qu'ils ont
ensemble ne leur apprend que trop, et trop tt, la manire de
s'y livrer.

Pendant quatre ou cinq annes qui se sont coules depuis ce
jour-l, tous les soirs mon pre tait lui-mme ce caleon;
Lucette le nettoyait avec soin et me lavait. Il examinait s'il
me blessait, et il me le remettait. Depuis ce moment, jusqu'
l'ge de seize ans, je ne le quittai pas.

Durant tout ce temps, mes talents s'accrurent, et j'acquis des
lumires dans tous les genres. Une curiosit naturelle me
faisait dsirer d'apprendre les raisons de tout; chaque anne
voyait augmenter mes connaissances, et je ne cessais de
chercher  en acqurir. Je m'tais accoutume 
l'emprisonnement o j'tais, et la perspective de la fin
m'avait rendu supportable le temps o j'y tais condamne. Je
m'tais fait une raison de cette ncessit d'autant plus
aisment qu'elle ne m'empchait pas de jouir des caresses que
je faisais ou de celles dont j'tais tmoin, puisque j'avais
mis ma bonne et mon papa dans le cas de n'tre pas gns par
ma prsence.

Parmi toutes les questions que je lui faisais, je n'oubliais
gure celle o je trouvais le plus d'intrt. Plus j'avanais
en ge, plus la nature parlait en moi, avec d'autant plus de
force que leurs plaisirs l'animaient vivement. Aussi lui
demandais-je souvent sur quelles raisons tait fonde la
ncessit de la contrainte o il me tenait, et quel tait le
sujet des prcautions qu'il avait prises vis--vis de moi. Il
m'avait toujours renvoye  un ge plus avanc. J'tais enfin
dans ma seizime anne lorsqu'il me donna la solution de cette
demande:

-- Puis-je donc  la fin, cher papa, savoir quelles sont les
causes qui vous ont engag de me faire porter ce fcheux
caleon, puisque vous m'assurez avoir tant de tendresse pour
votre Laurette? Ma bonne est plus heureuse que moi, ou vous
m'aimez moins qu'elle. Expliquez-moi donc aujourd'hui les vues
qui vous y ont dtermin.

-- Cette mme tendresse, cette mme affection que j'ai pour
toi, ma chre fille, ne te fait plus regarder comme une
enfant. Tu es  prsent dans l'ge o l'on peut t'instruire 
peu prs de tout, et peut-tre le dois-je encore plus avec
toi.

"Apprends donc, ma Laurette, que la nature, chez l'homme,
travaille  l'accroissement des individus jusqu' quinze ou
seize ans. Ce terme est plus ou moins loign suivant les
sujets, mais il est assez gnral pour ton sexe.

Cependant, il n'est dans le complment de sa force qu'
dix-sept ou dix-huit ans. Dans les hommes, la nature met plus de
temps  acqurir sa perfection. Lorsqu'on dtourne ses
oprations par des panchements prmaturs et multiplis d'une
matire qui aurait d servir  cet accroissement, on s'en
ressent toute la vie et les accidents qui en rsultent sont
des plus fcheux. Les femmes, par exemple, ou meurent de bonne
heure, ou restent petites, faibles et languissantes, ou
tombent dans un marasme, un amaigrissement qui dgnre en
maux de poitrine dont elles sont bientt les victimes, ou
elles privent leur sang d'un vhicule propre  produire leurs
rgles dans l'ge ordinaire, et d'une manire avantageuse, ou
elles sont enfin sujettes  des vapeurs,  des crispations de
nerfs,  des vertiges, ou  des fureurs utrines, 
l'affaiblissement de la vue et au dprissement; elles
terminent leurs jours dans un tat quelquefois fort triste.
Les jeunes gens essuient des accidents  peu prs semblables;
ils tranent des jours malheureux, s'ils ne meurent pas
prmaturment.

Cet affreux tableau, chre Eugnie, m'effraya et m'engagea de
lui tmoigner ma reconnaissance de son amiti et de ses soins
en mettant de bonne heure obstacle au penchant que je me
sentais pour le plaisir et la volupt. La vie me paraissait
agrable, et, quelque got que j'eusse pour le plaisir, je ne
voulais point l'acheter, lui disais-je, aux dpens de mes
jours et de ma sant.

-- Je l'ai reconnu d'abord en toi, ma chre Laurette, ce
penchant; je savais que, dans l'ge o tu tais, toutes les
raisons du monde ne pouvaient en dtourner; c'est ce qui m'a
fait prendre des prcautions que tu n'as pu vaincre, et que je
n'ai pas dessein de lever encore. Il serait mme avantageux
qu'elles pussent tre mises en usage pour toutes sortes de
jeunes gens que des circonstances imprvues, ou des personnes
imprudentes, ont malheureusement instruits beaucoup trop tt.

La frayeur d'une sant dlabre, la crainte d'une mort
prmature, se prsentaient vivement  mon imagination;
cependant, ce que je lui avais vu faire  Lucette, et la
manire dont il vivait avec elle, suspendaient en quelque
sorte l'nergie de ses images, la force et l'effet de ses
raisons: je ne pus me refuser de lui faire part de mes doutes:

-- Pourquoi donc, cher papa, ne prenez-vous pas avec ma bonne
les mmes prcautions qu'avec moi? Pourquoi lui procurez-vous
souvent, au contraire, ce que vous me refusez entirement?

-- Mais, ma fille, fais donc attention que Lucette est dans un
ge absolument form, qu'elle n'abandonne que le superflu de
son existence, que c'est le temps o elle peut nourrir dans
son sein d'autres tres et que, ds cet instant, elle a plus
qu'il ne faut pour la conservation du sien, ce qui s'annonce
si bien par l'exactitude de ses rgles. Il ne faut pas te
cacher non plus, ma chre Laurette, que, chez elle, une trop
grande quantit de semence retenue, en refluant dans son sang,
y porterait le feu et le ravage, ou, en stagnant dans les
parties qui la sparent du reste des humeurs, pourrait se
corrompre ou embarrasser la circulation; elle serait expose,
peut-tre,  des accidents aussi dangereux que ceux de
l'puisement: tels sont les vapeurs, les vertiges, la dmence,
les accs frntiques et autres.

N'en voit-on pas des exemples fcheux dans certains monastres
o le cagotisme rgne en despote, et o rien ne soulage de
malheureuses recluses qui n'ont pas l'esprit de se retourner?

"L'extravagance monacale a invent de mler dans leurs
boissons des dcoctions de nnuphar ou des infusions de nitre
en vue de dtourner les dispositions d'une nature trop active;
mais, pris un certain temps, ces palliatifs deviennent sans
effet, ou dtruisent tellement l'organisation de l'estomac et
la sant de ces prisonnires qu'il leur en survient des fleurs
blanches, des dfaillances, des oppressions et des douleurs
internes pendant le peu de temps qu'il leur reste  vivre. Il
y a mme de ces endroits o la sottise est porte au point de
traiter de mme leurs pensionnaires, et souvent elles sortent
de ces maisons, ou cacochymes, ou avec le genre nerveux
attaqu, ou hors d'tat de produire leur espce, soit par la
destruction des germes, soit par l'inertie o cet usage a
plong les forces de la nature et l'esprit vital; et c'est 
quoi les parents qui chrissent leurs enfants ne font pas
assez d'attention.

"Apprends encore, ma chre Laure, qu' un certain ge la
fougue du temprament commence  s'teindre, ce qui arrive
plus tt chez les uns que chez les autres par une disposition
et qualit diffrentes des liqueurs qui sont en nous, ou par
une diminution de sensibilit dans les organes. Cette semence,
alors reflue dans le sang, se tourne en embonpoint, qui
quelquefois devient monstrueux par la suppression totale des
panchements, et ces individus, loin d'tre propres  l'union
des sexes, y sont mme indiffrents et ne conoivent presque
plus comment on peut y tre sensible.

"Mais, ma chre enfant, dans l'ge o le superflu commence 
s'annoncer, o le feu du temprament est un ardent brasier, si
l'on s'en dgage avec la prudence qu'il est ncessaire de
conserver, loin de nuire  sa sant, loin de faire tort  sa
beaut, on entretient l'une et l'autre dans toute la vigueur
et dans toute la fracheur qu'elles peuvent avoir. Cependant,
ma Laurette, il y a bien de la diffrence dans les moyens. Une
femme, entre les bras d'un homme, est bien plus anime par la
diffrence du sexe: combien l'est-elle plus  proportion du
got qu'elle a pour lui? Elle l'est mme par l'approche et
l'attouchement d'une personne du sien qui lui plat.
L'imagination et la nature se prtent avec bien plus de
facilit et beaucoup moins d'efforts que si elle se procurait
d'elle-mme et seule ces sensations voluptueuses. Apprcie
donc mieux  prsent la conduite que je tiens entre Lucette et
toi.

-- Eh bien! cher papa, car je vous donnerai toujours ce nom, je
me rends  des raisons si solides et je conois votre
prudence; mais  quel ge ferez-vous donc avec moi ce que vous
faites avec elle? Cet instant manque  ma flicit puisque je
ne puis remplir tous vos dsirs et les satisfaire dans toute
leur tendue.

-- Attends, fille charmante, que la nature parle en notre
faveur d'une manire intelligible. Tes ttons n'ont point
encore acquis leur forme; le duvet qui couvre les lvres de
ton petit conin est encore trop faible,  peine a-t-il port
les premires fleurs; attends un peu plus de force: alors,
chre Laurette, enfant de mon coeur, c'est de ta tendresse que
je recevrai ce prsent; tu me laisseras cueillir cette fleur
que je cultive; mais attendons cet heureux instant.

Ne crois pas cependant, ma chre fille, qu' cette poque je
te laisse livre tout  fait  toi-mme: dans une constitution
robuste, cet instant arriv suffit souvent, encore est-il
ncessaire de se mnager; mais dans un temprament dlicat, il
faut pousser l'attention bien plus loin et contraindre jusqu'
dix-sept ou dix-huit ans, o les femmes sont dans toute leur
force, les penchants qu'elles peuvent avoir  se laisser aller
aux attraits de la volupt.

Tout ce qu'il me disait, Eugnie, s'imprimait fortement dans
ma mmoire; ses raisonnements me paraissaient appuys sur des
fondements des plus solides, et sa complaisance  rpondre
sans dguisement  mes questions m'engageait  lui en faire de
nouvelles. Lucette, si profondment endormie la premire fois
que je les dcouvris ensemble, formait un mystre pour moi que
je dsirais d'claircir. Un jour, enfin, je lui en demandai la
raison:

-- Pourquoi, cher papa, Lucette dormait-elle si fort le premier
jour que vous lui dcouvrtes les ttons et que vous rites
avec elle tout ce que vous dsiriez sans qu'elle s'veillt?
Ce sommeil tait-il rel ou feint?

-- Trs rel, ma chre Laure, mais c'est mon secret.

Dois-je t'en instruire? Oui, cet exemple pourra te devenir
utile pour t'en garantir. Je t'avoue que depuis longtemps le
besoin me tourmentait; j'tais souvent trs anim avec toi, je
ne pouvais me satisfaire. Je vis Lucette, elle me plut et
parut me convenir de toutes manires. Mais, voyant qu'elle
reculait et balanait  se rendre  mes dsirs, je pris mon
parti: je lui fis avaler quinze ou vingt gouttes d'une potion
dormitive dans le verre de liqueur que je lui donnai; tu en as
vu l'effet. Mais je ne me contentai pas de cela: je redoutais
le moment de son rveil et je craignais que la surprise et la
colre ne l'emportassent trop loin. Pour l'viter, j'avais
prpar d'avance une composition capable d'exciter la nature 
la concupiscence: c'est ce qu'on appelle un philtre. Quand je
t'eus porte dans mon lit, je revins en prendre trois ou
quatre gouttes dans ma main, dont je frottai toute sa motte,
son clitoris et l'entre-deux des lvres. Cette liqueur a mme
la proprit d'exciter un homme affaibli, et de le faire
bander s'il s'en frotte  la mme dose le prine et toutes
les parties quelque temps avant d'entrer en lice. Lucette ne
fut pas une heure couche qu'elle s'veilla; elle ressentait
une dmangeaison, une ardeur, une passion que rien ne pouvait
teindre. Elle ne parut point tonne de me voir dans ses
bras; elle les passa autour de moi, et loin d'opposer de la
rsistance  mes caresses et  mes dsirs, tout mue par les
siens elle carta d'elle-mme les genoux, et bientt je gotai
les plaisirs les plus vifs, que je lui fis partager. Mais
attentif aux suites qui pouvaient en arriver, au moment o je
sentis la volupt prte  s'lancer comme une flamme, je me
retirai et j'inondai sa motte et son ventre d'une copieuse
libation que je rpandis sur l'autel o je portais alors tous
mes voeux.

"Depuis ce moment, Lucette s'est toujours prte  mes
volonts, et c'est par sa complaisance, mon inattention et la
curiosit que je ne souponnais pas de ton ge que tu as
dcouvert ce mystre. Elle ignore ce que je viens de
t'apprendre, et tu dois garder ma confidence.

-- Soyez-en assur, cher papa, mais achevez-la, je vous prie,
tout entire. Ne craignez-vous pas de lui faire un enfant si
vous ne vous retirez pas toujours  temps? En est-on
absolument le matre? N'est-on pas quelquefois emport par le
plaisir, et la crainte qu'on peut avoir de ses suites n'en
diminue-t-elle pas l'tendue et l'excs?

-- Ah! ma fille, jusqu'o ton imagination curieuse ne va-t-elle
pas? Je vois bien que je ne dois rien te cacher. Si je ne te
garantissais pas de tout vnement, je ferais sans doute une
folie de t'clairer; mais je ne risque rien avec toi, et ta
raison est au-del de ton ge.

"Apprends donc que la semence qui n'est point darde dans la
matrice ne peut rien produire; qu'elle ne peut s'y rendre
lorsqu'on intercepte le sucement qui lui est ordinaire. Cela
reconnu, plusieurs femmes ont imagin de repousser, par un
mouvement interne, la semence, au moment o elles croyaient
leur amant dans les dlices du plaisir; mais pour qu'elles
aient cette libert d'esprit, il ne faut pas qu'elles le
partagent, privation bien dure; encore rien n'est-il moins
assur. Des hommes ont pens qu'en se retirant presque 
l'entre il n'y avait rien  craindre. Mais ils se trompent,
la matrice tant une pompe avide. D'ailleurs, il y a des
hommes qui, emports par les dlicieuses sensations qu'ils
prouvent, ne sont pas matres de se retirer  temps.
L'inquitude, la crainte des suites diminuent ordinairement
l'excs du plaisir. Mais un moyen auquel on peut avoir la plus
grande confiance est celui que j'emploie avec Lucette; il
donne la libert de se livrer sans inquitude  tous les
transports, et le feu du plaisir. J'engageai donc ta bonne,
depuis le jour o tu nous as dcouverts,  se munir avant nos
embrassements d'une ponge fine avec un cordon de soie dlicat
qui la traverse en entier, et qui sert  la retirer. On imbibe
cette ponge dans l'eau mlange de quelques gouttes d'eau-de-vie;
on l'introduit exactement  l'entre d la matrice, afin
de la boucher; et quand bien mme les esprits subtils de la
semence passeraient par les pores de l'ponge, la liqueur
trangre qui s'y trouve, mle avec eux, en dtruit la
puissance et la nature. On sait que l'air mme suffit pour la
rendre sans vertu. Ds lors, il est impossible que Lucette
fasse des enfants.

-- J'avais dj pressenti, cher papa, l'utilit de cette
ponge, mais j'en dsirais l'explication, et celle que tu m'en
donnes satisfait toutes mes ides.

-- Je t'avoue, ma Laurette, qu'elle est un effet de ma
tendresse pour toi, et c'est un aveu que je ne m'attendais pas
 te faire, surtout dans un ge aussi tendre; de pareils
secrets sont propres  chasser bien loin la timidit de
beaucoup de filles que la crainte des suites retient le plus
souvent.

Je n'ai pas oubli cette dcouverte dans le besoin. Je t'en ai
dj fait part, chre Eugnie, de cette ressource favorable et
salutaire  laquelle tu as eu assez de foi, sur ma propre
exprience, pour te livrer  ta tendresse et aux
sollicitations de ton amant.

Telle tait une partie des conversations que nous mlions 
nos plaisirs,  nos caresses et aux autres instructions qu'il
me donnait, dont il avait l'art de me faire profiter sans
peine. Les livres de toutes espces taient entre mes mains;
il n'y en avait aucun d'except: mais il dirigeait mon got
sur ceux qui traitaient des sciences, aussi loin qu'ils
pouvaient convenir  mon sexe. Je veux t'en donner un
chantillon, et un lger prcis dans une matire o je l'avais
souvent questionn:

-- Peux-tu concevoir, ma Laure, et fixer un point d'arrt sur
l'immensit dont notre globe est environn? Pousse-la aussi
loin que ton imagination puisse l'tendre,  quelle distance
inconcevable seras-tu encore du but? Que penses-tu qui
remplisse cet espace immense? Des lments dont la nature et
le nombre sont et seront toujours inconnus; il est impossible
de savoir s'il n'y en a qu'un seul dont les modifications
prsentent  nos yeux et  notre pense ceux que nous
apercevons, ou si chacun de ces lments a une racine
absolument propre qui ne puisse tre convertie en une autre.
Dans une ignorance si parfaite de la nature des choses dont
nous faisons tous les jours usage, il parat ridicule que les
hommes aient fix le nombre de ces lments: rien n'est plus
digne de la sphre troite de leurs ides, et nanmoins,  les
entendre, il semble qu'ils aient assist aux dispositions de
l'Ordonnateur ternel. Mais enfin, qu'ils soient un ou
plusieurs, l'assemblage de leurs parties forme les corps et se
trouve uni dans un nombre trs multipli de globules de feu et
de matire qui parat inerte aux yeux proccups. Que penses-tu
donc de ces points de feu brillants connus parmi nous sous
le nom d'toiles? Eh bien! ma fille, ce sont de vastes globes
enflamms semblables  notre soleil, tablis pour clairer,
chauffer et donner la vie  une multitude de globes
terrestres, peut-tre chacun aussi peupl que le ntre.
Quelques-uns ont cru qu'ils taient placs l pour nous
clairer pendant la nuit; l'amour-propre leur fait rapporter
tout  nous, afin que tout aille  eux. Et de quoi nous
servent-ils, ces globes, quand l'air est obscurci par les
nuages ou les vapeurs? La lune paratrait plutt tre destine
 cet office; elle nous claire dans l'absence du soleil, mme
 travers les parties nbuleuses qui couvrent souvent notre
horizon; et cependant ce n'est pas l son unique destination:
on ne peut mme affirmer qu'elle n'est pas un monde, dont les
habitants doutent si nous existons et sont peut-tre assez
stupides pour se flatter de jouir seuls de la magnificence des
cieux; peut-tre aussi sont-ils plus pntrants, plus
ingnieux que nous, ou pourvus de meilleurs organes, et qu'ils
savent juger plus sainement des choses. Les plantes sont des
terres comme la ntre, peuples sans doute de vgtaux et
d'animaux diffrents de ceux que nous connaissons, car rien
dans la nature n'est semblable.

"Dans ce point de vue, et parmi cette infinit de boules de
matire, que devient notre terre? Un point qui fait nombre
parmi les autres. Et nous! fourmis rpandues sur cette boule,
que sommes-nous donc pour tre le type, le point central et le
but o se rendent les prtendues vrits dont on berce
l'enfance?

C'est  peu prs ainsi que mon pre tchait chaque jour de
tracer dans mon esprit des impressions de philosophie.

Je lui demandai un jour:.

-- Quel est cet Etre crateur de tout, que je sentais mal
dfini dans les notions qu'on m'en avait donnes?

Il me dit:

-- Cet Etre magnifique est incomprhensible; il est senti sans
tre connu; c'est nos respects qu'il exige; il mprise nos
spculations. S'il existe plusieurs lments, c'est de ses
mains qu'ils sortent; il les a crs par la puissance de sa
volont: il est donc l'me de l'univers. S'il n'existe qu'un
lment, il ne peut tre que lui-mme: connaissons-nous les
bornes de son pouvoir? N'a-t-il pas pu dpendre de lui de se
transformer dans la matire que nous voyons, dont nous ne
connaissons ni la nature ni l'essence? Et ce qu'il a pu faire
dans un temps, ne l'a-t-il pas pu de toute ternit? C'en est
assez, ma chre enfant, pour le prsent; quand tu seras dans
un ge plus avanc, j'carterai de tout mon pouvoir les voiles
qui couvrent la vrit.

Mon pre se plaisait  me faire lire des livres de morale dont
nous examinions les principes, non sous la perspective
vulgaire, mais sous celle de la nature. En effet, c'est sur
les lois dictes par elle et imprimes dans nos coeurs qu'il
faut la considrer. Il la rduisait  ce seul principe, auquel
tout le reste est tranger mais qui renferme une tendue
considrable: faire pour les autres ce que nous voudrions
qu'on fit pour nous, lorsque la possibilit s'y trouve; et ne
point faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous
lit. Tu vois, ma chre, que cette science dont on parle tant
n'est jamais relative qu' l'espce humaine; et si elle n'est
rien en elle-mme, au moins est-elle utile  son bonheur.

Les romans taient presque bannis de mes yeux, et il me
faisait voir, dans presque tous, une ressemblance assez
gnrale dans le tissu, les vues et le but,  la diffrence
prs du style, des vnements et de certains caractres. Il y
en avait cependant plusieurs qui taient excepts de cette
rgle; il me donnait volontiers ceux dont le sujet tait
moral. Peu des autres peignent les hommes et les femmes de
leurs vritables couleurs: ils y sont prsents sous le plus
bel aspect. Ah! ma chre, combien cette apparence est en
gnral loin de la ralit: les uns et les autres vus de prs,
quelle diffrence n'y trouve-t-on pas? Je puisais dans les
voyageurs et dans les coutumes des nations un genre
d'instruction qui me faisait mieux apprcier l'humanit en
gnral, comme la socit fait apercevoir les nuances des
caractres.

Les livres d'histoire, qui me rendaient compte des moeurs
antiques et des prjugs diffrents qui, tour  tour, ont
couvert la surface de la terre, taient ma balance. Les
ouvrages de nos meilleurs potes formaient le genre amusant,
pour lequel mon got tait le plus dcid et que j'inculquais
avec empressement dans ma mmoire.

Il me remit un jour entre les mains un livre qui venait de
paratre, en me recommandant d'y rflchir:

-- Lis, ma chre Laurette. Cet ouvrage est la production d'un
gnie dont tu as lu presque tout ce qu'il a mis au jour et
dont ta mmoire possde plusieurs morceaux, qui unit un style
lev, lgant, agrable et facile, propre  lui seul  des
ides profondes. Zadig, par de ses mains, t'apprendra sous
l'allgorie d'un conte qu'il n'arrive point d'vnements dans
la vie qui soient  notre disposition.

"De quelque aveuglement dont l'amour-propre et la vanit nous
fascinent, sois assure que, pour un esprit attentif et
rflchi, il est d'une vrit palpable et constante que tout
s'enchane afin de suivre un ordre fix pour l'ensemble et
pour chacun en particulier; des circonstances imprvues
forcent les ides et les actions des humains; des raisons
loignes, et souvent imperceptibles, les entranent dans une
dtermination qui, presque toujours, leur parat volontaire:
elle semble venir d'eux et de leur choix, tandis que tout les
y porte sans qu'ils s'en aperoivent. Ils tiennent mme de la
nature les formes, le caractre et le temprament qui
concourent  leur faire remplir le rle qu'ils ont  jouer, et
dont toute la marche est dessine d'avance dans les dcrets du
moteur ternel.

"Si l'on peut prvoir quelques vnements, ce n'est que par
une perspicacit, une sagacit de vue sur la chane de ces
circonstances qu'on ne peut cependant changer, et qui est
d'une force irrsistible, mme pour ce qui constitue le
malheur. Le plus sage est celui qui sait se prter au cours
naturel des choses.

Pour toi, ma chre Eugnie, ton esprit facile sait se plier 
tout; ta docilit te rend heureuse et tu sais l'tre malgr
les entraves mises  ta libert; tu savoures les plaisirs que
tu inventes sans t'inquiter de ceux qui te manquent.

J'avanais en ge et j'atteignais la fin de ma seizime anne
lorsque ma situation prit une face nouvelle: les formes
commenaient  se dcider; mes ttons avaient acquis du
volume, j'en admirais l'arrondissement journalier, j'en
faisais voir tous les jours les progrs  Lucette et  mon
papa, je les leur faisais baiser, je mettais leurs mains
dessus et je leur faisais faire attention qu'ils les
remplissaient dj; enfin, je leur donnais mille marques de
mon impatience. Eleve sans prjugs, je n'coutais, je ne
suivais que la voix de la nature: ce badinage l'animait et
l'excitait vivement, je m'en apercevais:

-- Tu bandes, cher papa, viens...

Et je le mettais entre les bras de Lucette. Je n'tais pas
moins mue, mais je jouissais de leurs plaisirs. Nous vivions,
elle et moi, dans l'union la plus intime; elle me chrissait
autant que je l'aimais; je couchais ordinairement avec elle,
et je n'y manquais pas, lorsque mon papa tait absent. Je
remplissais son rle du mieux que je le pouvais: je
l'embrassais, je suais sa langue, ses ttons; je baisais ses
fesses, son ventre, je caressais sa jolie motte, je la
branlais; mes doigts prenaient souvent la place du vit que je
ne pouvais lui fournir, et je la plongeais  mon tour dans ces
agonies voluptueuses o j'tais enchante de la voir. Mon
humeur et mes manires lui avaient fait prendre pour moi une
affection dont je ne puis, ma chre, te donner l'ide que
d'aprs la tienne. Elle m'avait vue bien des fois, au milieu
de nos caresses, violemment anime et, dans ces moments, elle
m'assurait qu'elle dsirait que je fusse au terme o elle pt
aussi me procurer, sans danger, les mmes plaisirs que je lui
donnais. Elle souhaitait que mon papa me l'et mis et et
ouvert la route sur laquelle ils sont sems:

-- Oui, ma chre Laure, disait-elle, quand cet instant
arrivera, je projette d'en faire une fte; je l'attends avec
empressement. Mais, ma chre amie, je crois apercevoir qu'il
ne tardera pas: tes ttons naissants sont presque forms, tes
membres s'arrondissent, ta motte se rebondit, elle est dj
toute couverte d'un tendre gazon, ton petit conin est d'un
incarnat admirable, et j'ai cru dcouvrir dans tes yeux que la
nature veut qu'on te mette bientt au rang des femmes. L'anne
dernire, au printemps, tu vis les prludes d'une ruption qui
va s'tablir tout  fait.

En effet, je ne tardai pas  me sentir plus pesante, la tte
charge, les yeux moins vifs, les douleurs de reins et des
sensations d'une colique extraordinaire pour moi; enfin, huit
ou dix jours aprs, Lucette trouva la gondole ensanglante.
Mon pre ne me la remit pas. Ils avaient pressenti l'effet de
ma situation; j'en tais prvenue; je restai prs de neuf
jours dans cet tat, aprs lesquels je redevins aussi gaie et
je jouis d'une sant aussi brillante qu'auparavant.

Que j'eus de joie de cet vnement! J'en tais folle,
j'embrassai Lucette:

-- Ma chre bonne, que je vais tre heureuse!

Je volai au cou de mon papa, je le couvris de mes baisers:

-- Me voil donc enfin  l'poque o tu me dsirais!...

Que je serai contente si je puis faire natre tes dsirs et
les satisfaire!... Mon bonheur est d'tre tout entire  toi:
mon amour et ma tendresse en font l'objet de ma flicit...

Il me prit dans ses bras, me mit sur ses genoux. Ah! qu'il me
rendait bien les caresses que je lui faisais! Il pressait mes
ttons, il les baisait, il suait mes lvres, sa langue venait
caresser la mienne; mes fesses, mon petit conin, tout tait
livr  ses mains brlantes.

-- Il est enfin arriv, charmante et chre Laure, cet heureux
instant o ta tendresse et la mienne vont s'unir dans le sein
de la volupt; aujourd'hui mme je veux avoir ton pucelage et
cueillir la fleur qui vient d'clore; je vais la devoir  ton
amour, et ce sentiment de ton coeur y met un prix infini; mais
tu dois tre prvenue que, si le plaisir doit suivre nos
embrassements et nos transports, le moment qui va me rendre
matre de cette charmante rose te fera sentir quelques pines
qui te causeront de la douleur.

-- Qu'importe, fais-moi souffrir, mets-moi toute en sang si tu
veux, je ne puis te faire trop de sacrifices, ton plaisir et
ta satisfaction sont l'objet de mes dsirs.

Le feu brillait dans nos yeux. L'aimable Lucette, voulant
cooprer  l'effusion du sang de la victime, ne montrait pas
moins d'empressement que si elle-mme et t le
sacrificateur. Ils m'enlevrent et me portrent dans un
cabinet qu'ils avaient fait prparer pendant le temps de mon
tat. La lumire du jour en tait absolument bannie; un lit de
satin gros bleu tait plac dans un enfoncement entour de
glaces. Les foyers de quatre rverbres placs dans les
encoignures, adoucis par des gazes bleues, venaient se runir
sur un petit coussin de satin couleur de feu, mis au milieu,
qui formait la pierre sur laquelle devait se consommer le
sacrifice. Lucette exposa bientt  dcouvert tous les appas
que j'avais reus de la nature; elle ne para cette victime
volontaire qu'avec des rubans couleur de feu qu'elle noua
au-dessus de mes coudes et  la ceinture dont, comme une autre
Vnus, elle marqua ma taille. Ma tte, couronne simplement de
sa longue chevelure, n'avait d'autre ornement qu'un ruban de
la mme couleur qui la retenait. Je me jetai de moi-mme sur
l'autel.

Quelques parures que j'eusse auparavant portes, je me
trouvais alors bien plus belle de ma seule beaut; je me
regardais dans les glaces avec une complaisance satisfaite, un
contentement singulier. Je paraissais d'une blancheur
blouissante, mes petits ttons, si jeunes encore, s'levaient
sur mon sein comme deux demi-boules parfaitement rondes,
releves de deux petits boutons d'une couleur de chair rose;
un duvet clair ombrageait une jolie motte grasse et rebondie
qui, faiblement entrouverte, laissait apercevoir un bout de
clitoris semblable  celui d'une langue entre deux lvres; il
appelait le plaisir et la volupt. Une taille fine et bien
prise, un pied mignon surmont d'une jambe dlie et d'une
cuisse arrondie, des fesses dont les pommettes taient
lgrement colores, des paules, un cou, une chute de reins
charmante et la fracheur d'Hb. Non, l'Amour ne m'et rien
disput s'il et t de mon sexe. Tels taient les loges que
Lucette et mon papa faisaient  l'envi de ma personne. Je
nageais dans la joie et l'ivresse de l'amour-propre. Plus je
me croyais bien, plus ils me trouvaient telle, et plus j'tais
enchante que ce papa si cher  mon coeur et une entire
jouissance de tout ce que je possdais. Il m'examinait, il
m'admirait; ses mains, ses lvres ardentes se portaient sur
toutes les parties de. mon corps. Nous avions, l'un et
l'autre, l'ardeur de deux jeunes amants qui n'ont rencontr
que des obstacles, et qui vont enfin jouir du prix de leur
attente et de leur amour.

Je souhaitais vivement le voir dans l'tat o j'tais; je l'en
pressai avec instance; il y fut bientt. Lucette le dgagea de
tous ses vtements; il me coucha sur le lit, mes fesses poses
sur le coussin. Je tenais en main le couteau sacr qui devait
 l'instant immoler mon pucelage. Ce vit que je caressais avec
passion, semblable  l'aiguillon de l'abeille, tait d'une
raideur  me prouver qu'il percerait rigoureusement la rose
qu'il avait soigne et conserve avec tant d'attention. Mon
imagination brlait de dsir; mon petit conin tout en feu
apptait ce cher vit, que je mis aussitt dans la route. Nous
nous tenions embrasss, serrs, colls l'un sur l'autre; nos
bouches, nos langues se dvoraient. Je m'apercevais qu'il me
mnageait; mais passant mes jambes sur ses fesses et le
pressant bien fort, je donnai un coup de cul qui le fit
enfoncer jusqu'o il pouvait aller, La douleur qu'il sentit et
le cri qui m'chappa furent ceux de sa victoire. Lucette,
passant alors sa main entre nous, me branlait, tandis que, de
l'autre, elle chatouillait le trou de mon cul. La douleur, le
plaisir mlangs, le foutre et le sang qui coulaient, me
firent ressentir une sublimit de plaisir et de volupt
inexprimables. J'touffais, je mourais; mes bras, mes jambes,
ma tte tombrent de toutes parts; je n'tais plus  force
d'tre. Je me dlectais dans ces sensations excessives,
auxquelles on peut  peine suffire. Quel tat dlicieux!
Bientt, j'en fus retire par de nouvelles caresses; il me
baisait, me suait, me maniait les ttons, les fesses, la
motte; il relevait mes jambes en l'air pour avoir le plaisir
d'examiner, sous un autre point de vue, mon cul, mon con, et
le ravage qu'il y avait fait. Son vit que je tenais, ses
couilles que Lucette caressait, reprirent bientt leur
fermet. Il me le remit. Le passage facilit ne nous fit plus
sentir, ds qu'il fut entr, que des ravissements. Lucette,
toujours complaisante, renouvela ses chatouillements, et je
retombai dans l'apathie voluptueuse que je venais d'prouver.

Mon papa, fier de sa victoire et charm du sacrifice que mon
coeur lui avait fait, prit le coussin qui tait sous moi,
teint du sang qu'il avait fait couler, et le serra avec le
soin et l'empressement de l'amant le plus tendre, comme un
trophe de sa conqute. Il revint bientt  nous:

-- Ma Laure, chre et aimable fille, Lucette a multipli tes
plaisirs: n'est-il pas juste de les lui faire partager?

Je me jetai  son cou, je l'attirai sur le lit; il la prit
dans ses bras et la mit  ct de moi; je la troussai d'abord
et je la trouvai toute mouille.

-- Que tu es mue, ma chre bonne, je veux te rendre une partie
du plaisir que j'ai eu.

Je pris la main de mon papa, je lui introduisis un de ses
doigts qu'il faisait entrer et reparatre, et je la branlai.
Elle ne tarda pas  tomber dans l'extase d'o je venais de
sortir.

Ah! chre Eugnie, que ce jour eut de charmes pour moi! Je te
l'avoue, tendre amie, il a t le plus beau de ma vie et le
premier o j'ai connu les dlices de la volupt dans leur plus
haut degr. Je le rappelle encore  ma mmoire avec un
saisissement de satisfaction que je ne peux te rendre; mais,
en mme temps, avec un cruel serrement de coeur. Faut-il que
ce souvenir, qui me cause tant de plaisir et de joie, fasse
natre en mme temps les regrets les plus amers? cartons pour
un moment cette image si triste pour mon me.

Il rgnait dans ce cabinet une douce chaleur; je me sentais si
bien dans l'tat o j'tais que je ne voulus rien mettre sur
moi; j'tais d'une gaiet folle: je prtendis souper pare de
mes seuls appas. Lucette, attentive, avait eu le soin
d'carter tous les domestiques et de jeter un voile pais sur
la malignit de leurs regards; elle eut la complaisance
d'apporter seule et de prparer tout ce qu'il fallait, et
ferma les portes avec soin. Je ne fus pas contente que je ne
l'eusse mise dans la situation o nous tions: je fis voler
loin d'elle tout ce qui la couvrait; elle tait charmante 
mes yeux. Nous nous mmes  table. Mon papa tait, entre nous
deux, l'objet de nos caresses, qu'il nous rendait tour  tour.
Les glaces rptaient cette charmante scne; nos grces et nos
attitudes taient varies par les saillies qu'inspirait un vin
dlicat; son coloris brillant y rpandait mme des nuances
diffrentes: nous ressentmes bientt les effets de sa vertu
et de nos attouchements. Nos cons taient enflamms; son vit
avait repris toute sa raideur et sa duret. Dans un tat aussi
anim, aussi pressant, la table nous dplut; nous courmes,
nous volmes sur le lit. Dans ce jour, qui m'tait uniquement
consacr, je fus encore plonge dans les dlices d'une volupt
suprme; il se coucha sur ma gauche, ses cuisses passes sous
les miennes qui taient releves; son vit se prsentait
firement  l'entre. Lucette se mit sur moi, ma tte entre
ses genoux; son joli con tait sous mes yeux; je
l'entrouvrais, je le chatouillais, je caressais ses fesses qui
taient en l'air; son ventre rasait mes ttons; ses cuisses
taient entre mes bras; tout excitait, tout animait la flamme
du dsir. Elle carta les lvres de mon petit conin, qui tait
d'un rouge vif; je l'engageai d'y mettre l'ponge pour que mon
papa jout de moi sans inquitude et pt dcharger dedans. Il
tait sensible et douloureux: ds qu'on y touchait, je
souffrais; cependant, malgr cette sensation douloureuse, je
l'endurai dans l'esprance que j'en aurais bientt de plus
agrable. Lucette conduisit le vit de mon papa dans le chemin
dont elle avait cart tous les dangers, et qui n'tait plus
sem que de fleurs: il s'y prcipita; il enfona; elle me
branlait en mme temps, et je lui rendais un pareil service,
tandis qu'il faisait avec son doigt, dans le con de ma bonne,
le mme mouvement que son vit faisait dans le mien. Ces
varits, ces attitudes, cette multiplicit d'objets et de
sensations dans les approches du plaisir en augmentaient
infiniment les dlices. Nous le sentmes venir  nous; mais
prts  nous chapper comme l'clair tincelant fuit  nos
regards, nous en savourmes au moins toute l'tendue dans un
dlectable anantissement, dont la douceur et les charmes ne
peuvent qu'tre sentis. Nous commencions  tre fatigus.
Lucette se releva, fut mettre ordre  tout et, ds qu'elle fut
de retour, nous nous mmes dans un lit, entre les bras les uns
des autres, o nous passmes une huit prfrable pour nous au
jour le plus pompeux.

Hlas! chre Eugnie, pourquoi l'imagination va-t-elle
toujours au-del de la ralit qui suffit seule  notre
bonheur? Je croyais que tous les jours allaient le disputer 
celui qui m'avait procur tant de plaisirs; mais mon pre,
plus soigneux, plus dlicat peut-tre, et veillant sans
interruption  ma sant, m'engagea le lendemain  reprendre ce
fatal caleon:

-- Ma chre Laurette, je ne te le cache pas, je me dfie de
toi, de nous tous; ton temprament n'est pas encore assez
form pour que je t'abandonne  toi-mme, et tu m'es trop
chre pour que je ne cherche pas  te mnager avec toute
l'attention qui peut dpendre de moi. Cependant, tu jouiras de
nos caresses, tu nous en feras; sans gne avec toi, tu
partageras en quelque faon nos plaisirs; et de temps en temps
nous te rserverons une nuit pareille, que tu trouveras
d'autant plus agrable que tu l'attendras avec impatience.
Enfin si tu veux me plaire, tu te prteras  ce que je dsire
de toi et tu y consentiras avec complaisance.

C'tait un moyen assur de ne pas me faire regarder cet
emprisonnement comme insupportable. Ne crois pas non plus, ma
chre, que ce soit par un trait de jalousie: tu verras bientt
le contraire. Je te laisse donc faire. Ah! chre Eugnie, que
je m'en suis bien trouve.

Il y avait dj prs de dix-neuf mois que j'avais pass
l'heureuse soire dont je viens de te retracer le tableau,
lorsque j'eus le chagrin de voir l'loignement de Lucette.

Son pre, qui demeurait en province, la rappela prs de lui:
une maladie dangereuse lui fit dsirer absolument son retour
avant de mourir. Son dpart nous causa la peine la plus
sensible; nos larmes sincres furent confondues avec les
siennes; pour moi, je ne pouvais retenir mes sanglots, qui ne
furent enfin suspendus que par l'esprance et le dsir qu'elle
nous tmoignait de revenir au plus tt. Mais, peu de temps
aprs la mort de son pre, elle tomba dans une maladie de
langueur dont elle eut beaucoup de peine  se rtablir pendant
plus de deux ans. Son pre lui avait laiss un bien-tre qui
la fit rechercher dans son canton; elle ne voulait entendre
parler de qui que ce soit; elle trouvait, suivant ses lettres,
une si grande diffrence entre mon papa et tous ceux qui se
prsentaient pour elle qu'elle en tait rvolte. Enfin, elle
ne voulait couter aucune proposition de mariage et ne
soupirait qu'aprs son retour avec nous. Nanmoins, sollicite
par sa mre et ses autres parents, qui lui reprsentaient les
avantages qu'elle y trouvait et le besoin que sa mre,
infirme, avait d'elle, la complaisance arracha son
consentement contre son gr, aprs avoir cependant consult
mon papa en qui elle avait la plus entire confiance. Comme le
parti qui s'offrait tait effectivement trs avantageux, il se
crut oblig par ses principes de lui conseiller de l'accepter,
ce qu'il fit avec une vritable rpugnance, m'ayant assur
plusieurs fois qu'il avait un pressentiment de son malheur,
auquel il ne voulait pourtant pas ajouter foi, le regardant
comme une faiblesse.

Cependant, elle mourut des suites de sa premire couche.

Je regrettais souvent l'loignement de Lucette, que je
regardais perdue pour moi, mais je me consolais dans les bras
de ce cher et tendre papa. J'avais enfin totalement quitt cet
habillement secret que j'avais si souvent maudit; mais la
langueur de Lucette, de quelque cause qu'elle pt venir,
ajoutant du poids aux rflexions qu'il avait dj faites et
aux nouvelles dont il me faisait part, le dtermina  me
mnager avec plus d'attention qu'il n'en avait mis  son
gard, en me faisant sentir combien cela tait ncessaire  ma
constitution dlicate. Je me rendais  ses raisons, avec
d'autant plus de facilit que j'avais en lui la foi la plus
complte. Comme il s'loignait peu de moi et que je couchais
toujours avec lui, il me veillait et m'arrtait souvent
lorsque je cdais  mes dsirs avec trop d'ardeur.

Depuis le dpart de Lucette, il avait fait plusieurs
changements dans son appartement; on ne pouvait plus entrer
dans ma chambre qu'en passant par la sienne. Il avait rpandu
dans son domestique un air de svrit sur ce sujet, qui nous
faisait quelquefois rire ensemble. Nos lits taient appuys
contre le mme mur qu'il avait fait percer; et dans les
doubles cloisons qui couvraient le fond de nos alcves il
avait fait pratiquer des panneaux  coulisses, qui s'ouvraient
par un ressort que nous seuls connaissions. Il faisait
emporter tous les soirs la clef de ma chambre par une femme
qu'il avait prise  la place de Lucette, et que nous tenions
tout  fait dans le rang de domestique; mais, quand nous
tions dgags de tout incommode, je passais par les coulisses
et je venais, dans ses bras, jouir d'un sommeil doux et
tranquille que me procuraient ces nuits heureuses, suivies des
jours les plus agrables.

Ce fut dans une de ces charmantes nuits qu'il me fit goter
une nouvelle sorte de plaisir, dont je n'avais pas d'ide; que
non seulement je ne trouvai pas moins dlicieux, mais encore
qui me parut des plus vifs:

-- Ma chre Laure, aimable enfant, tu m'as donn ta premire
fleur; mais tu possdes un autre pucelage que tu ne dois ni ne
peux me refuser si je te suis toujours cher.

-- Ah! si tu me l'es! Qu'ai-je donc en moi, cher papa, dont tu
ne puisses disposer  ton gr et qui ne soit pas  toi?
Heureuse quand je puis faire tout ce qui peut contribuer  ta
satisfaction, mon bonheur est tabli sur elle!

-- Fille divine, tu m'enchantes, la nature et l'amour ont pris
plaisir  former tes grces; partout en toi sjourne la
volupt, elle se prsente avec mille attraits diffrents dans
toutes les parties de ton corps; dans une belle femme qu'on
adore, et qui paie d'un semblable amour, mains, bouche,
aisselles, ttons, cul, tout est con.

-- Eh bien! choisis, tu es le matre et je suis toute  tes
dsirs.

Il me fit mettre sur le ct gauche, mes fesses tournes vers
lui. Et, mouillant le trou de mon cul et la tte de son vit,
il l'y fit entrer doucement. La difficult du passage leve ne
nous prsenta plus qu'un nouveau chemin sem de plaisirs
accumuls; et, soutenant ma jambe de son genou relev, il me
branlait, en enfonant de temps en temps le doigt dans mon
con. Ce chatouillement runi de toutes parts avait bien plus
d'nergie et d'effet; quand il reconnut que j'tais au moment
de ressentir les derniers transports, il hta ses mouvements,
que je secondais des miens. Je sentis le fond de mon cul
inond d'un foutre brlant, qui produisit de ma part une
dcharge abondante. Je gotais une volupt inexprimable,
toutes les parties sensibles y concouraient, mes transports et
mes lans en faisaient une dmonstration convaincante; mais je
ne les devais qu' ce vit charmant, pointu, retrouss et peu
puissant, port par un homme que j'adorais.

-- Quel sduisant plaisir, chre Laurette! et toi, belle amie,
qu'en dis-tu? Si j'en juge par celui que tu as montr, tu dois
en avoir eu beaucoup!

-- Ah! cher papa, infini, nouveau, inconnu, dont je ne peux
exprimer les dlices, et dont les sensations voluptueuses sont
multiplies au-del de tout ce que j'ai prouv jusqu'
prsent.

-- En ce cas, ma chre enfant, je veux une autre fois y
rpandre plus de charmes encore, en me servant en mme temps
d'un godemich, et je raliserai par ce moyen l'Y grec du
Saint-Pre.

-- Papa, qu'est-ce donc qu'un godemich?

-- Tu le verras, ma Laure, mais il faut attendre un autre jour.

Le lendemain je ne lui parlai que de cela; je voulais le voir
absolument; je le pressai tant qu'il fallut enfin qu'il me le
montrt. J'en fus surprise; je dsirais qu'il m'en ft faire
l'essai le soir mme, mais il me remit au surlendemain. Je
veux, ma chre, faire avec toi, comme papa me fit alors; je ne
t'en ferai la description que dans une autre scne o nous le
mmes en usage. Je t'en ai dj parl de vive voix, et je
regrettais de ne pas l'avoir dans nos caresses o j'aurais
avec tant de plaisir jou le rle d'un amant tendre avec toi;
mais je ne l'oublierai srement pas quand j'irai retrouver ma
consolation dans tes bras.

Malgr la distance qu'il mettait dans les plaisirs qu'il me
procurait, il n'y avait aucune sorte de varit qu'il n'y
rpandt pour y ajouter de nouveaux attraits; il m'tait
d'autant plus facile de les y trouver que je l'aimais avec
toute la passion dont j'tais capable. Quelquefois il se
mettait sur moi, sa tte entre mes cuisses et la mienne entre
ses genoux; il couvrait de sa bouche ouverte et brlante
toutes les lvres de mon con; il les suait, il enfonait sa
langue entre deux, du bout il branlait mon clitoris, tandis
qu'avec son doigt ou le godemich il animait, il inondait
l'intrieur. Je suais moi-mme la tte de son vit; je la
pressais de mes lvres; je la chatouillais de ma langue; je
l'enfonais tout entier, je l'aurais aval. Je caressais ses
couilles, son ventre, ses cuisses et ses fesses. Tout est
plaisir, charmes, dlices, chre amie, quand on s'aime aussi
tendrement et avec autant de passion.

Telle tait la vie dlicieuse et enchante dont je jouissais
depuis le dpart de ma chre bonne. Dj huit ou neuf mois
s'taient couls, qui m'avaient paru fuir bien rapidement.

Le souvenir et l'tat de Lucette taient les seuls nuages qui
se montraient dans les beaux jours que je passais alors;
varis par mille plaisirs, suivis de nuits qui m'intressaient
encore davantage, je faisais consister toute ma satisfaction
et ma flicit  les voir disparatre pour employer tous les
moments qu'ils me laissaient entre les bras de ce tendre et
aimable papa, que j'accablais de mes baisers et de mes
caresses. Il me chrissait uniquement, mon me tait unie  la
sienne, je l'aimais  un degr que je ne puis te peindre.

Mais, chre Eugnie, que vas-tu penser de ton amie sur une
confession que je ne t'ai pas encore faite? Quelle scne
nouvelle tu vas voir paratre, et quel fondement peut-on faire
sur soi-mme? A quel degr d'extravagance l'imagination
exalte n'entrane-t-elle pas? Qui peut donc rpondre de ses
caprices et de son temprament? Si le coeur est toujours le
mme, s'il est plein des mmes sentiments, faut-il que des
dsirs violents, souvent pour un vain fantme qu'on se cre,
nous poussent au-del du but o nous devrions nous arrter et
nous mnent bien plus loin que nous ne devrions aller? J'en
suis un exemple frappant.

Dois-je te faire cet aveu? Oui, ne cachons rien  l'amie de
mon coeur; je rougis moins de te le dire que d'en avoir eu la
folie. Une circonstance va te la dvelopper tout entire, et
te fera voir en mme temps la bont, la douceur et le vif
intrt de mon pre pour moi, la justesse de son esprit, la
force de son me, de son attachement et de sa complaisance.
Elle me fit connatre plus que jamais  quel point il mritait
tout mon coeur et mon amour; aussi son image le remplira-t-elle
toujours, et ne s'en effacera qu'avec ma vie.

Dans la mme maison que nous occupions vgtait une vieille
dvote, veuve et ge, qui ne croyait son temps bien employ
qu'en passant la plus grande partie du jour  courir les
glises. Elle avait trois enfants. L'an, dbauch dans toute
l'tendue de l'expression, ne frquentait que la plus mauvaise
compagnie;  peine le connaissions-nous de vue. Jouissant du
bien qui lui revenait de son pre, il le dissipait avec
profusion. Son frre, de beaucoup plus jeune, avait quelques
mois au-dessus de seize ans lorsqu'il quitta le collge pour
revenir chez sa mre. C'tait un garon beau comme on peint
l'Amour, d'une humeur gale et d'un caractre fort doux. Ils
avaient une soeur fort gentille, qui atteignait ses quinze ans
et demi.

Reprsente-toi, chre Eugnie, une petite brune claire, teint
anim, oeil vif, nez trouss, bouche agrable et vermeille,
taille dcouple, toute mignonne, d'une vivacit ptulante,
folle autant qu'il se puisse, et outre cela trs amoureuse;
mais fine, et en mme temps discrte sur ce qui pouvait avoir
trait  ses plaisirs. Tous les jours elle plaisantait sur les
sermons que lui faisait de temps en temps sa bonne dvote de
mre. J'avais li connaissance avec elle plus particulirement
huit ou neuf mois aprs le dpart de Lucette et, par cette
occasion, j'avais fait celle de son jeune frre lorsqu'il
revint avec elle. Souvent ils venaient me voir et il ne se
passait gure de jours que nous ne fussions ensemble. Sa mre
en tait d'autant plus satisfaite qu'elle me donnait
journellement pour exemple  sa fille. Il est vrai que je
tenais de la nature et de l'ducation que je recevais de mon
papa un air plus rserv. Ne penses-tu pas, Eugnie, avec moi
que si, dans nos usages, l'amour dgrade nos rputations,
l'imprudence dans le choix et dans la conduite y contribue
totalement, et surtout ces airs de coquetterie, ces faons
libres et qui ne tiennent  rien, quoique souvent elles ne
vont pas plus loin; tandis qu'une hypocrite, une dvote, une
femme attentive aux dehors les sauvent en jouissant sous le
voile du mystre; mais elles conservent leur rputation sous
ces apparences; elles font bien, et mieux encore si elles ont
la prudence de mettre un frein  leur langue sur la conduite
des autres; modration qui dtourne les curieux ou les
intresss de l'examen recherch qu'ils pourraient faire.
Encore une fois, ce n'est pas dans le fait, c'est dans les
manires et par un mauvais choix qu'on se perd.

Je m'aperus bientt que mon pre les tudiait avec attention;
il jugea Vernol et sa soeur. Il me dit que Rose en savait plus
que sa nourrice ne lui en avait enseign, et que si, sur le
plaisir et la jouissance, elle tait plus ignorante que moi,
ce dont il doutait, elle avait grande disposition  en
apprendre davantage, et que si j'tais curieuse de juger de
ses connaissances, je pouvais l'prouver. Les diffrents
badinages o je l'engageai depuis me mirent  mme d'en porter
le mme jugement. Mais il s'expliqua peu sur Vernol.

Mes talents s'taient perfectionns. Musicienne, pinant la
harpe avec dlicatesse, chantant avec got, dclamant avec
intelligence, j'avais form une socit o j'admis Rose et
Vernol. Bientt il eut par l le moyen de me faire apercevoir
la passion qu'il avait prise pour moi. Il me cherchait, il me
suivait sans cesse, les prtextes ne lui manquaient pas. Ses
rles taient anims, remplis d'attention, de soins, de
complaisance: tout me disait ce qu'il n'osait prononcer.

Je m'en aperus, et, lorsque j'en fus persuade, j'en fis part
 mon papa avec ce ton et ce sourire qui annoncent la
plaisanterie:

-- Laure, je l'ai souponn ds les premiers instants; ses
yeux, son teint deviennent plus anims quand il est prs de
toi; son air quelquefois embarrass et toutes ses dmarches le
dclent. Eh bien! ma fille, avec cette connaissance de son
amour pour toi, que ressens-tu pour lui?

Je ne m'tais pas encore consulte, ma chre Eugnie, je
n'avais pas fouill dans les replis de mon me et, croyant
n'avoir pour Vernol que ce sentiment qu'on nomme amiti, je
lui en parlai sur ce ton. Mais un service de mon pre, en me
demandant si c'tait l tout, suffit pour me faire rentrer en
moi, et je reconnus bientt, en y rflchissant, que la
prsence de Vernol m'animait, et que lorsqu'il n'tait pas
avec sa soeur il me manquait quelque chose; car, sans y faire
attention, je demandais  Rose avec une sorte d'empressement
ce que son frre tait devenu. Je ne pouvais concevoir comment
je m'tais prise d'un tel caprice avec lequel mon coeur tait
si peu d'accord. Sa figure, il est vrai, me charmait; sa
douceur et ses soins en augmentaient les attraits.

A l'air de mon pre, il tait ais de juger qu'il avait
dcouvert en moi ce que je n'osais presque encore m'avouer 
moi-mme; il fut quelque temps sans m'en parler. Je l'aimais
toujours autant, et plus, s'il tait possible, que je n'avais
jamais fait; mon empressement et mon got pour lui ne
diminuaient point; enfant de la nature et de la vrit, je n'y
mettais ni politique ni dissimulation. On prtend que nous
sommes naturellement fausses; je crois que cette fausset est
d'acquisition, et selon l'ducation reue. Enfin, je me
sentais capable de tout sacrifier pour ce cher et tendre pre,
et je pris une rsolution intrieure d'viter les poursuites
et les soins de ce beau garon. Je n'avais pu concevoir
l'accord des sensations et de la fantaisie que j'prouvais
pour Vernol avec les sentiments de mon coeur pour ce tendre
papa; mais la disposition o je me trouvais me fit connatre
par la suite la diffrence des mouvements qui m'agitaient. Tu
concevras difficilement, chre Eugnie, cette diffrence; il
faut l'avoir sentie pour la connatre: bien des hommes
pourraient t'apprendre  faire la distinction qui s'y trouve.
Mon pre voulut la juger en moi, et s'en assura en me mettant
 une preuve  laquelle je ne m'attendais nullement:

-- Laure, quelques-uns de vos amis actuels me font de la peine;
je dsirerais que vous ne voyiez plus Rose ni son frre.

Je ne balanai pas un instant, et, me jetant  son cou, le
serrant, le pressant contre mon sein:

-- J'y consens bien volontiers, cher papa, je te conjure mme
de quitter cette demeure, ou que tu me mnes  la campagne: je
ne serai plus dans le cas de me trouver avec eux. Partons ds
demain, je serai bientt prte.

En effet, je courus prparer mon trousseau. J'y tais occupe
lorsqu'il me rappela. Il me prit sur ses genoux et me dit en
m'embrassant:

-- Chre Laurette, je suis content de ta tendresse et de ton
affection; tes yeux secs me disent que c'est sans peine que tu
veux me faire un sacrifice. Avoue-le-moi, je t'y engage;
ouvre-moi ton coeur car, sans doute, ce n'est pas la crainte
qui est le principe de ta rsolution; tu n'as pas lieu d'en
avoir avec moi.

Toujours vrair, toujours sincre, je ne cherchai point 
dguiser:

-- Non, trs assurment, cher papa, depuis longtemps la crainte
vis--vis de toi n'est plus entre dans mon me; le sentiment
seul me guide. Je conviens que Vernol a fait natre dans mon
imagination une illusion, un caprice dont je ne puis me rendre
compte; mais mon coeur, qui est plein de toi, n'est pas un
moment indcis entre vous deux; je ne veux plus le voir.

-- Non, ma chre enfant, non, j'ai dsir connatre la nature
de tes sentiments pour moi, j'en suis satisfait. Vernol excite
en toi des sensations que ton imagination augmente: tu en
jouiras; tu connatras aussi toute ma tendresse pour toi; tu
sentiras que tu ne peux cesser de m'aimer, et c'est tout ce
que je dsire. Va, je ne suis jaloux que de ton coeur dont la
possession m'est si chre.

Ce trait me confondit; une lumire vint dissiper le trouble de
cette imagination fascine, je tombai  ses genoux, toute en
larmes, et mon sein palpitait; je baisais ses mains que
j'arrosais de mes pleurs; mes sanglots me laissaient  peine
la libert de m'exprimer:

-- Tendre papa, je t'aime, je t'adore, je ne chris que toi;
mon me, mon coeur, tout est plein de toi. Il fut touch de ma
douleur; il me releva et, me pressant  son tour en me
couvrant de baisers:

-- Console-toi, trop aimable et chre enfant, crois-tu que je
ne connaisse pas la nature et ses lois invincibles? Va, je ne
suis point injuste. C'est par exprience, par comparaison et
par la complaisance la plus tendue de ma part, que produisent
seules l'affection et l'amiti la plus tendre, que je dsire
tre aim de toi: il est temps que tu apprennes  juger des
diffrences. Je t'ai promis que tu jouirais de Vernol: ferme
dans mes principes, constant dans mes ides je tiendrai ma
parole; d'ailleurs, il est aimable, bien fait, beau garon, je
lui dois cette justice; et si ce n'tait pas pour lui que tu
eusses senti ce dsir, tu pourrais l'avoir prouv pour
quelqu'un d'autre qui vaudrait encore moins; ainsi, j'ai pris
mon parti.

Depuis ce jour je me trouvai bien moins affecte pour Vernol;
et si je me suis prte, ma chre,  tout ce que tu vas voir,
ce fut par une runion de condescendance pour ce cher papa, de
curiosit et de temprament excit, premier principe de mon
dsir fantastique, que je me laissai aller. Je passai la nuit
entre ses bras. Le matin, au milieu des baisers que je lui
donnais  mon rveil, il me dit:

-- Laurette, il faut que tu voies aujourd'hui la mre de Rose:
engage-la de laisser venir sa fille passer la journe  la
campagne avec toi; en mme temps prviens-la qu'elle ne soit
point inquite si elle ne revenait pas le soir, que tu
pourrais, peut-tre, ne la ramener que demain. Nous
prtexterons que la voiture nous a manqu, et tu la garderas
ici jusqu' demain. Quand tu seras avec elle en libert, tu
pourras juger de sa faon de penser et de tout ce qu'elle
fait: elle parat avoir de la confiance et de l'amiti pour
toi; aussitt que tu sauras  quoi t'en tenir, tu m'en
instruiras.

Je crus de ce moment qu'il avait form des desseins sur elle;
il ne m'en fallut pas davantage pour m'empresser, sans autre
rflexion,  entrer dans ses ides et  me prter  tout ce
qu'il avait projet. Je souponnais dj Rose aussi savante
que je l'tais, ou  peu prs. Tout fut conduit comme il
l'avait arrang. Elle vint; la porte fut close  tout le
monde: nous passmes la journe seuls dans toutes les folies
que nous pmes imaginer. Je lui faisais cent agaceries; elle
me les rendait avec usure. Je dcouvrais sa gorge, je faisais
baiser ses ttons  mon papa; ses fesses, sa motte, son con,
essuyrent mes lutineries; je la tenais entre mes bras pour
qu'il lui en ft autant; elle riait, foltrait; et, quoique 
chaque espiglerie nouvelle elle fit des demi-faons, elle se
prtait  tout; aussi son teint tait-il trs anim et ses
yeux tincelants. Le souper vint, o je ne la mnageai pas; je
lui versais  plein verre; je soufflais le feu qui la brlait
dj. Levs de table, nous recommenmes nos folies; elle ne
fit plus aucune rsistance; je la renversai, le visage sur un
canap; je troussai ses jupes, et son cul dcouvert nous
prsenta une perspective que mon papa, par un dernier coup de
pinceau, aurait rendue parfaite: il m'aidait  me venger de
toutes les lutineries qu' son tour elle m'avait fait
prouver. Je voulus juger de l'effet que produisaient ces jeux
sur elle; je la trouvai toute mouille, et je conjecturai
qu'elle avait eu bien du plaisir pendant ce foltre badinage.
Nous passmes enfin, Rose et moi, dans ma chambre, et nous
nous prparmes  nous mettre au lit. Ds qu'elle me vit en
chemise, elle me l'arracha; je lui rendis le change et je mis
la sienne  bas. Elle m'entrana dans le lit. Elle me baisait,
prenait mes ttons, ma motte; je mis aussitt le doigt o je
voyais bien qu'elle le dsirait; je ne me trompais pas; elle
carta les cuisses et se prta  mes mouvements. Je voulus en
savoir davantage: je glissai mon doigt dans son con, et la
facilit avec laquelle il entra me donna des lumires sur
l'usage qu'elle en avait fait. Je dsirais apprendre d'elle
par quelle aventure elle avait perdu son pucelage. Je me
prparais  la questionner lorsque mon pre entra dans ma
chambre et vint nous embrasser avant de se coucher. D'un seul
coup, Rose rejeta la couverture: il ne s'attendait pas  nous
voir totalement nues et nos mains places au centre de la
volupt. Elle passa le bras autour de son cou, l'attira, et
lui fit baiser mes ttons. Je ne fus pas en reste; je lui fis
prendre et baiser les siens, je promenai sa main sur tout son
corps, et je l'arrtai sur sa motte. Il s'animait, mais il
nous quitta brusquement en nous souhaitant beaucoup de
plaisir.

Dj la pendule marquait dix heures lorsque, le lendemain, il
rentra dans ma chambre; il nous veilla par ses caresses et
ses baisers ritrs, en nous demandant si nous avions pass
une nuit agrable.

-- Nous avons veill, cher papa, longtemps aprs que tu nous as
quittes; tu as bien vu dans quelle humeur nous tions.

Rose, que nos jeux avaient apaise et le sommeil rafrachie,
rougit et mit aussitt sa main sur ma bouche. Je la dtournai:

-- Non, Rose. Non, tu ne me retiendras jamais de raconter  mon
papa tout ce que nous avons fait et tout ce que tu m'as dit:
je ne lui cache rien, ma confiance est entire pour lui, et la
tienne ne doit pas tre moindre.

Alors passant ses bras et ses jambes autour de moi, elle me
laissa continuer:

-- Quand tu nous eus abandonnes, Rose, dj vivement mue,
vint baiser ma bouche, sucer mon sein; elle m'attira sur elle,
nous entrelames nos cuisses, nos cons s'y frottaient; mes
ttons taient appuys sur les siens, mon ventre sur son
ventre; elle me demanda ma langue, et d'une main caressant mes
fesses, de l'autre elle chatouillait mon clitoris et
m'invitait, par le jeu de son doigt,  l'imiter; je mis le
mien o elle l'attendait avec impatience et bientt nous
ressentmes les dlices de ces amusements. Mais elle ne voulut
pas que mon doigt la quittt sans les avoir gotes quatre
fois avec des transports incroyables.

Dans le temps mme que je rendais compte de nos bats, Rose,
rchauffe par ce tableau, avait remis sa main entre mes
cuisses et rptait ce que je racontais. Je conus aussitt ce
qu'elle dsirait: nous tions restes nues; je la dcouvris 
mon tour, je pris la main de mon papa qui s'empara de tout ce
qu'elle avait. Il n'avait sur lui que sa robe, qui s'tait
entrouverte par ses mouvements: j'aperus par une avance
distincte et par le pavillon que faisait sa chemise de l'effet
que ces caresses produisaient sur lui.

Je le fis remarquer  Rose, et je lui dis de lui ter cette
robe et de le faire mettre prs de nous. Elle se leva sans
balancer, se jeta  son cou, le dpouilla dans l'instant et,
l'enveloppant de ses bras, elle l'attira dans le lit. Rose,
retombe sur le dos, cartait les cuisses; j'levai une de ses
jambes sur lui, et il passa l'autre entre les siennes; par
cette attitude, son vit se trouvait naturellement vis--vis de
son con; je le conduisis moi-mme dans la route; elle courut
au-devant du charme qui l'entranait et, par un coup de cul,
elle hta l'entre du temple au dieu qu'elle adorait.

Je la branlais, elle prcipitait la marche par les mouvements
qu'elle y ajoutait, et ses transports emports, dont elle
seule me donnait le modle, nous firent connatre le plaisir
excessif qu'elle ressentait. Mon pre, qui prouvait avec
quelle pret elle suait son vit, n'y tenait plus; il se hta
de se retirer et j'achevai de faire, avec ma main, couler la
libation qu'il craignait de verser dans le con de Rose, qui,
pendant le temps qu'il y fut, prouva cinq fois, de son aveu,
les dlices de la dcharge. Son ventre fut inond du foutre
qu'il rpandit sur elle et qu'il lana jusque sur ses ttons.
Tandis que je rendais ces divers offices, elle s'tait empare
de mon con; elle le chatouillait; ce petit jeu, joint 
l'motion que me causait le plaisir que je leur voyais
ressentir et aux caresses que je leur faisais, me mettait dans
une agitation violente. A mon tour, je dsirais d'apaiser le
feu qui me dvorait; elle s'en aperut et, passant sur ma
gauche, elle prit la main de mon papa dont elle m'introduisit
un des doigts qu'il agitait et, par un jeu pareil  celui que
j'avais employ pour elle, Rose acheva de me faire partager
les doux plaisirs que nous lui avions procurs, dont elle
ressentit encore les effets pendant le service qu'elle me
rendait.

Quand nous fmes revenus dans un tat plus tranquille:

-- Ecoute, cher papa, tu es peut-tre tonn de l'habilet de
Rose; je n'en tais pas moins surprise; je l'ai engage de
m'apprendre d'o venaient ces connaissances. Je vais te
rpter tout son rcit. Mais non, c'est de sa bouche que tu
dois l'entendre, et je dsire qu'elle s'y prte. Ce que tu
viens de faire avec elle la met  mme de ne te rien cacher et
de te confier tout ce qu'elle m'a dit.

Les baisers, les caresses furent employs pour l'y dterminer.

Elle se rendit aisment:

-- Eh bien! j'y consens, et, puisque j'en ai fait part 
Laurette, je ne risque plus rien. Les plaisirs dont nous
venons de jouir ensemble me donnent lieu d'tre persuade que
vous le sauriez d'elle; ma confiance s'tablit sur celle que
vous me montrez et se rapporte  mes dsirs. Il vaut donc
mieux que je vous le rpte moi-mme.


HISTOIRE DE ROSE


J'avais dix ans quand ma mre m'envoya chez une soeur qu'elle
avait en province, o je passai plus de six mois. Elle n'avait
qu'une fille qui avait au moins six ans au-dessus de moi.
Jusqu' ce moment, toujours retire chez ma mre dont la
dvotion ne permettait  personne d'approcher de nous, mes
frres au collge, j'tais toujours seule, ou  l'glise avec
ma mre; je ne me connaissais pas encore, mais je m'ennuyais
beaucoup. J'aimais bien mieux tre aux glises que rester au
logis car, quoiqu'elle se mt trs souvent dans les coins les
plus retirs, j'apercevais au moins,  la drobe, quelque
figure humaine qui attachait mes regards. Il y avait longtemps
que ma mre promettait  ma tante, qui me demandait, de
m'envoyer chez elle: je le dsirais avec d'autant plus
d'impatience que je savais qu'elle ne ressemblait pas  ma
mre. Une occasion survint qui l'y dtermina. Mon frre an
tait menac de la petite vrole, elle me fit partir au plus
tt. Ma tante et ma cousine me reurent avec mille
dmonstrations d'amiti. Dans les premires caresses, Isabelle
demanda que je couchasse avec elle. Je ne sais si elle ne s'en
repentit pas bientt par la contrainte que cet arrangement lui
donna dans les premiers temps. Cependant, le soir avant de
nous endormir, elle m'embrassait, et le matin je lui rendais
ses caresses.

Les quinze premiers jours passs, sa contrainte me parut
diminuer, et le soir elle retroussait nos chemises pour
appuyer ses fesses contre les miennes et me donner le baiser
des quatre soeurs.

Une nuit, entre autres, que je ne pus pas m'endormir aussitt
qu' l'ordinaire et qu'elle me croyait trs enfonce dans le
sommeil, je sentis qu'elle remuait le bras avec un petit
mouvement; sa main gauche tait sur le haut de ma cuisse; je
l'entendis qui haletait et poussait une respiration
entrecoupe; elle remuait doucement le derrire; enfin, elle
fit un grand soupir, se tint tranquille et s'endormit.

Surprise de tout cela et n'y pouvant rien comprendre, je
craignais qu'il ne lui ft arriv quelque chose
d'extraordinaire; cependant, comme je la trouvai frache et
gaie le lendemain, mon inquitude cessa. Depuis ce jour, je
m'aperus qu'elle rptait tous les soirs ce mme mange,
auquel je ne concevais rien pour lors; mais je ne tardai pas 
en tre instruite.

Ma tante avait une femme de chambre ge tout au plus d'une
vingtaine d'annes: Isabelle tait souvent enferme dans sa
chambre avec elle. Justine brodait parfaitement en tout genre,
et ma cousine allait recevoir ses leons; elle ne voulait
point, disait-elle, que je l'interrompisse, parce que je
l'empcherais de faire les progrs qu'elle dsirait. Je donnai
d'abord dans ce panneau qui, cependant n'en tait pas tout 
fait un puisque, en effet, elle apprenait  manier
parfaitement l'aiguille. Enfin, pique de n'tre point admise
en trio et remarquant entre elles une certaine intelligence,
ma curiosit fut vivement excite. Curiosit de fille est un
dmon qui la tourmente, il faut qu'elle lui cde, qu'elle y
succombe.

Un jour que j'tais reste seule, ma tante tant sortie avec
Isabelle et Justine, ayant profit de ce moment pour en faire
autant, je le mis en usage pour aller dans sa chambre examiner
si je ne trouverais pas quelque moyen, ou quelque ouverture de
laquelle je pourrais dcouvrir ce qu'on pouvait y faire.
J'aperus, au coin du lit o couchait Justine, une porte dans
la ruelle, que je parvins  ouvrir  force de la secouer, et
qui conduisait dans une chambre sombre toute remplie de vieux
meubles presque jusqu'au plancher. Il n'y avait de libre qu'un
passage qui conduisait  une autre porte qui donnait sur un
escalier drob, duquel on descendait dans une petite cour
d'o l'on sortait dans une ruelle dserte et carte.

Ma tante croyait ce quartier bien ferm; mais si elle en avait
les clefs, Justine avait trouv le moyen d'en avoir le passage
libre. Dans cette espce de garde-meubles il y avait  quelque
hauteur,  l'galit du pied du lit, une ouverture qui avait
t mnage dans la muraille pour y mettre une croise qui
aurait donn du jour dans cette chambre, tant vis--vis les
fentres de celle de Justine. Mais l'usage qu'on faisait de
cette pice rendant cette prcaution inutile, cette ouverture
tait couverte par la tapisserie qui entourait la chambre de
Justine. Je m'aperus de cette ouverture; je grimpai sur les
meubles pour chercher s'il n'y aurait pas quelque trou; n'en
trouvant pas d'assez grand, je pris mes ciseaux et je fis une
ouverture suffisante pour dcouvrir partout dans la chambre,
et particulirement sur le lit, auquel je ne pensais gure
alors. Charme d'avoir trouv ces moyens, et dans le dessein
d'en profiter, je me retirai au plus vite en refermant la
porte. J'avais remarqu que lorsque Isabelle allait dans la
chambre de Justine, c'tait presque aussitt aprs le dner.

Un jour, ma tante devait aller passer l'aprs-midi chez une de
ses amies, o quelque affaire devait la retenir et o elle ne
comptait nous mener ni l'une ni l'autre. Ma cousine me dit en
particulier qu'elle devait apprendre ce jour-l quelques
points nouveaux, et que je pouvais aller chez des voisines ou
m'occuper de mon ct afin qu'elle ne ft point trouble. Il
ne m'en fallut pas davantage. Ds qu'on fut hors de table, je
fis semblant de sortir de la maison et d'aller dans le
voisinage. Mais je remontai doucement dans la chambre de
Justine, qui habillait ma tante, et je les prvins. Je fus me
renfermer dans la chambre noire, cache parmi les meubles,
l'oeil attach sur l'ouverture que j'avais agrandie. Je ne fus
pas longtemps sans voir arriver ma cousine qui prit  la main
un ouvrage de broderie; je crus alors que j'allais passer une
aprs-midi bien ennuyeuse; je me repentis de ma curiosit, que
je maudissais de tout mon coeur. Justine y vint peu de temps
aprs avec ma tante, qui demanda o j'tais. Le coeur me
palpitait. Elles lui rpondirent qu'apparemment j'tais alle
chez de petites amies de mon ge o je me rendais quelquefois;
elle ne fit pas d'autres informations et, voyant sa fille
occupe, elle s'en fut, et je les vis toutes deux examiner par
la fentre si ma tante sortait. Aussitt qu'elle fut dehors,
ce que j'entendis  leurs discours, Justine ferma les verrous;
elle vint ouvrir la porte de la chambre o j'tais et fut 
celle de l'escalier drob. La frayeur d'tre dcouverte me
saisit; j'tais accroupie pour me cacher parmi les meubles;
elle ne s'aperut de rien et retourna dans sa chambre. Ds
qu'elle y fut rentre, Isabelle mit de ct son ouvrage et
s'avana prs d'un miroir pour raccommoder sa coiffure et
rajuster son mouchoir de cou, que Justine lui arracha, et qui
lui prenait les ttons, lui faisait compliment sur leur
rondeur et sur leur fermet; puis, dcouvrant les siens, elle
en faisait la comparaison entre eux. Au milieu de leurs
amusements, j'entendis, sur l'escalier de la petite cour,
quelqu'un qui montait et qui, trouvant libre l'entre de la
premire porte qu'apparemment Justine avait t ouvrir, vint
gratter  celle de la chambre. Je ne pus le voir passer, tant
enfonce et cache pour n'tre pas vue moi-mme. Justine le
fit entrer et fut refermer les portes avec soin. Quand il fut
dans la chambre, je le reconnus aussitt: c'tait un grand
jeune homme, un peu parent de la maison, qui venait
quelquefois voir ma tante. Isabelle avait la gorge dcouverte.

Courbelon fut sans faon la lui baiser et y fourra sa main
tandis que l'autre fut se perdre sous sa jupe. Justine,  son
tour, fut traite de mme. Le temps ne me paraissait plus
long. Il prit Isabelle dans ses bras, la jeta sur le pied du
lit et la troussa tout  dcouvert; je vis alors son ventre,
ses cuisses et sa fente; elle tait peu garnie de poil, mais
il tait fort noir; il la baisait et remuait le doigt de la
main droite au haut de cette fente, tandis que le doigt de la
main gauche y tait tout enfonc. Justine, dboutonnant sa
culotte, en tira une machine fort longue, raide et trs
grosse. Ma cousine la prit; il voulait la mettre  la place de
son doigt, mais j'entendis Justine lui dire:

-- Non, Courbelon, je ne le souffrirai pas; si je deviens
grosse, je saurai m'en tirer; mais si jamais Isabelle tait
dans ce cas-l, o pourrions-nous toutes deux nous cacher?
Caressez-la, donnez-lui du plaisir; mais ne lui mettez pas.

Tous ces discours, que j'entendais parfaitement, taient
autant d'nigmes dont je cherchais le mot. Je vis cependant
Courbelon se retirer  contre-coeur et, tout en pestant, il
continua de caresser Isabelle en la chatouillant comme il
avait commenc, tandis que ma cousine tenait  pleine main ce
gros instrument que Justine avait mis en libert.

Quelques moments aprs qu'il eut recommenc les mouvements de
ses doigts, j'entendis et vis faire  Isabelle le mme jeu et
les mmes soupirs qu'elle faisait quand nous tions couches.
Je fus alors au fait, et je jugeai qu'elle rptait, seule
dans son lit, ce que Courbelon venait de faire. Isabelle se
releva bientt, et Justine, qui tait en arrt comme un chien
sur sa proie, se jetant  son tour sur le pied du lit, tenant
d'un bras Courbelon par les reins et, de l'autre main, tenant
ce pieu qui conservait sa grosseur, l'entrana sur elle. Elle
fut bientt trousse; il se coucha sur son ventre et, de ses
deux mains, il tenait ses ttons qu'il baisait, et les
mouvements de reins et de cul que je lui voyais faire me
firent juger qu'il enfonait ce membre que j'aurais voulu voir
entrer. Ma cousine passa sa main par-derrire entre les
cuisses de Courbelon, ou pour le caresser, ou pour juger de
l'enfoncement. Je les vis alors s'agiter, se remuer avec
fureur: bientt Courbelon, aprs des transports et des
mouvements qui m'tonnaient, se laissa aller, et je le vis
retirer cet instrument humble et bien diminu de longueur et
de grosseur. Ils se reposrent quelques moments sur le lit;
mais les baisers et les caresses allaient leur train. Cette
premire scne, qui m'avait vivement mue, ne tarda pas  tre
suivie d'une autre qui me plut encore davantage.

Courbelon, impatient de leurs habillements qui le gnaient,
et sachant que ma tante ne reviendrait pas si tt, les mit
bientt dans l'tat o il dsirait les voir: en peu d'instants
elles furent toutes deux nues. Justine n'tait pas d'une
figure aussi jolie qu'lsabelle; mais elle gagnait dans la
situation o il les avait mises: son corps tait plus blanc,
elle tait plus grasse et potele. Il leur imprima plus de
cent baisers  l'une et  l'autre; il prenait leurs culs,
leurs ttons, leurs fentes, tout tait  sa disposition. Ce
que je voyais depuis une demi-heure excitait en moi un feu,
une motion que je n'avais jamais sentis. Leurs caresses
recommencrent avec plus de vivacit. Il les fit mettre toutes
deux couches sur le ventre au pied du lit en leur faisant
carter les cuisses. Je dcouvrais parfaitement tout ce que
Courbelon voyait: il les examinait, baisait leurs fesses,
enfonait un doigt de chaque main entre leurs cuisses. Son
instrument tait revenu dans le premier tat o je l'avais vu;
et comme Justine, le visage appuy dans ses mains contre la
couverture, ne pouvait le voir, il avait commenc de
l'introduire  Isabelle quand, tout  coup, Justine en
dfiance se leva furieuse, et prenant ma cousine par les
jambes elle la retira et dmonta Courbelon. J'en fus trs
fche car je voyais cet outil prendre sa route  grands pas.

-- Non, lui rpta-t-elle, cela ne sera pas; je vous en ai dit
cent fois les raisons, c'est une ncessit de s'y conformer.

Comme je pouvais entendre aussi facilement que je voyais,
aucun des mots, aucune des expressions ne furent perdus:

-- Viens, mon cher, dit Justine en le prenant par son
instrument, viens mettre ton vit dans mon con, ils se
connaissent et tu ne risques rien avec moi.

Mais elle manqua son coup car, le tenant toujours par l, elle
lui donna deux ou trois secousses: aussitt je vis Courbelon
se pencher sur son paule, tenant un tton, la baiser et
rpandre une liqueur blanche que je n'avais pas encore vue,
avec des convulsions qui marquaient un vif sentiment de
plaisir. J'tais dans un tat que je ne concevais pas
moi-mme. Depuis quelque temps je chatouillais le haut de ma
petite fente de la mme manire que j'avais vu Courbelon le
faire  Isabelle et  Justine. J'tais dans cette agrable
occupation, qui ne me procurait encore qu'un doux plaisir,
quand l'une et l'autre, sans doute vivement animes par les
caresses que Courbelon leur avait faites, le mirent dans la
mme position o elles taient elles-mmes: pas le moindre
vtement depuis la tte jusqu'aux genoux. Cette perspective
nouvelle m'attacha avec une curiosit dlicieuse, et d'autant
plus particulirement que j'avais fort dsir le voir ainsi:
il semblait que leurs plaisirs fussent d'accord avec mes
souhaits. Chacune le baisait, le caressait, lui prenait le vit
qui s'tait ramolli, chatouillait ses couilles et ses fesses;
il les baisait  son tour, maniait, suait leurs ttons, les
renversait, les examinait, les branlottait et leur enfonait
le doigt. Je vis enfin cet instrument reprendre toute sa
vigueur et les menacer toutes deux; il ressemblait  un pieu
qu'on va plonger dans le corps d'une bte froce. J'apercevais
bien que Courbelon en voulait  ma cousine; mais Justine le
saisissant, ils tombrent l'un sur l'autre sur le pied du lit;
je crus qu'il lui enfoncerait l'estomac; rien ne la fit
reculer.

-- Attends au moins, lui dit-il, que nous augmentions nos
plaisirs et que nous en jouissions tous ensemble.

Il fit mettre Isabelle sur le lit, les genoux et les cuisses
carts, entre lesquels Justine plaa ses jambes  terre et
fort ouvertes. Comme rien ne gnait plus mes regards,
j'aperus le vit de Courbelon entrer dans son con, qui, par
ses mouvements, paraissait, s'y renfonait et faisait un cart
qui me surprenait. Il me semblait inconcevable qu'un membre
aussi gros pt y entrer,  moi qui avais essay d'introduire
mon doigt dans le mien et qui n'avais pas os l'y pousser 
cause de la douleur. Mais cet exemple me fit passer outre, et
je l'enfonai avec tout le courage dont j'avais le modle
devant les yeux; je m'y dterminai d'autant plus facilement
que, tandis que Courbelon avait son vit dans le con de
Justine, il avait mis son doigt dans celui d'Isabelle en lui
disant qu'elle avait la plus charmante motte et le plus joli
conin du monde, et en lui recommandant de branler son
clitoris; ce que fit ma cousine pendant qu'il faisait aller et
venir le doigt dans son con, comme son vit allait et venait
dans celui de Justine. Fidle  les imiter en partie, je
m'armai de ma fermet et je poussai dans le mien le doigt de
la main gauche que j'y enfonai tant que je pus, et que
j'agitais de la mme manire tandis que de la droite je me
branlais comme faisait Isabelle. Une sensation dlicieuse
s'accroissait par degrs; je ne fus plus surprise que ma
cousine se plaisait  la rpter. Je ne tardai pas  les voir
tous trois dans les plus vifs transports. Isabelle se laissa
aller sur le dos, donnant de temps en temps des coups de cul.
Courbelon, tmoin de son plaisir, lui criait:

-- Ah! ma chre, tu dcharges!

Il achevait  peine ces mots qu'il tomba lui-mme presque sans
mouvement sur Justine en faisant de grands soupirs et
prononant avec nergie des foutre et des sacre qui peignaient
ses sensations. Justine elle-mme, aprs des lancements vifs
et ritrs et des serrements de cul prcipits, resta comme
anantie, la tte et les bras penchs, en faisant chorus avec
Courbelon.

Ces tmoignages d'un plaisir si violent m'animrent  un tel
point et portrent le mien  un si prodigieux degr qu' mon
tour je me laissai tomber sur les meubles en ressentant un
plaisir incroyable. Quel excs de dlices quand on prouve
pour la premire fois une volupt si grande, qu'on n'a jamais
connue et dont on n'a pas d'ide!

On n'est plus rien, on est tout  cette suprme flicit, on
ne sent qu'elle.

Le temps que j'avais employ  la savourer leur en avait assez
donn pour se mettre en train de se rhabiller. Ds qu'ils le
furent, Courbelon, aprs les avoir embrasses, reprit la route
par laquelle il tait venu, et quelques instants aprs
Isabelle et Justine sortirent de la chambre. J'attendis encore
un peu; je parvins enfin  me dgager, et, prenant le mme
chemin que Courbelon, je revins au logis dans l'appartement de
ma tante, qui rentra peu de temps aprs avec ma cousine qui
tait alle la rejoindre.

Depuis ce moment, je ne pensais, je ne rvais plus qu' ce que
j'avais vu; toutes leurs paroles taient parvenues  mes
oreilles; aucune de leurs actions ne m'avait chapp; j'y
rflchissais sans cesse. Le mme soir, quand je fus au lit
avec Isabelle, je fis semblant de me livrer au sommeil; elle
ne tarda pas  tomber dans un profond assoupissement; j'en fis
bientt autant; mais le lendemain il n'en fut pas de mme. Ds
que nous fmes couches, je fis comme la veille; ma cousine me
croyant endormie, je sentis qu'elle recommenait son petit
mange. J'tais au fait, je me retournai et, passant ma cuisse
sur la sienne, je mis ma main o je savais bien qu'tait son
doigt; je la glissai par-dessous et, le soulevant, je pris
toute sa motte. Je l'embrassai, je baisai ses ttons et
j'enfonai mon doigt dans son con. Je l'en retirai pour
chatouiller. l'endroit o j'avais trouv le sien; elle
cartait les cuisses et me laissait faire, lorsque je
l'entendis pousser les derniers soupirs; je la trouvai toute
mouille. Le mme dsir me tourmentait, je pris la sienne dont
je couvris ma motte, j'employai son doigt  faire son office
et je me trouvai peu de moments aprs au point de lui rendre
soupirs pour soupirs. Elle ne fut pas peu surprise de tout ce
que j'avais fait; elle me croyait dans l'ignorance la plus
profonde: elle n'avait eu garde de m'instruire, croyant
qu'ayant t leve par une mre dvote je ne fusse assez
enfant pour en parler  ma tante, ou  ma mre  mon retour
chez elle:

-- Comment, Rose, comment sais-tu tout cela? Je suis bien
tonne de tes connaissances;  ton ge je n'en savais pas
tant.

-- Je le crois, ma chre cousine; je te le dirai,  condition
que tu ne seras point fche contre moi et que tu m'aimeras
toujours.

Je me repentis au moment mme de ce que j'avais dit, et je ne
voulais plus continuer lorsque Isabelle, me prenant dans ses
bras et me caressant, me pressa de lui tout avouer.

-- Tu ne m'en voudras donc pas? Tiens, ma chre cousine, sois
assure de ma discrtion. Je te promets de n'ouvrir jamais la
bouche  personne de ce que je sais, et surtout  ma tante ni
 ma mre. Mets ta confiance en moi comme en toi-mme.

Je lui redis alors tout ce dont j'avais t tmoin, et de
quelle manire je l'avais t... L'effroi la saisit:

-- Ah! ma bonne amie, ma chre Rose, gardes-en, je te conjure,
le secret; ne me trahis pas, tu me perdrais.

Je le lui jurai de nouveau. Nous convnmes qu'il ne fallait
pas mme en parler  Justine. Elle me donna cent baisers en me
faisant autant de questions sur ce que j'avais vu, entendu, et
sur l'effet que j'en avais prouv. Je lui rendis compte de
tout. Je la tranquillisai pour lors en lui disant que tout ce
que je lui avais appris de moi-mme m'engageait  garder un
secret qui tait devenu le mien.

-- Mais raconte-moi donc, Isabelle, par quelles circonstances
tu en es venue l avec Courbelon et Justine.

-- Je le veux bien, ma petite cousine, aprs ce que tu sais, je
n'ai rien  te refuser ni  te cacher, et je compte toujours
sur tes promesses. Ecoute-moi. Un mois ou cinq semaines avant
ton arrive ici, j'tais un jour sortie avec ma mre; mais,
ayant oubli quelque chose dans ma chambre et n'tant pas
loigne de la maison, j'y revins pour la chercher; aprs
l'avoir prise, je fus  la chambre de Justine, je ne puis te
dire pourquoi; la porte apparemment n'tait pas bien ferme,
ou elle n'y avait pas pens; je la poussai, elle s'ouvrit. Je
ne fus jamais plus surprise, et je restai dans l'tonnement et
comme ptrifie de trouver Courbelon sur elle; il en descendit
aussitt, et j'aperus son outil qu'il tchait de cacher, dans
le mme temps qu'il abattait les jupes de Justine qui taient
toutes leves. Elle tait bien heureuse que ma mre ne ft pas
 ma place. Je voulus  l'instant m'en aller; mais cette
fille, craignant que je ne dise  ma mre ce que j'avais vu,
accourut aprs moi, se mit  mes genoux en me conjurant de
n'en pas parler. Elle me pressa tant, en me baisant les mains,
que je lui promis tout ce qu'elle voulut, et je lui tins
parole. Je t'avoue, ma chre Rose, que cette aventure me donna
matire  bien des penses. Depuis ce jour-l, Justine
m'amenait souvent dans sa chambre sous prtexte de m'apprendre
 broder; mais elle m'entretenait toujours sur le sujet de ce
que j'avais vu en m'apprenant des choses bien nouvelles pour
moi; elle dcouvrait ma gorge, elle prenait mes ttons, elle
me peignait le plaisir sous les attraits les plus sduisants:
je convins que j'en trouvais  l'entendre. Enfin, un jour que
cette conversation m'avait fort anime, et ma curiosit
fortement excite, je sentis le feu sur mes joues, mon sein
tait agit; les questions que je lui faisais firent connatre
 Justine que le moment tait favorable; elle me prit entre
ses bras, m'enleva et me porta sur son lit; elle me troussa:
je m'en dfendais faiblement; elle continuait toujours, en me
disant qu'un jeune et aimable cavalier serait bien heureux 
sa place s'il voyait et touchait les beauts, les grces et la
fracheur qu'elle venait de dcouvrir que sa machine
s'enflerait et qu'il mourrait de plaisir en m'en faisant
connatre et ressentir de bien vifs. Ses flatteries, ses
peintures et ses caresses m'ayant subjugue, je me laissai
faire par elle tout ce qu'elle voulut. Elle posa le bout du
doigt de la main gauche entre les lvres de mon ouverture,
qu'elle chatouillait tandis que, de la droite, elle en
frottait le haut.

-- Ma chre cousine, lui dis-je, pourquoi n'emploies-tu pas les
termes et les noms que tu sais? Je les ai tous entendus de
Courbelon et de Justine.

-- Tu as raison, Rose, je n'en ferai plus de difficult.

Enfin, aprs quelque temps de ce badinage, je ressentis cet
extrme plaisir qu'elle m'avait si bien dpeint; mais elle
m'assura que j'en trouverais bien davantage avec un joli
homme, jeune et galant. Depuis ce temps, elle rpta souvent,
 ma satisfaction, ce jeu charmant; elle enfona mme un jour
son doigt; j'prouvai quelque douleur qui fut bientt apaise.
Elle sut enfin m'engager de lui rendre le plaisir qu'elle me
donnait. J'y trouvais beaucoup d'agrment et je m'en
contentais. Mais, huit  dix jours avant ton arrive, ma mre
tant sortie seule, nous reprmes nos jeux et nos plaisirs; et
sous divers moyens que Justine employa nous nous mmes toutes
deux totalement nues. Courbelon, cach derrire un rideau,
avait t tmoin de toutes nos folies: c'tait une partie lie
entre Justine et lui, mais je l'ignorais. Elle riait depuis le
commencement, de tout son coeur. Surprise de ses ris qui me
paraissaient quelquefois hors de propos je la pressai de m'en
dire le sujet; elle m'avoua que Courbelon nous voyait. Il
sortit aussitt de dessous le rideau, nu comme nous tions, et
son vit tait d'une grosseur et d'une raideur tonnantes.
Effraye, palpitante, honteuse, je ne pouvais plus fuir dans
l'tat o j'tais qu'en me cachant sous le mme rideau; j'y
courus, mais ils m'arrtrent tous deux, et je n'osai lui rien
dire aprs ce qu'il nous avait vues faire. Courbelon me prit
entre ses bras, se jeta  mon cou, m'embrassa, porta ses mains
et ses lvres partout o il put: tout tait  sa disposition
et Justine l'aidait. Enfin la surprise et la honte firent
place au dsir. Il mit son vit dans ma main; je ne pouvais
l'empoigner; le feu de ses baisers, de ses attouchements, ce
spectacle si nouveau pour moi et l'exemple de Justine qui le
caressait sans scrupule firent couler le plaisir dans tous mes
membres et m'avaient mise dans une situation  ne pouvoir rien
lui refuser. Les plaisirs qu'il me donna avaient une pointe de
vivacit que je n'avais point sentie par les mains de Justine,
avec laquelle je dsirai qu'il fit la mme chose. Mais ils
allrent bien plus loin: elle l'attira sur elle au pied de son
lit et, me tenant d'une main, elle me fit voir le vit de
Courbelon qui se perdait dans son con, et la vivacit de leurs
transports me fit juger de l'excs de leurs plaisirs. C'est
hier la sixime fois que je me suis trouve avec lui, cela
n'arrivant pas souvent, crainte d'tre dcouverte. Je fus
enchante de ton arrive, chre Rose, dans l'esprance que
j'en aurais plus de libert, car je t'avoue que j'ai eu un
violent dsir que Courbelon m'en ft autant qu' Justine. Je
crains, il est vrai, les enfants, dont elle me fait peur, et
le mal que la grosseur de son vit me pronostique; mais
puisqu'elle le reoit avec empressement j'imagine que ma
crainte n'est pas trop fonde et que la douleur doit tre bien
moindre que le plaisir, du moins Courbelon me le dit de mme.
Cependant, Justine s'oppose toujours au dsir que nous en
avons par diverses raisons dont elle ne peut me persuader
puisqu'elle s'y expose.


(Fin du rcit d 'Isabelle)


Je la pressai autant qu'il fut en mon pouvoir de le
satisfaire. Je combattais les raisons de cette fille par
toutes celles qui me vinrent  l'ide, dans un ge o je
n'avais pas d'exprience ni grandes ressources  donner; mais
soit que son imagination, sa curiosit et ses dsirs fussent
d'accord avec mes raisonnements, elle me parut facilement s'y
rendre. Je lui fis promettre en mme temps de me faire le
dtail du plaisir qu'elle aurait eu. Elle m'en donna sa
parole, en me recommandant toujours ce que nous appelmes ds
lors notre secret. Depuis ce moment nous ne nous quittions
presque plus.

Quelques jours aprs, nous fmes invites d'une noce des
parents de Justine. Ces sortes d'invitations sont assez en
usage dans les petites villes de province. Elle ne manqua pas
de s'y rendre une des . premires, avant que nous y
allassions. Isabelle me dit en riant que cette occasion tait
bien favorable pour la tromper, car je l'entretenais tous les
jours dans le projet d'en passer sa fantaisie. Je saisis
d'abord cette ide et je lui dis qu'en effet ma tante, croyant
que nous irions ensemble, ne manquerait pas, de son ct,
d'aller chez quelques-unes de ses amies; qu'il fallait qu'elle
ft et se tnt dans la chambre de Justine; que sans doute
Courbelon ne manquerait pas de venir  la danse comme font
ordinairement les jeunes gens, mme sans tre invits; que
l'esprance de la trouver l'y amnerait plus srement;
qu'aussitt que je le verrais, je lui dirais qu'elle avait 
lui parler et qu'il se rendt dans la chambre de cette fille,
o elle serait  l'attendre.

-- Non, non, je ne le veux pas, me dit-elle en rougissant.

Mais je la pressai, je mlai mes caresses  mes engagements;
et soit qu'elle ft bien aise qu'ils voilassent ses dsirs, ou
soit que je la dterminai, elle y consentit. Je n'avais pas
fini de m'habiller que ma tante tait dj partie.

Je m'en fus donc seule. Effectivement, je trouvai Courbelon
qui tait arriv; je m'approchai de lui et je parvins  lui
dire, sans affectation et sans qu'on s'en apert, ce que
j'avais projet; il ne tarda pas  disparatre. Quelques
instants aprs je ne le vis plus. Je regrettais de n'tre pas
encore  mon poste. Mais comme je me flattais qu'Isabelle me
rendrait compte de tout ce qui se serait pass, je me consolai
et je participai de mon mieux aux plaisirs de la fte o
j'tais puisque je ne pouvais tre de celle de ma cousine.

Justine m'avait demand, lorsque j'entrai, pour quelle raison
Isabelle n'tait pas avec moi. J'imaginai de lui dire que ma
tante avait voulu sortir avec elle, mais qu'elle ne tarderait
pas  venir prendre sa part du divertissement et me rejoindre.
Elle prit d'abord mon conte le mieux du monde; cependant,
voyant que Courbelon n'y tait plus depuis longtemps et que ma
cousine n'arrivait point, elle prit de la dfiance et, sans
s'expliquer avec moi, elle ne put s'empcher de me dire
qu'elle avait lieu d'tre surprise du dpart de l'un et du
retard de l'autre. A peine venait-elle de me tenir ce propos
que Courbelon arriva, et ma cousine peu aprs. Justine
disparut  son tour; je le fis remarquer  Isabelle  qui
j'avais rpt ce qu'elle m'avait dit. Elle souponna dans
l'instant que cette fille tait retourne au logis, ce qui lui
donna de l'inquitude. Justine revint et ne fit rien paratre;
mais elle avait fait des recherches et pris des informations
qui l'instruisirent autant qu'elle le dsirait. Nous rentrmes
chez ma tante. Il me tardait que nous fussions couches pour
questionner en libert ma cousine.

Je lui dis que j'tais fatigue de la danse; Isabelle en dit
autant, quoiqu'elle n'et point pris part  cet exercice: elle
l'avait toujours refus sous quelque prtexte, qui n'tait pas
nanmoins le vritable. Nous fmes donc nous mettre au lit.
Quand je la tins dans mes bras, je voulus mettre ma main o
elle avait reu les plus grands coups; mais elle la repoussa
en me disant qu'elle y souffrait trop de douleur.

Il ne m'en fallut pas davantage pour la sommer de sa parole et
la presser de me la tenir:

-- Ah! ma chre Rose, ma curiosit a t bien mal satisfaite.
Courbelon est venu comme les autres fois. J'avais l'oreille au
guet, je fus lui ouvrir, il s'est jet  mon cou.

Aprs bien des baisers et des caresses, il m'a prise dans ses
bras et m'a porte sur le pied du lit en promenant ses mains
partout o il a voulu, d'autant que je m'y prtais sans
feindre aucune rsistance. Enfin, m'ayant penche sur le lit,
il m'a enfonc son vit qu'il avait mouill de salive; mais
quelle douleur ne m'a-t-il pas faite; ce vit, d'une grosseur
norme, me dchirait; je n'osai crier, j'en versais des
larmes. Il tchait de me consoler en m'embrassant et en
m'assurant qu'une seconde fois je n'aurais plus que du
plaisir. Il me trompait: il y revint et ma douleur fut aussi
vive, je souffrais tout ce qu'on peut endurer. Il s'y prsenta
une troisime fois; je ne voulais plus y consentir; il me
pressa si fort, en y joignant tant de baisers et de caresses,
que je ne pus lui refuser. Il s'y prit si doucement et avec
tant de prcautions que je croyais ne plus endurer un tel
tourment, mais il fut presque le mme. Ces vives souffrances
que j'ai ressenties, jointes  la crainte des enfants qui
s'est retrace plus fortement  mon imagination, m'loignent
d'une pareille preuve. Il m'en reste mme une cuisson si
grande que je ne puis encore y toucher sans renouveler mes
douleurs, et c'est ce qui m'a fait refuser de participer  la
danse.

-- Sans doute, chre cousine, qu'tant bien plus jeune que
Justine, tu es beaucoup plus troite.

-- C'est bien ce que me disait Courbelon, en m'assurant que le
temps et l'usage m'largiraient. Mais en attendant je n'en
souffre pas moins.

Il fallut donc rester tranquilles et nous nous endormmes.

Le lendemain, Justine fut attirer Isabelle dans sa chambre et
lui dit qu'elle s'tait aperue que Courbelon y tait venu la
veille, qu'elle avait trouv  la porte du petit escalier, qui
n'tait pas ferme comme elle le faisait ordinairement, un
morceau du bouquet qu'il avait ce jour-l; qu'elle avait trs
bien distingu que son lit avait t foul, et qu'enfin elle
avait appris qu'au lieu d'tre sortie avec sa mre, comme je
lui avais dit, elle tait reste et n'avait quitt la maison
que deux heures aprs moi; qu'elle jugeait bien ce qui s'tait
pass, qu'elle l'engageait de le lui avouer; qu'elle ne devait
pas avoir de crainte ni faire de mystre avec elle puisqu'elle
n'avait rien  redouter de sa part, tant pour le moins aussi
intresse qu'elle  ce que personne n'en st rien. Isabelle
s'en dfendit d'abord; mais les marques taient si claires
pour Justine qu' la fin elle lui avoua que Courbelon tait
venu et lui avait fait les caresses dont il usait
ordinairement. Justine lui soutint qu'assurment il lui avait
mis; que tout lui dmontrait qu'elle n'en devait pas douter.
Ma cousine ne voulut point en convenir, mais cette fille lui
dit qu'elle le connatrait bientt. Comme elle tait forte,
elle la prit dans ses bras et la coucha sur le lit; Isabelle,
ne pouvant lui rsister et se persuadant qu'elle y connatrait
quelque chose, craignant encore que, pour s'en assurer, elle
ne renouvelt ses douleurs, lui fit l'aveu de tout ce qu'elle
m'avait racont.

Justine, qui redoutait infiniment les suites de cette
aventure, ou vivement pique contre Courbelon, apporta depuis
tant de difficults et d'obstacles  leurs entrevues que ma
cousine et lui ne pouvaient plus se voir avec la facilit
qu'elle leur avait procure, et, peut-tre alors jalouse de
lui, elle ne lui permit plus de revenir; elle parvint, enfin,
par toutes les voies et les moyens qu'elle put imaginer 
rompre cette liaison, d'autant plus aisment qu'elle y
employait la vigilance la plus grande. Courbelon, jugeant
qu'il ne pourrait jamais surmonter les obstacles qu'opposait
une surveillante aussi claire et au fait de cette allure, se
brouilla avec elle; et comme, dans cette circonstance, il fut
oblig quelque temps aprs de se rendre dans une autre
province, il oublia bientt Isabelle et Justine qui, elle-mme,
peu aprs son dpart, se retira de chez ma tante et
quitta la ville o nous tions. C'est ce qui m'a fait penser,
depuis, qu'elle tait alle dans le mme lieu o s'tait rendu
Courbelon, pour qui elle aurait tout sacrifi.

Dans les premiers temps, Isabelle n'endura pas sans chagrin le
dplaisir de ne le plus voir; elle me faisait part de tout ce
que son humeur lui inspirait. Je la consolais du mieux qu'il
m'tait possible; j'y parvins  la longue, et les plaisirs que
nous nous procurions ensemble lui firent supporter avec plus
d'aisance, et mme oublier  la fin, cette perte qui m'avait
aussi fort dplu. Je dsirais tre quelque jour de leurs
parties; je projetais d'y engager ma cousine, et je m'en
flattais d'autant mieux qu'elle avait pris pour moi une forte
inclination qui ne servit pas peu, depuis,  dissiper son
chagrin. Ces contretemps dtruisirent mes desseins, et la
ncessit fit que je n'y pensai bientt plus.

Nous passmes encore quatre mois ensemble, pendant lesquels
elle m'instruisit de tout ce qu'elle avait appris de Courbelon
et de Justine, qui l'avaient rendue trs habile.

Les rflexions que j'ai faites depuis sur cette aventure et
sur les rponses d'Isabelle aux diffrentes questions que je
lui faisais m'ont fait voir que Courbelon avait jet ses
desseins sur ma cousine ensuite du jour o elle l'avait trouv
sur Justine, et que, sous le prtexte de mieux engager
Isabelle  garder le secret, il avait fait entendre  cette
fille que le moyen le plus assur tait de l'admettre en tiers
dans leurs plaisirs, autant que la petite oie pourrait
s'tendre; qu'enfin il avait su l'en convaincre et la faire
donner dans le panneau qu'il leur tendait; sans quoi la
jalousie que nous souponnions  Justine s'y serait
difficilement prte.

Le temps que je passai chez ma tante fut trop tt coul; je
fus rappele par ma mre: il fallut nous sparer. Nous ne nous
quittmes pas sans regret, et nous ne pmes en venir  cette
sparation sans verser bien des larmes. Ma tante en fut
touche et me promit qu'elle ferait tout ce qui dpendrait
d'elle pour me ravoir encore. Elle et ma cousine, qui
pouvaient jouir d'une agrable libert, me plaignaient,
n'envisageant pour moi que des jours bien tristes et remplis
d'ennui avec une mre dvote qui ne voyait personne. Je le
croyais comme elles; mais nous avions toutes tort.

Arrive chez ma mre, je mis  profit tout ce que j'avais
appris du hasard et d'Isabelle: comme elle, je me procurais
tous les jours les sensations les plus dlicieuses du plaisir;
souvent mme j'en redoublais la dose. Mon imagination
chauffe n'tait emplie que des ides qui y avaient rapport.
Je ne pensais qu'aux hommes, je fixais mes regards et mes
dsirs sur tous ceux que je voyais: les yeux, attachs sur
l'endroit o je savais que reposait l'idole que j'aurais
encense, animaient mes dsirs dont le feu se rpandait
jusqu'aux extrmits de mon corps. Ce fut dans cet instant que
Vernol revint passer ses vacances chez ma mre; il avait un an
et demi de plus que moi. Ah! que je le trouvai beau; j'en fus
surprise; jusque-l ses charmes m'avaient chapp. Il est vrai
que l'ge  peu prs gal de l'enfance nous avait toujours
donn beaucoup d'amiti l'un pour l'autre; mais dans ce moment
ce fut tout autre chose: il runit tous mes dsirs, une ardeur
dvorante s'empara de tous mes sens, je ne vis plus que lui,
toutes mes ides s'y concentrrent. Depuis longtemps je
souhaitais d'examiner de prs, et de toucher, ce que je
n'avais fait qu'entrevoir  Courbelon. Je sentais que j'tais
trop jeune pour me flatter de devenir l'objet des desseins
d'un homme plus g, et, me persuadant que leur instrument
grossissait  la mesure de leurs annes, les douleurs
d'Isabelle m'effrayaient.

D'ailleurs je ne voyais personne qui pt jeter les yeux sur
moi ni arrter les miens; cependant, j'tais dans une vive
impatience et je fis de Vernol le but o je dsirais
atteindre.

Sa chambre tait derrire celle de ma mre o je couchais.

Quand cette bonne dvote allait  l'glise, o elle passait
deux ou trois heures tous les matins, je fermais exactement la
porte aprs elle. On croyait que nous dormions et l'on nous
laissait en paix. Mais, continuellement veille par mes
dsirs, j'allais en chemise prs de lui et je lui faisais
mille agaceries pendant qu'il tait dans son lit. Tantt je
l'embrassais, je le chatouillais, tantt je tirais ses
couvertures, ses draps; je le mettais presque nu; je lui
donnais de petits coups sur ses fesses d'ivoire; il sautait
aprs moi, me poussait sur son lit, me baisait et rendait sur
mon cul les coups lgers que je lui avais donns. Nous avions
rpt deux matines ce badinage lorsque, la troisime, en me
jetant  la renverse sur son lit, ma chemise,  qui j'avais
prt un peu de secours, se trouva toute releve et mes jambes
en l'air; il aperut aussitt mon petit conin, il m'carta les
cuisses, il y porta la main, et ne pouvait se lasser de le
regarder et d'y toucher; je le laissais faire.

-- Ah! Rose, me dit-il, que nous sommes bien diffrents l'un de
l'autre!

-- Comment! lui rpondis-je, quelle diffrence y a-t-il donc?
Je lui fis cette question avec l'air de la plus innocente
simplicit.

-- Tiens, vois, me dit-il en troussant sa chemise et me
montrant son petit outil qui tait devenu gros et raide, et
que je n'avais qu'entrevu jusque-l.

Je pris cette lance en main, je la considrai, je la caressai,
j'en dcouvrais, j'en aiguisais la pointe, et j'eus enfin la
satisfaction d'en faire l'examen le plus attentif. Vernol,
impatient d'en faire un pareil, me dit:

-- Rose, laisse-moi donc te regarder encore.

Je me rendis  sa demande et je me recouchai. Il releva mes
jambes, les carta et ne mit pas moins d'attention dans sa
recherche et dans ses dtails que j'en avais eu dans la
mienne; mais il ignorait l'usage de ce qu'il voyait. Il tait
 genoux sur le lit, pench sur moi; je passai ma main entre
ses cuisses et je repris son joli bijou; je m'amusai  coiffer
et dcoiffer sa tte rouge comme le corail. Le plaisir que je
lui faisais, dont je m'apercevais, augmentait le mien: j'tais
dans l'impatience; je me relevai et le renversai  son tour,
je le dcouvris tout entier; je le baisais, je le mangeais, je
caressais ses petites olives; enfin,  force de hausser et
baisser ma main sur ce charmant bijou, il rpandit cette
liqueur que j'avais vu rendre  Courbelon par la main de
Justine. Cette situation si nouvelle pour lui, l'tonnement
joint au plaisir excessif dont il paraissait jouir, taient un
dlicieux spectacle pour moi; sa main, place entre mes
cuisses, tait reste sans mouvement. Je me recouchai sur le
lit, je la pris et je lui fis faire un exercice qui lui tait
inconnu, et que je souhaitais vivement. Je tombai bientt
moi-mme dans l'extase o je l'avais mis peu auparavant.

Tout cela lui paraissait bien extraordinaire; je l'avais
conduit de surprises en surprises; elles me rjouissaient et
m'enchantaient. Je recommenai mes caresses, je repris son
instrument, je le baisai, je le suai, je le mis tout entier
dans ma bouche, je l'aurais aval: il ne tarda pas 
reparatre dans l'tat charmant o il avait t. Jusque-l, je
n'avais pas os lui apprendre  le mettre o je le souhaitais;
mais de plus en plus anime, j'arrachai sa chemise, je quittai
la mienne; rien ne me cachait ses charmes naturels; je les
contemplais, je les couvrais de mes mains et de mes lvres; il
me rendait les mmes caresses  son tour.

Son petit vit tait dans toute sa duret; je me mis sur lui;
je le conduisis moi-mme dans mon petit conin. Ah! qu'il fut
bientt au fait: j'tais encore troite, mais il n'tait pas
gros; nous poussions tous les deux; enfin, m'asseyant sur lui,
je parvins aussitt  me l'enfoncer tout entier, et j'eus
l'agrable satisfaction de le sentir pour la premire fois
introduit o je le dsirais avec tant de passion. C'est ainsi
que nos pucelages, quoiqu'ils ne fussent pas bien intacts,
furent enlevs l'un par l'autre. Quelle volupt nous
ressentions! Vernol ne savait plus o il en tait. Nous
jouissions de cette flicit pure qui se sent sans pouvoir
l'exprimer ni la concevoir. Nos plaisirs taient  leur
comble. Il en prouva le premier l'excs: il dchargeait, ses
bras qui m'entrelaaient se relchrent, je prcipitai mes
mouvements, je l'atteignis, et, me laissant aller sur lui, il
connut que je jouissais des mmes dlices. Serrs, colls l'un
sur l'autre, nous savourions ce voluptueux anantissement qui
n'est pas moins enchanteur que le plaisir qui nous l'avait
procur. Mais, plus tt rtablie que lui, je me vis force de
l'engager  se servir encore de sa main et de son doigt.

Nous rptions tous les jours cet agrable exercice; j'allais
dans son lit ou il venait dans le mien; partout o nous
pouvions nous runir en sret pendant le jour, nous le
recommencions ou nous n'en prenions que l'ombre. La nuit que
nous ne pouvions tre ensemble, toute pleine de son image je
lui consacrais les plaisirs qu'elle faisait natre; il en
faisait autant de son ct, nous nous en rendions compte le
matin et nous ralisions les illusions nocturnes.

Etonn ds les premiers jours de tout ce que je lui avais
appris, il avait dsir que je lui dise par quel moyen j'en
avais eu connaissance; mais ne croyant pas  propos de lui
rendre compte d'abord de ce que j'avais vu chez ma cousine, je
fixai ses ides sur des exemples gnraux.

Cependant, ayant ensuite reconnu sa discrtion, je lui
racontai tout, et nous tchions d'en raliser le souvenir et
d'en imiter l'exemple.

Hlas! au milieu de nos plaisirs, notre sparation approchait;
nous l'envisagions avec douleur. Ce moment vint enfin; il
fallut nous quitter; ma peine fut extrme, je ne puis vous la
peindre. Depuis trois ans et demi d'absence nous ne nous
sommes runis que depuis quatre ou cinq mois qu'il est revenu
tout  fait chez ma mre.


(Fin de l'Histoire de Rose)


Quand elle eut fini son rcit o elle tait entre dans un
dtail plus tendu qu'avec moi, surtout en ce qui regardait
Vernol, je repris la parole:

-- Tu ne sais pas, cher papa, ce que Rose m'a dit encore, elle
ne te rend pas compte de tout. Ma chre Laure, m'a-t-elle
ajout, je me suis aperue que Vernol avait pris pour toi la
plus forte passion, et mme il m'en a fait l'aveu.

Tiens, chre amie, je n'en suis point jalouse, je vous aime
tendrement tous deux: tu es belle, il est charmant, je serais
enchante de le voir dans tes bras; oui, ma chre, je l'y
mettrais moi-mme, je ferais mon bonheur de sa flicit.

Ne la trouves-tu pas folle?

-- Pas tant, Laure, je n'en suis point surpris, dans sa faon
d'tre.

Nous jugemes aisment que Rose aimait le plaisir avec fureur;
nous le lui dmes, elle en convint. Les tableaux qu'elle avait
retracs avaient ranim son temprament; ils avaient produit
le mme effet sur nous. Mon papa en prsentait des preuves
parlantes: elle s'en saisit, et, pour nous prouver le charme
sducteur qu'elle y trouvait, elle conduisit elle-mme le cher
objet qu'elle tenait, et nous fit cent caresses dont nous la
paymes par cette sensation dlicieuse aprs laquelle elle
soupirait sans cesse. Comme elle tait arrive la premire au
but, elle arrta mon papa et, nous adressant la parole:

-- Achevez d'avoir en moi la mme confiance que je vous ai
montre; ce que nous avons fait tous les trois, depuis hier,
m'a totalement ouvert les yeux et m'a donn la libert de vous
raconter ce que j'ai fait avec Vernol. Viens donc, papa, viens
 ct de ta chre Laurette,  sa place j'en ferais autant
avec toi. Mets-lui, et qu'elle partage les plaisirs que tu
m'as donns; sois assur de la plus inviolable discrtion.

-- Eh bien! Rose, pour te prouver que je n'en doute en aucune
manire, tu vas jouer un nouveau rle.

Il se leva et fut aussitt chercher le godemich; il l'attacha
 la ceinture de Rose qui tait extasie de cet outil qu'elle
ne connaissait pas; il me fit mettre sur elle et le conduisit
dans mon con en lui recommandant de se remuer comme ferait un
homme, et de me branler en mme temps; il l'instruisit de
l'effet de la dtente lorsqu'elle me verrait prte 
dcharger. Il se mit ensuite sur moi et m'introduisit son vit
dans le cul. Rose remuait la charnire suprieurement; je
tenais ses ttons, elle caressait les miens, elle suait ma
langue, je me mourais. Au moment o j'allais perdre
connaissance, elle fit dcharger le godemich; mon con en fut
inond, et le foutre que mon papa rpandit en mme temps dans
mon cul excita en moi des transports qui se joignirent aux
siens et  ceux de Rose qui, par le frottement du godemich
sur son clitoris, les lui fit partager; enfin je tombai sur
elle, morte de plaisir. Mon papa se releva bientt, et quand
je fus revenue de cet vanouissement enchanteur nous sortmes
du lit qu'il tait plus de midi.

Ds que nous fmes debout, elle n'eut rien de plus press que
de passer  l'examen de cet outil si nouveau pour elle.

Je l'aidai  en dsunir toutes les parties: il tait
parfaitement semblable  un vit; toute la diffrence
consistait dans des ondes transversales depuis la tte jusqu'
la racine pour procurer un frottement plus actif. Il tait
d'argent, mais couvert des couleurs de la nature, et d'un
vernis dur et poli. Il tait vide, mince et lger. Dans le
milieu de l'espace, il y avait un tuyau du mme mtal, rond et
plus gros qu'une plume, dans lequel il y avait un piston. Ce
tuyau se vissait  un autre bout perc et soud au fond de la
tte. Il se trouvait par ce moyen des espaces autour de cette
petite seringue, dont elle avait l'effet, et les parois de
celui qui imitait le vit. Un morceau de lige, taill pour
boucher exactement ce dernier, avait un trou qui laissait
entrer trs juste la naissance de la petite pompe, dans lequel
on insrait un ressort d'acier en spirale qui repoussait le
piston par le moyen d'une dtente. Quand Rose l'eut bien
tourn et retourn:

-- Il faut encore, me dit-elle, que tu m'apprennes comment on
lui fait faire son office.

-- On emplit, lui dis-je, le godemich d'eau suffisamment
chauffe pour en supporter la chaleur sur les lvres; on le
bouche bien avec le morceau de lige, auquel tu vois cet
anneau pour le retirer; on emplit ensuite la pompe, par le
moyen du piston qu'on attire, de colle de poisson fondue et
lgrement teinte de blanc qu'on tient toute prpare:

la chaleur de l'eau se communique aussitt  cette liqueur qui
ressemble autant qu'il est possible  la semence.

La premire action de Rose, aprs ce dtail, fut de trousser
sa chemise et de l'enfoncer dans son con. Cette folie dans ce
moment me fit rire au point que mon papa rentra pour savoir le
sujet qui m'y excitait si fort. Il la vit  cet ouvrage, il ne
put s'empcher de m'imiter, et s'adressa  elle:

-- Laisse-le donc, Rose, sa vertu dans ce moment n'existe plus,
et nous pouvons faire quelque chose de mieux.

Elle continua donc de s'habiller. Il me prit par la main et
sortit:

-- Ma chre Laure, Rose sera la victime de sa passion et de son
temprament; rien ne la retient; elle s'y livre avec fureur,
sans mesure ni mnagement; sois assure qu'elle paiera de sa
personne cette imprudence, ainsi que le pauvre Vernol qu'elle
a jet dans le mme excs; mais je veux en profiter pour
remplir mes desseins.

En effet, inbranlable dans ses rflexions, il fut la
retrouver dans ma chambre, et j'entendis:

-- Rose, ce que vous avez dit  Laure, au sujet de votre frre
sur la fin de votre histoire, annonce votre amiti pour l'un
et pour l'autre; mais peut-on compter sur la discrtion de
Vernol comme sur la vtre? Il est ncessaire qu'elle soit des
plus grandes, vous devez le concevoir, songez-y.

-- Oh! ne vous trompez pas sur la confidence que je vous ai
faite; elle n'est pas le fruit de l'indiscrtion; mais la
manire dont j'ai agi avec lui m'a fait sentir que si j'eusse
t Laurette vous eussiez t pour moi ce qu'est Vernol.

L'obscurit  travers laquelle j'entrevoyais la chose s'est
totalement dissipe par la faon dont nous vivons depuis hier;
j'ai jug que, ds lors, je pouvais parler sans dguisement et
que vous seriez intresss  garder,  notre sujet, le mme
secret qu' votre gard je vous jure pour Vernol et pour moi,
y trouvant le mme intrt. Mais, de grce, qu'il participe 
nos plaisirs; il m'a fait l'aveu qu'il tait fou de Laurette,
et vous vous y trouvez engag plus que vous ne pensez. Vous
serait-il donc possible de nous refuser? Je serai comble de
joie si vous ne vous y opposez pas et si, comme je le dsire,
la chre Laurette ne le hait pas.

-- Tout me force aujourd'hui  y consentir; ne lui dites
cependant rien encore de ce qui s'est pass entre nous, je
vous le conseille et vous y engage. Il me croirait ddommag,
et je veux qu'il me paie lui-mme du sacrifice que je fais.
Prvenez-le seulement de se prter  tout ce que nous
voudrons.

-- Ah! je vous rponds de lui comme de moi-mme sur qui vous
pouvez compter en tout.

-- Il est cependant ncessaire que vous sachiez, vous et lui,
que Laure n'est ma fille que pour le public; car en ralit
elle ne l'est pas. Vous voyez cependant qu'elle ne m'en est
pas moins chre; mais surtout, que personne ne soit instruit
de ce secret que vous deux, je vous le recommande. Allez 
prsent trouver votre mre avec elle, dites-lui que demain
nous irons encore passer le jour  la campagne, et que si elle
veut vous y laisser venir avec votre frre nous vous y
mnerons. Cependant, promettez-moi d'tre tranquilles l'un et
l'autre jusqu' ce que vous veniez, car vous en aurez srement
besoin.

Je n'avais rien perdu de ce discours; Rose vint, m'entrana,
courut chez sa mre et obtint facilement pour elle et pour
Vernol ce qu'elle lui demandait. Je la quittai et fus passer
le reste de la journe chez une parente. Pendant ce temps-l,
mon pre fut donner ses soins aux arrangements qu'il
projetait.

La nuit, quand je fus dans ses bras, je prsumai qu'il me
rendrait compte de ce qu'il avait dit  Rose, et de ses
desseins. Indcise avec moi-mme, je ne voulus pas lui en
parler la premire, ni lui faire connatre que je l'avais
entendu. Le coeur me battait; mais il ne m'en ouvrit pas la
bouche.

Le lendemain aprs-midi, une voiture se rendit  notre porte,
nous prit et nous conduisit dans une maison charmante 
quelque distance de la ville; je ne la lui connaissais pas. Je
jugeai qu'elle appartenait  quelqu'un de ses amis qui la lui
prtait. Vernol avait cherch  relever ses attraits naturels.
Rose et moi, nous tions dans un dshabill galant. Instruit
par sa soeur, il avait une politesse plus aise et quelque
chose de plus assur qui lui tait avantageux.

Nous arrivmes sur les quatre heures, il faisait un temps
admirable et trs doux. Nous rimes plusieurs tours dans les
jardins, qui taient vraiment dessins par Vertumne, et non de
ces assemblages fantasques o la bizarrerie semble avoir
prsid. Ce n'tait pas non plus de ces jardins compasss, o
la rgularit et la symtrie crasent la nature: nous y
jouissions de la beaut de l'horizon, qui semblait d'accord
avec la fte. Aprs cette promenade, o nous avions prlud
par les baisers, nous vnmes dans les appartements, que nous
parcourmes; nous trouvmes, dans un salon o mon papa nous
conduisit, une collation servie; il nous prsenta plusieurs
mets, nous versait  boire et ne nous mnageait pas. Soit
dlicatesse des vins et des liqueurs, ou soit qu'il et
employ quelque autre moyen qu'il connaissait assez, nos ttes
perdirent bientt leur quilibre et nous jetmes des fleurs 
la folie, qui nous en couronna. Ds qu'il nous vit en cet
tat, il fut carter tout son monde de manire  ne le faire
revenir que tard, en sorte que nous tions exactement seuls.
Il nous conduisit dans un appartement o nous n'avions pas
encore t, situ dans le quartier le plus recul. Il nous fit
entrer dans un petit salon illumin, de toutes parts, de
bougies mises dans des girandoles, poses  la hauteur o l'on
pouvait facilement atteindre avec la main. Au-dessous d'elles
rgnaient tout alentour des glaces ordinairement couvertes de
rideaux qui, dans ce moment, taient relevs par des cordons
et des glands qui les tenaient en festons, dont les pendants
garnissaient les encoignures. Des bergres larges, fort basses
et presque sans dossier, sur lesquelles taient rpandus des
carreaux, garnissaient le tour jusqu' la hauteur o les
glaces taient places. Au-dessus d'elles taient enchsss
diffrents tableaux. Dieux! quels objets, chre Eugnie!
Clinchetet et l'Artin n'ont rien produit de plus voluptueux.
Des sculptures peu multiplies, les unes en blanc, les autres
peintes  la gouache, prsentaient de semblables sujets. Dans
un des cts tait une niche orne et claire de mme, qui
renfermait un meuble sur lequel la jouissance et la volupt
avaient tabli leur trne. Ces peintures, ces sculptures, les
vins et les liqueurs que nous avions pris cartrent et
chassrent loin de nous jusqu' l'ombre de la contrainte: le
dlire voluptueux s'empara de nos sens; Bacchus et la Folie
menaient le branle. Rose, inspire par sa divinit chrie,
nous donna le ton et commena l'hymne du plaisir. Elle sautait
au cou de mon papa, elle embrassait Vernol, elle me baisait et
m'engagea de l'imiter. Elle arracha mon mouchoir qu'elle jeta
 son frre, elle fit voler le sien sur mon papa, elle leur
faisait baiser ses ttons, elle les conduisait sur les miens,
nos bouches taient couvertes de leurs lvres. Ces jeux, ces
baisers qui se rptaient dans les glaces nous chauffrent 
l'excs. Nos joues taient colores, nos lvres brlantes et
vermeilles, nos yeux anims et nos seins palpitants. Vernol,
dj dans un demi-dsordre, le teint brillant, les yeux pleins
de feu, me paraissait beau comme le jour. Je le regardai dans
ce moment comme une jouissance divine dont tous les appas se
runirent en un seul trait, au centre de mes dsirs; il ne
savait lui-mme o il en tait: mon papa calculait la
gradation. Rose me fit tomber sur une bergre, elle appela
Vernol pour l'aider: elle me troussa, me donna de petits coups
sur les fesses, et lui fit voir l'objet aprs lequel il
soupirait. Je la pris  mon tour pour la renverser aussi; mais
elle ne m'en donna pas le temps; elle s'y jeta d'elle-mme et,
levant les pieds en l'air, elle mit au jour tous les appas
qu'elle avait reus de la nature, son con, son cul, son
ventre, ses cuisses, tout fut  dcouvert. Nous fmes aussitt
tous les trois prs d'elle lui faire les caresses qu'elle
montrait dsirer. A peine avions-nous pos nos mains sur ses
fesses qu'aprs deux ou trois mouvements de reins nous
l'apermes tortiller l'oeil, et nous vmes couler la fontaine
du plaisir. Nous nous apercevions bien l'une et l'autre que
Vernol et mon papa bandaient de tout leur pouvoir. Le sillon
relev que leurs vits faisaient le long de leurs cuisses en
portait le plus sr tmoignage. Tout d'un coup, Rose se releva
et fut se jeter sur mon pre:

-- Cher papa, je t'ai jet le mouchoir; tu seras mon mari et
moi ta femme; donne-moi ta main.

-- Trs volontiers, Rose; mais il faut que la dernire
crmonie en soit.

-- Ah! de tout mon coeur. Mais Vernol a eu le mouchoir de
Laurette, il faut aussi les unir. Y consens-tu?

-- Soit, comme tu le dsires.

Elle accourut prendre nos mains qu'elle mit l'une dans
l'autre; elle nous fit embrasser, nos bouches se
rencontrrent; elle porta sa main sur mes ttons et nous fit
appeler mari et femme. Nous tions tous quatre vivement mus
et trs chauffs. Rose brlait.

-- Qu'il serait dlicieux dans ce moment, s'cria-t-elle,
d'tre dans un bain o nous puissions nous rafrachir! Le feu
me dvore.

Mon papa se leva et fut tirer un cordon qui tait  ct de la
niche. Aussitt le dessus du meuble qui y tait fut enlev, et
dcouvrit un bassin  trois robinets qui jetaient  volont de
l'eau chaude, froide ou de senteur.

-- Voil qui est magnifique, c'est ici le palais des divinits.
Je vais, dit Rose, ressembler  une naade, mais je ne serai
pas la seule. En peu d'instants, elle parut avec les seuls
ornements des nymphes; elle s'empara de moi, et pressa Vernol
et mon papa de l'aider  me mettre dans le mme tat: en un
clin d'oeil, tout disparut de dessus moi. Rose fit un signe 
son frre qui se montra bientt en Sylvain pendant qu'elle et
moi nous prtions notre secours  mon papa. Mes regards
furtifs avaient dj dtaill Vernol: qu'il tait bien fait,
et qu'il me paraissait agrable! La jeunesse et la fracheur
brillaient de tous cts: au milieu de la blancheur et de
l'clat d'une jeune fille, on voyait le trait qui
caractrisait un homme. Nous nous plongemes tous quatre  la
fois dans ce bassin, ils taient l'un et l'autre rayonnants de
gloire. Tous consums d'un feu dvorant, nous tions
semblables  des fournaises sur lesquelles on jette de l'eau
et qui n'en deviennent que plus vives. Deux lances en arrt
nous menaaient tour  tour, mais le combat ne nous effrayait
pas: en proie aux mains foltres et passionnes, aux baisers
amoureux et lascifs de nos tritons, nous leur rendions les
mmes caresses, nous badinions avec leurs flches, ils
s'taient empars de nos carquois. Dans ce moment, mon papa
eut la prudence de plonger l'ponge au fond du mien lorsque
j'y pensais le moins. Vernol voulait entrer en lice mais, par
une adresse si naturelle aux femmes et si propre  aiguiser
les dsirs, je l'arrtai et me sauvai du bassin. Rose me
suivit. Bientt ils furent dehors.

La fracheur qu'ils sentirent en sortant leur donna sur la
crte, leur humilit momentane nous laissa le temps de nous
essuyer et, nous tant couvertes simplement de robes lgres
et transparentes qui ne gnaient presque point la vue ni les
larcins, et que mon papa tira d'une armoire cache par une
glace mobile, nous nous tendmes sur les bergres. A peine y
tions-nous qu'il fit descendre du plancher, par un autre
cordon, une table servie de mets dlicats, de vins et de
liqueurs semblables  celles dont nous nous tions si bien
coiffs, et qui nous achevrent. Tout y tait propre 
augmenter l'ardeur qui nous dvorait dj.

Vernol tait dans une impatience prodigieuse; mais, ce que je
n'aurais pas attendu de celle de Rose, elle ne perdit rien de
sa gaiet. Pour moi, dont la volupt tait plus dlicate, je
jouissais par les yeux, par les mains; mais j'tais moins
empresse d'arriver au but, que j'envisageais avec plus de
satisfaction en exaltant le dsir, et je me trouvais en cela
d'accord avec mon papa. Vernol et Rose furent donc obligs de
modrer leur impatience, ce qui fut plus facile  Rose qui,
par nos caresses et nos attouchements, avait dj, de son
aveu, ressenti trois fois les dlices du plaisir. Enfin, elle
appela ce service le souper de noce; l'hymen n'y prsidait
gure, mais qu'importe, la volupt y rgnait; elle seule nous
suffisait et nous enchantait. On la voyait au milieu de la
table, couronne par le dieu des jardins, tenant son sceptre
en main; dans les quatre coins il y avait des groupes
entrelacs et dans les attitudes qui annonaient le plus doux
des moments. Entre eux, de vieux satyres jaloux prsentant
leurs offrandes, que des nymphes chassaient et que les
plaisirs fuyaient: tout inspirait, tout animait. Rose, le
verre et la bouteille en mains, sa robe ouverte, dveloppant
ses appas et ses grces, rpandait la flamme dans nos veines;
ce qu'elle nous versait devenait un torrent de feu.

Je dsirais enfin moi-mme avec violence, rien ne m'et
effraye. Nos attraits, presque toujours  dcouvert,
produisaient le mme effet, et nous voyions sans cesse  nos
yeux des signes palpables de leur pouvoir. Enfin, chre
Eugnie, parlons sans figure: ils ne dbandaient point.

Rose, ne pouvant plus y tenir, s'cria:

-- Vernol, prends ta femme. Pour moi, me jetant entre les bras
de mon papa, je tiens mon mari.

Elle s'tait dj saisie de son vit qu'elle fixait depuis
longtemps, dj Vernol me tenait embrasse et sa main s'tait
empare de mon con, lorsque mon papa nous arrta:

-- Attendez, mes enfants, il y a une condition  laquelle
j'attache ma complaisance; il est juste que j'en sois pay.

Si Vernol le met  Laure, je veux imiter cet homme de cour
qui, faisant coucher avec sa femme un page qu'elle aimait,
faisait en le cul de ce page la mme opration qu'il faisait
dans le con de la dame. Il faut, de mme, que pendant qu'il
foutra Laure son cul soit  ma disposition.

Je me persuadai dans l'instant que les beauts de Vernol lui
avaient inspir des dsirs, comme elles avaient fait natre
les miens; j'en fus enchante, j'en devenais plus libre de me
livrer  mes dsirs, et cette pense me dgagea d'une entrave
qui, jusque-l, m'avait donn quelque gne. J'animai nos jeux
avec les transports de la joie; je tchai d'y ajouter de ma
part tout ce qui pouvait les rendre plus charmants: je me
saisis de Vernol, j'arrachai sa robe, je prsentai son cul,
j'cartai ses fesses charmantes, son vit m'enfonait le
ventre.

-- Non, Vernol, non, ne te flatte pas de me le mettre dans
cette condition.

Rose, qui avait vu que mon papa me l'avait mis de mme,
s'cria qu'il n'avait pas  balancer, et jura qu'elle le
tiendrait plutt.

-- Quoi, dit Vernol, quel serait donc l'obstacle qui pourrait
m'arrter? Depuis longtemps, je suis  la torture; que ne
ferais-je pas, belle Laurette, pour jouir de vous et mourir
dans vos bras?

-- En ce cas, dit mon papa, Rose sera aussi de la partie.

Dans le moment, la table fut enleve et le bassin recouvert;
un coussin pais en remplissait l'tendue et tait envelopp
d'un satin couleur puce, si propre  relever la blancheur.
Cette niche tait le vrai sanctuaire de la volupt.

Nous fmes  l'instant dbarrasss de tout ce qui nous tait
tranger, et nous montmes sur cet autel avec les seuls
ornements de la nature, tels qu'ils taient ncessaires pour
offrir nos voeux  la divinit que nous allions encenser et
pour les sacrifices que nous allions lui faire. Les glaces
rptaient de tous cts nos diffrents attraits. J'admirais
ceux de Vernol. Ce beau garon me prit dans ses bras, il me
couvrit de baisers et de caresses; il bandait de toute sa
force. Je tenais son vit; mon papa maniait ses fesses d'une
main et, de l'autre, les ttons ou le con de Rose qui nous
caressait tous trois. Cdant enfin  notre fureur amoureuse,
Vernol me renversa, carta mes cuisses, baisa ma motte, mon
con, y mit sa langue, sua mon clitoris, se coucha sur moi et
me fit entrer son vit jusques aux gardes. Mon papa se mit
aussitt sur lui. Rose tait sur les genoux, appuye sur les
coudes, son con tourn de mon ct; elle entrouvrit les fesses
de Vernol, en mouilla l'entre et conduisit le vit de mon papa
dans la route qu'elle lui avait prpare. Pendant qu'ils
agissaient, elle chatouillait les couilles de l'un et de
l'autre. Je tenais son con, j'y mettais le doigt, je la
branlais; bientt ma main fut toute mouille, ses transports,
qui parurent les premiers, nous excitrent vivement:

Vernol la suivit de prs; mon papa s'en aperut, il hta sa
course qui m'tait favorable; je doublai mes mouvements, et
nous tombmes presque aussitt dans la mme extase: nos trois
individus unis n'en faisaient pour ainsi dire plus qu'un, que
Rose couvrait de ses baisers.

Revenus  nous-mmes, nos caresses remplacrent nos transports
et remplissaient le temps que le plaisir nous laissait 
parcourir; elles nous remirent bientt en tat de le ramener 
nous. Vernol avoua qu'il n'en avait jamais ressenti de pareil.

-- Il faut l'avoir connu, dit mon papa, pour pouvoir en juger.
Viens, ma chre Laurette, viens l'prouver  ton tour. Vernol,
moins fourni que moi, ne te procurera que des douceurs. Belle
comme tu es, de quelque ct que ce soit il n'a rien  perdre.
Nous bandons, viens dans mes bras. Rose fera pour lui ce
qu'elle a fait pour moi, et branlera ton clitoris en arrire,
par-dessous les cuisses.

Je me jetai sur lui, je le mangeai de caresses. Rose
introduisit son vit dans mon con; elle ouvrit mon cul, elle
mit le vit de Vernol dans sa bouche, elle en mouilla la tte
ainsi que le passage o il devait entrer, et le conduisit
elle-mme.

Place comme elle tait la premire fois, elle me branlait et
caressait les fesses de Vernol, tandis que mon papa, le doigt
dans son con, la branlait aussi. Le sublime. plaisir annona
bientt sa prsence, nous volions aprs lui, nous le saismes.
Ah! qu'il tait grand! Nous dchargions tous, nous tions
inonds, le foutre ruisselait. Livre aux plus vives
sensations, j'tais dans un tat convulsif. Aprs avoir t
agite comme un nageur qui se dbat, un calme, non moins
voluptueux que le plaisir, lui succda. Ce resserrement, ce
frottement dans toutes les parties dlicates et sensibles, o
se trouve le trne de la suprme volupt, me la fit connatre
dans l'extrmit de son dernier priode. Je ne pus mettre la
parallle avec cette journe, que celle o j'avais fait le
sacrifice volontaire de mon pucelage.

Il fallut enfin se reposer; nous nous assmes, et nous les
engagemes de reprendre pour quelques instants leurs habits;
mais nous ne fmes gure plus tranquilles: dans l'tat o nous
tions, nos yeux, nos mains, nos bouches, nos langues, tout
rappela les dsirs; nous parlions foutaise; nos ttons, nos
fesses, nos cons taient manis, baiss; nous les rendions,
ces caresses, des vits et des couilles en taient les objets.
Bientt les effets en parurent avec fiert, nous les
ressentmes aussi; nous bandions tous encore, nos clitoris
gonfls le dmontraient aussi bien que la fermet de leurs
vits; nous courmes sur les traces du plaisir qui nous avait
chapp; nous le ramenmes  nous pour le laisser fuir encore;
mais je voulus que Rose et une part plus solide que celle qui
lui tait tombe jusqu'alors; je la fis coucher les genoux
levs; mon papa se mit  ct d'elle et, passant ses cuisses
par-dessous ses jambes qu'elle mit en l'air, son vit se
trouvait point sur le but; je me mis sur elle, sa tte entre
mes genoux et entre ceux de Vernol qui me le mettait en
levrette. Je mis le vit de mon papa dans son con; il s'y
perdait et reparaissait tour  tour; il prenait nos ttons 
l'une et  l'autre; je la branlais, elle me rendait le mme
office; mon con tait sur ses yeux; le vit de Vernol qui
allait et venait, ses couilles qui se balanaient, formaient
un spectacle enchanteur pour elle, qui produisit un tel effet
sur ses sens que, dans le mme temps que nous mmes  chercher
le plaisir pour le savourer, Rose avait dj ressenti quatre
fois ses attraits; quatre fois ses lancements et ses
transports, ses expressions: je me meurs, je dcharge, nous en
donnrent des preuves certaines. Enfin, nos fouteurs de
dessous se runissant, Rose reut, dans un cinquime et
copieux panchement de sa part, le foutre dont mon papa
l'inonda. Leur plaisir excitant le ntre, nous joumes presque
en mme temps qu'eux de ces enchantements que nous nous
htions d'atteindre.

Rose se mourait: si elle chrissait le plaisir, celui-ci ne la
fuyait pas; elle en ressentait les effets des trois et quatre
fois contre nous une; son con tait une source de foutre; il
lui causait un plaisir si vif qu'elle pinait et mordait
toutes les fois qu'elle le rpandait. Enfin, elle tomba dans
cet tat d'anantissement o l'on ne connat et ne sent rien
que l'excs des sensations dlicieuses qu'il procure. Ds
qu'elle en fut revenue, elle fit tant d'loges de cette
attitude que je voulus jouir  mon tour de la mme
perspective. Aussi, ds que nos forces furent rtablies, nous
n'y changemes presque rien; je pris seulement la place
qu'elle occupait, elle se mit sur moi, Vernol la foutait. Ma
tte entre leurs cuisses, je voyais tous leurs mouvements, et
nous nous branlions l'une et l'autre, pendant que le vit de
mon papa fournissait pour moi sa carrire.

Ce quatrime acte fini, nous tions fatigus, briss, excds;
nous avions grand besoin de rparer nos pertes. Nous nous
relevmes, mon papa fit redescendre la table et nous ranimmes
nos forces par les restaurants que nous prmes. Le repos nous
tait bien ncessaire. Ds que la table fut releve, nous nous
couchmes tous quatre, les uns sur les autres, nos bras et nos
cuisses entrelacs, tenant chacun le cher objet de tous nos
voeux et le divin moteur de nos plaisirs.

Aprs une bonne heure de sommeil, Rose, veille par un songe
voluptueux, nous tira bientt de l'espce de lthargie o nous
tions plongs. Nos caresses et nos baisers recommencrent;
mais, loin de nous prcipiter, nous badinions avec nos dsirs
pour en allonger la dure, en multipliant la jouissance, en
retardant l'approche du plaisir: nous allions jusqu' lui,
nous le repoussions, il nous poursuivait. Rose l'avait dj
saisi deux ou trois fois;  notre tour il nous atteignit
aussi: il n'est pas sr de jouer avec lui. Il fut enfin
victorieux, et nous terminmes cette journe par un cinquime
acte dont Rose fut l'hrone.

Couch sur mon papa qui l'enfilait par le grand chemin, Vernol
se prsentait  la porte de derrire. J'avais pris l'attitude
qu'elle avait tenue; je mis tout en place et je lui rendais
les mmes services que j'en avais reus, pendant que mon papa
me prodiguait des caresses semblables; mais, par un nouveau
badinage, Vernol changeait de temps en temps de route: il
quittait celle o je l'avais conduit pour aller s'accoler avec
mon papa dans le chemin qu'il occupait. Rose trouvait
admirable de les avoir ensemble: il tait heureux pour elle
que la mme voie pt se prter  deux de front; mais, au
dernier moment, Vernol reprit le sentier o je l'avais guid
et qu'il avait occup d'abord.

Elle trouva ce dnouement divin et suprieur  tout ce qu'elle
avait prouv jusqu'alors; aussi s'cria-t-elle, dans son
enthousiasme:

-- Que je serais heureuse, et que la mort me serait douce si je
perdais la vie dans un moment si dlicieux!

Nous rmes de son ide, et nous la trouvmes bien analogue 
son temprament et  sa faon de penser.

Avant de reprendre nos vtements, mon pre dcouvrit de
nouveau le bassin; je fus enchante de ce soin; je m'y
plongeai dans l'instant, ils m'y suivirent aussitt. Je
retirai l'ponge et j'introduisis de l'eau dans le lieu
qu'elle avait occup. Cette premire ablution faite, nous la
renouvelmes et nous y rimes couler une essence qui nous
embaumait. Ce second bain porta le calme et la fracheur dans
tous nos sens. L'heure s'avanait, nous nous htmes d'en
sortir.

Aprs nous tre rhabills, nous rimes encore quelques tours
dans les jardins. Enfin, nous remontmes en voiture sur les
huit heures, et nous rentrmes en ville une heure aprs.

Depuis ce jour, et dans les premiers temps qui le suivirent,
Rose ne cessait de me presser de rpter cette scne.

Je m'y prtai d'abord. Peu aprs je ne me rendais que par
complaisance pour elle qui, sur la fin, en tait seule le
coryphe. Enfin, elle me devint insipide, je l'aurais trouve
mme  charge si mon papa n'et t de la partie. Cette
dgradation ne lui avait point chapp, il en fut enchant.

Mon ivresse pour Vernol, que mes yeux et mes sens avaient
seuls produite et o le coeur n'avait point de part, se
dissipait tous les jours: soustraction faite de sa figure et
de sa douceur, on ne trouvait plus rien en lui; elle
s'teignit totalement et ne me laissa que des regrets; je
revins tout entire au penchant de mon coeur et  mon
attachement qui, loin de diminuer, avait pris de nouvelles
forces. Je regardais mon pre comme un homme extraordinaire,
unique, un vrai philosophe au-dessus de tout, mais en mme
temps aimable et fait pour toucher rellement un coeur; je
l'aimais, je l'adorais. Ah! chre Eugnie, ce sont les
qualits de l'me qui, seules, nous fixent, nous enchanent
indpendamment des sens et coupent les ailes de notre
inconstance naturelle. Les hommes qui rflchissent n'y
rsistent point quand ils les rencontrent, et toute leur
infidlit leur cde: enfin, j'tais le seul objet de sa
tendre affection, comme il l'tait de celle de mon coeur. Les
vnements qui suivirent achevrent d'anantir ces liaisons
que j'avais dj commenc de rompre.

Une aventure o Rose brisa plusieurs lances avec trop
d'effronterie et d'imprudence acheva de m'aliner d'elle et de
Vernol, lorsqu'ils m'en eurent fait un dtail que je sus tirer
d'eux. Je fus convaincue que la dlicatesse des sentiments
n'habitait point leurs coeurs, et qu'ils n'avaient l'un et
l'autre que ceux de la passion la plus effrne et la plus
indiscrte. Cette manire d'tre et de penser n'tant point
uniforme avec la mienne, je fus entirement dcide sur leur
compte.

Je t'ai dj dit que je ne les voyais plus aussi souvent, ce
qui les engageait  chercher de leur ct tous les amusements
qu'ils pouvaient se procurer: la promenade en faisait partie.
Vernol, conduisant un jour Rose dans un jardin public,
rencontra quatre de ses camarades de collge, dont le plus g
avait  peine vingt ans. Reconnaissance, essor de joie,
embrassades, questions multiplies: d'o viens-tu?

Que fais-tu? O vas-tu? Quelle est cette belle? La rponse 
la dernire demande donna lieu  nos jeunes gens de faire des
rvrences et des compliments qui, srement, ne dplaisaient
point  Rose. Satisfaits sur les autres points, ils se
dterminrent  engager Vernol d'tre de leur partie.

Il tait question d'aller hors de la ville se rgaler d'une
collation dans quelque endroit commode; ils n'essuyrent point
de refus de la part de Vernol, et encore moins de Rose: ils
partent.

Dans les premiers transports de joie, nos jeunes gens avaient
oubli les conventions qu'ils avaient prises ensemble, mais le
plus g, en mme temps le plus rus par ce que tu vas voir
ensuite, ne les avait pas perdues de vue. Il tenait Rose avec
un autre sous les bras, les petits propos, les cajoleries, les
expressions nigmatiques, allaient leur train. On tait encore
dans la belle saison; on marchait assez vite. En arrivant, on
monte dans une chambre; Rose avait chaud, elle se jeta sur un
lit, dcouvrit sa gorge, et laissait pencher une jambe qu'elle
savait avoir bien faite; aussi en reut-elle des loges qui
l'enivraient. On fit apporter mets, vins et liqueurs de
diverses sortes; les ttes commencrent  s'chauffer: Rose
sablait, tous en faisaient autant. Dans cette disposition, les
propos, les chansons s'gayrent, la libert s'en mla, les
baisers trottaient; le feu prit, et l'incendie se communiqua.
Le plus g, plus hardi et plus expriment que les autres,
prit Vernol dans une embrasure et lui fit part des conventions
qu'ils avaient faites avant de partir. Vernol ne put
s'empcher d'en rire de tout son coeur. Rose, curieuse  son
ordinaire, voulut absolument savoir ce qui lui en donnait
lieu: elle l'appela, le pressa; il ne fit pas de difficult de
lui raconter que ses camarades taient convenus entre eux,
avant de les avoir rencontrs, que celui des quatre qui aurait
le vit le plus petit paierait pour tous la bonne chre, et que
celui qui l'aurait le plus gros ferait prsent de ce qui
serait bu.

Dans les transports, les clats de rire et les lans que ce
rcit fit faire  Rose, elle s'agita de faon, en levant une
jambe, qu'elle ft voir presque tout ce qu'elle avait de
cach, et, dans ce premier mouvement, elle s'cria:

-- Qui donc en sera le juge?

-- Vous-mme, lui dit le plus effront, croyant bien que Vernol
lui avait rendu compte de ce qu'il avait appris.

Rose, anime par le vin et par une ide aussi flatteuse pour
elle, rpondit que, certainement, elle serait le meilleur juge
et plus en tat d'en dcider qu'aucun d'eux. De ce moment, on
ne se gna plus; les expressions les plus hardies,
accompagnes de vin et mles de caresses, passaient de bouche
en bouche. Rose, comme un vaillant champion, tenait tte 
tous; mais elle se prparait d'autres assauts qui
l'intressaient davantage et, voulant en venir au plus tt 
des effets o elle trouvait plus de solidit, elle appela
Vernol et, lui passant un bras autour du cou, elle pencha sa
tte sur ses ttons qu'elle lui faisait baiser puis, coulant
sa main plus bas, elle s'empara de son vit; lui, de son ct,
glissant la sienne sous ses jupes se saisit de son con. Ses
jupes  demi souleves ne laissaient rien apercevoir encore,
mais, relevant un genou, elle facilita la dcouverte de ce
centre du plaisir. Cette vue les anima de telle sorte qu'ils
l'entourrent, l'un lui prenant une fesse, l'autre une cuisse,
un autre les ttons, chacun en tenait un morceau. Rose,
faisant relever Vernol, leur demanda, en leur montrant son vit
qu'elle tenait, s'ils pouvaient lui faire voir quelque chose
de pareil. Chacun mit aussitt les armes  la main: elle eut
alors le spectacle enchanteur  ses yeux de voir  la fois
cinq vits bands, fiers et menaants, qui lui proposaient le
combat quoique certains d'tre vaincus.

Rose, aussitt se relevant et s'asseyant sur le lit, les
genoux relevs et carts, le lieu de la joute totalement 
dcouvert et prsentant la bague:

-- Je pourrais, dit-elle, dcider la question au coup d'oeil;
mais puisque je dois juger je veux y procder avec tout le
scrupule possible, et mme y joindre, s'il le faut, une mesure
qui m'est propre. Cependant commenons.

Elle les fit ranger tous cinq en leur faisant mettre toutes
pices  dcouvert et, prenant son lacet, elle les mesura avec
la plus grande exactitude, tant en longueur qu'en grosseur,
soupesant mme avec attention leurs dpendances.

Le maniement de tous ces vits fit une telle impression sur
elle que, se laissant aller sur le dos et donnant deux ou
trois coups de cul, elle leur fit connatre qu'elle
dchargeait.

Tous voulaient, dans cet instant, monter sur elle, mais elle
les arrta:

-- Je veux avant, dit-elle, prononcer mon jugement.

Le plus g fut tenu de payer les vins et les liqueurs; Vernol
aurait t charg du restant s'il n'et t par tous exempt
des obligations de la convention dont il n'tait pas. Ce fut
au second, presque du mme ge que le premier, que cette
chance tomba, n'tant gure mieux fourni que Vernol. Il tait
d'une figure agrable, et Rose, pour dissiper le chagrin qu'il
tmoignait, lui promit qu'il serait le premier  passer aux
preuves. Elle les dsirait avec passion: tous ces vits,
toutes ces couilles l'avaient mise en fureur. Ils la prirent
de les y admettre; elle ne se fit pas presser et, se
renversant sur le lit, elle tendit la main  celui auquel elle
l'avait promis, qui, sautant sur elle, enfona sur-le-champ
son dard dans l'anneau qu'elle prsentait; Vernol le suivit et
les trois autres  leur tour selon la gradation qu'elle avait
observe. Rose, enchante, arrose de foutre, nageait dans le
plaisir: sans cesse dchargeant,  peine avait-elle le temps
de respirer; l'un n'avait pas plus tt quitt la place que
l'autre aussitt y rentrait.

Enfin, il fallut se reposer un moment. On tait fort chauff:
boire, rire et caresser remplirent les entractes.

Rose tait toute livre aux baisers et aux mains fourrageuses
de ces cinq fouteurs. Ils ne purent la souffrir plus longtemps
couverte du moindre voile; bientt elle fut mise dans l'tat
o taient les trois desses au jugement de Pris.

Tous, jeunes et vigoureux, ne la virent pas plus tt ainsi que
leurs dsirs se montrrent plus furieux. Rose aurait cd
volontiers la ceinture de Vnus pour une guirlande de cons
afin de les recevoir tous  la fois,  moins que cette
ceinture de la mre des Amours ne ft de cette espce.

Mais, n'en pouvant avoir que deux, elle changea la scne en
faisant mettre le plus gros et le plus long couch sur le lit,
la tte au pied; elle se mit sur lui, les ttons appuys sur
sa bouche; le moins avantag se mit sur elle entre leurs
cuisses; chacun prit la route qui lui tait prsente; de
chaque main, elle tenait le vit des deux autres, et rserva
Vernol, dont elle prit le hochet entre les lvres, qu'elle
chatouillait et suait du bout de sa langue.

Enfin Rose, au milieu du foutre qui ruisselait de toutes
parts, demeura victorieuse aprs qu'ils se furent prsents
entre eux vingt-deux fois au combat, qu'elle eut arros
trente-neuf fois par elle-mme le champ de bataille. Elle
tait excde mais ivre de plaisir.

Je la vis le lendemain; je la trouvai mourante, les yeux
languissants et abattus. Surprise de la trouver dans cet tat,
je la questionnai avec adresse, et je la pressai tant qu'elle
et Vernol me firent enfin l'aveu de cette orgie.

Je ne me mlai pas de leur donner des conseils, je voyais trop
combien ils seraient inutiles; je ne daignai pas mme les
blmer. Aussi je ne mets pas en doute qu'elle ne l'ait
renouvele aussitt qu'elle l'a pu; mais je ne me mis plus 
mme de l'apprendre, et de ce jour je ne les vis plus.

Rose, livre sans frein  la passion furieuse dont elle
faisait l'idole de son bonheur,  la fin y succomba. Ses
rgles n'avaient point paru; elle ne fut pas longtemps sans
essuyer un puisement total, suivi de vapeurs affreuses. Sa
vue s'en ressentit, elle ne ressemblait plus qu' une ombre
ambulante. Sa gaiet fut totalement perdue et un
dprissement, produit par une fivre lente, la conduisit
enfin au tombeau.

Vernol, qu'elle avait jet dans le mme excs, fut saisi d'une
fivre putride dont il eut beaucoup de peine  revenir, et,
peu de mois aprs son rtablissement, la petite vrole lui fit
essuyer des ravages qui le dfigurrent totalement. Il fut
encore trs mal et ne fit que languir depuis.

Mon pre avait prvu tous ces vnements; nous nous
entretenions souvent sur ce sujet. Je sentis mieux que jamais
le prix de ses soins, et mon coeur avait peine  soutenir les
panouissements qu'il ressentait pour lui.

Nous nous mnagemes de plus en plus: plus tendres, plus
voluptueux et dlicats que passionns, nous passions souvent
des nuits dans les bras l'un de l'autre, sans autre plaisir
que celui d'y tre, accompagn de douces caresses.

Quelquefois, rappelant  ma mmoire ce qui s'tait pass, le
souvenir m'en donnait un vrai chagrin; et dans une de ces
nuits heureuses o mon coeur plein de lui jouissait de toute
sa flicit, il m'chappa de le lui faire connatre: j'en
versais des larmes.

-- Qu'as-tu donc, ma chre Laurette? Pourquoi rpands-tu des
pleurs? Tes joues viennent d'en mouiller les miennes.

-- Ah! cher papa, vous ne devez plus m'aimer, vous ne pouvez
plus estimer votre fille. Je ne peux concevoir comment,
dpendante de vous et de vos volonts, vous avez pu vous
prter aux carts et aux extravagances d'une imagination
fascine, et permettre que je m'y livre.


(Discours du pre)


-- Es-tu folle, ma chre enfant? Crois-tu que je fasse dpendre
mon estime et mon amiti des prjugs reus?

Qu'importe qu'une femme ait t dans les bras d'un autre amant
si les qualits de son coeur, si l'galit de son humeur, la
douceur de son caractre, les agrments de son esprit et les
grces de sa personne n'en sont point altrs, et si elle est
encore susceptible d'un tendre attachement?

Crois-tu qu'elle ait moins de prix qu'une veuve,  mrite
gal, sur qui l'on aura jet quelques gouttes d'eau et
marmott des paroles pour lui permettre de coucher avec un
homme au su de tout le monde, et d'en promener les fruits avec
ostentation? Dis-moi, n'en a-t-elle pas plus que tant de
veuves, et mme de prtendues filles dont le mrite est
infrieur? Les femmes sont-elles donc comme les chevaux,
auxquels on ne met de prix qu' proportion qu'ils sont neufs?
Ecoute mes principes, ma chre fille, je serai satisfait s'ils
peuvent te tranquilliser et te persuader que je t'aime aussi
tendrement et que je ne t'estime pas moins qu'auparavant."
Rien ne me surprend si peu que de voir faire une infidlit,
quoiqu'on ait le coeur rempli d'une affection bien tendre pour
un objet qu'on chrit uniquement; j'en suis un exemple pour
toi. Je t'aime, ma Laurette, et mon amour est n presque avec
toi; je peux mme assurer que tu avais  peine sept ans que je
n'aimais uniquement que toi; tu remplis entirement mon coeur.
T'en ai-je moins fait infidlit avec Lucette, avec Rose et
mme avec Vernol? Crois-moi, cette action, qui tient  la
constitution de nos organes, est trop naturelle pour n'tre
pas pardonnable, tandis que l'inconstance, qui provient du
sentiment, ne me le parat pas lorsque l'objet auquel nous
sommes engags par les liens de l'estime, de la bonne foi, de
la reconnaissance, et par son attachement, ne nous en donne
pas lieu. Encore faut-il des sujets trs graves pour autoriser
un dgagement entier: comme la mchancet du coeur, l'aigreur
dans le caractre et l'emportement journalier dans une humeur
rcalcitrante. Mais j'ai suppos un choix heureux: alors
l'inconstance, suivant moi, dcle un coeur lger, ingrat,
perfide et mauvais; je n'en ferais jamais un ami. Tout homme
capable de perfidie et d'inconstance pour une femme qui a de
la dlicatesse dans les sentiments, et un esprit agrable et
cultiv, qui s'est livre  lui et  sa discrtion, est
toujours perfide et inconstant pour son ami.

Mais l'infidlit passagre ne dmontre qu'un temprament
susceptible d'irritation, que souvent le besoin, l'occasion,
ou mme des circonstances imprvues auxquelles on ne peut se
refuser, engagent  satisfaire.

"Nous sommes composs de contradictions apparentes, la volont
n'est souvent pas d'accord avec nos actions parce qu'elles ne
dpendent pas d'elle; souvent nous ressentons des impulsions
qui conduisent  des rsultats qui paraissent contradictoires,
quoiqu'ils partent cependant de la mme source; et celui qui a
reconnu un sixime sens dans le centre de nos individus en
connaissait bien la nature. En effet, dpend-il de notre
volont de le faire agir ou non? Il n'est point soumis  ses
lois. Tout en nous, au contraire, l'est  notre organisation
et  la fermentation des liqueurs qui la mettent en mouvement.
Rien ne peut s'y opposer, ni les changer, que le temps seul
qui dtruit tout. C'est  cet ensemble, qui compose chaque
tre diffrent, que se rapportent les varits qu'on y
dcouvre, et c'est encore du sort donn  chacun d'eux qu'ils
tiennent cet ensemble, qui s'y rapporte avec une liaison
parfaite.

"Nos sens prouvent, dans l'union des sexes, des impressions
dont nous ne sommes pas les matres. Tel objet frappe, sduit,
inspire des dsirs aux uns, qui ne produit rien sur les
autres, quoique rellement agrable: j'en ai vu bien des
exemples. Sommes-nous affects par un objet?

Tout nous y trane ou nous y porte; quelquefois nous hassons
son humeur et son caractre, cependant il fait natre en nous
l'ide d'un plaisir vif, nous en sentons l'effet; le sixime
sens s'lve, nous dsirons, nous voulons en jouir  quelque
prix que ce soit, sans avoir le dessein de nous y attacher, et
souvent on le fuit aprs l'avoir possd. En un mot,
attachements solides, gots passagers, tout est dans le cercle
que nous avons  parcourir. Si nous trouvons de la rsistance
 nos poursuites, l'amour-propre vient se mler de
l'entreprise, et l'on emploie plus de souplesses et de moyens
runis pour vaincre cette rsistance que pour attaquer ceux
qu'on estime et qu'on chrit le plus. Enfin, la volupt,
l'ambition et l'avarice, passions qui, du plus au moins,
mnent et matrisent tous les hommes pendant leur vie, nous
dterminent et nous entranent ncessairement dans un
enchanement de circonstances qui forment le tissu dont notre
existence est enveloppe. Et fais-y bien attention, ma Laure,
ces trois mobiles, qu'on pare souvent de voiles brillants et
de noms adoucis, sont les seuls qui mettent en mouvement les
humains et qui les gouvernent: tels individus par un, par
deux, tels autres par tous les trois ensemble, suivant la
marche qui leur est trace et la carrire qu'ils ont 
parcourir.

"Si l'on a reu de la nature et du rle qu'on doit faire un
coeur susceptible d'une passion forte et durable, d'un
attachement tendre et dlicat, c'est l'analogie des humeurs et
des caractres qui les approche et les unit. L'ide du plaisir
est plus loigne; on en est moins affect que de l'intimit
d'une union remplie de douceurs et d'agrments, qui allie les
esprits et les gots. On est mprisable de relcher, par sa
faute, des liens de fleurs que vivifie et entretient
l'amnit; aussi ces chanes sont-elles bien difficiles 
rompre, et cette modification dans les individus a des
influences bien plus dtermines. On y mle, il est vrai, les
sensations du plaisir; mais leur genre a quelque chose de
diffrent. Il est un ge o tout ce que je te dis, ma chre
Laurette, parat une fable; cependant il est puis dans la
nature.

"Arrive enfin,  pas plus ou moins lents, l'habitude qui, sans
teindre les sentiments, sans dtruire ces liens aimables,
mousse nanmoins cette pointe de volupt, amortit cette
vivacit de dsirs qu'un nouvel objet fait renatre; dsirs
qui semblent ajouter  notre existence et faire mieux sentir
le prix et les charmes de la vie dont on jouit; mais on n'en
est pas moins fix: si l'on peut avoir assez de raison et de
fermet pour sacrifier une fantaisie, un caprice, un cart
momentan qui pourrait dtruire l'accord d'une union intime,
il n'y a pas  balancer; mais la jalousie qui vient y jeter
ses serpents ne la dtruit-elle pas plus encore que cette
infidlit passagre? Et n'est-il pas ncessaire que, de part
et d'autre, on sache se prter sans humeur et sans
tracasseries aux lois imposes par la nature, dont la
puissance est invincible? Ecoutons sa voix, elle parle
partout: ne fermons point nos yeux, ne bouchons point nos
oreilles et notre entendement  ce qu'elle prononce et
dmontre; elle annonce en tout la varit, et mme que tout
finit. Pourquoi se plaindre d'une loi qui ne peut tre lude,
 laquelle nous sommes absolument soumis, et aussi despotique
que celle de la destruction qui anantit la modification de
notre tre? L'amour-propre et ce fatal gosme nous y font
rsister. Eh bien! qu'on ne la seconde pas, cette loi, elle
n'en a pas besoin; mais qu'on dtourne la vue sans aigreur.

"Beaucoup de nations, plus prs de ses principes, moins
cartes de ses impressions primitives, en suivent bien mieux
l'impulsion que nous qui,  force de polissure, sommes si
loigns de ses premires notions.

"Jette les yeux, ma chre Laure, sur toutes les espces
d'animaux rpandus sur notre globe: voit-on les femelles
enchanes aux mles qu'elles ont eus l'anne prcdente?

La tourterelle, dont on fait une peinture qui n'est si
touchante que parce qu'elle veille et pique notre amour
propre, ne reste dans le mme mnage que jusqu'au temps o sa
famille n'a plus besoin d'elle; souvent le mme t la voit
choisir un nouveau favori. Cherche d'autres exemples, ils sont
tous pareils. Consultons la nature, quels ont t son but et
ses desseins? La reproduction des tres; et elle n'a imprim
tant de plaisir dans l'union des sexes que pour y parvenir
d'une manire agrable et, par consquent, plus sre. Le
plaisir est mme si dominant dans notre espce que, souvent,
il nous fait agir malgr nous. Si je me suis dtourn de ce
but avec toi, nos coutumes et nos prjugs m'en ont impos
l'obligation absolue; mais ce dessein est si marqu qu'un
homme bien constitu peut, en jouissant de plusieurs femmes
fcondes, se reproduire autant de fois qu'il en aura connu.
Si, dans ces deux sexes, on trouve des individus qui ne
rpondent pas  ses vues, c'est une erreur passagre de
constitution qui ne dtruit pas les lois gnrales.

"J'avoue que cette faveur faite aux hommes ne rejaillit pas
sur les femmes; elles ne peuvent ordinairement produire qu'un
seul tre; plusieurs hommes n'en feraient pas clore
davantage, et, souvent mme, un mlange trop prompt dtruirait
le germe fructifiant s'il n'avait pas t bien fix; sans
compter encore les fcheux effets qui rsulteraient d'un
mlange diversifi et trs prochainement successif. Cependant,
si le premier germe avait pris de profondes racines, et qu'
quelque temps le mme homme ou un autre anime et vivifie un
nouveau germe, elles peuvent produire un second fruit, et mme
un troisime; mais ces cas ne sont pas dans le cours commun de
la nature pour notre espce.

"Si cette nature a combl les hommes de faveurs, elle n'a pas
t tout  fait injuste ni martre avec elles: les femmes
portent un vide qu'une ncessit perptuelle, un apptit
indpendant d'elles les porte  remplir. Si l'un ne le peut ou
ne le veut pas, un sentiment plus fort qu'elles et que tous
leurs prjugs en appelle un autre; mais le choix dpend de
leur got. En effet, pourquoi vouloir absolument qu'elles
souffrent les approches et les caresses de tel objet qu'elles
abhorrent? Que peut produire une union qu'elles dtestent et
qui les rvolte? Rien, ou des avortons qu'elles ont en
horreur. Combien en voit-on d'exemples? C'est dans de
pareilles conjonctures, qui ne sont que trop multiplies, que
le secours d'une dsunion entire serait bien ncessaire.
Elles tiennent de leur existence et de leur constitution le
droit de choisir, et mme de changer si elles se sont
trompes. Eh! qui ne se trompe pas? Enfin, c'est ce droit n
avec elles qui les rend plus inconstantes que les hommes, qui
tiennent des lois gnrales d'tre plus infidles.

"S'il est en elles, par la constitution de leur sexe, un degr
de volupt plus grand, un plaisir plus vif ou plus durable que
dans le ntre, qui les ddommage en quelque sorte des
accidents et des peines auxquels elles sont soumises, quelle
injustice de leur en faire un crime! leur temprament dpend-il
d'elles? De qui l'ont-elles reu? Leur imagination, plus
aisment frappe et plus vivement affecte en raison de la
dlicatesse et de la sensibilit de leurs organes, leur
curiosit excessive et ce temprament anim leur prsentent
des images qui les meuvent violemment, et qui les obligent de
succomber d'autant plus aisment que le moment prsent est, en
gnral, ce qui les remue avec le plus d'nergie.

"Ecartons donc la contrainte produite par la jalousie,
enfante par l'amour-propre et l'gosme; elles reviendront
bientt d'elles-mmes et sauront, mieux que les hommes,
connatre leurs pertes. Il se trouvera, sans doute, des
exceptions, mais o n'y en a-t-il point? D'ailleurs,
mriteront-elles des regrets? Apprenons donc  nous prter 
leur essence, rendons plus lger le joug qui leur est impos,
chargeons de fleurs les liens dans lesquels elles sont
engages, pour captiver leur esprit, subjuguer leur coeur et
fixer l'inconstance qu'elles ont reue de la nature. Passons-leur
une infidlit, s'il est ncessaire, pour ne point les
aliner, ce qui arriverait bientt, sans doute, si les chanes
leur paraissaient trop pesantes et trop resserres; sans cela,
cette belle moiti du genre humain serait trop malheureuse.
Mais ce qu'il y a de singulier c'est que, si ces principes ne
sont point autoriss, ils n'en sont pas souvent moins suivis
en beaucoup de parties et dans bien des climats.

-- Mais, cher papa, si les femmes n'ont pas reu, comme les
hommes, un droit  l'infidlit, pourquoi voit-on un nombre
d'entre elles qui, non seulement s'arrogent une telle
prtention, mais encore qui la portent beaucoup plus loin
puisqu'elles la poussent jusqu' la publicit? Il faut donc
que ce penchant tienne autant  la constitution de notre sexe
qu' celle du tien.

-- Erreur, ma fille: dans ton sexe, c'est un cart excessif des
lois gnrales de la nature, dans lequel les individus sont
ports ou entrans par un assemblage de circonstances o il
entre souvent de la ncessit, o, souvent aussi, le penchant
n'entre pour rien et dans lequel la plus grande partie ne
reste que par les mmes circonstances dont la chane se
perptue, ou par fainantise, habitude, gourmandise, mpris
d'elles-mmes, et tant d'autres raisons que je ne peux te
dtailler. Tu vas voir, par les effets qui en rsultent, que
la nature mme s'y oppose fortement puisque cet cart, pouss
jusqu' son dernier priode, emporte avec lui des malheurs,
des maux affreux, des suites fcheuses et tout ce qu'on peut
imaginer de plus funeste. Effets qui ne sont point produits
par l'infidlit des hommes qui ne voient point de femmes
publiques.

"Je dois, en premier lieu, te faire une comparaison qui te
rendra plus sensibles et plus claires ces lois gnrales de la
nature. Que, dans vingt vases diffrents, on verse une mme
liqueur, qu'on la survide dans le vaisseau d'o elle est
sortie, elle ne change point de nature, elle sera tout au plus
affaiblie par la transvasion si elle est spiritueuse. Mais
que, dans un mme vase, on verse vingt liqueurs diffrentes et
htrognes, il s'tablit une fermentation qui change la
combinaison naturelle de ces liqueurs; qu'on vide ce vase sans
le rincer ni l'essuyer, les parois, infectes de la liqueur
fermente, suffiront pour insinuer un levain qui changera
l'essence d'une seule des vingt qu'on remettrait dedans; ou
qu'on prenne une goutte de cet assemblage ferment, et qu'on
la mette dans le vaisseau qui en contient une seule, l'effet
en sera le mme.

"De cet exemple, voici les consquences: qu'un homme sain se
joigne  plusieurs femmes, il ne peut en rsulter aucun mal;
c'est la mme liqueur verse dans plusieurs vases. Mais qu'une
femme, ft-elle mme trs saine, s'unisse  plusieurs hommes
coup sur coup qui ne seraient pas infects, cette diversit de
semence produira, par la fermentation aide et acclre par
la chaleur du lieu, les effets les plus dangereux.

"Qu'une fille, une femme jeune, jolie, libre et indpendante,
mais de la lie du peuple et, par consquent, sans ducation,
sans soin, sans propret, sans prcaution, se trouve
abandonne  l publicit, soit par son propre besoin, soit
par celui de vieilles coquines qui, fondant sur ses appas
leurs avantages, la dirigent et l'entranent dans cette
affreuse conduite, soit par les suites d'un engagement o la
sduction des hommes l'aura jete, soit enfin par temprament
ou libertinage de caractre, reoive plusieurs hommes en un
jour et presque  la suite l'un de l'autre, il est constant
qu'elle ne tardera pas  tre infecte: ce sont diffrentes
liqueurs verses dans un mme vase; elle peut mme tre
sujette  des fleurs blanches trs cres,  des reliquats de
rgles de mauvaise qualit,  des ulcres de matrice. Les
semences de ces diffrents hommes, qui sont htrognes, soit
par la diversit du temprament des individus, soit par la
prodigieuse diffrence qui se trouve dans l'tat de leur
sant, - tels que ceux qui ont des maladies cutanes qui les
rendent encore plus pres auprs des femmes, tels encore que
ceux qui ont des maladies habituelles qui n'tent point la
puissance gnratrice, et autres de cette espce -, mles les
unes avec les autres dans le mme lieu, o dj se trouve
quelquefois en lui-mme une liqueur vicie ou tout au moins en
disposition de l'tre, ces semences fermentent avec plus
d'aisance et de promptitude par la chaleur, s'aigrissent, se
tournent en acide et deviennent un poison d'autant plus subtil
que la matire qui l'a produit l'est elle-mme; ce qui prouve
que les femmes ne sont point faites pour tre infidles, et
encore moins pour la prostitution.

"D'aprs ce rsum, qui tient  la saine physique,  la raison
et  l'exprience, il est certain que, du moment o il s'est
trouv des femmes livres  cet abandon gnral, la contagion
a d se dvelopper dans les sources de la vie.

Ce qui n'est malheureusement que trop gnral, et, de la plus
vile populace o elle a probablement commenc, elle est monte
jusques aux grands.

"Mais puisqu'elle existe en action ou en puissance, il est
sans doute ncessaire que des hommes clairs, remplis de
connaissances appuyes d'une longue exprience, cherchent tous
les moyens de l'arrter dans son principe, et les communiquent
lorsqu'ils les ont trouvs. Il y en a, ma chre Laure, de ces
hommes bienfaisants qui, sans redouter le blme et les cris
des sots, sont utiles, non seulement  leurs contemporains
mais encore  la postrit, en dcouvrant sans fard et sans
dguisement tout ce qu'ils ont acquis pour prvenir et parer
aux accidents qui rsultent de la prostitution des femmes.

"C'est encore ici, ma Laurette, un des avantages de l'ponge.
Mais elle ne suffit pas seule; il s'agit de l'imbiber avant
d'une liqueur o se trouve rpandu un sel dont la tnuit est
infinie, qui, par ses prparations tant un alcali puissant,
s'unit avec prcipitation aux sels acides de la liqueur
vicie, absorbe dans l'instant leur action, en dtruit la
nature, les rduit au moment mme en sels neutres et prserve
par consquent de contagion dans l'union des sexes dont l'un
ou l'autre serait infect.

"Qu'une femme trempe l'ponge dans cette eau compose, qu'elle
se l'introduise, elle peut sans risque s'unir de suite 
plusieurs hommes; elle peut mme recevoir un homme malsain;
ou, dans le cas de la contagion, ayant soin, pour plus de
sret, de la retirer avec son petit cordon aussitt qu'il est
dehors, de se laver et de s'injecter de la mme eau, ou bien
de remettre  chaque fois une ponge imbibe de la mme
composition; on peut ensuite laver ces ponges dans une
quantit assez tendue d'eau simple, et s'en servir de nouveau
en les retrempant dans l'eau compose.

"Si c'est un homme sain qui se joint  une femme qui ne l'est
pas, il peut de mme lui introduire cette ponge trempe de
cette composition, ayant attention, quand il sera dehors, de
tremper le membre dcalott dans cette eau qu'on aura soin de
mettre dans un vase de verre, de faence ou de porcelaine. Et,
pour plus de sret, il en fera couler par injection dans le
canal, avec une petite seringue d'ivoire, et non de mtal.
S'il tait d'une sensation trs dlicate dans cette partie,
cette eau compose serait coupe par moiti avec de l'eau de
rose ou de plantain. Je ne te dis rien, ma chre Laure, dont
je ne sois trs assur par nombre d'expriences.

"Je pourrais, ma chre Laure, t'apporter encore nombre
d'autres raisons pour te prouver que la nature n'a pas donn
le mme droit aux femmes pour tre infidles; mais il est
constant qu'elle a mis dans leur coeur et dans leur manire
d'tre plus d'inconstance que dans notre sexe. On est fort
heureux, quand un objet nous touche sensiblement, de ne pas
essuyer cet vnement, et, dt-il nous en coter quelque
chose, il faut savoir faire un petit sacrifice pour viter une
perte totale."


(Fin du discours du pre)


Dieux! chre Eugnie, qu'il lisait bien dans notre coeur! tu
l'avoueras sans doute avec moi. Il dgagea mon me, par cet
expos de ses sentiments, d'un poids qui la surchargeait; il
lui rendit sa tranquillit et la remplit d'une joie parfaite.
Je voulais cependant encore claircir un soupon que nos
scnes de la campagne m'avaient donn, et je souhaitais qu'il
se vrifit pour ter tout retour aux regrets que j'avais
prouvs; mais je n'eus pas lieu de tirer cet avantage de la
demande que je lui fis:

-- Je dsire, cher papa, te faire une question sur laquelle je
te prie de me satisfaire sans dguisement.

-- Quoi donc? ma Laurette, pourrais-je en avoir pour toi, et te
donner cet indigne exemple aprs avoir cherch moi-mme  te
rendre toujours sincre? Parle, la vrit dans ma bouche ne
sera pas mme farde.

-- Quand nous avons t la premire fois  la campagne avec
Rose et Vernol, aprs t'avoir entendu dire  quelle condition
tu te prtais  ma folie, je me suis persuade que la vue des
grces de ce beau garon avait fait natre tes dsirs comme il
avait excit les miens, et que, pour en jouir, tu avais
consenti de cder aux siens en exigeant cette obligation de
lui. Ma persuasion tait-elle fonde?

-- Que tu t'es trompe, ma chre enfant! j'avais des dsirs, il
est vrai, tu en voyais les signes certains. Eh! qui n'en
aurait pas eu? Mais les attraits et les charmes rpandus sur
toute ta personne en taient les principaux mobiles; la scne
y ajoutait, mais Vernol n'y tait pour rien. Je t'avoue mme
que le got de beaucoup d'hommes pour leur sexe me parat plus
que bizarre, quoiqu'il soit rpandu chez toutes les nations de
la terre; outre qu'il viole les lois de la nature, il me
parat extravagant,  moins qu'on ne se trouve dans une
disette absolue de femmes; alors la ncessit est la premire
de toutes les lois. C'est ce qu'on voit dans les pensions,
dans les collges, dans les vaisseaux, dans les pays o les
femmes sont renfermes; et ce qu'il y a de malheureux, ce
got, une fois pris, est prfr. Je ne vois pas du mme oeil
celui des femmes pour le leur; il ne me parat pas
extraordinaire, il tient mme plus  leur essence, tout les y
porte, quoiqu'il ne remplisse pas les vues gnrales; mais au
moins il ne les distrait pas ordinairement de leur penchant
pour les hommes. En effet, la contrainte presque gnrale o
elles se trouvent, la clture sous laquelle on les tient, les
prisons dans lesquelles elles sont renfermes chez presque
toutes les nations, leur prsentent l'ide illusoire du
bonheur et du plaisir entre les bras d'une autre femme qui
leur plat; point de dangers  courir, point de jalousie 
essuyer de la part des hommes, point de mdisance  prouver,
une discrtion certaine, plus de beauts, de grces, de
fracheur et de mignardises.

Que de raisons, chre enfant, pour les entraner dans une
tendre passion vis--vis d'une femme! Il n'en est pas de mme
 l'gard des hommes, rien ne les y porte; en gnral, ils ne
manquent point de femmes, le chemin qu'ils recherchent n'est
pas moins sem de dangers que celui qu'ils fuient dans les
femmes; enfin, il me parat contraire  tout, et tu dois te
souvenir, que c'est l'unique fois que j'aie agi de mme avec
Vernol. Si ce got recherch me parat plus que bizarre avec
les hommes, ne pense pas que je le regarde de mme avec les
femmes: un homme mal fourni dans un vaste chemin est oblig de
chercher la voie troite pour rpandre, aprs, la rose
bienfaisante dans le champ qu'il doit ensemencer. Mais il y a
plus: il existe des femmes qui ne peuvent tre aimes que par
ce moyen, et, chez elles, l'entre du sentier est presque
toujours exempt d'pines.

"Voici donc les raisons de ma conduite avec Vernol: mon amour
et ma complaisance, tous deux extrmes pour toi, ma faon de
penser exempte de prjugs, le vif dsir de te plaire de toute
faon et de possder ton affection entire, enfin la
diffrence que je souhaitais que tu connusses entre les divers
sentiments des hommes (car tu as d juger que la passion de
Vernol n'avait pour but que la jouissance), tous ces motifs
m'ont fait condescendre  des dsirs que tu aurais pu
satisfaire  mon insu si j'avais pris d'autres moyens; dsirs
enfin qui t'auraient engage  me regarder, dans ton coeur,
comme un tyran jaloux si je m'y tais oppos, et j'aurais
perdu pour jamais ta tendresse et ce coeur dont seul je suis
jaloux; mais je ne voulais pas, en te souffrant entre les bras
de Vernol, qu'il s'autorist de ma complaisance pour toi et
qu'il s'en fit un titre pour penser intrieurement, ou pour
parler, d'une manire dsavantageuse. Je dsirai qu'il ne pt
mme, ainsi que Rose, songer au bonheur qu'il avait trouv
dans tes bras sans se souvenir, en mme temps, qu'il l'avait
pay de sa personne, et que cette rflexion ft un frein pour
ses ides et pour sa langue. Je le fis avec d'autant plus de
raison qu'en gnral, dans la jouissance des femmes, les
hommes ne sont gure prudents ni discrets. Pour ajouter encore
une preuve de ma franchise et de mes vues relles, c'est que
Rose, de ce ct-l, n'a pas reu de ma part une pareille
offrande, quoique cela soit plus naturel avec une femme, comme
je te l'ai dj dit, et que mme elle y gagne presque
toujours: mais elle ne m'tait pas ncessaire; et malgr que
ce ft la premire fois qu'elle en et essay, j'ai laiss ces
prmices  Vernol. Juge de l si tu t'es trompe.

Je pris mon papa dans mes bras, je le serrai contre mon coeur,
je le pressai contre mon sein, je l'touffais:

-- Cher et tendre papa, je sens plus que jamais jusqu'o
s'tendent tes bonts et ton amour pour ta Laurette. Tous les
moments de mes jours seront dsormais consacrs  te prouver
le mien. Mes soins, ma complaisance, mes plus secrtes penses
dont je te ferai part, enfin la constance et la fidlit de ma
tendresse pour toi en seront des tmoignages continuels et des
preuves certaines. Des baisers et des caresses sans nombre en
furent les gages.

Je jouissais avec lui, depuis prs de quatre ans, d'une
tranquillit douce et charmante; j'en faisais toute ma
flicit: prvenante et prvenue, caressante et caresse, mes
jours taient fils par le plaisir et le bonheur quand, au
bout de ce terme, il fut troubl par la mort de Lucette. Son
souvenir m'tait toujours bien cher, il tait le fruit de la
sincre amiti que nous avions l'une pour l'autre, en tout sa
conduite avait t guide par la tendre affection qu'elle
avait pour mon pre et pour moi. J'avais trop bien connu la
diffrence qu'il y avait entre elle et Rose et je mettais 
son attachement un tout autre prix. Mais la perte que je
faisais tait un prparatif aux tourments et aux noirs
chagrins que je devais essuyer. Quel rcit exiges-tu de moi,
chre Eugnie? Pourquoi renouveler ma douleur? Mon coeur se
dchire encore au souvenir de mon infortune; les mmes
angoisses se font sentir avec une force pareille au moment de
ce dtail. Non, je ne puis passer outre..."

Je reprends, trop chre amie, ce fatal et cruel rcit que j'ai
t force de suspendre. Je n'tais plus  moi, mon coeur
tait navr, ma main tremblante laissait tomber ma plume, les
sanglots m'touffaient, mes yeux offusqus ne pouvaient
retenir l'abondance de larmes o tu m'as vue plonge, et que
ton amiti consolante aurait encore essuye si j'avais t
prs de toi. Enfin mon coeur, un peu dgag, me rend la
libert de retracer mon malheur  tes yeux.

Tu sais que j'tais dans ma vingtime anne quand mon papa, le
plus tendre et le plus aimable des pres, et en mme temps le
plus chri, duquel j'aurais voulu racheter la vie de tout mon
sang et dont la perte est irrparable pour moi, fut emport
par une fluxion de poitrine dont tout l'art des mdecins ne
put le sauver. Je ne le quittais point, j'tais jour et nuit
prs de son lit que j'arrosais de mes pleurs; je m'efforais
de les cacher; ma bouche tait colle sur ses mains. Ce
spectacle le pntrait; il aurait voulu m'pargner celui de
son tat, il tchait de m'loigner mais il ne fut pas possible
de m'y faire consentir: je n'coutais rien,  peine pouvais-je
prter un peu d'attention  quelques conseils qu'il me
donnait; car il sentait sa situation et la soutenait avec
fermet. Enfin le coup me fut port et je reus sur mes lvres
son dernier soupir. Ah! quelle perte pour moi, Eugnie! chre
Eugnie! mes yeux arrosent encore le papier sur lequel je
trace ce douloureux rcit. Je lui tais mille fois plus
attache que s'il et t rellement mon pre. Il m'avait fait
connatre le comte de Norval, aux plaisirs duquel je devais le
jour: je l'avais vu sans motion et sans autre intrt que
celui de la curiosit; mon coeur ne disait rien. Le dsir
d'envisager celui qui avait contribu  mon existence tait le
seul guide qui me conduisait. O est donc, disais-je en
moi-mme, cette voix intrieure qui nous porte vers ceux  qui
nous devons la vie?... Vains propos, chimres: notre coeur
parle, mais c'est pour ceux qui ont fait et prpar notre
bonheur.

Enfin, ma douleur sombre, le dsespoir, le dsordre de mes
facults ananties, le dchirement de mon coeur et mes regrets
amers avaient totalement loign de moi le repos et le
sommeil. L'embrasement se mit dans mes veines et je fus
moi-mme trs mal: je voulais mourir, mais mon heure n'tait pas
venue, et ma jeunesse fut un des moyens dont le sort se servit
pour me sauver. Aussitt que j'eus repris mes forces, je n'eus
d'autres penses que de m'enterrer vive: j'avais tout perdu,
la vie m'tait odieuse. Un couvent fut le seul but de mes
dsirs: aurais-je jamais pu croire y trouver quelque
adoucissement  mes peines? Mon chagrin serait encore dans
toute sa force s'il n'avait t modr dans tes bras. Souffre,
belle et tendre amie, que, pour ma propre satisfaction, je
peigne  tes yeux mmes l'image des doux instants que j'ai
passs prs de toi et o tu as vers un baume salutaire sur
les plaies de mon coeur. Ce penchant qu'on nomme sympathie,
cet intrt qu'on prend aux infortuns par la similitude o
l'on peut se trouver avec eux, te fit concevoir de l'amiti
pour moi presque aussitt que je fus dans ton couvent, o je
voulais me fixer et pleurer en libert. Tu pntras l'tat de
mon coeur sans en connatre les motifs, tu vins essuyer mes
larmes, tu quittais ta cellule pour dissiper ma langueur. Ta
jeunesse, tes grces, tes attraits et ton esprit donnaient du
poids  tes discours, mais tu t'apercevais aisment, le
lendemain, que la solitude de la nuit dtruisait tous les
soins que tu avais pris pendant le jour. Tu parvins enfin 
partager mes ennuis et mon lit.

Que je fus surprise des trsors que ta guimpe et tes habits
recelaient! Cet instant ranima d'un sentiment vif le souvenir
de mes peines: tu vis couler mes pleurs, tu en fus tonne, tu
voulais connatre la cause et dcouvrir un secret que tu as si
bien su m'enlever depuis.

Je ne tenais  rien, j'tais dans une inertie totale,  peine
aurais-je su que j'existais sans le sentiment de ma douleur.

Je concevais le besoin d'une amie, mais je n'esprais plus en
trouver une telle que je la dsirais. Ce fut dans cet instant
que je sentis plus vivement combien Lucette me manquait, je ne
comptais pas pouvoir la remplacer, bien moins me flattais-je
d'en trouver une semblable sous le masque qui te couvre. Ton
caractre, ton humeur, ton me vinrent sans dguisement se
montrer  moi et se joindre  ta figure charmante; j'en fis
quelque temps mon tude, et mes observations furent toutes en
ta faveur; enfin ton amiti et ta confiance tablirent les
miennes. Tes confidences furent payes par celles que je te
fis alors, et je trouvai dans tes bras l'adoucissement que tu
cherchais  me procurer. Avec quelles satisfactions je me
rappelle encore cette nuit o tu me dis:

-- Aimable Laure, chre amie, j'ai lieu d'tre persuade que
tes chagrins sont cuisants; mais si je puis, en te faisant
part des miens, mousser le sentiment de ceux qui t'accablent,
j'aurai du moins le contentement que me donnera la diminution
de ta douleur.

Tu jugeais avec raison qu'observant une rserve exacte sur le
secret de mon coeur, je pouvais aussi garder le tien: tu ne te
trompais pas; il me semble encore t'entendre me dire:

-- coute, ma chre, j'aime, oui, j'aime aussi tendrement qu'on
puisse aimer, et j'ai le malheur cruel d'tre couverte des
livres religieuses. Des bguines emmielles et trompeuses ont
entour de murs et de grilles ma jeunesse sans exprience et
l'ont attire dans leur cachot infernal. Mon ignorance, des
voeux, des prjugs sont mes tourments; les dsirs, mes
bourreaux, et j'en suis la victime. La nuit, le sommeil est
loin de mes yeux, et les larmes s'en emparent; le jour, tout
me dplat et m'ennuie; mon me est absorbe: juge de mon
tat. Libre comme tu es, tu peux au moins sans crainte livrer
 l'amant que tu chris les appas que j'ai vus et que je
touche.

Ta main, que tu mis sur mon sein, me fit frissonner:

-- Ah! chre Eugnie, te dis-je avec transport, voil le jour
de mon dsespoir! je l'ai perdu cet amant que j'adorais, et la
mort me l'a ravi. Dieux! que n'est-il ici! mais c'est lui,
oui, c'est lui que je tiens.

Je te serrais dans mes bras, tu me faisais illusion. Hlas! le
dtail de tes charmes, que je parcourus, me rendit  moi-mme;
ce qui te manquait dtruisit le prestige de mon imagination et
le fantme qu'elle se crait. Cependant, tes attraits
rpandirent sur ma langue tous les loges que tu mritais si
bien. Ton sein, ta taille, tes fesses, tes cuisses, ta motte
et ta peau, tout en fut un sujet pour moi:

-- Quel plaisir! m'criai-je, pour ton amant et pour toi s'il
te tenait dans ses bras comme je te serre dans les miens.

Tu dsirais t'instruire, tu voulais savoir, tu balanais, tu
cherchais  m'interroger, et tu n'osais. Je te voyais venir.

Tu pris enfin la rsolution de me demander si j'avais
connaissance de ces plaisirs et s'ils taient si grands. Je te
l'avouai; je t'en fis une peinture qui t'enchantait sans
pouvoir les concevoir:

-- Il faut les prouver, te dis-je. Quoi donc!  dix-sept ans
passs ne les pas connatre? Si tu veux, ma chre, je t'en
ferai goter au moins ce qu'ils ont de plus vif.

Ta curiosit, tes dsirs que mes caresses faisaient natre et
qui firent couler le feu de la volupt dans toutes les parties
de ton corps, t'y firent consentir. L'envie de te consoler 
mon tour, et de dissiper les tnbres de ton ignorance,
suspendit mes peines. Tu te prtas  mes leons: j'cartai tes
cuisses, je caressai les lvres de ton petit conin dont les
roses taient  peine panouies; je n'osai t'y enfoncer le
doigt, tu n'tais pas encore assez endoctrine pour que tu
eusses regard la premire douleur comme propre  produire une
augmentation de plaisir. Bientt je gagnai le trne de la
volupt, et ton charmant clitoris, que je caressai, te jeta
dans une extase dont tu pouvais  peine revenir:

-- Ah! Dieux! me dis-tu, ma chre Laurette, quelles suprmes
dlices!

Tu me pris  ton tour pour ton amant; j'tais couverte de tes
baisers; tes mains s'garrent sur tout mon corps: tu voulus
me rendre le service que tu venais de recevoir de moi, mais
mon coeur, encore trop serr, ne s'y prtait pas et je retins
ta main. Je te repris bientt dans mes bras et, renouvelant
mes caresses, je t'en appris davantage sur le premier instant
de jouissance. Tu tais anime, tu fus aisment persuade.

-- Eh bien! me dis-tu avec cette charmante vivacit qui te va
si joliment, fais de moi ce que tu voudras.

Je repris ton petit conin, j'y enfonai le doigt d'une main
tandis que je te branlais de l'autre. La douleur, mle au
plaisir, te le fit trouver encore plus dlicieux: c'est moi,
chre et tendre amie, oui, c'est moi l'heureuse mortelle qui
ai cueilli ton pucelage, cette fleur si rare et si recherche.

Plus libre avec toi, qui venais de connatre et sentir les
attraits de la volupt, je ne craignis plus de t'ouvrir mon
coeur en entier, de t'en faire parcourir toutes les routes et
de te raconter, en raccourci, ce que je retrace ici dans
toutes ces circonstances. Si le plaisir et ma main ont su te
dgager des entraves de l'ignorance et des prjugs qu'elle
enfante, combien n'ai-je pas eu de peine  te vaincre sur tous
les autres! La crainte de la grossesse ne te faisait plus
trembler, je t'en avais gurie par mon rcit et ma propre
exprience. Ton amant me devait dj tes premiers pas  son
bonheur et  ta jouissance:

-- Hlas! me disais-tu, la plupart des dogmes dont on a berc
mon enfance jusqu' prsent, les voeux qu'on m'a dicts, cette
guimpe, ces grilles qui nous entourent, tout s'y oppose.

Mais ton amour, mes avis et mon assistance ont affaibli ces
prjugs et vaincu tous les obstacles. Tu me dois donc, chre
Eugnie, la tranquillit d'esprit et de socit dont tu jouis.
De toute faon ton amant me doit sa victoire, de toute manire
mon amiti vous a servis tous deux. Mais avant, j'ai voulu
connatre ce Valfay si cher  ton coeur, tudier sa faon de
penser, et juger s'il mritait ton amour, ta confiance et tes
faveurs. Ces soins, tu le sais, n'ont pas t l'affaire d'un
jour. Les femmes dont le jugement a t cultiv ont le tact
fin, dlicat et sr pour pntrer dans le coeur des hommes
malgr leurs dtours, leur duplicit et les voiles dont ils
cherchent  se couvrir. Mais je fus contente de Valfay, je
trouvai suffisamment en lui pour me faire prsumer que je ne
risquais plus rien  prendre tout sur moi pour satisfaire tes
dsirs, aider ton peu d'exprience et bannir tes frayeurs.
Heureusement je servais, dans ton couvent, de prtexte  son
amour tandis que je travaillais pour vous deux, car ta
faiblesse et ta timidit n'auraient jamais t vaincues sans
mon secours. Retrace-toi ce jour o, aprs un temps assez
long, ton amant te pressait avec les instances les plus vives
de le rendre heureux: je le secondais de tout mon pouvoir, tu
t'en dfendais et tu le dsirais. Tu lui opposais des raisons
qui te paraissaient bien fortes, tu lui prsentais des
obstacles insurmontables  tes yeux, tu me faisais compassion.
J'avais piti de lui; je ne vous le cachai pas, je voyais
l'ardeur de vos dsirs porte  son comble. L'instant me parut
favorable, je m'enivrai de l'ide de contribuer  ta flicit:

-- Eh bien! te dis-je, je vais tout surmonter. Valfay, tu
serais un ingrat, un homme indigne de son bonheur si ma
conduite pour te le procurer influait, dans ton esprit,  mon
dsavantage.

Je fermai les portes du parloir de notre ct, malgr tes
oppositions apparentes; ton amant en fit autant du sien.

Je te pris dans mes bras, je t'approchai de la grille, je
soulevai ta guimpe; il prit tes ttons, il baisait tes lvres,
il suait ta langue que tu lui donnas  la fin. Mais la soif
dvorante du dsir lui fit porter sa main sous tes jupes pour
saisir ta motte et s'en emparer. Je te pressais contre lui, je
te baisais aussi, tu ne pouvais m'chapper ni retirer tes bras
des miens: il eut enfin l'adresse et la satisfaction de les
lever et de saisir cet aimable petit conin o tous les
attraits de la jeunesse et de la fracheur sont rpandus. Ses
caresses t'embrasrent du feu de la volupt; il en tait
dvor, il maudissait cette impitoyable grille qui nous
sparait et s'opposait  sa jouissance. J'tais mue, hors de
moi-mme:

-- Quoi! dis-je  ton amant, vous avez en vous si peu de
ressources? Ah! Valfay, quand on aime bien tout devient
facile. J'aime donc ma chre Eugnie plus tendrement que vous;
je veux lui prouver que ce sentiment me rend tout possible, et
que rien ne peut m'arrter pour le satisfaire, en vous
obligeant tous deux; car si elle est abandonne  elle-mme
vous tes perdu.

Tu te rendis enfin. Je te fis monter sur l'appui de la grille,
tes mains poses sur mes paules; je .te soutenais. Valfay
releva ces habits noirs qui faisaient briller l'clat et la
blancheur de tes fesses charmantes; il les maniait, les
baisait, leur rendait l'hommage qui leur tait d. Ton petit
conin, encadr dans un des carreaux de la grille, tait un
tableau vivant qui l'enchantait. Il lui donna cent baisers.
Mais, press de couronner son bonheur, il te le mit, tandis
que, passant moi-mme ma main entre tes cuisses, je te
branlais.

Le plaisir que nous appelions, que nous caressions, vint
s'emparer de toi; tu prenais mes ttons, tu me baisais, tu me
mangeais, tu dchargeais. Valfay, prt  en faire autant, eut
la prudence de se retirer; sa volupt vint expirer entre mes
doigts et se rpandre sur ma main comme la lave d'un volcan.
Je vous abandonnai pour lors tous deux  vous mmes; tu vis,
tu pris en main, tu caressas ce bijou dont tant de fois je
t'avais fait la peinture; mais, manquant des facilits que je
te procurais, tu ne pus recommencer d'en faire usage. Tu m'en
fis,  ton retour, des plaintes amres; tu n'osais me demander
de servir encore ta maladresse; j'apercevais  quel point tu
le dsirais, tu me pressais, tu me conjurais de ne plus te
quitter. Tu voulus, cruelle amie, que je fusse tmoin de tes
plaisirs et de ta flicit pendant que la mienne tait perdue
pour toujours. Il fallut que ma complaisance et mon amiti
pour toi me sollicitassent encore de t'offrir de nouveaux
secours. Mes offres t'enchantrent, tu m'accablas de caresses
et de baisers; je te fis penser, en cet instant,  te munir de
l'ponge salutaire, et tu m'entranas pour tre prsente  vos
transports et au bonheur dont vous jouissiez. Toi-mme me fis
voir le dieu que portait Valfay, ce dieu que tu chrissais,
avec lequel tu badinais et dont il m'avait, ds la premire
fois, fait sentir la prsence. Tu ajoutais de jour en jour 
tes folies, tu lui dcouvrais mes ttons et tout ce que
j'avais de plus cach, je me prtais  ton badinage, tu les
lui faisais toucher. Dans quel tat et dans quelle motion me
mettiez-vous tous les deux! Je te le disais  l'oreille, et la
piti perfide te faisait rvler mon secret. Tu voulais me
faire jouir de ton amant, tu lui souhaitais mes faveurs, tu me
pressais de les lui accorder, tu voulais enfin me porter  la
place que tu avais occupe. Ton aveu, tes empressements et ses
dsirs, dont tu mettais entre mes mains les tmoignages
sensibles, l'engageaient  m'en solliciter. Je rsistai
toujours: tes prires, ses sollicitations, le feu mme qui
roulait dans mes veines, ne purent m'y dterminer. Non, ma
chre Eugnie, non, en vain espres-tu de lui faire remporter
la victoire, je n'y consentirai jamais. A tort me fais-tu des
reproches, ce n'est ni par haine, ni mme indiffrence: Valfay
dtruit l'une et n'est point fait pour inspirer l'autre; mais
ton amiti seule me suffit. Aprs la perte que j'ai faite, je
renonce pour toujours  toute liaison intime avec les hommes,
et je serai ferme dans cette rsolution. Tu dois en tre
persuade puisque, malgr vos plaisirs, les caresses que vous
vous faisiez, celles que j'ai reues, la vue et le toucher de
ce que vous avez de plus intressant, et vos transports qui
animaient mes sens et les mettaient en dsordre, je ne me suis
pas laiss vaincre. J'tais contente et satisfaite lorsque, la
nuit, dans tes bras, tu apaisais les feux que tu avais allums
le jour.

Un destin, jaloux de la tranquillit que j'avais retrouve,
est venu l'interrompre: le mariage de ma cousine, la ncessit
de mes affaires ont prcipit mon dpart et nous ont spares
pour quelque temps. Tu as exig de mon amiti, tu lui as
command que, pendant mon loignement, je t'entretinsse encore
et te fisse un dtail exact de ce que je t'avais dit en plus
grande partie et que tu coutais avec tant de plaisir et
d'avidit. J'ai rempli ma promesse: quel sacrifice je fais 
la prudence! Tu connais ton pouvoir sur moi, tu sais combien
je te chris; tu runis aujourd'hui tous les sentiments de mon
coeur: partags autrefois dans le monde et la socit, tu les
rassembles tous. Reois-en pour assurance mille baisers que je
t'envoie, ils te diront combien je soupire aprs le doux
instant de te les donner moi-mme enveloppe de tes bras et
serre dans les miens. Ah! ma chre, pourquoi cet instant
n'est-il pas encore arriv? Je me flatte au moins qu'il sera
trs prochain. Je t'apporterai ce bijou, semblable  celui de
Valfay mais moins dangereux: s'il n'est pas aussi naturel, ses
avantages n'en sont pas moins grands puisqu'il remplira, sans
les risques des alentours, le vide qui se fait sentir dans nos
plaisirs. Si tu te trouves bien de son usage, notre tendre
amiti nous tiendra lieu de tout. Et puisque Valfay se trouve
dans l'obligation de s'loigner de toi pour un temps, crois-moi,
chre amie, laissons affaiblir les liaisons trangres
qui pourraient,  la fin, devenir fatales, tant hors de nous.
J'irai bientt  mon tour essuyer tes pleurs. Oui, tendre
amie, oublions l'univers pour ne nous en tenir qu' nous-mmes.

Attends-moi donc au plus tt.









End of the Project Gutenberg EBook of Le Rideau lev, by Comte de Mirabeau

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the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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