Project Gutenberg's Le Tour du Monde; De Tolde  Grenade, by douard Charton

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Title: Le Tour du Monde; De Tolde  Grenade
       Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905

Author: douard Charton

Release Date: November 21, 2009 [EBook #30512]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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                    LE TOUR DU MONDE




                         PARIS
                IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
                  20, rue du Dragon, 20




                NOUVELLE SRIE--11e ANNE
                       2e SEMESTRE




                    LE TOUR DU MONDE

                         JOURNAL
              DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS




                     Le Tour du Monde
             a t fond par douard Charton
                         en 1860




                         PARIS
              LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie
             79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
         LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
                          1905

Droits de traduction et de reproduction rservs.




TABLE DES MATIRES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

  I. De Paris  Srnagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay 
     Lahore. -- Premiers prparatifs. -- En _tonga_ de
     Rawal-Pindi  Srnagar. -- Les Kachmiris et les matres du
     Kachmir. -- Retour  la vie nomade.                             1

  II. La Valle heureuse en _dounga_. -- Bateliers et
     batelires. -- De Baramoula  Srnagar. -- La capitale du
     Kachmir. -- Un peu d'conomie politique. -- En amont de
     Srnagar.                                                      13

  III. Sous la tente. -- Les petites valles du Sud-Est. --
     Histoires de voleurs et contes de fes. -- Les ruines de
     Martand. -- De Brahmanes en Moullas.                           25

     IV. Le plerinage d'Amarnth. -- La valle du Lidar. -- Les
     plerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacre.
     -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles.           37

  V. Le plerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funbre et
     hydrothrapie religieuse. -- Les temples de Vangth. --
     Frissons d'automne. -- Les adieux  Srnagar.                  49


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.

  I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motso.
     -- La route dans un ruisseau. -- Dengura. -- Kodioso. --
     Villes et villages abandonns. -- O est donc Betti? --
     Arrive  Dioubasso.                                           61

  II. Dans le territoire de Mop. -- Coutumes du pays. -- La
     mort d'un prince hritier. -- L'preuve du poison. -- De
     Mop  Betti. -- Bnie, roi de Betti, et sa capitale. --
     Retour  Petit-Alp.                                          73

  III. Rapports et rsultats de la mission. -- Valeur
     conomique de la cte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --
     Supriorit de la faune.                                       85

  IV. La fivre jaune  Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --
     Retour en France.                                              90


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

  I. L'le d'Elbe et le canal de Piombino. -- Deux mots
     d'histoire. -- Dbarquement  Porto-Ferraio. -- Une ville
     d'opra. -- La teste di Napoleone et le Palais imprial.
     -- La bannire de l'ancien roi de l'le d'Elbe. -- Offre 
     Napolon III, aprs Sedan. -- La bibliothque de l'Empereur.
     -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du pote. -- Un
     enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules
     blanches. Dans la paix des limbes. -- Les diffrentes routes
     de l'le.                                                      97

  II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir
     temptueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte
     Giove. -- Un village dans les nues. -- L'Ermitage de la
     Madone et la Sedia di Napoleone. -- Le vieux gardien de
     l'infini. Bastia, Signor!. Vision sublime. -- La cte
     orientale de l'le. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge
     de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer.             109

  III. Napolon, roi de l'le d'Elbe. -- Installation aux
     Mulini. -- L'Empereur  la gorge de Monserrat. -- San
     Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
     aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et
     le miroir de la Vrit. -- L'Empereur transporte ses pnates
     sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --
     L'ancien Muse de San Martino. Essai de reconstitution par
     le propritaire actuel. Le lit de Madame Mre. -- O il faut
     chercher  Elbe les vraies reliques impriales. Apollon
     gardant ses troupeaux. ventail et bijoux de la princesse
     Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de
     la signorina Squarci. -- L'glise de l'archiconfrrie du
     Trs-Saint-Sacrement. La Pieta de l'Empereur. Les
     broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de
     Porto-Ferraio.                                                121


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes._

  I. -- Alexandrette et la monte de Belan. -- Antioche et
     l'Oronte; excursions  Daphn et  Soueidieh. -- La route
     d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperu
     d'Alep.                                                       133

  II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --
     Premire rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --
     Souvenirs des Htens. -- Excursion  Resapha. -- Comment
     atteindre Ras-el-An? Comment le quitter? -- Enfin  Orfa!    145

  III. -- Sjour  Orfa. -- Samosate. -- Valle accidente de
     l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Antab. -- Court repos  Alep.
     -- Saint-Symon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --
     Conclusion pessimiste.                                        157


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

      qui les Nouvelles-Hbrides: France, Angleterre ou
     Australie? Le condominium anglo-franais de 1887. --
     L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des les. --
     L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des
     Nouvelles-Hbrides. -- Leur avenir.                           169


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

  I. -- Moscou. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole
     sacre. -- Les glises, les palais: deux poques.             182

  II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie
     moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le
     Kreml et la ville.                                            193

  III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --
     L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. --  bord du
     _Sviatoslav_. -- Une visite  Kazan. -- La sainte mre
     Volga.                                                       205

  IV. -- De Samara  Tomsk. -- La vie du train. -- Les
     passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe:
     l'effort des hommes. -- Les migrants.                        217

  V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux
     fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. -- Le rle de
     l'tat dans l'oeuvre de colonisation.                         229

  VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La
     Grande-Russie. -- Conclusion.                                 241


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

     La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu
     d'histoire et de gographie. -- La cathdrale de
     Saint-Laurent. -- L'glise Sainte-Marie-des-Anges. --
     Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --
     Procds employs pour le transfert des fresques.             253


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_

  I. -- Woo-Sung. -- Au dbarcadre. -- La Concession
     franaise. -- La Cit chinoise. -- Retour  notre
     concession. -- La police municipale et la prison. -- La
     cangue et le bambou. -- Les excutions. -- Le corps de
     volontaires. -- meutes. -- Les conseils municipaux.          265

  II. -- L'tablissement des jsuites de Zi-ka-oue. --
     Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie
     d'opium. -- Le charnier des enfants trouvs. -- Le
     fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --
     Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --
     Fou-tchou-road. -- Statistique.                              277


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_

     Le problme de la civilisation des ngres. -- L'Institut
     Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --
     L'cole professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --
     Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des ngres et la
     casuistique de la Constitution.                               289


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan_.

  I. -- Arrive  Astrabad. -- Ancienne importance de la
     ville. -- Le pays des Turkomans:  travers le steppe et les
     Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque;
     son commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de
     Kirman.                                                       301

  II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la
     faune; l'administration, l'arme. -- Histoire: invasions et
     dvastations. -- La ville de Kirman, capitale de la
     province. -- Une saison sur le plateau de Sardou.             313

  III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe
     Arabique. -- Histoire et gographie du Makran. -- Le Sarhad.  325

  IV. -- Dlimitation  la frontire perso-baloutche. -- De
     Kirman  la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de
     dlimitation. -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la
     Commission. -- De Kouak  Klat.                              337

  V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
     Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le
     Helmand. -- Retour par Yezd  Kirman.                         349


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

     De Sagon  Pnm-penh et  Compong-Chuang. --  la rame sur
     le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Rap.
     -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Dcadence de la
     civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.
     -- Oudong-la-Superbe, capitale du pre de Norodom. -- Le
     palais de Norodom  Pnm-penh. -- Pourquoi la France ne
     devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor.        361


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

  I. -- De Budapest  Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La
     valle du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le march
     de Targu Jiul. -- Le monastre de Tismana.                    373

  II. -- Le monastre d'Horezu. -- Excursion  Bistritza. --
     Romnicu et le dfil de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges
      Campolung. -- Dfil de Dimboviciora.                       385

  III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de
     Slanic. -- Les sources de ptrole de Doftana. -- Sinaa,
     promenade dans la fort. -- Busteni et le domaine de la
     Couronne.                                                     397


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._

  I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.
     -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'clusier. -- Le march.
     -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons
     aubergistes. -- Une soire locale. -- Les sabots des petits
     enfants. -- La kermesse. -- La pit du Hollandais.           410

  II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un
     djeuner dcevant. -- Le pre Kick.                           421

  III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --
     La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la
     Hollande. -- Une nuit  Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq
     jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur
     l'eau.                                                        423

  IV. -- Le pcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --
     Les marmots. -- Les canards. -- La pche au hareng. -- Le
     fils du pcheur. -- Une le singulire: Marken. -- Au milieu
     des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes
     filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbires. --
     Produit national. -- Les tourbires hautes et basses. --
     Houille locale.                                               433


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

     Lgende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos  travers les
     dynasties,  l'poque chrtienne. -- Ses monuments et leur
     spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs.         445


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

  I. -- De Tachkent  Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --
     En tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les
     gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un
     chef kirghize.                                                457

  II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
     traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
     valle dserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --
     Troupeaux de chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue
     du Khan-Tengri.                                               469

  III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La
     valle d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef
     kirghize. -- Les gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar.
     -- Arrts par les rochers.                                   481

  IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --
     En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqus
     par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle
     de l'Irtach. -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. --
     Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize.   493

  V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous
     retrouvons la douane. -- Arrive  Prjevalsk. -- La
     dispersion.                                                   505

  VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
     Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
     khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.
     -- Mariages khirghizes. -- Conclusion.                        507


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_

     Premire escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de
     l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La
     vie vgtative des Feroens. -- La pche aux dauphins. -- La
     pche aux baleines. -- Excursions diverses  travers
     l'Archipel.                                                   517


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_

     Accs difficile de Pondichry par mer. -- Ville blanche et
     ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les htels
     de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;
     les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --
     L'avenir de Pondichry. -- Le march. -- Les coles. -- La
     fivre de la politique.                                       529


UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

  I. -- Gographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --
     Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois.      541

  II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --
     Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --
     Astrologie. -- L'criture. -- L'art. -- Le vtement et la
     parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La
     posie.                                                       553


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_

     Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.
     -- La fort de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --
     Le Bou Hedma. -- Un groupe mgalithique. -- Renseignements
     indignes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La
     plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir
     Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.
     -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --
     Sidi Abd el-Aziz.                                             565


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

  I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
     _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La
     Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
     hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux
     palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. --
     Un souvenir de l'inondation du Tage.                          577

  II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --
     Les pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre
     du Greco. -- La mosque de Tolde et la reine Constance. --
     Juan Guaz, premier architecte de la Cathdrale. -- Ses
     transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.
     -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
     est son excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite
     mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannire d'Isabelle
      la bataille de Toro.                                        589

  III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les
     chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa
     Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les
     portraits fameux de l'Universit. -- L'ange et la peste. --
     Sainte-Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil
     couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes.           601

  IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son
     architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de
     l'Htel de Ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa
     mosque. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de
     Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.
     -- Doa Maria de Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss
     et dors.                                                     613




  TOME XI, NOUVELLE SRIE--49e LIV.          N 49.--9 Dcembre 1905.


[Illustration: Aprs avoir crois des boeufs superbes ... (page
581).--D'aprs une photographie.]




DE TOLDE  GRENADE

PAR Mme JANE DIEULAFOY.

     I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
     _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La
     Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
     hydraulique de Juanilo Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux palais
     et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. -- Un souvenir
     de l'inondation du Tage.


[Illustration: Femme castillane.--D'aprs une photographie.]

De Madrid  Tolde, crit un auteur espagnol du XVIIIe sicle, le
chemin est tout plat, sauf les ctes.

Ceci reconnu exact, comme elle est triste et monotone, la route qui se
droule entre la capitale de l'Espagne moderne et la vieille capitale
de l'Empire wisigoth!  peine a-t-on perdu de vue les maisons de
Madrid, disposes en amphithtre au-dessous de l'hmicycle bleu form
par la chane du Guadarrama, que l'on entre dans une rgion dserte 
frmir. En haut, le ciel d'un bleu implacable; en bas, une lande d'un
gris uniforme, seme d'herbes revches, et, par endroits, les cendres
des chaumes brls ds la fin de la moisson. Les villages, fort rares,
btis avec des matriaux de terre ou des pierres couleur du sol, se
confondent avec lui. Ils n'attireraient point le regard si quelques
arbres n'levaient un maigre bouquet de verdure autour de ces pauvres
demeures. En traversant cette plaine dnude, on se prend  penser
qu'ils furent bien mal obis, ces ordres du Conseil de Castille, qui
enjoignaient  chaque villageois de planter au moins cinq arbres par
an.

L'origine de cette antique ordonnance remonterait sans doute  une
priode bien recule. Ne serait-elle point un souvenir trs lointain
de ces lois religieuses, qui, en pays mazden, mettaient la plantation
des arbres, le dfrichement des terres incultes et l'levage des
bestiaux au nombre des oeuvres pies commandes et bnies par Ormazd,
le Dieu bon de la Perse antique? Les Arabes s'taient trop mls dans
leurs migrations  tous les peuples qu'ils avaient conquis, et les
Perses par leur savoir, leur intelligence, leur sens artistique les
avaient trop vivement impressionns pour qu'ils aient chapp  leur
influence. Faut-il s'tonner s'ils leur empruntrent des lois et en
reurent des traditions qu'ils importrent en Espagne et que les
chrtiens, aprs l'expulsion de l'ennemi hrditaire, eurent la
sagesse de conserver? Plt  Dieu qu'ils eussent gard intactes celles
qui rglaient la culture des terres: la moiti de l'Espagne ne serait
pas strile comme elle l'est aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas s'vertuer  chercher des arbres
entre Madrid et Tolde. L'on y perdrait ses yeux et son latin, 
supposer que l'on soit encore approvisionn d'une langue que ses longs
contacts avec l'glise ont fait bien mal noter.

Certes, le Castillan aime l'ombre, qui tempre l'ardeur d'un soleil de
feu; mais il lui prfre les grains de bl que consommeraient les
oiseaux nichs dans le feuillage. Qu'import au laboureur le ramage de
l'oiseau, _ce petit bouquet de plumes_, comme l'appelle si joliment
Calderon, quand il songe  la rcolte seme, sarcle et moissonne au
prix d'un dur labeur! Seuls le rossignol et l'hirondelle trouvent
grce  ses yeux, mais seulement parce qu'ils se nourrissent
d'insectes, et que l'insecte aussi est redoutable. Le Castillan est
pauvre, il n'a de choix qu'entre les maux!

En revanche, la Castille est riche de souvenirs lgendaires ou
historiques.

 Esquivias on ne manquera pas de rappeler le mariage et le long
sjour de Cervants; plus loin, on voquera l'ombre du Chevalier de la
Triste Figure, de Sancho Pana, et mme de Dulcine dont la naissance
a illustr le Toboso tout voisin. Il n'est pas jusqu' Rossinante,
jusqu' la monture de Sancho, jusqu'aux troupeaux qu'attaquait le
Chevalier, qui n'aient laiss dans le pays une nombreuse postrit de
chevaux tiques, d'nes ttus et de mrinos  la longue laine. Qui
l'oserait mettre en doute? Pour punir ce fanfaron d'incrdulit il ne
suffirait pas de rtablir l'Inquisition.

[Illustration: On chemine  travers l'inextricable rseau des ruelles
silencieuses (page 584).--D'aprs une photographie.]

Ce n'est pas la premire fois que je rencontre ces troupeaux en
_transhumance_ qui, depuis les temps antiques, vont de pturage en
pturage, d'une extrmit  l'autre de l'Espagne,  mesure que les
saisons changent. Ce n'est pas d'aujourd'hui que leurs colonies
errantes conduites par des bergers  cheval et gardes par des chiens
 demi sauvages strilisent le sol qu'elles foulent sous leurs pas.

Possds par une sorte de confrrie connue sous le nom de _Mesta_
(juridiction) et qui comptait parmi ses membres les plus grands
seigneurs et les abbs des plus riches monastres, des millions de
moutons s'abattaient au printemps et  l'automne sur certaines rgions
dont leurs dents courtes avaient bientt ras l'herbe coupe au
collet; d'tranges privilges favorisaient leurs migrations, et la
_Mesta_ devint mme si puissante et si autoritaire, qu'elle osa
interdire de cultiver les terres fertiles, afin d'y rserver des
pturages abondants. En mme temps que les bergers ainsi protgs
s'enhardissaient, le laboureur opprim perdait courage, car rien ne le
prservait des incursions de l'ennemi. Il et fait beau voir qu'il
ost se plaindre des dgts commis par les troupeaux des chevaliers de
Santiago, de Calatrava, ou se dfendre contre les quarante mille
bergers condamns au clibat par les exigences de la vie nomade, et
souvent plus sauvages et plus redoutables que leurs chiens! Sans
espoir en aucun recours, le laboureur abandonna la charrue, quitta le
toit paternel. Mieux valait migrer, partir pour le Nouveau Monde,
gagner ces contres feriques o l'on remuait l'or  la pelle, o l'on
chappait  l'oppression des grands feudataires,  la corve impose
par les Ordres monastiques, et surtout au mouton! Au Moyen ge, le
doux animal fut une plaie plus redoutable que la sauterelle d'gypte;
l'Espagne moderne en subit encore les consquences. Le paysan ne
revient jamais  la terre qu'il a aime, lorsque son coeur et ses bras
s'en sont dtachs une fois. Chez lui, de pareilles dcisions sont
irrvocables.

Aussi bien, tandis que les rives du Guadiana taient autrefois semes
de villes et de gros bourgs florissants, on n'y voit plus aujourd'hui
que des ruines ou des villages chtifs groups autour d'une glise
immense, trois fois trop grande pour contenir une population appauvrie
et paresseuse. De sicle en sicle les forts et les vaillants de
chaque gnration sont alls peupler l'Amrique du Sud ou les
Philippines, et les qualits natives de la nation s'en sont
ressenties.

[Illustration: La rue du commerce,  Tolde (page 584).--D'aprs une
photographie.]

Depuis 1835 les privilges de la _Mesta_ ont t abolis, et les
troupeaux en _transhumance_ ne peuvent cheminer que sur une largeur de
quatre-vingts mtres; mais ce n'est pas en un jour qu'un remde si
tardif peut gurir un mal invtr, et des sicles s'couleront avant
que le Castillan ait repris le got de la terre. Grave, majestueux,
sombre, indiffrent, longtemps encore il abandonnera le soin de
cultiver son champ  des Galiciens,  des Balares ou  des Basques
qui vivent  ses dpens, et prfrera souffrir la faim dans toutes les
formes voulues par l'tiquette, plutt que de droger en accomplissant
un labeur servile indigne d'un hidalgo.

Telle est l'oeuvre de Robin Mouton; on ne peut nier que cette bte
froce n'ait commenc! Sa laine lui fait beaucoup pardonner; mais ses
ctelettes! Il suffit de traverser l'Espagne pour leur garder rancune.

Voici le Tage; un ruban de sombre verdure en signale soudain le cours
sinueux. Il coule entre les peupliers verts, tellement endormi que ni
l'arbre ne l'entend, ni le sable ne le sent passer. Dans son silence
et dans son repos, les joyeux rossignols l'avertissent tout haut que
le soleil se lve, et qu'il doit s'veiller aussi. Entre les joncs de
ses bords, son cours tranquille ne dit pas qu'il se rveille, mais
tmoigne qu'il se meut.

 l'envi les potes l'ont chant: Garcilaso de la Vega voque les
nymphes capricieuses qui se jouent sur ses rives:

  De quatra ninfas que, del Tago amado
  Salieron juntas, a cantar me offresco.

  (Les quatre nymphes qui, du Tage aim
  Sortirent ensemble, je promets de chanter.)

C'est  elles que Cervants fait allusion quand il parle des beauts
qui ont choisi pour demeure le cristal de ses eaux et s'asseyent sur
la verte prairie pour tisser de leurs doigts lgers les toffes
prcieuses o se mlent la soie, les perles et l'or.  son tour,
Moratin subit le charme de ses ondes et le clbra dans des idylles
que ne dsavoueraient ni Thocrite, ni Virgile; mais nul n'a mieux
glorifi le fleuve majestueux arriv au terme de sa course, que
l'immortel auteur des _Lusiades_. Le Tage n'est pas seulement pour
lui le fleuve clair qu'aiment les pasteurs de ses glogues: il est le
fleuve pique, il est le fleuve sacr, il est une sorte de divinit
inspiratrice:

Muses du Tage qui, ds la plus tendre enfance, m'avez inspir un
souffle si brlant, si j'ai toujours dans mes chants rustiques clbr
la beaut de votre fleuve, daignez cette fois m'accorder le style
sublime, le ton lev et majestueux ... Prtez-moi des accents dont la
grandeur gale, s'il est possible, les exploits de votre belliqueuse
nation.

Le Tage, blas depuis longtemps sur les hommages hyperboliques des
potes, continue sa marche paresseuse de Fleuve vieilli, tandis que la
voie ferre s'en loigne et coupe droit vers Tolde. Par bonheur, elle
ne s'approche point des remparts de la vieille cit. En construisant
la gare, l'ingnieur a recul devant un sacrilge. Le voyage s'achve
dans un carrosse hors d'ge ou dans un char  bancs mal suspendu,
suivant que les voyageurs sont plus ou moins nombreux ou qu'ils
inspirent plus ou moins de respect. Les fouets claquent, les mules
ruent, les cochers les injurient, et l'ascension de la ville aux sept
collines commence au milieu d'un tourbillon de poussire qu'eussent
envi les dieux de l'Olympe quand ils descendaient sur la terre.
Hlas! que viendraient-ils faire aujourd'hui qu'ils ont tant de raison
de nous bouder!

Quelques tours de roues grinantes et,  gauche, sur des rochers o ne
vgte mme pas une mousse chtive, la plus dcorative des forteresses
ruines, la mieux faite pour tenter le burin des aquafortistes, le
vieux chteau de San Cervants dresse ses murailles pesantes,
rbarbatives, brles par d'innombrables soleils.

[Illustration: Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants
de Tolde (page 584).--D'aprs une photographie.]

Il domine encore le cours du Tage; il le dfendait autrefois. C'est
tout un appareil de guerre et de force, qui s'est rompu avec le temps.

San Cervants lui aussi fut chant par les potes:

Toi qui t'lves  ct de Tolde, le roi Alfonse te fonda sur les
eaux du Tage. On dit que tu as t de fer aux machines de bois des
ennemis ... Et maintenant, mpris, te voil sur cet pre rocher comme
en dcembre la pique vermoulue du gardien des vignes; tes crneaux,
autrefois ta couronne, servent de perchoir aux corbeaux, et sont comme
ces dents isoles qui disent l'ge des vieillards.

coute-moi, vaillant chteau, et accomplis ce que j'implore de toi,
bien que deux douzaines de vers ne mritent pas une rcompense. Si
quelquefois ma matresse, terrible comme l'enfer, belle comme le ciel,
ou, pour mieux dire hautaine comme la ville de Tolde, sort pour jouir
des amandiers aux fleurs verdoyantes, prmisses de l'anne et le plus
doux des aliments, si elle fait des eaux du Tage un miroir  sa
beaut, donne tes ruines pour exemple  son orgueil, et dis-lui, sans
parler, mille choses que tu sais bien....

La vieille forteresse n'est pas seulement clbre par les potes; ses
lgendes et ses histoires de guerre et d'amour chevaleresque sont
consacres dans le Romancero.

Le roi Alfonse s'tait loign  la tte d'une vaillante arme,
laissant le commandement de Tolde  Brengre, noble par le sang,
reine par le mariage, souveraine par la beaut.

Le Maure, inform que la ville tait dpourvue de ses dfenseurs,
accourut. Mais, avant de franchir le Tage, il fallait prendre le
chteau qui dfendait l'entre du pont.

La reine monta sur une tour de l'Alcazar, et ses yeux courroucs
virent le pril que courait la poigne de braves enferms dans la
forteresse, et qui, bientt, prirait sous l'treinte de l'Infidle.

Et voici qu'il se prsente au Maure, le hraut de la reine Brangre.
Elle a dit sur un ton de reproche:

[Illustration: Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres
monumentales d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad
(page 584).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

N'est-ce point lchet  toi de t'en prendre  de si faibles ennemis!
Si tu es aussi vaillant que tu veux le faire croire, va, et attaque le
roi Alfonse, mon poux, et ses chrtiens, sous les murs de Carlie!

Le Maure est humili de cette remontrance, et il sait que la reine est
trs belle.

Que du haut du plus proche rempart Doa Brangre consente  nous
montrer son visage dvoil, et je lverai le sige.

Comme le soleil s'abaissait, la reine apparut, debout sur la muraille,
le visage dcouvert, entoure de ses demoiselles somptueusement
pares, plus belle que la lune naissante au milieu des premires
toiles qui scintillent.

Le Maure la regarda longuement, et la salua avec les marques du plus
profond respect.

 l'aube, lui et les siens levrent le sige du chteau, et prirent le
chemin de Carlie.

Au temps de Lope de Vega, la vieille forteresse, devenue inutile,
tait si abandonne que les gens de qualit se donnaient rendez-vous
sous ses murailles lorsque le point d'honneur les obligeait 
s'entre-couper la gorge. Dans la jolie comdie intitule: _Aimer sans
savoir qui_,  laquelle Corneille a emprunt la _Suite du Menteur_, le
hros de la pice vient y servir de tmoin dans un de ces duels si
frquents  cette poque. Si la mode n'en tait passe, on y pourrait
encore aujourd'hui vider, sans crainte d'tre drang, d'aussi
tragiques diffrends.

Aprs avoir crois un troupeau de boeufs aux formes superbes,  la
robe noire comme la figure du diable,  condition que le diable soit
trs noir, mon carrosse s'engage sur le pont d'Alcantara (le pont du
pont) que ferment  ses extrmits deux portes fortifies, aux armes
de la maison d'Autriche.

Vu de ce point, le Tage prend un aspect terrible, en harmonie avec son
nom, et du fond de la gorge profonde o il coule, il semble enserrer
Tolde pour l'touffer, plutt que pour lui faire de ses bras d'amant
une amoureuse ceinture. Sans doute, quelque Durandal cleste a ouvert
son lit  travers la montagne, et taill  pic les falaises qui
surplombent ses eaux limoneuses. Je lve les yeux et l-haut, sur la
crte des rochers, se dresse, tel un joyau serti dans une monture de
fer, la ville des conciles gothiques, la vieille capitale de la
Nouvelle-Castille, la cit mudejar qui dort sous les lambeaux de ses
vtements asiatiques, sombre et claustrale comme au Moyen ge,  deux
heures de Madrid vivant et joyeux. Ce voyage si prompt  travers
quatorze sicles surprend l'esprit; un long sjour est ncessaire pour
en faire oublier les secousses.

La seconde porte franchie, sous les yeux vigilants des employs de
l'octroi, on s'engage sur un chemin en pente fort raide qui porte le
nom de: Cuesta del Carmel. Il est le fils dgnr d'une voie plus
abrupte qui passait non loin de l'glise du Cristo de la Luz, un
monument trs ancien et toujours vnr.

Il y a sept sicles environ, comme Alfonse le Brave entrait dans
Tolde, qu'il venait de dlivrer du joug des Infidles, et s'levait
le long de cet escarpement, ayant  ses cts le Cid Campeador, les
regards des deux hros furent soudain attirs par une douce lumire.
Les murailles de l'antique sanctuaire se sont ouvertes, une musique
cleste se fait entendre, et la lampe de la chapelle chrtienne, qui
ne s'est point teinte depuis trois cent soixante-neuf ans, sans que
personne ait pris soin de l'entretenir, brille aux yeux ravis des
guerriers victorieux.

Alfonse et le Cid mettent pied  terre, s'agenouillent et ordonnent de
clbrer, dans le sanctuaire rendu au culte, le saint sacrifice de la
Messe.

Rve charmant des mes pieuses. C'est  lui que le petit difice doit
son nom: El Cristo de la Luz.

Les architectes locaux ont beaucoup discut sur la date  laquelle on
doit faire remonter la construction de la partie la plus antique du
sanctuaire. Certains d'entre eux ont voulu y voir une manifestation
d'un art arabe trs primitif, contemporain des premires annes de la
conqute sarrazine. Ils voudraient y trouver aussi un prototype de la
clbre mosque de Cordoue. Son plan carr, ses nefs accotes avec
leurs arcs en fer  cheval et leurs colonnes d'un style fort grossier,
les coupoles de briques qui le couvrent viennent  l'appui de leur
thse sans donner une certitude.

Des peintures  fresque, reprsentant les saints martyrs de Tolde, et
qui doivent remonter au XIIe sicle, ont t dcouvertes seulement en
1871,  la suite de la chute d'un fragment de l'enduit qui les
recouvrait. Elles dateraient de la priode o les chevaliers de
Saint-Jean installrent en ce lieu, signal par un miracle, une
commanderie de leur Ordre.  peine faut-il parler, pour mmoire, de la
seconde chapelle construite en 1482 par le cardinal de Mendoza, et
dont la suppression rendrait au vieil difice son vritable caractre.

Un peu au del du Cristo de la Luz, fire et isole comme un arc de
triomphe, s'lve la merveilleuse Puerta del Sol. Ses briques, dores
par le soleil dont elles absorbent depuis si longtemps les rayons,
semblent sourire au regard. Qui ne l'a loue en prose, chante en
vers, clbre sous tous ses aspects? Le Tage lui-mme aurait sujet
d'en tre jaloux.

[Illustration: Porte du vieux palais de Tolde.--D'aprs une
photographie.]

Il me souvient d'tre passe jadis sous son arc. Aujourd'hui, la route
carrossable est tablie en contrebas, sans doute pour permettre de la
mieux admirer, et peut-tre aussi pour amliorer la pente d'une route
frquente par un charroi trs actif. La vie est, en effet, trs
intense sur la _Cuesta del Carmel_, et parfois l'on a peine  se
frayer un passage  travers les convois d'nes qui vont chercher de
l'eau au fleuve, car Tolde, bti sur le roc, parat presque aussi
altr que le Manzanares lui-mme.

Ce n'est pas d'hier qu'on a rv d'lever jusqu'aux lvres de ses
habitants les eaux si douces de son Tage chri. Charles Quint, ce
Charlemagne de l'Espagne, y russit. Trs pris de mcanique--chacun
sait le souci que lui causait le dsaccord d'un certain nombre
d'horloges qu'il ne pouvait faire sonner en mme temps,--il chargea un
ingnieur de Crmone, nomm Juanilo Turriano, de rsoudre le problme.
L'Italien construisit un appareil hydraulique, que les contemporains
dcrivent avec plus d'emphase que de prcision. Alvarez de Colmenar,
qui vivait au sicle dernier, n'en parle que par ou-dire, car il
n'existait plus de son temps. Il semble qu'il s'agit d'une noria.

La machine de Juanilo tait compose de grandes caisses de fer
attaches les unes aux autres et formant un chapelet qui descendait du
chteau dans le Tage; l'eau entrait dans la premire, tait pousse
dans la seconde, au moyen de certains rouages, et, de celle-l,
successivement dans les autres, jusqu'au chteau, o elle tombait dans
un rservoir, et se rpandait dans toute la ville par un canal, ce qui
tait d'une grande commodit.

Juanilo quitta ce monde en 1585. Sa machine, retouche par un
mcanicien isralite, fonctionna encore vingt-quatre ans. Puis,
celui-ci tant mort  son tour, elle s'arrta pour jamais.

[Illustration: Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la
merveilleuse Puerta del Sol (page 582).--Photographie Lacoste, 
Madrid.]

 part quelques arceaux de la maonnerie qui la soutenaient, il ne
reste rien de l'oeuvre de l'ingnieur italien, mais son auteur garde
encore dans la ville la rputation d'un ncromancien, capable
d'asservir  ses volonts la nature et le monde surnaturel lui-mme.

Juanilo, entretenu aux frais du Chapitre de la cathdrale, avait
construit un automate qui, chaque jour, sortait de sa maison  heure
fixe, se dirigeait, imperturbable, vers la cuisine des chanoines,
recevait dans un panier le repas de son matre, saluait
respectueusement le cuisinier, pivotait sur les talons, et, sans
commettre la moindre indiscrtion ou la moindre gourmandise, rentrait
aussitt au logis. La rue qu'il suivait porte encore aujourd'hui le
nom de: Rue de l'homme de bois.

L'ascension s'achve, et mon char fait son entre solennelle sur la
place du Zocodover. Le Zocodover! Quel nom sonore et superbe, bien
qu'il signifie simplement le march aux chevaux, et comme il semble
bien en harmonie avec les souvenirs hroques de la cit Impriale!
Sur ce plateau fut la place d'armes o s'assemblaient les guerriers
prts  entrer en campagne, ici joutrent les chevaliers lors de
l'entre solennelle des Rois Catholiques, ici se runissaient les
_Comuneros_, qu'lectrisait la grande Maria de Padilla, ici se
dressait le tribunal du Saint-Office dont l'archevque de Tolde,
primat d'Espagne, tait de droit le Grand Inquisiteur. Tous les
souverains de l'Espagne, tous ses hommes clbres, devraient avoir
leur effigie sur le Zocodover, car presque tous en ont foul le sol.

 sa vue, adieu les vocations merveilleuses ou tragiques! Le
Zocodover n'est plus qu'une place banale irrgulire, dont les maisons
pauvres et sans caractre ont pour soutien de grossires colonnes.
Sous les portiques ainsi forms, d'humbles marchands vendent des
melons, des sandales et des journaux.

Sur un banc circulaire bti en briques, dorment d'un oeil ou fument en
silence des mendiants d'une malpropret grandiose, triomphants dans
leurs guenilles. Tous guettent l'apparition d'un tranger sur la place
ou  l'entre de la rue du Commerce qui conduit  la cathdrale. Cette
belle habitude ne date pas d'hier.

Dans l'une de ses nouvelles, Cervants parle de la troupe innombrable
de mendiants, de faux perclus et de coupeurs de bourse qui occupaient
ce poste de choix. Il la pouvait peindre d'aprs nature de sa maison
toute voisine. Rien ne change sous le beau soleil de l'Espagne, qui
incline le corps  la paresse, et l'esprit  la torpeur.

[Illustration: Dtail de sculpture Mudejar dans le Transito (page
587).--D'aprs une photographie.]

Pour peu que l'on stationne quelques jours  Tolde, un problme se
pose: Faut-il donner ou refuser l'aumne si ardemment sollicite?
Montrez-vous quelque bonne volont? vous serez tout de suite connu et
vous ne pourrez sortir sans que cinquante mains, aux doigts indiscrets
et sales, s'accrochent  vos vtements, explorent toute votre
personne, s'enfoncent dans vos poches, en sortent le contenu et y
laissent ... des souvenirs piquants. Faites-vous la sourde oreille?
vous serez tout aussi press, foul, fouill, et accabl d'injures
par-dessus le march, sous l'oeil paterne d'un agent de police, de qui
les mendiants savent attendrir le coeur. Le problme est donc
insoluble. Quand on a fait  ses dpens cette exprience, on se rsout
 voler les voleurs, en cheminant  travers l'inextricable rseau de
rues, ou plutt de ruelles silencieuses qui coupent et recoupent la
ville. Parfois, sur ces voies, si troites qu'un mulet charg touche
les deux murailles, on se trouve en pril d'tre cras, et il faut
remonter jusqu' l'brasement d'une porte hospitalire, pour s'en
prserver; mais quels dangers ne braverait-on pas pour viter l'entre
de la rue du Commerce?

Il arrive mme que l'on rencontre d'antiques carrosses dans ces rues
tortueuses o s'ouvrent les entres monumentales d'anciens palais,
tels que ceux de la grande famille des Tolde ou de la confrrie de la
Sainte-Hermandad. La chose tourne au tragique lorsque deux voitures,
sans se voir, s'engagent en mme temps aux deux extrmits de la mme
voie. L'unique ressource est de dteler et de reculer  bras d'homme.

Mais qui dtellera? qui reculera? Grave question, dans un pays o le
point d'honneur a un culte, et o l'amour-propre, mieux encore que la
foi, soulverait des montagnes.

[Illustration: Ancienne synagogue connue sous le nom de Santa Maria la
Blanca (page 586).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Il y a ... pas mal d'annes, eut lieu une rencontre fameuse entre le
carrosse de la femme du Prsident du Conseil de Castille et l'pouse
du Prsident du Conseil des Indes. Par l'intermdiaire des valets, ces
dames avaient parlement sans pouvoir s'entendre. Aucune des deux ne
voulait reculer. Depuis plus de trois heures, les chevaux taient nez
 nez, et les cochers s'invectivaient. Faute de Salomon, mort depuis
quelques annes, et des arbitres de la Haye retenus encore dans les
limbes, une bonne me, mue de la gravit du cas, proposa de le
soumettre au Cardinal et de s'en rapporter  sa dcision.

La question ne se pose mme pas, fit le prlat ferr sur l'tiquette.
La plus jeune de ces dames doit cder le pas  l'autre.

 peine cette dcision fut-elle communique aux parties que, des deux
carrosses, sortit en mme temps un ordre formel:

Dtelez, et reculez; je cde le pas  la Prsidente du Conseil de
Castille. Comme le dit si doctement Son minence, l'ge lui mrite cet
honneur.

Reculez au plus vite, je cde le pas  la Prsidente du Conseil des
Indes. Comme l'a jug si sagement Son minence, l'ge lui vaut cette
dfrence.

Pareille msaventure m'a t vite, car je suis descendue dans une
_fonda_ bien espagnole, dont la porte, splendidement armorie, s'ouvre
sur la large voie qui, du Zocodover, monte  l'Alcazar. C'est un
palais qui dut avoir fort belle allure avant qu'un ciel ouvert ne
couvrt le _patio_  la hauteur du premier tage, pour en faire une
vaste salle  manger.

Des portes magnifiques, massives et pesantes comme celles d'une
cathdrale, munies de cls longues d'une coude, donnent accs dans
les chambres. La mienne est double, c'est--dire pourvue d'une alcve
immense, soigneusement close, et contient non seulement deux normes
lits, mais les meubles de toilette. Ni le bruit n'y parviendrait, ni
la lumire ni la chaleur n'y pntreraient, quand mme cent personnes
s'agiteraient dans le _patio_, ou que le soleil au znith darderait
sur la terre ses rayons embrass. Ici encore, mon esprit enfourche son
cheval favori et m'emporte, rapide, vers Chiraz ou Kachan. N'est-ce
pas ainsi, que dans les riches maisons persanes, toute chambre se
compose de trois annexes de plus en plus retires, fraches et
mystrieuses, que l'on habite ou que l'on abandonne suivant la saison
ou mme selon l'heure du jour?

J'tais venue il y a quelque vingt ans  Tolde, et, depuis cette
poque, je gardais le regret de l'avoir vue en touriste. Il
s'agissait, maintenant, d'effacer mes remords.

Mais comment s'orienter avec mthode dans cette cit hroque qui
connut toutes les civilisations de l'Espagne, o chacune a laiss des
merveilles? Diviser Tolde par quartiers, n'est-ce point tout mler et
confondre? Btie sur un plateau restreint, la ville n'a pu ni se
dplacer ni s'tendre beaucoup, de telle sorte que c'est au nord comme
au sud,  l'est comme  l'ouest, que ses matres ont construit leurs
palais ou leurs temples. Ne vaut-il pas mieux suivre, tape par tape,
 travers les sicles, sa vie morale, religieuse et artistique, que de
passer sans transition  l'tude de monuments dont l'ge varie de cinq
ou six sicles?

Je me suis arrte  ce dernier parti, conseille en ceci par mon
savant ami, le Professeur Ventura Prosper y Reyes, que tout Tolde
respecte pour son talent et chrit pour son exquise bont. Pas une
porte ne reste close devant lui quand il y frappe et prononce ce salut
magique qui ne saurait sortir d'une bouche impie: _Ave Maria
purissima_, auquel on rpond par un _sin pcado concebida_ et un
gracieux sourire.

[Illustration: Madrilne.--D'aprs une photographie.]

Aprs la visite de la chapelle du Cristo de la Luz et des restes,
transforms en boutique, de la vieille mosque de la Torneria, celles
des anciennes synagogues connues sous le nom de Santa Maria la Blanca
et du Transito s'imposait. Si l'on en croit les familles isralites,
que la perscution a depuis cinq sicles rejetes de l'autre ct du
dtroit, les Hbreux seraient venus en Espagne aprs la destruction de
Jrusalem par Titus. Tous ceux qui purent chapper  la captivit,
suivirent les rivages de la Mditerrane, et n'hsitrent pas 
franchir la mer, pour se fixer dans la fertile Andalousie. L'on n'est
pas forc d'accepter comme article de foi cette tradition. La premire
mention qui soit faite des juifs espagnols, remonte au IVe sicle. Il
en est question dans un conseil ilibritain. Dous d'un esprit
d'initiative trs vif, et d'une activit physique particulire, ils se
multiplirent et acquirent une richesse que les Wisigoths, insouciants
et paresseux, ne cherchrent pas  leur disputer. Mais aussitt que
leurs matres ariens eurent accept la foi orthodoxe, la perscution
s'abattit sur eux. Une loi terrible condamna la race entire 
l'esclavage. Montesquieu a pu remarquer sans beaucoup d'exagration
que le code gothique contenait en esprit tous les prtextes dont
s'inspira l'Inquisition et les monarques du XIVe sicle dans leur
guerre contre les Isralites.

La conqute musulmane fut un bienfait pour les Juifs. Ils brillrent
dans les arts et les sciences; ils monopolisrent la banque, et furent
 peu prs les seuls  exercer la mdecine et la pharmacie. Les coles
de Cordoue, de Tolde et de Barcelone taient remplies de leurs
lves. Ils atteignirent mme  des situations si importantes,
qu'aprs l'expulsion des Maures ils n'en furent pas dpossds.

On rencontre une foule de noms juifs, parmi ceux des savants et des
hommes de finance attachs aux cours d'Alphonse X, d'Alphonse XI, de
Pierre le Cruel, d'Enrique IV et de beaucoup d'autres princes
chrtiens. Alphonse le Sage les employa  rgler ses clbres tables
astronomiques, James Ier d'Aragon eut un Hbreu pour prcepteur; Jean
II, pre d'Isabelle la Catholique, chargea l'un d'eux de runir les
pomes qui composent le _Cancionero nacional_.

Ce fut durant cette priode que les Juifs Toldans levrent les deux
synagogues qui tmoignent de leur richesse et de leur got. L'glise
qui porte le nom de Santa Maria la Bianca est le plus ancien de ces
sanctuaires. Elle avait gard jusqu'en 1405 sa destination premire.
Mais  cette poque Vicente Ferrer, dont l'apostolat violent avait
converti de gr ou de force tant d'Isralites au christianisme, vint
vangliser Tolde. Il prchait plusieurs fois par jour  Santiago de
Arabal, une glise voisine de la porte de Visagra, o l'on montre
encore sa chaire, une merveille de ferronnerie. Mais les Juifs de
Tolde venaient au sermon, et s'en retournaient incrdules. Habitu 
la mollesse et  la douceur des Andalous, Vicente Ferrer s'irritait de
son insuccs. Un soir que l'auditoire chrtien tait nombreux et
enthousiasme, le moine, gris de ses propres paroles, descend de sa
chaire, saisit une croix, sort en courant, entrane toute l'assistance
dont la foule se grossit  mesure qu'elle traverse la ville, entre de
force dans la synagogue, expulse les rabbins, et consacre l'difice au
culte chrtien, sous le vocable de Santa Maria la Blanca, en souvenir
d'un miracle clbre et survenu  Rome en 352, sous le pontificat de
saint Librius.

[Illustration: La porte de Visagra, construction massive remontant 
l'poque de Charles Quint (page 588).--Photographie Lacoste, 
Madrid.]

Depuis sa transformation, la vieille synagogue a subi bien des
vicissitudes. En 1550, le cardinal-archevque D. Juan Siliceo
l'agrandit, y adjoignit quelques constructions, et en fit une sorte de
bguinage consacr aux filles repenties, sous le vocable de Refuge de
la Pnitence ou de Notre-Dame de la Piti. Mais, soit que les
Toldanes fussent toutes vertueuses, ou plutt, comme l'assure un
auteur sceptique, qu'elles fussent rarement touches de repentir, le
bguinage ne fut jamais prospre et finit par se fermer faute de
bguines. Santa Maria la Blanca, inutile et abandonne, et t
dmolie si l'on n'et dcid d'y loger des troupes, puis de la
convertir en magasin militaire.

Il n'y a gure plus de trente ans que cette petite merveille a t
rclame par la Commission des Monuments historiques. Depuis cette
poque, grce  une subvention annuelle du Gouvernement, et aux
revenus que donnent les entres des trangers, on a pu entreprendre
une importante restauration.  l'extrieur, rien ne signale le charme
et la grce de son architecture; mais,  peine la porte est-elle
ouverte, que le regard embrasse dans leur ensemble cinq nefs, divises
par trois ranges de piliers octogones, sur lesquels s'appuyent des
arcs outrepasss. Les chapiteaux, orns de stucs cisels avec une
dlicatesse infinie, rappellent, par le dessin ornemental, leurs
prototypes encore conservs dans certaines mosques persanes. Au
milieu des tympans, s'tendent de gracieuses rosaces, tandis que le
long de l'astragale, forme d'une torsade, rgnent des feuillages
enrouls en forme de volute et mls  ces pommes de pin que l'on
retrouve dans les constructions de l'Alhambra remontant  l'poque du
Khalifat. Un riche plafond de bois, incrust de nacre et d'ivoire,
couvre la nef centrale et donne  cette partie de l'difice une
lgance suprme.

Les Juifs n'avaient pu protester contre la spoliation dont ils avaient
t victimes. Ils se rsignrent, et se runirent plus tard dans une
synagogue plus grande et plus belle, btie par Samuel Lvy, le clbre
trsorier de Pierre le Cruel, sur les plans du rabbin Don Meir Abdeli,
et termine en 1336. Ils y clbrrent leur culte jusqu'en 1492, cette
anne  la fois glorieuse et terrible, o Isabelle prit Grenade,
dcida la conqute du Nouveau Monde, et signa d'une main abuse
l'arrt qui priva l'Espagne de cent vingt mille Juifs, industrieux,
intelligents et actifs.

La synagogue de Samuel Lvy subit  son tour le sort de son ane, et
devint chrtienne sous le nom de _Transito de Nuestra Seora_.
L'difice est construit avec un luxe en harmonie avec la richesse de
son fondateur, et prsente un des plus beaux spcimens de l'art arabe
andalou. Il est constitu par une nef unique, couverte,  14 mtres de
haut, par une admirable charpente de mlze incrust d'ivoire et de
nacre, comme celle de Santa Maria la Blanca. Sur les murs s'tendent
des ornements stucqus si dlicats, si lgers, si lgants, qu'on les
prendrait au premier abord pour une vieille guipure de Venise, oublie
depuis des sicles sur la paroi. Dans la partie suprieure o
s'ouvrent d'lgantes fentres, se droule,  travers des rinceaux et
des fleurs, une magnifique inscription en caractres hbraques. Elle
chante la louange du fondateur de la synagogue, Samuel Lvy, et de D.
Pedro, roi rgnant. Quand le digne trsorier fut condamn  mort par
un matre cupide et jaloux, il dut au fond du coeur regretter l'argent
qu'il avait consacr  louer son bourreau. L'inscription n'en a pas
moins chapp aux atteintes du temps, et doit  sa position leve
d'avoir dfi les chrtiens, au moment o ils consacrrent la
synagogue, aprs l'avoir transforme en glise.

Aujourd'hui, un chafaudage norme, des planchers successifs auxquels
on accde par des escaliers, coupent la nef en plusieurs tages, et
empchent d'apprcier la beaut de son ensemble. Il est cependant
possible d'admirer de magnifiques fragments, de reconstituer les
grandes lignes du temple et de reconnatre que si, au train dont on la
mne, la restauration entreprise risque de durer un demi-sicle, elle
est du moins excute avec une vritable science, une habilet et une
souplesse de main incomparables.

Autour du Transito qu'avoisinait le palais de Samuel Lvy, autour de
Santa Maria la Blanca, le sol nu est celui de l'ancien quartier juif.
Hlas! sur les escarpements du Tage, sur les hauteurs o les fils de
ceux qui avaient mesur du regard l'abme du Cdron avaient trouv un
asile qu'ils espraient ternel, il ne reste que dcombres et
poussires. Quel terrible exode que celui de la nation infortune,
contrainte de quitter la terre o elle vivait depuis des sicles, de
raliser en quelques mois tous ses biens, sans qu'il lui ft permis
d'emporter le peu d'or qui en tait le prix drisoire!

Au-dessous des deux synagogues le sol s'abaisse assez brusquement
jusqu' une plaine que borde le Tage et qu'il couvre de ses eaux
lorsqu'il sort de son lit. Les habitations y sont clairsemes;
pourtant, une maison plus haute que ses voisines et de meilleure
apparence attire mes regards. En travers de la faade et  plus de
huit mtres de hauteur une large pierre incruste, portant une
inscription grave et peinte en noir, m'apprend que le Tage
l'atteignit durant une crue reste clbre.

tonne, j'avise une brave femme qui ... peigne sa petite fille sur le
pas de la porte.

Eh quoi! les eaux du fleuve montent parfois jusqu' cette hauteur?

--Oh non!... Les crues les plus fortes ne se sont jamais leves 
plus d'un mtre ou deux au-dessus du sol, et c'est dj beaucoup!...
Seulement, comme les enfants risquaient d'abmer l'inscription en
jouant  la balle, l'Alcalde nous a command de la placer hors de leur
porte.

C'est en rflchissant  la prudence et  la sagesse de cet
administrateur d'lite, que je me suis laiss entraner jusqu' la
nouvelle porte de Visagra (porte des champs), une construction massive
remontant  l'poque de Charles Quint, et dont la vue ferait la joie
de tous les polyorctes si elle n'tait maudite par les muletiers qui
s'engagent sous sa vote trangle.

Il y a bel ge qu'un maire d'Avignon et fait disparatre cet
obstacle; mais  Tolde on a le respect du pass, comme le montrent
les prcautions prises pour sauvegarder le souvenir des inondations.

  (_ suivre._)                         JANE DIEULAFOY.

[Illustration: Tympan Mudejar.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME IX, NOUVELLE SRIE.--50e LIV.         N 50.--16 Dcembre 1905.


[Illustration: Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs
de murailles solides.--D'aprs une photographie.]




DE TOLDE  GRENADE[1]

         [Note 1: _Suite. Voyez page 577._]

PAR Mme JANE DIEULAFOY.

     II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. -- Les
     pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre du Greco.
     -- La mosque de Tolde et la reine Constance. -- Juan Guaz,
     premier architecte de la Cathdrale. -- Ses transformations et
     adjonctions. -- Souvenir de la bataille de las Navas. -- Le
     tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son
     excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite mozarabe. --
     Alvaro de Luna. -- Le porte-bannire d'Isabelle  la bataille de
     Toro.


[Illustration: Castillane et Svillane.--D'aprs une photographie.]

J'ai vu beaucoup de maisons, beaucoup d'oisifs et, dans les rues
riches ou pauvres, des ordures  boisseau. J'ai aperu le ciel 
travers des fentres petites comme des barbacanes, et l'on m'a racont
qu'une figure avenante est souvent le masque des mchants, que les
aubergines mrissent en t et qu'il y a des moustiques  l'automne.

Cette description de Tolde que faisait, au milieu du XVIIe sicle, le
gracioso de Garcia de la Chtaigneraie, dans le clbre drame de
Francisco de Rojas, est encore exacte, et si aux ordures on ajoutait
les dcombres, on n'aurait pas une virgule  y retrancher ou  y
mettre.

Les monuments levs au cours des trois premiers sicles qui suivirent
la reconqute, construits dans ce style _mudejar_ que j'ai tudi 
Saragosse, ont particulirement souffert, soit que la mode malfaisante
en ait ainsi dcid, soit que la dcoration ait t fragile et peu
durable.

Tel est le cas du magnifique palais qui longe la _Calle del Moro_. On
franchit une porte quelconque, et l'on entre dans un jardin  peu prs
inculte, autour duquel habitent plusieurs familles d'ouvriers. Ils ont
appuy leurs masures  des murs solides encore, et dmoli la richesse
pour, btir la pauvret. De cette vaste demeure, il ne reste qu'une
salle de belles proportions, couverte d'une magnifique charpente
analogue  celle du Transito. La partie suprieure des murailles, que
n'ont pu atteindre ni le marteau des ouvriers ni la balle des enfants,
est orne de stucs infiniment dlicats. Ce beau vaisseau que
prolongent,  ses extrmits, deux pices plus petites, a servi
longtemps de dpt aux pierres ncessaires  l'entretien de la
cathdrale, et a conserv, de cette destination, le nom de _Taller del
Moro_ (atelier du Maure). Durant ces dernires annes on l'a
transform en une humble remise.

Et pourtant ce palais fut habit par Charles Quint. On raconte que ses
jardins se confondaient avec ceux qui entouraient la demeure du comte
de Fuensalide, o mourut l'unique femme du grand empereur, cette
triste Isabelle de Portugal, cette mre de Philippe II, dont une
admirable peinture du Titien nous a conserv les traits dlicats sous
l'or des cheveux soyeux et fins.

Un autre spcimen de cette architecture mudejar ne du mariage des
arts de l'Occident et de l'Orient, celui-ci en parfaite conservation,
mais de proportions restreintes, est le salon de la _Casa de Mesa_.

Les stucs employs dans les revtements ont beaucoup d'analogie avec
les ornements du Transito rig en 1366, mais ils ressemblent encore
davantage  ceux du palais d'Ayala, dat de 1440. Il est donc permis
de supposer que l'difice fut bti au XVe sicle.

En 1551 l'archevque D. Juan Martinez Siliceo y installa une maison
d'ducation sous le nom de Collegio de las doncellas virgineas. Ces
jeunes filles, au nombre de cent, n'y entraient qu'aprs avoir fait
preuve, non de quartiers de noblesse comme on l'a dit par erreur, mais
d'une parfaite puret de sang, ce qui est bien diffrent. Pour avoir
un sang pur ou du sang de vieux chrtien, il ne fallait compter parmi
ses aeux les plus reculs ni un juif, ni un Maure, ni un condamn de
l'Inquisition, du ct paternel comme du ct maternel. Cervants
ajoute mme, et c'est logique, qu'il fallait une filiation lgitime
ininterrompue et prouve. videmment, on ne devait pas tre aussi
exigeant sur ce dernier chapitre que sur le premier.

Les pupilles de l'archevque Siliceo taient admises dans son collge
entre sept et dix ans. Six places taient rserves aux enfants de la
famille du fondateur. Des rentes importantes leur taient attribues
durant leur vie, si elles restaient dans l'tablissement. En cas de
mariage, elles recevaient une dot de 5535 raux; mais aucune faveur
ne leur tait accorde si elles le quittaient pour entrer dans un
monastre; l'objet principal du fondateur tant d'lever de vaillantes
et bonnes mres de famille, expertes aux soins domestiques et capables
de bien tenir une maison.

[Illustration: Isabelle de Portugal, par le Titien (muse du
Prado).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

En 1810, la Casa de Mesa passa aux mains des Carmlites qui firent
leur chapelle du grand salon. C'est  leur prsence qu'il faut
attribuer son parfait tat de conservation. Elle appartient
aujourd'hui  un homme jaloux de prserver cette merveille contre
toute atteinte.

 part les palais connus et classs, il existe un grand nombre de
pauvres demeures o l'on retrouve d'intressants fragments de
dcoration mudejar. Pour les voir il ne faut pas s'en rapporter aux
guides patents et quasi officiels: il faut suivre un amoureux des
ruines toldanes, et pntrer avec lui dans les patios et les curies,
dont les habitants ont succd  Pierre le Cruel et aux grands
seigneurs de sa cour.

Tandis que les maons et les architectes mudejar levaient dans les
divers quartiers de Tolde des palais destins  la noblesse, le
clerg leur commandait de construire des glises. La plupart ont t
dtruites par le zle des curs pris avant l'heure d'un art nouveau.
San Justo, San Juan de la Penitencia, San Roman, San Pedro Martyr, San
Miguel, Santa Leocadia, le couvent de la Concepcion et Santo Tom
conservent, ceux-ci une tour en forme de minaret qui s'lve pour
protester contre la transformation des nefs places jadis sous leur
garde, ceux-l une frise ou un plafond dans lesquels se dclent
l'habilet technique et la science des constructeurs. Toutes ces
glises sont intressantes  visiter, mais Santo Tom renferme deux
chefs-d'oeuvre qui lui assignent une place hors de pair: la statue
polychrome du prophte lie, dont les draperies ont malheureusement
t restaures, et l'enterrement du comte d'Orgaz, la plus admirable
composition qui soit due au pinceau du raliste Greco.

La beaut olympienne de la tte d'lie, le model vigoureux des mains
et des pieds qui dpassent la robe de bure font immdiatement penser
aux lves espagnols de Michel-Ange. Et comme l'on ne saurait songer 
Berruguete, on doit l'attribuer soit  Tordsillas, soit plutt 
Bercera.

[Illustration: Le palais de Pierre le Cruel.--D'aprs une
photographie.]

Domenico Greco ou Theotocopuli, pour lui rendre son vritable nom, est
un de ces artistes longtemps mconnus qui suffiraient  glorifier les
villes qui les ont accueillis. La couleur svre et puissante, la
composition harmonieuse, le dessin magistral et l'expression des
visages sont saisissants au mme degr et au mme titre. Ce noble
descendant des grands artistes de la Hellade, tait n en Grce, comme
son nom et son surnom l'indiquent; puis, aprs avoir travers l'Italie
o il avait t l'lve du Titien, il tait venu en Espagne et s'tait
fix  Tolde. En outre de l'Enterrement du Comte d'Orgaz, dat de
1584, la ville possde quelques superbes portraits de ce grand matre,
peints dans une gamme grise qui rappelle la manire de Franz Hals.

Entre les manifestations du zle pieux de Tolde, c'est sur la
cathdrale que se concentre aujourd'hui l'attention gnrale. De
toutes parts on l'aperoit. Tantt elle apparat au-dessus des
maisons, tantt elle remplit des chappes de ciel mnages dans les
rues trs troites qui convergent vers elle. Elle se dresse flanque
de puissants contreforts, enveloppe de pinacles, couronne de
galeries ajoures, domine par des tours et des tourelles aigus, et
par le clocher qui s'enfonce dans l'azur du ciel.  ses pieds, se
pressent des maisons, des palais; mais on ne peut les regarder tant la
cathdrale absorbe l'esprit et retient le regard. Dans l'espace il n'y
a qu'elle, et si, pareils  des soulvements gologiques successifs,
les annexes, les sacristies, les chapelles de tout ge se font jour 
travers le monument primitif, les choses qui se sont caresses si
longtemps harmonisent si bien leurs formes que les sicles s'y
coudoient sans se distinguer ni se heurter. Elle est le Saint-Pierre
de cette autre Rome, de cette ville aux sept collines; mais un
Saint-Pierre trs mystique, trs pieux, qui veille des ides svres
et non le souvenir de la pompe orgueilleuse des Csars. J'en veux 
Mariana de l'avoir appele _la Riche_, alors que d'ge en ge Jupiter,
Jsus, Allah et encore Jsus furent pieusement adors sur
l'emplacement qu'elle occupe. Le site o tant d'tres humains
levrent leur coeur vers un monde idal mritait un autre
qualificatif.

L'histoire de la cathdrale n'est pas seulement celle de Tolde, elle
est celle de l'Espagne mme. La premire glise chrtienne qui succda
aux temples paens dut tre difie au IVe sicle. C'est sans doute 
cet difice primitif que fut substitue l'glise fonde par Rcarde,
ce roi goth qui abjura l'arianisme et la consacra, sous le vocable de
la Vierge Marie, le 12 avril 587. Encore cet difice ne dut-il pas
tre somptueux; mais, dans ses murs, pontifirent les saints vques
de Tolde: les Eugne, les Eladio, les Ildefonse, les Julian; sous ses
votes s'assemblrent les conciles o la monarchie gothique lgifrait
et se perdait dans des subtilits thologiques, tandis que l'Arabe, au
galop de son coursier rapide, s'avanait vers la terre d'Occident.

Le Croissant s'implanta sur la terre que Viriathe avait si longtemps
dispute aux Romains. L'glise fut renverse et remplace par une
mosque resplendissante, revtue de marbres prcieux. Et lorsque,
aprs trois sicles, la ville fut reconquise par les chrtiens, elle
tait si belle que les Maures se la rservrent par un article spcial
de la capitulation, et obtinrent du vainqueur la promesse qu'ils
conserveraient l'exercice exclusif de leur religion. Le roi Alfonse
promit sous serment de tenir  jamais cet engagement solennel.

Les Maures avaient compt avec le roi, mais sans la reine Constance.
D'accord avec l'vque Bernard, elle profite de l'absence du monarque
qui guerroie au loin, pour dcider ce qu'elle considre comme la plus
prcieuse des conqutes. Une nuit, trois mille chrtiens bien arms se
rassemblent sous ses ordres, et, conduits par l'vque, ils se ruent
vers la mosque. La porte tombe sous leurs coups, et les gardiens
surpris ne peuvent opposer aucune rsistance. San Vicente Ferrer
devait suivre cet exemple deux sicles plus tard.

Le lendemain la mosque tait consacre au culte chrtien, et rtablie
dans les droits canoniques de l'glise qu'elle avait remplace, en
dpit des protestations d'Abou Valid qui rclamait avec indignation
l'excution du trait de capitulation.

Aussitt les Maures dpchrent au roi un missaire charg de lui
porter leurs dolances et de rclamer, avec l'accomplissement de la
promesse royale, la punition de la reine et de l'vque.

Alfonse, enflamm de colre, promit de chtier les coupables, et
reprit en toute hte le chemin de Tolde.

[Illustration: Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de
Santo Tom (auteur inconnu) (page 590).--D'aprs une photographie.]

Quand ils apprirent le soudain retour du roi, la reine et l'vque,
saisis de crainte, tombrent dans une profonde consternation. Par
bonheur, il se trouva parmi les Maures un psychologue prudent et sage.

Qu'allez-vous faire? dit-il  ses coreligionnaires. Le roi Alfonse
est loyal, il tiendra sa promesse et punira comme ils le mritent la
reine qu'il aime et l'vque qui a toute sa confiance. Vous aurez un
moment raison, mais soyez srs que, justice faite, le justicier vous
gardera rancune. Afin de conserver une mosque dsormais trop vaste,
ne vous alinez pas la bonne volont de notre souverain. Craignez
qu'il ne nous fasse repentir de la svrit que nous exigerions de
lui.

L'alfaqui (docteur de la loi) sut convaincre ses auditeurs, et le soir
mme, dlgu par eux, il courait au-devant du roi pour solliciter sa
clmence en faveur des coupables.

Alfonse tmoigna le plus vif mcontentement  la reine et  l'vque;
mais, heureux au fond du coeur d'tre dispens de svir quand
l'honneur l'y obligeait, il montra dsormais aux Arabes demeurs 
Tolde un bon vouloir qui n'tait que la juste ranon de la violence
commise en son absence.

La ville conserva la mosque comme cathdrale pendant plus d'un sicle
et demi, et ce fut seulement sous le rgne de Ferdinand III, le saint
conqurant de Sville, qu'on la dmolit. La premire pierre de
l'glise actuelle fut pose par ce monarque assist de l'vque Dom
Jimenez de Rada, le 4 aot 1227. Sa construction s'est poursuivie
jusqu' la fin du XVIe sicle. La chapelle Mozarabe, celles des Rois
Nouveaux, du Sagrario, de l'Ochavo, la Sacristie, la Maison du
Trsorier, la Salle capitulaire, les portes des Lions et de la
Prsentation, les boiseries du choeur et une multitude d'annexes
appartiennent mme  une priode plus rcente.

Le nom du premier architecte nous a t conserv. Il s'appelait Pedro
Ferez, ainsi qu'en tmoigne son pitaphe trouve dans la chapelle de
Santa Maria dmolie lors de la construction du Sagrario. Il mourut
fort g, en 1285. Parmi ses nombreux successeurs, n'oublions pas le
fameux Juan Guaz  qui les Rois-Catholiques confirent la construction
du monastre de San Juan de los Reyes.

[Illustration: Porte du palais de Pierre le Cruel.--D'aprs une
photographie.]

Il serait fastidieux d'numrer le nombre de piliers qui soutiennent
la nef de la cathdrale de Tolde, des fentres qui l'clairent, des
mtres carrs de votes qui la couvrent, de ses chapelles, de ses
verrires, de ses portes, de ses cours. Les chanoines eux-mmes ne
sauraient donner un inventaire complet des trsors de tout genre
qu'elle renferme. Je m'attacherai donc  considrer ses parties
essentielles, et  rappeler les trois grandes figures qui se dtachent
sur la masse des rois, des ministres, des guerriers, des vques qui
ont trouv le dernier repos dans la cathdrale, ou lui ont donn
quelque chose de leur gloire: je veux parler d'Alvaro de Luna, le
clbre et infortun ministre de Juan II, du grand cardinal de
Mendoza, ministre d'Isabelle la Catholique, et du non moins grand
Ximns de Cisneros qui, investi du pouvoir souverain  la fin de la
vie de cette sublime reine, le conserva durant les premires annes du
rgne de sa fille, Jeanne la Folle.

Comme dans presque toutes les glises gothiques d'Espagne, la beaut
de la nef centrale est bien amoindrie par la masse encombrante de
l'invitable choeur rserv aux chanoines. Pourtant, sa magnificence
doit lui faire beaucoup pardonner. Aprs avoir considr la superbe
grille de cuivre dor et de fer argent o se mlent les ornements
caractristiques du style plateresque, aprs avoir reconnu sur le
couronnement trs orn, les armes du cardinal Siliceo, primat
d'Espagne  l'poque o le clbre matre en ferronnerie Domingo
Cespedes acheva ce chef-d'oeuvre (1548); aprs avoir dchiffr
l'inscription indiquant que cette merveille fut excute sous le rgne
de Charles V et sous le pontificat de Paul III, on commence  oublier
des griefs que la visite attentive du vaisseau ne tarde pas  effacer.

Le long des murailles qui s'lvent jusqu' mi-hauteur des piliers, se
dressent deux tages de stalles, en noyer richement sculpt, mais de
styles diffrents. L'tage infrieur n'est pas le plus beau; du moins
il est le plus ancien et le plus intressant. Chaque bas-relief
reprsente un incident de la conqute du royaume de Grenade par les
Rois Catholiques, et la prise successive des nombreuses places fortes
qui pendant dix ans en marqurent les tapes. Ces stalles, acheves en
1495, datent du pontificat du cardinal de Mendoza, et sont l'oeuvre du
matre-sculpteur Rodriguez. De style gothique fleuri, elles abondent
en dtails curieux et charmants sur les fortifications, les costumes,
les armes, les habitudes des chrtiens et des Maures  l'poque de la
conqute.

Les stalles de l'tage suprieur datent du XVIe sicle, et sont tout
imprgnes de l'esprit de la Renaissance. La mosaque de marbre, de
jaspe, d'albtre s'y mle au bois de noyer d'une belle teinte chaude,
et fournit les lments de la dcoration.

Philippe Vigarni, dit de Bourgogne, a compos les stalles de gauche,
tandis que Berruguete entreprenait celles de droite. Les personnages
reprsents presque de grandeur naturelle au-dessus des dossiers, sont
emprunts  l'Ancien et au Nouveau Testament. La stalle de
l'Archevque, si particulirement belle, avait t rserve 
Berruguete. La mort vint, et son collaborateur eut la gloire de la
tailler. Elle porte l'cu du cardinal Siliceo sous le pontificat
duquel elle fut excute, au lieu de celui de l'archevque Talavera
qu'on retrouve sur les autres stalles. Les colonnes de bronze qui
soutiennent la petite coupole dont elle est surmonte sont ciseles 
miracle. Au dossier, un bas-relief d'albtre, d au ciseau de Grgorio
Vigarni, frre de Philippe de Bourgogne, reprsente la Vierge posant
la chasuble sur les paules de saint Ildefonse. La grce et la beaut
mystique de la sainte n'ont d'gale que l'expression extatique et
ravie de celui qui la contemple. Un groupe important se dresse
au-dessus de la coupole, il reprsente la Transfiguration de Jsus
entre lie et Mose. Berruguete eut le temps de l'excuter et mme
d'avoir des difficults avec le Chapitre pour le paiement de cette
oeuvre. Le matre-architecte de l'Alhambra, Pedro Machuca, fut choisi
comme expert et fixa le prix du travail  82628 raux, somme trs
importante pour l'poque puisqu'elle rpond  26000 francs, toutes
proportion et relation gardes.

Au-dessus des stalles s'lvent  droite et  gauche des orgues que la
beaut des registres et l'excellence du mcanisme rendent justement
clbres. L'un date de 1756, l'autre de 1796, et toutes deux sont dues
 des constructeurs fameux. Leur boiserie toute dore est de style
chirruguresque. Ceci dispense d'en parler plus longtemps. Le mobilier
du choeur rivalise avec les stalles. Au milieu, un aigle aux ailes
ployes, aux griffes reposant sur une base gothique d'un style plus
ancien, porte les normes et pesants livres liturgiques. Ce bel oiseau
est sans doute venu d'Allemagne  la Renaissance. Deux autres pupitres
en bronze dor de forme diffrente, sont disposs un peu plus bas et
paralllement aux stalles. De trs beaux bas-reliefs reprsentant le
Passage de la Mer Rouge et David dansant devant l'Arche ornent les
parties planes de ces pupitres. Ils ont t si solidement dors qu'ils
ne portent pas trace d'usure, bien qu'ils soient dats de 1570. S'il
aimait les arts, le Chapitre chrissait aussi l'conomie, car il eut
encore des difficults avec leur auteur, Nicolas de Vergara le Vieux.
Il y eut dispute, querelle; enfin l'on russissait  s'entendre.

[Illustration: Portrait d'homme, par le Greco.--Photographie Hauser Y
Menet,  Madrid.]

Entre le choeur et la Capilla Mayor actuelle que ferme une grille
surmonte d'un admirable Christ en croix, s'tend un assez grand
espace. Il fut occup jusqu'au XVe sicle par la Capilla Mayor
antique, tandis qu'en arrire s'levait la chapelle dite des Rois
Vieux, fonde par le roi D. Sanche le Brave, pour servir de spulture
 sa famille. Devenu cardinal et primat d'Espagne, Ximns de Cisneros
obtint des Rois Catholiques l'autorisation de transporter ailleurs les
restes de leurs prdcesseurs et, des deux chapelles, de n'en faire
qu'une de proportions plus vastes et mieux en harmonie avec
l'importance de l'difice. Un remaniement si important a laiss sa
trace. La Capilla Mayor, aprs avoir hrit des statues et des
ornements des deux sanctuaires, apparat surcharge, encombre,
disparate. Parmi les effigies des rois et des reines, se sont glisses
celles d'un vilain et d'un mcrant.

La fameuse bataille de las Navas tait engage, et l'arme chrtienne,
cerne par l'Infidle, allait tre crase, quand un ptre se prsenta
au roi Alfonse VIII, et lui offrit de le conduire par une voie
inconnue, mais sre, hors du dfil o ses troupes risquaient de
prir. Quand il eut tenu sa parole, le ptre disparut sans attendre un
remerciement, ni solliciter une rcompense. Le bruit courut aussitt
que le sauveur de l'arme chrtienne tait un envoy du ciel. En
tmoignage de reconnaissance, Alfonse VIII ordonna d'lever une statue
reprsentant le guide cleste, et le dpeignit  l'artiste tel qu'il
lui tait apparu.

Vis  vis du _Pastor de las Navas_ figure le digne alfaqui Abou Valid,
qui, par sa prudence, sauva la reine Constance du chtiment qu'elle
avait bien un peu mrit. Au del des statues royales et en se
rapprochant de l'autel, se superposent une srie de tombeaux o
dorment les membres des familles royales que l'on n'a point
transports dans la chapelle des _Rois Nouveaux_. L encore,  une
place toute royale, s'est introduit un personnage que sa naissance ne
destinait pas  un tel honneur. Il ne s'agit de rien moins que du
clbre D. Pedro Gonzals de Mendoza, cardinal, primat d'Espagne et
premier ministre des Rois Catholiques.

[Illustration: La cathdrale de Tolde (page 593).]

Ce n'est pas sans peine que ses restes reposent dans un tombeau qui
est plutt une chapelle, car elle renferme un autel o, suivant les
dernires volonts du prlat, on devrait dire trois messes par jour.
Quand le cardinal fut mort, les chanoines, qui l'avaient peut-tre
trouv encombrant durant sa vie, s'empressrent de protester contre
les clauses de son testament. L'emplacement que le dfunt dsignait
pour y construire sa spulture, dirent-ils d'abord, ne pouvait tre
attribu qu' un monarque ou  un prince de sang royal. Puis il
fallait renverser une partie de la muraille qui soutenait la vote,
pour tablir une communication directe entre l'emplacement choisi et
la chapelle; et l'on objectait le danger qu'il y aurait  ouvrir cette
baie. Informe de cette rsistance, Isabelle, que Mendoza avait eu
l'habilet de dclarer son excutrice testamentaire, envoya au
Chapitre l'ordre de se conformer aux dernires volonts du cardinal.
Comme il ne se pressait pas d'obir, elle se souvint de la reine
Constance. Accompagne de maons, et profitant de la nuit, elle se
rend  la cathdrale et commande aux ouvriers d'en attaquer sous ses
yeux l'paisse muraille. Quand les chanoines arrivrent au matin, ils
trouvrent le percement  peu prs achev. La vote n'tant pas
tombe, il ne servait  rien de protester plus longtemps.

La chapelle, le tombeau et la belle statue qui est place sur le
sarcophage, sont dus au matre Alonso de Covarrubias. Vingt-sept
sculpteurs l'aidrent dans ce travail. Quatre ans suffirent  terminer
l'oeuvre, qui fut inaugure en 1504, aprs la mort d'Isabelle.

[Illustration: Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise
Santo Tom) (page 591).--D'aprs une photographie.]

En admettant les restes de Mendoza parmi ceux des rois et des princes
de Castille, la reine avait voulu rcompenser le serviteur loyal, le
guerrier valeureux, le grand politique qui,  la bataille de Toro,
avait contribu  lui conqurir le trne, et qui, devant Grenade, aida
si puissamment  lui donner un royaume. C'est lui qui, s'levant
au-dessus des prjugs de son temps et de son ordre, prta l'oreille
aux prires de Colomb, embrassa ses vues et lui acquit le bon vouloir
encore timide d'Isabelle. Sans Mendoza, elle n'et, peut-tre, jamais
t la souveraine d'un monde nouveau. Gnreuse et reconnaissante,
elle ne lui garda pas rancune d'avoir t surnomm, de son vivant, le
troisime roi d'Espagne, et aprs sa mort elle remplit avec scrupule
ses dernires volonts. Le collge de Santa-Cruz  Valladolid, et
l'hpital du mme nom, dont elle posa la premire pierre  Tolde,
n'ont pas d'autre origine.

Le grand cardinal tait tel qu'on pouvait concevoir de son temps les
princes de l'glise. Pourtant, un ecclsiastique qui prchait un jour
en sa prsence, profita de l'occasion pour tonner contre le
relchement du sicle et le fit en des termes tels, qu'il tait
impossible de se mprendre sur ses intentions. La suite du prlat
bouillait d'impatience, et se promettait de chtier l'audacieux. Mais,
loin de trahir aucun ressentiment, Mendoza commanda de porter au
prdicateur un plat de gibier qu'on devait lui servir ce jour-l, et
fit accompagner le prsent d'une bourse garnie de doublons d'or, en
guise d'pices.

 l'excuse de Mendoza, il est juste d'ajouter que le non-clibat des
prtres tait tolr et que les anciens fueros d'Aragon permettaient
mme aux descendants des ecclsiastiques d'hriter de leurs parents
dcds intestats. Ce sont l des usages mudejar, qui ont, avec les
moeurs occidentales, les mmes rapports et aussi les mmes diffrences
que celles qui existent entre l'architecture des palais toldans,
btis pour des chrtiens, et celles des difices levs en France  la
mme poque.

[Illustration: Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de
minaret (page 590).--D'aprs une photographie.]

Dans une de ses dernires visites  son ministre mourant, Isabelle le
pria de lui dsigner son successeur, choix d'autant plus important,
que l'archevque de Tolde tait de plein droit prsident du Conseil
de Castille. Press de donner le nom de l'homme le plus digne de
remplir cette double charge, Mendoza lui recommanda le frre Francisco
Ximns de Cisneros, de l'ordre des Franciscains, qui dj la
confessait, bien  contre-coeur du reste. Jamais, peut-tre, Mendoza
ne rendit un plus grand service  sa patrie, car il confiait l'tat 
des mains plus pures que les siennes, et en remettait en mme temps la
direction  un esprit de haute envergure, capable de continuer et de
mener  bien l'unification de l'Espagne.

Ximns ne repose pas, comme son prdcesseur, dans la cathdrale de
Tolde. Il avait choisi, pour dormir son dernier sommeil, la retraite
plus modeste de l'Universit d'Alcala qu'il avait fait construire;
mais son souvenir vit quand mme dans son glise primatiale, et
surtout dans la chapelle Mozarabe o se conservent des traditions
sculaires.

Qu'est-ce donc au juste que le rite mozarabe?

Lorsque les musulmans eurent pris Tolde, ils y exercrent une
domination si douce, que les chrtiens furent autoriss  y pratiquer
leur culte. Trois sicles plus tard, Alfonse VI, en reconqurant la
ville, y trouvait une population chrtienne qui avait gard toutes les
formes du vieux culte gothique, alors qu'elles s'taient transformes
dans les pays rests chrtiens. Le rite toldan fut donc conserv dans
les six glises o il s'tait perptu pendant la domination
trangre; mais, peu  peu, le nombre des mozarabes dcrut, et le rite
se ft perdu sans retour, si Ximns ne lui et consacr une chapelle
mise en communication directe avec la cathdrale. La messe qu'on y
clbre en pompe chaque jour, diffre de la messe dite suivant le rite
romain. Bien qu'il ne s'agisse que de pures questions de formes,
telles que le fractionnement de l'hostie en neuf parties, l'ordre des
prires--le _Credo_ se dit aprs l'lvation,--la suppression du
dernier vangile, etc., de graves dissentiments s'levrent jadis
entre les partisans des deux rites. On livra pour eux des combats
singuliers, l'un et l'autre eurent leurs chevaliers qui les
dfendirent en champ clos. Le succs tant demeur incertain, on s'en
remit au feu pour affirmer la volont du Ciel. Un bcher fut allum,
et en prsence d'une assistance anxieuse les livres toldans et latins
y furent jets en mme temps. Les premiers demeurrent intacts,
pendant que les autres taient consums. La voix du Ciel avait parl,
le rite toldan ou de Saint-Isidore fut conserv. Aujourd'hui la messe
mozarabe est un peu considre comme une curiosit, et rentre dans le
domaine de l'archologie chrtienne. Si les trangers y viennent en
nombre, on n'en saurait dire autant des gens de la ville que, seules,
les crmonies des grandes ftes ont le pouvoir d'y attirer. Le nombre
toujours dcroissant des Mozarabes n'a rien de surprenant, tant donn
que, dans les unions mixtes, l'poux de rite latin bnficie de
certains privilges refuss  l'poux de rite toldan. C'est ainsi
que, dans le premier cas, la femme est force de rentrer dans le giron
de l'glise latine, tandis que dans le second elle ne devient pas
mozarabe.

Il est assez difficile de comprendre  quel sentiment obit un
rformateur tel que Ximns, en assurant par la construction d'une
chapelle particulire, la perptuit du culte qui mourait. Quoi qu'il
en soit, l'difice, commenc en 1504 sur les plans de Enriquez de
Egas, et bti par des maons musulmans, nomms Faranx et Mahomet, n'a
rien de bien remarquable. En revanche, sur le mur qui fait face 
l'entre, s'tend une belle fresque de Jean de Bourgogne, date de
1514. Elle reprsente, en trois tableaux admirablement conservs, les
pisodes du dbarquement de l'arme espagnole commande par le grand
cardinal, devant la ville d'Oran, en 1509. La prise de la ville, le
soir mme du dbarquement, fut le grand triomphe de la vie de Ximns.
 sa prire, le Ciel, au dire des combattants, avait renouvel le
miracle de Josu, et arrt le soleil jusqu' ce que les chrtiens
eussent forc les murs de la citadelle musulmane.

Il n'est pas surprenant que le cardinal, en dpit de sa ferveur et de
son humilit bien connues, ait succomb  la tentation de conserver 
la postrit le souvenir du grand service qu'il rendit  son pays,
service qui lui attira la jalousie de Ferdinand, et lui valut, pour
plusieurs annes, une sorte d'exil dans son Universit d'Alcala.

La chapelle mozarabe n'a pas seule le privilge de garder le portrait
fidle du grand cardinal. On retrouve son visage d'ascte parmi les
portraits des primats d'Espagne qui se droulent sur les murs de la
salle capitulaire, et aussi dans une fresque situe au-dessus de la
porte de cette salle. Cette peinture reprsente le Jugement et les
fins dernires de l'homme. Comme l'artiste prtendait installer le
cardinal parmi les lus, dans la gloire du Ciel:

[Illustration: Les vques Mendoza et Ximns.--d'aprs une
photographie.]

C'est trop d'orgueil! fit le prlat.

--Faut-il placer Votre minence en enfer?

--C'est trop d'humiliation!

On prit un terme moyen, et le Cardinal fut mis en purgatoire, mais
tout prt  en sortir et allg de ses habits, afin de s'lever plus
vite au sjour des Bienheureux.

Une autre grande figure, mais celle-ci ensanglante et tragique, avait
prcd Mendoza sous les votes du vieil difice. Je veux parler
d'Alvaro de Luna, le favori et le ministre de Juan II, pre d'Isabelle
la Catholique, dont le tronc et la tte reposent dans la chapelle de
Santiago, qu'il avait construite de son vivant, et qui est reste
l'une des plus belles de la cathdrale. Jamais destine plus trange
que celle de cet homme parti de bas, lev au pouvoir par la faveur de
son matre, rgnant pendant trente-deux ans sur l'Espagne, mourant sur
un chafaud, et trouvant dans la cathdrale de Tolde une spulture
quasi royale, aprs avoir longtemps repos dans le cimetire des
supplicis. Seul, le sort du cardinal Wolseley peut tre compar au
sien.

Vers 1437, alors qu'il tait au fate de la puissance, Alvaro de Luna
avait achet la chapelle de Santo Tom, fonde en 1177 par le comte D.
Muno de Lara, y avait adjoint des terrains voisins, et avait fait
construire la superbe chapelle ddie  saint Jacques en souvenir de
l'Ordre dont il avait t nomm Grand-Matre.  la place qu'il
rservait pour sa spulture, il avait install un automate de bronze
maill et dor, model  sa ressemblance, qui se levait et
s'agenouillait au moment de la conscration.

D'aprs certaines chroniques, l'automate fut dtruit du vivant mme du
Grand-Matre, par D. Enrique d'Aragon, durant la guerre que ce prince
soutint contre la Castille en 1440. L'une d'elles fait dire  D.
Alvaro, s'adressant  D. Enrique:

Pourquoi n'as-tu pas brav ma statue, et pourquoi l'as-tu dtruite,
toi qui sur le champ de bataille as fui devant moi?

[Illustration: Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la
Penitencia.--D'aprs une photographie.]

Selon d'autres auteurs, la statue fut enleve par ordre d'Isabelle la
Catholique, choque des distractions que ses volutions donnaient aux
fidles. Il est probable que la premire version est la bonne, car la
statue du Conntable ne dut pas survivre  sa disgrce, et attendre
jusqu'au rgne d'Isabelle pour descendre de son pidestal. Quoi qu'il
en soit, le bronze de l'automate ne fut pas perdu, et on croit en
retrouver les restes dans les deux chaires ciseles qui sont  droite
et  gauche de la Capilla Mayor.

Sur les deux sarcophages placs au centre de la chapelle, gisent les
statues tombales d'Alvaro de Luna, vtu de l'armure et du manteau des
Grands-Matres de l'Ordre de Santiago, et de sa femme, Doa Juana de
Pimentel. Une inscription donne seulement la date de la mort du
Conntable, survenue en juillet 1453. Les traits du clbre favori de
Juan II rappellent ceux du petit portrait peint sur le retable qui
surmonte l'autel, portrait copi sans doute sur un original, car le
retable fut donn et plac en ce lieu ds 1498 sur les ordres de Doa
Maria de Luna, fille du Conntable. Les sarcophages, tous deux trs
beaux, sont l'oeuvre de Pedro Ortiz.

Non loin de la chapelle de Santiago, et signale par les statues
polychromes des hrauts d'armes de Lon et de Castille, s'ouvre la
porte de la chapelle des _Rois Nouveaux_, construite par Alonzo
Covarrubias, sur l'ordre de Charles Quint. Elle est de style
plateresque, et du plus lgant qu'il soit. En dpit de la nouveaut
relative de la construction, et surtout des autels qui remontent  la
fin du XVIIIe sicle, on y vit encore parmi d'antiques souvenirs. Sous
des ornements gracieux de la Renaissance, sont tendues, svres et un
peu hiratiques, les statues tombales des fondateurs de la premire
chapelle leve en ce lieu: D. Enrique de Castille et sa femme, Doa
Juana, morts le premier en 1378 et la seconde en 1381. Plus loin,
celles de Enrique III et de sa femme, Doa Catalina, morte en 1418.

Dans l'angle de la chapelle, se trouve une trs intressante et trs
vivante statue peinte de D. Juan II, le matre trop faible et puis
trop svre de l'infortun Alvaro de Luna. Elle est l'oeuvre de Juan
de Bourgogne.

L'artiste a d s'inspirer de quelque portrait fidle, car, dans ces
yeux bleus, ce teint frais, ces joues et cette tte ronde, se
retrouvent tous les caractres que l'on remarque dans les portraits
les plus authentiques d'Isabelle la Catholique. Le regard de la fille
est seulement plus profond et plus ferme que ne l'est celui du pre.

 la vote trs haute du vestibule qui prcde la chapelle, sont
suspendus deux trophes fameux, qu'Isabelle avait fait placer
elle-mme au-dessus du tombeau de ses anctres et qui furent
transports dans la nouvelle chapelle btie par son petit-fils,
Charles Quint. L'un est un drapeau portugais, pris  la bataille de
Toro, livre en 1476 par les Rois Catholiques, et  la suite de
laquelle Isabelle resta matresse inconteste de la couronne de
Castille; l'autre est l'armure complte de l'alferez D. Duarte de
Almada, qui, bless grivement au bras durant la mme bataille,
continua de porter l'tendard royal, entre les dents, jusqu' la fin
du combat.

L'histoire suivra l'exemple des Rois Catholiques et immortalisera le
porte-tendard de Toro en lui donnant une place  ct du soldat de
Salamine, qui, aprs avoir perdu les deux mains, tenta d'arrter une
galre perse en s'y accrochant avec les dents.

Quand on a visit la grande nef de la cathdrale de Tolde et les
innombrables chapelles greffes sur les collatraux, l'on ne connat
qu'une partie du monument. Il reste  parcourir les sacristies et les
magasins, les archives et la bibliothque, o, depuis des sicles,
l'on range, l'on amasse et l'on entasse les dons des rois, des princes
et des primats d'Espagne. Le contenant est digne du contenu. Les
lambris, les portes, les armoires sont, pour la plupart, des
chefs-d'oeuvre de menuiserie et de sculpture dcorative. Le plafond de
la grande sacristie, avec ses caissons toils et cruciformes, rouges
ou bleus, damasss d'or, est une merveille d'ornementation mudejar.
Les bronzes, rpandus  profusion, peuvent lutter de beaut avec le
revtement et le marbre de la porte des Lions.

Plusieurs volumes suffiraient  grand'peine  la description des
joyaux, des tapisseries, des bannires, des ornements, des meubles,
des souvenirs historiques entre lesquels on signalerait la tente de
drap d'or qu'Isabelle la Catholique planta firement devant Grenade.
Puis ce sont des sculptures et des tableaux: le portrait du cardinal
Borgia peint par Vlasquez, que connaissent, seuls, quelques rares
initis, et le Saint Antoine d'Alonso Cano, une statuette clbre qui
est, en ralit, de Pedro de Mena, l'un des lves favoris du matre
grenadin.

Et que dire du fonds magnifique de la bibliothque et des archives, 
peu prs inexplor encore? Quelle joie n'prouverait-on pas 
retrouver dans la section musicale les oeuvres, pour la plupart
indites, des clbres matres de chapelle du XVe et du XVIe sicle:
les Francisco Penalosa, les Bernardino Ribera, les Andres Torrentes,
les Morals, les Escovedo, les Pedro Fernandez, les Antonio Bernal,
les Navarro! En lisant les pages admirables laisses par certains de
ces matres, n'prouverait-on pas quelque surprise  constater
qu'elles sont crites en chiffres, et  retrouver dans leur notation
les principes de la mthode de Galin-Paris-Chev, qui eut tant de
vogue il y a quelque trente ans.

Mais pntrer dans les mystrieuses retraites de l'antique cathdrale
et bien connatre sa vie intime, n'est pas donn aux mortels. Trois
mille cls sont, parat-il, ncessaires pour fermer toutes ses portes;
je crois qu'il en faut encore bien davantage pour les ouvrir. Saint
Pierre lui-mme n'y parviendrait pas. Le sage est celui qui sait
modrer ses dsirs. C'est en mditant sur cette vieille maxime, que
j'ai pris cong de mes guides, et que je suis sortie de la cathdrale.

  (_ suivre._)                         JANE DIEULAFOY.

[Illustration: Prise de Melilla (cathdrale de Tolde).--D'aprs une
photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--51e LIV.     N 51.--23 Dcembre 1905.


[Illustration: C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants
pendant son sjour  Tolde (page 606).--D'aprs une photographie.]




DE TOLDE  GRENADE[2]

         [Note 2: _Suite. Voyez pages 577 et 589._]

PAR Mme JANE DIEULAFOY.

     III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les
     chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa Cruz.
     -- Les Soeurs de Saint -- Vincent de Paul. -- Les portraits
     fameux de l'Universit. -- L'ange et la Peste. -- Sainte --
     Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil couchant sur les
     pinacles de San Juan de los Reyes.


[Illustration: Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de
Tolde.]

Le grand nom d'Isabelle la Catholique a retenti bien des fois dans la
cathdrale de Tolde, et, au cours de mes nombreuses visites, je l'ai
entendu rpter par tous les chos. C'est dans ce beau sanctuaire,
pieux joyau de la couronne de Castille, que l'admirable reine vint
rendre grce  Dieu ds que la victoire de Toro l'eut mise en
possession du sceptre qu'elle devait porter avec tant de gloire. Les
rcits du temps nous ont conserv le souvenir fidle de cette entre
fameuse. Elle eut lieu le 31 janvier 1476.

Les rues, le Zocodover s'taient, ds l'aurore, remplis d'une foule
bruyante, trs mue. Les jurats, les chevins taient sortis de leurs
demeures, ceux-ci pars de costumes de couleur clatante; ceux-l, de
longues et magnifiques robes de brocart. Aux portes et aux rares
ouvertures extrieures des maisons, l'on avait suspendu des
tapisseries, des tapis d'Orient, des toffes soyeuses venues de Venise
ou tisses par les habiles artisans de la cit. Peu  peu, le vide
s'tait fait dans la ville, et la foule, suivant les chefs des grandes
familles, s'tait rpandue en flots presss du ct de l'ermitage de
Saint-Eugne, o l'on avait dj runi des jongleurs, des chanteurs,
des potes, des musiciens et des danseuses, tous richement vtus.

Bientt, annonc par des fanfares et salu par des chants qui
clbraient l'union de la Castille et de l'Aragon, le cortge royal
apparut; les ttes s'levrent, et les cous se tendirent pour mieux
voir les souverains de qui la victoire assurait la paix aux deux
royaumes, et de qui la renomme tait sur toutes les lvres.
Ferdinand, tout jeune, bien pris de sa personne, les cheveux et les
yeux noirs, la figure intelligente et gracieuse, montait, en cuyer
consomm, un superbe genet. La reine parut  son tour, assise sur une
mule richement caparaonne, que conduisaient deux pages choisis dans
les plus nobles familles du royaume. Elle tait de petite taille, mais
en elle rayonnait une majest sereine. Ses cheveux, d'un blond ardent,
que cachaient presque les voiles qui entouraient sa tte, sa peau trs
blanche, ses yeux gris-bleu rappelaient que, par son aeule
paternelle, elle descendait de la maison de Lancastre. Une grce
exquise, un sourire anglique corrigeaient la svrit du front et la
fermet du regard. Isabelle avait vingt-six ans--deux ans de plus que
son poux,--et dj elle avait soumis un royaume que lui avaient
disput l'tranger et les factieux.

Aprs avoir jur de respecter les privilges de la ville et franchi
les remparts, les Rois se dirigrent vers la cathdrale. Ils y
pntrrent par la porte du Pardon, tandis que de jeunes enfants,
figurant des anges, leur souhaitaient en musique la bienvenue. Et
agenouills au pied de l'autel, ils remercirent l'ternel qui leur
avait permis d'expulser l'tranger de la Castille, et l'avait
contraint de repasser la frontire de Portugal. Peut-tre
l'incomparable souveraine planta-t-elle, ce jour-l, dans le jardin du
clotre, le buis plusieurs fois centenaire dont tout voyageur
privilgi reoit quelques feuilles  titre de souvenir.

Sous le rgne de Juan II, pre de la reine, le clbre favori Alvaro
de Luna avait fait disposer  l'usage de son matre quelques pices
dans l'Alcazar. Les Rois s'y rendirent. On y avait prpar une petite
collation, car ils jenaient ce jour-l; mais, en dpit de la pnurie
du trsor, les pauvres ne furent pas oublis.

Le 2 fvrier, dans une pompe plus grande encore, les Rois revinrent 
la cathdrale.

[Illustration: Porte des lions.--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Isabelle rayonnait d'une beaut suprme; ou ne voyait qu'elle, tout
s'clipsait auprs du _lis de la royaut_. Sur sa robe de brocart
blanc s'enlevaient en frisure d'or les chteaux et les lions
symboliques de ses royaumes hrditaires, un long manteau d'hermine
tombait de ses paules et formait une ample trane, que soutenaient
deux jeunes pages. Sur sa tte, entoure de voiles lgers, tincelait
une couronne d'or constelle de pierreries; autour de son cou,
s'enroulait un admirable collier de rubis balais. La pierre qui
tombait sur sa poitrine attirait tous les regards, non seulement 
cause de sa grosseur et de son incomparable clat, mais parce qu'elle
avait, disait-on, appartenu  Salomon. On en voyait la preuve dans
l'inscription hbraque grave sur son pourtour.

Devant les Rois flottaient, hauts et fiers, les tendards de Lon, de
Castille et d'Aragon, tandis que l'on portait renverss et humilis
les drapeaux lusitaniens, abandonns par l'ennemi dans la droute qui
avait suivi la victoire de Toro. Les triomphateurs rentrant dans la
cit de Romulus, aprs une guerre heureuse, ne prsentaient pas avec
plus d'orgueil les dpouilles des vaincus au peuple romain. Aprs
avoir entendu la messe, et fait suspendre au-dessus du tombeau de ses
pres, si souvent effrays par les Portugais, les tmoignages de son
triomphe, Isabelle en voulut laisser  Tolde un souvenir plus
durable.  cette pense est due l'rection du clbre monastre de San
Juan de los Reyes.

L'difice, situ  l'extrmit du plateau qui domine la valle
verdoyante du Tage lorsqu'il s'loigne de la cit, est bti sur le
plan d'une croix latine, en un calcaire blanc dont le grain trs fin
et trs dur s'est prt, docile, aux fantaisies les plus capricieuses
des sculpteurs.  l'intersection des branches s'lve,  une grande
hauteur, une large et belle coupole. La retombe des arcs s'appuie sur
deux tribunes lgantes, rserves aux Rois, tandis qu'autour des nefs
une frise, sculpte en pleine pierre, porte une magnifique inscription
en caractres gothiques, qui clbre les noms glorieux des fondateurs.
De charmants dtails amusent de tous cts le regard, sans amoindrir
l'impression grandiose et svre que laisse l'ensemble. Ici des
fleurs, des guirlandes, des oiseaux; l un singe, vtu en moine, la
tte couverte d'un capuchon, fait dans un profond recueillement la
lecture du brviaire. Auprs de lui, l'artiste n'a pas craint de
modeler un vase ... Sa destination ne peut faire doute pour personne.
Singulire irrvrence, permise dans ces temps de pit fervente!

[Illustration: Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme la
manifestation la plus prcieuse et la plus fleurie de l'architecture
gothique espagnole (page 604).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

En donnant aux Franciscains le monastre et l'glise de San Juan de
los Reyes, o elle pensait dormir son dernier sommeil, Isabelle les
dota de sept mille maravedis de rente,  prendre sur le trsor royal,
sans dtriment des revenus et des dmes en nature,  prlever sur le
pays. Elle les enrichit en outre d'oeuvres d'art, de miniatures, de
joyaux et de manuscrits prcieux achets en Allemagne et en Italie.
C'est qu'en effet la grande reine de Castille prtendait que ses
largesses profitassent  son peuple. Dans ce but, elle obligea la
communaut  crer deux chaires de thologie pour les tudiants et les
enfants de la province; elle exigea que l'on y expost la doctrine
chrtienne, de manire  la faire comprendre et aimer. Or, nul ordre
religieux n'tait plus digne de la confiance d'Isabelle que celui des
Franciscains; nul ne mritait mieux, pour ses talents et ses vertus,
d'tre l'objet de ses prdilections.

Aprs la conqute du royaume de Grenade, les ides d'Isabelle se
modifirent, et, par son testament, un chef-d'oeuvre de prudence et de
sagesse, elle ordonna de porter sa dpouille mortuaire dans la ville
conquise au prix de tant d'efforts.

La faveur du monastre toldan ne dcrut pas durant les rgnes
suivants: Charles Quint complta l'oeuvre de son aeule; Philippe II
le gratifia de donations nouvelles et lui fit le suprme honneur de le
dsigner pour tenir le Chapitre gnral de tous les grands Ordres
militaires d'Espagne. Enfin, Philippe III couvrit ses murailles de
peintures, y logea de prfrence  l'Alcazar lors de l'lection du
Gnral des Franciscains, et  cette occasion y donna des ftes et des
banquets splendides.

Lorsqu'elle visita l'Espagne, Mme d'Aulnoy fut trs frappe de la
magnificence de l'glise: Elle est belle et grande, crit-elle, et
toute pleine d'orangers, de grenadiers, de jasmins et de myrtes fort
hauts, qui forment des alles dans des caisses, jusqu'au grand autel
dont les ornements sont extrmement riches. De sorte qu'au travers de
toutes ces branches vertes et de toutes ces fleurs de couleurs
diffrentes, en voyant briller l'or, l'argent, les broderies et les
cierges allums dont l'autel est par, il semble que ce soient les
rayons du soleil qui vous frappent les yeux. Il y a aussi des cages
peintes et dores remplies de rossignols, de serins et d'autres
oiseaux, qui font un concert charmant.

L'glise et surtout le couvent ont terriblement souffert de la guerre
et de l'incendie qui, en 1809, dtruisirent le retable, les verrires,
les oeuvres d'art, la bibliothque et la moiti du clotre. En 1835,
lors de la rvolution et de l'abolition des Ordres religieux,
l'difice fut transform en magasin  poudre. Il et achev de prir
si, en 1844, la Commission des monuments historiques ne l'et prserv
en y transportant la paroisse de San Martino. Rendue au culte, et
ferme aux mendiants et aux pillards, l'glise a chapp aux
dmolisseurs qui la guettaient. Quant au clotre, il a subi depuis
1858 une restauration aussi habile que lente, et apparat aujourd'hui
comme la manifestation la plus prcieuse et la plus fleurie de
l'architecture gothique de l'Espagne. Ses arcs, qui occupent une
longueur de 26 mtres environ sur chacun de ses quatre cts, sont
orns d'une multitude de statues, d'ornements, d'oiseaux, de fruits et
de fleurs, traits avec un art exquis. Sur le mur intrieur, qu'ornent
galement des statues, supportes par d'lgants culs-de-lampe et
surmontes de pinacles dlicats, court une longue inscription en
langue castillane. Les beaux caractres gothiques qui la composent
sont analogues  ceux employs  l'intrieur de l'glise, quoique
d'une dimension moindre. Ferdinand et surtout Isabelle y sont lous
avec reconnaissance et justice.

Ce clotre, la haute et la basse glise et tout ce monastre furent
difis par ordre des Catholiques et Trs Excellents Rois Ferdinand et
Doa Isabel, rois de Castille, d'Aragon et de Jrusalem,  partir des
premiers fondements, en l'honneur et  la gloire du Roi du Ciel et de
sa glorieuse Mre et des Bienheureux saint Jean l'vangliste et du
trs saint Franois, leurs fervents intercesseurs. Et aprs
l'dification de cette demeure, ils conquirent le royaume de Grenade,
dtruisirent l'hrsie et chassrent tous les Infidles, et gagnrent
tous les royaumes des Espagnes et des Indes, et rformrent les
glises et les communauts des moines et des religieuses, qui, dans
tous leurs royaumes, avaient besoin de rformes; et, aprs de si
grandes et de si excellentes oeuvres, le Roi des rois rappela la reine
du naufrage de ce plerinage, pour lui donner le prix et la rcompense
mrits par les si grands et les si clatants services que, de son
vivant, elle rendit en cette ville  la religion; et elle mourut 
Mdina del Campo, vtue de l'habit de Saint-Franois, le 5 novembre de
l'an 1503.

[Illustration: Ornements d'glise,  Tolde.--Photographie Lvy.]

Comme l'glise et le monastre, le clotre fut bti sur les plans de
l'un des plus clbres architectes de la cathdrale, Juan Guaz, un
Flamand, croit-on, et de qui une fresque trs raliste conserve  San
Justo y Pastor nous a gard les traits. Pour tablir entre les deux
tages du clotre une communication digne de l'difice, Charles Quint
ordonna plus tard  Covarrubias de construire le bel escalier,
recouvert d'une coupole en forme de coquille, o l'cusson du grand
empereur figure auprs de ceux de ses anctres. S'ouvrant sur la
galerie suprieure, l'on montre avec respect la cellule de Ximns, le
premier novice qui prit  San Juan l'habit des Franciscains.

Encore en ces dernires annes, San Juan de los Reyes a t l'objet
d'une nouvelle injure. Aprs la prise de Malaga, Isabelle avait envoy
comme trophes les chanes des captifs chrtiens librs de sa main,
et avait ordonn de les suspendre aux murailles extrieures de
l'glise. Depuis quatre sicles, leurs sombres anneaux traaient des
courbes sur les parements de pierre blanche, quand un alcade, de sens
pratique, les fit dcrocher, et ordonna de les battre pour en forger
des bancs et une clture destine au jardin public. Par bonheur, on
eut le temps d'arrter la consommation totale d'un tel sacrilge, et
une partie des chanes reprit la place si longtemps occupe.

[Illustration: Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de
la cathdrale de Tolde (page 603).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Dans une des salles basses du monastre, peut-tre quelque vaste
sacristie, on a runi une foule d'objets htroclites, rappelant des
souvenirs plus ou moins tristes ou curieux, tels que: tableaux, bois
et pierres sculpts, maux et ferrailles vnrables. L'ensemble
constitue ce que l'on appelle pompeusement le Muse provincial. On le
visite, si le concierge a le loisir de rpondre au coup de sonnette
des visiteurs. Quand ses occupations le retiennent dans ses
appartements, on prouve l'ennui de patienter  la porte; mais, si
l'on n'entre pas, on ne doit pas en concevoir un dpit trop amer: les
objets qui paraissaient mriter quelque intrt ayant tous pris le
chemin de Madrid.

Enfin, sur l'emplacement de la partie du monastre que son tat de
ruine n'a pas permis de conserver, on a bti des coles o le style
ogival, mort depuis tant de sicles, essaye de fleurir une dernire
fois.

Isabelle ne s'en tint pas  ces largesses envers la vieille capitale
de la Castille. Dans les dernires annes de sa vie, elle la dota
encore de l'hpital de Santa Cruz destin aux enfants trouvs. En
ordonnant la construction de ce bel difice, elle agit en qualit
d'excutrice testamentaire de son fidle ministre, le cardinal de
Mendoza, celui-l mme  qui elle avait par violence assur le dernier
repos dans la capilla mayor de la Cathdrale. Le cardinal tait mort
en 1495, avant que la premire pierre et t pose. La reine
intervint aussitt, leva les difficults qui s'levrent  propos de
l'acquisition de terrains possds par des ordres monastiques, et
quand elle mourut  son tour, en 1503, toutes les dispositions avaient
t si bien prises que l'architecte, Enrique de Egas, ne rencontra
plus aucun obstacle. Dix annes plus tard l'hpital tait achev. Il
est bti en forme de croix grecque ou de Jrusalem. L'glise se
trouvait jadis  l'intersection des branches de la croix; la
dsaffectation de l'difice et sa transformation en cole de cadets a
contraint de reporter l'autel  l'extrmit de l'une des branches.
Bien que construit trs peu d'annes aprs San Juan de los Reyes,
l'hospice de Santa Cruz n'offre avec lui aucune analogie de style. Les
contacts multiples avec l'Italie avaient rvl  l'Espagne des
formules nouvelles. Aussitt elle s'en tait prise, oublieuse de son
propre pass et des traditions importes de la Bourgogne et des
Flandres aux sicles prcdents. Seules, les magnifiques charpentes
ornes de mosaques de bois qui couvrent encore les quatre nefs sont
de cet art mudejar dont on retrouve  Tolde tant de modles parfaits.

 droite de la nef servant aujourd'hui d'entre, s'lve un clotre
port sur des colonnes d'ordre classique. On accde  l'tage
suprieur par un escalier d'un dessin trs lgant. Il s'ouvre sous un
portique form par trois arcs aux sculptures infiniment dlicates. De
grandes marches d'un seul morceau, prises dans un marbre fin et blanc,
conduisent  des galeries que les mendiants et les pillards ont
dpouilles de leur plancher, de telle sorte que, pour les parcourir,
il faut sauter de solive en solive, au risque de tomber dans les
intervalles, et de crever le lger caissonnage de marqueterie 
travers les fissures duquel on aperoit le dallage du clotre
infrieur.

Cette cour communique avec un autre clotre plus petit, aux colonnes
et aux chapiteaux fort lourds emprunts  l'antique chapelle de
Sainte-Locadie. Des rares fentres qui clairent quelques cellules
mnages le long de ces clotres, on dcouvre la svre brisure au
fond de laquelle coule le Tage, le pont d'Alcantara et le chteau de
San Cervants, cette belle et rbarbative entre de Tolde. On
s'explique trs bien les traditions qui placent sur les terrains
occups par l'hospice, l'ancien Alcazar, celui qui se rendit en 1085
au roi Alfonse VI,  la suite d'une famine provoque par un terrible
blocus. Nulle part on ne pouvait tre mieux plac pour dfendre le
fleuve. Que reste-il de cette forteresse? Rien, sinon un hospice
ruin, dlabr, perc comme s'il avait subi les ravages d'un long
sige, et cette immense mlancolie des forces devenues sans emploi.

En remontant de l'hpital de Santa Cruz vers le Zocodover, et avant
d'atteindre l'arc mauresque de la Sangre, on laisse sur la gauche une
maison bien modeste, une sorte de posada o les gens qui viennent au
march runissent leurs btes et leurs charrettes. Elle voque, elle
aussi, bien des tristesses. C'est dans cette pauvre demeure que vcut
Cervants pendant son sjour  Tolde. Hlas! qu'il tait vrai ce cri
de dchirante dtresse chapp un jour au dcouragement du vieux
soldat de Lpante: Maldiction sur notre sicle o il semble que la
pauvret soit la compagne insparable de la noblesse!

L'oeuvre de Charles Quint n'est pas seulement reprsente par la porte
de Visagra. Tolde lui doit encore la belle cour de l'Alcazar, car
l'difice brl et rebti  plusieurs reprises est, sans lui faire
injure, un vritable couteau de Janot. Puis on doit encore rattacher 
son rgne un monument grandiose qui s'tend hors de la ville:
l'hpital de San Juan _a Fuera_, bti par le cardinal archevque D.
Juan Tavera. Commence en 1541, l'oeuvre ne fut acheve qu'en 1624. Sa
construction avait dur 64 ans. La faade imposante, sinon d'un got
dlicat, s'tend sur une longueur de 100 mtres environ. Deux clotres
jumeaux mnags de chaque ct d'une colonnade qui aboutit  la porte
de l'glise, se superposent sur deux tages, l'un de style dorique,
l'autre de style ionique.

La porte de l'glise, due au ciseau de Berruguete, s'ouvre, et des
Filles de Saint-Vincent de Paul,  la blanche cornette, apparaissent,
expliquant par leur prsence le bon ordre et la propret dont on est
frapp ds qu'on a franchi le seuil de l'hpital.

[Illustration: Une torera.--D'aprs une photographie.]

Quel tonnement et quelle satisfaction de voir des dallages sans
souillures, des coins sans ordures, des vieillards lavs et peigns,
des gardiens qui ne mendient pas avec la menace dans le regard. On
sent que les bons anges de France ont vol par-dessus les montagnes,
et que pour leur charit le Monde ne sera jamais assez grand.

 la croise de la nef et des branches du transept, une immense et
haute coupole abrite le tombeau du fondateur de l'hpital. Elle est la
dernire oeuvre d'Alonso Berruguete. Peut-tre mme fut-elle acheve
par son fils en 1561. Les annes avaient calm la fougue de l'artiste,
car il n'a jamais mieux rendu la douceur et la batitude de la mort du
juste. Les ornements du sarcophage sont d'une poque postrieure  la
figure, et quoique d'un bon style italien, ne la valent pas. Ils sont
l'oeuvre d'un artiste indigne; mais,  cette poque, et quand ils
s'attaquaient au marbre, les sculpteurs espagnols s'taient si bien
appropri la manire italienne, qu'il est difficile de distinguer
leurs oeuvres de celles qui sortaient des ateliers de Gnes ou de
Florence.

Les Toldans se plaisent  comparer leur ville  la capitale de la
chrtient. Ce parallle est tout  leur avantage. Jugez-en:

Tolde et Rome ont sept collines, Tolde et Rome ont une roche
tarpenne, Tolde et Rome ont des glises uniques au monde, Tolde et
Rome sont remplies de couvents, Tolde et Rome ont donn naissance 
d'illustres prlats; mais la Rome d'Italie a commis des fautes graves
et des sottises que la Rome d'Espagne s'est vertue  corriger. Enfin
Tolde crase sa rivale sous l'universelle renomme de ses massepains
aux amandes, qui lui ont valu le titre glorieux de la _Roma del
Mazapan_. Sur ce terrain, la lutte n'est plus possible.

[Illustration: Vue intrieure de l'glise de San Juan de los Reyes
(page 604).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Il est encore un autre avantage que l'on a concd, de temps
immmorial,  Tolde sur la Ville ternelle, et cet avantage elle le
doit  ses armuriers. Polybe, Cicron, Tite-Live, Diodore, Martial
parlent de la trempe des courtes pes d'Ibrie; Ovide assure que
l'eau du Tage et le sable que charrie son lit sont pourvus de
proprits particulires. Au Moyen ge le fer des mines de Mondragon,
situes dans les provinces basques, tait aussi connu que le nom des
armuriers toldans: Juan el Moro qui aprs la conqute eut pour
parrain Ferdinand le Catholique, Nicolas Ortimo, Juan Martinez,
Antonio Ruiz, Johannes de la Horta, Tomas de Ayala, Sahagun et ses
descendants, Dionisio, Corrientes, Miguel Castaro, Toma Gaya,
Sebastien Hernandez qui ajoutait  son nom celui de _Toledano_ et dont
la signature se retrouve sur de belles pes conserves  l'Armeria
Real, tous ont t clbres dans le monde entier. Les chevaliers
franais apprciaient  leur valeur le _fer d'Espaigne_, et en
Angleterre Jonson, Butler et Shakespeare ont rendu tmoignage de
l'estime en laquelle on tenait les armes toldanes.

Les armuriers toldans formaient bien une corporation jouissant
d'importants privilges, tels que l'exemption des impts et des droits
sur le fer et sur la vente des pes, mais chacun poursuivait son
oeuvre dans le mystre de sa forge, et gardait avec un soin jaloux le
secret de ses procds. Aussi bien sortait-il de leurs mains des armes
si diffrentes, que Mahomet Ben Ali il Erani a pu composer tout un
livre sur ce sujet.

 la Renaissance, l'usage des armes de combat tait si gnral en
Espagne, que les valets comme les matres portaient la rapire au
ct, ou le poignard  la ceinture. Les enfants eux-mmes, n'avaient
pas d'autres jouets.

Durant son voyage de Valence  Madrid, Franois Ier fut frapp de ce
fait:

 bienheureuse Espagne, s'cria-t-il, bienheureuse Espagne qui
enfantez et levez des hommes tout arms!

[Illustration: Une rue de Tolde.--D'aprs une photographie.]

La littrature porte la trace de ce got de l'Espagnol pour le
vaillant et fin acier. Dans les romans et les drames du moyen ge
crits vers le milieu du XVIIe sicle, il n'est pas un gentilhomme qui
ne brandisse une bonne lame de Tolde et ne la mette au service de sa
dame ou du roi. Plus tard la rputation des poignards tremps au bord
du Tage balana mme celle des belles Andalouses, en corset noir, qui,
le soir venu, passaient sur le pont de Tolde. Il est vrai de dire que
les Andalouses de Tolde furent de tout temps aussi rares que les
Castillanes de Sville, ou les Aragonaises de Grenade.

La prosprit du commerce des armes touchait d'ailleurs  sa fin.
Pendant les grandes guerres de Charles Quint et sous le rgne de
Philippe II, elle avait dj souffert des progrs de l'arquebuserie. 
l'avnement de Philippe V, l'adoption du costume franais fit
abandonner l'usage de la rapire en faveur de l'pe de parade.

Aujourd'hui, la manufacture, construite en 1777 par Charles III,
fournit des canons et des fusils, tandis que quelques artistes
indpendants cislent ou incrustent l'or et l'argent dans le fer, et
prparent,  douleur! des pommes d'ombrelle, des manches de parapluie,
des ncessaires de fumeurs et des boutons de manchettes. O sont les
hroques pes d'antan?

La corporation des armuriers n'est pas la seule qui ait dchu: celle
des tapissiers pour estrades, et des vendeurs de bois pour bchers
sont galement dans le marasme. C'est prcisment dans le voisinage de
la fabrique d'armes que s'levait jadis le _quemadero_ de
l'Inquisition, o l'on brlait les infortuns que le terrible tribunal
condamnait aux flammes. Cet horrible supplice n'avait pas lieu, comme
on le croit gnralement, en prsence du roi et de la noblesse.
L'_auto de fe_ ou acte de foi, qui se clbrait sur la place du
Zocodover, consistait en une comparution des accuss, en un sermon, en
une lecture des pices du procs suivies du jugement, et en une amende
honorable des _rconcilis_. Puis la procession funbre se formait,
et les condamns taient conduits jusqu'au lieu o s'levaient les
bchers, dresss gnralement hors des murailles.

[Illustration: Porte de l'hpital de Santa Cruz (page
605).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Un tableau trs curieux, reprsentant le roi Charles II et sa femme,
Marie-Louise de Bourbon, nice de Louis XIV, montre les dispositions
de la loge royale et des estrades rserves aux assistants et aux
hros de la crmonie religieuse. Le spectacle devait en tre
suffisamment lugubre, sans y ajouter encore la vue de la torture
physique qui compltait l'acte de foi.

Je crois qu'aucun tranger n'a mieux vu Tolde que je ne l'ai fait
sous le patronage de mon excellent ami le savant professeur Ventura
Prosper y Reyes. Il n'est pas un fragment de l'ancienne cit qu'il
n'ait tudi avec un talent qui n'a d'gal que sa simplicit.
Aujourd'hui dimanche, le lyce provincial tant dsert, le Docteur
m'avait invite  le visiter avant d'entreprendre une promenade hors
ville:

Nous y conservons, m'avait-il dit avec quelque mystre, deux
portraits de femmes qui vous intresseront beaucoup.

--De quelle poque?

--Du temps de Philippe IV.

--Un Vlasquez? Un Greco?

--Qui sait?

J'arrivai toute palpitante. Peut-on se vanter de connatre toutes les
richesses de cette Espagne, encore si mystrieuse et si discrte?
L'motion me serre le coeur en pntrant dans la bibliothque. Au fond
de la salle et dans une sorte de retraite mnage derrire la chaire
du professeur, deux toiles d'assez grandes dimensions se font
vis--vis. Je m'approche en toute hte, mes yeux percent l'ombre avec
anxit, et je me trouve en prsence d'une ... superbe femme  barbe
entoure de son mari et de ses nombreux enfants. Une toison rouge
couvre tout le visage, tandis que la poitrine opulente, couleur de lis
et de rose, dborde au-dessus du corsage largement dcollet.

Il est bien entendu que Vlasquez n'a rien  voir avec ce portrait.

Qu'en dites-vous? me demande en riant mon guide.

--C'est la rclame d'un marchand de pommade pour faire repousser les
cheveux.

--Vous vous trompez: c'est l'image authentique d'une fille de la
blonde Germanie. Ne en Allemagne en 1620, elle vint en Espagne en
1664, et autant par sa barbe que par son talent d'organiste elle
excita l'enthousiasme. Ce portrait et la longue inscription qu'il
porte en sont les irrcusables tmoignages. Et maintenant ...
retournez-vous.

C'est une gageure! Me voil en prsence d'une seconde femme  barbe!

Croyez-vous donc que l'Espagne ait voulu tre en reste avec
l'Allemagne?

La premire femme tait rousse et devait tre plutt gaie; la seconde
a la barbe blanche et l'aspect trs austre. Il ne s'agit plus de
corsage ouvert dvoilant des appas nacrs; une guimpe trs haute et
une collerette raide et dure enserrent la poitrine et encadrent un
visage qui sirait  un vieux missionnaire retour de Chine. Sous cette
image je cherche en vain une inscription, je ne trouve qu'un chiffre.
Celle contemporaine de Philippe IV avait cinquante-cinq ans lorsqu'on
reproduisit son image engageante.

Ah! les jeunes lves du lyce provincial ne seront pas troubls avant
l'heure par les spectacles offerts  leurs yeux innocents!

Mais quelle faute a fait commettre  ces filles d've l'impatience de
montrer sitt au monde la richesse de leur barbe! L'exploitation
mthodique et lucrative des phnomnes n'tait pas encore entre dans
les moeurs ... Quelques sicles plus tard, Barnum et fait leur
fortune, et augment la sienne.

La journe commence sous d'aussi heureux auspices fut comme une
revanche des tudes svres de la semaine. Depuis mon arrive, j'avais
vcu dans l'ombre mystrieuse des glises, sous les votes des
clotres, autour des tombeaux, dans des palais en ruine; n'avais-je
pas mrit de voir aussi la campagne?

Ds que j'eus dpass l'enceinte, ce fut comme un rayonnement de
lumire et de joie, tous les sourires d'un radieux soleil d'automne.
Je me retournai cependant pour considrer la porte fortifie que je
venais de franchir. Un ange debout, l'pe  la main, se dresse,
svre, maussade, entre les deux tours robustes qui la flanquent. Et
les Toldans, jeunes et vieux, se sont demand pourquoi l'envoy de
Dieu leur montrait un si sombre visage. Il fallait une explication:
une lgende est ne.

L'ange du Seigneur veille sur Tolde et en dfend l'approche aux maux
qui, trop souvent, accablent la pauvre humanit.

Un jour, la Peste hideuse, pouvantable, se prsente et demande 
entrer.

Que viens-tu faire ici? s'crie l'ange en courroux.

--Je suis une envoye de Dieu, tu n'as pas le droit de me chasser.

--Mon peuple est pieux; si Dieu, dans sa colre, veut chtier quelques
pcheurs, qu'il tienne au moins compte  Tolde de sa dvotion  la
Vierge. Promets-moi que tu te borneras  frapper vingt victimes.

--Ce n'est pas assez, dit la Peste;  moins de deux cents, je ne serai
pas satisfaite.

[Illustration: Sur les bords du Tage.--Photographie Lacoste, 
Madrid.]

L'ange pria, supplia, la Peste fut intraitable, et il fallut lui
accorder le tribut qu'elle rclamait. Elle passa, exera pendant trois
mois de terribles ravages, et dtruisit les Toldans par milliers.

Misrable, menteuse, parjure! s'cria l'ange, quand elle se dcida
enfin  sortir. Contre toi, je porterai plainte au Ciel!

--Et pourquoi cette colre? Tu m'avais accord les vies de deux cents
Toldans. Je les ai prises. Les autres sont morts de peur. Je n'y suis
pour rien!

De la plate-forme sur laquelle on dbouche aprs avoir dpass
l'enceinte, les regards s'arrtent d'abord sur les statues plus que
mdiocres et fort moussues de quelques rois d'Espagne; puis, en
descendant dans la valle, ils se reposent sur les ruines d'un cirque
romain dont la dmolition systmatique remonte  l'poque o Abd
el-Rhaman, gouverneur de la Tolestane, tenta de se rendre indpendant.
Et tout doucement, en admirant la belle plaine du Tage, on suit le
chemin qui, par des pentes trs raides, conduit au sanctuaire du
Cristo de la Vega. Ici, la lgende et l'histoire se mlent d'une
manire si troite, qu'il est bien difficile d'en faire le dpart.

L'difice actuel s'lve, aprs bien d'autres sanctuaires, sur
l'emplacement o sainte Locadie souffrit le martyre.

[Illustration: Escalier de l'hpital de Santa Cruz (page
604).--D'aprs une photographie.]

Locadie tait belle, Locadie tait jeune, Locadie tait aime.
Quand on lui demanda de renier la foi chrtienne, elle eut peur de
faiblir, elle craignit d'tre vaincue par la souffrance, elle trembla
de trahir son Dieu. Alors elle l'implore, elle l'appelle  son aide,
elle le supplie de la rappeler  lui afin de lui viter une honteuse
apostasie. Et, tandis que de sa main virginale elle trace une croix
sur le sol et la baise pieusement, elle expire en murmurant le nom du
Jsus qu'elle adore.

Des sicles s'coulent.  peine converti au christianisme, le roi
Sisebuth a fait lever un temple somptueux sur l'emplacement o la
martyre a succomb; auprs de sa tombe vnre, se sont assembls des
conciles. Des monarques, des vques, ont voulu reposer auprs d'elle;
et voici qu'un miracle nouveau vient accrotre la dvotion du peuple
et des rois.

C'tait le 9 dcembre 666. L'vque Ildefonse clbrait, dans le pieux
sanctuaire, l'anniversaire de la mort de la sainte. Soudain, la dalle
du tombeau disparat sous la lueur grandissante d'une lumineuse
apparition. Une crature sraphique, enveloppe de voiles blancs, se
rvle sans mystre aux regards des assistants. Locadie vit, elle
palpite, elle sourit, elle parle, elle loue Ildefonse d'avoir dfendu
au concile la virginit de la mre de Dieu. L'vque est tomb 
genoux, il coute, il tremble, il doute. Non, il n'est pas le jouet
d'une illusion extatique: le ravissement peint sur tous les visages le
rassure. Il frmit de joie, il tend les bras vers l'apparition
radieuse; encourag par le roi, il va la saisir. Mais Locadie n'est
plus de ce monde de douleurs, elle ne subira pas l'treinte d'un tre
humain. Elle s'estompe, elle disparat, fugitive et rapide comme une
ombre, sous la dalle qui s'est referme. Pourtant, sa disparition n'a
point t assez prompte. Un pan de son voile lger est rest engag
entre la pierre et son encadrement. Le prince s'est prcipit pour le
saisir, mais, retenu par le sentiment de son indignit, il passe son
poignard  l'vque, et celui-ci coupe le lin prcieux qui tmoigne du
miracle.

Vierge et martyre, s'crie l'vque, vous qui tes digne de
contempler le Rdempteur dans sa gloire cleste, vous qui avez offert
votre vie pour mriter son amour, regardez favorablement la ville o
Dieu a voulu que vous naqutes, protgez-la et intercdez pour le
monarque qui clbre solennellement votre fte.

Encore aujourd'hui, on conserve  la cathdrale l'unique relique de la
patronne de Tolde.

Une statue de sainte Locadie, sans grande valeur artistique, orne la
chapelle, mais elle n'excite pas la dvotion que provoque un christ
trs singulier,  qui le sanctuaire doit son nom, et qui est la copie
trs moderne d'un crucifix consum dans un incendie durant la guerre
de l'Indpendance.

L'artiste, respectueux de la tradition, a dtach de la croix un des
bras du divin supplici et l'a model tombant le long du corps.
Zorilla, dans son pome intitul:  bon juge, meilleur tmoin, a
donn une forme exquise  la lgende inspire par le Christ de la
Vega.

Les Toldans ont l'aspect sombre et le visage svre, mais chez eux la
nature ne perd pas ses droits, et l'on s'aime ici comme dans la
joyeuse et bruyante Sville, peut-tre mme avec une ardeur d'autant
plus grande qu'elle est plus concentre. Deux jeunes gens
s'adoraient; ils se le dirent, et comme les circonstances les
obligeaient  se sparer pour longtemps, ils se fiancrent sous le
regard du Christ de la Vega.

 doux Jsus! sois tmoin de nos promesses, et garde-les sous ta
protection divine, dirent-ils en se signant.

Des annes se passrent. Un soir, le jeune homme reparut au Zocodover.
Durant son sjour aux colonies, il avait chang contre une petite
fortune ses doux souvenirs, car il reconnut  peine celle qui, chaque
matin, avait suppli le Christ de veiller sur l'absent et de le
ramener fidle et toujours pieux. Somm de tenir sa promesse,
l'inconstant la nia. Citation fut faite devant le juge.

O sont vos tmoins? demanda-t-il  la dlaisse.

--Je n'en ai d'autre que le Christ de la Vega. Lui seul; mais il
suffira.

--Qu'il parle donc en votre faveur.

Et les juges et les parties de se diriger vers la chapelle, et la
jeune fille de s'agenouiller.

 toi qui reus nos serments, tmoigne de la vrit. Mes lvres, qui
t'ont si souvent implor, n'ont prononc aucune parole mensongre, et
chaque jour, tu le sais, je t'ai suppli de ramener auprs de moi
l'ingrat qui me repousse et m'accuse.

Elle achevait  peine sa prire, qu'un des bras du Christ fixs  la
croix, s'en dtachait, s'tendait comme pour prter serment, et
retombait inerte le long du corps; jamais il ne s'est relev.

Je n'avais pas encore franchi le Tage. Le pont Saint-Martin tait
voisin. Dsireuse d'apercevoir Tolde de la rive oppose, je m'y
engageai comme le jour commenait  dcrotre.  mesure que je
gravissais la cte du Palau, le soleil se penchait davantage vers
l'horizon.

Je me retournai, et, au ras de l'horizon tranquille, des maisons
bordaient le sommet du ravin, enveloppes dans une lumire qui les
frappait de face, et semblait rebondir. Voici que l'ombre monte du
ravin; dj, l'on distingue  peine, mles aux rochers, les tours en
ruines et les courtines dmanteles; mais elle s'lve le long des
pentes escarpes, elle met un gris violac trs fin sur la blancheur
des murailles; seuls, les pinacles de San Juan de los Reyes
s'illuminent de rose. C'est le dernier adieu du soleil, le dernier
baiser que recevra Tolde avant de s'endormir.

Comme je descendais, j'entendis un rire de femme au-dessous de moi. Un
soldat au masque ple,  la peau mate, aux reins cambrs, serrs dans
sa courte veste de cavalier, aux jambes nerveuses, qu'emprisonnaient
la culotte d'ordonnance, enlaait une taille souple qui s'abandonnait.
Il parlait bas, elle riait haut; elle riait d'tre belle, d'tre
jeune, de se sentir aime. Ils ne me virent pas.

Les oeillets rouges qui naissaient sur les lvres de l'enfant,
teignaient par leur clat le rose dlicat des pinacles de San Juan;
et il me souvint du refrain toldan:

  La terre engendre tout,
  Le soleil dore tout,
  L'argent achte tout,
  Sauf l'amour qui vainc tout.

  (_ suivre._)                         JANE DIEULAFOY.

[Illustration: Dtail du plafond de la sacristie de la
cathdrale.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME IX, NOUVELLE SRIE.--52e LIV.         N 52.--30 Dcembre 1905.


[Illustration: Pont San Martino,  Tolde.--D'aprs une photographie.]




DE TOLDE  GRENADE[3]

         [Note 3: _Suite. Voyez pages 577, 589 et 601._]

PAR Mme JANE DIEULAFOY.

     IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son
     architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de l'htel
     de ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa mosque. --
     Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de Cordoue. -- Les
     comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena. -- Doa Maria de
     Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss et dors.


[Illustration: Guitariste castillane.--D'aprs une photographie.]

Tolde garde-t-elle de l'treinte sculaire de l'Inquisition l'air de
tristesse qu'on y respire et qui semble touffer ses habitants?
Ceux-ci, briss d'ge en ge par une si dure pression, lui doivent-ils
leur got pour la vie languissante, sans activit, sans nergie, sans
esprance ni chanson? Peut-tre le souvenir d'horribles et lamentables
spectacles, dont furent tmoins leurs aeux, arrta pour jamais, dans
leur gorge, les trilles et les coplas, et pour jamais ils dsapprirent
l'art d'accorder les lyres aux doux accents.--Veulent-ils clbrer une
fte, un mariage? Au lieu de la gat, la mlancolie en est la reine:

  Bien que tu me voies chanter,
  Je ne chante pas.
  La langue chante,
  Le coeur pleure...

Il semble que, pour sourire, les Toldans soient contraints de
franchir l'enceinte de leur cit.

Sur la rive du Tage qui s'tend le long des antiques remparts,
dvalent ces fameux jardins connus sous le nom de _cigarrales_,
uniquement arross par le ciel, et o les habitants de la ville
viennent se divertir sous les figuiers, les amandiers et les
abricotiers aux fruits renomms  l'gal des pches d'Aragon ou des
oranges de Valence. Chaque maison de quelque importance a son
_cigarral_, et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on y bavarde  tort et 
travers, car Tirso de Molina y fait conter plusieurs de ses jolies
Nouvelles. Il est certain qu'on y jouit d'un laisser-aller qu'on
n'oserait prendre entre les murs de la svre cit. Les caquetages y
poussent aussi drus que les mauvaises herbes, et font concurrence aux
chants de ces cigales  qui ces modestes vergers pourraient devoir
leur nom.

Bien que les Primats d'Espagne aient vu disparatre leur norme
fortune, et s'mietter leurs revenus princiers, ils ont conserv ce
dernier luxe des grandes maisons appauvries. Il y a quelques
annes--on ne m'a point dit la date exacte, ni fait connatre le nom
du prlat,--Son minence se reposait un soir d't sous une paisse
tonnelle, quand un de ses grands vicaires s'avance le visage
boulevers:

Qu'y a-t-il?... Le feu est-il  l'Archevch?

--Un grand malheur ... un grand scandale!

--Ah! je respire!.. Pourquoi tant de prcautions?

--Une religieuse du couvent de ... est accouche d'un garon!

--Par ma vertu!  voir votre tte effare, on dirait que cet accident
est arriv  un moine!

Quand on considre les hautes et aveugles murailles qui entourent les
couvents de femmes, et qui contribuent pour une si grande part 
donner  Tolde son aspect sombre et rbarbatif, on s'tonne qu'une
pareille nouvelle ait caus si peu d'motion au digne prlat. Il faut
vraiment que le Diable passe par le trou des serrures.

Pour moi, lorsqu'il m'a t donn de franchir la porte d'un couvent de
femmes, j'ai t frappe de l'austrit des visages macis, et
vraiment mue par les preuves d'une misre trop vidente. Et quand on
s'approche du tour de certains monastres condamns par la Rgle 
donner aprs chaque repas les restes de la table, on voit distribuer
des aliments que repousserait le dernier de nos mendiants. Le pois
chiche, la pomme de terre cuite  l'eau, les rogatons de pain noir en
constituent l'lment le plus raffin. Les pauvres nonnes mourraient
littralement de faim, si elles ne fabriquaient avec un art
incomparable des confitures exquises et,  l'occasion de certaines
ftes, les fameux massepains dont j'ai parl tantt. Elles envoient
ces douceurs  des familles amies, et reoivent en change les maigres
approvisionnements qui les font vivre. Les traditions, une sorte de
respect humain amnent encore dans ces tristes demeures des jeunes
filles de bonne famille, condamnes au clibat par la pauvret; et
quand l'extrme misre du clotre a produit la dsillusion, elles y
demeurent quand mme, car la religion n'est pas seule  charger de ses
maldictions la nonne en rupture de voeux. Le monde est d'accord avec
l'glise:

Garde-toi du courant d'air, de l'eau frache du matin et de la nonne
ou du moine dfroqus.

[Illustration: La Casa Consistorial, htel de ville (page
615).--D'aprs une photographie.]

Depuis longtemps dj les moines de certains Ordres ont pris des
licences que n'admettraient sous aucun prtexte les suprieures des
couvents de femmes, et la plus frquente est de s'inviter  des tables
amies afin d'viter le pain noir et les pois chiches  perptuit.

Voyez-vous, mes enfants, disait un bon _fraile_ dsireux d'instruire,
au dessert, les enfants d'un hte chez lequel il se prsentait tous
les jours  l'heure des repas, le Ciel est si loin de nous, que si
Dieu lanait une fourmi sur la terre, elle mettrait des sicles avant
d'y arriver.

--Eh bien, reprit le pre de famille, sachez aussi, mes enfants, que
si un _fraile_ tait lanc du Ciel  la dernire minute de la onzime
heure, il tomberait tout juste au coup de midi pour manger ma soupe.

Si l'indiscrtion des _frailes_ est lgendaire, la sottise de certains
curs de village leur fait bien concurrence. C'est un sujet
inpuisable.

Ah! mes soeurs, disait un brave desservant aux jeunes filles de la
Congrgation, prenez modle sur Marie. La Vierge tait silencieuse, et
vous tes bavardes; la Vierge tait humble, et vous tes bouffies
d'orgueil; la Vierge tait chaste, et vous tes indiscrtes. Si l'ange
Gabriel vous ft apparu, avant midi tout le village en et t
inform!

[Illustration: Le Patio des Templiers.--D'aprs une photographie.]

Et un autre jour, s'adressant  des mres de famille:

Ce n'est pas sainte Anne qui et laiss son enfant barboter dans les
ruisseaux jusqu' ce qu'il soit assez grand pour jouer  la paume.
Sainte Anne avait le sentiment de ses devoirs. Chaque matin, quand
elle habillait la Vierge, elle lui apprenait  faire le signe de la
croix et  dire l'_Ave Maria_. Voil comment on donne des principes
chrtiens  sa famille, et comment on lui apprend  respecter les
parents devenus vieux!

Et le jour de l'Ascension:

Peut-tre, mes frres, allez-vous douter de ma parole, quand je vous
affirmerai que le Christ est ressuscit d'entre les morts et qu'il est
mont au Ciel. Quels furent les tmoins de ce miracle? me direz-vous;
devant qui portrent-ils tmoignage d'un fait si extraordinaire? Vous
le savez, mes frres, ces tmoins taient des soldats romains, soumis
 une discipline svre. Que fit le Gouvernement pour les empcher de
parler? Il les envoya dans nos lointaines possessions d'Ultra Mar,
dans nos colonies, afin que jamais ils ne pussent revenir et rendre
tmoignage de la miraculeuse ascension qui avait bloui leurs yeux.
Aux Philippines et  la Havane, il n'est pas un enfant  la mamelle
qui ne le sache aussi bien que moi.

En s'loignant des _cigarrales_, et en suivant les rives du Tage, on
aperoit le pont Saint-Martin, sur lequel je passais il y a quelques
jours. Sans avoir la rputation et la beaut du pont d'Alcantara, il
est pourtant une belle oeuvre d'art. Il a sa lgende, lui aussi: une
lgende d'audace et d'amour conjugal.

L'architecte  qui l'on en avait confi la construction venait de
l'achever quand il s'aperut que ses calculs taient faux, et que
l'une des arches devait fatalement s'crouler quand tomberait le
cintre sur lequel elle pesait. Une nuit, comme il s'agitait tourment
par un secret qu'il n'avait confi  personne, sa femme lui demanda
quelle tait la cause de son insomnie:

Je suis un homme perdu de rputation, je n'ai plus qu' mourir,
dit-il dsespr. Ds que j'aurai sorti le cintre, l'arche tombera
dans la rivire; mais je m'arrangerai pour me faire craser dessous.

Stupfaite, la femme ne rpondit rien; la nuit suivante, comme le mari
accabl de fatigue avait succomb au sommeil, elle sortit, se dirigea
vers le pont, grimpa d'chelle en chelle jusqu'au cintre et mit le
feu en vingt endroits. Une heure aprs l'arche tombait dans la
rivire, tandis que son auteur ronflait paisiblement. L'incendie fut
rendu responsable du dsastre; et, quand il fallut rebtir l'arche
nouvelle, l'architecte ne se trompa plus dans ses calculs.

En rentrant  Tolde, j'ai travers des quartiers populeux riches en
tableaux d'une dlicieuse intimit, et je suis arrive au centre de la
cit, devant un monument o de tout temps battit un coeur dont les
pulsations se sentent  peine aujourd'hui. Je veux parler de la _Casa
consistorial_ ou htel de ville, bti sur les plans de Georges
Thotokopuli. Commenc au XVe sicle, l'difice s'est embelli et
agrandi jusqu'au rgne de Philippe III, qui en 1612 et 1618 fit lever
les tours d'angle et orna les balcons de statues mdiocres.

Dans la cage d'escalier, se trouve une inscription compose au temps
des Rois Catholiques, et place par les ordres du premier Corregidor
de Tolde. On devrait la traduire dans toutes les langues, et la
graver sur la porte des monuments o sigent les administrations
municipales.

Nobles et hommes sages qui gouvernez Tolde, sur ces degrs laissez
toutes les affections, la cupidit, la crainte et la peur. Oubliez,
pour l'avantage de tous, vos intrts personnels, et puisque Dieu a
fait de vous les piliers de tant de riches maisons, soyez fermes et
droits.

L'htel de ville ne tmoigne pas seul des beaux sentiments dont l'me
espagnole est imbue. Mme quand un difice a disparu, son emplacement,
rest dsert, garde encore son loquence.

Ici s'levait le palais du comte de Benavente. Invit par le roi  y
recevoir le conntable de Bourbon, tratre  la France, il y mit le
feu une heure aprs le dpart de son hte, et attisa de sa main
l'incendie qui,  son gr, n'accomplissait pas assez vite son oeuvre
de purification.

Sur cette place irrgulire, o poussent quelques arbres chtifs, se
dressait un autre palais, celui du fameux chef des _Comuneros_, Don
Juan de Padilla. Il fut ras sur l'ordre de Charles Quint, aprs la
dfaite de Villalar et le supplice de l'infortun dfenseur des
liberts castillanes. L'histoire de cette insurrection est l'une des
plus dramatiques qui se puissent lire dans les annales de Tolde.

Une anne ne suffirait point si l'on voulait bien connatre la vieille
capitale de la Castile, vnrer les reliques innombrables de son pass
glorieux, goter le charme triste mais captivant de ses rues sinueuses
assombries par des murailles hautes et svres comme des falaises. Ce
sont des annes qu'il faudrait pour recueillir les vieilles
traditions, les lgendes, les histoires innombrables, le rcit des
amours du roi Alfonse et de la Juive Hermosa, ou de la belle Infante
Galiana aime par Ali ben Zaid, Charles Martel, Roland, Olivier,
Charlemagne, et qu'ont tour  tour chante Lope de Vega, Moratin et
tant d'autres potes.

Galiana de Tolde est une merveille de beaut, la Mauresque la plus
vante de tout le pays maure.

Bouche clatante comme l'oeillet, sein qui palpite et s'lve, front
d'ivoire o tincelle l'or de Tibur.

[Illustration: Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille
lgre (page 617).--D'aprs une photographie.]

Hlas! la Rome de l'Espagne, la Cit Impriale, la Mre des Villes, la
Couronne du Royaume, la Lumire du Monde, la capitale des Rcarde,
des Sisebuth, des Rois Catholiques vainqueurs des Maures, se berce des
souvenirs de son pass glorieux, et s'endort dans le linceul de ses
ruines. Et pourtant chacune de ses poussires vit, palpite et
tressaille. Nulle part l'tranger ne comprend mieux l'me
chevaleresque de la Castille, nulle part on ne saisit mieux le sens de
l'hroque et sauvage Romancero. Entre toutes les cits de la vieille
Ibrie, Tolde est noble et belle! Elle a gard un parfum prcieux
dont ses adorateurs ont seuls le privilge de jouir.

       *       *       *       *       *

 mesure qu'en venant de Tolde on s'avance vers Cordoue, on se
croirait transport sous un autre climat. Des fraches nuits de la
Castille on ne peut plus se souvenir, sinon pour les regretter quand
souffle  travers la Campina le Solano brlant, qui semble porter dans
son haleine toutes les ardeurs du soleil d'Afrique. Les deux capitales
sont aussi diffrentes que les deux pays. Tandis que la vieille cit
gothique, ce nid d'aigle abandonn, regarde d'un oeil svre les
hautes falaises qui lui font face et que baigne le Tage, tandis
qu'elle dresse encore orgueilleuse ses tours dmanteles, ses palais
en ruines et les hautes murailles aveugles de ses sombres monastres,
la cit d'Abd el-Rhaman pouse les rives du Guadalquivir, dont les
eaux capricieuses se promnent  travers la plaine fertile. Et ds
qu'on a pntr dans la ville o les maisons trs basses, peintes en
blanc, un peu banales dans leurs habits propres et neufs sourient par
toutes les portes de leurs patios fleuris ou par les fentres
clatantes de graniums et d'oeillets aux violentes couleurs, on se
demande  quelle fantaisie obit Victor Hugo, quand il crit le
premier de ces deux vers:

                        Cordoue aux maisons vieilles,
   la mosque o l'oeil se perd dans des merveilles.

[Illustration: Un angle de la mosque de Cordoue (page
620).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Lui qui matrisa toujours si habilement la rime, se serait-il pli une
fois  ses exigences? En tout cas, je me plais  reconnatre, avec le
pote, que la moderne Cordoue porte firement les lambeaux de sa toge,
les pans de son hac musulman et les anneaux de sa cotte de mailles
chrtienne.  la parcourir, on la reconstitue  travers les sicles,
grce  ses statues romaines marteles et transformes en bornes,
grce  ses inscriptions latines employes comme matriaux de
construction dans des btisses modernes, grce  ses arcs outrepasss
que des Maures ont peut-tre construits, grce aux ogives qui de-ci
de-l s'inscrivent dans des murailles de briques, grce aux vieux cus
hraldiques placs au-dessus des portes de quelques rares demeures
anciennes, et que l'on repeint chaque printemps, comme pour les faire
participer  la renaissance de la nature.

Tolde est encore l'Occident monastique et fodal, Cordoue est
l'Orient substitu  Rome.

Le palais toldan est une forteresse, sa grandeur meurtrire semble
tre entre dans le domaine de la lgende ou de l'pope, tandis qu'
Cordoue la maison  un seul tage, btie d'hier ou d'avant-hier, se
dresse autour d'une cour, et rappelle par sa distribution les maisons
que l'on dcouvre sous les cendres d'Herculanum ou de Pompi.

Il n'est pas jusqu'au type, jusqu'au costume de la population, jusqu'
la mantille qui ne diffrent quand on passe de Castille en Andalousie.
L'oeil s'assombrit, la lvre devient plus rouge, le teint plus brun,
la taille se cambre. Sur les cheveux noirs, trs noirs de l'Andalouse
s'panouit toujours quelque fleur que la Castillane plante parfois
prs de l'oreille; on guise de mantille, un tissu de chenille lgre
remplace la dentelle porte dans les provinces du centre ou du nord.
Enfin, au lieu du chle jet on pointe dans le dos et ramen sur la
poitrine, les crpes de Chine souples, draps prs du corps, serrs
aux paules,  la taille et aux hanches dont elles prcisent les
contours, rappellent le _chitn_ grec et semblent un hritage de
l'antiquit classique.

Les modifications du type et du costume apparaissent plus nettes au
touriste qui ne voit d'une ville que les faades plus ou moins
quelconques bties le long des rues; mais quand on s'est familiaris
avec Cordoue, on retrouve, en dpit de l'pais manteau jet par
l'Islam et la Renaissance chrtienne sur les ruines antiques, des
reliefs assez prononcs pour reconstituer la ville disparue. Les
historiens aident encore  sa rsurrection morale.

C'est Silius Italicus qui la chante dans son pome sur la Seconde
Guerre Punique et la signale parmi les villes qui aidrent Hannibal;
c'est Strabon qui honore sa science, et assure que ses lois trs
belles et trs antiques sont formules en vers; c'est Claudius
Marcellus qui, entre toutes les villes de la Pninsule, lui accorde le
titre de colonie romaine et les privilges qui y sont attachs; ce
sont les deux Snques, c'est Lucain qui voient le jour dans ses murs.
Des sicles passent, et les Wisigoths font d'elle la ville sainte o
ils tiennent des conciles, la ville savante dont l'on vante les
coles, les rhteurs et les lves  l'extraordinaire faconde. La
conqute arabe lui est profitable, et sa grandeur, sa puissance, son
renom atteignent  leur apoge sous Abd el-Rhaman qui fait d'elle la
capitale du Khalifat d'Occident. Sa population s'lve  un _million_
d'hommes, ses palais, ses bains, ses coles, ses fontaines se comptent
par centaines; elle rivalise avec Bagdad et Damas; l'hyperbole ne
suffit plus pour louer l'Athnes de l'Occident, la nourrice des
sciences, le berceau des capitaines, la mre du trne des sultans, le
minaret de pit et de dvotion, le refuge de la tradition, le sjour
de la magnificence et de l'lgance.

Forte et puissante, Cordoue tait tolrante et gnreuse. Quand ils la
conquirent, les Maures montrrent envers elle les mmes vertus,
partagrent par moiti leurs temples avec les chrtiens, et,
lorsqu'ils songrent  lever l'admirable mosque qui est aujourd'hui
le grand attrait de la vieille cit, ils ne s'emparrent pas de force
du terrain sur lequel ils la voulaient lever, ils n'expulsrent point
les vaincus, mais leur achetrent le sol et leur facilitrent
l'dification d'autres sanctuaires, comme ils avaient autoris les
Juifs  btir des synagogues. Et c'est peut-tre parce que la vieille
mosque ne fut pas fonde sur l'iniquit, que, depuis des sicles,
elle est reste debout, comme un tmoignage d'un pass de justice et
de pit. Il n'y eut jamais de haine contre ses murailles.

[Illustration: Chapelle de San Fernando, de style Mudajar, leve au
centre de la mosque de Cordoue (page 620).--D'aprs une
photographie.]

On tait en 770, et sous le khalifat du brillant Abd el-Rhaman quand
on la commena. Cinquante ans de domination avaient suffi aux Maures
pour s'tablir solidement dans un pays o ils avaient apport avec la
science, dont ils taient les dtenteurs  cette poque, l'agriculture
qui enrichit les pays fertiles, et les arts qui parent et embellissent
les cits. Le vieux sanctuaire qui avait succd  un temple de Janus
fut abattu, et bientt arrivrent, transports d'Afrique et de toute
l'Espagne romaine, les innombrables colonnes arraches  des difices
antiques, qui devaient supporter les soffites de cdre sculpt. De
Byzance, l'empereur Lon fit galement un envoi de marbre prcieux,
et, aussitt, l'on se mit  l'oeuvre. Le plan de la mosque tait
simple, comme l'est tout ce qui est grand et beau. Au del d'une vaste
cour, plante d'orangers et entoure de portiques, s'ouvraient
dix-neuf galeries hypostyles orientes vers la Mecque, ce ple
religieux du monde musulman. Celle du centre, plus orne conduisait au
Mihrab. Ces galeries taient coupes en querre par vingt autres
galeries dont les colonnes galises, et durement amputes dans ce
but, formaient comme les arbres d'un jardin plant en quinconce. La
construction primitive fut leve avec une fivreuse rapidit. C'tait
 qui aiderait  l'dification du temple, par ses dons ou mme par son
effort personnel. Abd el-Rhaman avait prch d'exemple, en
s'assujettissant  travailler une heure par jour  l'oeuvre
laborieuse. Peu d'annes plus tard, Cordoue possdait une des plus
belles, une des plus vastes, une des plus nobles mosques de l'Islam.
Son mirhab ne fut sans doute pas achev tout de suite, car les
admirables mosaques dont il est orn ne purent tre excutes
rapidement; mais les musulmans purent se flatter d'avoir dot le monde
d'une nouvelle merveille. Alors ils l'ornrent d'objets prcieux, de
lampes o brlaient des huiles parfumes, de portes de bronze, de
marbres et d'agates; ils la parrent, ils l'embellirent sans jamais se
lasser. Elle tait unique quand Ferdinand III s'empara de Cordoue en
1239. Ce fut le signal de la dcadence de la vieille cit. Dpouille
de son titre de capitale, devenue vassale de souveraine qu'elle tait,
elle ne fit plus que dprir, dcrotre en population, en richesse, en
crdit.

[Illustration: La mosque qui fait la gloire de Cordoue, avec ses
dix-neuf galeries hypostyles, orientes vers la Mecque (page
618).--Photographie Lacoste,  Madrid.]

Pourtant la belle mosque d'Abd el-Rhaman fut respecte. On se
contenta d'lever au centre une chapelle de style mudejar ddie 
saint Ferdinand, le patron du conqurant, tandis que le magnifique
mihrab que recouvrait une immense dalle de marbre blanc taille en
forme de coquille, et dont les mosaques d'or rivalisent avec celles
de Saint-Marc de Venise, tait cach derrire une construction btarde
qui empcha les fidles de le voir et le prserva peut-tre d'une
destruction sauvage. Prs de trois sicles s'taient couls ainsi
quand, en l'anne 1523, l'vque Alonzo Manrique fut pris d'une belle
ambition: celle de construire une grande, haute et robuste cathdrale
 la mode du jour. S'il et choisi un emplacement vide, Cordoue
bnirait sans doute sa mmoire, au lieu de la dtester. Mais c'tait
au beau milieu de la mosque, prs de la chapelle de San Fernando,
qu'il prtendait lever l'glise qui porterait son nom  la postrit,
et le choeur qui lui vaudrait les bndictions des chanoines craintifs
des courants d'air. Ce beau projet n'eut pourtant pas l'assentiment
gnral. L'Ayuntamiento s'indigna, et dclara qu'il punirait de mort
quiconque oserait toucher  l'difice. L'vque en appela sans hsiter
 Charles Quint, et finit par lui arracher une autorisation contre
laquelle personne n'osa plus protester. On enleva les toitures de
cdre peint et sculpt, on emporta les colonnes qui les soutenaient,
et la lourde, la malencontreuse construction qui coupe aujourd'hui les
perspectives, qui au dehors crase  ses pieds les galeries de la
mosque, s'leva triomphante,  la grande satisfaction du prlat, et 
la colre des Cordouans.

[Illustration: Dtail de la chapelle de San Fernando.--D'aprs une
photographie.]

Trois ans aprs, Charles Quint, de retour de Flandre, visita le nouvel
difice. Quand il vit la grandeur du crime commis contre l'art et le
got, il ne put rprimer son vif mcontentement.

Pourquoi ai-je ignor la beaut de cet difice! s'cria-t-il. Je
n'aurais jamais permis qu'on le toucht!

Et s'adressant aux chanoines consterns:

Vous avez lev un monument que vous pouviez construire autre part,
et vous avez dtruit ce qui tait unique au monde!

Aujourd'hui Cordoue est plus que jamais prise de la belle mosque,
qui, seule, attire chez elle les trangers. Les masques qui couvraient
le mirhab ont t enlevs, les toitures de cdre qui se cachaient
derrire un berceau de pltre ont revu le jour, les crpis extrieurs
ont t gratts et les murailles anciennes remises  jour; les
charpentes dmolies qui n'ont point t utilises  faire des
guitares, servent  la rparation des parties dgrades; bref, une
restauration trs lente, comme tout ce qui se fait en Espagne, mais
conduite avec mthode et discrtion, effacera les traces de l'attentat
partout o il est possible de le faire. La grande verrue de l'vque
Manrique disparatra-t-elle un jour? Je ne le pense pas. La vieille
mosque est admire, mais elle n'excite point la pit; les petits
autels des chapelles mnages le long des murs sont pauvres et 
peine entretenus. On s'amuse, on cause dans la demeure d'Allah, tandis
qu'on se signe et que l'on se tait en entrant dans l'glise. Et
pourtant, pas plus dans l'une que dans l'autre, le pied ne foule ces
dalles armories, sous lesquelles les grands personnages aimaient 
dormir le sommeil ternel. On y retrouve seulement les souvenirs
funbres de quelques vques, des chanoines et de cette merveilleuse
Doa Maria de Guzman de Pardes qui conquit si brillamment ses grades
 l'Universit d'Alcala, sous le rgne de Philippe III. Le pote
Gongora, dont le style ampoul a fait cole au XVIIe sicle, et n'a
d'analogie que le style chiriguresque en architecture, repose aussi
dans une chapelle en harmonie avec son talent. Enfin le choeur abrite
les restes de Pedro Cornyo, un sculpteur du XVIIIe sicle, qui remplit
l'Espagne de sa renomme, bien qu'il ft, lui aussi, un artiste de la
dcadence.

[Illustration: Vue extrieure de la mosque de Cordoue (page
620).--D'aprs une photographie.]

Du minaret, sans doute analogue  la Giralda de Sville et que
surmontaient trois globes d'or et d'argent, il ne reste que l'tage
infrieur. Contre l'habitude, la main de l'homme n'est pas coupable de
sa destruction; il fut renvers au XVIe sicle par un tremblement de
terre. Herman Ruiz, l'architecte du choeur, en commena la
reconstruction vers 1593, et Gaspar de la Pena la termina en 1653. De
l'tage suprieur, la vue s'tend magnifique jusqu'aux contreforts de
la sierra Morena.

Enfin, au XVIe sicle remonte encore la belle porte de bronze
dcore d'hexagones rguliers, et le magnifique heurtoir en fer 
cheval, orn d'une inscription en caractres arabes: Bni soit le nom
de Dieu. Elle est un des plus prcieux spcimens de cet art mudejar
qui persista si longtemps en Espagne, et dont j'ai donn les origines
et la dfinition dans mon tude sur Saragosse.

L'on ne s'attardera gure devant le monument du _Triomphe_, tout
voisin de la mosque, o le mauvais got le dispute  la mauvaise
excution.

Un peu plus bas dbouche le grand pont qui runit les rives du
Guadalquivir, et que ferme la forteresse de Calahora. La construction
en est attribue  Octave Auguste. En vrit, il fut reconstruit par
les Maures en 815. Il mrite d'ailleurs, sa rputation. Quand les eaux
sont hautes, quand les flots torrentueux remplacent dans le lit du
fleuve le linge  scher qui forme sa parure estivale, ses piles
massives paraissent  peine assez puissantes pour rsister  la
violence des courants.

Cordoue est connue dans l'univers par l'admirable mosque qui fait sa
gloire; elle doit aussi une part de sa clbrit au souvenir de son
fils de prdilection, Gonzalve dit de Cordoue, bien que le hros ait
vu le jour  Montilla, un bourg tout voisin de la cit.  peine a-t-on
quitt la gare, qu'on s'engage dans une largo voie nouvelle qui porte
le nom du Grand Capitan. Sa personnalit emplit la ville, et il semble
que sa mort soit d'hier, tant sa mmoire est encore vivante. Narrer
ses exploits, ses conqutes, la noblesse de son caractre, sa
remarquable intelligence, son faste sans gal, serait faire l'histoire
de l'Espagne pendant un quart de sicle,  l'poque la plus glorieuse.
L'ingratitude ne devait pas plus l'pargner que Christophe Colomb.
Comme celui-ci fut perscut pour avoir donn le Nouveau Monde 
l'Espagne, Gonzalve fut humili pour lui avoir conquis l'Italie.
Isabelle n'tait plus l pour rparer les fautes de son goste poux.
Ferdinand en vint  rclamer l'tat des dpenses durant les dures
campagnes o Gonzalve avait pay de son patrimoine ses conqutes et le
train de roi qu'il avait men. La rponse fut fire, et telle qu'on la
devait attendre d'un Espagnol.

Le roi me demande mes comptes; je prsenterai les siens et les miens,
et l'on verra qui, de lui ou de moi, est le dbiteur.

Et quelques mois plus tard, il envoyait la belle page o se rsume
toute une vie de dvouement, de sacrifice et d'honneur.

_Les comptes de Gonzalve de Cordoue._--200736 ducats et neuf raux
pays aux moines, aux religieuses et aux pauvres qui ont pri Dieu
d'accorder la victoire aux armes espagnoles.

[Illustration: Statue de Gonzalve de Cordoue.--D'aprs une
photographie.]

Cent millions en piques, en boulets et en piques de tranche; cent
mille ducats en poudre et en boulets de canon; dix mille ducats en
gants parfums, pour prserver les troupes de la mauvaise odeur que
rpandaient les cadavres ennemis tendus sur les champs de bataille.
Cent soixante mille ducats pour rparer et renouveler les cloches
uses  force de sonner tous les jours  coups redoubls, en l'honneur
des nouvelles victoires obtenues sur nos ennemis. Cinquante mille
ducats en eau-de-vie pour les troupes, un jour de combat. Un million
et demi pour garder les prisonniers et les blesss.

Un million pour messes d'actions de grce et _Te Deum_ en l'honneur
du Tout-Puissant. 700494 en espions, etc....

Et cent millions pour la patience avec laquelle j'ai cout hier le
roi, quand il demandait des comptes  celui qui lui a fait prsent
d'un royaume.

Ferdinand lut sans motion Las cuentas del Gran Capitan, mais,
jaloux de tous ceux que la reine avait levs auprs de lui, il laissa
mourir le hros de dcouragement et de tristesse.

Ce ne fut qu'au jour de la mort, ce terrible jour des louanges, qu'il
rendit justice  celui dont la grandeur ne pouvait plus lui porter
ombrage, et ordonna de lui faire un service funbre dans la chapelle
royale de Grenade.

Prs d'un sicle auparavant, la ville, fleur de la science et de la
chevalerie, avait enfant un grand pote, Juan de Mena, l'un des
brillants satellites qui gravitrent  la cour de Juan II, roi de
Castille, et pre de la grande Isabelle. Quoique n dans une condition
assez humble, Mena s'tait pris des lettres avec passion, avait suivi
les cours de Salamanque, tait parti pour Rome o l'tude des matres
immortels qui venaient de rvler au monde la puissance des langues
modernes avait dvelopp son got et donn une direction  son gnie.
 son retour, son mrite littraire lui valut l'admiration gnrale et
le patronage bientt amical du marquis de Santillane. Admis dans le
cercle priv du monarque qui, si l'on en croit les bavardages de son
mdecin, avait aussi souvent  son chevet les vers de Mena que son
livre de prires, le pote paya sa dette de gratitude en offrant  son
royal admirateur les _rymes_ mielleuses pour lesquelles il montrait un
got passionn. Il lui resta fidle parmi toutes les fluctuations des
guerres civiles et ne lui survcut que de deux ans (1456).

[Illustration: Statue de Doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de
Cordoue.--D'aprs une photographie.]

De Juan de Mena date une re nouvelle pour la posie castillane. Son
grand ouvrage, Le Labyrinthe, peut dans une certaine mesure se
comparer  cette partie de la _Divine Comdie_ o l'ade florentin se
place lui-mme sous la protection de Batrice. Accompagn d'une femme
jeune et belle personnifiant la Providence, le pote assiste 
l'apparition des grandes figures de la Fable et de l'Histoire, et se
complat  dessiner leurs traits. Parfois le style s'alourdit et
devient pdant, parfois aussi les touches du pinceau ont une
simplicit et une vigueur vraiment dantesque. Avant Juan de Mena,
jamais la muse castillane n'avait pris un essor aussi hardi; et malgr
les dfauts du plan gnral, malgr une phrasologie d'un got
mdiocre, malgr la mesure dans laquelle il est compos, le
Labyrinthe abonde en conceptions et en pisodes o l'nergie mle 
la beaut rvle un gnie de premier ordre. Dans quelques morceaux
d'une importance moindre le style est d'une souplesse gracieuse qui
manque peut-tre aux oeuvres de grande envergure.

Encore naquit  Cordoue ce digne pre Sanchez qui parla si savamment
sur le mariage, qu'il fit dire  l'un de ses contemporains: _Del
matrimonio sabe mas que el Demonio_.

La splendeur de sa mosque, la gloire de ses coles, les exploits et
les oeuvres de ses fils illustres avaient fait connatre Cordoue de
toute l'Europe intellectuelle; une de ses industries porta galement
son nom dans l'univers. Je veux parler des cuirs estamps et peints
trs en usage au XVIe et au XVIIe sicle. Les procds de fabrication
sont-ils indignes ou furent-ils apports en Espagne par les
musulmans? On a beaucoup discut sur cette question sans l'lucider.
Le nom de _guadamacil_ donn trs anciennement aux cuirs dors connus
plus tard sous le nom de _brocados y cueros_ est de forme arabe. Ne
driverait-il pas du nom de _Ghadams_, cette ville d'Afrique dont les
cuirs, comme ceux de Tunis et du Maroc, taient clbres au Xe sicle
sous le nom de maroquins du Levant? Ce qu'il y a de certain, c'est que
les Espagnols, soit  cause de la nature des peaux, soit  cause du
climat de leur pays, excellrent de bonne heure dans le travail des
cuirs. Un vieil auteur, Ambroise de Morals, s'exprime ainsi  ce
sujet:

Le commerce des cuirs est important, beaucoup s'y sont enrichis, et
le talent est plus grand  Cordoue que dans toutes les autres villes
de l'Espagne pour bien dresser ces cuirs, qu'ils soient de chvre ou
de mouton, et qu'ils viennent de telle ou telle province.

Des ordonnances svres rendues sous le rgne des Rois Catholiques,
ces grands organisateurs de l'tat, assurrent d'ailleurs 
l'industrie des cuirs un avenir fond sur le mrite et la probit. Un
apprenti ne pouvait tenir boutique avant d'avoir accompli un stage de
trois ans, la surveillance de la corporation tait confie  des
matres asserments, aucun ouvrier n'y tait admis sans avoir fait ses
preuves, enfin il tait interdit sous peine d'amende d'employer les
peaux d'animaux morts de maladie. Grce  ces sages mesures, la
quantit des _cordouans_ que l'on exportait jusqu'en Amrique devint
telle qu'en 1552 les Espagnols se plaignirent de leur enchrissement
et demandrent que leur sortie ft prohibe comme l'tait celle des
draps et des soies. C'tait une singulire manire de faire prosprer
l'industrie. On fit droit cependant  leur rclamation, et les cuirs
de Cordoue ne traversrent plus l'Ocan que sous la forme de cartes 
jouer destines aux conqurants de la Floride.

Les rues o l'on fabriquait les cuirs ne fleuraient ni la rose ni mme
l'oranger; en revanche, elles offraient de jolies perspectives, car
les cuirs peints et dors schaient d'habitude sur le pas des portes,
et jetaient devant chaque maison de merveilleux faisceaux de couleurs
et des diaprures infiniment riches et varies.

Sville, Ciudad Rodrigo, Valladolid disputrent bientt  Cordoue la
suprmatie dans l'art de travailler les cuirs, et Ciudad Rodrigo
s'appliqua tout spcialement  la fabrication des gants parfums 
l'ambre, ces guantes de ambar, fendus sur le haut de la main, qui
eurent tant de succs au XVIIe sicle dans toutes les cours d'Europe.
Le roi d'Espagne en approvisionnait les princes trangers, et, 
l'occasion du mariage de Louis XIV, Philippe IV qui connaissait les
gots de la reine-mre n'oublia pas de lui envoyer des gants dignes de
ses mains souveraines:

Ordonnons envoyer  la reine-mre trois malles d'une _varra_ de
large, avec coins, serrures, gonds et verrous forms par un joug d'or;
deux mailles de vert et l'autre de blanc avec des ornements de
filigrane, pleines de _cordobans_ et de gants d'ambre. Une autre malle
au duc d'Anjou, frre du roi.

Les marchs que les Espagnols s'taient ferms  plaisir s'ouvrirent 
leurs concurrents. Les Vnitiens en particulier se distingurent dans
l'industrie des cuirs peints et dors; mais ils ne furent pas les
seuls et, dans l'Europe entire, on les copia ou on les imita. En
France, ils furent connus ds le XVIe sicle sous le nom de cuir d'or
basan, de cuir d'or, ou encore de cuir argent et figur. On lit dans
un document dat de 1530 l'ordonnance suivante:

Il y avait dans la ville de Paris grande abondance de cordoban
d'Espagne, qui est le meilleur de tous les cuirs, et ordonnons que ne
se vendent cordobans de Flandre parce que ceux-ci sont pour la plupart
arrangs au tanin.

D'ailleurs, on ne tarda pas  crer  Paris, prs de la porte
Saint-Antoine, des ateliers o l'on fabriqua des cuirs repousss,
peints et dors, traits avec ce bon got qui caractrisa toujours les
oeuvres des ouvriers franais. Des peintres de talent ne se
contentrent pas de concourir  leur beaut en les enluminant de
motifs ornementaux tels que des chevaux marins, des amours, des fleurs
et des fruits, ils tracrent et peignirent de vritables tableaux
devenus aujourd'hui fort rares, et partant fort prcieux. On suivit
les mmes procds qu'en Espagne et, en dpit de la diffrence du
climat, on s'astreignit  travailler et  scher les cuirs  l'air
libre, afin de leur donner une souplesse ncessaire  leur
conservation. Depuis longtemps dj Cordoue a vu mourir l'industrie
qui lui avait assur quelques sicles de prosprit; du moins ses
palais conservaient leurs revtements dors o se jouaient en dessins
charmants les arabesques, les fleurs et les oiseaux. Durant le sige
de 1808-1809, la majeure partie des demeures seigneuriales furent
incendies, et les plus beaux cordobans prirent; puis la noblesse vit
tarir peu  peu les sources de sa fortune, et elle offrit aux
brocanteurs les derniers vestiges de son ancienne opulence et de sa
splendeur vanouie. Maintenant, ces impassibles tmoins de la vie
svre des hros espagnols, priss au poids de l'or, courent les
ventes publiques, de capitale en capitale, et finissent dans un
vagabondage dgradant.

                                        JANE DIEULAFOY.

[Illustration: Dtail d'une porte de la mosque de Cordoue.--D'aprs
une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.


       *       *       *       *       *


TABLE DES GRAVURES ET CARTES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_


  En rickshaw sur la route du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      1

  L'lphant du touriste  Djapour.                                 1

  Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      2

  Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi. (Dessin de Massias,
    d'aprs une photographie.)                                       3

  Les Karvas ou plateaux alluviaux forms par les rosions du
    Djhilam. (D'aprs une photographie.)                             4

  Ekkas et Tongas sur la route du Kachmir: vue prise au relais
    de Rampour. (D'aprs une photographie Jadu Kissen,  Delhi.)     5

  Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam  Ouri. (D'aprs une
    photographie.)                                                   6

  Shr-Garhi ou la Maison du Lion, palais du Mahrdja  Srnagar.
    (Photographie Bourne et Sheperd,  Calcutta.)                    7

  L'entre du Tchinar-Bgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de
    Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet du
    Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)          7

  Ruines du temple de Brankoutri. (D'aprs une photographie.)        8

  Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen,
     Delhi.)                                                        9

  Le quai de la Rsidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            10

  La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam  Baramoula.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            11

  Nos tentes  Lahore. (D'aprs une photographie.)                  12

  Dounga ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne
    et Shepherd,  Calcutta.)                                       13

  Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple de
    Vidja-Broer (hauteur 1m 40.)                                    13

  Enfants de bateliers jouant  cache-cache dans le creux d'un
    vieux platane. (D'aprs une photographie.)                      14

  Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une range de
    peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.)       15

  Campement prs de Palhallan: tentes et doungas. (D'aprs une
    photographie.)                                                  16

  Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan; au fond,
    le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)    17

  Le temple inond de Pandrethan. (D'aprs une photographie.)       18

  Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  19

  Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthn.
    (D'aprs une photographie.)                                     20

  Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, 
    Delhi.)                                                         21

  Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din,  Vidjabroer. (D'aprs une
    photographie.)                                                  22

  Le temple de Panyech:  gauche, un brahmane;  droite, un
    musulman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                  23

  Temple hindou moderne  Vidjabroer. (D'aprs une photographie.)   24

  Brahmanes en visite au Naga ou source sacre de Valtongou.
    (D'aprs une photographie.)                                     25

  Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosque,
     Houtamourou, prs de Bhavan.                                  25

  Temple ruin,  Khotair. (D'aprs une photographie.)              26

  Naga ou source sacre de Kothair. (D'aprs une photographie.)     27

  Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source. (D'aprs une
    photographie.)                                                  28

  Temple rustique de Voutanr. (D'aprs une photographie.)          29

  Autel du temple de Voutanr et accessoires du culte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  30

  Noce musulmane,  Rozlou: les musiciens et le fianc. (D'aprs
    une photographie.)                                              31

  Sacrifice bhramanique,  Bhavan. (D'aprs une photographie.)      31

  Intrieur de temple de Martand: le repos des coolies employs au
    dblaiement. (D'aprs une photographie.)                        32

  Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale du temple.
    (D'aprs des photographies.)                                    33

  Place du campement sous les platanes,  Bhavan. (D'aprs une
    photographie.)                                                  34

  La Ziarat de Zan-oud-Din,  Eichmakam. (Photographie Bourne et
    Shepherd,  Calcutta.)                                          35

  Naga ou source sacre de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.
    (D'aprs une photographie.)                                     36

  Maisons de bois,  Palgm. (Photographie Bourne et Shepherd, 
    Calcutta.)                                                      37

  Palanquin et porteurs.                                            37

  Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche
    miraculeuse. (D'aprs une photographie.)                        38

  Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du Lidar
    au-dessus de Palgm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          39

  Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  40

  Pondjtarni et le camp des plerins: au fond, la passe du
    Mahgounas. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                41

  Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et
    Zodji-Pl. (D'aprs une photographie.)                          42

  Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac ecra-Nag.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            43

  Grotte d'Amarnth. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)           43

  Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'aprs une
    photographie.)                                                  44

  Campement de Goudjars  Astan-Marg. (D'aprs une photographie.)   45

  Le bain des plerins  Amarnath. (D'aprs une photographie.)      46

  Plerins d'Amarnth: le Sdhou de Patiala; par derrire, des
    brahmanes, et  droite, des musulmans du Kachmir. (D'aprs une
    photographie.)                                                  47

  Mosque de village au Kachmir. (D'aprs une photographie.)        48

  Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd,
     Calcutta.)                                                    49

  Mendiant musulman. (D'aprs une photographie.)                    49

  Le Brahma Sr et le camp des plerins au pied de l'Haramouk.
    (D'aprs une photographie.)                                     50

  Lac Gangbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu
    Kissen,  Delhi.)                                               51

  Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk, et le bain des plerins.
    (D'aprs une photographie.)                                     52

  Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas (pipes) et leur
    hangri (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)   53

  Temples ruins  Vangth. (D'aprs une photographie.)             54

  Mla ou foire religieuse  Hazarat-Bal. (En haut, photographie
    par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen,  Delhi.)       55

  La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srnagar. (D'aprs
    une photographie.)                                              56

  Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de Srnagar. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          57

  Le canal de Mar  Sridagar. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  58

  La mosque de Shah Hamadan  Srnagar (rive droite). (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          59

  Spcimens de l'art du Kachmir. (D'aprs une photographie.)        60


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.


  La barre de Grand-Bassam ncessite un grand dploiement de force
    pour la mise  l'eau d'une pirogue. (D'aprs une photographie.) 61

  Le fminisme  Adoko: un mdecin concurrent de l'auteur.
    (D'aprs une photographie.)                                     61

  Travail et Maternit ou Comment vivent les femmes de
    Petit-Alp. (D'aprs une photographie.)                       62

   Motso: soins maternels. (D'aprs une photographie.)            63

  Installation de notre campement dans une clairire dbroussaille.
    (D'aprs une photographie.)                                     64

  Environs de Grand-Alp: des hangars dans une palmeraie, et une
    douzaine de grands mortiers destins  la prparation de l'huile
    de palme. (D'aprs une photographie.)                           65

  Dans le sentier troit, montant, il faut marcher en file indienne.
    (D'aprs une photographie.)                                     66

  Nous utilisons le ft renvers d'un arbre pour traverser la M.
    (D'aprs une photographie.)                                     67

  La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'aprs une
    photographie.)                                                  68

  Indignes coupant un acajou. (D'aprs une photographie.)          69

  La cte d'Ivoire.--Le pays Atti.                                 70

  Ce fut un sauve-qui-peut gnral quand je braquai sur les
    indignes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lave,
    d'aprs une photographie.)                                      71

  La rue principale de Grand-Alp. (D'aprs une photographie.)     72

  Les Trois Graces de Mop (pays Atti). (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Femme du pays Atti portant son enfant en groupe. (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Une clairire prs de Mop. (D'aprs une photographie.)           74

  La garnison de Mop se porte  notre rencontre. (D'aprs une
    photographie.)                                                  75

  Femme de Mop fabriquant son savon  base d'huile de palme et de
    cendres de peaux de bananes. (D'aprs une photographie.)        76

  Danse excute aux funrailles du prince hritier de Mop.
    (D'aprs une photographie.)                                     77

  Toilette et embaumement du dfunt. (D'aprs une photographie.)    78

  Jeune femme et jeune fille de Mop. (D'aprs une photographie.)   79

  Route, dans la fort tropicale, de Malamalasso  Daboissu.
    (D'aprs une photographie.)                                     80

  Beni Coam, roi de Betti et autres lieux, entour de ses femmes
    et de ses hauts dignitaires. (D'aprs une photographie.)        81

  Chute du Mala-Mala, affluent du Como,  Malamalasso. (D'aprs
    une photographie.)                                              82

  La valle du Como  Malamalasso. (D'aprs une photographie.)     83

  Tam-tam de guerre  Mop. (D'aprs une photographie.)             84

  Piroguiers de la cte d'Ivoire pagayant. (D'aprs une
    photographie.)                                                  85

  Allou, le boy du docteur Lamy. (D'aprs une photographie.)        85

  La fort tropicale  la cte d'Ivoire. (D'aprs une
    photographie.)                                                  86

  Le dbitage des arbres. (D'aprs une photographie.)               87

  Les lianes sur la rive du Como. (D'aprs une photographie.)      88

  Les occupations les plus frquentes au village: discussions et
    farniente Atti. (D'aprs une photographie.)                    89

  Un incendie  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)           90

  La danse indigne est caractrise par des poses et des gestes
    qui rappellent une pantomime. (D'aprs une photographie.)       91

  Une inondation  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)        92

  Un campement sanitaire  Abidjean. (D'aprs une photographie.)    93

  Une rue de Jackville, sur le golfe de Guine. (D'aprs une
    photographie.)                                                  94

  Grand-Bassam: cases dtruites aprs une pidmie de fivre jaune.
    (D'aprs une photographie.)                                     95

  Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplne. (D'aprs une
    photographie.)                                                  96


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_


  L'le d'Elbe se dcoupe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et
    violtre.                                                       97

  Une jeune fille elboise, au regard nergique,  la peau d'une
    blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs.                   97

  Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100).     98

  Porto-Ferraio:  l'entre du port, une vieille tour gnoise,
    trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots.               99

  Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napolon
    pour se rendre  sa maison de campagne de San Martino.         100

  Porto-Ferraio: la porte de mer, o aborda Napolon.              101

  La teste de Napolon (page 100).                               102

  Porto-Ferraio s'chelonne avec ses toits plats et ses faades
    scintillantes de clart (page 99).                             103

  Porto-Ferraio: les remparts dcoupent sur le ciel d'un bleu
    sombre leur profil anguleux (page 99).                         103

  La faade extrieure du Palais des Mulini o habitait Napolon
     Porto-Ferraio (page 101).                                    104

  Le jardin imprial et la terrasse de la maison des Mulini
    (page 102).                                                    105

  La Via Napoleone, qui monte au Palais des Mulini.              106

  La salle du conseil  Porto-Ferraio, avec le portrait de la
    dernire grande-duchesse de Toscane et celui de Napolon,
    d'aprs le tableau de Grard.                                  107

  La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonne, avec ses
    volets clos et les peintures dcoratives qu'y fit faire
    l'empereur (page 101).                                         107

  Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protge du
    soleil.                                                        108

  Les mille mtres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte
    Giove, dvalent dans les flots de toute leur hauteur.          109

  Un enfant elbois.                                                109

  Marciana Alta et ses ruelles troites.                           110

  Marciana Marina avec ses maisons ranges autour du rivage et
    ses embarcations tires sur la grve.                          111

  Les chtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte
    Giove.                                                         112

  ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nues
    (page 111).                                                    113

  La Seda di Napoleone sur le Monte Giove o l'empereur
    s'asseyait pour dcouvrir la Corse.                            114

  La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithtre de
    rochers est entoure de sveltes cyprs (page 117).             115

  Voici Rio Montagne dont les maisons rgulires et cubiques ont
    l'air de dominos empils... (page 118).                        115

  J'aperois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nues.  116

  Une des trois chambres de l'ermitage.                            117

  L'ermitage du Marciana o l'empereur reut la visite de la
    comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814.                        117

  Le petit port de Porto-Longone domin par la vieille citadelle
    espagnole (page 117).                                          118

  La maison de Madame Mre  Marciana Alta.--Bastia, signor!--La
    chapelle de la Madone sur le Monte Giove.                      119

  Le coucher du soleil sur le Monte Giove.                         120

  Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino.       121

  L'arrive de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        121

  Le drapeau de Napolon roi de l'le d'Elbe: fond blanc, bande
    orang-rouge et trois abeilles jadis dores.                   122

  La salle de bains de San Martino a conserv sa baignoire de
    pierre.                                                        123

  La chambre de Napolon  San Martino.                            123

  La cour de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        124

  Une femme du village de Marciana Alta.                           125

  Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques
    reprsentant Napolon et Marie-Louise.                         126

  San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes 
    la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123).    126

  Rideau du thtre de Porto-Ferraio reprsentant Napolon sous la
    figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admte.            127

  La salle gyptienne de San Martino est demeure intacte avec ses
    peintures murales et son bassin  sec.                         127

  Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napolon
    aux Mulini, dont on a fait le trne piscopal de l'vque
    d'Ajaccio.                                                     128

  La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aeule
    portait  la cour des Mulini.                                  129

  ventail de Pauline Borghse, en ivoire sculpt, envoy en
    souvenir d'elle  la signora Traditi, femme du maire de
    Porto-Ferraio.                                                 130

  Le lit de Madame Mre, qu'elle s'tait fait envoyer de Paris 
    l'le d'Elbe.                                                  130

  Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo,
    chauffait,  un petit brasero de terre jaune, ses mains
    osseuses.                                                      131

  L'entre du goulet de Porto-Ferraio par o sortit la flottille
    impriale, le 26 fvrier 1815.                                 132


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes_.


  Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du
    Ksar-el-Benat (page 142). (D'aprs une photographie.)          133

  Le canal de Sleucie est, par endroits, un tunnel (page 140).    133

  Vers le coude de l'Euphrate: la pense de relever les traces de
    vie antique a dict l'itinraire.                              134

  L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que
    l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137).                  135

  Les rues d'Antioche sont troites et tortueuses; parfois, au
    milieu, se creuse en foss. (D'aprs une photographie.)        136

  Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'aprs une
    photographie.)                                                 137

  Les crtes des collines sont couronnes de chapelles ruines
    (page 142).                                                    138

  Alep est une ville militaire. (D'aprs une photographie.)        139

  La citadelle d'Alep se dtache des quartiers qui l'avoisinent
    (page 143). (D'aprs une photographie.)                        139

  Les parois du canal de Sleucie s'lvent jusqu' 40 mtres.
    (D'aprs une photographie.)                                    140

  Les tombeaux de Sleucie s'tageaient sur le Kasios. (D'aprs
    une photographie.)                                             141

   Alep une seule mosque peut presque passer pour une oeuvre
    d'art. (D'aprs une photographie.)                             142

  Tout alentour d'Alep la campagne est dserte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 143

  Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifi.                       144

  Balkis veille, de loin et de haut, l'ide d'une taupinire
    (page 147). (D'aprs une photographie.)                        145

  Stle Hittite. L'artiste n'a excut qu'un premier ravalement
    (page 148).                                                    145

  glise armnienne de Nisib; le plan en est masqu au dehors.
    (D'aprs une photographie.)                                    146

  Tell-Erfat est peupl d'Yazides; on le reconnat  la forme des
    habitations. (D'aprs une photographie.)                       147

  La rive droite de l'Euphrate tait couverte de stations romaines
    et byzantines. (D'aprs une photographie.)                     148

  Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indfiniment
    (page 148). (D'aprs une photographie.)                        149

  Srsat: village mixte d'Yazides et de Bdouins (page 146).
    (D'aprs une photographie.)                                    150

  Les Tcherkesses diffrent des autres musulmans; sur leur personne,
    pas de haillons (page 152). (D'aprs une photographie.)        151

  Ras-el-An. Deux jours se passent, mlancoliques, en ngociations
    (page 155). (D'aprs une photographie.)                        152

  J'ai laiss ma tente hors les murs devant Orfa. (D'aprs une
    photographie.)                                                 153

  Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'aprs
    une photographie.)                                             154

  Vue gnrale d'Orfa. (D'aprs une photographie.)                 155

  Porte arabe  Rakka (page 152). (D'aprs une photographie.)      156

  Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurs sont ports dans le
    bac  force de bras (page 159). (D'aprs une photographie.)    157

  Bdouin. (D'aprs une photographie.)                             157

  Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restes debout.
    (D'aprs une photographie.)                                    158

  Orfa: mosque Ibrahim-Djami; les promeneurs flnent dans la cour
    et devant la piscine (page 157). (D'aprs une photographie.)   159

  Pont byzantin et arabe (page 159). (D'aprs une photographie.)   160

  Mausole d'Alif, orn d'une frise de ttes sculptes (page 160).
    (D'aprs une photographie.)                                    161

  Mausole de Thodoret, selon la lgende, prs de Cyrrhus.
    (D'aprs une photographie.)                                    162

  Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taille (page 165).
    (D'aprs une photographie.)                                    163

  L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit
    corps de lgionnaires romains (page 160). (D'aprs une
    photographie.)                                                 163

  Trappe de Checkhl: un grand difice en pierres a remplac les
    premires habitations (page 166).                              164

  Trappe de Checkhl: la chapelle (page 166). (D'aprs une
    photographie.)                                                 165

  Pre Maronite (page 168). (D'aprs une photographie.)            166

  Acbs est situ au fond d'un grand cirque montagneux (page 166).
    (D'aprs une photographie.)                                    167

  Trappe de Checkhl: premires habitations des trappistes
    (page 166). (D'aprs une photographie.)                        168


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_


  Indignes hbridais de l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat. (D'aprs
    une photographie.)                                             170

  Une case de l'le de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'aprs
    une photographie.)                                             171

  Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat, prsente
    une rade magnifique. (D'aprs une photographie.)               172

  C'est  Port-Vila ou Franceville, dans l'le Vat, que la France
    a un rsident. (D'aprs une photographie.)                     173

  Dieux indignes ou Tabous. (D'aprs une photographie.)           174

  Les indignes hbridais de l'le Mallicolo ont un costume et
    une physionomie moins sauvages que ceux de l'le Pentecte.
    (D'aprs des photographies.)                                   175

  Pirogues de l'le Vao. (D'aprs une photographie.)               176

  Indignes employs au service d'un bateau. (D'aprs une
    photographie.)                                                 177

  Un sous-bois dans l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 178

  Un banquet de Franais  Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La colonie franaise de Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La rivire de Luganville. (D'aprs une photographie.)            180


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_


  Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba
    (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         181

  La reine des cloches Tsar Kolokol (page 180). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 181

  Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files
    dans les rues de Moscou (page 183).                            182

  Les paysannes en plerinage arrives enfin  Moscou, la cit
    sainte (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  183

  Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes
    (page 183). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         184

  La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir
    (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        185

  Une porte du Kreml (page 185). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    186

  Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui
    entourent la cit sainte (page 185). (D'aprs une photographie
    de M. J. Cahen.)                                               187

  Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan,
    et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais
    (page 190).                                                    188

  Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux
    toits aigus (page 183). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    189

  Tout prs de l'Assomption, les deux glises-soeurs se dressent:
    les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 189

   l'extrmit de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis
    de ses clochers (page 184). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    190

  Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    191

  Un des isvotchiks qui nous mnent grand train  travers les rues
    de Moscou (page 182).                                          192

  Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites,
    entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l
    leurs produits (page 195). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        193

  L'isvotchik a revtu son long manteau bleu (page 194). (D'aprs
    une photographie de M. J. Cahen.)                              193

  Itinraire de Moscou  Tomsk.                                    194

   ct d'une picerie, une des petites boutiques o l'on vend le
    kvass, le cidre russe (page 195). (D'aprs une photographie de
    M. J. Cahen.)                                                  195

  Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras
    (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         196

  Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi
    (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         197

  Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196).
    (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)                     198

  Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui
    relie la vieille ville  la nouvelle, la citadelle au march
    (page 204). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         199

  Le march tincelait dans son fouillis (page 195). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  200

  Dj la grande industrie pntre: on rencontre  Moscou des
    ouvriers modernes (page 195). (D'aprs une photographie.)      201

  Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    202

  Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent,  tous les
    tages, autour de grandes cours (page 196). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  203

  Le char funbre tait blanc et dor (page 194). (D'aprs une
    photographie.)                                                 204

   Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars,
    Tcherkesses (page 208). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        205

  Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle
    (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        205

  Nous avons travers le grand pont qui mne  la foire (page 205).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    206

  Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, 
    l'orientale (page 207). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        207

  Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    208

  Dans les rues, les petits marchands taient innombrables
    (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         209

  Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints
    de couleurs vives (page 206). (D'aprs une photographie de M.
    J. Cahen.)                                                     210

  Prs de l'asile, nous sommes alls au march aux cloches
   (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)          211

  Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         211

  Dans une autre rue, les charrons avaient accumul leurs roues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         212

  Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs
    des dbarcadres ou des stations (page 215). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  213

  Le Kreml de Kazan. C'est l que sont les glises et les
    administrations (page 214). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    214

  Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216). (D'aprs
    une photographie de M. Thibeaux.)                             215

  Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs
    (page 213). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        216

   presque toutes les gares il se forme spontanment un petit
    march (page 222). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  217

  Dans la plaine (page 221). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    217

  Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        218

  Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables
    bagages (page 226). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        219

  Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        220

  migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train
    (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)           221

  L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air
    d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222

  Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibrien.
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                223

  L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas
    neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite
    du Guide du Transsibrien.)                                  224

  Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle
    (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)          225

  Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur
    la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)      226

  Un point d'migration (page 228). (Photographie de M. A. N. de
    Koulomzine.)                                                   227

  Enfants d'migrants (page 228). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    228

  Un petit march dans une gare du Transsibrien. (Photographie de
    M. Legras.)                                                    229

  La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 230).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    229

  Nous sommes passs prs d'une glise  clochetons verts (page 230).
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                230

  Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits
    verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.)              231

  Aprs la dbcle de la Tome, prs de Tomsk (page 230). (D'aprs
    une photographie de M. Legras.)                                232

  Le chef de police demande quelques explications sur les passeports
    (page 232). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        233

  La cathdrale de la Trinit  Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         234

  Tomsk: en revenant de l'glise (page 234). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 235

  Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration
    (page 231). (D'aprs une photographie.)                        236

  Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent
    (page 231). (Photographie de M. Brocherel.)                    237

  Les cliniques de l'Universit de Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         238

  Les longs btiments blancs o s'abrite l'Universit (page 237).
    (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.)           239

  La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 240

  Flneurs  la gare de Petropavlosk (page 242). (D'aprs une
    photographie de M. Legras.)                                    241

  Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs
    (page 245). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        241

  Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'aprs une
    photographie.)                                                 242

  Les rivires roulaient une eau claire (page 244). (D'aprs une
    photographie.)                                                 243

  La ligne suit la valle des rivires (page 243). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 244

  Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux
    puissantes de la Volga! (page 248.) (D'aprs une photographie
    de M. G. Cahen.)                                               245

  Bachkirs sculpteurs. (D'aprs une photographie de M. Paul
    Labb.)                                                        246

   la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. J. Legras.)                    247

  Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).
    (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)                     248

  Joie nave de vivre, et mlancolie.--un petit march du sud
    (page 250). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)         249

  Un russe dans son vtement d'hiver (page 249). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  250

  Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de
    moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  251

  L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)         252


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_


  Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse
    promenade. (Photographie Alinari.)                             253

  Porte de la cathdrale Saint-Laurent de Lugano (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        253

  Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de
    San Salvatore. (D'aprs une photographie.)                     254

  La ville de Lugano descend en amphithtre jusqu'aux rives de son
    lac. (Photographie Alinari.)                                   255

  Lugano: faubourg de Castagnola. (D'aprs une photographie.)      256

  La cathdrale de Saint-Laurent: sa faade est dcore de figures
    de prophtes et de mdaillons d'aptres (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        257

  Saint-Roch: dtail de la fresque de Luini  Sainte-Marie-des-Anges
    (Photographie Alinari.)                                        258

  La passion: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260). (Photographie Alinari)                             259

  Saint Sbastien: dtail de la grande fresque de Luini 
    Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.)                260

  La madone, l'enfant Jsus et Saint Jean, par Luini, glise
    Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.)     261

  La Scne: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260).                                                    262

  Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.
    (Photographie Alinari.)                                        263

  Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.
    (D'aprs une photographie.)                                    264


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_


  Les quais sont anims par la population grouillante des Chinois
    (page 266). (D'aprs une photographie.)                        265

  Acteurs du thtre chinois. (D'aprs une photographie.)          265

  Plan de Shangha.                                                266

  Shangha est sillonne de canaux qui,  mare basse, montrent
    une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hlne
    de Harven.)                                                    267

  Panorama de Shangha. (D'aprs une photographie.)                268

  Dans la ville chinoise, les camelots sont nombreux, qui dbitent
    en plein vent des marchandises ou des lgendes extraordinaires.
    (D'aprs une photographie.)                                    269

  Le poste de l'Ouest, un des quatre postes o s'abrite la milice
    de la Concession franaise (page 272). (D'aprs une
    photographie.)                                                 270

  La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville
    chinoise de Shangha (page 268).                               271

  Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment
    l'arrive du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de
    Harven.)                                                       271

  Une maison de th dans la cit chinoise. (D'aprs une
    photographie.)                                                 272

  Les brouettes, qui transportent marchandises ou indignes, ne
    peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions
    (page 270). (D'aprs une photographie.)                        273

  La prison de Shangha se prsente sous l'aspect d'une grande cage,
     forts barreaux de fer. (D'aprs une photographie.)           274

  Le parvis des temples dans la cit est toujours un lieu de
    runion trs frquent. (D'aprs une photographie.)            275

  Les murs de la cit chinoise, du ct de la Concession franaise.
    (D'aprs une photographie.)                                    276

  La navigation des sampans sur le Ouang-P. (D'aprs une
    photographie.)                                                 277

  Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'aprs une photographie.)   277

  Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.
    (D'aprs une photographie.)                                    278

  Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle
    apparence (page 282).                                          279

  Les jeunes Chinois flnent au soleil dans leur Cit.
    (Photographies de Mlle H. de Harven.)                          279

  Sur les quais du Yang-King-Pang s'lvent des btiments, banques
    ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'aprs une
    photographie.)                                                 280

  Le quai de la Concession franaise prsente,  toute heure du
    jour, la plus grande animation. (D'aprs une photographie.)    281

  Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entre de la pagode. (D'aprs
    une photographie.)                                             282

  L'omnibus du pauvre (wheel-barrow ou brouette) fait du deux 
    l'heure et cote quelques centimes seulement. (D'aprs une
    photographie.)                                                 283

  Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'aprs une
    photographie.)                                                 284

  Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai
    chinois de Tou-Ka-Dou. (D'aprs une photographie.)             285

  Chinoises de Shangha. (D'aprs une photographie.)               286

  Village chinois aux environs de Shangha. (D'aprs une
    photographie.)                                                 287

  Le charnier des enfants trouvs (page 280). (D'aprs une
    photographie.)                                                 288


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_


  L'cole maternelle de Hampton accueille et occupe les ngrillons
    des deux sexes. (D'aprs une photographie.)                    289

  Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'aprs une
    photographie.)                                                 289

  Booker T. Washington, le leader de l'ducation des ngres aux
    tats-Unis, fondateur de l'cole de Tuskegee, en costume
    universitaire. (D'aprs une photographie.)                     290

  Institut Hampton: le cours de maonnerie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 291

  Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 292

  Institut Hampton: le cours d'lectricit. (D'aprs une
    photographie.)                                                 293

  Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 294

  Le salut au drapeau excut par les ngrillons de l'Institut
    Hampton. (D'aprs une photographie.)                           295

  Institut Hampton: le cours de chimie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 296

  Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'aprs
    une photographie.)                                             297

  Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 298

  Institut Hampton: le cours de botanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 299

  Institut Hampton: le cours de mcanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 300


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._


  Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.
    (D'aprs une photographie.)                                    301

  Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'aprs une
    photographie.)                                                 301

  Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur,
    d'Astrabad  Kirman.                                           302

  Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps d'amples
    toffes. (D'aprs une photographie.)                           303

  Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une rivire
    presque  sec; au fond, des constructions  l'aspect de fortins.
    (D'aprs une photographie.)                                    304

  Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus
    visits de l'Asie. (D'aprs une photographie.)                 305

  La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'aprs une
    photographie.)                                                 306

  Enfants nomades de la Perse orientale. (D'aprs une
    photographie.)                                                 307

  Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 308

  Les prparatifs d'un campement dans le dsert de Lout. (D'aprs
    une photographie.)                                             309

  Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun autre de
    l'Asie. (D'aprs une photographie.)                            310

  Avant d'arriver  Kirman, nous avions  traverser la chane de
    Kouhpaia. (D'aprs une photographie.)                          311

  Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout. (D'aprs une
    photographie.)                                                 312

  La communaut Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous
    souhaiter la bienvenue. (D'aprs une photographie.)            313

  Un marchand de Kirman. (D'aprs une photographie.)               313

  Le dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman, ancien
    sanctuaire ou ancien tombeau. (D'aprs une photographie.)      314

   Kirman: le jardin qui est lou par le Consulat, se trouve  un
    mille au del des remparts. (D'aprs une photographie.)        315

  Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 316

  Les gardes indignes du Consulat anglais de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 317

  La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.
   (D'aprs une photographie.)                                     318

  Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la province
    de Kirman. (D'aprs une photographie.)                         319

  La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix
    mosques de Kirman. (D'aprs une photographie.)                320

  Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf,
    terrain de plaisance occup par des jardins. (D'aprs une
    photographie.)                                                 321

  Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th. (D'aprs
    une photographie.)                                             322

  Une tour de la mort, o les Zoroastriens exposent les cadavres.
    (D'aprs une photographie.)                                    323

  Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de
    Kirman. (D'aprs une photographie.)                            324

  Le Farma Farma. (D'aprs une photographie.)                    325

  Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 325

  Carte du Makran.                                                 326

  Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupes autour
    d'un fort. (D'aprs une photographie.)                         327

  Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du
    Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)                     328

  Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 329

  La passe de Fanoch, faisant communiquer la valle du mme nom et
    la valle de Lachar. (D'aprs une photographie.)               330

  Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 331

  Une halte dans les montagnes du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 332

  Baloutches du district de Sarhad. (D'aprs une photographie.)    333

  Un fortin sur les frontires du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 334

  Dans les montagnes du Makran:  des collines d'argile succdent
    de rugueuses chanes calcaires. (D'aprs une photographie.)    335

  Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 336

  L'oasis de Djalsk, qui s'tend sur 10 kilomtres carrs, est
    remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.
    (D'aprs une photographie.)                                    337

  Femme Parsi du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)        337

  Carte pour suivre les dlimitations de la frontire
    perso-baloutche.                                               338

  Nous campmes  Fahradj, sur la route de Kouak, dans une
    palmeraie. (D'aprs une photographie.)                         339

  C'est  Kouak que les commissaires anglais et persans s'taient
    donn rendez-vous. (D'aprs une photographie.)                 340

  Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la route de
    Kouak. (D'aprs une photographie.)                             341

  Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une
    photographie.)                                                 342

  Le khan de Klat et sa cour. (D'aprs une photographie.)         343

  Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.)     344

  Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de Djalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             345

  Oasis de Djalsk: Des difices en briques abritent les tombes
    d'une race de chefs disparue. (D'aprs une photographie.)      346

  Indignes de l'oasis de Pandjgour,  l'est de Kouak. (D'aprs
    une photographie.)                                             347

  Camp de la commission de dlimitation sur la frontire
    perso-baloutche. (D'aprs une photographie.)                   348

  Campement de la commission des frontires perso-baloutches.
    (D'aprs une photographie.)                                    349

  Parsi de Yezd. (D'aprs une photographie.)                       349

  Une sance d'arpentage dans le Seistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 350

  Les commissaires persans de la dlimitation des frontires
    perso-baloutches. (D'aprs une photographie.)                  351

  Le delta du Helmand.                                             352

  Sculptures sassanides de Perspolis. (D'aprs une photographie.) 352

  Un gouverneur persan et son tat-major. (D'aprs une
    photographie.)                                                 353

  La passe de Buzi. (D'aprs une photographie.)                    354

  Le Gypsies du sud-est persan.                                    355

  Sur la lagune du Helmand. (D'aprs une photographie.)            356

  Couple baloutche. (D'aprs une photographie.)                    357

  Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer  Kirman. (D'aprs
    une photographie.)                                             358

  La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le dsert.
    (D'aprs une photographie.)                                    359

  Mosque de Yezd. (D'aprs une photographie.)                     360


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_


  Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses
    votes un peuple de divinits de pierre.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 361

  Emblme dcoratif (art khmer). (D'aprs une photographie.)       361

  Porte d'entre de la cit royale d'Angkor-Tom, dans la fort.
    (D'aprs une photographie.)                                    362

  Ce grand village, c'est Siem-Rap, capitale de la province.
    (D'aprs une photographie)                                     363

  Une chausse de pierre s'avance au milieu des tangs. (D'aprs
    une photographie.)                                             364

  Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la
    montagne sacre. (D'aprs une photographie.)                   365

  Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'aprs une
    photographie.)                                                 366

  La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomtres de tour;
    c'est un long clotre. (D'aprs une photographie.)             367

  Trois dmes hrissent superbement la masse formidable du temple
    d'Angkor-Wat. (D'aprs une photographie.)                      367

  Bas-relief du temple d'Angkor. (D'aprs une photographie.)       368

  La fort a envahi le second tage d'un palais khmer. (D'aprs
    une photographie.)                                             369

  Le gouverneur rquisitionne pour nous des charrettes  boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    370

  La jonque du deuxime roi, qui a, l'an dernier, succd  Norodom.
    (D'aprs une photographie.)                                    371

  Le palais du roi,  Oudong-la-Superbe. (D'aprs une
    photographie.)                                                 371

  Sculptures de l'art khmer. (D'aprs une photographie.)           372


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_


  La petite ville de Petrozeny n'est gure originale; elle a, de
    plus, un aspect malpropre. (D'aprs une photographie.)         373

  Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'aprs une
    photographie.)                                                 373

  Carte de Roumanie pour suivre l'itinraire de l'auteur.          374

  Vendeuses au march de Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)   375

  La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit
     Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)                      376

  C'est aux environs d'Arad que pour la premire fois nous voyons
    des buffles domestiques. (D'aprs une photographie.)           377

  Montagnard roumain endimanch. (Clich Anerlich.)                378

  Derrire une haie de bois blanc s'lve l'habitation modeste.
    (D'aprs une photographie.)                                    379

  Nous croisons des paysans roumains. (D'aprs une photographie.)  379

  Costume national de gala, roumain. (Clich Cavallar.)            380

  Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont
    conserv leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.)   381

  Un rencontre prs de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    382

  Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et svres, sous
    le linge blanc. (D'aprs une photographie.)                    383

  En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'aprs une
    photographie.)                                                 384

  Dans la valle de l'Olt, les castrinza des femmes sont
    dcores de paillettes multicolores.                           385

  Dans le village de Slanic. (D'aprs une photographie.)           385

  Roumaine du dfil de la Tour-Rouge. (D'aprs une photographie.) 386

  La petite ville d'Horezu est charmante et anime. (D'aprs une
    photographie.)                                                 387

  La perle de Curtea, c'est cette superbe glise blanche,
    scintillante sous ses coupoles dores. (D'aprs une
    photographie.)                                                 388

  Une ferme prs du monastre de Bistritza. (D'aprs une
    photographie.)                                                 389

  Entre de l'glise de Curtea. (D'aprs une photographie.)        390

  Les religieuses du monastre d'Horezu portent le mme costume
    que les moines. (D'aprs une photographie.)                    391

  Devant l'entre de l'glise se dresse le baptistre de Curtea.
    (D'aprs une photographie.)                                    392

  Au march de Campolung. (D'aprs une photographie.)              393

  L'excursion du dfil de Dimboviciora est le complment oblig
    d'un sjour  Campolung. (D'aprs une photographie.)           394

  Dans le dfil de Dimboviciora. (D'aprs des photographies.)     395

  Dans les jardins du monastre de Curtea.                         396

  Sinaa: le chteau royal, Castel Pels, sur la montagne du mme
    nom. (D'aprs une photographie.)                               397

  Un enfant des Carpathes. (D'aprs une photographie.)             397

  Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.
    (D'aprs une photographie.)                                    398

  Vue intrieure des mines de sel de Slanic. (D'aprs une
    photographie.)                                                 399

  Entre Campina et Sinaa la route de voiture est des plus
    potiques. (D'aprs une photographie.)                         400

  Un coin de Campina. (D'aprs une photographie.)                  401

  Les villas de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                402

  Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'glise du Spiritou
    Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. --
    L'glise mtropolitaine.--L'Universit.--Le palais Stourdza.
    -- Un vieux couvent. -- (D'aprs des photographies.)           403

  Le monastre de Sinaa se dresse derrire les villas et les
    htels de la ville. (D'aprs une photographie.)                404

  Une des deux cours intrieures du monastre de Sinaa. (D'aprs
    une photographie.)                                             405

  Une demeure princire de Sinaa. (D'aprs une photographie.)     406

  Busteni (les villas, l'glise), but d'excursion pour les habitants
    de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                         407

  Slanic: un wagon de sel. (D'aprs une photographie.)             408


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._


   la kermesse.                                                   409

  Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi.      409

  Des boerin bien prises en leurs justins marchent en roulant,
    un joug sur les paules.                                       410

  Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa
    demeure de haut en bas.                                        410

  Emplettes familiales.                                            411

  Les mnagres sont l, galement calmes, lentes, avec leurs
    grosses jupes.                                                 411

  Jeune mtayre de Middelburg.                                    412

  Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du march conduit
     un pont.                                                     412

  Une mre, songeuse, promenait son petit garon.                  413

  Une famille hollandaise au march de Middelburg.                 414

  Le march de Middelburg: considrations sur la grosseur des
    betteraves.                                                    415

  Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites.    416

  Un septuagnaire appuy sur son petit-fils me sourit
    bonassement.                                                   417

  Roux en le dcor roux, l'clusier fumait sa pipe.                417

  Le village de Zoutelande.                                        418

  Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bches
    blanches.                                                      419

  Aussi comme on l'aime, ce home.                                  420

  Les filles de l'htelier de Wemeldingen.                         421

  Il se campe prs de son cheval.                                  421

  Je rencontre  l'ore du village un couple minuscule.            422

  La campagne hollandaise.                                         423

  Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du molen.      423

  Par tous les sentiers, des marmots se juchrent.                 424

  Le pre Kick symbolisait les gnrations des Nerlandais
    dfunts.                                                       425

  Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues.               426

  L'une entonna une chanson.                                       427

  Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux.             428

  Famille hollandaise en voyage.                                   429

  Ah! les moulins; leur nombre droute l'esprit.                   429

  Les chariots enfoncs dans les champs marcageux sont enlevs
    par de forts chevaux.                                          430

  La digue de Westkapelle.                                         431

  Les cluses ouvertes.                                            432

  Les petits garons rdent par bandes,  grand bruit de sabots
    sonores....                                                    433

  Jeune mre  Marken.                                             433

  Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des
    peintres de tous les pays.                                     434

  Avec leurs figures rondes, panouies de contentement, les petites
    filles de Volendam font plaisir  voir.                        435

  Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout.  436

  Les jeunes filles de Volendam sont coiffes du casque en dentelle,
     forme de salade renverse.                                 437

  Deux pcheurs accroupis au soleil,  Volendam.                   438

  Une lessive consciencieuse.                                      439

  Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif.    440

  Les femmes de Volendam sont moins claquemures en leur logis.    441

  Vtu d'un pantalon dmesur, le pcheur de Volendam a une allure
    personnelle.                                                   442

  Un commencement d'idylle  Marken.                               443

  Les petites filles sont charmantes.                              444


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_


  Le lac sacr d'Osiris, situ au sud-est de son temple, qui a t
    dtruit. (D'aprs une photographie.)                           445

  Sti Ier prsentant des offrandes de pain, lgumes, etc. (D'aprs
    une photographie.)                                             445

  Une rue d'Abydos. (D'aprs une photographie.)                    446

  Maison d'Abydos habite par l'auteur, pendant les trois premires
    annes. (D'aprs une photographie.)                            447

  Le prtre-roi rendant hommage  Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.)          448

  Thot prsentant le signe de la vie aux narines du roi Sti Ier
    (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une
    photographie.)                                                 449

  Le dieu Thot purifiant le roi Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris, mur sud). (D'aprs une photographie.) 450

  Vue intrieure du temple de Ramss II. (D'aprs une
    photographie.)                                                 451

  Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Sti Ier.
    (D'aprs une photographie.)                                    451

  Temple de Sti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due 
    Ramss II. (D'aprs une photographie.)                         452

  Temple de Sti Ier, mur est, montrant des scnes diverses du
    culte. (D'aprs une photographie.)                             453

  Table des rois Sti Ier et Ramss II, faisant des offrandes aux
    rois leurs prdcesseurs. (D'aprs une photographie.)          454

  Vue gnrale du temple de Sti Ier, prise de l'entre. (D'aprs
    une photographie.)                                             455

  Procession des victimes amenes au sacrifice (temple de
    Ramss II). (D'aprs une photographie.)                        456


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_


  Le bazar de Tackhent s'tale dans un quartier vieux et ftide.
    (D'aprs une photographie.)                                    457

  Un Kozaque de Djarghess. (D'aprs une photographie.)             457

  Itinraire de Tachkent  Prjevalsk.                              458

  Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  459

  Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 460

  Un contrefort montagneux borde la rive droite du tchou.
    (D'aprs une photographie.)                                    461

  Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers de
    Viernyi et de Kachgar. (D'aprs une photographie.)             462

  Couple russe de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)           463

  Arrive d'une caravane  Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  464

  Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'aprs une
    photographie.)                                                 465

  Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'aprs une
    photographie.)                                                 466

  Le monument de Prjevalsky,  Prjevalsk. (D'aprs une
    photographie.)                                                 467

  Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments funraires
    des Nestoriens... (D'aprs une photographie.)                  467

  Enfants kozaques sur des boeufs. (D'aprs une photographie.)     468

  Un de nos campements dans la montagne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 469

  Monte du col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)           469

  Dans la valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)         470

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         470

  La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes. (D'aprs
    une photographie.)                                             471

  Au sud du col s'levait une blanche pyramide de glace. (D'aprs
    une photographie.)                                             472

  La valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              473

  Le col de Karaguer, valle de Tomghent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 474

  Sur le col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)              475

  J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos coursiers.
    (D'aprs une photographie.)                                    475

  Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu d'une herbe
    suffisante pour les chevaux. (D'aprs une photographie.)       476

  Nous passons  gu le Kizil-Sou. (D'aprs des photographies.)    477

  Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'aprs une photographie.)   478

  Entre de la valle de Kachkateur. (D'aprs une photographie.)   479

  Nous baptismes Kachkateur-Tao, la pointe de 4 250 mtres que
    nous avions escalade. (D'aprs une photographie.)             479

  La valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.)               480

  Des Kirghizes d'Oustchiar taient venus  notre rencontre.
    (D'aprs une photographie.)                                    481

  Kirghize joueur de flte. (D'aprs une photographie.)            481

  Le massif du Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              482

  Rgion des Monts Clestes.                                       482

  Les Kirghizes mnent au village une vie peu occupe. (D'aprs
    une photographie.)                                             483

  Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente
    glace. (D'aprs une photographie.)                            484

  Valle suprieure d'Inghiltchik. (D'aprs une photographie.)     485

  Valle de Kaende: l'eau d'un lac s'coulait au milieu d'une
    prairie maille de fleurs. (D'aprs une photographie.)        486

  Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec leurs
    enfants, sur notre passage. (D'aprs une photographie.)        487

  Le chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)                488

  Nous salumes la valle de Kaende comme un coin de la terre des
    Alpes. (D'aprs une photographie.)                             489

  Femmes maries de la valle de Kaende, avec leur progniture.
    (D'aprs une photographie.)                                    490

  L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi voisiner
    dans notre campement. (D'aprs une photographie.)              491

  Un aoul kirghize.                                              492

  Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les femmes de
    Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'aprs une photographie.) 493

  Enfant kirghize. (D'aprs une photographie.)                     493

  Kirghize dressant un aigle. (D'aprs une photographie.)          494

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         494

  Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et son
    troupeau. (D'aprs une photographie.)                          495

  Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'taient, pour
    nous recevoir, assembls sur une minence. (D'aprs une
    photographie.)                                                 496

  Le glacier de Kaende. (D'aprs une photographie.)                497

  L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende.                            498

  Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'aprs des
    photographies.)                                                498

  Kirghizes de Kaende. (D'aprs une photographie.)                 499

  Le pic de Kaende s'lve  6 000 mtres. (D'aprs une
    photographie.)                                                 500

  La fille du chirta (chef) de Kaende, fiance au kaltch de la
    valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.)                   501

  Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux fianc de
    la fille du chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)     502

  Le glacier de Kaende.                                            503

  Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'aprs
    des photographies.)                                            503

  Retour des champs. (D'aprs une photographie.)                   504

  Femmes kirghizes de la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Un chef de district dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une
    pyramide. (D'aprs une photographie.)                          506

  Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Clestes,
    emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'aprs une
    photographie.)                                                 507

  La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers de Viernyi
     Kachgar. (D'aprs une photographie.)                         508

  Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du mme nom,
    frquent par les nomades qui se rendent  Prjevalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             509

  Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'aprs une photographie.)  510

  talon kirghize de la valle d'Irtach et son cavalier. (D'aprs
    une photographie.)                                             511

  Vhicule kirghize employ dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 511

  Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la route de
    Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)                         512

  Campement kirghize, prs de Slifkina. (D'aprs une
    photographie.)                                                 513

  Femme kirghize tannant une peau. (D'aprs une photographie.)     514

  Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'aprs une photographie.)   515

  Tombeau kirghize. (D'aprs une photographie.)                    516


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_


  L'espoir des Fero se rendant  l'cole. (D'aprs une
    photographie.)                                                 517

  Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.
    (D'aprs une photographie.)                                    517

  Thorshavn apparut, construite en amphithtre au fond d'un petit
    golfe.                                                         518

  Les fermiers de Kirkeboe en habits de fte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 519

  Les poneys feroens et leurs caisses  transporter la tourbe.
    (D'aprs une photographie.)                                    520

  Les dnicheurs d'oiseaux se suspendent  des cordes armes d'un
    crampon. (D'aprs une photographie.)                           521

  Des lots isols, des falaises de basalte ruines par le heurt
    des vagues. (D'aprs des photographies.)                       522

  On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont
    environ 6 mtres. (D'aprs une photographie.)                  523

  Les femmes feroennes prparent la laine.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 524

  On sale les morues. (D'aprs une photographie.)                  525

  Feroen en costume de travail. (D'aprs une photographie.)       526

  Les femmes portent une robe en flanelle tisse avec la laine
    qu'elles ont carde et file. (D'aprs une photographie.)      527

  Dj mlancolique!... (D'aprs une photographie.)                528


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_


  Groupe de Brahmanes lecteurs franais. (D'aprs une
    photographie.)                                                 529

  Musicien indien de Pondichry. (D'aprs une photographie.)       529

  Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu
    compliqu. (D'aprs une photographie.)                         530

  La visite du march est toujours une distraction utile pour le
    voyageur. (D'aprs une photographie.)                          531

  Indienne en costume de fte. (D'aprs une photographie.)         532

  Groupe de Brahmanes franais. (D'aprs une photographie.)        533

  La pagode de Villenour,  quelques kilomtres de Pondichry.
    (D'aprs une photographie.)                                    534

  Intrieur de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 535

  La Fontaine aux Bayadres. (D'aprs une photographie.)           536

  Plusieurs rues de Pondichry sont larges et bien bties.
    (D'aprs une photographie.)                                    537

  tang de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.)     538

  Brahmanes franais attendant la clientle dans un bazar.
    (D'aprs une photographie.)                                    539

  La statue de Dupleix  Pondichry. (D'aprs une photographie.)   540


UNE PEUPLADE MALGACHE

LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_


  Les populations souhaitent la bienvenue  l'tranger. (D'aprs
    une photographie.)                                             541

  Femme d'Ankarimbelo. (D'aprs une photographie.)                 541

  Carte du pays des Tanala.                                        542

  Les femmes tanala sont sveltes, lances. (D'aprs une
    photographie.)                                                 543

  Panorama de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)             544

  Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'aprs une
    photographie.)                                                 545

  Un partisan tanala tirant  la cible  Fort-Carnot. (D'aprs
    une photographie.)                                             546

  Enfants tanala. (D'aprs une photographie.)                      547

  Les hommes, tous arms de la hache. (D'aprs une photographie.)  548

  Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creus, et recouverts
    d'un drap. (D'aprs une photographie.)                         549

  Le battage du riz. (D'aprs une photographie.)                   550

  Une halte de partisans dans la fort. (D'aprs une
    photographie.)                                                 551

  Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)  552

  Les Tanala au repos perdent toute leur lgance naturelle.
    (D'aprs une photographie.)                                    553

  Une jeune beaut tanala. (D'aprs une photographie.)             553

  Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste lgant et souple.
    (D'aprs une photographie.)                                    554

  Le chant du e manenina,  Iaborano. (D'aprs une
    photographie.)                                                 555

  La rue principale  Sahasinaka. (D'aprs une photographie.)      556

  La danse est excute par des hommes, quelquefois par des femmes.
    (D'aprs une photographie.)                                    557

  Un danseur botomaro. (D'aprs une photographie.)                 558

  La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degr.
    (D'aprs des photographies.)                                   559

  Tapant  coups redoubls sur un long bambou, les Tanala en tirent
    une musique trange. (D'aprs une photographie.)               560

  Femmes tanala tissant un lamba. (D'aprs une photographie.)      561

  Le village et le fort de Sahasinaka s'lvent sur les hauteurs
    qui bordent le Faraony. (D'aprs une photographie.)            562

  Un dtachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.
    (D'aprs une photographie.)                                    563

  Profil et face de femmes tanala. (D'aprs une photographie.)     564


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_


  Les murailles de Sfax, vritable dcor d'opra.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Carte de la rgion du Bou Hedma (sud tunisien).                  566

  Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'aprs
    une photographie.)                                             567

  L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la
    fivre. (D'aprs une photographie.)                            568

  Le cirque du Bou Hedma. (D'aprs une photographie.)              569

  L'oued Hadedj sort d'une troite crevasse de la montagne.
    (D'aprs une photographie.)                                    570

  Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'annes.
    (D'aprs une photographie.)                                    571

  Un puits dans le dfil de Touninn. (D'aprs une photographie.)  571

  Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sdentaires, qui
    cultivent oliviers et figuiers. (D'aprs une photographie.)    572

  De temps en temps la fort de gommiers se rvle par un arbre.
    (D'aprs une photographie.)                                    573

  Le village de Mech; dans l'arrire-plan, le Bou Hedma. (D'aprs
    une photographie.)                                             574

  Le Khrangat Touninn (dfile de Touninn), que traverse le chemin
    de Bir Saad  Sakket. (D'aprs une photographie.)              575

  Le puits de Bordj Saad. (D'aprs une photographie.)              576


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_


  Aprs avoir crois des boeufs superbes.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 577

  Femme castillane. (D'aprs une photographie.)                    577

  On chemine  travers l'inextricable rseau des ruelles
    silencieuses. (D aprs une photographie.)                      578

  La rue du Commerce,  Tolde. (D'aprs une photographie.)        579

  Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants de Tolde.
    (D'aprs une photographie.)                                    580

  Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres monumentales
    d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              581

  Porte du vieux palais de Tolde. (D'aprs une photographie.)     582

  Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la merveilleuse
    Puerta del Sol. (Photographie Lacoste,  Madrid.)              583

  Dtail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'aprs une
    photographie.)                                                 584

  Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              585

  Madrilne. (D'aprs une photographie.)                           586

  La porte de Visagra, construction massive remontant  l'poque
    de Charles Quint. (Photographie Lacoste,  Madrid.)            587

  Tympan mudejar. (D'aprs une photographie.)                      588

  Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs de
    murailles solides. (D'aprs une photographie.)                 589

  Castillane et Svillane. (D'aprs une photographie.)             589

  Isabelle de Portugal, par le Titien (Muse du Prado).
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              590

  Le palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)        591

  Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de Santo Tom
    (auteur inconnu). (D'aprs une photographie.)                  592

  Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)  593

  Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet,
     Madrid.)                                                     594

  La cathdrale de Tolde.                                         595

  Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise Santo Tom).
    (D'aprs une photographie.)                                    596

  Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de minaret.
    (D'aprs une photographie.)                                    597

  Les vques Mendoza et Ximns. (D'aprs une photographie.)      598

  Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.
    (D'aprs une photographie.)                                    599

  Prise de Melilla (cathdrale de Tolde). (D'aprs une
    photographie.)                                                 600

  C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants pendant son
    sjour  Tolde. (D'aprs une photographie.)                   601

  Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de Tolde.  601

  Porte des Lions. (Photographie Lacoste,  Madrid.)               602

  Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme le morceau le
    plus prcieux et le plus fleuri de l'architecture gothique
    espagnole. (Photographie Lacoste,  Madrid.)                   603

  Ornements d'glise,  Madrid. (D'aprs une photographie.)        604

  Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de la
    cathdrale de Tolde. (Photographie Lacoste,  Madrid.)        605

  Une torea. (D'aprs une photographie.)                           606

  Vue intrieure de l'glise de San Juan de Los Reyes.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              607

  Une rue de Tolde. (D'aprs une photographie.)                   608

  Porte de l'hpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     609

  Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste,  Madrid.)         610

  Escalier de l'hpital de Santa Cruz. (D'aprs une photographie.) 611

  Dtail du plafond de la cathdrale. (D'aprs une photographie)   612

  Pont Saint-Martin  Tolde. (D'aprs une photographie.)          613

  Guitariste castillane. (D'aprs une photographie.)               613

  La Casa consistorial, htel de ville. (D'aprs une
    photographie.)                                                 614

  Le patio des Templiers. (D'aprs une photographie.)            615

  Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille lgre.
    (D'aprs une photographie.)                                    616

  Un coin de la Mosque de Cordoue. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     617

  Chapelle de San Fernando, de style mudejar, leve au
    centre de la Mosque de Cordoue. (D'aprs une photographie.)   618

  La mosque qui fait la clbrit de Cordoue, avec ses dix-neuf
    galeries hypostyles, orientes vers la Mecque. (Photographie
    Lacoste,  Madrid.)                                            619

  Dtail de la chapelle de San Fernando. (D'aprs une
    photographie.)                                                 620

  Vue extrieure de la Mosque de Cordoue, avec l'glise
    catholique leve en 1523, malgr les protestations des
    Cordouans. (D'aprs une photographie.)                         621

  Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.)       622

  Statue de doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue.
    (D'aprs une photographie.)                                    623

  Dtail d'une porte de la mosque. (D'aprs une photographie.)    624






End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; De Tolde  Grenade, by 
douard Charton

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
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Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
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The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
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     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


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