The Project Gutenberg EBook of Insurrections et guerre des barricades dans
les grandes villes, by Christophe-Michel Roguet

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Title: Insurrections et guerre des barricades dans les grandes villes
       par le gnral de brigade Roguet

Author: Christophe-Michel Roguet

Release Date: August 12, 2011 [EBook #37053]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK INSURRECTIONS ET GUERRE ***




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INSURRECTIONS ET GUERRE DES BARRICADES DANS LES GRANDES VILLES

PAR

LE GNRAL DE BRIGADE ROGUET.


     Quand un prince d'une ville est chass de sa ville, le procs est
     fini; s'il a plusieurs villes, le procs n'est que commenc.

     (_Esprit des lois_, liv. VIII, chap. 16.)


      la guerre, les circonstances morales exercent la plus grande
     influence sur les vnements: elles sont tout dans une guerre
     civile.


PARIS,

LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE.

1850




TABLE DES MATIRES.


CHAPITRE Ier.--HISTORIQUE.

 1er.--_Temps anciens et moyen-ge._

Temps anciens et derniers Carlovingiens.

Rpubliques italiennes du moyen-ge.

Guerre civile de 33 ans dans Florence, 1215.

meute de Venise, 1310.

Bourgeoisie des communes.

Rvolte de Bruges, 1302.

meute de Paris, 1306.

Rvolte des Pastoureaux, 1320.

 2.--_Valois._

Rvolte du prvt des marchands Marcel, 1358.

meute de Londres, 1381.

_Id._ de Paris, 1382.

Les rois de Paris et de Bourges, 1420.

Rvolte de Gnes, 1461.

_Id._ de Bruges, 1488.

_Id._ de Naples, 1547.

_Id._ de Bordeaux, 1548.

meute de Toulouse, 1562.

Journe des barricades  Paris, 1588.

 3.--_Bourbons._

Guerre de la ligue, 1589.

Fronde, 13 septembre 1647 et 5 janvier 1648.

Fronde, 1649.

Dispositions de sret contre la population d'Utreck, 1672.

Lutte dans Crmone, 1702.

 4.--_Rvolution, Empire, Restauration_.

meute de Varsovie, 1794.

Journe de vendmiaire, 1795.

meute de Madrid du 2 mai, 1808.

Journe de juillet, 1830.

 5.--_Depuis 1830._

Rvolution de Bruxelles, 1830.

meute de Lyon, 1831.

meutes des 5 et 6 juin 1832 et suivante, jusqu' 1839.

meute de Clermont-Ferrand, 1841.

Rvolution de fvrier, 1848.

meute du 23 juin, 1848.

meute du 13 juin, 1849.

Problme dsormais important, non pour la France, mais pour l'Europe.


CHAPITRE II.--DIFFRENTS PARTIS  PRENDRE.

 Ier.--_Rprimer la rvolte dans toute la ville._

 2.--_Occuper un grand quartier militaire._

Avantages de ce parti.

Choix du quartier militaire et des positions extrieures.

 3.--_Occuper une position contigu._

Cas o il faut prendre ce parti.

Opinion de quelques hommes d'tat.

Opinion de quelques militaires.

Opinion probable de Napolon.

 4.--_Position extrieure de ralliement._

Cas o il faut la prendre.

Dispositions permanentes ncessaires pour ce cas.

Campagnes de Henri IV contre la ligue, de 1590  1596.

Campagne de Turenne, en 1652.

Ce qu'on aurait peut-tre pu faire, le 24 fvrier 1848.

 5.--_loignement de la capitale._

Il y a deux partis galement dangereux.

Projet de retraite form par la Cour, le 5 juillet 1652,  Saint Denis.

Projet de dfense de Louis XVIII, dans le dpartement du Nord, en 1815.


CHAPITRE III.--PRINCIPES FONDAMENTAUX.

 1er.--_Principes gnraux._

Emploi de la force anne dans les troubles civils.

Conservation de l'lment du combat.

Commandement en chef.

Lgions de gardes nationales, mairies, commandements militaires et
casernements ont les mmes circonscriptions.

Pronostics et commencements de l'meute.

 2.--_Principes particuliers._

Consquence de l'lvation des barricades relativement  la rpression.

Ce qu'il faut de force dans chaque circonstance.

Force et composition des colonnes actives.

Comment la troupe doit tre employe.

Principes gnraux sur les dtachements, tablissement sur les positions
de combat.

Donnes diverses.

 3.--_Moyens matriels ncessaires._

Opinion du chevalier de Ville.

meute de Toulouse, du 11 au 17 mai 1562.

Journe du faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1652.--Opinion de
Turenne.

Services administratifs, approvisionnements de vivres et de combat.

Matriel ncessaire.

Sage maxime du chancelier de l'Hpital.


CHAPITRE IV.--MESURES GNRALES DE DFENSE.

 1er.--_Dispositions permanentes._

Garde nationale.

Troupe de ligne, ses positions de casernement et de combat.

Militaires sans troupe ou de passage.

Systme de mairies et casernes-magasins juxta-poses.

 2.--_Divisions et subdivisions militaires._

Quartier gnral central.

Quartiers gnraux divisionnaires et quartier militaire.

Subdivisions _intr muros_ et positions accessoires.

Subdivisions _extr muros_.

Il faut galement centraliser la direction gnrale et multiplier
l'action.

Rpartition gnrale des forces.

Donne diverses.

 3.--_Observations._

Ce que doit tre la direction gnrale.

Entraves habituelles de la direction militaire.

Se mettre en rapport avec tous.

Il faut pouvoir toujours modifier le plan adopt.

Epreuve pour les pouvoirs.

 4.--_Applications._

1 Ville de 10,000 mes.

2 de 50,000 mes.

3 de 80,000 mes.

4 d'un million d'mes.


CHAPITRE V.--DISPOSITIONS DE DTAIL.

 1er.--_Etablissement sur les positions de combat._

Marche et tablissement de la troupe, ralliement de la garde nationale.

Etablissement de chaque bataillon.

Rseaux de bataillons.

Positions avances ou extrieures.

Approvisionnements de chaque dtachement.

 2.--_Oprations ultrieures._

Marcher de 2  3 centres d'action au foyer de l'insurrection.

meute dans une grande rue, dans un quartier rtrci, au del de
dfils.

Avancer dans une rue occupe.

Positions successives  prendre.

 3.--_Marche plus rgulire._

Forcer une enceinte de positions et s'tablir au del.

Dboucher sur une place.

Attaque des barricades.

Cheminer, dans les longues rues, de maisons en maisons.

Rduit de l'insurrection.


CHAPITRE VI.--CAS PARTICULIERS.

 1er.--_Divers cas d'meute._

Suivant l'tat moral et politique.

-- l'esprit des populations au dedans et au dehors.

--la force publique.

--la nature de la ville.

--la rsidence du chef de l'tat au moment de l'meute.

 2.--_meute  l'occasion des grains ou des impts._

Etablissement de la troupe dans les cantonnements.

Service de la troupe pour la police des marchs.

Rgles de conduite lgale.

Principes militaires.

Recouvrement des impts.

 3.--_Rvoltes des populations ennemies contre leurs garnisons._

La bonne politique et la vigilance administrative prviennent souvent
les rvoltes.

Marchal Suchet en Aragon.

Napolon en Italie.

Autres menes de l'anarchie.

Etablissement judicieux des troupes.

Direction gnrale des attaques en cas de rvolte.

Importance de l'artillerie.

Parallles successives.

Dtail des cheminements.

Attaque des maisons.

Supriorit incontestable des armes.


CHAPITRE VII.--RCAPITULATION.

 1er.--_Dispositions permanentes._

Concentration des principaux moyens d'action dans un quartier militaire.

Plan de dfense.

Armes europennes.

Communications, obstacles.

Pnalit spciale.

Police spciale.

Limites imposes aux industries de mme nature, dans chaque localit.

Agents de sret.

 2.--_Dispositions pendant l'meute._

Signe d'ordre, arrestations.

Surveillance pour la circulation, les cabarets, armuriers, pharmaciens
et maisons.

Devoirs et responsabilit des chefs d'tablissements industriels.

Rapports frquents avec les populations.

Commissaires gnraux ventuels; tat de sige.

 3.--_Causes gnrales d'anarchie._

Grands talents drgls.

Excs de la centralisation.

Il vaut mieux la guerre entre nations qu'entre classes.

Une nation anarchique est le jouet de ses rivales.

La concorde et le respect du pouvoir peuvent seuls sauver.

Conclusion.




AVANT-PROPOS.


Le sujet de ce livre est la rpression des meutes dans les grandes
capitales de l'Europe.

Une table analytique fait connatre la nature, l'ordre et la division
des matires traites.

Il n'y a point d'officier, en Europe, qui n'ait eu l'occasion d'tudier
et mme de pratiquer plusieurs fois, sur une chelle plus ou moins
restreinte, ce triste genre de guerre: ce que tous ont fait ou vu,
chacun a pu le mditer et en composer une thorie.

On ne dira, dans ce livre, rien de particulier  la France, quant aux
mesures  prendre; non que cela et offert quelqu'inconvnient: mais
c'et t inutile et en dehors du sujet exclusivement europen que nous
nous proposions de traiter: tout projet,  l'gard de Paris, serait
au-dessous des mesures actuellement prises dans cette capitale; toute
proccupation paratrait plus qu'exagre, vu la surabondance et la
solidit des moyens de rpression; d'ailleurs, nous trouvons,  l'abri
d'un pouvoir sage, la solution des difficults actuelles: et la France,
dsormais fatigue de rvolutions, n'aspire qu'au repos.

La question se prsente bien autrement gnrale et importante: une de
ces priodes de bonheur, rarement accordes  l'humanit, va peut-tre
finir; et le monde parat vouloir rentrer dans cet tat normal d'excs
qui assombrit l'histoire de sicles entiers.

Sur quelques points, il se livre une lutte dsespre  l'anarchie.

Des nationalits et des gouvernements europens sont plus ou moins en
pril: peu de pays pourront rester tranquilles, tant qu'on n'y aura pas
vu les drames les plus sanglants: trop de ruines ou d'anxits
n'claireront peut-tre pas: c'est exclusivement, en vue de ces
dplorables parodies, que le lugubre problme de ce livre doit offrir
quelque intrt.

Si, par exception, on parlera quelquefois de la France, ce sera pour
citer son pass, pour rappeler les redoutables cueils qu'elle a plus ou
moins heureusement vits; ou pour mieux constater,  l'aide d'un pays
plus connu de nous, mais dsormais moins intress dans la question, la
facile application des mesures proposes.

Aucun des principes de ce livre n'est absolu ou indispensable, aucun ne
peut convenir  tous les cas et dans sa gnralit: mais il pourra tre
avantageux de les appliquer le mieux possible, dans un grand nombre de
circonstances, avec les modifications que celles-ci rendent toujours
ncessaires; modifications qu'il serait galement difficile de prvoir
et d'numrer.

Il est peu de prceptes thoriques qui, dans un cas donn, ne deviennent
plus ou moins utiles; qu'on ne s'tonne pas de leur nombre, de leur
gnralit absolue, de la puissance des moyens reprsents: il fallait
tenir compte de la diversit infinie des situations possibles; il
fallait surtout avoir constamment en vue l'meute la plus srieuse,
l'attaque la plus formidable contre la socit, celle qui aurait
d'autres chances de succs qu'une surprise ou un malentendu.

Heureuse la rpression toutes les fois qu'elle pourra modrer la
rigueur de ses moyens vis--vis d'une rvolte moins redoutable.

La thorie n'indique que les axes des directions les plus gnrales, et
 ct desquelles, presque toujours, le praticien doit savoir marcher
ainsi que le veulent les circonstances:  mesure qu'elle descend aux
dtails, ses indications deviennent plus vagues, plus rares, moins
compltes: elle ne donne mme alors, quelquefois, que des moyennes
grossires, utiles pour fixer les ides, un moment, non pour servir, en
quoique ce soit, dans l'action.

Un chef utilise d'autant mieux les rgles de l'art, qu'il possde  un
degr plus minent le jugement et l'nergie: ces deux qualits innes,
exclusivement constitutives de l'homme d'action, chapperont toujours 
toute thorie.

La science militaire peut nanmoins rappeler, avec utilit, d'habiles
dispositions tant de fois recommandes,  des poques ou dans des pays
divers, et par le succs, et par les hommes minents qui les ont prises.

Ces dispositions convenablement imites rendraient, dans le plus grand
nombre de cas, toute tentative de lutte impossible  l'anarchie; elles
prserveraient l'humanit de calamits publiques et prives galement
irrparables:  ce titre, elles doivent vivement intresser les hommes
de bien.

Telle est dsormais la noble et difficile tche de quelques armes
trangres: car, on l'a dit, longtemps encore, gouverner les socits
ce sera monter la garde et la faction; car la vie et l'activit des
empires, la richesse, le bonheur des peuples, les labeurs de l'artisan,
la petite et si respectable aisance des classes pauvres, l'existence
mme des nationalits deviendraient impossibles, au milieu des scnes
sanglantes, des terreurs ou des excs journaliers; et alors que chaque
famille pourrait,  tous moments, se dire avec une douloureuse anxit:

     _Pauperis et tuguri congestum cespite culmen,
     Post aliquot, mea regna, videns mirabor aristas?

     . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

     Barbarus has segetes! en quo discordia cives
     Perduxit miseros! en queis consevimus agros!_

     Aot 1849.









AVENIR DES ARMES EUROPENNES

ou le

SOLDAT CITOYEN.




CHAPITRE PREMIER.

_Historiques._


1. Les luttes qui ont ensanglant les grandes villes donnent de nombreux
enseignements  recueillir; ce tableau rtrospectif sera une premire
exposition de rgles qu'il est utile, vu leur importance, de reproduire
plusieurs fois de manires diverses; au besoin, il prmunirait contre
des prceptes errons, excessifs ou incomplets.

La thorie devrait mme se composer de principes assez nombreux, assez
gnraux, assez varis pour convenir au grand nombre de cas qui ont dj
eu lieu, et, s'il tait possible, au nombre plus grand de ceux qui
peuvent se prsenter, surtout  une poque o l'insurrection semble tre
devenue une maladie europenne: maladie toujours fatale aux nationalits
chez lesquelles ne met point fin  l'anarchie, un pouvoir assez absolu
pour employer au dehors, dans l'intrt de leur grandeur et de leur
prosprit, l'excdant de forces vives qui les tourmente.

       *       *       *       *       *

Notre poque n'est pas la premire o il soit venu  l'ide du peuple
des villes d'lever des barricades, de transformer les places et les
principaux difices en autant de redoutes: mais jamais cette manie
n'avait t aussi peu motive et barbare, aussi fatale aux nationalits.




 1er.

TEMPS ANCIENS ET MOYEN GE.


2. Chez les anciens, plusieurs grandes villes, entre autres Thbes,
Syracuse, Rome et plus tard Constantinople, ont t, nonobstant des
armes de jet moins puissantes, le thtre d'meutes srieuses.

Le moyen ge offre des enseignements divers et nombreux: nous voyons
l'vacuation des capitales ne pas toujours dcider immdiatement la
chute des dynasties; l'exemple suivant, nonobstant la diffrence des
temps, a encore quelqu'intrt, quoiqu'il soit difficile d'en tirer
aucune consquence utile pour l'poque actuelle.

Dbords par la fodalit, obligs de reconnatre, aprs de vaines
rsistances, l'hrdit des fiefs et offices royaux, de permettre aux
seigneurs d'hrisser la France de chteaux, les derniers Carlovingiens
luttrent, de 843  991, pour obtenir une ombre de l'autorit que
Charlemagne leur avait transmise: partout s'taient levs de petits
tats ayant une existence distincte, des intrts spars et une
indpendance de fait.

Obligs de donner en fiefs leurs dernires provinces pour s'attacher des
hommes vaillants, ils finirent par tre rduits au rocher de Laon: ce
fut l, mais seulement aprs soixante annes de luttes, qu'expira la
royaut Carlovingienne.

Ne possdant que Laon et son territoire, sans autre appui que des
alliances dans le midi et l'influence du pape, ils rsistrent de 936 
987, pendant trois rgnes, avec des fortunes trs-diverses, aux
puissants seigneurs du nord, les ducs de France et de Normandie, le
comte de Vermandois, qui n'avaient pas craint de faire hommage  un
souverain tranger.

 la mort de Louis V, il ne restait qu'un Carlovingien, Charles, ha des
Franais comme vassal germain.

Hugues-Capet fut proclam roi par l'assemble de Noyon, compose de ses
vassaux et de ceux des ducs de Bourgogne et de Normandie ses proches.

Mais les comtes de Vermandois, de Flandres, de Troyes, de Blois, le duc
d'Aquitaine, et presque tout le midi, ne tardent pas  lui opposer
Charles.

En 988, celui-ci s'empare de Laon et s'y fait couronner; son oncle,
l'archevque de Rheims, lui livre cette dernire ville.

Hugues commence par isoler Charles de ses allis, puis il assige Laon
deux fois sans succs: Charles s'empare de Soissons; mais, en 991,
l'vque de Laon ouvre les portes de la ville  Hugues.

Charles, prisonnier, fut enferm  Orlans o il mourut.

       *       *       *       *       *

3. L'meute a ensanglant les Rpubliques italiennes du moyen ge; les
Guelfes et les Gibelins, ces deux factions qui s'y disputrent longtemps
le pouvoir, avaient leurs maisons fortifies mme  l'intrieur des
villes.  chaque meute, leurs partisans prenaient position autour de
ces espces de citadelles constamment approvisionnes de vivres, d'armes
et de munitions; ils attaquaient les postes environnants ou les
dfendaient, en levant des barricades, tendant des chanes prpares 
l'avance.

Chaque chef de faction tait tabli dans un solide btiment commandant
les communications voisines, ainsi que la barricade, chane ou cheval
de frise qu'il faisait, au besoin, placer contre,  l'aide d'anneaux
fixs aux murs.

En cas d'meute, les uns dfendaient ainsi les places et carrefours,
d'autres gardaient les grandes communications, d'autres bloquaient,
attaquaient les chefs et les administrations opposes.

Ces combats, souvent renouvels et pour lesquels, quoique les armes 
feu n'aient t en usage que vers le milieu du 14e sicle, on prenait
dj des dispositions qui galent la science militaire moderne,
finissaient ordinairement par l'expulsion et la ruine de l'un des deux
partis; ils ont form la plupart des hommes de guerre de l'Italie; ce
beau pays, subissant depuis les consquences fatales d'un trop funeste
genre de gloire, n'a pu encore, aprs tant de sicles couls,
reconstituer une nationalit profondment atteinte par ces luttes
fratricides. Citons deux exemples entre tant d'autres.

       *       *       *       *       *

 4. En 1215, la guerre civile clata dans Florence  l'occasion d'une
alliance manque entre deux familles puissantes; des combats frquents
s'engagrent entre quarante-deux familles Guelfes et vingt-quatre
familles Gibelines: chacun leva des tours et fortifia ses palais; les
deux partis demeurrent ensemble, dans l'enceinte des mmes murs,
pendant trente-trois ans; ils vcurent dans et pour la guerre civile
jusqu' l'expulsion de l'un d'eux par l'tranger.

Cette guerre continue, au sein de Florence, n'eut pas seulement pour
effet d'accoutumer la nation aux luttes domestiques: elle imprima aussi
un caractre particulier  son architecture, dont la force fait le
principal et triste ornement; ce sont d'paisses murailles embosses,
des portes leves au dessus du sol, de larges anneaux o l'on plaait
les drapeaux et les chanes; enfin, tout l'appareil lourd et svre de
la guerre civile en permanence, de rue  rue, de maison  maison.

Les familles nobles des deux factions se combattaient frquemment, soit
devant les tours que chaque maison puissante avait leves, soit dans
quatre  cinq places principales, o les nobles de tout un quartier
avaient plac des fortifications mobiles appeles _serragli_; c'taient
des barricades ou chevaux de frises pour barrer, en partie, une rue et
se dfendre derrire.

Les familles, prs du palais desquelles les barricades taient
pratiques, en conservaient le commandement, et elles se btaient de les
fermer ds qu'il y avait une meute: ainsi les Uberti, qui occupaient
l'espace o est aujourd'hui le Palais vieux, commandaient la rue qui
aboutit par cet endroit  la grande place; les Tedallini dfendaient la
porte Saint-Pierre; les Cattani la tour du Dme.

En 1248, l'empereur Frdric II, moyennant la promesse d'un secours de
1600 chevaux, engagea les Uberti  prendre les armes pour chasser les
Guelfes; l'un et l'autre parti courut, avec fureur,  ses barricades
accoutumes; les Gibelins, ngligeant leurs autres retranchements, se
concentrrent tous  la maison des Uberti et obtinrent aisment la
victoire sur les Guelfes d'un seul quartier; ils suivirent ainsi leurs
adversaires de barricade en barricade, battant toujours des ennemis non
encore runis.

Tous les Guelfes chapps aux combats prcdents se trouvrent resserrs
aux barricades des Guidollolli et des Bagnesi, en face de la porte
San-Pier Scheraggio. Pour la premire fois, les deux partis entiers
furent en prsence; pendant qu'ils combattaient, le secours promis par
Frdric arriva par une porte dont les Gibelins taient les matres; les
Guelfes soutinrent quelque temps l'effort des Gibelins et de la
cavalerie allemande; mais, au bout de quatre jours, la nuit de la
Chandeleur, ils se retirrent tous dans leurs possessions de la campagne
o ils se fortifirent de nouveau. Jusqu'alors l'autorit publique
avait cru pouvoir maintenir les deux factions d'une main impartiale.
Mais, comme toujours, l'tranger tait venu dire son mot dcisif.

       *       *       *       *       *

5. Le 15 juin 1310, dans la soire, le doge de Venise fut instruit de
l'existence d'une conspiration: on lui rapporta qu'il se formait un
grand rassemblement chez Boemond Liepalo et un autre devant la maison
Quirini; aussitt il fit runir son monde, envoya sommer les sditieux
de se disperser et fortifia toutes les avenues de la place Saint-Marc.

Pendant ce temps, les conjurs s'taient rendus matres de la chambre
des officiers de paix au Rialto et de celle des bls.

Au point du jour, ils marchrent vers la place; la bataille fut
sanglante: mais le doge, qui avait eu plusieurs heures pour se prparer,
profita de l'avantage des lieux, avantage grand pour celui qui se
dfend.

Les rues qui aboutissaient  la place Saint-Marc taient troites et
tortueuses; la multitude des assaillants y devenait inutile: ils
tombaient sans avoir combattu, sous les coups de ceux qui dfendaient
les barricades, ou qui des maisons lanaient des pierres.

Aprs une attaque obstine, les rebelles, dcourags par l'inutilit de
leurs efforts, se retirrent vers le pont de Rialto et se fortifirent
dans le quartier de la ville, au del du canal.

Si le doge les y avait poursuivis, il aurait prouv  son tour le mme
dsavantage qui, dans Venise, est le partage des assaillants; mais il
traita avec eux, profitant du dcouragement o ils taient, par suite du
combat de Saint-Marc.

       *       *       *       *       *

6.  la mme poque, nos rois posaient les fondements de leur puissance en protgeant les bourgeois des communes contre les nobles et le clerg.

Il n'est pas de ville de France o cette mancipation n'ait donn lieu 
des combats pareils  ceux dont il vient d'tre question: mais livrs
sur des thtres moins importants, ils n'ont point toujours t signals
par l'histoire qui, cette fois, aurait pu constater le rsultat heureux
pour les peuples et pour la civilisation qu'en obtint quelquefois un
pouvoir de plus en plus fort. L se rsume la politique intrieure des
rois de France, de Louis-le-Gros  saint Louis.

       *       *       *       *       *

7. Plus tard, lorsque saint Louis n'est plus, que les croisades ont
cess, l'esprit du moyen ge expire avec son plus beau reprsentant: des
faits d'un caractre nouveau, d'pouvantables excs assombrissent la fin
de cette priode et forment le prlude sanglant du mouvement social du
14e sicle et de la premire moiti du 15e, qui,  deux reprises
diffrentes, dsolera les Flandres, Paris et les campagnes, l'Angleterre
et l'Allemagne.

 la nouvelle du soulvement des artisans de Bruges et de leurs
dsordres dans la campagne, en 1302, Jacques de Chtillon entra dans
cette cit avec 1500 cavaliers et 2500 sergents  pied franais.

Mais les chefs des tisserands et des bouchers introduisirent leurs
bandes dans la ville pendant la nuit du 21 mars.

Les corps de mtiers prirent les armes en silence, tendirent des chanes
dans les rues pour arrter la cavalerie: chaque bourgeois s'tait charg
de drober au cavalier log chez lui sa selle et sa bride; les soldats
furent rveills par le cri: _Vive la commune; Mort aux Franais_. Ils
furent attaqus en dtail dans les rues et dans l'intrieur des maisons.
Le massacre continua pendant trois jours; les prisonniers conduits
devant la communaut, y taient mis  mort: les femmes plus froces
prcipitaient les soldats des fentres.

1200 cavaliers et 2000 sergents prirent. Jacques de Chtillon, qui
n'avait pas su prserver la garnison de telles horreurs, se droba par
une prompte fuite.

       *       *       *       *       *

8. En 1306, le rtablissement du tarif des monnaies de saint Louis, par
la rduction au tiers, exaspra les Parisiens dont un grand nombre dut,
par suite, payer le triple des loyers rellement convenus.

La populace se prcipita vers le palais du Temple, o logeait alors
Philippe IV, et n'ayant pu lui exposer ses plaintes, rsolut de le
forcer par la famine, en interceptant toutes les communications du
palais.

La foule, informe qu'un riche propritaire de maisons, nomm Barbet,
avait suggr par intrt cette ordonnance, quitta le Temple pour se
porter  sa maison, prs Saint-Martin-des-Champs, et la piller.

Philippe IV profita de ce moment pour runir et faire agir ses archers:
les principaux agitateurs furent arrts et excuts.

Nanmoins, ds le mois d'octobre, le roi modifia ce qu'il y avait de
plus criant dans les ordonnances.

       *       *       *       *       *



9. En 1320, un prtre et un moine dserteurs des autels entranrent, en
procession mendiante, les gens des campagnes, sous le nom de
pastoureaux.

Une de ces troupes arriva  Paris, dlivra les prisonniers de
Saint-Martin-des-Champs, fora le Chtelet, Saint-Germain-des-Prs, et
se retrancha au Pr-aux-Clercs, d'o le gouvernement effray la laissa
s'chapper.

Cette bande se dirigea sur le Languedoc, qu'elle traversa en juin:
40,000 hommes entrrent en mme temps par diffrents cts.

Ces malheureux, dont les magistrats et les prtres demandaient
l'extermination, taient eux-mmes anims d'une gale frocit: le
massacre des juifs tait leur mission; partout ils les livrrent 
d'affreux supplices.

Les juifs du diocse de Toulouse s'talent rfugis, au nombre de 600,
dans le chteau royal de Verdun-sur-Garonne: ils y furent bientt
assigs, les officiers royaux ne pouvant engager aucun chrtien 
prendre leur dfense. Les pastoureaux les poursuivent dans la plus haute
tour, mettent le feu aux tages infrieurs et les rduisent, avant de
s'entregorger,  jeter leurs enfants aux assaillants, dans l'espoir,
bientt tromp, qu'on prendrait piti de leur innocence.

Le pape, lui-mme, effray dans Avignon, pronona l'anathme contre ces
forcens; il somma les snchaux de Beaucaire et de Carcassonne de
rsister: les pastoureaux se rejetrent sur Aigues-Mortes, pour s'y
embarquer: ils furent cerns et moissonns dans ces plaines
pestilentielles, faute de vivres et d'abris: ceux qui essayaient de
s'chapper taient excuts.

Il y a des poques ou l'histoire des nations semble tre celle de tous
les excs.





 II.

VALOIS.


10. Le 22 fvrier 1358, pondant la captivit du roi Jean, le prvt des
marchands, Marcel, d'accord avec la municipalit turbulente de Paris,
massacre les marchaux de Champagne et de Normandie aux pieds du dauphin
et intimide ce prince.

D'abord, il gouverne Paris au moyen des Trente-Six, presque tous
bourgeois ou clercs, la province, par de semblables conseils
dmagogiques.

Le 14 mars, les tats-Gnraux et les Trente-Six, las de la commune,
limitent son pouvoir et nomment le dauphin rgent du royaume.

Ce prince se retire  Meaux; il transfre les tats-Gnraux de Paris 
Compigne, le 4 mai; une partie des dputs refuse de le suivre, l'autre
se montre trs-ardente pour les rformes: il y eut deux assembles
nationales et deux gouvernements en guerre ouverte.

Marcel s'empare du Louvre, fortifie Paris, prend  sa solde des
compagnies de gens de guerre.

Le dauphin, avec 30,000 hommes, intercepte les avenues de la capitale,
principalement sur la Seine et la Marne.

Du 21 mai aux premire jours du juin, cent mille paysans de Champagne et
de Picardie font la guerre il la noblesse; les campagnes rentrent enfin
dans l'ordre, mais restent incultes et dpeuples.

Ds ce moment, les bourgeois de Paris et une partie des tats qui
sigent dans la capitale travaillent ouvertement  la Restauration; le
dauphin reprend le blocus, interrompu par la jacquerie des paysans.

Le 30 juillet, Marcel embarrass, sans vivres, sans argent, allait
livrer Paris au roi de Navarre, et par suite, aux Anglais ses allis:
les royalistes l'assassinent; ils parcourent la ville, excitent le
peuple contre cette trahison, arrtent soixante chefs de la sdition et
avertissent le dauphin qui arrive le 2 aot avec son arme: les
ractions commencrent, et le pouvoir royal fut bientt plus absolu
qu'avant le mouvement.

       *       *       *       *       *


11. En 1381, Jean Wiclef, membre de l'universit d'Oxford, prchait les
doctrines suivantes:

Haine du peuple contre les riches.

Les pauvres affranchis de toutes les puissances terrestres et seuls
libres; entre eux, tout est commun, les femmes, l'argent, tous les biens
et tous les maux de la terre.

Tout ce qui est naturel est agrable  Dieu.

Le vicieux doit tre dpouill; le droit de proprit est fond sur la
grce, et les pcheurs ne peuvent rclamer aucun service des autres.

Le peuple peut corriger  discrtion le souverain qui pche.

Les distinctions sociales ne sont que des tyrannies.

Un prtexte rassemble,  Blackbeath, 60,000 paysans excits par ces
doctrines; ils se portent sur Londres en chantant:

Quand Adam labourait et ve filait, qui tait alors gentilhomme? Nous
sommes tous gaux; plus de prlats, plus de seigneurs.

Le bas peuple de Londres se dclara pour eux: les bourgeois n'osrent
pas rsister et fermer leurs portes; beaucoup de nobles furent forcs de
suivre. Le 12 juin, les insurgs taient matres de la capitale, de
Cantorbry, de Rochester. Le roi Richard II, sur le point d'tre assig
 la Tour de Londres, o il s'tait retir avec peu de vivres et de
moyens de dfense, consentit  l'vacuer et  traiter; la tour fut
prise, l'archevque de Cantorbry, chancelier d'Angleterre, avec trois
autres personnages, y eurent la tte tranche.

Le 15 juin, le roi se rendit  Smithfield pour confrer de nouveau avec
les chefs de l'insurrection. Provoqu arrogamment par eux, Richard fit
en vain preuve de courage, de modration et de prsence d'esprit.
Bientt 8,000 soldats d'lite entourrent Smithfield: alors Richard
changea de langage, les insurgs prirent la fuite et trois des leurs
furent excuts; cette insurrection dura huit jours.

       *       *       *       *       *

12. Le 1er mars 1382, aprs la proclamation pour les perceptions, en
France, du douzime denier sur les vivres, un collecteur fut battu aux
halles; le cri: _Aux armes pour la libert_ se fit entendre dans Paris.

L'vque, le prvt, plusieurs conseillers du roi, divers riches
bourgeois et Hugues Aubriot, ancien prvt, tir du cachot par les
rebelles pour tre lu capitaine, se drobrent afin de n'tre pas
confondus avec les sditieux. D'autres suivirent au contraire ceux-ci
pour les modrer.

Les rvolts forcrent l'Arsenal, l'Htel-de-Ville, l'abbaye de
Saint-Germain-des-Prs, le Chtelet, l'vch, s'armrent de maillets de
plomb, seule arme non saisie par le duc d'Anjou; ils dlivrrent les
prisonniers et assommrent les collecteurs.

Le jeune roi tait  Meaux ainsi que le duc d'Anjou et ses oncles. Il se
dirigea d'abord sur Rouen, avec sa maison, pour punir cette ville moins
difficile  rduire; l'meute n'y avait dur qu'un jour; le roi y entra,
avec sa petite arme, par un pan de mur abattu exprs; la bourgeoisie
tremblante fut dsarme, les chefs de la rvolte excuts et les impts
rtablis.

Ensuite le roi se rapprocha de Paris; l'Universit et l'avocat-gnral
Desmarets lui demandrent grce  Vincennes. Le pardon fut accord et
les impts les plus odieux supprims,  condition que les chefs des
mtiers seraient punis.

 la vue des apprts du supplice, les maillotins exasprs s'emparrent
de la place et demandrent grce; l'excution eut lieu la nuit.

Dans le midi, les paysans abandonnent leurs champs, leurs villages, et
se forment en bandes sous le nom de _truchins_, seconds, dit-on, par
l'ordre infrieur de la bourgeoisie, dans toutes les villes, ils firent
une guerre impitoyable aux hautes classes. On correspondait,  cet
effet, d'Angleterre, d'Allemagne et de France, avec Gand, centre de tous
ces mouvements.

Rien ne montre mieux la vie anarchique des cits communales que
l'existence continuellement tumultueuse des villes de Flandres. Comme le
commerce y tait trs-abondant, les ouvriers, surtout les tisserands et
les foulons, y faisaient de grands gains, et on les voyait presque
toujours dans les tavernes, sur les places publiques, en querelles
perptuelles. Dans une seule anne on compte 1,400 meurtres  Gand.

(_Hist. des Franais._)

Pendant les expditions que le roi entreprit ensuite contre les villes
flamandes rvoltes, les Parisiens attendaient chaque jour la nouvelle
d'un succs des Gantois pour excuter leur projet de raser le
Chteau-Beaut, le Louvre, Vincennes, et toutes les fortes maisons
autour de Paris.  Reims, Chlons, Orlans, Blois, Beauvais, et mme
dans toute la France, la bourgeoisie ne demandait qu'un signal pour
massacrer la noblesse; elle se tenait en rapport, avec les Flandres,
pour les succs desquelles taient tous ses voeux, considrant la guerre
comme allume, non point de nation  nation, mais partout entre la
noblesse et le peuple.

Charles VI licencia les compagnies des provinces loignes; et, avec
celles de Bretagne, de l'le-de-France, de Normandie, de Picardie,
s'achemina de Flandre sur Saint-Denis, en janvier, 1383, par Arras et
Compigne. Ses coureurs eurent ordre de prparer les logements dans
Paris.

Le 10 fvrier, le prvt des marchands, assurant au roi que la capitale
est entirement soumise, obtient qu'il n'ajournerait pas davantage son
entre. La ville, effraye, esprait soit flatter, soit intimider le
roi, par le spectacle d'une grande rception militaire.

Toute la milice, prte  livrer bataille, et parmi laquelle taient plus
de 20,000 maillotins, se rangea, le 11, du ct de Montmartre, entre
Paris et Saint-Ladre; elle fit au conntable, qui prcdait le roi, des
protestations d'obissance: celui-ci dclara que la premire preuve de
soumission tait de rentrer chez eux et de dsarmer immdiatement: on
obit sans murmurer.

Aussitt le roi entra dans Paris,  la tte d'une partie de son arme,
l'autre restant campe dehors; l'ordre avait t donn d'abattre les
portes et toutes les chanes que les bourgeois tendaient le soir aux
coins des rues; de faire partout des patrouilles, la nuit comme le jour.

Le roi vint dposer, sur l'autel de Notre-Dame, un tendard sem de
fleurs de lis d'or, et fut loger au Louvre. Les seigneurs s'tablirent
dans leurs htels; les soldats furent mis en quartier chez les
bourgeois, avec ordre, sous peine de la vie, de les respecter ainsi que
leurs proprits.

Le 16, 300 bourgeois les plus remuants, avocats au parlement de Paris ou
ngociants, taient arrts.

Le 21, toutes les chanes avaient t arraches et transportes 
Vincennes. On procda, par visites domiciliaires, au dsarmement.

Dans les quinze derniers jours de fvrier, l'avocat-gnral Desmarets,
qui s'tait souvent interpos entre le peuple et le roi, et cent
bourgeois des plus influents, la plupart anciens compagnons de Marcel,
furent excuts.

Les principaux bourgeois, qui avaient exerc des charges pendant les
sditions, furent successivement appels devant la chambre du conseil,
qui les taxa  des amendes, selon leur fortune. Les impts furent
maintenus.

Le roi fit rcapituler, devant le peuple assembl au Louvre, toutes les
sditions des Parisiens, depuis les trente dernires annes; il dclara,
nanmoins, que grce tait accorde au reste de la population.

       *       *       *       *       *

13. Dans la premire moiti du XVe sicle, la France, thtre sanglant
de guerres civiles et trangres, n'appartint,  proprement parler, ni
aux Valois, ni  l'Angleterre.

On vit les factions de Bourgogne et d'Armagnac, abusant de la dmence de
Charles VI, troubler l'tat, dj trop affaibli par les malheurs
d'Azincourt et les progrs des Anglais.

Le meurtre du duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur,  Montereau, jeta, dans
les bras de ceux-ci, son successeur aveugl par la vengeance.

On vit la reine soutenir successivement les deux factions qui dsolaient
la France quelquefois contre le roi, toujours contre son propre fils; en
1420, par le trait de Troyes, elle fait dshriter le dauphin, en
faveur de sa fille promise au roi d'Angleterre, Henri V.

Les deux rois Charles VI et Henri V font leur entre  Paris: les
tats-Gnraux ratifient le trait; la capitale, qui partageait ces
sentiments honts, fta les succs des Anglais et du malheureux Charles
VI contre le dauphin. Plus tard, lors de la mort presque simultane des
deux monarques ligns, elle proclama Henri VI roi de France et
d'Angleterre.

Charles VII en appela  Dieu et  son pe: il se fit couronner roi de
France dans la mme ville de Poitiers o, avant la mort de son pre, il
avait dj pris le titre de rgent et organis des universits, des
parlements en opposition  ceux de Paris: les simulacres
d'tats-Gnraux, assembls  Bourges et  Carcassonne, lui donnrent
quelques subsides.

La noblesse, en Aquitaine, en Dauphin, en Champagne et en Lorraine, qui
ne lui aurait peut-tre pas obi s'il et t puissant, lutte, par amour
du pillage, sous sa bannire, contre les Anglais. Le Midi, anim de sa
vieille haine envers le Nord, sauve la nationalit franaise.

Aprs des armes de fortunes diverses, de constance et d'efforts, les
ducs de Bourgogne et de Bretagne se dtachent successivement des
Anglais.

En 1429, Jeanne d'Arc fait lever miraculeusement le sige d'Orlans et
sacrer le roi  Reims.

En 1436, Charles VII redevient matre de Paris, o il ne se hte pas de
rentrer, par loignement pour sa bourgeoisie turbulente; de Bourges, il
rorganise l'administration de la capitale, il rtablit le parlement et
rgle les monnaies.

En 1437, il visite Paris sans rien faire pour cette ville ruine,
paraissant encore dcid  transporter la capitale au del de la Loire;
l'anne suivante, les tats d'Orlans crent une arme royale permanente
de 9,000 cavaliers.

Malgr la rvolte du nouveau dauphin et des seigneurs Franais que
Charles VII dut aller soumettre, dans cette mme Aquitaine, d'o la
monarchie s'tait releve, toutes les provinces furent successivement
enleves aux Anglais: ds 1450, ceux-ci ne possdrent plus, en France,
que Calais.

Le souvenir de Jeanne d'Arc, de cette longue et mmorable lutte de
trente annes, o le roi et les peuples du midi sauvrent la nationalit
franaise, restera un des plus populaires de notre histoire:  plus d'un
titre, il est encore digne d'tre mdit; les positions ou contres
suivantes jourent alors un rle important:

1 Les places de la moyenne Loire, de l'Yonne, de l'Oise, de l'Aisne, de
la Basse-Marne, pivots des oprations, autour de Paris, pour le couvrir
ou le bloquer;

2 La Normandie, la Picardie, comme bases des oprations des trangers
auxiliaires de l'insurrection contre la nationalit;

3 Le pays entre l'Oise et l'Aisne, grande voie stratgique des divers
ennemis du roi;

4 La Champagne, la Lorraine, les rives de la Loire, le Dauphin, sont
les lments de la rsistance nationale contre Paris et l'tranger: en
dernier lieu, la Bretagne, devient l'auxiliaire de cette rsistance.

5 Bourges et Poitiers servirent de capitales ventuelles.

       *       *       *       *       *

14. En 1461, aprs la bataille de Northampton, Charles VII pressa les
Gnois d'envoyer une flotte contre celle des Anglais; cette demande
irrita une ville, dont le commerce aurait eu des valeurs considrables
compromises  Londres; les conseillers refusrent, en disant que le
trsor tait vide.

Louis de la Valle, gouverneur franais, chercha  le remplir par de
nouvelles taxes; les nobles lui conseillrent d'augmenter les droits de
consommation dont ils taient exempts; la querelle s'engagea entre les
diverses classes, sur les privilges de la noblesse.

Les officiers franais, tous gentilshommes, oublirent alors le rle de
neutralit qui leur convenait; ils se prononcrent vivement pour la
noblesse gnoise et excitrent ainsi, dans le peuple, une haine qui fut
fatale  la France.

Le 9 mars, un homme obscur sortit de l'un des conseils en criant: _aux
armes!_ Les plbiens rpondirent  son appel; Louis de la Valle fut
contraint de se retirer, avec tous les Franais, dans la forteresse du
Castello, abandonnant la ville aux partis du clerg et du peuple,
momentanment runis.

Le 17 juillet, une nouvelle arme de six mille Franais dbarqua 
Savonne: elle attaqua Gnes, par les hauteurs, de concert avec la
noblesse du pays, tandis que la flotte se prsentait devant le port;
repousss avec grande perte, les Franais se rembarqurent; le Castello
fut vacu; la flotte regagna la Provence et Louis de la Valle tint
garnison  Savonne.

       *       *       *       *       *

15. En 1488, les soldats allemands de Maximilien pillaient la campagne;
ses courtisans taient logs chez les bourgeois de Bruges, et en
exigeaient une table splendide; ils cherchaient  sduire leurs femmes
et leurs filles; souvent ils les maltraitaient; les menaait-on de
porter plainte au roi des Romains, ils rpondaient: Maximilien nous
permettra de baigner nos bras dans le sang bourgeois.

Le 1er fvrier, aprs la rvolte de Gand, Maximilien crut intimider le
peuple par une grande revue de ses troupes sur la place: le comte de
Sornes commanda: _abaissez les piques_; les soldats rpondirent par le
cri de _vive le roi_; les bourgeois croyant qu'on allait les charger,
coururent aux armes. Tout  coup 52 bannires furent dployes, la place
du march occupe, et 49 canons dirigs contra l'htel de Maximilien;
celui-ci, bloqu avec sa garde, s'estima heureux d'viter les hostilits
qu'il avait voulu provoquer; il signa, le 16 mai, avec la rvolte, un
trait, mal excut depuis, par suite duquel il devait vacuer la
Flandre en huit jours, renonant  ses droits et se contentant d'une
pension de 6,000 livres: la jactance, les exactions, les provocations
n'ont jamais russi.

       *       *       *       *       *

16. En mai 1547, une insurrection clata  Naples, par suite des
intrigues des Franais et de l'inquisition que don Pedro de Toledo,
gouverneur espagnol, voulait introduire.

Aucune des promesses de secours de la France ne se ralisa; les dputs
de la noblesse napolitaine n'obtinrent de Charles-Quint que l'ordre
d'obir; des troupes espagnoles arrivrent de toutes parts, contre
Naples, qui dut se soumettre.

Le 12 aot, aprs l'excution des principaux chefs de la rvolte, et une
amende de 100,000 ducats d'or impose  la ville, une amnistie fut
publie.

       *       *       *       *       *

17. En 1548, lors des ordonnances de Franois Ier pour rendre le prix du
sel uniforme, Tristan de Monneins, lieutenant du roi de Navarre, s'tait
rendu odieux dans la Guienne par sa svrit. Il eut la malheureuse ide
de venir de Bayonne  Bordeaux pour intimider, par la menace des
chtiments rservs aux rvolts, ce peuple jusque-l tranquille.

La multitude, rassemble par lui, vit ses forces et s'unit pour se
venger de proclamations impolitiques. Elle se porta  l'arsenal, y prit
des armes, et vint assiger Monneins dans Chteau-Trompette.

Le prsident au Parlement de Bordeaux, La Chassagne, obtient du peuple
une capitulation pour Monneins: mais, voyant ce dernier assassin, et
tant d'excs commis, il se rfugie dans un couvent.

La Chassagne press par le peuple de prendre l'autorit, adopta
immdiatement les mesures suivantes, dans l'intrt de l'ordre et du
gouvernement ds ce moment menacs:

1 Fermeture des portes de la ville, aprs renvoi des paysans accourus
pour prter main-forte  la rvolte;

2 Milice bourgeoise arme et organise, pour fournir des corps du garde
et des patrouilles dans toutes les rues;

3 Rouverture des tribunaux; arrestation, jugement et excution des
principaux chefs de la rvolte,  commencer par celui qui avait appel
aux armes en sonnant le tocsin.

Le conntable, venu  Toulouse pour y runir les troupes et marcher sur
Bordeaux, repoussa une dputation de cette ville, demandant que les
landsknechts n'y entrassent pas. Nonobstant la soumission d'une cit qui
aurait pu se dfendre, il y pntra par une large brche qu'il fit
ouvrir  travers les murailles, cantonna militairement ses troupes dans
les principaux quartiers de la ville, procda au dsarmement des
habitants et fit transporter les armes au chteau.

Une information svre eut lieu; 140 chefs furent successivement
excuts; la ville elle-mme perdit tous ses privilges; la maison de
ville dut tre rase, et toutes les cloches transportes dans des
chteaux fortifis exprs; deux galres seraient quipes pour dfendre
les gouverneurs de la province contre une nouvelle rvolte: toutes les
dpenses ncessites par ces mesures furent  la charge de la ville.

Le 9 novembre, le conntable quitta Bordeaux, en y tenant le comte de
Lude, avec une forte garnison devenue dsormais ncessaire.

       *       *       *       *       *

18. Pendant les journes du 11 au 17 mai 1562, les rforms, quoique
matres de l'htel de ville, ds le 11, chourent dans leur projet de
s'emparer de l'intrieur de Toulouse.

25,000 protestants, ayant pour eux les huit capitouls, devaient clbrer
la Cne le 17 mai; le parlement leur dfend de s'assembler et ordonne
aux trangers de sortir de la ville.

Un cordelier dfroqu, chef des calvinistes, les excite  s'emparer du
Capitole, ce qui est excut, par surprise, dans la nuit du 11 au 12
mai.

Le parlement remplace les capitouls, demande des secours  Montluc et
aux capitaines  proximit, fait sonner le tocsin, et, en robe rouge, il
conduit le peuple  l'assaut de l'htel de ville, des librairies ou des
maisons de rforms: celles-ci sont incendies ou pilles.

Les protestants, retranchs dans un tiers de la ville, dfendaient
l'htel de ville avec du canon, en attendant les secours promis par
Montauban et autres villes du parti.

Mais Montluc,  la tte d'un corps nombreux de cavalerie, donna de
suite, du dehors, des ordres qui plus tard n'auraient pas t efficaces;
il arrta les secours de l'insurrection, fit sonner le tocsin,  huit
lieues  la ronde, pour appeler aux armes les paysans catholiques; il
introduisit successivement, et  propos, des renforts dans la ville,
dont les principales portes taient gardes.

En vain, pour rduire le Capitole, la populace mit le feu au quartier
environnant, l'incendie fut arrt. Les deux partis firent usage de
mantelets roulants.

Le 17 mai, les protestants, affaiblis par la dsertion, privs de
munitions et de vivres, cerns de toutes parts dans l'htel de ville et
les positions conserves par eux, furent heureux qu'on leur permt de se
retirer sans armes ni bagages.

 huit heures du soir, aprs avoir clbr la Cne, ils sortirent par la
porte Villeneuve; mais  peine parpills dans la campagne, le tocsin
rassembla contre eux les paysans: 3,000 prirent.

_Au long tems que j'ai port les armes_, disait  ce sujet le marchal
de Montluc, le 18, au parlement de Toulouse, _j'ai appris qu'en telles
affaires, il vaut mieux se tenir dehors, pour y faire acheminer les
secours, sachant que cette canaille n'toit pas pour forcer si tt la
ville; que, s'ils m'eussent attendu, jamais entrepreneurs n'eussent t
mieux accommods_.

Ces paroles rsument, il est vrai, d'une manire un peu rude, la thorie
de la rpression des meutes dans une ville de province: elles ne
doivent mme pas tre oublies contre une capitale, dans certains cas.
Il serait  dsirer que les anarchistes les comprissent: ils y verraient
quelle peut tre leur impuissance contre un pouvoir habile, et
renonceraient, sans doute,  leurs projets.

Quoi qu'il en soit, Montluc fit poursuivre les instigateurs de la
rvolte. Le parlement de Toulouse, refusant trois fois d'enregistrer
l'amnistie accorde aux protestants par le roi, fit juger et excuter
200 personnes; 440 furent condamnes par contumace. La guerre civile ne
dveloppe que les mauvais penchants.

       *       *       *       *       *

La journe du 12 mai 1588, dite des barricades, est, pour le sujet qui
nous occupe, une des plus fcondes en enseignements.

En avril et en mai, le roi ngligea deux occasions de faire arrter, en
flagrant dlit de conspiration, Jean Leclerc et Lachapelle-Marteau,
chefs du conseil secret des Seize, ces aventuriers perdus de dettes, qui
excitaient le due de Guise et les rvoltes futures, pour arriver  la
ruine du pays.

Press,  Soissons, par les Seize, de venir se mettre  la tte des
30,000 milices bourgeoises de Paris, Guise les invite  s'organiser
d'abord militairement; il fait dployer sous leurs yeux, par Lachapelle,
un grand plan de Paris, qui fut aussitt divis en cinq quartiers au
lieu de seize; dans chacun de ces arrondissements, l'action militaire
fut centralise sous un des cinq colonels, que Guise envoya avec un gros
tat-major. 500 chevaux vinrent occuper la banlieue, au nord de la
capitale.

Le dsordre fut principalement excit, dans Paris, par 15,000 trangers
turbulents qui tromprent la population. Henri III ngligea l'occasion
de comprimer la rvolte, en faisant arrter ou expulser les hommes les
plus dangereux, et surtout le duc de Guise, qu'il avait eu, un moment,
en son pouvoir au Louvre.

Le 12 mai, Guise excite la bourgeoisie de Paris, en annonant l'entre
dans la capitale des 4,000 suisses venus d'abord de Lagny  Saint-Denis,
et de 2,000 soldais d'lite.  cette nouvelle vraie, il ajoute celle
d'un prtendu projet d'excution des seize et de cent principaux
Parisiens dont il fait circuler la liste.

La modration,  l'gard des factieux, fut sans succs. Aprs
l'invitation faite par Henri III au duc de Guise de prter son concours
pour l'expulsion des trangers, celui-ci annonce que le roi a peur,
qu'on obtiendra de lui les tats-Gnraux et, par ceux-ci, tout ce qu'on
voudra.

Le marchal de Biron ne comprit pas les ordres du roi, qui taient
d'occuper, extrieurement au quartier militaire du Louvre, trois
positions avances, dans les faubourgs Saint-Denis, Saint-Antoine et
Saint-Marceau.

Les places Saint-Antoine et Maubert, l'htel de Guise, furent les
centres d'insurrection.  neuf heures du matin, leurs environs;  midi,
le reste de la ville, et jusqu'aux approches du Louvre, taient dj
barricads de cent pas en cent pas. Des petits groupes, en tte de
chacun desquels taient des officiers du duc de Guise, proraient,
faisaient tendre les chanes au coin des rues, et levaient derrire des
barricades de poutres ou de tonneaux remplis de terre.

Les suisses et les gardes franaises, accabls de pierres du haut des
maisons, sans communications avec leurs chefs, sans vivres et tombant
sons les coups d'hommes invisibles, se replirent sur le Louvre, o les
6,000 hommes de troupes royales furent bientt resserrs, sans positions
extrieures.

Dans la nuit du 12 au 13, un corps de 15,000 hommes, envoy par le duc
de Guise  travers la Chausse-d'Antin, acheva de bloquer la Cour, sur
toute la rive droite, dans son quartier militaire trop rtrci.

La reine-mre et Villequier exhortrent Henri III  sortir du Louvre
pour se montrer au peuple; ils assuraient qu'blouis de l'clat de la
majest royale, les mutins le respecteraient et rentreraient dans le
devoir.

Le roi, qui ne manquait pas de courage, trouva ce conseil trop
tmraire; il ne jugea pas  propos d'exposer sa rputation, sa dignit,
et peut-tre sa vie,  la discrtion de cette multitude dchane.

Faute d'approvisionnements de vivres et de munitions, dans le Louvre, la
dfense y tait impossible.

Le 13 mai, au matin, tandis que la reine-mre tait venue couter les
arrogantes propositions du duc de Guise, Henri III sortit par la porte
neuve du pont Royal, jurant de ne rentrer dans sa capitale que par la
brche, et de la mettre hors d'tat de se rvolter dsormais. Le duc de
Guise ne put dguiser son dpit et ses craintes, en apprenant que le roi
s'tait soustrait  la rvolte pour mieux la combattre. Cette nouvelle
inattendue, modifiant tout  coup ses projets, frappa un moment
d'indcision et de dcouragement ce chef, jusque-l toujours matre de
lui-mme.

Henri III, bientt suivi des gardes franaises et des suisses, coucha 
Rambouillet; il fut le lendemain rallier,  Chartres, son gouvernement
et ses moyens de rpression.

Cette victoire inespre des milices urbaines sur des troupes aguerries
surprend les deux partis dans l'incertitude; la reine-mre et la rgente
restent au Louvre pour tenter encore de profiter de ce moment de
stupeur; nanmoins, la capitale, compromise plus qu'elle ne l'avait
voulu, rejette l'autorit royale et dlgue tous pouvoirs au conseil
secret des Seize. Guise, peu confiant dans la masse des meutiers,
organise aussi bien que possible ses partisans les plus prouvs en deux
rgiments; il se hte de prendre Saint-Cloud, Lagny, Charenton,
Pontoise, d'occuper Corbeil et Troyes, pour prvenir le blocus de la
capitale dans la lutte longue et srieuse  laquelle, ds ce moment, il
croit devoir s'attendre. Il ne partage aucune des illusions de
l'anarchie, et, pour ne pas chouer, s'efforce d'organiser, en dehors
d'elle, des ressources de guerre plus relles et moins ingouvernables.

En juin, le roi s'tablit  Rouen, en septembre  Blois, o les
tats-Gnraux furent convoqus. Le 14 aot,  l'instigation des deux
reines restes  Paris, le duc de Guise fut nomm lieutenant-gnral du
royaume, mesures de conciliation qui restrent sans rsultat.

En juillet 1589, les rois de France et de Navarre, aprs avoir pris
Gergeau, Pithiviers, tampes, Pontoise, runirent,  Saint-Cloud, 42,000
hommes dont 15,000 suisses amens par Sancy.

Henri III s'tablit au nord de la Seine, le roi de Navarre au midi, pour
attaquer, le 2 aot, Paris et les 8,000 hommes de Mayenne, galement
dcourags; mais le 1er aot, au matin, le roi tait assassin.

La dtermination prise par Henri III, le 13 mai 1588, retarda la chute
des Valois et sauva la monarchie franaise; bien que srieusement
menace par l'esprit de trahison, la couronne devait cependant avoir
encore de nombreux et clatants jours de gloire.

La reine-mre pensait que le trne n'aurait jamais pu, au milieu du
dbordement rvolutionnaire, et sous sa pression, se rtablir dans la
splendeur qu'il eut depuis; mieux valait aborder de suite les plus
redoutables difficults que de rester dans une voie qui, ternisant la
crise, conduirait tt ou tard  une position plus dsastreuse encore.

La transmission de la couronne au roi de Navarre devint possible. Nous
verrons Henri, aprs l'assassinat du dernier Valois, combattre pendant
six annes, avec des succs trs-divers, mais toujours en intrpide
soldat et en politique consomm, le parti rvolt le plus souvent matre
de la capitale et appuy par l'Espagne; il soutint cette lutte difficile
jusqu'au jour o les peuples, guris de tant d'excs anarchiques,
revinrent au pouvoir lgitime, en dlaissant les factieux qui les
exploitaient de concert avec l'tranger.




 III.

BOURBONS.


20. En 1589, Henri IV, devenu l'hritier lgitime du trne, se retire
des environs de Paris au camp retranch d'Arques. Il y rsiste  Mayenne
et rallie quelques-uns de ses partisans ainsi qu'un renfort anglais.

Le 19 octobre, il marche sur Paris, se rend matre des faubourgs qu'il
dvaste pendant quatre jours; il disperse son arme prs d'tampes,
s'tablit  Tours, rduit Vendme, le Mans, Falaise et la
Basse-Normandie, ayant contre lui les prtres, les bourgeois et les
paysans.

Pendant ces guerres de religion, la capitale, dvoue  la cause
catholique, avait priv les huguenots d'un centre de puissance, o les
autorits de la monarchie habituellement runies obtenaient pour elle
l'apparence du commandement et de l'obissance.

Tant que les deux partis s'taient balancs, Cond et Coligny avaient
tent en vain de se rendre matres de Paris; aprs la mort de ces chefs,
les huguenots, confins au midi de la Loire, ne durent songer qu' se
dfendre.

Henri IV, dans la mme position militaire, mais plus fort par son droit
hrditaire, eut des chances de s'emparer de la capitale, dont la
possession seule pouvait le faire roi: en dehors de celle-ci il n'tait
qu'un prtendant, tandis que la ligue et Mayenne y prenaient les
apparences de la lgitimit. C'tait dans Paris, et reconnu par le
Parlement, la Chambre des Comptes, la Sorbonne, que Mayenne pouvait oser
se dire lieutenant-gnral du royaume.

La capitale n'tait pas encore srieusement menace: mais les royalistes
avaient conserv dans le voisinage, surtout le long des rivires et des
principales routes, des places circonvallantes; la famine menaait une
population trop accoutume  toutes les douceurs; la victoire devait
rester  celui des deux partis qui occuperait le plus longtemps ces
positions d'investissement ou de communication avec le reste de la
France et l'tranger, tout en commettant le moins possible de fautes
politiques.

En 1590, avec le secours d'argent du cardinal lgat, Mayenne put
s'emparer de Pontoise et assiger Meulan qu'Henri IV dlivra bientt.

Mayenne, aprs avoir ralli en Flandres 5,000 hommes du duc de Parme,
revint contre Henri alors occup au sige de Dreux; il fut battu, le 14
mars,  Ivry, et alla de nouveau s'humilier en demandant des secours 
Farnse.

Le 29 mars, Henri IV s'approche de Paris, occupe Chevreuse, Montlhry,
Lagny, Corbeil, Melun, Cressy, Moret, Provins, Nangis, Montereau,
Brie-Comte-Robert, Nogent-sur-Seine, pour achever de resserrer la
capitale; il choue devant Sens.

Le 8 mai, il canonne les murs de Paris; mais il vite une attaque de
vive force, soit par dfaut de moyens, soit pour pargner  la capitale
les suites d'une prise d'assaut; il assige Saint-Denis.

Le 5 juin, Mayenne, renforc de 5,000 auxiliaires, runit 10,000 hommes
 Laon, sa place de sret et de jonction avec les secours trangers.
Henri IV marche  sa rencontre, le force  s'enfermer dans la ville;
mais, pendant ce temps, Saint-Paul, dtach par Mayenne avec 800 chevaux
et un gros convoi de vivres, gagnait Meaux, filait derrire la Marne et
rendait, le 17  Paris, avec l'abondance, l'esprit de confiance et de
sdition.

Le 24 juillet, tous les faubourgs de la capitale sont pris par Henri
IV; et la famine reparat dans cette ville hermtiquement bloque.

Le duc de Parme, venu de Valenciennes avec 16,000 hommes, rejoint les
12,000 hommes de Mayenne  Meaux, le 23 aot.

Le 30, Henri IV lve le sige de Paris qui est aussitt ravitaill; avec
ses 33,000 hommes runis  Chelles, il offre la bataille  Farnse qui
la refuse; ce dernier se retranche et continue de faciliter
l'approvisionnement de la capitale.

Le duc de Parme, aprs avoir pris Lagny, entre  Paris le 8 septembre,
tandis que le roi, qui a chou dans une nouvelle surprise contre la
capitale, disperse en Touraine, Normandie, Champagne, Bourgogne et Brie,
le gros de son arme impatiente de repos. Henri prend position de sa
personne  Senlis,  Compigne et sur l'Oise, de manire  intercepter
les secours trangers et les communications de ceux-ci.

La ville de Lagny contenait de grands approvisionnements; elle assurait
 la Ligue la navigation de la Marne: de riches et nombreux convois
descendirent  Paris.

 la fin de novembre, Farnse rentre en Flandre, aprs avoir pris
Corbeil.

En janvier 1591, Henri IV recommence le mme systme de guerre, affamant
Paris, essayant de le surprendre; il s'empare de Chartres et de Noyon.

 la fin de novembre, Mayenne apprend,  Laon, que les Seize et le parti
violent offrent la couronne  l'Espagne; il confie son arme  Guise;
ramassant, avec 700 chevaux d'lite, les garnisons de Soissons et de
Meaux, il arrive  Paris o,  l'aide de la bourgeoisie, il donne la
victoire  un parti plus modr et moins anti-national.

En dcembre, Henri IV assige Rouen; forc de lever le sige, en avril
1592, par le duc de Parme, il soutient une campagne glorieuse,
difficile, et indcise.

Le 31 juillet 1593, aprs l'abjuration d'Henri IV, une trve est signe
 La Villette pour trois mois: de tous cts les passions politiques
s'apaisent.

Le 21 mars 1594, le gouverneur Brissac livre Paris  Henri IV; la
Bastille et Vincennes sont ensuite remis; les Espagnols se retirent sur
Soissons. Il semble que la soumission de la capitale confre seule au
roi la lgitimit. Ds ce moment il n'y a plus qu' rallier les factions
vaincues, rsister aux prtentions des vainqueurs, cicatriser les plaies
de l'anarchie, et forcer le chef de la Ligue dans son dernier rduit, en
le sparant des plus exalts ligueurs et de l'tranger.

Le 25 mai, aprs avoir soumis Rouen, Abbeville, Montreuil, Troyes, Sens,
Riom, Agen, Poitiers, Honfleur, Henri IV assige, avec 14,000 hommes,
Laon, ancienne place de dpt devenue la capitale des derniers ligueurs;
il doit se garder contre les 8,000 Espagnols de Mansfeld retranchs  la
Capelle, et contre les garnisons de Lafre, Soissons et Reims, entre
lesquelles manoeuvre Mayenne.

Le 22 juillet, aprs la retraite de l'arme espagnole, la ville
capitule; ensuite Pronne, Roye, Montdidier, La Chtre, Orlans,
Bourges, se rendent.

Les principaux ligueurs font dfection en 1595; le roi dclare
ouvertement la guerre  l'Espagne, ce qu'il n'avait os faire
jusqu'alors: sa nationalit lui crait ainsi plus de forces que
d'obstacles. Le pape lui accorde l'absolution; nonobstant les revers
partiels prouvs par Henri IV dans cette campagne Mayenne se soumet le
24 janvier 1596  Folembray.

De 1596  1598, le roi prend Lafre, perd et reprend Amiens, et signe 
Vervins la paix avec l'Espagne.

Ainsi le pouvoir royal fut dfinitivement rtabli en faveur de la maison
de Bourbon,  qui de grandes et diverses destines taient encore
promises; ces six annes de guerre, pendant lesquelles les deux partis
prirent tour  tour, prs de Paris, des positions militaires
importantes; qui virent constamment le roi, habile politique, intrpide
soldat, bon frre d'armes dans toute l'acception militaire du mot,
monarque et gnral persvrant, sont dignes de mditation,
principalement les campagnes de 1590 et de 1594.

Jamais trne, dans aucun pays,  aucune poque, ne s'tait trouv aussi
bas; un sicle plus tard, avec la mme dynastie, il devait frapper
l'univers d'un clat inou: mais il lui restait encore des jours
difficiles.

Ce n'est pas sans raison que la mmoire du bon roi, sauveur de la
nationalit franaise, est reste populaire; sa noble image, qui domine
la vieille cit, a d souvent gmir de tant de folies, de tant
d'attentats, de tant de revers galement funestes  la gloire et  la
puissance de notre malheureuse patrie.

       *       *       *       *       *

21. Le 13 septembre 1647 et le 6 janvier 1648, aprs les meutes des 26
et 27 aot, la rgente Anne d'Autriche sauva galement la monarchie,
mais dans des circonstances bien moins graves, en se retirant 
Saint-Germain, avec son gouvernement, pour cerner Paris, qui se soumit
six semaines aprs.

       *       *       *       *       *

22. Mais, en 1649, Mazarin compromit la royaut dans sa propre cause, en
prolongeant un pouvoir devenu presque impossible; il brava l'opposition
des hommes les plus considrables et une guerre civile qui pouvait avoir
de graves consquences; il avait fait sortir de Paris, sans une urgente
ncessit, la cour et le gouvernement royal. Une minorit augmente les
difficults; mais celles-ci ne justifient pas la rvolte.

Turenne cherche  excuser ainsi, dans ses mmoires, et longtemps aprs,
la grande faute o il se laissa alors entraner: Il lui rpugna
d'autoriser, une entreprise, le dpart de la cour, qu'il ne croyait pas
lgitime en aucuns temps, et principalement dans une minorit, d'autant
plus que personne encore n'avait pris les armes contre le roi, ni
tmoign aucune dsobissance ouverte; il y avait,  la vrit, des
compagnies qui avaient montr trop d'animation, mais c'tait plutt par
des intrts particuliers que par un dessein form de se rvolter contre
la cour.

Dieu, dit Flchier, dont les jugements sont des abmes, voulut affliger
et punir la France par elle-mme, et l'abandonna  tous les drglements
que causent dans un tat les dissensions civiles. Souvenez-vous de ce
temps de dsordre et de trouble, o l'esprit tnbreux, l'esprit de
discorde confondait le devoir avec la passion, le droit avec l'intrt,
la bonne cause avec la mauvaise; o les astres les plus brillants
souffrirent presque tous quelque clipse, et les plus fidles sujets se
virent entrans, malgr eux, par le torrent des partis, comme ces
pilotes qui, se trouvant surpris de l'orage en pleine mer, sont
contraints de quitter la route qu'ils veulent tenir, et de s'abandonner
pour un temps au gr des vents et de la tempte. Telle est la justice de
Dieu: telle est l'infirmit naturelle des hommes. Mais le sage revient
aisment  soi, et il y a dans la politique, comme dans la religion, une
espce de pnitence plus glorieuse que l'innocence mme, qui rpare
avantageusement un peu de fragilit par des vertus extraordinaires et
par une fermet continuelle.

Mais o m'arrtai-je? votre esprit vous reprsente dj, sans doute, M.
de Turenne  la tte des armes du roi. Vous le voyez combattre et
dissiper la rbellion, ramener ceux que le mensonge avait sduits,
rassurer ceux que la crainte avait branls, et crier, comme un autre
Mose,  toutes les portes d'Isral: _Que ceux qui sont au seigneur se
joignent  moi._ Tantt sur les rives de la Loire, suivi d'un petit
nombre d'officiers et de domestiques, il court  la dfense d'un pont,
et tient ferme contre une arme; et soit la hardiesse de l'entreprise,
soit la seule prsence de ce grand homme, soit la protection visible du
ciel, qui rendait les ennemis immobiles, il tonna par sa rsolution
ceux qu'il ne pouvait arrter par la force, et releva par cette prudente
et heureuse tmrit l'tat penchant vers sa ruine. Tantt se servant de
tous les avantages des temps et des lieux, il arrte avec peu de troupes
une arme qui venait de vaincre, et mrite les louanges mmes d'un
ennemi qui, dans les sicles idoltres, aurait pass pour le dieu des
batailles. Tantt, vers les bords de la Seine, il oblige, par un trait
un prince tranger, dont il avait pntr les plus secrtes intentions,
de sortir de France, et d'abandonner les esprances qu'il avait conues
de profiter de nos dsordres.

       *       *       *       *       *

23. Au commencement de septembre 1672, le duc de Luxembourg cantonna ses
50,000 fantassins et 8,000 chevaux dans la province de Gueldre et la
tte de bteau: 15,000 fantassins, 4,000 chevaux occuprent la province
d'Utrecht et les parties avances; 9,000 fantassins et 2,600 chevaux de
ce corps, c'est--dire 16 bataillons et 20 escadrons, furent cantonns
de la manire suivante, dans et autour de la ville d'Utrecht, grand
quartier-gnral de l'arme.

Il y aurait eu impossibilit de rassembler,  temps, dans cette grande
ville hostile, les soldats logs par deux chez l'habitant; d'avoir la
nuit les officiers,  qui les portes des maisons seraient peut-tre
barricades.

Deux bataillons furent caserns dans les maisons bourgeoises,  droite
et  gauche de chacune des quatre portes principales, en s'tendant dans
la rue ou le long des remparts, sans solution de continuit.

 dfaut de place centrale, o il aurait t convenable de caserner
deux bataillons, huit petites places intrieures ou btiments principaux
furent occups,  l'aide de bons corps de garde dfensifs, par autant de
postes de 100 fantassins et de 50 chevaux.

Au besoin, le surplus des troupes aurait t casern le long des
remparts, de manire  ne pas s'tendre sur plus du tiers de la ville,
dont on embrassait ainsi toute la circonfrence.

 chacune des portes principales, il y avait 120 fantassins de garde.

Les quatre faubourgs taient tous retranchs  leur tte; au faubourg de
la Porte-Blanche, un bataillon et une brigade de cavalerie formaient
l'aile droite. Au faubourg Vyanem, aile gauche, il y avait autant de
troupes. Ces deux annexes embrassaient la ville et communiquaient le
plus facilement avec les deux autres. Dans les faubourgs d'Amsterdam et
de Woorden, on mit 6 bataillons, les dragons et 7 escadrons.

Les bourgeois furent dsarms, on leur fit prter le serment de
fidlit, des exemples svres les retinrent dans le devoir.

En cas du rvolte dans la ville, autour de laquelle toutes les troupes
taient constamment concentres ou casernes sur leurs positions de
combat, 6 bataillons et 7 escadrons des faubourgs pouvaient arriver par
les quatre portes, le surplus des forces extrieures restait sous les
armes.

Il est curieux de lire, dans la correspondance de Louvois et de
Luxembourg, les motifs et les dtails de ces mesures de prvoyance
longuement et habilement prpares.

       *       *       *       *       *

24. La surprise de Crmone, par le prince Eugne, en 1702, donne lieu
aux remarques suivantes:

Celui des deux partis qui compte sur un secours, doit occuper,
approvisionner, organiser en rduit une position communiquant avec la
campagne, ainsi que les btiments, clochers ou postes voisins.

Il partira de l pour s'emparer: 1 des portes ou poternes de l'enceinte
de la ville; 2 des coupures, passages et ponts existant au travers des
vieilles fortifications, murs de terrasse, rivires  l'intrieur, afin
de resserrer davantage l'autre parti, d'intercepter ses communications
avec le dehors et diviser ses forces au dedans.

Si on ne peut garder ces passages, on les coupe, ou au moins on les
barricade.

On marche  ces dfils, la cavalerie soutenant l'infanterie, les flancs
clairs; on laisse, entre soi et le rduit, une rserve; et sur les
flancs, des petits corps de garde pour n'tre pas pris de ct ou par
derrire.

Si l'on peut se glisser le long d'un obstacle on n'aura qu'un flanc 
couvrir.

On attaque ces positions sur plusieurs ttes de colonnes, par
diffrentes rues, en flanc, en tte, en queue, la cavalerie chelonne
sur les cts pour protger; des tirailleurs, aussi bien abrits que
possible, visent continuellement aux crneaux les plus dangereux; on
incendie, on menace d'incendier les btiments les plus rsistants; et,
si on ne le peut, on occupe autour des points dominants.

Les positions enleves sont immdiatement fortifies; on garnit de
fusiliers les clochers et maisons extrieures qui compltent ces
rduits.

Des piquets de cavalerie parcourent sans cesse les environs,
interceptent les nouvelles et les secours, gardent les dfils
extrieurs et rapprochs par lesquels on arriverait  la ville.

On avance ensuite, par l'intrieur des maisons, aux arsenaux, magasins
et places ou positions voisines; ou marche galement au rduit du parti
oppos pour le bloquer, du ct de la ville, et, s'il est possible
aussi, du ct de la campagne.

Une position attaque se dfend toujours par des contre-attaques en
tte, en queue, sur les flancs.

Si le parti oppos doit tre secouru de deux cts, il faut fortement
occuper l'obstacle qui les spare; ce parti, au contraire, organise de
l'un  l'autre une communication assure.

On empche de cerner, dans leurs quartiers, les troupes et surtout la
cavalerie, en garnissant les clochers et lieux dominants, en face ou 
proximit.

Ne pas s'aventurer, en trop grand nombre, dans une enceinte battue de
feux croiss, sans tre appuy par quelques tirailleurs qui les
contrebattront.

Gagner le pied des murailles et des maisons pour se soustraire  l'effet
du tir.

Les communications les plus importantes, dans un mme difice, ou entre
plusieurs btiments faisant systme de dfense, doivent avoir lieu 
couvert ou sous blindage.




 IV.

RVOLUTION, EMPIRE, RESTAURATION.


25. L'meute de Varsovie, contre les troupes russes, le 6 et le 7 avril
1794, doit tre mentionne.

La garnison russe comptait 9 bataillons, 8 escadrons, 36 canons, 5 
6,000 hommes.

1,000 prussiens auxiliaires taient cantonns,  une et  deux lieues,
au nord de la ville.

2,000 polonais hostiles,  la disposition de gnraux et d'un
gouvernement galement hostiles, taient tablis en ville, au nord, au
sud et  l'ouest, dans quatre casernes; ils avaient des magasins
d'armes, de munitions et d'artillerie.

La ville de Varsovie, figurait une demi-circonfrence de 2.500 mtres de
rayon, sur la rive gauche et  l'ouest de la Vistule; elle communiquait,
par un pont, avec Praga, sur la rive droite et  l'est; elle renfermait,
dans une enceinte fortifie, 900 hectares et 125,000 habitants.

Par des affiches, des pices de thtre politiques, de frquentes
alarmes et incendies, par des rumeurs contre les Russes, par des clubs,
on excitait le peuple, on l'attroupait.

Les bourgeois restrent chez eux, leurs portes fermes, sans prendre
part  la rvolte, o figurrent, sous la direction de quelques
mcontents, des ouvriers, domestiques et paysans, ainsi que des soldats
congdis venus du dehors; en tout, il y eut 1,000  1,200 meutiers
agissant par bandes de 150.

Plus on approchait du jour de l'meute, moins on pouvait prvoir qu'elle
dt clater; cependant, dans la journe du 5, plus de 50,000 cartouches
furent distribues de main en main.

Le plan de dfense tait connu des polonais avec qui il avait fallu le
concerter.

4 brigades, espaces de 800 mtres les unes des autres et du quartier
gnral, fortes chacunes de 2  3 bataillons et escadrons, 6  10
pices, devaient occuper au sud,  l'ouest, au centre, au nord de la
ville, mais de trop loin et sans communications suffisamment assures,
les avenues du quartier gnral; surveiller et contenir les troupes
polonaises, le pont et le faubourg de Praga.

Le 6,  quatre heures du matin, les polonais commencrent les
hostilits, ayant pour principal but de parvenir au quartier gnral.

Les 2 bataillons, 2 escadrons, 9 pices de la brigade Milaschewicz
occupaient, au sud, le carrefour des Trois-Croix et les grandes rues en
arrire, vers le centre de la ville, pour contenir le rgiment polonais
Dzialinsky dans ses casernes.

La tte de cette brigade et ses postes de flancs laissrent passer ce
rgiment: le reste de la brigade l'arrta et parlementa avec lui pendant
3 heures, sans se mettre en mesure d'agir; lorsque les hostilits
commencrent, les compagnies contre lesquelles les Polonais s'taient
prsents, se battirent seules pendant plusieurs heures, sans tre
soutenues par le reste de la brigade: cette dernire troupe, qui et
dcid le succs contre le rgiment polonais, ne donna plus signe de vie
pendant les journes du 6 et du 7.

Les deux bataillons de grenadiers, deux compagnies, trois escadrons et
dix pices de la brigade Van Suchteln, placs depuis le palais de Saxe
jusqu'aux barrires de Wola et de Jrusalem, de l'est  l'ouest de la
ville, dans la partie centrale la plus importante et la plus facile 
tenir, prs de laquelle le corps prussien et le parc auraient d tre
runis, restrent inactifs, sans se garder, sans voir d'ennemis srieux,
sans marcher au secours du quartier gnral, faute des ordres et de la
prsence du gnral de brigade.

Le gnral Nowiczky vint prendre ce commandement abandonn; et
s'exagrant la position de la 1re brigade, fit sortir la 2e brigade de
la ville,  11 heures du matin, par une porte ouest; il prit position en
carr,  500 mtres de l'enceinte, avec le parc d'artillerie laiss 
Wola, sous la garde de deux compagnies et d'un escadron; en ce moment,
Nowiczky disposait de 4 bataillons, 5 escadrons et 24 canons.

De ces troupes, sorties si mal  propos de Varsovie, il en rentra 3
bataillons, 4 escadrons et 16 pices, en une colonne profonde,  2
heures et demie du soir; la tte parvint jusqu'au palais de Saxe,  500
mtres du gnral en chef, dans un quartier tranquille et ouvert.

Mais, aprs trois heures de station, alors que l'insurrection se croyait
perdue  la vue d'une pareille colonne, contre laquelle aucun coup de
fusil n'avait t tir des fentres, on fut tonn de voir cette troupe,
 6 heures du soir, rtrograder jusqu'au dehors de la ville, devant 50
meutiers qui faisaient mine de lui disputer le passage avec un canon.
Des compagnies entires de ce corps s'taient dbandes pour piller:
elles furent plus tard massacres ou prises.

La colonne rejoignit, sans tre nullement inquite, le gnral Nowiczky
qui l'avait dtache; le corps entier fit halte jusqu' minuit, puis se
retira  deux lieues de la ville; le lendemain,  midi, le gnral
Nowiczky se mit en marche, avec tout son monde, vers les grands
quipages, vis--vis Karczew, sans s'occuper de ce qui se passait en
ville. Le 19 avril,  Sgersche, le gnral en chef eut seulement des
nouvelles de ce corps.

Les trois bataillons et deux escadrons de la brigade du comte de Zouboff
devaient garder le centre de la ville, plus au nord, direction
ouest-est, ainsi que le passage de la Vistule.

Un bataillon suivit le mouvement de retraite de la prcdente brigade;
un autre fut massacr dans une glise o il communiait sans armes. Le 7,
au soir, le 3e bataillon et l'hpital vacurent tranquillement Praga,
sur transports fournis par l'autorit municipale; ils rejoignirent, le
13 avril, le gnral en chef  Modlack.

Pendant l'meute, toutes les attaques furent diriges contre le quartier
du gnral en chef Igelstrom, rue Podwal, par quatre bandes de 150
hommes, occupant du ct de la Vieille ville et de l'arsenal,  300
mtres de distance, les maisons de seigneurs et les carrefours
environnants, pour bloquer et fusiller les troupes du quartier gnral.

Ce quartier gnral, dans une partie de ville rtrcie et hostile, non
centrale par rapport aux autorits ou troupes polonaises et  la ville
de Varsovie elle-mme, aurait d tre plac rue Krolewska, prs du
palais de Saxe.

Le matin du 6, l'ennemi fut partout repouss autour de cette position,
avec perte en hommes et en canons.  2 heures aprs midi, il renouvela
ses attaques; dans l'intervalle il s'tait born  tirer des fentres
et des coins de rues contre les postes russes qui rpondaient  ce feu.

Ceux-ci rsistrent esprant tre rejoints par les autres brigades: mais
les tiraillements de l'tat-major gnral, l'irrsolution des chefs
dtachs, les corps entiers dbands, le passage subit d'un excs de
confiance au dcouragement; et, pardessus tout, le quartier gnral
bloqu de prs, sans possibilit de communiquer avec les autres
brigades, ne permirent aucune bonne rsolution.

Les troupes du quartier gnral auraient pu marcher aux dtachements et
les runir: mais on craignit d'abandonner les archives non encore
brles.

Le soir, on ne fut plus assailli que par le quart des rassemblements du
matin; la nuit fut tranquille et aurait permis une retraite facile.

Au commencement, le quartier gnral avait t dfendu par un bataillon
et deux escadrons; ces troupes furent successivement renforces le 6,
avant 7 heures du soir, par les deux bataillons de la 4e brigade.

Celle-ci, charge de dfendre la partie nord de la ville, trs-hostile,
et en face de trois quartiers de troupes polonaises, se retira d'abord
en dehors de Varsovie sur les Prussiens; puis, au bruit de la fusillade,
elle revint assez facilement sur le quartier gnral.

Au jour, les Polonais informs de la retraite dfinitive et inespre de
la 2e brigade, moiti de la garnison, reprirent avec la plus grande
vivacit toutes leurs attaques, jusque-l successivement ralenties ou
abandonnes; ils cernrent le quartier gnral, de plus prs, et au
point de le rendre inhabitable: le moral des troupes tait abattu.

700 hommes, 50 chevaux et 4 canons restaient au quartier gnral ou dans
une cour voisine.

Le 7, vers 8 heures du matin, le gnral en chef se retira avec 350
hommes, sur les Prussiens, par le nord de la ville,  travers une suite
d'enclos o l'on ouvrit des passages; on vita ainsi les positions
investissantes, le feu des maisons occupes et l'artillerie des
insurgs.  10 heures, on rejoignit, dans un assez grand dsordre, mais
avec perte seulement de 30 hommes, la cavalerie prussienne  la barrire
de Powonsck: on fut camper avec les Prussiens  Babice.

Pendant la nuit, un demi-escadron du quartier gnral avait port,  ce
corps auxiliaire, l'ordre de se joindre, vers Wola,  la brigade
Nowiczky, pour rentrer en ville au secours du gnral en chef: lorsque
les Prussiens rencontrrent celui-ci, en retraite, ils excutaient cette
marche.

Le colonel Parfentiew et les 400 hommes du quartier-gnral ne
suivirent pas le mouvement de retraite; ils furent forcs, dans la
soire, par l'insurrection.

Les Russes perdirent,  Varsovie, plus du tiers de leur garnison et 11
pices de canon.

Le 7,  quatre heures du soir, le corps russo-prussien vint camper 
Modzin,  trois quarts de lieue de Varsovie.

Le 8 avril, il coucha  Sakroczin.

Le 19,  Sgersche.

L'arrive, prs de Varsovie, des troupes prussiennes, dont le gnral
Igelstrom ne voulut pas profiter; les imprudentes propositions
d'accommodement; la retraite intempestive d'une brigade russe, furent
autant de causes d'exaltation pour les insurgs.

Ainsi que dans plusieurs affaires de ce genre, l'honneur militaire fut
ici compromis, devant des forces trs-intrieures, par le dfaut de
vigilance et de bonnes dispositions; par l'irrsolution des chefs
dtachs; par de longs pourparlers toujours dangereux; par des
tiraillements dans l'tat-major-gnral; il en rsulta des revers
inattendus; ceux-ci abattirent entirement le moral d'une troupe qui,
mieux dirige, et glorieusement fait son devoir, et prouv beaucoup
moins de perte.

       *       *       *       *       *

26. Dans la soire du 12 vendmiaire an 3, les pourparlers, les
hsitations et la retraite intempestive du gnral charg d'arrter les
sectionnaires Lepelletier, au couvent des filles Saint-Thomas,  Paris,
enhardirent ces ractionnaires, augmentrent le nombre de leurs
partisans; aussi, le lendemain, osrent-ils attaquer la Convention, aux
Tuileries, avec 40,000 hommes arms.

Le 13, Bonaparte adopta pour ligne de dfense, autour de la Convention,
la Seine, depuis le pont Louis XV jusqu'au Pont-Neuf, le Louvre, les
dbouchs de la rue Saint-Honor depuis la rue de Rohan jusqu' la place
de la Concorde; il repoussa, il foudroya, avec l'artillerie et les 5,000
hommes de l'arme conventionnelle, cette meute qui attaquait
imprudemment par colonnes compactes de 4.000 hommes.

Pendant la nuit, il empcha, par quelques voles de coups de canons,
l'lvation des barricades que tentrent de construire les moins
dcourags; le peuple, ouvrier ordinaire des barricades, n'appuyait pas
ce mouvement contre-rvolutionnaire.

Le 14, la section Lepelletier fut dsarme.

Dans ces journes, Bonaparte n'hsita pas  prendre parti pour la
Convention, malgr ses odieux excs antrieurs. Il comprit, qu'entre un
pouvoir existant, qui avait travers les plus redoutables crises, et une
masse agite sans union, sans influence dans le pays, le salut de la
France ne permettait pas d'hsiter.

Le commandement de l'arme d'Italie fut la rcompense de cette haute
pense d'ordre  laquelle il demeura toujours fidle, mme aux dpens de
son pouvoir, dans les phases les plus diverses d'une prodigieuse
existence; de tous ses lauriers, celui de vendmiaire ne fut pas un des
moins utiles. La postrit remarquera qu'il le cueillit au commencement
de sa carrire,  l'aide d'un coup d'oeil et d'une nergie galement
exceptionnels. Ce dbut rsume tout ce qui, dans cette grande nature,
restera le plus cher  la France et  la civilisation.

La gloire militaire de Napolon sera sans gale, et cependant la
postrit admirera encore plus son gnie politique: il rvla  un
sicle gar les ternelles conditions du pouvoir et des socits; et
rien ne marche encore que par ce qui reste de sa vigoureuse impulsion.

Jamais chef d'tat n'eut, contre l'anarchie, une soudainet, une vigueur
de rsolution, des colres, des antipathies gales aux siennes: son
exceptionnelle nature repoussait nergiquement toutes les impurets des
aberrations humaines, attirait, levait  elle ce qui tait vrai,
utile, grand et beau.

Les rois l'ont abattu et perscut: mais sa mmoire restera le dieu Lare
du foyer populaire; tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit y sera, de
gnration en gnration, admir et cru. Le peuple, drout par les
mauvais exemples et les mauvaises leons du sicle, n'ayant plus de foi
que pour Napolon, ne connatra d'ides nobles et senses que celles de
son hroque lgende. Sophistes qui conduistes l'Europe  l'anarchie et
 la ruine, expliquez le double mystre de cette mission et de cette
popularit galement providentielles.

       *       *       *       *       *

27. Le 1er mai 1808, les gens de la campagne, accourus dans Madrid, se
joignirent aux groupes nombreux de mcontents, surtout  la Puerta del
Sol, grande place centrale qui lie les rues principales de Mayor,
d'Alcala, de Montera, de Las Carretas; quelques escadrons de dragons
maintinrent cette multitude.

Le 2 mai, malgr les dispositions de la junte, Murat persista  faire
partir le reste de la famille royale; la vue d'un aide-de-camp franais,
envoy pour la complimenter, fut le signal d'une rixe qui bientt excita
un soulvement universel.

Les rvolts firent main basse sur les militaires isols, qui,
nonobstant les ordres de l'Empereur, taient disperss, soit dans les
maisons de la ville, soit en corve.

Murat monte  cheval, se place, avec la cavalerie de la garde, en dehors
des quartiers populeux, derrire le palais, prs de la porte par
laquelle devait arriver une des divisions extrieures, sur une position
dominante, d'o il sera libre de dboucher dans toutes les directions.

Il fait entrer en ville et marcher sur la Puerta del Sol, par les
principales communications, les diffrents camps extrieurs ou corps
cantonns  la circonfrence.

Ces colonnes, venant  la rencontre l'une de l'autre, avaient rejet sur
la place centrale la multitude furieuse, n'ayant mme plus la libert de
fuir. La cavalerie de la garde la dispersa.

La foule repousse se rfugia dans les maisons et tira par les fentres;
les troupes firent des excutions. La lutte la plus opinitre eut lieu 
l'arsenal; une partie de la garnison espagnole y tait renferme avec
ordre de ne pas combattre. Des insurgs s'y portrent, firent feu sur
nos troupes, et le corps des artilleurs espagnols se trouva malgr lui
engag.

L'attaque,  dcouvert, d'un difice d'o partait un feu vif de
mousqueterie, nous cota quelques hommes; nos soldats dbusqurent les
dfenseurs, et l'arsenal fut pris, avant que le peuple pt s'emparer des
armes et des munitions.

En deux heures, cette redoutable meute fut ainsi rprime, mais non
sans carnage; d'abord,  l'htel des Postes, une commission militaire
faisait fusiller les paysans pris les armes  la main; la cavalerie,
dans la campagne, n'accordait aucun quartier aux fuyards, les ministres
espagnols et le chef d'tat-major franais firent cesser le combat
partout, et les premiers obtinrent la fin des excutions.

Cette journe ta  la populace de Madrid tout espoir de rsister, mme
 nos jeunes soldats dirigs par de vieux cadres. L'un des infants dit
le soir  Murat: _Enfin on ne nous rptera plus que des paysans arms
de couteaux peuvent venir  bout de troupes rgulires._ Les insurgs
avaient perdu 400 hommes, les Franais 100 soldats; mais une exagration
salutaire donnait  cette journe plus d'importance; ds cet instant
Murat aurait pu tout oser. Le lendemain, il fit partir sans difficult
le reste de la famille royale.

Le 4 dcembre 1808, Napolon reprit Madrid que le roi Joseph avait
vacu le 2 aot.

Mais, se bornant  cantonner militairement son arme dans les principaux
quartiers de la ville et surtout dans les couvents;  faire oprer un
dsarmement gnral, il resta, lui et son frre,  deux lieues au
dehors. Son intention tait de rduire cette capitale, sous un long
rgime d'tat de sige, avant d'y laisser rentrer le roi Joseph, dont le
gouvernement n'aurait pu s'tablir convenablement au milieu de
l'anarchie.

Il organisa, comme noyau d'arme espagnole, 16,000 soldats d'lite
presque tous trangers.

La hauteur du Buen-Retiro fut entoure d'une enceinte, dont le parc et
la fabrique de la China formaient le rduit fortifi. Celui-ci
renfermait un hpital, des magasins de matriel et de vivres
considrables; le tout devait exiger une attaque rgulire.

Le 22 janvier 1809, mais aprs les succs de la Corogne et d'Ucls,
alors que l'insurrection paraissait dfinitivement abandonne et
vaincue, Joseph fit son entre dans Madrid  la tte des plus belles
divisions franaises.

       *       *       *       *       *

28. En juillet 1830, le gouvernement avait un excs de confiance;
l'apparition de la troupe, jusqu'alors, avait suffi pour dissiper les
plus forts rassemblements; il ne prit pas toutes les dispositions
indispensables pour pouvoir tenir pendant plusieurs jours, contre une
rbellion arme, au milieu d'une population gnralement mal dispose;
position dont personne, pour ainsi dire, n'avait encore vu d'exemple, et
que l'histoire seule pouvait faire supposer possible.

Le 26 juillet 1830, des piquets commands  la hte par les premiers
officiers qui se trouvrent dans les casernes, furent s'tablir dans les
diffrents quartiers de Paris; ils y passrent la nuit, sur le qui-vive
et sans provisions; pendant ce temps, les curieux et mcontents
s'assemblrent et s'excitrent autour d'eux; on brisa les rverbres et
les insignes de la royaut.

Le lendemain, l'autorit, ne voyant encore qu'une meute et non une
rvolution, fit soutenir ces diffrents piquets par des dtachements
d'autres corps, au fur et  mesura des progrs de la rvolte et des
demandes de la police.

Les mcontents levrent, dans tout Paris, un nombre infini de
barricades; ils sparrent, ainsi, ces diffrents petits dtachements,
entre eux, de l'tat-major gnral, des vivres, des munitions, des
casernes ou des mairies, et les annulrent entirement.

Le 28, le pouvoir, au lieu de rallier ses dbris dans le grand quartier
militaire form par le Louvre, les Tuileries, le Palais-Royal, les
casernes du quai d'Orsay, Babylone, les Invalides, l'cole militaire et
le Trocadro, pour y attendre les autres troupes de la 1re division,
ainsi que le camp de Saint-Omer, et pour profiter plus tard des embarras
de l'insurrection, battit en retraite sur Versailles et Rambouillet.

Le roi Charles X pouvait prendre une bonne position autour de Paris;
soit sur la basse Seine  Saint-Denis, Courbevoie et Saint-Cloud; soit
au-dessus de la capitale; suit sous le canon de Vincennes; il pouvait
galement se retirer sur la Loire, comme le fit Henri III en 1588, en
une circonstance pareille. Sa position, au dehors de la capitale, au
moment de la rvolte, lui assurait de grands avantages.

Dans l'un ou l'autre cas, il et caus de srieux embarras au nouveau
gouvernement, ou plutt  la rvolte que celui-ci allait avoir 
combattre; la province suivit le mouvement de la capitale, et l'arme
bientt s'affaiblit. L'affaire de Rambouillet prcipita une conclusion
ds lors invitable.

Des quatre fautes qui amenrent cette catastrophe, deux, le manque
d'approvisionnements et de prvoyance; l'inaction du roi Charles X
pendant, ou plutt, aprs l'meute, sont le fait du gouvernement.

Les deux autres sont militaires; mais la premire ne pourrait tre
reproche au marchal Marmont sans injustice. Ce chef, aprs le
dvouement dont il fit preuve, fut blm; il se serait bien autrement
expos  cette disgrce, si renonant, comme l'exprience le
conseillerait aujourd'hui, en pareille circonstance,  maintenir la
tranquillit,  assurer la vie et les proprits des citoyens, ainsi que
l'exercice de l'autorit royale dans tout Paris  la fois, il s'tait
born, en attendant l'arrive des renforts,  occuper militairement la
partie la plus importante de la capitale, et, selon les circonstances, 
offrir, pour les autres quartiers, son appui aux dtachements de gardes
nationaux disposs  faire leur devoir en maintenant l'ordre.

Cette dernire tactique sauve galement des inconvnients dans lesquels
tombrent Henri III en 1588, qui, en dfendant le centre du
gouvernement, s'y laissa bloquer; et Marmont en 1830, qui, voulant tout
contenir, ne fut assez fort nulle part; justifie par les vnements de
Lyon, en 1831, elle doit tre suivie, dans un grand nombre de cas avec
les prcautions qui seront indiques.

Quoi qu'il en soit, cette rvolution allait tre, pour elle-mme, le
plus dangereux prcdent, si elle ne pouvait pas rduire  l'impuissance
les ides anarchiques.





 V.

DEPUIS 1830.


29. L'meute qui eut lieu  Bruxelles, du 22 au 26 septembre 1830, donne
lieu aux observations suivantes:

Le 22, une division hollandaise de 12,000 hommes, arrive en vue de la
ville, ne profita pas de l'imprudence que commirent les rvolts d'aller
au-devant d'elle: cette division pouvait attirer les insurgs  une
affaire dcisive et les envelopper.

On ngligea de s'emparer des portes ou de les masquer; l'arrive des
secours entretint le moral des rebelles, et dcida, le 27, l'vacuation
de la ville.

       *       *       *       *       *

30. En novembre 1831, le lieutenant gnral Roguet, ayant  combattre, 
Lyon, avec peu de troupes,  la suite des journes de juillet, une
premire et srieuse insurrection, rallia ses forces, par une sortie
vigoureuse  travers le faubourg Saint-Clair, sur la position de
Montessuy.

Il maintint l'honneur du drapeau, prit sur lui de donner des ordres aux
troupes et gardes nationales des divisions voisines, les fit converger
sur Lyon en poste ou en bateau  vapeur, et runit du grands moyens
contre l'insurrection bientt effraye de son isolement.

Peu de jours aprs, le duc d'Orlans put rentrer, avec une vritable
arme, dans la ville dj soumise.

       *       *       *       *       *

31. Lors des meutes des 5 et 6 juin, les premires qui,  Paris,
menacrent le Gouvernement de juillet, un ministre exprimait au conseil
ses inquitudes; quelqu'un proposa de signer l'ordre suivant: _Le
marchal Lobeau, investi du commandement suprieur de toutes les forces
runies dans et autour de la capitale, est charg, sur sa
responsabilit, d'y rtablir l'ordre._ La signature appose, on dit:
_Maintenant il n'y a plus rien  faire_.

L'meute fut vigoureusement comprime, nonobstant des fautes de dtail
et l'apparition inquitante de quelques groupes hostiles de gardes
nationaux, vrais ou supposs. Le roi saisit habilement le moment de sa
rentre dans Paris et la rendit dcisive.

Dans ces journes et celles qui successivement menacrent l'existence du
Gouvernement de juillet, celui-ci fut chaque fois sauv grces aux
circonstances suivantes:

1 Unit de commandement militaire dans la 1re division;

2 Concours de la majeure partie de la garde nationale;

3 Lassitude dans la bourgeoisie de tous genres de troubles, par suite
de la rvolution de juillet, encore trop rcente, et aux prils de
laquelle on avait miraculeusement chapp;

4 Dfaut de prtexte plausible pour l'meute qui voulait videmment une
rvolution et ne savait pas neutraliser, garer la population, en
masquant ses projets;

5 Intervention utile, au moment dcisif, du roi et des princes;

6 Enfin, l'ascendant de la vieille exprience du marchal Soult et de
toutes les traditions militaires qu'il reprsentait.

Le gouvernement ne doit pas ddaigner des troubles qui ont dj
plusieurs fois eu lieu sans danger; quoique tout nuage n'excite pas une
tempte, il en viendra, s'il en passe beaucoup, enfin un qui crvera et
donnera le vent.

     BACON.

       *       *       *       *       *

32. L'meute de Clermont-Ferrand, dans les journes des 9, 10 et 11
septembre 1841, donne lieu aux remarques suivantes:

Le 9,  6 heures et demie du soir, une compagnie du 16e lger, charge
de protger l'opration du recensement contre 200 factieux, reoit
prmaturment l'ordre du faire feu; des gardes nationaux, mls aux
groupes pour les calmer, sont atteints. La population exaspre se
prpare au combat, qui commence le lendemain matin.

Le 10,  midi, les 1,200 hommes du 16e lger et les dragons se
concentrent et se barricadent autour de la prfecture, de la mairie, sur
les places de la Poterne et d'Espagne. L'absence de postes aux
barrires, de patrouiller dans et autour de la ville, permet l'entre
des paysans des environs; une barricade est leve de la maison Uscale,
 la Petite-Fontaine.

Pendant le combat, de 6 heures du soir  minuit, la troupe ne perd que
la position de la poudrire.

Les insurgs tablissent des postes chez les boulangers de la ville
basse, et songent  couper l'eau  la ville haute. Dans leurs attaques
infructueuses, ils ont 50 tus et 100 blesss.

Le 11, aprs quarante-huit heures de pillage, les insurges abandonnent
la ville et se retirent dans deux villages voisin. Le lendemain, la
troupe reprend toutes les positions vacues.

De l'infanterie et de l'artillerie furent envoyes de Lyon et de
Bourges; les troubles de Moulins, Mcon et Chlons, empchrent les
garnisons de ces villes d'arriver.

       *       *       *       *       *

33. Pendant la lutte, plus politique que militaire, mais si srieuse de
fvrier 1848, on remarque un concours de circonstances fatalement
dcisives.

Une revue trangre, bien informe, a trait ce sujet de manire  ne
plus laisser rien  dire de nouveau aprs elle. Nonobstant son point de
vue particulier, nous la prendrons pour guide, chaque fois que nous
aurons il parler des mmes vnements.

Elle a signal, avant tout, une prosprit inoue qui, exaltant les
ambitions et poussant chacune au del des limites de la prudence, avait
amen un vritable malaise dans les affaires.

Un nombre d'ennemis, et parmi lesquels de trs-redoutables,
successivement grossi d'anne en anne, par tant d'ambitions non
satisfaites.

Peu pour dfendre rsolument le prsent, quelque riche d'avenir qu'il
ft; beaucoup trop pour l'attaquer. Chez tous, un vague et inexplicable
dsir d'innovation.

Ensuite, on a remarqu le dfaut d'unit dans le commandement de toutes
les forces militaires runies  Paris.

La moins bonne partie de la garde nationale s'assembla d'abord et devint
matresse des plus importantes positions; le reste, abandonn aux
menes des partis, passa successivement de l'inquitude 
l'indiffrence, de celle-ci  la turbulence ou  l'hostilit.

De graves changements dans les commandements militaires les plus
importants, intempestivement faits, au moment le plus critique, quant au
personnel et aux circonscriptions.

Une succession rapidement fatale de ministres et de commandants de la
garde nationale, qui n'eurent mme pas le temps d'agir et de se faire
connatre.

Un moment, le Roi veut rallier son gouvernement, son arme autour de
Vincennes: heureuse pense qui n'est pas suivie.

Un changement de rgne, dans une pareille crise, devait immdiatement
briser, disperser tous les pouvoirs, dcourager les plus fermes
dvouements; la prpondrance, que le roi exerait autour de lui, ne
pouvait alors tre ni dlgue, ni supple, ni supprime.

On sait comment fut accueillie la courageuse dmarche de la duchesse
d'Orlans, du duc de Nemours et des deux jeunes princes: dans cette
heure solennelle, un groupe d'inconnus, d'trangers peut-tre, dispose
de la socit surprise.

La chambre, cornue tous les pouvoirs lgaux, devait tre mconnue tant
qu'elle resterait sous la pression de l'meute; il tait urgent de s'y
drober; il fallait suivre cette autre pense de rallier l'arme 
Saint-Cloud; un fatal et gnreux espoir entrana la monarchie.

Au milieu de si graves vnements, on ne fut pas assez en rapport avec
les populations.

On a aussi constat le dfaut d'approvisionnements ncessaires; le long
stationnement des troupes au milieu des rassemblements; leur emploi en
fortes colonnes isoles, sans les points d'appui indispensables.

Enfin, ajoute-t-on, une pense gnrale d'opposition, dans le but
d'arracher quelques rformes  un Gouvernement qu'on ne voulait pas
renverser, mais d'autant plus violemment attaqu qu'on le croyait
inbranlable; pas assez de croyance au droit, ou plutt au devoir de
rsister  l'anarchie; beaucoup trop de confiance dans la force de la
lgalit et dans la raison du pays.

Le prince ne doit pas mesurer le danger sur la justice des motifs qui
ont alin les esprits, ce serait supposer au peuple plus de raison
qu'il n'en a: souvent il regimbe contre ce qui peut lui tre le plus
utile.

     BACON.

Ce Gouvernement s'est manqu  lui-mme, par trop de confiance dans ses
bonnes intentions et dans l'vidente ncessit de son existence; il eut,
d'ailleurs, le tort grave de prendre au srieux le rgime
constitutionnel dans un pays o,  de certains jours, rien ne parat
tre srieux.

Mais, a-t-on dit, pourquoi chercher les causes d'une catastrophe qui
restera inexplicable?

Une royaut paraissait forte par sa tte, par ses rejetons, par son
avenir, par les principes divers qu'elle reprsentait, par sa ncessit,
par une arme, des ministres, des gnraux galement prouvs; cette
royaut, dont l'origine remontait aux premiers ges de notre monarchie,
et qui rappelait  la France ses plus grandes splendeurs, avait fait
trner auprs d'elle, pendant 18 annes de prosprit inoue, les
principes les plus sages de la bourgeoisie: en trois jours elle fut
jete aux abmes.

La postrit aura peine  le comprendre; les contemporains, pour qui
l'instabilit tait devenue habitude ou besoin, en sont eux-mmes encore
tonns.

Les chefs des peuplades sauvages ont d'autant plus d'inquitude et de
vigilance que leurs tribus sont plus prospres; que les rcoltes, que
les troupeaux sont plus riches; ils disent alors: _Mfie-toi, la
prosprit, c'est l'ivresse_: On s'est demand s'il devait en tre de
mme des peuples civiliss?...

       *       *       *       *       *

34. Lors de l'meute de juin 1848, toutes les forces avaient d'abord t
concentres prs des Invalides,  l'extrmit du quartier militaire de
la capitale, sans dtachements dans les faubourgs Saint-Antoine,
Saint-Marceau et Saint-Denis, comme centres extrieurs de rsistance;
les approvisionnements de combat taient insuffisants; la lutte fut
sanglante.

Grce au pouvoir unique et respect de l'Assemble, au pril vident qui
menaait la socit,  de nobles dvouements dans l'arme et la garde
nationale,  la prcision,  la vigueur des oprations,  l'lan des
provinces, le succs dfinitif resta assur.

L'arrive d'un grand convoi de munitions fut dcisive.

Pour ces divers motifs, vu les circonstances et le faible effectif des
troupes au premier moment, cette concentration, sur l'opportunit de
laquelle les militaires et les hommes d'tat seront souvent partags,
fut peut-tre utile; ces journes eurent, d'ailleurs, aprs celles de
fvrier une immense porte. Honneur aux gnraux et aux soldats! Honneur
 tant de victimes du plus noble devoir!

       *       *       *       *       *

35. L'meute du 13 juin 1849, si heureusement comprime, prouve que le
plus souvent ces sortes de mouvements commencent par une grande
dmonstration; une colonne se porte, avec un drapeau ou  un certain cri
de ralliement,  un lieu convenable pour faire clater la rvolte.

Attendre cette colonne  l'endroit choisi pour couronner la
manifestation; chercher  rsister de front  une masse qui se grossit
en avanant de toute la foule des curieux, et dont la force morale peut
devenir irrsistible au terme, serait une faute.

Il faut charger transversalement sur ses flancs allongs; une double
masse, compose de cavalerie en tte et d'infanterie, dbouche d'une rue
latrale; chaque colonne rabat sur l'un des deux cts, et refoule la
moiti spare jusqu' une bonne position, dont on occupe toutes les
avenues; La cavalerie charge au milieu; l'infanterie l'appuie  droite
et  gauche.

       *       *       *       *       *

36. Ces luttes, quelquefois usites chez les anciens, trs-souvent au
moyen-ge, sont devenues plus srieuses aujourd'hui, par suite de
l'usage des armes  feu; du grand nombre de grosses voitures, barricades
roulantes en circulation dans les grandes villes; de la nature du pavage
des rues et des constructions qui les bordent; du systme de recrutement
qui jette chaque anne, en dehors des armes, la partie la plus
militaire de la population ds-lors dclasse; de l'extension exagre
de l'industrie; de la misre accidentelle qu'elle occasionne, dans des
masses agglomres d'ouvriers de mme tat; d'un luxe surabondant
d'aspirants aux fonctions publiques de tous les degrs; mais, surtout,
d'une centralisation imprudente et de l'affaiblissement graduel de tous
les pouvoirs.

De l'examen de chacun des faits prcdents rsultent des principes
gnraux et la ncessit de les modifier selon les circonstances.

Nous essaierons de tenir compte de ces graves enseignements. Problme
difficile, important, digne des mditations des hommes d'tat, des
militaires et des amis de l'humanit, non dans l'intrt de la France
mais de l'Europe: la premire a eu trop  souffrir des rvolutions pour
dsormais s'y exposer.

       *       *       *       *       *

Heureuse la nouvelle gnration europenne, si le hideux tableau des
luttes intestines, des excs barbares des ges passs; si le souvenir
plus saisissant des jours nfastes qui l'ont vu grandir, pouvait la
dgoter, pour longtemps, de l'anarchie, et rendre oiseuse toute
proccupation  l'gard des moyens de prvenir ou de rprimer les
dsordres de la guerre civile.





CHAPITRE II.

_Diffrents partis  prendre en cas d'meute._




 1er.

RPRIMER LA RVOLTE DANS TOUTE LA VILLE.


37. Selon l'tat moral de la troupe, de la garde nationale, de la
population, des provinces, des insurgs; selon les desseins avous ou
secrets des factions, les forces respectives de tous, la nature du
thtre de la lutte, la position du Gouvernement vis--vis les pouvoirs
lgaux et l'tranger, il y a quatre partis diffrents  prendre, de
prime-abord, en cas de rvolte.

1 N'vacuer aucun quartier, rprimer partout l'meute;

2 Occuper un quartier militaire, sauf  agir ultrieurement au dehors
de ce grand rduit;

3 Concentrer toutes ses forces dans une position extrieure, contigu,
dominante;

4 Se replier sur une place voisine pour revenir, avec toutes les forces
runies, contre la capitale.

38. Le premier parti est ordinairement suivi; c'est le plus naturel:
celui que conseillent  la fois l'humanit, la politique et les devoirs
imposs  un Gouvernement dans sa capitale.

Le plus souvent, il restreint l'insurrection et ses ravages; il permet
d'viter, dans tout le pays, une commotion sanglante; il empche les
dvouements de faiblir, les moyens rpressifs d'chapper; il couvre
mieux le Gouvernement menac, en s'opposant directement  l'installation
des pouvoirs rvolutionnaires: nous nous en occuperons spcialement dans
ce mmoire.

Avant de s'arrter  ce premier parti, il faut bien examiner la
situation, peser toutes choses et leurs consquences; les meutes
deviennent chaque jour plus frquentes, redoutables et dcisives.

Il faut savoir si l'on peut, si l'on veut livrer bataille  l'intrieur,
partout ou se prsentera la rvolte; si l'on est sr de rester toujours
calme au milieu du ddale immense des diffrents quartiers hostiles; en
prsence des vagues frmissantes d'une population follement
impressionnable, qui sera, dans de certaines circonstances,  la suite,
 la discrtion apparente ou relle des partis les plus audacieux; si
l'on doit compter sur l'inbranlable solidit de la troupe, mme au del
de l'heure suprme; si la nature de la ville, les communications et
obstacles qui la traversent, les positions qui y existent, facilitent la
lutte; si une trop grande concentration ne donnerait pas plus de force
et d'audace  l'insurrection que de chances  la rpression; si le
pouvoir sera certain de rester toujours un et fort; si, au milieu des
surprises, des pripties qui vont augmenter ses embarras, il ne sera
pas expos  laisser chapper ses moyens d'action les plus essentiels et
jusqu' l'autorit suprme.

Dans une ville de province, o l'existence du Gouvernement ne peut tre
mise en question, et plus encore dans toute ville trangre, diffrentes
circonstances pourraient faire rejeter ce parti comme anti-militaire, si
la question d'humanit ne devait pas le plus souvent dominer.





 II.

OCCUPER UN QUARTIER MILITAIRE.


39. Le second parti, c'est--dire la concentration dans et autour d'un
grand quartier militaire, est plus conforme aux rgles spciales de la
guerre; diffrentes circonstances, dtailles prcdemment, peuvent le
faire prfrer, mme au point de vue politique; il est moins exclusif,
moins absolu; il n'abandonne pas entirement la population  tous les
carts et  toutes les influences.

Ce parti se prte d'ailleurs merveilleusement, pendant la lutte mme,
aux modifications devenues dsirables, soit pour passer au premier plan,
soit pour adopter successivement les deux derniers; il permet de tenir
compte de toutes les ventualits et circonstances ultrieures, si
variables, si imprvues.

Il serait dangereux, inhumain et souvent inutile d'en venir de suite,
sans une imprieuse ncessit videmment dmontre par l'insuccs des
premiers plans successivement et srieusement essays, au parti extrme
de l'vacuation complte, du blocus et du bombardement; il faut se
rsoudre  combattre nergiquement, dans la ville mme, et s'organiser
de longue main en consquence.

40. Ce systme de dfense doit tre adopt par une garnison infrieure,
charge de maintenir une population nombreuse, en s'appuyant  une
position intrieure fortifie, d'o elle peut donner la main aux amis de
l'ordre.

Si elle abandonnait la ville, ses forces affaiblies, en s'loignant de
la citadelle et de ses partisans, prouveraient de grandes pertes au
milieu d'une masse d'insurgs rapidement accrue sur la ligne de
retraite: les plus graves dsordres seraient commis dans la ville
vacue.

41. Ce parti et le prcdent sont les seuls  prendre,  l'gard de
toute ville amie ou ennemie fortifie d'une enceinte continue, derrire
laquelle l'insurrection pourrait longtemps se dfendre, avec des
approvisionnements et moyens suffisants.

Ils sont encore les plus convenables, malgr l'existence et la
possession des forts dominants les rares issues de cette enceinte et
toutes les avenues du la ville.

42. Ds que les attroupements menacent d'une meute, la garde nationale
a d faire d'abord ses efforts pour loigner cette triste ventualit;
elle tient bon, et se replie, en cas de ncessit, sur les casernes et
mairies.

Pendant ce temps, la troupe de ligne dispose, ds le premier bruit, 
prendre les armes, et reste jusque-l au repos, sort de ses casernes
pour occuper militairement le quartier de la ville le plus favorable.

Elle prend position  l'intrieur des principaux tablissements qui s'y
trouvent, et o ont t rassembls des approvisionnements de vivres, de
munitions et de tout ce qui est indispensable pour faciliter la dfense
ou l'attaque dans ce genre de guerre.

       *       *       *       *       *

43. Le quartier militaire de dfense choisi doit, autant que possible,
dominer le reste de la ville et le dehors; communiquer facilement avec
eux sans dfils intermdiaires; tre  cheval sur les obstacles qui
traversent la cit; renfermer le centre du gouvernement, les grandes
administrations, les principaux magasins de vivres et de munitions ou,
au moins, les couvrir; isoler les uns des autres les diffrents
arrondissements insurgs; communiquer directement avec la capitale ou
avec les villes et contres principales d'o l'on peut tre secouru.

Il serait  dsirer qu'il ft spar de la partie de cit non occupe
par une enceinte d'obstacles ou de grandes communications faciles 
garder; et qu'il isolt, d'avec le dehors, les arrondissements
abandonnes ou rvolts.

La surface du quartier militaire doit tre le tiers ou le quart, au
moins, de celle de la ville.

Les flancs de l'enceinte de sparation, difficiles  tourner, seront
convenablement appuys  de fortes positions extrieures dominantes, le
tout afin de pouvoir agir dans les diverses directions, et d'viter
d'tre bloqu ou refoul.

44. Dans le mme but, et suivant que la ville a 100,000 mes ou
1,000,000 d'mes de population, 500 ou 5,000 hectares de superficie, il
est presque toujours ncessaire d'occuper, au milieu de la partie non
garde,  800 ou 1500 mtres en avant, par des dtachements de 1/2
bataillon  2 bataillons de ligne, renforcs, s'il y a lieu,  l'aide
des gardes nationaux de l'arrondissement, trois positions importantes,
fortes et approvisionnes: ces avances devront, autant que possible,
dominer les principaux dfils que forment les obstacles transversaux.

S'il existe un quartier populeux et hostile plus en dehors de cette
ligne avance, il est mme utile d'y occuper, au centre, par un
dtachement pareil, un poste dominant, fort et approvisionn, o peuvent
se rallier galement les gardes nationales des environs.

Ces trois ou quatre positions extrieures au quartier militaire forment,
dans la partie de ville non entirement occupe, un rseau de centres
d'action pour les retours offensifs, espacs de 500  1500 mtres l'un
de l'autre, suivant que la ville a 100,000 mes ou 1,000,000 d'mes de
population; elles sont surtout utiles contre une insurrection qui fait
usage des barricades: elles retardent l'tablissement de celles-ci, ou
donnent le moyen de les tourner toutes lorsque l'on reprendra
l'offensive.

Les dfils existants, sur les communications de ces tablissements avec
le gros de la garnison, seront galement gards.

Les mairies, la manutention, les tlgraphes, l'arsenal, la poudrire,
la poste, et mme les messageries, pourraient tre ainsi occups comme
postes extrieurs. On choisira, parmi ces difices, les plus importants
par eux-mmes et par l'avantage de leur situation.

Si, nonobstant le concours des gardes nationaux, la conservation de
quelques-uns de ces tablissements principaux, affaiblissait la troupe
en exigeant un trop grand fractionnement de forces, on rduirait ces
postes extrieurs au strict ncessaire.

Mais il faudrait, autant que possible, avant d'vacuer les difices les
moins utiles  la dfense, rallier la garde nationale de
l'arrondissement; transporter dans le quartier militaire, ou au moins
dtruire tout ce dont les rvolts pourraient profiter, voitures,
bateaux, moyens de transport, de correspondance ou de combat.

La majeure partie des gardes nationales seront successivement diriges,
par dtachements suffisants, sur des positions  occuper en arrire de
la troupe de ligne.

45. Si G reprsente le chiffre de la garnison qui tait ncessaire dans
la ville, pour y combattre partout l'meute, conformment au premier
plan, l'effectif de la troupe indispensable dans cette seconde hypothse
sera 1/8 G plus 2  8 bataillons, en gnral, la moiti de la garnison
prcdente.

L'effectif de la troupe dtache au dehors du quartier militaire variera
du tiers  la moiti au plus des forces totales.




 III.

OCCUPER UNE POSITION CONTIGU.


46. Le troisime parti, la concentration dans une position dominante,
extrieure et contigu, tient  la fois du second et du quatrime.

Par les motifs prcdemment exposs, on ne peut soutenir la lutte 
l'intrieur: la garde nationale est momentanment indiffrente;
l'vacuation complte offre plus d'avantages que d'inconvnients sous
les rapports politiques et militaires. Une fois ce parti pris, la
position de la garnison doit chaque jour s'amliorer, et celle de
l'insurrection devenir plus difficile: cette rvolte, restreinte dans la
ville  une faction, n'a pas de racines au dehors; elle a t le
rsultat passager, imprvu, d'une excitation, d'une surprise, d'une
erreur accidentellement partage par une population entire, faible ou
aveugle, mais que ses vritables intrts doivent bientt ramener. De
quelque manire que ce soit, cette insurrection renferme des germes de
faiblesse et de dissolution: le parti de la rvolte veut et peut
empcher la violation des personnes et des proprits; c'est alors le
cas, pour le Pouvoir, d'abandonner momentanment la capitale aux
habitants; de rallier les forces militaires, avec tous les moyens
d'action, dans une position extrieure, contigu et dominante.

L, il fait appel  la raison du pays entier bientt clair par
l'audace et les excs de la faction un instant victorieuse: celle-ci,
promptement rduite  ses faibles ressources, effraye de son
isolement, laissera la population rappeler le Gouvernement.

47. On ne doit prendre ce parti extrme, dans sa propre capitale, qu'en
cas de ncessit absolue et bien vidente pour tous.

 l'gard d'une ville de province, et surtout d'une ville ennemie, ce
parti est plus souvent admissible.

Si, en fvrier 1848, le dernier Gouvernement s'tait retir, avant
l'abdication du roi,  Chaillot, dans l'anse de la Seine limite par la
route de Neuilly, en conservant le Champ de Mars, l'cole militaire et
les Invalides, comme tte de pont offensive, sur la rive gauche du
fleuve, il et peut-tre sauv la monarchie, sans avoir mme besoin
d'occuper d'autre position extrieure et voisine que Vincennes.

       *       *       *       *       *

Des hommes d'tat, dont nous allons rsumer ci-dessous les ides,
avaient pens que ce parti extrme de l'vacuation, tout dcisif qu'il
est contre une meute, ne doit tre pris, mme dans une ville de
province, qu'en cas d'une absolue ncessit et dans les circonstances
exceptionnelles suivantes:

1 Alors que la collision, n'ayant pas de couleur politique, doit
naturellement cesser aprs l'exaspration passagre qui y a donn lieu.

2 Quand la rvolte, abandonne  elle-mme, pourra mieux juger les
difficults de sa position et les consquences de ses excs.

3 La faiblesse numrique d'une garnison cerne au milieu d'une
population nombreuse, moiti exaspre et hostile, moiti indiffrente
ou terrifie.

4 La chance, soit de prir faute de vivres, de munitions et de
communications avec le pouvoir central ou les secours; soit de
compromettre l'honneur du drapeau; soit de faiblir ou de succomber, au
milieu d'un dbordement de flot rvolutionnaire,  l'influence duquel il
est urgent de se soustraire, sont aussi des motifs pour vacuer le
thtre de la lutte.

49. Ce parti, bien hasardeux dans une capitale, doit tre pris
vigoureusement et non comme une fuite, prsage d'une chute dfinitive
par l'affaiblissement de tous les dvouements, la dispersion de tous les
pouvoirs, l'abandon de tous les moyens d'action.

On l'adoptera comme le meilleur dans la circonstance et pour mieux
vaincre par des moyens extrmes, imprvus, dcisifs, la rbellion 
laquelle il sera utile de montrer ses forces et son nergie, mme en se
retirant. Il ne sera pas alors sans compensation que des raisons
politiques et militaires engagent  prendre une direction difficile, sur
laquelle le drapeau aura l'occasion de se dployer intact.

50. Cette condition fut remplie lors de la retraite de la petite
garnison de Lyon, en novembre 1831, sur l'importante position de
Montessuy,  travers le faubourg Saint-Clair, position principale d'une
meute redoutable.

Alors on fut tonn que le gnral Roguet, au lieu de passer sur la rive
gauche du Rhne, ait prfr traverser le plus fort de l'insurrection
pour tablir de suite son camp au sortir de la ville. Cette position
menaante avait, dans la situation des choses, quelques inconvnients:
mais elle imposa de suite aux rebelles, ds ce moment affaiblis par la
crainte, l'indcision et la division; elle releva immdiatement le moral
des troupes convaincues, ds lors, qu'on ne s'tait ainsi plac que pour
mieux dominer l'insurrection et la combattre,  l'aide des secours que
l'on pourrait appeler  soi, des instructions que l'on serait en mesure
de recevoir du Gouvernement: en pareille circonstance, le dfaut de
communications est toujours embarrassant et souvent dcisif.

51. Il tait ncessaire d'insister sur le trs-petit nombre de cas
exceptionnels o, d'aprs cette autre manire de voir, le parti extrme
de l'vacuation peut tre approuv; et nous continuons  dvelopper
cette opinion.

Dans des cas diffrents, et mme dans ceux o ce parti peut avoir les
plus graves consquences, on aurait cependant failli le prendre mal 
propos.

Ainsi le principe mis par le marchal de Montluc, au sujet de l'affaire
de Toulouse en 1562, _qu'en fait d'meute il vaut mieux tre dehors que
dedans, pour y faire acheminer les secours_, souffrirait des exceptions,
selon les circonstances morales et politiques, surtout  l'gard des
capitales des tats compltement centraliss, o le principe du pouvoir
a perdu des appuis essentiels.

52. En rsum, toute meute de province peut souvent tre ainsi
comprime.

Victorieuse ou vaincue, elle tendra les bras au pouvoir aprs quelques
jours: le sang et l'honneur militaires auront t pargns, si la troupe
s'est borne  cerner la position et  l'observer du dehors: les
proprits seules seront violes.

53. Une capitale ne doit tre jamais abandonne devant une meute; on
l'vacuera quelquefois en prsence d'une rvolution imminente.

Il ne faut quitter qu' la dernire extrmit le bras de levier avec
lequel on branle les provinces, encore moins le cder aux factions: un
mouvement rtrograde donne aux rvolts 50,000 auxiliaires, un
gouvernement et de puissantes ressources; il expose aux plus grands
dsastres.

54. En principe, chaque garnison ou fraction de troupe doit dfendre,
jusqu' la dernire extrmit, la position qu'elle occupe et sauver  la
fois, mme au prix des plus grands sacrifices, la socit et l'honneur
militaire en pril.

Il faut surtout ne pas songer  une retraite avec une garnison nombreuse
et bien tablie, vis--vis de factieux mal arms, mal commands, sans
sympathie dans la population.

Enfants perdus d'un parti politique lui-mme isol, quelques hommes
remuants deviendraient, au premier pas en arrire, le noyau de
rassemblement d'une arme entire, bientt grossie par la peur ou par un
entranement coupable. L'effet de cette reculade serait irrparable,
surtout  l'gard d'une capitale o un gouvernement improvis
s'imposerait de suite.

Telles taient les apprhensions, les vues diffrentes qui faisaient
gnralement prfrer, aux hommes d'tat dont nous avons parl, le
premier et le deuxime parti; le troisime n'tait adopt par eux que
pour le cas le plus extrme.

       *       *       *       *       *

55. Mais la marche gnrale et toute exceptionnelle des choses, en
Europe, la puissance destructive des partis hostiles  la socit,
l'insouciance, les divisions des hommes d'ordre, peuvent donner lieu, il
est vrai accidentellement,  une tout autre srie de considrations.

Les grandes capitales ont toujours t les places fortes de l'esprit
rvolutionnaire: aujourd'hui, par suite d'une centralisation chaque jour
progressive, et du rendez-vous que s'y donnent successivement les plus
mauvaises passions de tous les pays, on les regarde comme un pril
incessant pour les gouvernements, les nationalits et les principes
sociaux.

Un grand empire suppose une influence despotique dans celui qui
gouverne (prince, ville ou province); il faut que la promptitude des
rsolutions supple  la distance des lieux o elles sont envoyes; que
la crainte empche la ngligence du gouverneur ou du magistrat loign;
que la loi soit dans une seule tte; et qu'elle change sans cesse, comme
les accidents, qui se multiplient toujours, dans l'tat,  proportion de
sa grandeur.

     MONTESQUIEU.

56. Jusqu' quel point convient-il dsormais, et tant que cet tat de
choses durera, de s'y engager obstinment pour remporter une victoire,
qui, certaine dans le plus grand nombre de cas, si peu prvoyant que
l'on soit, laisse toujours nanmoins sous la pression plus ou moins
funeste d'une dmagogie audacieuse, aveugle et qu'il est impossible
d'arrter dans ses dvastations progressives?

 quoi bon un systme de dfense malheureusement quelquefois strile ou
compromettant contre un ennemi qui n'a rien  perdre et est dcid  ne
rien respecter; qui met habilement  profit le moindre succs; qui
s'arrte, sans reculer, le jour d'une dfaite, pour recommencer le
lendemain; telles sont les questions que, dans toutes les armes de
l'Europe, se posent aujourd'hui les militaires les plus distingus.

Les vnements de Paris, de Vienne, de Berlin, de Milan, de Rome, en
1848; la pression dplorable exerce sur les corps constitus, sur les
hommes les plus considrables et sur les provinces, par une minorit de
factieux accourus successivement de tous les coins de l'Europe dans ces
capitales; les prils auxquels des tats rapidement dchus ont t
exposs, ainsi que la socit entire, font penser qu'il pourrait y
avoir, alors, un quatrime parti  prendre pour sauver la civilisation
en pril.

       *       *       *       *       *

57. On est mme arriv  se demander si, dans une certaine situation
anormale de la socit, le sige du gouvernement doit rester au milieu
d'une grande capitale, foyer incessant d'agitations, place d'armes
redoutable des factions antisociales.

Plusieurs de nos rois, et surtout Louis XIV, n'avaient pas hsit 
rsoudre ngativement cette question,  l'poque o une dcentralisation
complte la rendait moins grave.

Napolon fut souvent proccup de ces tristes ides,  diverses poques
d'un rgne glorieux, qui cependant avait comprim les factions avec
habilet et rtabli miraculeusement la socit sur ses ternelles bases.

D'abord il pensa, pour les temps plus difficiles que ses successeurs
pourraient avoir  traverser,  l'tablissement solide du chteau du roi
de Rome; projet que reprit la Restauration sous le prtexte de la
caserne du Trocadro.

En 1815, il ordonna d'importants travaux sur la butte Montmartre,
travaux qui, dans une autre circonstance, disait-il, auraient une autre
utilit.

En 1807, il conseillait  son frre, le roi de Naples, de ne pas trop
s'abuser sur les dispositions changeantes du peuple de sa capitale, et
sur l'efficacit de la rpression  l'aide d'une arme non cimente par
la guerre et la victoire.

En attendant que la gloire et le temps eussent donn  celle-ci les
sentiments d'honneur, de fidlit et de devoir, il conseillait d'appeler
des corps suisses; de crer un grand rduit de sret  Castellamare,
pour pouvoir au besoin s'y retirer et y dominer les vnements, plus
encore dans l'intrt du peuple que dans celui de la couronne.

Il suffisait alors de faire observer Naples par un corps de troupes
lgres, qu'appuyait un chelon galement charg de maintenir les
Abruzes.

Cette proccupation a paru significative, chez un souverain,  qui on
ne peut refuser l'nergie, la capacit, le jugement et la prvoyance
clairs par une connaissance profonde de toutes les conditions
actuelles du pouvoir.

58. Lord Liverpool entendant, en 1822, Chateaubriand faire l'loge de la
solidit de la monarchie anglaise pondre par le balancement gal de la
libert et du pouvoir, dit, en montrant la cit de Londres: _Qu'y
a-t-il de solide avec ces villes normes? Une insurrection srieuse 
Londres et tout est perdu._

Si l'on rcapitule, en effet, les dangers que telle capitale aurait fait
courir  son empire depuis qu'il existe; l'appui ouvertement prt 
l'tranger et aux ennemis de l'tat; les abmes o elle aurait failli
prcipiter; la tyrannique pression exerce, par elle, sur les pouvoirs
les plus levs, on la considrera comme une des fatalits qui
entranent vers la dcadence.

59. On fait aussi observer, qu'en mme temps que la position morale des
populations et celle des gouvernements ont graduellement vari, les
moyens de scurit ont dcru.

Ainsi, par exemple, Vincennes et mme le Louvre taient dj
d'insuffisants rduits intrieurs ou rapprochs, eu gard au Paris du
XVIe sicle; et cependant, la Bastille dominait alors le faubourg le
plus populeux.

Il faudra bien un jour aborder cette redoutable question des chefs-lieux
de gouvernement; on dcidera, enfin, si l'existence des tats devient
possible avec une seule ville exclusivement prpondrante.

La chute des pouvoirs ne serait qu'une rvolution, si, dans un certain
tat des socits, les pouvoirs n'entranaient, avec eux, les empires et
les nationalits  une ruine commune.




 IV.

POSITION EXTRIEURE DE RALLIEMENT.


60. Ainsi, supposons qu'une grande effervescence politique rgne
uniquement dans la capitale; l'on est assur des provinces irrites
contre une tyrannique oppression; la garde nationale est dcidment
aveugle ou hostile; les moyens de rpression suffisants n'ont point t
runis  propos; les dvouements sont sur le point de flotter
incertains; alors des militaires comptents recommandent l'adoption du
quatrime parti.

Ils regardent la lutte comme trs-chanceuse, non-seulement  l'intrieur
de toute la ville, mais mme  une de ses extrmits, vu les graves
consquences qu'elle peut entraner, consquences  redouter, la
garnison et-elle de forts points d'appui dans les principaux quartiers;
car il peut y avoir contre l'autorit, disent-ils, et au moment le plus
critique, une influence morale rapidement croissante.

61. Dans ce cas, le Gouvernement exprime le dsir qu'une mprise, qu'une
surexcitation passagre et sans fondement ne finisse pas par une
boucherie regrettable; il livre la capitale  la garde nationale somme
de la prserver du pillage.

Il rallie son arme avant qu'elle ne soit paralyse par les
manifestations, les hsitations, les insuccs; il la rallie, ainsi que
les assembles et les principales administrations, en dehors de ce foyer
de rvolte; soit sur une place forte ou position voisine; soit sur une
ligne de places frontires, communiquant avec la majeure partie du pays
ou appuye  une puissance amie, et convenablement approvisionne.

Son but doit tre d'aviser, selon les vnements; il pourra, au moins,
dans l'intrt de la socit, exiger que l'autorit soit transmise
rgulirement, du pouvoir tombant  un autre lev selon le voeu du pays,
qui ne tardera pas  se faire connatre.

       *       *       *       *       *

62.  cet effet, toute grande capitale doit tre domine,  moins d'une
journe de marche, par un rduit fortifi du 1/10e de son
dveloppement, du 1/25e de sa surface; 20 fronts seraient quelquefois
ncessaires; cette citadelle est, ou peut devenir accidentellement, le
sige du Gouvernement.

Des dispositions sont prises pour que ce cas chant:

1 Les principaux services administratifs y trouvent runis leurs moyens
d'action les plus indispensables, en personnel et en matriel de tout
genre;

2 L'arme ait un considrable approvisionnement de vivres, de
munitions, de matriel, avec les moyens de transports ncessaires.

Une centralisation administrative exagre rend indispensable l'adoption
la plus complte de ces mesures difficiles.

 une marche autour de la capitale, sur la circonfrence des lignes
d'invasion, sont trois ou quatre places semblables cartes, entre
elles, d'une journe de marche, et dominant les lignes transversales ou
parallles de dfense.

Ces places et le rduit paraissent galement ncessaires contre
l'ennemi du dehors et celui du dedans. En temps de paix, on y entretient
de fortes garnisons, auxquelles les troupes des divisions militaires
voisines viennent se rallier, en cas d'vacuation de la capitale.

Ces grands dpts de sret contiennent, en tous temps, les
approvisionnements, le matriel, les vivres et les moyens de transports
ncessaires.

Des rglements de police et de servitude militaires s'opposeraient 
l'extension exagre de la population, et surtout d'une population
remuante, soit  l'intrieur, soit aux environs.

63. La capitale cerne, menace d'un blocus ou d'un sige, ayant contre
elle le pays tout entier, serait bientt oblige de rentrer dans le
devoir; sa rvolte la plus obstine ne pourrait se prolonger au del de
quelques jours, ainsi que l'ont dmontr les derniers vnements de
Vienne, en octobre 1848.

Presque toujours, et ce n'est pas la moindre compensation des
inconvnients de ce plan, car on est oblig de lui en reconnatre,
l'emploi des moyens de rigueur serait moins ncessaire.

       *       *       *       *       *

64. Nous avons vu Henri IV dominer ainsi, de 1590 au commencement de
1596, la capitale rvolte; la ligue tait secourue par l'arme
espagnole de Flandres,  l'aide de la position intermdiaire de Laon,
son dernier rduit.

Le roi, pour resserrer Paris, l'affamer et l'isoler, occupa
simultanment plusieurs des positions suivantes: Meulan, Chartres,
Chevreuse, Montlhry, Corbeil, Melun, Moret, Montereau,
Nogent-sur-Seine, Provins, Nangis, Brie-Comte-Robert, Lagny, Cressy et
les places de l'Oise.

Plus habile politique et officier de combat que gnral dirigeant, Henri
IV sut nanmoins, par la persvrance de ses efforts intelligents,
arriver enfin  un succs dfinitif, qui d'abord avait paru impossible
aux plus capables.

       *       *       *       *       *

65. En 1652, Turenne contint, de la mme manire, avec une arme de 8 
11,000 hommes, en s'appuyant sur les principales positions,  une
journe de marche autour de Paris, depuis l'Oise jusqu' la Loire, la
capitale rvolte et les 15,000 hommes de l'arme des princes.

Ceux-ci taient successivement secourus, de Cambrai, par les 12,000
Espagnols dtachs sous les ordres de Fuenseldange; des rives de la
Marne, par les 8,000 hommes du duc de Lorraine.

Les forces de Turenne ne s'levaient pas au tiers de celles de
l'insurrection trop favorise par le pays; le roi ne pouvait tre reu
dans la plupart des villes. On avait  combattre le grand Cond.

Du 30 janvier au 15 octobre, pendant huit mois d'angoisses journalires,
Turenne sauva plusieurs fois par son activit, son habilet et sa
prudence, la royaut chaque jour au moment de prir; il finit par la
ramener triomphante dans la capitale.

Les positions circonvallantes autour de Paris, occupes successivement
par ce grand capitaine, dans cette immortelle campagne, furent:

Sur l'Eure, Chartres;

Sur la Loire, Jargeau, Briare et Bleneau;

Sur la Haute-Seine, Melun, Corbeil, Ablon et Villeneuve-Saint-Georges;

Sur la Marne, Meaux et Lagny;

Entre la Marne et l'Oise, Dammartin et le Thillay prs Gonesse, la
Nonette de Borrestz  Senlis;

Sur l'Oise, Compigne, Creil et Beaumont;

Sur la Basse-Seine, pinay.

Le 24 juillet, le roi ayant eu connaissance que les princes marchaient
vers la Brie et avaient des intelligences sur l'Yonne, que les espagnols
ne pntreraient pas plus avant dans le royaume, avait prescrit
d'occuper simultanment, sur les principales lignes transversales, 
quatre et dix lieues de Paris, tampes, Melun, Corbeil, Meaux, Lagny,
Beaumont et Creil, dont on venait d'apprcier l'importance.

Pendant cette campagne, la cour, pour laquelle les Parisiens
conservrent l'apparence de quelques mnagements, erra successivement de
la rive gauche de la Loire,  Chartres, Saint-Cloud, Saint-Germain,
Poissy et Saint-Denis.

Laon, comme point de jonction des armes d'Espagne et de Lorraine, ou de
refuge de l'arme des princes; Villeneuve-Saint-Georges, comme lieu de
runion de celle ci  l'arme de Lorraine, jourent un rle important.

C'est  Turenne,  la promptitude,  la sret de son jugement,  une
activit et  un dvouement de tous les jours, de toutes les heures, que
la France doit, pour ainsi dire, le beau sicle de Louis XIV. Jamais
gnral ou homme d'tat ne rendit  son pays, mis sur le bord de l'abme
par la flonie et l'esprit de faction, des services aussi signals; de
telles campagnes sont de celles qui laissent aprs elles autre chose que
des morts et des dpenses ruineuses. L'exemple de Turenne a inspir
gnreusement les hommes de guerre appels, par les vnements,  jouer
le rle si grand de dfenseurs du principe d'autorit, au milieu de la
socit en ruine; pour honorer convenablement de tels gnies, de tels
services rendus, les plus clatantes voix de la renomme seraient encore
impuissantes.

Les princes doivent avoir toujours auprs d'eux,  tout vnement,
plusieurs hommes d'pe d'une fidlit et d'une capacit prouves pour
touffer les sditions ds le commencement.

     BACON.

 la mme poque, Cond, autrefois et plus tard digne mule de Turenne,
persvrait dans l'erreur avec les criminels agitateurs de la France; il
devait un jour rparer aussi noblement, et par son repentir, et par de
glorieux services, ces carts regrettables.

Et puisqu'il faut une fois parler de ces choses, dont je voudrais
pouvoir me taire ternellement, jusqu' cette fatale prison, il n'avait
seulement pas song qu'on pt rien attenter contre l'tat; et, dans son
plus grand crdit, s'il souhaitait d'obtenir des grces, il souhaitait
encore plus de les mriter; c'est ce qui lui faisait dire qu'il tait
entr en prison le plus innocent des hommes, et qu'il en tait sorti le
plus coupable: _Hlas_, poursuivait-il, _je ne respirais que le service
du roi et la grandeur de l'tat_. On ressentait dans ses paroles un
regret sincre d'avoir t pouss si loin dans ses malheurs.

     BOSSUET.

       *       *       *       *       *

66.  dfaut des dispositions de prvoyance militaire et politique
dtailles au n 62, le dernier Gouvernement, plac dans des
circonstances peut-tre quivalentes, n'avait-il pas encore, en Fvrier
1848, plusieurs partis  prendre; le succs tait d'autant plus probable
que telle tait l'attente de la France?

On pouvait se retirer, avec les forces de la 1re division militaire,
entre les places de l'Aisne et de l'Oise, et rallier en quelques jours,
de cette position importante, plusieurs armes sur les avenues de la
capitale.

1 Sur la ligne de la Somme, les nombreuses troupes de la 16e division.

2 Sur Chlons et la Marne, celles des 2e, 3e et 5e divisions.

3 Sur Troyes et la Haute-Seine, celles des 6e et 18e divisions.

4 Sur Blois et la Loire, celles des 4e et 15e divisions.

5 Sur la Basse-Seine, celles de la 14e division.

Dans cette position, adoss au royaume ami de Belgique, en rapport avec
l'Europe, le Gouvernement de 1830 et intercept,  son avantage, les
communications du reste de la France.

Parmi tant de capacits et d'illustrations, dont le dvouement ne
pouvait tre mis en doute, l'homme d'tat pour conseiller et organiser
l'excution d'un tel plan, aurait-il t impuissant?

Dans la socit actuelle, sans hirarchie, affaiblie, use, dissoute par
tant de rvolutions successives et contraires, tous les liens, tous les
dvouements, toutes les nergies, toutes les croyances, tous les
pouvoirs sont-ils relchs ou altrs au point de rendre impossible un
effort srieux  l'heure suprme de la vie des Gouvernements?

67. Cependant, on a cru que le pouvoir de juillet s'tait prpar, mme
avec proccupation,  une telle lutte et  toutes ses consquences.

C'est peu prsumable: car, de toutes les dispositions de prvoyance, ce
pouvoir intelligent aurait donc, alors, pris la moins heureuse: celle de
prparer, par l'enceinte continue et ses 14 forts dtachs, une place
forte  la rvolte.

Ces forts sont trop nombreux pour qu'on puisse esprer qu'ils seraient,
dans de pareilles circonstances, convenablement garnis de troupes et
utiliss.

Ils augmentent la ncessit dj si fcheuse des dtachements, et
dplacent avec dsavantage le casernement de Paris, en dehors des
quartiers  dominer.

Ils sont trop rapprochs de la capitale, trop inquitants pour elle, et
chacun pas assez importants, pour rsister longtemps  l'influence
rvolutionnaire qui y surgirait.

Tout au plus les positions principales, et cependant encore trop
rapproches, de Vincennes, de Saint-Denis, du Mont-Valrien, du haut
Clamart, auraient pu tre fortifies, dans ce but et avec quelque
avantage, sur une plus grande chelle: elles auraient t occupes et
conserves par quatre dtachements d'lite.

Eu cas d'invasion trangre, toujours malheureusement appuye par un
simulacre de parti, ces fortifications, colossales par leur tendue et
les dtachements qu'elles ncessiteraient, auraient une utilit toute
spciale: elles serviraient surtout contre une arme qui n'oserait pas
ou ne pourrait pas runir les immenses moyens ncessaires pour les
aborder. Elles auraient toute leur incontestable valeur dans une
certaine situation morale des populations. Comme ouvrages d'art, et
surtout pour la rapide excution, ces immenses travaux resteront un des
monuments du dernier rgne.

68. Un fait a, d'ailleurs, t constat: c'est la rpugnance du roi
Louis-Philippe pour l'emploi des moyens sanglants; c'est sa persvrance
 rsoudre la crise, par des voies de conciliation et de lgalit, mme
aux dpens de sa dynastie.

Si l'on ne craignait pas de paratre injuste pour de grandes infortunes,
et de ne pas tenir assez de compte des impossibilits qui, vu l'tal
actuel de notre socit dmantele, peuvent,  une heure critique,
arrter, annihiler les plus beaux caractres, les plus nobles
rsolutions, ne serait-ce mme pas le cas de dire: semblables au
pilote qui, environn d'cueils et assailli par la tempte, lutte,
succombe ou se sauve avec l'quipage recueilli sur une mer agite, les
princes ont toujours mission de diriger, d'exciter leurs peuples, de les
entraner de force au milieu des grandes crises, et non de les
abandonner  cet esprit de vertige ou de dcouragement qui les saisit
alors: plus levs vers la rgion des orages politiques ou sociaux, eux
seuls peuvent leur faire tte et en triompher.

Trop d'esprits puissants ont chou devant le mystre d'vnements si
grands, si imprvus, pour que longtemps encore le vulgaire soit
excusable de revenir ainsi sur ce que l'on pouvait attendre de princes
tant de fois prouvs, partout o il y avait de nobles exemples 
donner, et qui avaient si bien compris les exigences, les ncessits,
les rudes devoirs de leur poque.

Le 15 mars 1815, aprs le dbarquement de Napolon  Cannes, le duc
d'Orlans conseillait au duc de Feltre, ministre de la guerre, de faire
rallier la cour et le gouvernement  Lille.

Votre Altesse ne sait pas, lui avait rpondu le ministre, ce qu'est une
translation semblable: nous l'avons vu, l'an dernier, lorsque nous
voulmes transfrer le gouvernement imprial  Blois. La queue de nos
voitures s'tendait de Paris  Vendme. Cela est impraticable; il faut
tenir  Paris, car il est impossible d'aller ailleurs.

Le souvenir de cette conversation et des entranements de 1815 a-t-il
fatalement influ sur la conduite du roi, en fvrier 1848?

La difficult vraiment grande du dplacement des principaux services
administratifs, des autorits, des moyens de dfense ou de subsistance,
au milieu d'une pareille crise,  chaque instant plus complique, alors
que les dvouements sont dconcerts ou branls, s'est-elle alors
manifeste trop insurmontable?

Cependant les circonstances taient peut-tre diffrentes, quant  ce
que l'on pouvait attendre ou craindre de Paris, des provinces, de
l'arme, de l'tranger: le roi, mieux que personne, pouvait les
apprcier.

Son abdication, alors que le trne tait si ouvertement menac, fut, en
dfinitive, l'obstacle  l'adoption de tout bon parti et la cause de la
chute de la Monarchie.

 propos des journes de juin 1848, on aurait dit: _Il n'y a qu'un
gouvernement anonyme qui puisse se dfendre ainsi._ Ce mot
prsenterait, sous un nouveau jour, l'vnement de fvrier.




 V.

LOIGNEMENT DE LA CAPITALE.


69. Il serait presque inutile de parler de deux autres partis bien
chanceux, et qui ne peuvent tre approuvs que dans les circonstances
les plus dsespres.

1 S'loigner de la capitale, des provinces mcontentes, des forces
ennemies qui s'y appuient.

2 vacuer entirement le territoire.

Le premier parti conduit trop souvent au second,  une chute dfinitive
et quelquefois au partage du pays.

Le second n'est admissible que dans un cas encore plus dsespr, quand
une faction tout  fait dominante ne laisse d'autre chance de
rtablissement que l'appui dangereux de l'tranger.

Alors, le mieux est de rester le plus prs possible de la frontire, en
communication directe et facile avec les partisans que l'on conserve 
l'intrieur, et la protection sur laquelle on compte, ne serait-ce que
pour la surveiller.

Deux exemples, emprunts  notre histoire, malheureusement si fconde en
catastrophes de ce genre, dvelopperont suffisamment ces principes:

       *       *       *       *       *

70. Vers le 15 juillet 1652, la cour alarme,  Saint-Denis, de la
marche de l'archiduc avec les 20,000 soldats d'Espagne et de Lorraine,
au secours des princes et de Paris rvolt, dcida que, le 17, elle se
retirerait, sous l'escorte de 2,000 hommes, sur Lyon.

Les motifs du conseil du roi, pour prendre cette rsolution, taient
d'viter que la cour et sa petite arme de 8,000 hommes fussent
enfermes entre les 20.000 Espagnols de l'archiduc, Paris rvolt et les
8,000 soldats de l'arme des princes.

L'essentiel paraissait tre de mettre la personne du roi en sret. La
Normandie avait refus de le recevoir; il y avait partout tant
d'tonnement ou de rbellion que peu de villes n'eussent ouvert leurs
portes aux ennemis: Lyon et ses environs taient seuls dvous.

M. de Turenne, arriv le mme jour  Saint-Denis, apprit ce projet et
fut aussitt le combattre, auprs du cardinal Mazarin, par les raisons
suivantes:

La retraite de la cour, au midi de Paris, entranerait infailliblement
la perte des places du roi en Picardie, Champagne et Lorraine; les
Espagnols s'avanceraient vers Laon, Soissons et Compigne, positions
dcisives en cas de toute rvolte de la capitale appuye de l'tranger.

Ces provinces abandonnes s'accorderaient avec les Espagnols ou avec la
Fronde. Les princes, ainsi tablis, verraient leur force, leur
rputation, leurs ressources augmenter aux dpens de celles de la
couronne; le roi serait  la veille d'tre entirement chass du
royaume, et une pareille situation inspirerait la pense de diviser la
France.

Turenne conclut que le parti le plus prudent, pour le roi, tait de se
retirer avec sa garde  Pontoise, o il serait respect des Parisiens,
encore biensants, quoique hostiles; au pis aller, il pouvait se
rfugier dans une des places de la Somme.

En se portant  Compigne, l'arme arrterait ou retarderait au moins
les progrs des Espagnols,  l'aide des rivires qui environnent cette
position de flanc. Les Espagnols, naturellement souponneux et prudents
 l'excs, craindraient, voyant Turenne venir  eux, de trop se fier aux
princes et  l'inconstance ordinaire de la nation.

L'archiduc n'oserait marcher sur Paris avec toutes ses forces, de peur
de laisser l'arme du roi entre lui et la Flandre, sa base d'oprations
alors entirement dgarnie. S'il envoyait un secours considrable aux
princes, il serait oblig de se retirer sur la frontire, ne pouvant
rester en prsence de l'arme du roi qu'avec des forces
trs-suprieures.

La cour, mais surtout la reine, qui n'avait jamais trouv aucun parti
trop hasardeux, adoptrent le projet de Turenne; et trois mois aprs, 
la suite d'une admirable campagne qui mrite d'tre mdite, dont l'ide
et l'excution appartiennent exclusivement  Turenne, le roi rentrait
dans Paris soumis.

       *       *       *       *       *

71. Le 17 mars 1815,  la suite des progrs rapides de Napolon sur
Paris, le duc d'Orlans, ayant sous ses ordres le duc de Trvise, avait
t envoy  Pronne pour former dans le Nord un corps de rserve.

Dans la nuit du 19 au 20 mars, Louis XVIII partit de Paris, arriva le 20
 Abbeville; le marchal Macdonald le dtermina, au lieu d'y attendre sa
maison,  se rendre  Lille, o il rallierait mieux ses forces, ainsi
que son gouvernement.

Arriv le 22  Lille, Louis XVIII apprit la dclaration du 15 mars du
congrs de Vienne. D'abord il voulut se retirer  Dunkerque, o il
aurait plus de libert de communications avec la France et l'tranger,
d'o il serait plus en dehors des mouvements ultrieurs des armes
allies; l'ordre fut mme expdi  sa maison de s'y rendre. Il diffra
de rpondre  une offre de secours du prince d'Orange.

Dans la nuit, le roi changea de projet; il parut vouloir rester  Lille
et craindre le trajet de cette ville  Dunkerque.

Pendant ce temps, Napolon ordonnait d'arrter Louis XVIII et les
princes, ou, au moins, de les rejeter sur le littoral, de manire 
forcer la cour  s'embarquer pour l'Angleterre: la prsence du Roi, 
Londres, serait moins  craindre; il aurait moins d'influence sur les
gnraux et les conseils de la coalition.

Le 23 mars, Louis XVIII ne pouvant plus rester  Lille, n'osant pas se
rendre directement  Dunkerque, partit pour Ostende et Gand, o il se
mit bientt en communication avec la France, un des ministres de
l'Empereur et la coalition.

Ainsi choua le projet de Napolon, par suite d'une circonstance que
Louis XVIII avait d'abord juge regrettable.

Napolon et le duc de Guise, entre lesquels du reste aucune autre
comparaison n'est possible, furent galement inquiets d'apprendre, l'un,
que Henri III venait de se drober  l'meute de Paris; l'autre, que
Louis XVIII tait  Gand en rapport avec la France et la coalition: en
prsence d'une rvolution imminente, le pouvoir menac doit tre, au
centre de ses points d'appuis rels, en dehors de la masse de ses
ennemis.

       *       *       *       *       *

Avant d'aborder, dans sa gnralit et avec toutes ses difficults,
l'important problme de la rpression des meutes  l'intrieur des
capitales de l'Europe, il tait ncessaire d'numrer les autres
principaux plans de dfense, proposs ou suivis jusqu' ce jour, contre
une tentative de rvolution: ici, encore, les enseignements de
l'histoire n'ont point fait dfaut: il est malheureusement peu de sujets
militaires sur lesquels on puisse recueillir autant de faits et de
dplorables, mais utiles leons.





CHAPITRE III.

_Principes fondamentaux._




 1er.

PRINCIPES GNRAUX.


72. Commenons par l'expos des principes gnraux qui ont rapport  la
force morale de la troupe et  son maintien en toutes circonstances.

Il est d'abord ncessaire de rappeler huit assertions relatives 
l'emploi de l'arme dans les troubles civils; on avait donn beaucoup
trop d'importance aux trois premires; les militaires et les hommes
d'tat ne peuvent les admettre, mme trs-exceptionnellement et avec les
plus grandes restrictions. Les trois dernires sont moins contestables.

1 Le lendemain mme d'une rvolution, a-t-on dit, la troupe serait
moins apte  faire cette guerre, sans aucune proccupation.

2 Il y aurait mme, dans ce premier moment, lieu de ne pas trop
s'exagrer ce service, qui, peu de jours aprs, serait dcisif.

3 La troupe obtiendra immdiatement un succs complet, si la garde
nationale marche avec elle; dans le cas contraire, il faudra moins
esprer de la prompte efficacit de son action.

4 Un gouvernement rgulier et national peut tre forc d'avoir,
quelquefois, recours  ce moyen extrme.

5 Dans ce genre de guerre, le tort et la dfaite sont presque toujours
pour le parti qui donne lieu  la lutte; le succs et le droit pour le
Pouvoir qui se dfend et sait se laisser attaquer.

6 Les forces morales sont incommensurables par rapport aux forces
matrielles: 10,000 hommes de secours que l'autorit peut recevoir sont
plus, pour elle, que 20,000 hommes  la prsence desquels les partis
sont habitus.

7 Si, dans la guerre ordinaire, le moral joue le plus grand rle, il a
une autre importance dans une guerre d'meutes, au milieu des
hsitations ou du dlire des partis, et des embarras du Pouvoir.

8 Les troupes doivent donc, en gnral, tre tenues  proximit des
villes o la tranquillit peut tre compromise, plutt que dans ces
villes mmes o elles pourraient, quelquefois, tre dissmines dans une
lutte mal engage.

       *       *       *       *       *

73. Ajoutons que les armes n'ont pas une valeur gale et constante,
surtout aux poques critiques de la vie des nationalits; il y a, pour
cela, une infinit de raisons dont le sujet de ce livre ne comporte pas
le dveloppement: quatre principales doivent cependant tre rappeles:
la discipline, l'administration, le maintien de l'effectif des
disponibles, la bonne composition des cadres.

L'administration et la discipline font les armes patientes, durables,
laborieuses, invincibles: avec elles le soldat est heureux, puisqu'il
est pourvu aussi bien que possible, et qu'il sait ce qu'exige de lui une
volont intelligente, non capricieuse au gr des instants.

Le militaire qui, tous les jours, et jusque dans les moindres choses,
aura contract l'habitude imprieuse de la rgle et du devoir, n'y
chappera jamais dans les circonstances les plus grandes, les plus
difficiles, et mme  l'heure suprme des Gouvernements o la mollesse
et le scepticisme ont quelquefois plus de latitude.

74. L'effectif, ou plutt le maintien de l'effectif des disponibles, est
une des premires causes d'ordre et de force morale: un corps qui, au
jour d'une action, d'une opration militaire importante, a moiti moins
de l'effectif disponible qu'il pourrait dployer, n'est capable que de
la moiti de ce qu'il doit au pays; bien plus, le dcouragement qui
rsulte de cette situation fcheuse, les vices dont elle provient,
rduisent rellement sa force morale au quart de celle d'un autre
rgiment qui se serait mieux maintenu: souvent mme, l'effet si
rapidement progressif du dsordre rend cette troupe d'un secours douteux
ou ngatif.

Le maintien de l'effectif rsulte de l'observation constante et
intelligente de l'administration, de la discipline et des rgles
militaires: le soldat qui n'a pas ce qu'on peut lui procurer, qui n'est
pas command comme il doit l'tre et par qui il le faut, qui n'est pas
utilis comme le veulent les rglements, ce soldat, ailleurs prcieux et
inpuisable lment de gloire, prend l'habitude du dsordre; il s'use au
milieu des difficults et du vice incessant d'une position rendue
impossible; il vgte dans les hpitaux, chappe  ses chefs et au
service de mille manires, ou succombe cras par un surcrot de devoirs
devenus d'autant plus grands pour ceux qui restent auprs du drapeau:
cent soldats ne sont pas gaux  cent soldats; ils valent d'autant plus
que tous les lments prcdents se sont mieux maintenus autour et
au-dessus d'eux; d'autant moins qu'ils ont t davantage ngligs ou
mpriss.

L'art si difficile du commandement se compose de deux parties bien
distinctes: crer et entretenir l'lment de combat; le mettre en
action. Aucuns succs durables ne peuvent tre obtenus sans le concours
de toutes deux.

75. Les cadres font aussi les armes qu'ils fortifient, qu'ils dominent,
qu'ils entranent aux plus grandes choses, s'ils sont vigoureux, riches
de capacit, d'avenir, d'audace et de dvouement; ils forment, autour du
chef, au-dessus des soldats, une atmosphre entranante qui, bonne ou
mauvaise, rend tout facile ou impossible: ils mritent la plus active,
la plus constante sollicitude.

Turenne, qu'il ne faut pas se lasser de citer, excuta de grandes
choses dans ces temps d'anarchie o tout marche vers l'impossible; il
les excuta avec de petits corps de troupes admirablement administrs et
dont il soignait lui-mme l'ducation militaire par un sollicitude de
tous les jours, prparant chaque fois, dans d'immortelles confrences o
s'chappaient les secrets de la victoire, ses officiers aux efforts
surhumains que les circonstances exigeaient.

Napolon doubla la force des lgions impriales par l'admirable
composition de ses cadres. Ne se fiant mme pas il sa prodigieuse
activit d'investigation,  sa profonde connaissance des hommes dont il
ne perdait aucun de vue, il aimait  reproduire, sous ce rapport, toute
sa volont, toute sa persvrance, au milieu de nombreuses et de
lointaines armes, par des gnraux de confiance longtemps prouvs,
sous ses yeux, comme crateurs et conservateurs de l'lment de combat.

Il doubla surtout ses forces par d'inimitables proclamations, dont
l'hroque posie fera battre le coeur des soldats jusqu'aux derniers
ges du monde.

Ainsi il put longtemps soutenir une lutte prodigieuse, et contre
l'Europe, et contre les lments, et contre des dsastres successivement
accumuls, par ceux-ci, comme pour lui rappeler les limites dont aucun
gnie humain n'avait jamais eu, encore, ni la force, ni l'audace
d'approcher.

Au dernier jour d'action et de gloire impriales, le monde tonn voit
Napolon impassible, seul avec une poigne de soldats privs de tout, au
milieu des masses d'armes ennemies, treindre, entraner encore d'un
bras vigoureux, sous ses aigles toujours redoutes, la victoire
expirante de lassitude et d'efforts.

D'immortels cadres, qui ne croyaient rien d'impossible parce qu'ils
avaient dj tant de fois fait ou vu faire tout ce qui est humainement
excutable, et quelques jeunes paysans apprenant la charge en douze
temps dans les combats de chaque jour, partageront, avec le gnie des
temps modernes, la gloire de cette grande lutte et de ces grands revers.

Mais c'est trop insister sur ces quatre principaux lments de la force
des armes; il et t mieux, surtout pour les temps d'anarchie, de n'en
compter qu'un seul: _le respect et l'habitude constante de la rgle_,
d'o dcoulent ncessairement tous les autres, mme la force morale.

 * * * * *

76. Une capitale souleve est un champ de bataille des plus difficiles
par son tendue, les pripties morales qui le compliquent, l'imprvu
qui y rgne, les masses rapidement impressionnables au milieu desquelles
on agit, le terrain inextricable, le danger, quelquefois mme la
ncessit de beaucoup de dtachements; les positions, qui peuvent les
compromettre; l'importance, la diversit des rsultats; le nombre des
partis, entre lesquels il faut choisir de suite, et sans perdre les
instants prcieux aussi fugitifs que dcisifs qui les conseillent; les
influences, les impressions, les exigences au milieu desquelles le chef
militaire est oblig de se dbattre; les motions progressives et
rapides qui aggravent tout autour de lui; la difficult de savoir juger,
dans chaque circonstance, l'tat dominant des esprits; ce qu'il permet
d'employer de rigueur et d'nergie, de manire  faire constamment
progresser la rpression, sans accrotre imprudemment l'excitation.

77. Pour une pareille lutte, le chef ne peut avoir trop de supriorit,
de fermet, de calme, de jugement, de prudence ou de prvoyance habile.
Cette lutte devient tout--coup des plus graves; elle menace l'existence
du Pouvoir et de la socit entire un moment aprs celui o elle
paraissait sans importance.

Le Gouvernement lui-mme, presque toujours alors directement attaqu, et
par consquent affaibli, doit avoir toutes ces qualits, en conserver
l'usage, et cependant les mettre entirement  la disposition d'un chef
militaire, en qui il ait pleine confiance.

       *       *       *       *       *

78. En face de l'insurrection qui ne cesse pas d'tre unie et
vigoureuse, en vue du renversement qu'elle se propose, les changements
de commandants militaires, de ministres, et  plus forte raison de chef
de l'tat, sont toujours dangereux et dcisifs.

79. Les divisions et sous-divisions, dans le commandement militaire,
doivent tre assez nombreuses pour que partout la rpression soit
prompte, nergique et claire; sans qu'il y ait lieu d'attendre une
direction qui ne peut partir de loin, quant aux dtails d'excution.

Un arrondissement de 400  800 hectares d'tendue, de 50  100,000 mes
de population, est une unit de rsistance partielle des plus
convenables; la rpression y sera forte du concours de tous les moyens
d'action, de l'influence d'une autorit municipale et de la lgion de
garde nationale directement intresses au maintien de l'ordre.

La rpression se multiplie autant qu'il est ncessaire, mais partout
sous une direction unique; les gardes nationales, l'arme,
l'administration, la police, le pouvoir judiciaire, la gendarmerie,
doivent runir leurs forces et centraliser leur impulsion, avec les
services administratifs, dans des _quartiers gnraux-magasins_ tablis
aux mairies, ou aux chefs-lieux de circonscriptions civiles, sous les
ordres de commandants militaires investis des pouvoirs de l'tat de
sige.

80. Trop souvent une faible insurrection semble tenir en chec le double
et quelquefois mme le triple de ses forces relles,  l'aide du
concours apparent des curieux et indcis trois ou quatre fois plus
nombreux.

       *       *       *       *       *

81. L'meute se porte habituellement:

1 Sur les grandes communications ou places et dans les lieux de runion
ordinaires de la population.

2 Dans les quartiers populeux, mcontents ou mal percs.

3 Accidentellement, prs des difices, autorits ou demeures des
individus qui sont le motif ou le prtexte du dsordre.

82. Les rvolutionnaires ont toujours le mme jeu: ils excitent le
peuple, ils l'appellent dans la rue par la presse incendiaire, les
agitations des clubs, les menes des socits secrtes, dont certains
mots d'ordre rpts  la fois par toutes les bouches accusent la
puissance et l'activit.

Puis, l'on affecte de donner des conseils de prudence, de modration,
qu'on sait bien ne pas devoir tre suivis; des meneurs, au besoin
dsavous, achvent d'irriter, en attendant l'occasion d'apparatre dans
la rue avec les ternels lments de l'meute.

Il y a, dans toute capitale, une bande de vagabonds que toute motion
publique fait instantanment surgir  la disposition des agitateurs:
cette troupe, audacieuse si la rsistance est incertaine, disparat
devant un pouvoir rsolu.

Les rassemblements publics sont prcds de runions occultes et
prcdent, eux-mmes, l'tablissement des barricades. Celui-ci est
d'abord timide, lent, dcousu; mais bientt, si l'on montre de la
faiblesse ou de l'indcision, si la rpression reste inactive, il
s'tend avec audace, ensemble et activit progressive, chaque barricade
poussant, pour ainsi dire, la suivante avec une vitesse de plus en plus
acclre.

Un mouvement marqu de la province, et mme de l'tranger; les routes
couvertes de pitons voyageant par troupes vers la capitale, sont,
plusieurs jours d'avance, des indices certains de l'meute.

83. La police, informe, avertit le gouvernement, qui a d prendre les
mesures ncessaires, parmi lesquelles il faut surtout compter:

1 L'arrestation prompte et secrte des chefs principaux de
l'insurrection, et quelquefois du parti hostile le plus en mesure d'en
profiter.

Les vritables instigateurs des rvolutions sont presque toujours des
hommes hauts placs dans le pays, souvent mme auprs des diverses
fonctions ou pouvoirs de l'tat; il faut savoir remonter jusqu' eux,
par les chefs plus ostensibles et de confiance qui les reprsentent au
plus bas de la masse des anarchistes.

Le langage des journaux et bien des indiscrtions donnent,  ce sujet,
des indices aussi certains que les rapports de police.

2 La runion, dans les centres de dfense et surtout dans le quartier
militaire, de considrables approvisionnements de vivres, de munitions
et de matriel.

3 La concentration des principaux pouvoirs et moyens d'action autour du
chef du gouvernement.

Le dfaut de ces trois prvisions a fait russir la plupart des meutes.




 II.

PRINCIPES PARTICULIERS.

84. 300  600 hommes suffisent, en quelques heures, pour barricader, 
l'aide d'une premire traverse provisoire couvrante et plus avance,
tout un quartier, de cent pas en cent pas; ils travaillent par groupes
de 10  20 hommes; une fois l'opration excute, ils peuvent dfendre
la tte de leur travail, si profond qu'il soit.

85. 150  200 hommes de troupes de ligne suffisent d'abord, dans un
quartier de 15  25,000 mes de population, de cent hectares d'tendue,
pour empcher, au premier moment, avec les quelques gardes nationaux
dj accourus, l'lvation des barricades.

86. Une fois les insurgs groups, fortifis, et excits par l'inertie
de la rpression, 1,500 soldats deviendront insuffisants devant la srie
de barricades accumules, les unes derrire les autres, le long d'une
rue et sur ses flancs; ces vritables citadelles intercepteront toutes
les communications, bloqueront chez eux les gardes nationaux; elles
seront dfendues, avec un entranement inexplicable, par ceux-l mmes
qui d'abord seraient rests tranquilles, ou auraient aid  les
attaquer; une population ainsi agite n'est que trop dispose  suivre
moutonnement ceux qui savent l'entraner; ses dispositions varient du
tout au tout en un instant.

Ces 1,500 hommes, vu leur nombre et la manire dont l'absence de la
garde nationale aura t explique, seront insuffisants, quoique
convenablement engags par leurs chefs; mais si, ce qui arrive
quelquefois dans des circonstances aussi critiques, la direction laisse
 dsirer, un chec partiel peut devenir bientt imminent.

87. L'lvation de ces barricades constitue, au milieu de la ville, un
grand obstacle qui intercepte les communications, les mouvements de
troupes, la transmission des ordres et des rapports, l'arrive des
vivres et de la grande quantit de munitions ncessaires, qu'il faut,
ds lors, faire venir par de longs dtours et avec de grosses escortes,
si ces moyens de dfense indispensables n'ont pas t,  l'avance,
runis sur les positions principales.

88. Ds ce moment, la cavalerie ne peut tre employe dans la partie
barricade que par petites troupes, sur les places et carrefours, en
arrire des barricades, et avec beaucoup de prudence ou d'-propos; elle
est d'autant moins utile qu'on a laiss lever plus de retranchements.

89. Lors mme qu'elle fait peu de mal rel, l'artillerie produit un
grand effet moral sur la population, soit avant l'lvation des
barricades qu'elle empche,  l'aide de quelques voles de coups de
canon, dans les rues longues et droites.

Soit, aprs leur construction, pour faire vacuer ces retranchements
ainsi que les btiments qui les dominent.

Soit contre les colonnes profondes d'insurgs qui se prsentent
imprudemment  ses coups. Avec son concours, la troupe les disperse sans
courir risque de s'parpiller elle-mme en les poursuivant.

Son action est plus avantageuse partout o elle peut atteindre de loin,
sans se dcouvrir  la fusillade des insurgs, soit en se masquant
pendant une partie de la manoeuvre derrire un retour de rue, ou en
faisant occuper, en avant d'elle, par l'infanterie, les maisons d'o
celle-ci pourra la protger.

Le nouveau tir des obus  balles de plein fouet aurait une puissance
telle, qu'il est  dsirer qu'on n'ait pas lieu d'en faire usage dans
une lutte aussi funeste.

L'artillerie ne peut plus circuler  travers un quartier dj barricad,
elle doit viter, soit de laisser couper ses communications en arrire
et de ct, par des traverses; soit de traner,  sa suite, en tte des
colonnes d'attaque, le nombre de chevaux et de caissons excdant ses
besoins les plus indispensables dans une pareille lutte; des pices
prises, ou que l'on ne pourrait facilement dgager, exalteraient le
moral des insurgs; la place de cette arme est principalement aux
rserves divisionnaires ou gnrales.

90. Le feu de l'infanterie produit le plus d'effet dans des rues
troites, et du haut de positions dominantes, sur les groupes arrts
par des obstacles.

L'impulsion donne par le duc d'Aumale,  l'aide d'coles spciales, aux
exercices du tir et au perfectionnement de l'arme, ont fait acqurir,
sous ce rapport,  l'infanterie, une puissance et des proprits
nouvelles, dont les premires guerres dmontreront toute l'importance
sur l'art dsormais profondment modifi.

Chaque arme attire les insurgs sur le terrain qui lui est favorable et
vite de se laisser entraner, l o elle perd une partie de ses
avantages.

       *       *       *       *       *

91. 200 soldats de ligne, approvisionns et bien commands, rsistent
dans un btiment de facile dfense cern par l'insurrection.

92. Deux bataillons de ligne, approvisionns dans un centre d'action,
ralliant au besoin les gardes nationales du quartier, commandent, autour
d'eux, un espace militaire d'environ 500 mtres de rayon.

93. Pour enlever une barricade, ordinairement faite par 10  20 hommes,
dfendue tout au plus par 50  100 hommes, deux patrouilles jumeles de
100 hommes chaque, dont une agissant sur les flancs, par les rues
latrales ou l'intrieur des maisons, suffisent en une demi-heure.

L'attaque, uniquement faite de front, et par le bas de la rue mme,
exigerait dix fois plus de monde, de temps et de pertes.

94. Entre deux centres d'action espacs de 500 mtres, des patrouilles
mixtes de 100 hommes de garde nationale et de troupes de ligne, chacune,
cheminant en deux pelotons distants de 50 mtres, suffisent, surtout si
elles sont appuyes par une patrouille semblable, suivant,  mme
hauteur, une direction parallle.

95. Par arrondissement de 50  100,000 mes de population, de 400  800
hectares de superficie, il faut, selon que le quartier est plus ou moins
populeux, hostile ou rvolt, 200, 2,000, 4,000 ou 6,000 hommes, au
plus, de troupes de ligne, c'est--dire moins de 10 soldats par hectare,
et 200 hommes par rayon de 250 mtres environ.

96. Dans chaque arrondissement, les troupes en patrouille doivent tre
le tiers de celles en rserve, au centre d'action; les deux tiers de
l'effectif total des disponibles.

97. Entre deux grands quartiers gnraux, disposant d'une rserve mobile
de troupes, et espacs de 1,500 mtres, aucune insurrection srieuse ne
pourra solidement s'tablir.

98. Entre deux centres d'action espacs de 500 mtres, convenablement
occups et approvisionns, aucune barricade ne pourra tre leve bien
solidement, mme dans le quartier le plus hostile; il sera difficile,
pour des attroupements considrables, d'y stationner et mme de s'y
former.

       *       *       *       *       *

99. Un faible dtachement d'une ou deux compagnies peut lutter
avantageusement, dans le ddale des rues, contre un corps considrable
d'insurgs, si celui-ci n'agit que de front, et si, au contraire, les
flancs et derrire du dtachement sont assurs.

La profondeur des colonnes mobiles ou d'attaque n'est qu'un embarras et
une cause de pertes ou d'tonnement; le chef ne peut rpondre de ce qui
se passe loin derrire lui; les subdivisions doivent marcher  une
distance telle les unes des autres, qu'elles puissent se protger
rciproquement contre les entreprises tentes des maisons et rues
transversales intermdiaires; deux ou trois subdivisions de garde
nationale et de ligne entremles et flanques de semblables colonnes
jumeles suffisent.

Plus une position  enlever est formidable, plus un quartier  battre
est hostile et populeux, plus l'emploi de colonnes parallles jumeles,
cheminant  la fois de front et sur les flancs des rassemblements ou
barricades, est indispensable.

100. La concentration de la troupe par corps et fractions constitues de
corps, sous les ordres de ses chefs naturels, fait sa force morale et
assure plus facilement, plus compltement tous les besoins.

Trop souvent cette troupe avait t fatalement fractionne sur des
tendues de 2  4,000m, sous des commandements suprieurs diffrents, en
dtachements de 2  4 compagnies, et chaque position se trouvait tre
occupe par des fractions ainsi affaiblies de plusieurs corps.

Dans de pareilles circonstances, o tout moment peut amener des
vnements qui changent totalement la position des partis, les
dtachements sont toujours difficiles; ils deviennent fcheux s'ils ne
sont indispensables; tous ne sont pas galement capables, au milieu de
pareilles proccupations, de prendre conseil des circonstances; un seul
qui se trompe peut causer un chec partiel.

       *       *       *       *       *

101. Le soldat qui stationne, sans agir, plusieurs jours de suite sur
les places ou rues, au milieu de la population agite, se fatigue et
s'inquite: la troupe qui n'est pas active doit rester, au repos, 
l'intrieur d'tablissements et positions convenables.

102. La force arme, oblige de se rassembler, d'attendre les officiers,
de se munir de tout ce qui est ncessaire, et souvent de relever ses
postes journaliers, occupe d'autant plus tard les positions de combat
que celles-ci sont plus loignes de ses quartiers.

L'arriv des ordres de mouvement exige une heure  une heure et demie de
temps; le dpart du quartier a lieu une demi-heure aprs; la troupe
emploie une heure ou deux pour se rendre sur les points de
concentration; elle n'entre en action que deux ou trois heures ensuite,
oblige souvent de rebrousser chemin; ainsi, presque toujours, il y a
quatre  six heures de retard, habilement mis  profit par l'meute pour
s'tablir.

103. Les divers corps doivent se concentrer sur les points d'une
circonfrence de positions les plus rapproches de leurs casernes; cette
circonfrence menace les quartiers suspects et couvre,  proximit, le
centre de dfense ou quartier militaire.

104. La runion des gardes nationales est d'autant plus lente et plus
difficile, leur action sera d'autant moins efficace, leur service
d'autant plus pnible, qu'elles iront oprer sur des positions plus
loignes de leur quartier.

Les lgions de garde nationale, les pelotons  cheval, les
arrondissements, les subdivisions militaires de dfense, organises
d'une manire permanente, doivent avoir les mmes circonscriptions, et
pour centre unique d'action, la mairie convenablement tablie dans un
lieu central dominant  dbouchs faciles; une caserne, pour 2  3
bataillons, est en face ou  ct.

105. Il faut se hter d'occuper le rseau de toutes les positions
principales; et successivement, au fur et  mesure du dveloppement de
l'insurrection et de l'arrive des forces dont on dispose, occuper
galement, dans les plus mauvais quartiers, les positions secondaires et
tertiaires autour des grands centres d'action, afin d'obliger la
rvolte, dsunie et dborde de toutes parts,  les attaquer avec
dsavantage.

Il serait regrettable de lui avoir laiss le temps de se runir, de
choisir, de prendre ces positions, de s'y fortifier et de rduire
ensuite la troupe  en faire le sige long et sanglant.

Dans ce genre de guerre, l'avantage est pour celui qui part de
positions dfensives judicieusement tablies; les pertes, les
difficults, pour celui qui les attaque sans les bases d'appui
ncessaires.

Il y a d'autant moins de danger  occuper un plus grand nombre de postes
que la position de l'arme et les dispositions de la garde nationale
sont meilleures; mais toujours ces dtachements doivent tre
convenablement appuys d'une rserve centrale prsentant une force
double de l'effectif total des diverses fractions qui en dpendent.

106. Les mprises, les engagements pris en apparence avec les rvolts,
sont leur principal moyen de succs; l'insurrection les obtient  l'aide
de pourparlers toujours compromettants et dangereux. Dans aucun cas, la
troupe et ses chefs ne doivent entrer en rapport avec les insurgs, si
habiles  profiter des hsitations et des malentendus, et dcids 
pousser tout  l'extrme, tant que l'on reste sur la voie des
concessions. Toute hsitation est funeste, mme au seul point de vue de
l'humanit.

       *       *       *       *       *

107. Les gros dtachements doivent se lier entre eux et au quartier
gnral par des postes intermdiaires ou, au moins, par des signaux de
correspondance.

108. Quelques grandes cours seront occupes comme places d'armes avec
des rserves de toutes armes.

Elles sont d'autant plus avantageuses qu'elles dominent mieux un plus
grand nombre de dbouchs et qu'elles assurent les communications entre
les principaux dtachements.

109. Les divers postes, et mme les plus considrables, doivent toujours
pouvoir se soutenir et, au besoin, runir toutes leurs forces contre un
gros rassemblement qui se formerait dans leur rayon d'activit.

110. Chaque poste ou dtachement a son but, son centre d'action, sans y
tre immobilis.

Il doit marcher, soit au secours des corps voisins, soit au secours du
quartier gnral lui-mme, selon les circonstances.

La premire rgle, pour tous, est de ne pas cesser d'tre utiles et de
prendre conseil des vnements.

111. Le temps de l'tablissement des troupes sur leurs positions de
combat est le plus critique de toute la lutte.

Il faut l'abrger autant que possible, et viter de modifier, pendant ce
mouvement, les ordres donns, ce qui le rendrait plus long, plus
difficile, plus dangereux.

       *       *       *       *       *

112. Les dgts rsultant de la lutte donnent lieu  une dpense de 100
 200,000 fr., par journe, et pour un arrondissement de 100,000 mes.

113. La perte en tus et en blesss, pour les deux partis, s'lve de 1
 15/10,000 de la population, par journe de combat: la force arme
supporte les 2  5/10 de ces pertes. Dans les deux partis, les hommes
tus font les 3  4/12 de tous ceux frapps.

114. Par heure, un parc d'artillerie organis  raison de 50 bouches 
feu, dont 1/2  2/3 mortiers, pour 100,000 mes de population hostile,
jettera dans un quartier de ville de cette importance 100 projectiles,
dont 2/3 bombes, 1/3 boulets rouges. Il dtruira 100 maisons et fera
pour 250,000 fr.  500,000 fr. de dgts. Ce genre d'attaque, employ
contre Bruxelles en 1695, peut se prolonger pendant 2 et 3 jours:
l'humanit le rprouve, mme contre une population trangre.

115. Dans la moiti ou les deux tiers d'une ville en meute, et pendant
deux  quatre jours, on lve ordinairement 8  12 barricades par
hectare.

On distribue le plus souvent 4  8 cartouches, par journe de lutte, 
chaque soldat ou garde national; les 2/3 de ces munitions sont
consommes. On peut tirer 400  800 coups de canon pur jour, dans la
plus grande capitale; les approvisionnements seront faits d'avance 
chaque quartier gnral, en consquence, ainsi que pour les vivres.
C'est surtout le quartier militaire qui doit tre abondamment pourvu,
non-seulement de tous moyens de rsistance, mais encore des transports
ncessaires.

116. Si la ville a une surface en hectares de                S hect.
     le chiffre P de la population sera                      250 S
     y compris une population flottante de                   50 S

     Le nombre d'individus  gns  en temps difficile        2/3 P
     Les individus secourus                                  P/3
     parmi lesquels sont indigents                           P/10

     Chiffre de la classe ouvrire                           P/36
     dont sans ouvrage en temps difficile                    P/160

     L'effectif de la garde nationale est                    2P/25
     dont un quart se prsentera au rappel                   P/50

     L'effectif des gardes journalires fournies
     par la troupe sera                                      P/250

     La troupe disponible fera les 2/3 de son effectif total.

     Le chiffre des gardes nationaux de province, accourus
     2 ou 3 jours aprs au secours de l'autorit,
     s'lvera peut-tre                                    P/20

     La garnison ncessaire pour avoir de suite, et sans
     compter sur ce dernier secours tardif ou incertain,
     moiti en sus des plus gros rassemblements hostiles
     possibles, sera                                         P/20

     Le chiffre maximum des hommes sur lesquels l'meute
     pourrait compter, hommes la plupart accourus  cet
     effet du dehors, s'lverait peut-tre, dans les
     circonstances les plus critiques,                      P/30

     Chiffre plus probable des anarchistes                   P/250

     Parmi lesquels sont vritablement rsolus               P/5000

     Dtenus de toute espce                                 P/100

Telles sont les moyennes qui peuvent servir  fixer
trs-approximativement les ides. Telle est la triste statistique de la
plus horrible de toutes les guerres civiles.




 III.

MOYENS MATRIELS NCESSAIRES.


117. Ds que l'meute est solidement retranche dans ses positions,
l'attaque ne peut russir,  moins d'une lutte longue et sanglante, qu'
l'aide des prcautions et moyens accessoires ordinairement employs dans
la guerre des retranchements.

Aux affaires de villages retranchs, de barricades, de maisons, dit
Antoine de Ville, il y a des prparatifs sans lesquels je ne crois pas
qu'on pusse russir, si ce n'est par hasard, ou que la peur gagne ceux
qui sont dedans, ce qui n'arrive jamais souvent.

Au contraire j'ai vu la plupart des attaques de ce genre chouer, les
assaillants tre repousss avec perte et honte, l'assurance des ennemis
augmenter, celle des ntres diminuer lorsqu'il s'agissait de retourner 
de nouvelles attaques, soit contre les mmes positions, soit contre de
nouvelles.

Cela est arriv faute de s'tre prsent muni de ce qui se peut
prparer et conduire partout facilement, de ce qui assure la vie des
soldats et diminue les obstacles  franchir.

Ces obstacles sont un foss avec parapet derrire, une muraille, une
barricade, palissade, barrire ou porte.

Si on n'emploie aucune invention pour les forcer, que celle des hommes,
on en viendra difficilement  bout, et on n'en recevra que de la perte.

On a  faire  des gens assurs derrire leurs parapets; ceux qui
attaquent viennent de loin et  dcouvert; on les canarde sans qu'ils
puissent rpondre efficacement; le remde est d'employer les moyens
accessoires suivants:

Je voudrais premirement avoir des chariots lgers, tant des roues que
du reste, qui puissent tre facilement tirs par un cheval et marcher
aussi vite que la cavalerie.

Il faudrait quelques ptards bien chargs, en tat d'tre appliqus
avec leurs madriers, des fourchettes, des marteaux et autres choses
ncessaires  cet effet. Cet instrument est indispensable dans toute
entreprise o il peut y avoir quelque chose  rompre.

Les pices de bois, en guise de bliers pour faire tomber les cltures
des jardins, sont aussi trs-utiles: on passera, par ce moyen, en des
endroits dont les dfenseurs ne se doutent pas.

Les serpes, haches, hoyaux, pics et pelles sont galement ncessaires
pour abattre ou ouvrir les retranchements.

On rompt les portes  l'aide de gros marteaux ou en arrachant la
serrure et le verrou avec de fortes tenailles longues de 3 pieds;
d'autres tenailles plus petites et quelques scies seraient aussi utiles.

Qu'on ne dise pas que cet attirail serait embarrassant  porter;
d'ailleurs, si on a bien reconnu la position, on ne tranera avec soi
que les outils ncessaires  l'entreprise.

Les mantelets sont indispensables; je voudrais les faire avec 2 ou 3
petites roues, 2 manches et des montants pour les tenir debout; ils
auraient 5 pieds de hauteur par-dessus la partie  1'preuve du
mousquet; j'y joindrais 5 pieds d'exhaussement en planches lgres avec
canonnires de 3 pieds de large pour tirer.

Il faudra avoir plusieurs mantelets; un chariot en portera 3. Lors de
l'attaque, plusieurs avanceront de front pousss par les soldats
abrits: lorsque ceux-ci seront aux barricades, ils abattront le
mantelet contre, en haussant les manches, de manire  se couvrir des
endroits o les ennemis seront; on montera par-dessus pour entrer dans
le retranchement. Ce moyen est bon l o il n'y a pas de fosss.

J'ai vu quelquefois les paysans se retirer dans des glises o ils
rsistent tant qu'ils peuvent; puis ils montent au haut de la vote et
tirent l'chelle aprs eux; la vote est perce en plusieurs endroits,
d'o ils fusillent ceux qui veulent entrer pour prendre le butin qu'ils
y ont retir.

Pour ce cas, on aura des mantelets levs et ports sur l'essieu de
deux roues,  l'aide de pieds droits; ils seront soutenus debout par des
soldats marchant au-dessous.

Avec ces mantelets, on avancera  couvert sans tre expos.

En marchant  travers la campagne, on les laisse porter sur l'essieu
pour les lever quand cela est ncessaire.

118. Dans l'meute de Toulouse, du 11 au 17 mai 1562, on fit
avantageusement usage de mantelets analogues  ceux que recommande le
chevalier de Ville.

       *       *       *       *       *

119. L'attaque de l'arme de Cond retranche derrire les barricades du
faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1652, ne fut aussi sanglante qu'
cause du mpris de ces rgles.

Le roi, le cardinal et la cour, aussitt qu'ils virent l'infanterie
arrive, envoyrent ordre au vicomte de Turenne d'attaquer, sans
attendre le marchal de La Fert, le canon et toutes les choses
ncessaires pour rompre les murailles, combler les retranchements,
enfoncer les barricades.

M. de Turenne les fit inutilement prier de prendre patience; il
reprsenta que l'ennemi ne pouvait chapper, si les Parisiens, dont on
croyait tre assur, ne lui ouvraient les portes; le temps qu'il fallait
pour avoir le canon n'en donnerait pas assez  Cond pour se fortifier
davantage; il tait dangereux de s'exposer ainsi, sans les prcautions
ncessaires,  un chec qui ferait manquer une entreprise, au contraire
assure si l'on attendait que le canon et les outils de pionniers
fussent arrivs.

L'impatience de la cour l'emporta sur toutes ces bonnes raisons; M. de
Bouillon pressa plus que personne son frre de suivre aveuglment des
ordres imprudents, mais formels, plutt que de s'exposer  la censure
des courtisans capables de persuader au roi qu'il voulait pargner le
prince de Cond.

M. de Turenne n'tait pas encore assez bien dans l'esprit du roi; il
n'avait pas alors cette rputation de probit acquise depuis; pour oser
dsobir  des ordres contraires au bien du service, il ne se fiait pas,
 cette poque, sur sa capacit et son exprience, autant qu'il le fit
dans la suite en plusieurs occasions; aprs avoir oppos la rsistance
qui lui tait alors permise, il crut qu'il tait sage d'obir  des
volonts que son autorit, toute grande qu'elle tait dj, ne pouvait
cependant pas encore clairer.

       *       *       *       *       *

120. Mais de tous les moyens matriels d'action, ceux dont il faut
constamment se proccuper de la manire la plus srieuse, et dont le
dfaut a fait triompher la plupart des meutes, ce sont les
approvisionnements de vivres et de combat, sur la plus grande chelle,
et pour les diverses ventualits.

Cette prvoyance des services administratifs, si importante dans toutes
les guerres, devient encore plus dcisive en celle-ci; le moral est
alors plus impressionnable; tant de pripties diverses peuvent tout 
coup surprendre, et si peu de moments sont accords, au milieu de la
tourmente rvolutionnaire, pour pourvoir aux ncessits nouvelles de
chacun de ces instants, o se dcident irrvocablement les plus grandes
destines.

En pareille circonstance, la victoire sera presque toujours pour celui
qui, le dernier, pourra subsister et combattre.

Les magasins de vivres et de munitions des divers quartiers gnraux,
ceux du quartier militaire ou de la position extrieure de ralliement,
les approvisionnements de vivres particuliers des fournisseurs protgs
par ces centres d'action, les moyens de transports suffisants et de
toute nature, des services administratifs actifs et mobiles avec
l'arme, assureront, ainsi qu'il sera expliqu ultrieurement, ces
grands et imprieux besoins.

       *       *       *       *       *

Nous venons de voir l'opinion de Turenne sur l'utilit de l'artillerie
dans une semblable lutte.

 propos du deuxime sige de Sarragosse, en 1808, Napolon rpte
plusieurs fois: _La prise de cette ville est une affaire de canon, que
ne pourraient avancer de nouveaux renforts de troupes_.

Ainsi, plus la lutte sera srieuse, plus la rpression aura d employer
les voies lentes et rgulires, plus il faudra de matriel: ncessit
moins regrettable, si l'abondance des moyens prvient l'effusion du
sang, en rendant toute lutte impossible.

       *       *       *       *       *

Aprs avoir rsum les principaux faits observs ou les principes qui
s'en dduisent pour ce triste genre de guerre, et avant d'exposer le
systme gnral de rpression qu'il convient d'adopter, rappelons une
maxime du chancelier de L'Hospital, qui doit tre toujours prsente 
l'esprit:

Toute sdition est mauvaise et pernicieuse en royaume et rpublique;
encore qu'elle eust bonne et honnte cause, il vaut mieux souffrir
toutes pertes et injures qu'tre cause d'un si grand mal, que d'amener
guerre civile en son pays.




CHAPITRE IV.

_Mesures gnrales de dfense._





 Ier.

DISPOSITIONS PERMANENTES.


En consquence des principes qui viennent d'tre exposs, les
dispositions suivantes doivent tre prises dans le cas o l'on veut
soutenir la lutte  l'intrieur de la ville, partout o clatera la
rvolte.

121. Les lgions, bataillons et compagnies de gardes nationales  pied
ou  cheval sont tablies par arrondissement, quartier et rue, pour les
garder sans avoir  se dplacer.

Des bataillons, demi-bataillons ou compagnies dsigns d'avance occupent
les positions importantes  proximit.

D'autres dtachements, tirs des arrondissements hostiles  l'meute qui
n'a pu s'y dvelopper, vont de suite suppler les gardes nationales
moins bien disposes des plus mauvais arrondissements.

122. L'artillerie de la garde nationale reste concentre  la rserve
gnrale; sa dissmination dans les divers arrondissements aurait peu
d'utilit, elle pourrait donner lieu  la perte de quelques pices.

123. Les fractions de garde nationale ne laissent pas stationner dans
les rues, dissipent les groupes, empchent la formation des barricades,
en font au besoin de dfensives l o celles-ci ne peuvent tre
nuisibles  la rpression, fouillent ou arrtent les personnes
suspectes, accompagnent les autres  l'aller et au retour.

124. Dans chaque compagnie, on tient, pendant la lutte, un tat des
hommes hostiles du quartier ou des gardes nationaux qui manquent 
l'appel.

125. Sitt que l'insurrection s'est compltement dmasque, des
bataillons ou lgions des arrondissements rests tranquilles, la moiti
ou le tiers des troupes de ligne primitivement affectes  leur dfense,
viennent renforcer les rserves des divisions et subdivisions militaires
engages.

       *       *       *       *       *

126. Les troupes de ligne fournissent habituellement le service dans ou
prs de leur arrondissement de casernement ou de combat, de manire  ce
que les gardes puissent tre plus facilement appuyes, rappeles ou
releves s'il y a lieu.

127. Les troupes agissent, autant que possible, dans la subdivision
militaire o elles sont casernes, concurremment avec la garde nationale
du quartier,  l'aide de l'assistance des autorits municipales et des
agents de police dudit arrondissement.

Ainsi, elles sont constamment sur leurs positions de combat, et
convenablement approvisionnes de vivres, de munitions; elles n'ont mme
pas besoin d'ordres et de temps pour les occuper et les dfendre.

128. Les troupes casernes _extr muros_ ou sur les lignes de chemin de
fer composent la majeure partie de la rserve gnrale, des rserves
divisionnaires et des subdivisions _extr muros_ le plus  leur
proximit.

129. Les commandements militaires de division et de subdivision sont
permanents quant  la troupe, aux quartiers et positions que celle-ci
doit dfendre, aux gardes nationales et aux agents municipaux ou de
police avec lesquels elle doit oprer constamment.

130. Les sections hors rang, les malades, les officiers et
sous-officiers comptables, les caporaux d'ordinaire et les cuisiniers
laisss dans les casernes; les postes journaliers, les patrouilles pour
aller aux vivres sont, ainsi, autant de dtachements inutiles aux corps
caserns sur leurs positions de combat.

Ceux-ci restent d'autant plus compacts et forts; il y a moins de chances
d'checs partiels, et pour la rvolte plus d'impossibilits.

       *       *       *       *       *

131. Les officiers, sous-officiers et soldats de passage, en cong, en
non-activit ou en retraite, dont l'tat nominatif ou numrique doit
constamment tre tenu dans chaque arrondissement, se runissent au
premier rappel,  la mairie de leur quartier; on prend note de leur
prsence, on les embrigade, on les utilise.

Les autres militaires, employs  des services spciaux dans la
capitale, se rendent, avec leur chef, au quartier gnral divisionnaire
ou principal.

Tous peuvent tre employs utilement; aucuns ne doivent tre, en
apparence, livrs  de mauvaises excitations.

       *       *       *       *       *

132. Les meilleures dispositions pour l'tablissement des mairies et
casernes juxta-poses, au point de jonction de plusieurs rues, de
manire  en faire des centres d'action complets et des magasins
d'approvisionnements de tous genres, pour la lutte la plus srieuse,
sont:

1 Une place uniquement forme par la mairie, une caserne et des
tablissements publics, de telle sorte que ceux-ci se trouveraient
naturellement protgs sans qu'il soit besoin d'y faire des dtachements
et qu'aucun btiment de la place ne puisse tomber  la disposition des
meutiers.

2 Un carrefour au centre duquel est une mairie isole;  l'un des coins
de rue en face est la caserne; toutes les fentres extrieures du
rez-de-chausse sont grilles.

3 Une cour commune de communication pour la mairie et la caserne;
chacun de ces tablissements fait faade sur l'une des deux rues
parallles ou concourantes.

4 La caserne et la mairie aux deux cts opposs d'une rue; un de ces
tablissements possde un second dbouch, derrire, sur une rue
parallle.

133. Dans ces centres, il y a une rserve de munitions et
d'approvisionnement en vivres de campagne, pour quatre jours, et pour
chaque soldat.

En outre, des mesures sont prises avec des bouchers, marchands de vins,
boulangers et grnetiers voisins, pour la fourniture, pendant la lutte,
des rations de viande, de vin, de pain et de fourrages journellement
ncessaires.

Dans le quartier militaire, et en sus des approvisionnements
d'arrondissement, des mesures analogues sont prises,  l'effet de
pourvoir aux besoins journaliers de toute l'arme, en vivres et en
munitions, au cas o celle-ci viendrait  s'y concentrer.

Des moyens de transport suffisants y sont rassembls. Il y a, dans les
magasins, une autre rserve d'approvisionnement de quatre jours en
vivres de campagne et en munitions de combat.

Ainsi le pouvoir, la force arme et chacune de ses subdivisions ou
spcialits sont constamment mobiles et en mesure pour toutes
circonstances.




 II.

DIVISIONS ET SUBDIVISIONS MILITAIRES.


134. Le ministre de la guerre, ou un gnral en chef dlgu, commande
directement toutes les forces, sans tre gn ou retard dans son action
par les commandements parallles ou spciaux de la division ou
subdivision territoriale, de la garde nationale ou urbaine.

Il a, sous ses ordres, les commandants des divisions et subdivisions
militaires de la capitale _intr_ et _extr muros_.

       *       *       *       *       *

135. Des gnraux de division commandent chacun l'un des grands
quartiers de la capitale, de 600  1800 hectares d'tendue, de 150 
400,000 mes de population, ainsi que les subdivisions _extr muros_
attenantes.

Leurs quartiers gnraux, espacs entre eux de 1500m,  1000 ou 1500m au
plus de distance du centre,  proximit des grandes communications
intrieures de la capitale,  6000m des centres extrieurs d'action
_extr muros_, sont loigns de 1000m au plus des quartiers gnraux
subdivisionnaires _intr muros_ et des mairies qui en dpendent.

136. Il y a,  l'avance, dans chaque centre tertiaire, si un
tablissement public convenable le permet, une rserve
d'approvisionnement de vivres, de munitions et de matriel.

137. Ces gnraux ont avec eux, comme rserve, des troupes de ligne de
toutes armes en grande partie casernes _extr muros_.

138. La circonscription du commandement des gnraux de division a une
grande tendue et une haute importance:

Ces chefs ne peuvent que coordonner, d'un quartier gnral, les
oprations secondaires des gnraux de brigade dans leurs
arrondissements, et les appuyer  propos,  l'aide d'une partie de la
rserve dont ils disposent.

139. Un de ces gnraux de division commande exclusivement le _quartier
militaire_ centre de dfense, d'approvisionnement de toutes espces et
des moyens administratifs ou de gouvernement sur la plus vaste chelle.

Il dispose de transports considrables pour toutes les ventualits.

       *       *       *       *       *

140. Chaque subdivision intrieure ou arrondissement municipal de 200 
600 hectares d'tendue, de 60  120,000 mes de population, d'une
dfense indpendante ou au moins limite par de grandes lignes de
communication, est sous les ordres permanents d'un gnral de brigade.

Le quartier gnral est  la mairie, o se trouvent, en tous temps, les
approvisionnements ncessaires de vivres et de munitions de rserve.

141. Ce gnral, outre la lgion et le peloton de cavalerie du quartier,
dispose d'une rserve de 2  3 bataillons de ligne caserns en face de
la mairie ou, au moins,  proximit.

142. Les gnraux de subdivision intrieure doivent comprimer l'meute
dans l'tendue ordinaire d'une grande ville de province.

Leur commandement est encore trs important: ils ont une responsabilit
qui exige une certaine initiative ou latitude.

143. Dans chaque subdivision intrieure, les centres offensifs ont, pour
l'action et le logement des troupes, des dbouchs, des enceintes, des
locaux convenables.

Ils sont prs d'tablissements publics  prserver, de carrefours ou de
dfils importants, sur des lignes de communications ou de sparations
principales.

144. Les passages sur les rivires, canaux, vieilles enceintes,
escarpements, seront dfendus, de manire  maintenir constamment
spares les diverses insurrections;  empcher les transports d'armes,
de poudre de l'une  l'autre, et  conserver cependant, pour la troupe,
tous ces avantages dcisifs.

Suivant la force de la garnison, et le concours plus ou moins efficace
de la garde nationale, l'on occupera galement, dans les quartiers
importants, les dpts de grains et de farines, les maisons de
boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les imprimeries, les caisses
publiques et particulires, les glises et clochers o l'on pourrait
sonner le tocsin, ainsi que les maisons, qui protgent le dbouch sur
les places.

Tous les petits postes ordinaires, autres que ceux ci-dessus mentionns,
se replieront promptement sur les corps-de-garde les plus rapprochs non
abandonns.

145. Ces dispositions rsultent d'ailleurs de l'excution intelligente
du principe gnral suivant.

Les arrondissements militaires en pleine insurrection, bientt et
successivement renforcs par une portion des rserves de la division
dont ils font partie, et au besoin par une fraction de la rserve
gnrale, font occuper,  600m autour de leur quartier gnral, cinq 
six centres d'action tertiaires, espacs de 600m les uns des autres, et
gards, chacun, par un demi-bataillon de garde nationale avec 2  4
compagnies de ligne.

Ces points d'appui offensifs sont principalement tablis au noeud des
communications, aux dfils importants, sur les principales artres; l
o se rend ordinairement la foule des promeneurs, des curieux, des
meutiers; au centre des quartiers populeux ou mcontents.

       *       *       *       *       *

146. Les subdivisions _extr muros_, avec les gardes nationales des
faubourgs et de la banlieue, avec de l'infanterie, de l'artillerie et la
majeure partie de la cavalerie, successivement appeles dans la
capitale, sont chacune sous les ordres d'un gnral de brigade.

Elles surveillent, interceptent les avenues de la ville, la banlieue,
les barrires, les chemins de fer, les passages des malles, diligences
et courriers.

147. S'il y a un mur d'octroi, les petites barrires sont fermes.

Les barrires principales, espaces de 1500m en 1500m, sont gardes par
des dtachements de ligne qu'appuient les gardes nationales des
faubourgs et des provinces.

148. Les quartiers gnraux des subdivisions militaires _extr muros_,
au nombre de trois ou de quatre, sont  une distance de l'enceinte au
moins gale  la moiti du rayon de celle-ci; leur cartement entre eux
peut tre quatre fois plus grand: chacun est le chef-lieu d'un
arrondissement administratif, o existent les rserves
d'approvisionnements de vivres et de munitions ncessaires.

Ces quartiers gnraux commandent les avenues et les cours d'eau
principaux, ainsi que toutes les positions intermdiaires; au besoin,
ils assurent les mouvements, convois et communications par la banlieue;
ils arrtent les insurgs, rallient les secours qui viennent du dehors.

       *       *       *       *       *

149. On se rcriera contre ce nombre de divisions et de subdivisions
militaires; contre les intermdiaires, les lenteurs qui peuvent en
rsulter pour l'excution des ordres. On dira que c'est crer, pour une
capitale,  l'intrieur, en pleine paix apparente, une vritable arme.

Cependant l'effectif des forces, l'tendue, la complication du thtre
des oprations, les pripties imprvues que chaque heure y fait
succder, la difficult des communications, la dure probable de la
lutte, son acharnement, ses consquences peuvent exiger dsormais,
quelque part en Europe, tout ce surcrot de sous-divisions dans les
hauts commandements, cette hirarchie de responsabilit pour des mesures
ou des vnements la plupart hors de la porte du gnral en chef.

Ne faut-il pas une vritable arme organise en permanence, d'une
manire complte, avec les accessoires les plus puissants, pour une
lutte qui durerait plusieurs jours, dans laquelle cent mille gardes
nationaux ou soldats, rpartis sur un ddale immense, au milieu de
l'ouragan des rvolutions, consommeraient des millions de cartouches et
des milliers de coups de canon; perdraient plusieurs milliers d'hommes
et autant de gnraux que les plus grandes, les plus meurtrires
journes de l'poque impriale en ont vus prir?

Outre ces pertes cruelles et les quelques millions engloutis pour
dvastations; outre la capitale transforme pendant plusieurs mois en un
hpital de blesss et de mourants, la socit peut enfin y voir ses
dernires journes.

Certes, voil des motifs suffisants pour prendre,  l'avance, de
srieuses dispositions.

150. Aucun champ de bataille n'est plus vaste, plus difficile, plus
voil, plus mystrieux, plus inquitant pour une seule responsabilit;
aucun n'exige, pour chaque grade, fraction de troupe ou position
occupe, autant de latitude et de spontanit d'action dans de certaines
limites.

Napolon lui-mme, avec toutes ses puissantes facults, y rclamerait
encore le concours complet des admirables agents de combat qui le
supplrent si heureusement, dans les oprations secondaires de ces
champs de bataille immortels, dont l'immensit ne pouvait nanmoins rien
drober  son gnie.

151. Telles sont dsormais les ncessits malheureuses de pareilles
luttes: chaque gnral divisionnaire ou sous-divisionnaire doit
irrvocablement s'attacher  son centre d'action pour y dfendre les
dernires murailles avec le dernier soldat. Ce centre a, dans le plan
gnral adopt, une latitude en rapport avec l'importance des forces
dont on y dispose et du grade lev qui les dirige; li au quartier
militaire et aux centres voisins dans de certaines limites, il reste
indpendant au-dessous de ces limites.

Mieux vaut, sous quelques rapports et dans une juste mesure, plusieurs
grandes dfenses individuelles efficaces par leur responsabilit et leur
influence relles sur les vnements; mieux vaut toute l'action du
gnral en chef exclusivement consacre  coordonner, soutenir, rallier
ces dfenses individuelles, selon le plan gnral de dfense adopt,
qu'une direction unique et impossible si elle doit dominer jusqu'aux
dtails des oprations secondaires.

Un instant critique, qu'il faut prvoir, pourrait tout  coup tonner,
dconcerter, jeter dans l'isolement et l'impuissance le commandement le
plus actif ainsi compromis.

152. D'ailleurs, ce nombre de divisions et de subdivisions militaires,
tant intrieures qu'extrieures, rsulte de la ncessit dsormais
vidente de coordonner partout, d'une manire intime et complte, en vue
d'une rpression nergique, l'action des troupes de ligne, des lgions
de garde nationale, des autorits municipales d'arrondissement et des
agents de sret, de telle sorte que, dans chaque centre de rsistance,
il y ait unit forte de tous les concours, de tous les moyens rpressifs
et approvisionnements indispensables.

Ce nombre rsulte aussi de la ncessit galement vidente d'utiliser
les lgions de garde nationale dans leur arrondissement, avec le chiffre
des bataillons de ligne, qui seuls peuvent leur donner la consistance et
la valeur dsirables.

Il rsulte enfin de l'tendue mme du champ de bataille, du nombre des
positions capitales qui,  diffrents degrs d'importance, le
subdivisent invitablement; celles-ci exigent, dans de certaines
limites, des forces ou des approvisionnements de toute nature,
indpendants et assurs.

Voil bien des motifs, et cependant nous avons encore  donner le plus
important, celui qui seul dominerait dans une pareille question: la
ncessit de prserver l'humanit de jours sanglants et nfastes, en
rendant, par un surcrot de moyens rpressifs ou prventifs, toute
tentative de lutte impossible  l'anarchie.

En dfinitive, il faut galement centraliser et lever la direction
gnrale, multiplier et localiser l'action.

       *       *       *       *       *

153. Le chiffre relatif des rserves divisionnaires est rgl d'aprs
l'tendue, l'importance de leurs circonscriptions, des craintes qu'elles
donnent; les diffrentes armes y entrent dans la proportion prsume
utile, en raison de la nature des localits.

Ensuite, on fait ultrieurement, au fur et  mesure des nouvelles
ncessits,  l'aide de la rserve gnrale et des troupes disponibles
dans les arrondissements rests tranquilles, les modifications exiges
par les vnements.

154. La rpartition des forces entre les subdivisions intrieures,
celles _extr muros_, les quartiers gnraux divisionnaires et la
rserve centrale, a lieu, autant que possible, conformment au tableau
ci-contre.

DIVISIONS ET SUBDIVISIONS MILITAIRES. 191

+------------------------------------------------------------------+
|                              LIGNE.                              |
+----------------------+----------+----------+------------+--------+
|                      |Infanterie| Cavalerie| Artillerie | Gnie  |
+----------------------+----------+----------+------------+--------+
| Subdivisions intr   |          |          |            |        |
| muros.               |  10/20   |         |           |       |
+----------------------+----------+----------+------------+--------+
| Subdivisions extr   |          |          |            |        |
| muros.               |   3/20   |8  10/20 |  8  10/20 |  2/20  |
+----------------------+----------+----------+------------+--------+
| Quartiers gnraux   |          |          |            |        |
| divisionnaires.      |   5/20   |10  8/20 |    10/20   | 10/20  |
+----------------------+----------+----------+------------+--------+
| Quartier gnral     |          |          |            |        |
| central.             |   2/20   | 2  3/20 |  2  4/20  |  8/20  |
|__________________________________________________________________|

+------------------------------------------------------------------+
|                              GARDES.                             |
+----------------------------------+-------------------------------+
| Nationale.                       | Urbaine.                      |
+----------------------------------+-------------------------------+
| 8/12 des lgions.                |                              |
+----------------------------------+-------------------------------+
| Toute la banlieue.               |                              |
+----------------------------------+-------------------------------+
| 3/12 des lgions.                |                              |
+----------------------------------+-------------------------------+
| 1/12 des lgions.                | tout le corps.                |
|__________________________________|_______________________________|

155. Les autorits civiles et militaires sont responsables du maintien
de l'ordre dans l'tendue de leur circonscription.

Elles y logent, ainsi que les officiers des corps de ligne caserns dans
ledit quartier.

156. Chaque centre d'action principal ou secondaire lance incessamment
des patrouilles mixtes de garde nationale et de troupe de ligne vers les
centres voisins, les grands carrefours environnants, les dfils au
travers des rivires, canaux, escarpements, vieilles enceintes; vers les
noyaux de rassemblement ou tablissements  surveiller.

On ne dtache, en permanence, des fractions de ces centres qu'aux points
les plus importants, non assurs convenablement par les patrouilles, et
cependant indispensables comme postes intermdiaires.

Ainsi, l'on conserve le plus possible de forces runies autour de chaque
centre d'action.

Partout la garde nationale assiste la troupe de ligne de sa force
morale, de la connaissance qu'elle a des localits, des individus et de
la situation.

       *       *       *       *       *

157. La proportion la plus avantageuse des diffrentes armes parat
tre,  l'intrieur d'une grande ville, 1 escadron, 3 bataillons, 1
pice 1/2 et 25 sapeurs du gnie: c'est--dire, infanterie 177/200,
cavalerie 12/200, artillerie 8/200, sapeurs du gnie 3/200.

Dans les arrondissements _extr muros_, on peut adopter la proportion, 1
bataillon, un escadron, 1 pice et une escouade de sapeurs.

La proportion moyenne, pour toute la garnison, parat tre celle tablie
par les chiffres suivants: 10 bataillons, 6 escadrons, 6 pices et 1
compagnie de sapeurs.

158. Le calcul moyen des troupes de ligne ncessaires pour un pareil
systme de dfense, dans une ville dont P reprsenterait le chiffre de
population, est dtaill dans les deux tableaux ci-dessous.

Ces chiffres, ceux que nous avons dj donns ou que nous tablirons
ultrieurement, ne sont que des moyennes approximatives; selon les
circonstances morales ou politiques, ils peuvent beaucoup diffrer des
chiffres vritables.

_Nombre de bataillons ncessaires._

|--------------------------------------|---------------------|
| Dsignation des commandements.       | Bataillons.         |
|--------------------------------------|---------------------|
| P/100,000 arrondissements intrieurs | 30 P/1,000,000      |
| ou mairies  3 bataillons            |                     |
| ou P/66,000  2 bat.                 |                     |
|                                      |                     |
| 1/3 du chiffre prcdent pour les    | 10 P/1,000,000      |
| arrondissements _extr muros_.       |                     |
|                                      |                     |
| 1/2 du mme chiffre pour les         | 15 P/1,000,000      |
| quartiers gnraux divisionnaires.   |                     |
|                                      |                     |
| 1/5 pour le quartier gnral         | 6 P/1,000,000       |
| principal.                           |_____________________|
|                                      |                     |
| Total des bataillons de ligne        |   P/10,000          |
| ncessaires.                         |                     |
|--------------------------------------|---------------------|

_Troupes de lignes ncessaires._

|------------------------------------------------------------------|
| Dsignation des armes.                        |  Nombre          |
|                                               | d'hommes.        |
|-----------------------------------------------|------------------|
| P/16,000 bataillons de ligne  700 h.         | 700 P/16,000     |
|                                               |                  |
| 1/10 de l'effectif prcdent pour les         |  70 P/16,000     |
| escadr.                                       |                  |
|                                               |                  |
| 1/60 id. pour les pices.                     |  11 P/10,000     |
|                                               |                  |
| 8 sapeurs du gnie par bataillon d'infanterie.|   8 P/16,000     |
|                                               |                  |
| Garde urbaine, pompiers.                      |  56 P/16,000     |
|                                               |__________________|
|                                               |                  |
| Total gnral de la garnison ncessaire.      |  P/20 hommes.    |
|-----------------------------------------------|------------------|





 III.

OBSERVATIONS.


159. Une direction unique, ferme et modre, non exclusivement
militaire, mais telle que le concours complet de tous soit assur, part
du centre mme du gouvernement, autour duquel sont runis le commandant
en chef et tous les agents ou principaux moyens d'action ncessaires.

Le chef de l'administration civile, celui de la police, le commandant
des gardes nationales, une imprimerie, des courriers, une rserve
gnrale, compose de partie des gardes nationales des provinces, des
milices urbaines et des troupes de ligne, appeles successivement dans
la capitale, restent disponibles.

160. Les ordres gnraux pour la prise d'armes, indiquant les positions
principales, secondaires et tertiaires  occuper, sont concerts
d'avance entre les autorits militaires ou civiles et le chef de la
garde nationale.

Ils sont rdigs, pour chaque fraction de corps loge ou devant prendre
position sparment, de manire  pouvoir tre expdis et excuts de
suite.

161. Mais le mieux est qu'un tablissement judicieux des casernes et
mairies, dans la position principale de chaque arrondissement, y fixe en
permanence les troupes de ligne et de garde nationale qui y seraient
indispensables au commencement de la lutte, pour rendre celle-ci
difficile ou mme impossible, en s'opposant  la formation des
rassemblements et  leur tablissement srieux.

Ainsi, mme  dfaut d'ordres gnraux, la rpression agirait partout,
immdiatement et d'une manire convenable, avec des approvisionnements
assurs.

       *       *       *       *       *

162. La direction militaire est trop souvent entrave, pendant l'meute,
par des influences diverses:

1 Les solliciteurs de dtachements ne demandent, le plus souvent, qu'
mettre leur responsabilit  couvert, dans l'intrt particulier de leur
service ou de leurs tablissements, sans s'inquiter de la situation
gnrale et des considrations qui doivent dominer;

2 Les incessants porteurs de nouvelles alarmantes prtendent avoir vu
toutes les choses absurdes qu'une imagination timore leur suggre;

3 Les donneurs de conseils sont toujours nombreux, un faux et ridicule
zle les excite;

4 Quelquefois des citoyens intresss, passionns, enveniment,
prolongent, ensanglantent la lutte par leur intervention inopportune;

5 Les entremleurs officieux et suspects sont d'autant plus dangereux
qu'ils ont presque toujours un pied dans la rvolte: on profite du
concours loyal ou perfide de ceux-ci, de manire  les compromettre et 
dsorganiser l'meute; mais on ne leur permet pas de s'initier au secret
des mesures de rpression; on saisit le premier prtexte pour arrter
les plus dangereux.

163. Les rapports rgulirement frquents des chefs de patrouille aux
commandants de centres d'action, de ceux-ci aux chefs de subdivisions et
de divisions, de ces derniers au centre du gouvernement et au quartier
gnral principal; des commissaires et agents de sret au commissaire
central de police; des officiers de place ou de l'tat major de ronde;
dans chaque arrondissement, ceux de la milice urbaine; les signaux
tablis entre les diffrents quartiers gnraux, mairies, positions
militaires et casernes, permettent toujours d'apprcier, au juste, ces
demandes de secours, ces avis, ces rapports exagrs, et d'agir avec
connaissance de cause; ils assureront la prompte et complte excution
des ordres.

Ces avantages, ces facilits rsultent de la juxta-position permanente
si utile des autorits civiles et militaires correspondantes, dans
chaque arrondissement et quartier.

On fait parler  chaque fraction de troupe ou de garde nationale; on
trace une ligne de conduite, ferme, modre, qui inspire la confiance;
on explique le systme de rpression adopt, son efficacit; ainsi l'on
doit triompher des principaux obstacles.

       *       *       *       *       *

164. Des proclamations fermes, modres, sans jactance, sans
provocation, sont adresses  la population pour l'clairer et la
soustraire  l'influence des partis.

On invite les citoyens paisibles  rentrer chez eux de bonne heure et 
ne pas renforcer l'meute, en apparence, par leur prsence curieuse.

165. Le gouvernement indique aux populations un but et une ide de
ralliement qui puissent convenir au plus grand nombre et permettre 
chacun d'esprer.

Il leur dvoile l'insurrection, ses projets vritables, ses progrs
menaants, leurs consquences, de manire  lui retirer le plus possible
de partisans;  satisfaire,  mettre  profit ce gnie, cette fougue
d'initiative qui distingue les nations turbulentes dans la politique
comme du combat.

Il conserve plutt, ainsi, la bonne position du protecteur de la socit
que celle de principal ou unique intress  la rpression.

166. Il faut loigner, de suite, les autorits ou les citoyens dont
l'imprudence aurait fourni un juste sujet d'excitation  l'meute;
quelquefois mme on svit contre eux.

En temps de malaise ou de mcontentement, les plus grands mnagements
sont ncessaires; on vite ce qui peut surexciter.

       *       *       *       *       *

167. Les dispositions de ce chapitre sont prises en vue d'une lutte
nergique  l'intrieur de la ville; mais le Pouvoir et le chef
militaire doivent toujours se rserver, pour un cas extrme, la
possibilit, suivant les circonstances, d'adopter, soit le plan de
dfense dans le quartier militaire, soit une concentration en dehors de
la capitale.

L'un ou l'autre de ces deux plans peut encore sauver, quoique pris
ventuellement et aprs qu'un aura chou dans celui dont il vient
d'tre question; car les mesures prescrites, en vue de ce dernier
systme de dfense, ne sont nullement incompatibles avec celles que les
autres partis exigent.

168. Ce moment sera une preuve pour les autorits diverses; il n'est
pas au-dessus des forces vitales des nations europennes; et il faut
bien que le grand problme des socits modernes puisse tre rsolu dans
sa plus dsesprante difficult.

Le soldat obit toujours; il aime qu'on lui commande avec confiance et
nergie des actes utiles au pays; le dsordre lui est antipathique.

Toute arme fera son devoir; on n'hsitera pas sur le chef  lui donner
et sur les mesures  prendre: chefs et mesures, galement dsigns
d'avance par l'anarchie, dans ses efforts pour les rendre impossibles.

Les officiers savent jusqu'o s'lve l'importance de leur mission en
de semblables circonstances; ils savent le sort qui les attendrait.

Les grades, les honneurs qu'ils ont obtenus sont le prix d'un dvouement
absolu aux intrts de la socit; en les acceptant, ils ont contract
de srieux et glorieux engagements.

Pendant une longue carrire, dont la presque totalit se passe souvent
dans la tranquillit et les honneurs, il peut y avoir, pour chacun,
quelques jours, quelques moments difficiles, o l'occasion glorieuse se
prsentera enfin de remplir cet engagement sacr pour tout homme de
coeur.

Le sang de l'officier ne peut tre plus utilement vers qu'en prservant
le pays de longs et irrparables malheurs; qu'en sauvant, par quelques
moments d'nergie, les intrts les plus chers des familles; l'honneur
est son lment.

Si les services rendus dans toutes les guerres contre l'tranger, la
plupart galement striles et ruineuses, ont toujours t si justement
honors, de quelle considration les gouvernements et les peuples,
aujourd'hui menacs dans leur existence, ne doivent-ils pas rcompenser
les dfenseurs de la socit en dcadence.

169. D'un autre ct, aucun pouvoir, ou fonctionnaire ne s'arrte, dans
de pareilles circonstances, devant les fautes ou le dcouragement des
autres: chacun a sa responsabilit dont le succs et le noble but 
atteindre fixent seuls les limites.

Si les gouvernements chanclent, c'est, quelquefois, quand, par un fatal
mal entendu, on parat dispos  se proccuper de l'apparence trompeuse
d'un dfaut de lumires, de dvouement et de rsolution, pouvant ou
sachant toujours se rendre utiles.

En 1652, pendant une anne d'angoisses et de folles rebellions, Turenne
raffermit plusieurs fois le trne, soit par les rsolutions prudentes et
fermes qu'il inspira ou les projets dsastreux qu'il put carter; soit
par un dvouement militaire de tous les instants, qui ne laissa chapper
aucunes occasions, si peu importantes, si frquentes qu'elles fussent,
de prendre un avantage ou d'viter un insuccs.

Grce  cette hroque persvrance, payant aussi bien chaque jour, et
de sa personne et de son gnie, le fils d'Anne d'Autriche put devenir
Louis XIV.

Turenne replaa ainsi, sur la tte du jeune roi, cette couronne qu'il
eut le bonheur de voir si belle, et qui, par un clat inou restera,
pour la gloire de la France, pour l'admiration de la postrit, le
symbole de la plus puissante nationalit.

Les pleurs que le peuple versa  la mort de ce grand homme, le mot de
Montecuculli, le respect de l'histoire, et d'ge en ge, l'estime, la
reconnaissance des hommes d'tat, sont la juste rcompense d'une
persvrance de dvouement, d'une probit politique, et d'une capacit
galement providentiels.

Que cette grande renomme inspire les soldats appels  rendre de tels
services aux socits menaces!

     _Justum et tenacem propositi virum
     Non civium ardor prava jubentium,
     Mente quatit solid._

     (HORACE, Ode 3, liv. 3.)






 IV.

APPLICATIONS.


Appliquons ces considrations gnrales  quatre cas particuliers.

170. La ville a 10,000 mes de population; elle est entoure d'une
enceinte.

Une place centrale et l'htel-de-ville sparent les deux parties gales
de la cit, aux extrmits desquelles sont des casernes.

Un piquet de plusieurs compagnies de ligne et de garde nationale,
renouvel plusieurs fois dans les 24 heures, lance incessamment, de
l'htel-de-ville, des patrouilles au-devant de celles envoyes par l'une
et par l'autre caserne.

Les faubourgs veillent chez eux et fournissent les gardes des portes;
ils interceptent aux meutiers toute communication.

       *       *       *       *       *

171. Supposons une ville de 50,000 mes de population, de 3 bataillons
de ligne de garnison; la garde nationale compte trois bataillons; il
existe un mur d'octroi avec barrires: la troupe et la milice citoyenne,
quoique rsolues, manquent de consistance, et le pays s'attend aux plus
graves vnements.

Les autorits runies en permanence  la mairie ont, sous leur main,
toute la garde nationale dans l'htel-de-ville et, en face,  l'autre
extrmit d'une grande place, toute la garnison dans une caserne.

Pendant deux heures conscutives, deux patrouilles mixtes, composes
chacune de 50  100 hommes de ligne et d'autant de gardes nationaux,
oprent simultanment de manire  dgager un quartier.

Ces doubles patrouilles mixtes sont releves,  leur rentre, par des
patrouilles semblables pour oprer, selon les circonstances, ailleurs ou
dans le mme quartier.

Les gardes nationaux des faubourgs gardent les barrires et interceptent
la communication aux meutiers.

Les positions, qu'il devient utile d'occuper accidentellement, le sont,
pendant tout le temps ncessaire, par des postes mixtes relevs de deux
heures en deux heures.

       *       *       *       *       *

172. Supposons une ville fortifie, avec chteau, de 80,000 mes, de 250
hectares de surface: elle a 7 bataillons et un escadron de garde
nationale, 4 bataillons de ligne, un rgiment de cavalerie et une
section d'artillerie attele; total: 3,000 hommes de garnison. Cette
ville reprsente  peu prs, par son tendue, l'un des arrondissements
pris pour unit de rsistance militaire dans une capitale. La mairie, 
l'extrmit oppose de la citadelle, n'est pas centrale.

La section d'artillerie, la compagnie hors rang, les malingres, les
cuisiniers et une compagnie du centre du rgiment casern au chteau
garderont ce rduit.

Un bataillon de ligne, le bataillon de garde nationale du quartier et
l'escadron de garde nationale formeront rserve gnrale, dans un
tablissement central, le plus rapproch de l'htel-de-ville.

Plusieurs dtachements composs d'un demi-bataillon de ligne et du
bataillon de garde nationale du quartier, s'tabliront, chacun, dans un
btiment convenable, de manire  former, autour du quartier gnral,
une circonfrence de 5  6 centres d'action espacs entre eux de 300 
400m et d'autant du quartier gnral. La mairie sera un de ces centres
d'action.

Le rgiment de cavalerie, les chevaux sells, restera dans sa caserne:
il enverra des patrouilles, dans les quartiers environnants les plus
ouverts, et jusqu'aux centres voisins; des piquets extrieurs
d'observation surveilleront les populations urbaines remuantes.

Un demi-bataillon de ligne et un demi-bataillon de garde nationale
occuperont une position intermdiaire de nature  assurer la
communication avec le chteau.

Chaque centre d'action fait garder les portes ou le dbarcadre du
chemin de fer,  sa proximit, par des dtachements convenables.

       *       *       *       *       *

173. Supposons une grande capitale d'un million d'mes et de 3,300
hectares de superficie: elle a une garde urbaine, 42 bataillons de garde
nationale et 14 pelotons  cheval; 80 bataillons, 32 escadrons, 7
batteries, 8 compagnies du gnie peuvent y tre runis facilement.

Il y aura 4 divisions militaires, dont une au quartier gnral; 18
subdivisions militaires, dont 14 _intr muros_, correspondantes aux 14
mairies.

Sauf l'artillerie, en majeure partie runie au quartier militaire,
celui-ci aura  peu prs le double de troupes des autres divisions.

Sur les 80 positions tertiaires  occuper autour des quartiers gnraux
divisionnaires, 50 au plus, seraient simultanment ncessaires, l'meute
ne s'tendant jamais partout galement: parmi ces dernires, les deux
tiers, mairies ou casernes, seront dj suffisamment gards par les
rassemblements obligs des gardes nationaux ou par les petits dpts des
corps: tout au plus peuvent-elles compter pour moiti, quant aux
garnisons ncessaires.

Il n'y aurait donc rellement que quarante dtachements  fournir
simultanment, par un peu plus du quart des forces subdivisionnaires.

Les troupes seraient rendues sur leur position de combat: savoir, celles
des subdivisions _intr muros_, deux heures aprs le dpart des ordres;
celles des subdivisions _extr muros_ et des rserves divisionnaires
trois heures aprs ce dpart des ordres; la majeure partie de la
rserve gnrale trois  six heures en suite des ordres donns.

6  18 heures aprs l'expdition dus ordres, il pourrait arriver, par
les voies de fer, de terre ou d'eau, des garnisons voisines, un renfort
d'un septime de troupes, surtout en cavalerie.

24  36 heures aprs l'expdition des ordres, il arriverait peut-tre
des divisions voisines, par la voie de fer ou en poste, principalement
en infanterie et en artillerie ou en sapeurs, un renfort aussi
important.

Ces secours non indispensables rendraient le succs encore plus assur.

174. Beaucoup de cas peuvent tre ramens aux quatre suppositions qui
viennent d'tre faites: et le systme gnral de dfense, prcdemment
expos, se plie galement  chacun d'eux.




CHAPITRE V.

Dispositions de dtail.




 Ier.

TABLISSEMENT SUR LES POSITIONS DE COMBAT.


175. Ce chapitre est le dveloppement indispensable de celui qui
prcde: on y expose les dtails pratiques d'excution.

 l'aide de quelques rptitions ncessaires, puisqu'elles ne portent
que sur les principes les plus incontestables, les plus importants, on a
pu prsenter l'ensemble de toutes les mesures pratiques de rpression,
indpendamment du plan gnral de dfense prcdemment expos et comme
une autre solution moins gnrale, moins thorique, moins absolue du
problme qui nous occupe.

Mais, cette fois encore, ne l'oublions pas, la principale condition du
problme sera de rendre toute lutte impossible  la rvolte, afin du
mieux viter l'effusion du sang et les autres calamits qui en rsultent
pour tous.

       *       *       *       *       *

176. Contre une meute srieuse, qui veut faire une rvolution, il faut
occuper plus d'un point; les rebelles libres, ou soutenus de tous les
indiffrents et peureux, y bloqueraient la garnison.

Si, au contraire, on occupe toute la ville uniformment, on n'est fort
nulle part; les troupes dissmines agissent sans ensemble, leurs
communications sont interceptes; chaque corps bloqu est livr  ses
propres forces et impressions; la situation est moins bonne.

Il faut choisir un _quartier militaire_ renfermant le centre du
Gouvernement, les ministres, la poste, les tlgraphes, les chambres,
les messageries, la manutention, l'arsenal et les principales
administrations: de cette position, on doit pouvoir dominer le reste de
la cit, sparer les unes des autres les diffrentes parties de ville en
insurrection, communiquer directement avec l'extrieur, isoler les
quartiers extrieurs abandonns ou rvolts.

177. Le rassemblement des gardes nationaux se fera aux mairies: les
premiers runis, ou un peloton d'lite, envoy par la troupe ds qu'elle
sera arrive, parcourra tambour battant les rues deux fois de suite: une
premire fois pour appeler aux armes, une seconde pour rallier.

Aussitt, un signe gnral, jusque-l inconnu, sera dlivr ou assign 
chaque garde national: le peloton de la ligne retournera  son
bataillon.

178. Chaque corps, avant dpartir, laissera dans sa caserne, sous les
ordres d'un officier, 25  30 hommes renforcs par autant de gardes
nationaux du quartier, pour dfendre l'difice, empcher le pillage des
armes: celles-ci seront dmontes et incompltes.

On occupera un btiment en face de la porte de la caserne, surtout si
celle-ci n'a pas de cour.

170. Les bataillons, forms sur deux rangs, seront diviss en pelotons
de 40  50 hommes, sous les ordres de deux officiers, de manire  ce
que les soldats restent, autant que possible, avec leurs chefs
habituels: ordinairement il y aura 10 pelotons, dont 4 d'lite par
bataillon.

180. Ds que les troupes arriveront dans un quartier en pleine rvolte,
on y prendra position.

Elles seront prcdes et suivies,  50 pas, de deux files de 7  8
tirailleurs sur un rang, sous les ordres d'un officier.

Les divisions, en colonne par section, prendront entre elles 50 pas de
distance, tambours et clairons dans les intervalles.

181. Lorsqu'une compagnie marchera isolment, la premire section en
tirailleurs  droite et  gauche, pour faire fermer les fentres et
tirer  tout ce qui s'y montre arm, clairera la 2e suivant  60 pas en
arrire.

       *       *       *       *       *

182. Parvenu au premier embranchement de rue voisin de la position, le
bataillon sera arrt  l'abri du feu des insurgs; chaque division
surveillant provisoirement le carrefour prs duquel elle se trouve et
assurant les derrires de la prcdente.

Le premier peloton de fusiliers occupera les maisons d'angle du premier
carrefour.

L'embranchement suivant  50 ou 80 pas de distance, plus ou moins, de
manire  ne laisser aucune partie de rue non observe, recevra le 2e
peloton, protg s'il est ncessaire, pendant sa marche, par le feu du
1er.

On placera de la mme manire le 3e et, s'il y a lieu, le 4e peloton de
fusiliers.

183. L'tat-major et les 4 pelotons d'lite de rserve occuperont, au
centre des pelotons dj placs, un ou deux btiments contigus ou
vis--vis l'un de l'autre, spacieux, susceptibles d'une bonne dfense et
 dbouchs faciles.

184. Les compagnies du centre, non encore employes, prendront position
aux carrefours de droite et de gauche, dans les rues littorales,
vis--vis de cette position centrale.

185. Chaque poste particulier aura, au plus, deux factionnaires dans la
rue: une des fentres, par maison occupe, sera constamment ouverte la
nuit, sans lumire dans la chambre, et garnie de deux factionnaires.

De jour, les hommes se montreront aux fentres.

La grande porte du btiment occup par la rserve sera ouverte, afin que
les forces de celle-ci soient vues et qu'elles puissent dboucher
immdiatement.

Les boutiques des maisons occupes resteront fermes.

       *       *       *       *       *

186. Chaque dtachement s'tablira d'abord militairement.

1 Des feux de flancs plongeants, et des feux de revers renforceront
l'enceinte occupe, au point de la rendre inexpugnable, mme par des
forces considrables, et de manire  ce que la majeure partie du
dtachement puisse agir au dehors, selon les circonstances.

2 Des positions extrieures seront prises pour laisser, entre elles et
le poste principal de chaque dtachement, les dfils d'o celui-ci
pourrait tre plus facilement bloqu.

3 Les maisons, qui battent ou commandent la communication du poste
principal avec les avances, seront occupes ainsi que celles qui
domineraient la porte.

4 Celui de ces dtachements, qui sera au milieu d'un quartier populeux
et resserr, tablira le gros de ses forces aussi  proximit que
possible d'un arrondissement ouvert et tranquille, se bornant 
soutenir, par des chelons plus ou moins forts, une avance au centre
mme de l'insurrection.

187. Un peloton de la rserve du bataillon, allant se faire reconnatre
aux diffrents postes occups, ou lier communication avec les bataillons
voisins, sera constamment dehors; il arrtera, dsarmera les insurgs et
ralliera les gardes nationaux en retard.

La patrouille faite sera recommence immdiatement par le mme peloton
qui, aprs la seconde, tourne, devra tre remplac par un autre. Tous
les soldats au repos conserveront la giberne et le sabre.

188. De cette manire, et tant qu'il n'y aura pas de lutte srieuse,
chaque homme pourra se reposer trois et quatre heures de suite; moins du
quart du bataillon veillera sous les armes.

La troupe, abrite et bien nourrie, rsistera facilement  une meute de
plusieurs jours; elle occupera,  porte des chefs, les positions
dominantes, sous la protection de la rserve; le bataillon entier pourra
tre runi facilement pour un mouvement quelconque.

189. Les 5 et 6 juin 1832, un bataillon occupa, conformment  ces
principes, la grande poste et le quartier environnant.

Les rebelles avaient intrt  bloquer cet tablissement, afin de
tromper la province par l'absence des courriers ou l'envoi de fausses
nouvelles; il leur suffisait, pour parvenir  ce but, de faire des
barricades tout autour, sans mme qu'il ft ncessaire de les dfendre.

De ce centre d'action, d'incessantes patrouilles rayonnrent au del des
petits postes extrieurs, jusqu'au Carrousel, les Halles, la Banque, les
Petits-Pres; elles rallirent les gardes nationaux et empchrent
l'insurrection de s'tablir dans ce quartier; elles assurrent
l'approvisionnement rgulier du bataillon en vivres pris chez les
fournisseurs voisins et en munitions: la soupe fut rgulirement faite
dans l'htel mme de la poste.

190. Un bataillon, post connue il a t dit plus haut, tiendra un
espace circulaire de 2  300m de diamtre, dans les lieux importants
duquel aucun homme arm ne pourra se montrer sans tre fusill de
plusieurs points.

Un second bataillon, dont la rserve sera  5, ou 600m de celle du
prcdent, maintiendra un autre quartier hostile; il sera impossible aux
insurgs de faire un tablissement srieux, et mme de se grouper, entre
eus deux centres d'action constamment lis par des patrouilles.

191. Le 11 et le 12 mai 1839, deux bataillons occuprent ainsi les
quartiers Saint-Mry, du march des Innocents, du Chtelet et du
Quai-aux-Fleurs, de manire  y rendre impossible tout dsordre,
nonobstant le nombre et la nature des masses de curieux ou autres
individus venus de tous les points de Paris.

Un bataillon eut sa rserve dans l'glise Saint-Mry, l'autre sur la
place du Chtelet,  la chambre des notaires.

192. La partie de la ville  occuper sera maintenue par des bataillons
ainsi posts, dans les quartiers les plus difficiles et les plus
rtrcis, mais  porte des grandes communications et des lieux ouverts.


Ces bataillons feront rseau en avant de l'espace militaire qui renferme
le centre du Gouvernement, les Chambres, les ministres, les principales
administrations, la manutention des vivres, les tlgraphes.

Lis entre eux et avec l'tat-major gnral, ils agiront sur un rayon
proportionn  leur force, et offriront aux gardes nationaux ou aux
autorits, dans ces espces de citadelles, des centres d'action et de
runion. On triomphera bientt, ainsi, d'une insurrection dborde de
toutes parts.

       *       *       *       *       *

193. Les les qui commandent les divers ponts, les dbouchs des places,
les tranglements et passages, rampes, escaliers, en travers des
vieilles enceintes ou escarpements, seront gards et dfendus comme
postes dtachs, de manire  ce qu'on puisse couper les communications
aux insurgs et conserver celles-ci pour la troupe.

D'autres bataillons, espacs comme il vient d'tre dit, rattacheront les
faubourgs et quartiers  maintenir, les citadelles ou postes extrieurs
 conserver.

194. Les troupes de ligne seront  peu prs rparties de la manire
suivante:

1 6/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes pour former le rseau;

2 2/10 de l'infanterie, 4/10 des autres armes  l'extrieur;

3 2/10 de toutes les armes comme rserve gnrale au centre du quartier
militaire.

195. La garde nationale s'tablira dans les mairies et places
environnantes; elle pourra garder des carrefours voisins de ceux occups
par la ligne, dtacher des compagnies auprs des rserves des
bataillons, et des bataillons entiers auprs de la rserve gnrale.

196. On interceptera,  l'aide des 2/10 de l'infanterie et des 4/10 des
autres armes, les communications de l'insurrection avec le dehors:

1 En occupant ou bouchant les diffrentes portes, si la ville a une
enceinte;

2 En plaant des bataillons ou demi-bataillons dans trois ou quatre
positions extrieures commandant les principaux obstacles ou issues,
chemins, ponts, rivires, canaux, et communiquant directement avec le
quartier militaire;

3 Des piquets de cavalerie battent les environs, interceptent les
nouvelles, dispersent les rassemblements, gardent les dfils extrieurs
et rapprochs par lesquels on arriverait  la ville.

197. Les gardes de la manutention, des tlgraphes, de l'arsenal, de la
banque, des postes et mme des messageries ou autres administrations
rentreront, sur l'avis des agents de police, dans ces tablissements;
elles s'y barricaderont et s'y dfendront; la porte du corps-de-garde
sera ferme s'il est extrieur.

Si, nonobstant les concours de la garde nationale, la conservation de
ces postes exigeait un trop grand dploiement de forces, il faudrait,
autant que possible, avant de les vacuer, transporter dans le quartier
militaire, ou, au moins dtruire, tout ce qui pourrait favoriser la
rvolte: bateaux, voitures, poudres, moyens de transport et de
correspondance.

Les gardes qui, par leur faiblesse, ne pourraient rsister, se
replieraient,  l'avertissement des agents de sret, sur d'autres
postes indiqus.

198. Suivant la force de la garnison et les dispositions de la milice
citoyenne, l'on occupera, sur quelques points, les dpts de grains et
de farines, les maisons de boulangers, d'armuriers, d'artificiers, les
imprimeries, les caisses publiques et particulires, les glises ou
clochers d'o l'on pourrait sonner le tocsin ou faire des signaux, ainsi
que les btiments qui protgent le dbouch sur les places et en dehors
des casernes.

Mais on vitera toujours de dissminer la troupe, de l'engager
lgrement sans les appuis et moyens ncessaires, sur des points trop
loigns communiquant difficilement entre eux ou avec la rserve.

199. On fera provision, dans le rduit de chaque bataillon et dans les
mairies, de vivres, munitions, cordes, haches, leviers, chelles, petits
ptards de 5  6 livres de poudre, mantelets, pompes  incendie,
chariots lgers  un cheval, bliers en bois, serpes, scies, pelles,
pioches, gros marteaux et tenailles de trois pieds de long.

200. Dans les principaux centres de rsistance, existent des tonneaux 
lancer, soit des grenades jusqu' 200m de distance; soit des carcasses
enflammes ou de mitraille.

Ces tonneaux portatifs sont trans et tablis sur de petits traneaux
roulants: deux hommes suffisent pour les servir, soit contre une
barricade, soit contre un rassemblement  disperser.

201. Les mantelets avec canonnires auront deux ou trois petites roues,
deux manches et des montants de 4  5 pieds de haut, 3  4 de large:
ils seront surmonts d'une pareille construction en planches lgres, 
l'preuve de la balle.

Plusieurs soldats, marchant de front, en poussent chacun un devant eux;
ils le renversent contre la barricade et escaladent celle-ci.

202. Chaque bataillon fera cuire du pain chez les boulangers voisins; on
fera la soupe dans plusieurs des locaux occups.

Des escortes rgulires iront chercher les vivres, soit  la
manutention, soit au quartier, si ceux-ci sont peu loigns.

Dans le dernier cas, chaque compagnie, avec armes et bagages, pourra, 
son tour, aller prendre ses repas  la caserne: elle servira de
patrouille  l'aller et au retour.

On profitera des patrouilles, diriges vers les dpts les plus voisins,
pour augmenter l'approvisionnement en cartouches.

203. Toutes ces dispositions prises, et autant que possible de manire 
ce que les commandements militaires, le casernement des troupes, qui en
dpendent, aient les mmes circonscriptions que les mairies et que les
lgions de garde nationale, ainsi que nous l'avons expliqu dans le
chapitre 3, les oprations ultrieures auront lieu conformment aux
principes suivants.




 II.

OPRATIONS ULTRIEURES.


204. De deux on trois centres de bataillon, on marche au foyer mme de
l'insurrection, s'il est extrieur, avec des troupes de la rserve; on
le cerne, on s'emparant au fur et  mesure des btiments convenables,
surtout des difices publics; on y rallie la garde nationale des
environs.

On avance toujours ainsi, en resserrant et isolant les rebelles de
l'intrieur et de l'extrieur, mais de manire  pouvoir se rapprocher
du gros de la garnison, en cas d'chec.

205. Si, au centre mme de l'insurrection, est un btiment ou groupe de
btiments important, facile  dfendre, et bien approvisionn, il faut y
jeter quelques compagnies, mme un bataillon bien command.

Ce dtachement facilitera les attaques, en tournant une partie des
barricades et positions ennemies; il contiendra le quartier et en
ralliera les gardes nationales; on communiquera, avec ce centre
d'action, par quelques positions intermdiaires, par des patrouilles,
ou, au moins, par des signaux.

       *       *       *       *       *

206. Si une grande rue, promenade ou place, est au milieu des parties
insurges, on fera tous ses efforts pour y arriver par plusieurs
directions.

On occupera fortement tous les btiments qui les flanquent, et ceux aux
angles des rues aboutissantes; on dlogera les rebelles de toutes les
maisons qui y ont vue, afin que l'artillerie soit libre d'agir.

Plusieurs attaques tentes de cette place d'armes et de ces rues
aboutissantes, dont deux fausses sur les ailes et les flancs de
l'ennemi, une ou deux vritables sur le centre, doivent, si elles ont
t bien prpares, forcer les positions des insurgs.

207. S'il y a difficult de pntrer dans les lieux rtrcis qu'occupent
les rebelles, on les attire par une retraite simule sur un terrain
ouvert, battu de feux croiss d'artillerie et d'infanterie; on les
cerne, on les attaque.

208. Partout o l'on s'tend, il faut s'emparer des dfiles qui divisent
l'insurrection ou qui l'isolent de l'extrieur et des autres quartiers.

Si on ne peut garder ces passages, et s'ils sont inutiles  l'attaque,
on les coupe, on les barricade.

Il faut aussi s'assurer des dfils ou positions qui commandent les
communications des diffrentes colonnes entre elles, ou avec les points
occups en arrire.

       *       *       *       *       *

209. On marche, dans toutes ces oprations, par divisions  grandes
distances, comme nous l'avons dj expliqu, un peu de cavalerie
soutenant l'infanterie, les flancs clairs.

Une rserve intermdiaire est laisse entre le rduit ou point de
dpart.

Sur les flancs, des petits corps de garde bien tablis empchent qu'on
ne soit tourn.

Si l'on peut se glisser le long d'un obstacle, canal, rivire, muraille,
on n'aura qu'un flanc  couvrir.

210. Vu la difficult du feu oblique  droite, surtout par une fentre
leve et sans se dcouvrir, une colonne suivant une rue non tortueuse,
n'a gure  craindre que les feux  droite: elle vitera le plus souvent
la fusillade des maisons en longeant le pied des btiments du ct droit
de la rue.

Pour le mme motif elle peut, en faisant occuper, par les derrires, les
maisons du rang gauche de la rue, ordinairement peu garnies, assurer sa
marche.

Ces principes rsultent des observations faites, en juin 1848, par le
gnie militaire,  l'attaque au del du canal Saint-Martin.

       *       *       *       *       *

211. On s'tend le plus possible aux environs des rues par lesquelles ou
prs desquelles on a pntr; ou occupe de distance en distance,
principalement aux carrefours, deux btiments solides, levs et
vis--vis l'un de l'autre.

 mesure qu'on avance, il faut laisser  chaque attaque, de cent pas en
cent pas, dans des jardins, sur les places, en arrire des cltures ou
barricades, des petites rserves de cavalerie, autant que possible
abrites contre le feu des positions non forces, et ayant des
communications libres.

En dehors ou dans les parties enleves, les lieux et btiments, d'o
l'on peut plonger  revers sur les dfenseurs des enclos ou sur les
positions non encore prises, sont occupes.

212. On attaque chaque poste, sur plusieurs ttes de colonnes, par
diffrente rues, de ct, de front, en queue; la cavalerie est
chelonne sur les flancs pour protger ou pour prvenir les
contre-attaques en tte, en queue, de ct.

Les positions enleves et utiles sont fortifies; les autres dmolies,
si elles peuvent favoriser les rebelles; on occupe les clochers, maisons
et points extrieurs dominants.

Les postes que l'on ne peut forcer sont bloqus, en garnissant les
btiments extrieurs qui les commandent.

213. Ce genre d'attaque suppose qu'il y ait peu d'obstacles matriels 
franchir; ou que l'on veuille finir vite, cote que cote, soit pour
disperser une insurrection naissante qui peut grossir; soit pour joindre
un corps bloqu et sur le point de faiblir.

Il est en effet des circonstances o, vu la fatigue et
l'affaiblissement des insurgs, la faiblesse de leurs positions, la
ncessit de hter la conclusion ou, au moins de nettoyer un quartier,
et de parvenir, soit  une troupe bloque qui n'a plus ni vivres, ni
munitions, soit  une position importante, o l'meute, avec le temps,
pourrait solidement s'tablir, il faut lancer une colonne d'attaque, 
travers le ddale des rues, et enlever plusieurs positions successives
de vive force.




 III.

DFENSE PLUS RGULIRE.


214. Ces cas excepts, il vaut mieux avancer pied  pied, ne faire un
pas qu'autant que l'on s'est bien tabli en arrire; gagner le long des
murailles et maisons pour se soustraire  l'effet des feux; au besoin
cheminer par l'intrieur des btiments, et mme par les toits.

Rassure par le nombre surabondant des regrettables moyens de dfense
qui vont tre extraits de l'_Officier d'infanterie en campagne_, la
rpression n'oubliera pas un seul instant quels sont les hommes gars 
combattre; elle rglera, avec le calme et toute la modration possible,
l'nergie de son action sur l'imprieuse ncessit ou sur le plus ou
moins de violence de la rvolte; choisissant toujours, de prfrence,
les voies les moins calamiteuses, elle n'adoptera les mesures extrmes
que dans les cas les plus dsesprs.

215. Ne pas marcher  une enceinte ultrieure que tous les postes
voisins de droite et de gauche, en avant,  hauteur, et en arrire de la
prcdente, ne soient enlevs, occups; les passages en travers largis;
on ouvre des communications latrales; les coupures domines sont
enleves ou masques  l'aide de troupes et de contre-barricades; les
masses d'ennemis loignes  coups du fusil.

On tablit de larges communications en arrire, et entre les attaques, 
mesure que l'on avance on s'assure des voies transversales, pour que les
colonnes constamment lies puissent s'entre-secourir dans les grandes
rues.

La cavalerie ne doit dpasser l'infanterie, et poursuivre les ennemis en
retraite, qu'autant que cette infanterie s'est empare de toutes les
maisons dominantes ou occupes par l'meute.

216. Chaque attaque, prcde  50 pas de deux rangs de 5  6
tirailleurs, marchera par petites colonnes du front d'une section ou
d'une demi-section, de la force d'une  deux compagnies espaces de 50 
100 mtres, les tambours dans les intervalles.

Cette formation a plusieurs avantages;

La troupe n'est pas entasse inutilement; ses diverses fractions peuvent
agir, selon les circonstances, sous la direction d'officiers vigoureux.

On augmente ainsi les rserves, qui ne sont pas toutes sous le feu de
l'ennemi; ces petites colonnes se protgent les unes les autres,
empchant que, des croises ou des rues en arrire, on ne puisse prendre
 dos les subdivisions les plus avances.

Les dernires colonnes soutiennent les premires, prennent  droite ou 
gauche pour tourner les obstacles qui arrtent la tte.

Cette tactique fut employe par le gnral de division Roguet, d'aprs
les ordres de Napolon, pour enlever le village de Ligny, le 16 juin
1815, avec 2 bataillons de vieille garde, marchant par division  100
mtres de distance.

Elle convient d'autant plus, quand la solidit dj prouve d'une
troupe permet de multiplier ainsi les commandements particuliers, et les
dtachements si important, si dlicats en pareilles circonstances.

217. On borde, aussi prs et aussi  couvert que possible, un obstacle
intrieur dfendu; on occupe surtout les maisons extrieures qui le
dominent; on le fait vacuer  coups de fusil, avant d'essayer de le
franchir; et toujours on passe sur plusieurs points  la fois.

On s'tablit solidement au del; on y ouvre des brches larges et
nombreuses, sous le commandement des positions occupes.

Si l'obstacle n'est pas dfendu, il faut le franchir et s'tablir
lestement de l'autre ct.

       *       *       *       *       *

218. Se pas s'aventurer en trop grand nombre dans une place ou enceinte
battue de feux; tablir des tirailleurs dans les premires maisons ou
lieux levs voisins; occuper les deux btiments d'angle de la place.

S'tendre successivement pour protger le dbouch de la colonne, sous
leur appui, soit par l'intrieur des maisons; soit extrieurement, en
faisant contre-battre les tirailleurs opposs.

La tte de la colonne s'tablit dans les btiments qui enfilent, barrent
ou commandent les dfils voisins.

219. Il sera possible quelquefois d'exciter la prsomption d'ennemis peu
habiles, de les engager par une fuite simule, mais lente,  dboucher
en force de la place: on fera volte-face, auprs d'obstacles  l'abri
desquels des rserves masques dboucheront.

L'infanterie chargera dans le milieu, la cavalerie coupera la retraite
sur les flancs; n'ayant plus  craindre le feu des maisons, on y entrera
ple mle avec l'ennemi, avant qu'il puisse s'y mettre en tat de
dfense.

       *       *       *       *       *

220. Les barricades et maisons attenantes sont les clefs de toutes les
positions:

Leur attaque sera d'autant plus lente et meurtrire qu'on ngligera
davantage les moyens tournants.

Il faut viter de trop dissminer, sous le feu de ces positions, des
troupes fatigues.

221. Si la coupure est mal tablie ou mal dfendue, un seul peloton
prcd de la 1re section de tirailleurs, l'enlvera sans aucune
opration prliminaire.

222. Deux divisions suffisent pour prendre la plus forte barricade;
l'attaque est conduite pied  pied sur les flancs de la position, de
manire  assurer le succs sans effusion inutile de sang.

Elles arriveront par une rue latrale et s'arrteront, en arrire du
retour de rue le plus voisin,  l'abri des feux de la coupure.

Une compagnie prendra position dans les maisons du 1er carrefour; elle
dirigera son feu, des tages levs, contre la barricade et les
btiments qui la protgent; au besoin, une section, sous l'appui de ce
feu, occupera un btiment plus rapproch, d'o elle remplira mieux ce
but.

Deux autres compagnies ou sections s'tabliront de mme, aux deux
carrefours voisins, dans les rues latrales de droite et de gauche pour
menacer par des feux, ou par une attaque, soit le long des maisons, soit
dans la rue, les flancs ou les derrires du la coupure.

Il suffira, ds-lors, de marcher  celle-ci, avec quelques hommes, pour
l'enlever.

223. Si l'on ne peut tourner ainsi la traverse, les deux sections d'une
mme compagnie, munies de ptards, de mantelets, de leviers ou de
haches, s'en rapprocheront alternativement de 50  100 mtres; chaque
section, sous la protection de celle reste en position dans un tage
suprieur en arrire, avancera pour occuper chaque fois un btiment
plus rapproch.

Aprs un ou deux mouvements pareils, on plongera de prs sur la
barricade et sur les fentres qui la flanquent: l'attaque sera facile;
deux pelotons suffiront pour cette opration.

Les colonnes latrales dtachent quelques hommes rsolus vers celle du
centre, et celle-ci vers les autres, par les jardins ou maisons, pour
prendre ou plonger  dos les barricades.

224. Huit  dix coups de canon suffisent pour renverser une barricade.

Souvent on tire, contre une pareille position, 400  800 coups de fusil.

1/20 des insurgs qui la dfendent sont frapps; ils ont 4  8 morts; 15
 30 blesss.

225. Si l'on prfrait atteindre le but moins vite, sans grande effusion
de sang, on arriverait par l'intrieur des cours ou des maisons, en
escaladant les murs de clture, en perant ceux de refend au-dessus et
derrire la position  enlever: on occuperait les toits.

226. On ne doit pas dpasser une barricade avant de s'tre rendu matre
des maisons attenantes; il faut excuter avec prudence le passage du
dfil en avant, et faire largir aussitt le chemin pour la cavalerie
qui ne viendra qu'ensuite.

227. Alors cette arme, soit contre les retours offensifs mal appuys,
soit contre les groupes qui tentent de se reformer, agit par petites
troupes dans les rues, sous la protection de l'infanterie loge aux
fentres: Elle se replie au besoin en arrire de ces maisons occupes;
elle charge, en tte et en flanc, les ennemis dj repousss par le feu
des btiments garnis de fusiliers: mais elle doit viter de gner
l'action de ces derniers comme le fit, le 13 mai 1839, un escadron de
cavalerie qui obstrua longtemps la rue Saint-Merry dont les fentres
taient garnies de fantassins.

       *       *       *       *       *

228. Les longues rues seront dblayes  coups de canon, en
s'tablissant toujours un peu en arrire de leurs coudes, si tout autre
moyen est insuffisant; les maisons qui flanquent les barricades seront
battues en brche ou incendies avec des obus, ce qui ne les fera
peut-tre pas vacuer.

229. On attaque ces maisons  dos, en se glissant derrire, et les
enveloppant si elles sont isoles.

On occupera les btiments les plus voisins dans le cas contraire, afin
de l'emporter par un plus grand feu.

Les meilleurs tireurs seront embusqus dans les greniers, sur les toits,
derrire les chemines; ils tireront  tout homme arm qui se montrera,
et contraindront l'ennemi  laisser le champ libre.

230. On pntre, d'une maison dans une autre attenante, par tous les
tages  la fois, par la cave, le grenier, le toit ou la terrasse.

 chacun de ces tages, on perce des crneaux dans le mur de refend, on
les garnit de fusiliers; sous la protection de ceux-ci, on fait ensuite
des trous plus gros pour le passage des hommes.

231. Si l'on ne peut ainsi s'emparer d'une maison contigu, et si
l'importance de la position, les circonstances les plus imprieuses, les
plus dsespres, l'exigent, on y met le feu, ou on brle le btiment
qui est  ct.

Dos soldats dlogent les tireurs qui sont aux fentres ou sur les toits,
et ceux qui veulent teindre un incendie, dernier et regrettable moyen
de salut.

232. Chaque btiment principal enlev sera gard et fortifi sans perdre
de temps.

On occupera, par autant d'escouades, une maison en face de chacune de
ses portes.

Si la position est nuisible  la troupe, elle sera ouverte et dmolie du
ct oppos.

233. Le ptard, pour faire sauter les portes, est une bote en tle, ou
un sac goudronn, rempli de 4  5 livres de poudre; au marteau de la
porte il y a un oeil  mche.

L'homme qui a mis le feu, sous la protection de quelques tirailleurs, ou
en se glissant de nuit et le long des maisons, s'abrite dans une alle
voisine, du mme ct, pendant l'explosion.

       *       *       *       *       *

234. L'attaque du rduit, ordinairement la dernire et la plus srieuse
des oprations successives contre une cit trangre, a beaucoup moins
d'importance et prsente peu de difficults dans le cas qui doit plus
nous occuper.

Car une insurrection cerne et resserre dans son dernier rduit, 
l'intrieur d'une ville, se disperse bientt, lors mme que l'on
voudrait l'en empcher, ce que l'on se garde bien de faire; alors
chaque insurg s'chappe le plus souvent inconnu et insaisissable, 
travers les positions de la troupe dont le cercle, nonobstant toutes les
prcautions prises, a toujours quelques solutions de continuit.

Bienheureux la ville et le Gouvernement qui voient ainsi, aprs de
lugubres journes, l'ordre renatre et l'effusion du sang s'arrter.

En rcapitulant toutes les cruelles ncessits de la rpression, les
malheurs, les victimes, les ruines que cause immdiatement l'meute,
alors mme qu'elle est rprime, on ne saurait trop fltrir les
coupables excs d'une anarchie fratricide, et dsirer la prompte
gurison de cette monomanie furieuse du temps actuel.

L'humanit lasse d'une civilisation si fconde en chefs-d'oeuvres divers,
en inventions puissantes et utiles, en hommes illustres, voudrait-t-elle
rtrograder vers des poques d'une barbarie telle, qu' peine les
annales des temps les plus calamiteux en donnent l'ide.

Quelle poque que celle o il faut s'occuper de pareilles thories: o
la dfense sanglante du foyer domestique, lui-mme, par les moyens les
plus dsesprs, peut devenir le sujet d'tude journalier et trop
souvent applicable du citoyen, menac dans le produit de ses labeurs,
dans sa sret, et dans ses affections les plus douces, les plus
sacres.

Flicitons-nous d'avoir pu chapper  de tels malheurs, et plaignons les
peuples qui auraient encore  traverser d'aussi dures preuves;
plaignons-les surtout de n'avoir pas su les conjurer.




CHAPITRE VI.

_Cas particuliers._




 Ier.

DIVERS CAS D'MEUTE.


235. Les principes prcdemment exposs doivent subir d'importantes
modifications, selon le caractre de l'meute  comprimer et les
circonstances au milieu desquelles celle-ci clate.

Ces circonstances dpendent de cinq lments principaux:

1 tat moral et politique;

2 Esprit des populations intrieures et extrieures;

3 La force publique;

4 Nature de la ville;

5 Rsidence du chef de l'tat au moment de l'meute.

       *       *       *       *       *

236. L'tat moral et la politique dominent tout: si les esprits sont
agits et mcontents; si l'opposition est dans toutes les ttes, la
patience nulle part; si les affaires souffrent; si les ambitions depuis
longtemps sont surexcites et les esprits habitus aux changements; si
des puissances voisines, gnes dans leur politique ambitieuse, dsirent
la chute du Gouvernement; si une classe importante est hostile  ce
Pouvoir, une seule tincelle dterminera l'explosion pour laquelle tout
est prpar.

Peu d'hommes dcids  tout, et depuis longtemps unis dans les mmes
desseins, seraient en effet une force redoutable, vis  vis d'une
socit divise ou sans nergie, sans confiance en elle-mme, et qui,
n'ayant qu'indiffrence, doute ou esprit d'opposition, ne prsenterait
nulle part, au milieu d'une tourmente srieuse, un point d'appui rel 
l'autorit depuis longtemps affaiblie.

Le pouvoir le plus ncessaire au pays, le plus rgulier, et en apparence
le plus fort, pourra s'affaisser tout  coup, au milieu de l'abandon
gnral.

Heureux si, alors, une rsolution vigoureuse, prise  propos, lui permet
d'attendre,  la tte de l'arme, que cette surexcitation, que ces
erreurs aient fait leur temps.

237. Si le Gouvernement, disposant d'une troupe suffisante, a pour lui
l'opinion, tant dans la capitale qu'au dehors; si, rassur contre une
rvolution, il ne peut redouter qu'une simple meute excite par un
parti sans racines, il protgera l'ordre et les proprits partout o
ils seront menacs.

Il pourra, alors, dissminer ses forces et les laisser  la disposition
des agents civils que cette affaire regardera particulirement.

Mais il faut viter que ces sortes de troubles se renouvellent et
laissent descendre l'agitation jusque dans les dernires profondeurs de
la socit; viter aussi que la troupe y soit employe d'une manire
indcise et compromettante, et que l'anarchie y fasse parade de ses
moyens: ce qui affaiblirait,  la longue, le moral du parti de l'ordre
et lverait celui des factieux, pour des circonstances plus graves.

L'anarchie aveugle n'apprcie jamais bien ses forces et ses ressources
relatives: elle compte tous les mcontents, tous les curieux pour ses
adhrents: au premier coup de fusil ceux-ci se retirent: il ne reste
plus que quelques groupes compromis dont les chefs prennent leurs
srets, et alors une moiti se dfie de l'autre: il ne faut croire ni 
toutes ses esprances, ni  la scurit que le dfaut de ses forces
relles inspirerait.

238. Si l'insurrection prpare, soit dans un faubourg, soit  la
campagne, est tout a fait trangre et extrieure  la ville, o elle
veut agir dans une circonstance donne, le mieux sera de lui barrer le
chemin, de l'isoler, soit en gardant les issues de l'enceinte; soit en
occupant le dbouch des principaux faubourgs et une forte position
centrale intrieure, sur laquelle on convergera, en cas de trouble; soit
en prenant une position intermdiaire extrieure d'observation avec de
la cavalerie, sur la direction des populations agites.

 l'entre ou  l'intrieur de la ville, et mme dans les communes
environnantes suspectes, on arrte les meneurs, mais de manire  ne pas
dterminer une explosion.

Dans ce cas, il faut se borner  repousser le dsordre, viter d'aller
le chercher dans son centre; de l'exciter, de lui fournir un prtexte;
d'appeler aux armes et de forcer, pour ainsi dire,  s'ameuter tous les
habitants des communes mcontentes, soit par des dispositions militaires
qui ne seraient pas indispensables, soit par des motifs de
mcontentement donns aux approches des jours de fte, de march ou de
runion; on a soin de ne pas rallumer d'anciens dissentiments, par
l'emploi de gardes nationales trangres  la localit.

239. viter, surtout, d'attaquer ouvertement, de retenir dans une lutte
des insurgs arrivs de l'extrieur sans but bien dtermin; faciliter,
sous main, leurs projets pour une autre direction, sauf  pourvoir: ou
aura plus facilement raison de cette insurrection bientt rduite, au
dehors, au dixime, par la dispersion. Dans tous les cas, elle sera
moins redoutable que dans une capitale, o existent tant d'lments
inflammables.

       *       *       *       *       *

240. Si l'insurrection est dans le quartier militaire qu'occupe la
garnison, celle-ci, non affaiblie par des dtachements, l'isolera
d'abord du reste de la ville et de l'extrieur.

Sans grande effusion de sang, on pourra compter sur un succs avant le
second ou le troisime jour, suivant les forces et les
approvisionnements des rebelles.

Mais, si l'on veut hter la conclusion, les diffrents corps posts dans
les tablissements publics les plus importants, bien approvisionns de
vivres et de tous les moyens indispensables dans la guerre de maisons,
logs  l'cart de la population et des agitateurs, se lieront entre eux
et avec l'tat-major gnral, comme il a t expliqu: agissant sur un
rayon proportionn  leurs forces, ils offriront ainsi aux gardes
nationaux et autorits civiles, dans des espces de citadelles actives,
des centres de runion et de dfense.

Engages de cette manire, les troupes n'prouveront nulle part ni
perte, ni grande rsistance, et triompheront bientt d'une insurrection
dborde de toutes parts.

241. Dans le cas d'une meute intrieure et srieuse, les insurgs
veulent agir  la fois sur tous les points et se dissminent; alors, on
enlve la position la plus importante par un grand effort, et l'on
marche ensuite aux autres jusque-l contenues par de fausses attaques.

Ou les rduit successivement, on menace, on avance, avec toutes les
troupes runies, en tte, en queue et par les flancs.

242. Si les insurgs n'occupent rellement qu'un seul point en forces,
il faut les y amuser par peu d'hommes prouvs et, en mme temps, les
cerner en occupant tous les dbouchs environnants.

On agit vigoureusement et simultanment en plusieurs endroits, l o les
colonnes d'attaque pourraient tre soutenues par une rserve commune.

243. Dans le cas d'une rbellion ouverte, l'meute se dveloppe 
l'extrieur du quartier militaire occup; des secours attendus, des
causes de division ou de lassitude qui peuvent survenir parmi les
insurgs engagent  gagner du temps; alors, on se fera une enceinte, en
profitant des rues, jardins, vieux murs, canaux, rivires, le long de
laquelle on occupera de bons btiments, surtout aux embranchements de
rues et de carrefours, de 200 en 200 pas, afin du mieux se flanquer,
d'enfiler les principales communications parallles et transversales.

Les difices, faisant tte de pont au del de cette enceinte, seront
galement occups, pour prendre des revers utiles sur le pourtour, et
permettre d'agir au dehors ds que cela sera possible ou ncessaire.

Ce parti serait chanceux, en cas de rvolution imminente, dans la
capitale d'un gouvernement centralis: il ne faut le prendre que comme
un pis aller, ou un des derniers moyens de ne pas abandonner tout  fait
un thtre si important, et alors seulement que la garde nationale
refuse son concours; ainsi l'on reste prs des factions, on profite de
leurs divisions, hsitations ou dcouragements.

Dans ce cas, on abandonne  la garde nationale la majeure partie de la
ville qu'elle sera oblige de prserver du pillage.

L'meute de Clermont, en septembre 1841, est, sous certains rapports, un
exemple de l'application de ce principe.

244. L'agitation excite dans la ville, parmi une classe de citoyens,
veut agir au dehors, contre quelques localits ou tablissements, soit
par le pillage, soit par l'incendie.

Des troupes d'infanterie et de cavalerie sont cantonnes, dans des
positions intermdiaires d'observation, de manire  intercepter les
communications aux mal intentionns;  les arrter au dpart ou au
retour;  se porter rapidement, soit au secours des tablissements
menacs avec des pompes  incendie; soit aux quartiers de la ville o
les rassemblements s'organiseraient, en attaquant ceux-ci, partout o on
pourrait les atteindre, avant qu'ils ne deviennent dangereux par leur
nombre et leur position.

       *       *       *       *       *

245. Si la force arme se compose d'lments vigoureux et dvous, tous
prouvs dans des guerres longues et glorieuses, si les chefs sont des
hommes d'exprience, si les grands principes d'autorit et de fidlit
sont intacts; si de rcentes catastrophes n'ont donn ni le got ni
l'habitude des rvolutions, le pouvoir ne peut redouter d'meute que
celle qui aurait les motifs les plus graves, les plus irritants, pour
l'honneur et les intrts de la nation: alors, la plus faible garnison
agissant, avec un ensemble majestueux, donnera facilement force  la
loi. Mais il faut que l'autorit veuille se dfendre, et ne se laisse
pas garer, de concessions en concessions, par l'espoir trompeur d'une
conciliation quelquefois impossible.

On ne doit pas oublier qu'au commencement de sa victoire, l'meute n'est
en mesure nulle part, mme sur les positions les plus importantes:
partout elle ne prsente qu'une foule ivre de son succs; une compagnie
balayerait tout en un instant, si le pouvoir attaqu gardait son
sang-froid pour ce moment dcisif.

246. Dans les mmes circonstances, l'effectif du la troupe est si peu
nombreux qu'il lui est impossible de conserver ses postes au milieu de
l'insurrection. Des forces extrieures peuvent tre rallies: alors on
se concentre de plus en plus, se jetant, s'il le faut, au dehors de la
ville, ou  une de ses extrmits, de manire  pouvoir, soit rentrer au
besoin; soit couper extrieurement les communications de la rvolte,
conserver les siennes et appeler les secours ncessaires.

Le caractre du chef pourra encore triompher d'une meute bientt
effraye de sa propre victoire, et qui,  l'aspect des troupes qui vont
fondre sur elle de toutes parts et des difficults intrieures qui
l'attendent, viendra elle-mme prier qu'on reoive sa soumission.

Les autorits civiles resteront, autant que possible,  leur poste, pour
profiter des premires bonnes dispositions des rebelles, et empcher
l'lvation d'autorits nouvelles qui, une fois compromises, s'opposent
 tout accommodement.

La conduite ferme et habile de la reine-mre, dans l'meute de 1588, est
un exemple de l'observation de ce principe.

247. Dans un tat des pouvoirs publics, o ceux-ci auraient besoin
d'tre fortifis, encourags, rassurs par le concours de l'opinion, il
faudrait agir avec prudence et rsoudre le plus de difficults possibles
sans rien compromettre.

248. Si,  proximit de la ville, existe un corps auxiliaire que l'on ne
peut immdiatement y faire entrer, pour quelque motif que soit, le camp
provisoirement occup par ce corps et les positions de combat de la
garnison seront tels que leurs communications restent constamment
faciles et assures.

249. Dans les tats o il n'existe pas de garde nationale, le plan
gnral de dfense expos, chapitre 4, devra tre grandement modifi; il
ne sera plus, alors, aussi indispensable d'organiser  l'avance, comme
centres d'action et magasins d'approvisionnements, toutes les mairies;
les rgles pratiques du chapitre 5 resteront utiles.

Dans ce cas nouveau, il ne faudrait pas dsesprer de rprimer le
dsordre; un principe militaire plus fort, vis--vis de l'anarchie
entirement dsarme, pourrait encore suppler au dfaut de cet utile
auxiliaire.

       *       *       *       *       *

250. La topographie de la ville permet  la garnison d'occuper, comme
base d'oprations, un quartier militaire  cheval sur toutes les rives,
communiquant avec toutes les directions, renfermant les principales
administrations et s'tendant de la circonfrence vers le centre: c'est
le cas le plus avantageux qui puisse se prsenter.

251. Le nombre et l'importance des obstacles qui divisent la ville sont
 l'avantage de la troupe ou de l'insurrection, selon que la premire
peut, d'un petit nombre de positions  sa porte, dominer ces obstacles,
ou que ceux-ci ne couvrent pas directement l'insurrection.

252. Un quartier militaire central est d'autant moins convenable que les
approvisionnements de toute nature y sont moins assurs, que la force
publique est moins puissante et que ses communications avec l'extrieur
peuvent tre plus facilement interceptes. Il a souvent l'avantage
d'isoler les diffrents arrondissements insurrectionnels.

Le plus heureusement plac du tous ces quartiers est celui qui se
trouve dans un arrondissement peu habit et ouvert, au point de concours
de plusieurs obstacles transversaux, et au centre de diverses parties de
ville hostiles, populeuses, rtrcies et loignes les unes des autres.

253. Si un quartier ennemi, trs-habit, mal perc, domine toute la
ville, si la troupe ne peut y parvenir, en cas d'meute, qu'en forant
de redoutables positions, il faut ncessairement y avoir un
tablissement militaire permanent.

 dfaut du celui-ci, et si l'on veut viter une affaire vive et
sanglante, l'attaque par le dehors de la cit ou le blocus peuvent
russir.

254. Une enceinte de ville facilite la rpression toutes les fois qu'on
peut faire garder ses rares issues, sans se trop diviser; mais elle rend
encore plus critique le parti dj si hasardeux de l'vacuation; dans ce
cas, l'meute,  qui on aurait abandonn la ville, s'y trouverait
fortifie; avec des approvisionnements de vivres et du combat, elle
aurait peut-tre les moyens de s'y dfendre quelque temps.

255. Dans une grande ville que commande une citadelle, et quoiqu'on ait
peu de forces, il vaut mieux occuper cette bonne position militaire d'o
l'on pourra surveiller, contenir et au moins rsister  la rvolte, que
de laisser, en se retirant, celle-ci libre de soulever les plus
indiffrents, et de venir, au dehors, profiter des avantages du nombre
ou de la position.

       *       *       *       *       *

256. La rsidence du chef de l'tat, ou plus gnralement la position
ventuelle du pouvoir et de ses principaux moyens d'action ou de
dfense, avant ou au moment de l'meute, est souvent dcisive.

La position la plus favorable est assurment au dehors; on apprcie, on
domine mieux les vnements, on est moins gn par les hommes et les
circonstances, on est plus libre d'esprit et d'action, on est oblig 
moins de concessions; on peut enfin intervenir, avec autorit et un
grand effet moral, au moment opportun, et de la manire la plus
convenable; ces grands avantages, il ne faut pas se hter lgrement de
les perdre, d'autant plus qu'on ne les retrouverait pas tels, en se
retirant ensuite aprs s'tre avanc.

257.  la supriorit de cette position se joindront tous les moyens de
la faire valoir, si le chef de l'tat apprend les vnements au milieu
de forces runies dans toute autre prvision, ou de populations
vigoureuses et dvoues, qu'il serait alors galement facile de rallier
et de mettre en action.

258. La pire de toutes les positions est l'investissement complet du
chef de l'tat dans un rduit intrieur; quels que soient la force, la
garnison et les approvisionnements de cette citadelle, il faut en
sortir, mme au prix des plus larges concessions, pour se soustraire aux
enlacements de l'meute ou  la discrtion des dangereux amis qui
viendraient la combattre  leur manire; il faut, aussi tt que
possible, se mettre en rapport vritable avec les populations, les
moyens de gouvernement et de rsistance.

Un bruit vrai ou faux, de nature  servir d'autre aliment  la rvolte,
pourra la dtourner tout  coup de la voie qu'elle suit; avant les
consquences de sa nouvelle direction, si dangereuses qu'elles soient,
on aura le temps de prendre un parti et de tenter un effort dcisif;
ainsi, il y aura moyen d'chapper et de ressaisir la direction des
vnements.

       *       *       *       *       *

Parmi les mesures adoptes par Napolon, le 13 vendmiaire, on doit
remarquer la runion aux Tuileries de tous les vivres et munitions
ramasss dans Paris, et les dispositions prises pour se retirer, avec la
Convention, sur la position de Meudon qu'il avait fait occuper, en vue
des circonstances les plus extrmes.




 II.

TROUBLES AU SUJET DES GRAINS OU DES CONTRIBUTIONS.


Il y a encore malheureusement lieu, quelquefois, de rprimer ou de
prvenir d'autres troubles srieux et peu motivs, mais plus
excusables, soit pour la chert des grains, soit au sujet du
recouvrement des contributions; les uns et les autres exigent des
mesures spciales.

Un hiver rigoureux, une certaine situation politique des esprits,
peuvent donner  ces dsordres la plus grande gravit; ce sujet ne
comporte que des dtails assez simples et dj connus; nanmoins il doit
tre trait ici.

Nous le ferons en rsumant les usages et les rglements ou lgislations
le plus gnralement adopts; nous emprunterons presque tout  la
France, o, plus souvent menace, l'autorit a d s'occuper davantage de
la question et fournir d'utiles documents pour les autres pays.

       *       *       *       *       *

259. Dans chaque circonscription, l'administration encourage le commerce
 faire arriver, vers les ports ou grands dpts limitrophes, des
grains, et,  leur dfaut, des denres alimentaires qui puissent y
suppler; elle assure l'coulement de ces denres vers l'intrieur;
partout elle oblige, ainsi, les accapareurs et gens timors  ne pas
cacher et retenir leurs approvisionnements, quelquefois considrables.

260. Dans une contre, les troubles ont lieu  l'occasion de la chert
des grains, tantt sur un march, tantt sur un autre ou  leurs
abords; alors on prend les dispositions suivantes:

Une  deux compagnies d'infanterie sont cantonnes de 7  8 lieues en 7
 8 lieues, gnralement aux chefs-lieux administratifs, ou au centre
des communications les plus importantes, de manire  couvrir le pays
agit d'un rseau de dtachements espacs d'une journe de marche.

261. Dans la position centrale la plus importante, sous le rapport de la
population et des communications, il y aura, pour 4, 5, 6 dtachements
ou arrondissements pareils, une rserve d'un  un demi-bataillon et
escadron.

262. Chaque dtachement sera casern dans un btiment lou par la
commune; pendant les courses, les cuisiniers et les malades pourront y
rester sans craindre d'tre inquits.

 dfaut de ce btiment, la troupe sera cantonne sous la main du chef,
autour d'un corps-de-garde central; elle fera ordinaire.

Les visites de sant seront rgulirement faites dans les cantonnements;
on dirigera,  temps, les malades sur les hpitaux voisins.

On vitera de faire voyager, soit des hommes isols, soit des
dtachements sans chefs, sans armes, sans munitions; mais les
vacuations seront faites, soit sous la protection des patrouilles
journalires, soit  des poques fixes.

263. La troupe, ainsi cantonne, recevra l'indemnit de rassemblement.

L'indemnit de route sera alloue aux troupes casernes dans les
garnisons ordinaires, toutes les fois qu'elles feront 24 kilomtres,
aller et retour, ou quand elles dcoucheront; la feuille de route prise
au dpart constatera le droit de percevoir.

       *       *       *       *       *

264. Le jour de march dans une des communes,  moins d'une demi-journe
de marche d'un dtachement, celui-ci se transportera auprs de ladite
commune, avec armes, munitions, bagages et vivres pour un repas.

Il s'arrtera dans un local au dehors, et  proximit du march, afin
d'intervenir pour le rtablissement de l'ordre  la premire demande des
autorits.

Les soldats resteront runis et prts  prendre les armes: sur l'avis du
maire, que leur prsence n'est plus ncessaire, ils rentreront  leur
cantonnement.

Les brigades de gendarmerie voisines se runiront sur le march pour y
assurer la tranquillit; elles arrteront les mutins et les accapareurs.

265. Les dtachements, les piquets arms doivent se faire par fractions
constitues.

Les premiers, lorsqu'il s'agira de rprimer ou de prvenir des troubles,
 plus de deux lieues de distance, ne doivent jamais tre moindres de 40
 60 hommes.

266. Dans ses courses, la troupe rassurera les habitants, rpandra les
bonnes nouvelles des villes voisines, engagera  venir aux marchs et 
les alimenter.

Partout les officiers verront les autorits, vivront bien avec elles et
avec les principaux habitants; la troupe restera trangre aux inimitis
locales, elle vitera les querelles de cabaret ou avec la population.

267. Les chefs de cantonnement adresseront rgulirement, au commandant
territorial des 4 ou 6 arrondissements runis, le rapport sur les
vnements de la journe.

Au besoin, ils correspondront entre eux ou avec les brigades de
gendarmerie, soit pour combiner des courses dans un but commun, soit
pour prvenir ou tre prvenus de ce qui se passe.

268. Ainsi, une  deux compagnies d'infanterie assureront les marchs
dans un arrondissement de 64 lieues carres et de 100,000 mes de
population; 1  2 bataillons, et autant d'escadrons, en tout 700  1,400
hommes, garderont une circonscription de 320 lieues carres et de
500,000 mes; c'est--dire qu'il faudra moyennement 4 soldats par lieue
carre et par 1,000 mes.

Le difficile hiver de 1846  1847 exigea, dans presque toute la France,
l'application de mesures analogues; comme toujours alors l'arme rendit
d'utiles services.

       *       *       *       *       *

269. En cas de troubles srieux dans une localit, quatre principes
serviront de rgle.

1 Nulle troupe, mme _requise_ ne doit sortir de la ville o elle se
trouve sans un ordre du gnral commandant la circonscription
territoriale.

2 Nulle troupe ne doit tre employe, mme dans la ville o elle est
tablie, que d'aprs des rquisitions crites par l'autorit civile 
l'autorit militaire, indiquant clairement le but  atteindre et
laissant au chef militaire le choix des moyens pour y arriver, quant au
nombre d'hommes et  leur emploi.

3 Toute action des troupes doit tre le rsultat du concert pralable
entre les autorits civiles et militaires.

En principe, la rquisition est faite par l'intermdiaire du chef
suprieur de l'administration civile au gnral de brigade.

Il n'est fait exception aux deux premires rgles que pour le cas de
flagrant dlit et d'urgence, c'est--dire pour ceux o le temps et les
moyens d'avoir une rponse,  la rquisition de l'autorit civile,
manqueraient absolument.

Mais alors, et bien que le chef de dtachement doive toujours obtemprer
immdiatement  la rquisition, les formalits prescrites, en cas
ordinaire pour celle-ci, seront de suite remplies  son gard, en lieu
et place du gnral; la rquisition crite sera adresse dans la
journe,  ce dernier, ainsi que le rapport sur l'vnement, et les
suites qu'il peut avoir.

4 En France, conformment  la loi du 3 aot 1791, la troupe charge,
soit d'occuper un poste et de le dfendre, soit de conserver intact un
dpt ou un convoi, n'a pas besoin, pour faire usage de la force, d'tre
requise par un magistrat civil, alors que les attroupements se disposent
 la forcer dans ses positions,  la dsarmer ou  violer la consigne.

Dans cette pnible circonstance, c'est  l'officier qui commande 
viter, autant que possible, l'effusion du sang, en prononant lui-mme
 haute voix, si les autorits civiles sont absentes ou muettes, et si
la nature de l'attaque le permet, les mots: _obissance  la loi_; _on
va faire usage de la force_; aprs quoi il agit suivant sa consigne.

Le concert le plus complet entre les diverses autorits, et la rserve
de chacune d'elles dans ses attributions spciales, sont dsirables en
de telles circonstances.

       *       *       *       *       *

270. S'il n'y a qu'une seule compagnie dans la localit, et surtout si
le casernement est tendu et ne peut tre ferm, le chef juge le petit
nombre d'hommes qu'il sera ncessaire de laisser au centre du
cantonnement pour le garder pendant son absence.

Mais, lors mme qu'il serait assur de n'avoir pas  agir, il partira en
mesure de le faire et restera toujours dans cette position; le
dtachement tant constamment runi et chaque homme ayant ses
cartouches: de cette manire il ne tentera pas les malintentionns.

271. Pendant les marchs, on vitera de dtacher des hommes au milieu de
la foule, comme surveillants, ou comme auxiliaires de la police qu'ils
ne peuvent suppler.

Si des accapareurs occupent les avenues des marchs, achtent ou
dtournent les grains qui y arrivent, afin de pousser  la hausse, le
chef se concertera  ce sujet, avec les autorits; mais il vitera
toujours de dissminer son dtachement et d'en exiger un service de
surveillance individuelle ou fractionn qui n'est pas le sien.

272. Si la troupe ne peut paratre,  la fois, sur tous les nombreux
marchs  sa porte, elle fera en sorte d'arriver inopinment, et
alternativement, sur chacun d'eux o sa prsence sera toujours ainsi
attendue.

273. Des signaux, convenus entra tous les dtachements, la brigade de
gendarmerie et la rserve gnrale;  leur dfaut, des estafettes ou
cavaliers de correspondance avertiront de suite, de la ncessite d'tre
secouru.

Dans ce cas, tout ou partie de la rserve gnrale sera dirige, par la
voie la plus prompte, chemin de fer, bateau  vapeur, relais de voitures
organiss d'avance, sur le lieu o sa prsence devient momentanment
ncessaire.

274. Partout o il y aura lieu d'intervenir, soit pour assister
l'autorit dans les arrestations, soit pour stationner prs des marchs
et les surveiller, soit pour y paratre en cas de dsordres, soit pour
agir militairement de quelque manire que ce puisse tre, le chef du
dtachement tiendra son monde prt  prendre les armes, runi en une
seule masse, sauf les quelques hommes  dtacher pour se garder, mais
vers lesquels on devra toujours pouvoir se porter promptement en cas de
besoin.

Avant tout, on conservera l'influence morale que l'on est appel 
produire: on se prsentera toujours en forces et en mesure d'agir
promptement, avec vigueur, prudence et calme, mais aussi sans
hsitation, si ncessit survenait: on vitera les tirailleries.

Le chef sera accompagn en pareille circonstance, autant que possible,
par des agents de l'autorit administrative ou judiciaire, ayant qualit
pour faire les sommations, conformment  la loi du 10 juillet 1791, si
l'emploi des armes devient indispensable: dans le cas contraire, il
agira conformment aux dernires prescriptions du n 269.

275. Il se rappellera que, mme dans les meutes srieuses, la troupe a
devant elle des hommes sans organisation, sans bonnes armes, avec peu de
munitions, sans exprience et sans chefs; aussi prompts  menacer qu'
fuir, et d'autant moins rsolus qu'ils se savent en faute ou que le
soldat est plus ferme.

La supriorit de celui-ci est donc grande surtout s'il est bien
command, si le chef lui donne de la confiance en lui en montrant: s'il
maintient le moral sans lequel la force numrique n'est qu'un embarras.

Les soldats sont ce qu'on les fait par des soins journaliers: il faut
s'en occuper constamment dans leur intrt et dans celui du service,
mme au moment o il y a le moins lieu de prvoir qu'il deviendra
ncessaire d'avoir recours  leur dvouement: on peut tre assur de
retrouver toujours celui-ci, s'il devient ncessaire.

Dans les mmes circonstances o un dtachement bien tenu, bien command,
ne rencontre que quelques mutins effrays de leur isolement, une autre
fraction mal administre, mal dirige, pourra hsiter devant des
centaines de turbulents enhardis par sa mdiocre contenance; des
rigueurs, qu'un aurait vites, deviendront, dans ce dernier cas,
ncessaires.

Rappelons, en terminant, que la troupe ne vaut que par la manire dont
elle est groupe et employe, dans un certain nombre de centres d'action
en rapport avec son effectif, avec l'tendue et l'tat du pays: les
bonnes rserves agissent  de grandes distances, dans toutes les
directions  la fois, et souvent sans se dplacer: les petits
dtachements ne sont qu'inquitants pour le chef de qui ils dpendent:
d'un autre ct, les devoirs du soldat sont d'autant plus faciles qu'il
sera rest plus tranger aux populations agites et aux passions qui les
divisent.

       *       *       *       *       *

276. Le concours de la force publique, pour assurer le recouvrement des
impts, ne peut tre refus; d'anciennes instructions fixent les rgles
dont on ne doit point s'carter.

La perception se poursuit par des porteurs de contrainte, par des
saisies et par des garnisaires; ces derniers sont des agents
commissionns par le percepteur: ils s'tablissent, pour deux jours au
plus, chez le contribuable, lequel doit les nourrir ou leur payer la
nourriture.

Les soldats ne sont jamais employs comme garnisaires, mais ils peuvent
et doivent prter appui et dfense aux percepteurs, protger les saisies
et assurer les ventes, dfendre au besoin la personne des garnisaires et
de tout agent du fisc.

277. Lorsque l'autorit administrative, jugeant l'intervention de la
force arme indispensable pour le recouvrement de l'impt, adressera, 
cet effet, une rquisition explicite et motive, un bataillon ou un
demi-bataillon, suivant le cas, sera dirig sur le chef-lieu
d'arrondissement de canton ou mme de commune, habit ou entour par les
contribuables rcalcitrants.

Des compagnies ou des demi-compagnies pourront tre dtaches, de ce
centre, dans les communes environnantes,  une journe de marche au
plus, afin d'tre toujours  porte d'un appui respectable.

278. Ces dtachements ne devront pas cesser un instant d'tre sous les
ordres du chef principal; c'est lui qui fixera leur force et rglera
leur marche, sur les indications des autorits civiles; celles-ci
pourront faire savoir aux populations quel est le motif de l'appel des
troupes.

279. Les soldats seront logs chez l'habitant comme troupes en marche;
les administrations municipales distribueront les billets de logement
comme elles l'entendront; elles pourront faire principalement porter
cette charge sur les contribuables volontairement en retard.

Mais l'autorit militaire, reste trangre  ces considrations, ne
doit faire valoir que celles qui auraient pour but un tablissement des
compagnies plus militaire et plus favorable au maintien de la
discipline.

280. En France, nulle troupe, ainsi requise, ne reste dans le mme lieu
pendant plus de trois jours, aprs lesquels sa prsence donnerait lieu 
une indemnit paye par l'tat.

Mais elle peut revenir aprs 24 heures d'intervalle, ou tre remplace
par une autre; ce retour de la force publique se reproduit autant de
fois qu'il est ncessaire.




 III.

GARNISON DANS UNE VILLE TRANGRE ENNEMIE.


281. Compltons ce chapitre en examinant le cas d'une population
trangre ennemie, rvolte contre sa garnison, et  l'gard de laquelle
il n'y a plus lieu de garder les mmes mnagements.

L'insurrection de Madrid contre l'arme franaise, le 2 mai 1808, est un
vnement qui peut se reproduire sur des chelles diverses.

Le fanatisme politique qui prsida  la dfense des Espagnols dans la
guerre de la Pninsule;  celle des Russes, en 1812, donne lieu de
penser que, malgr les progrs de la civilisation, nonobstant l'empire
d'intrts matriels nervants, les corps rguliers ne seront pas
toujours les seuls qu'auront  combattre les armes d'invasion.

Les garnisons que celles-ci laisseront dans les places fortes conquises
ou dans les villes de dpt ncessaires pour assurer leurs oprations,
et les troupes momentanment cantonnes, devront toujours s'tablir en
vue de luttes, sinon probables, du moins possibles, avec des populations
hostiles.

Trop de scurit exposerait des forces rellement irrsistibles  des
checs d'autant plus honteux qu'ils viendraient d'ennemis peu
redoutables.

282. Les commandants territoriaux ne feront  la contre que le tort
rigoureusement invitable dans l'tat de guerre, et de la manire la
moins blessante pour l'orgueil national.

Les prcautions qu'ils prendront pour viter le dsordre, le gaspillage,
les vexations,  l'aide d'une discipline svre et d'une sage
administration; leur sollicitude pour connatre ceux des intrts des
populations ennemies que l'on peut et que l'on doit respecter ou
protger; leurs rapports avec les citoyens les plus influents, les plus
clairs; la bonne administration des armes, des provinces, des villes,
et principalement, une politique aussi sage que ferme, sont les vrais
moyens prventifs contre de telles insurrections.

Ces mesures exerceront galement une salutaire influence sur l'ensemble
des oprations militaires, simplifies et prserves des complications
les plus graves. Un article spcial ne serait pas inutile sur ces
lments de succs si importants et nanmoins quelquefois ngligs.

283. On vitera tout mouvement rtrograde, surtout dans une grande ville
centre de province.

On n'vacuera jamais entirement celle-ci,  moins d'un ordre formel, de
peur de donner, dans la ville et ailleurs, aux rvolts, la masse
toujours trs-grande des indiffrente pour auxiliaire; et que, par suite
d'un vnement aussi dcisif sur l'esprit des populations, on soit
oblig de suspendre l'excution de projets d'ensemble dj commence,
pour se livrer  toute une nouvelle srie d'oprations accessoires,
longues et chanceuses.

284. Des mesures de police auront pu prvenir ces luttes ou en limiter
les suites.

On assurera les approvisionnements des populations.

On surveillera les quartiers les plus populeux et les grands
tablissements industriels o des masses d'ouvriers de mme tat sont
runis.

On fera concourir ces industries aux approvisionnements de l'arme; on
emploiera  des travaux de dfense, ou mme  des ouvrages d'utilit
publique, comme le fit le marchal Suchet en Aragon, le peuple inoccup,
en vitant, toutefois, d'attirer les ouvriers de l'extrieur.

285.  moins d'une hostilit dclare et irrvocable d'une partie de la
population, les garnisons resteront entirement trangres aux passions
qui divisent les cits; elles n'pouseront, elles ne perscuteront aucun
parti. Les officiers,  cet gard, donneront l'exemple de la neutralit
la plus complte.

L'tranger qui se mle  des dissensions intrieures ne recueille que
les haines les plus violentes des uns, l'indiffrence, et quelquefois la
jalousie secrte des autres, la dfiance de tous.

286. Hter l'explosion d'une rvolte invitable pour la combattre moins
terrible, serait sage, si le public, toujours port en pareilles
circonstances  ne remarquer que le mauvais ct des choses, ne voyait
alors que provocation et abus du droit de lgitime dfense contre une
population ennemie gare.

       *       *       *       *       *

287. L'administration des provinces de l'est du la pninsule espagnole,
sous l'Empire, a t souvent cite comme modle  tudier et  imiter.

Le duc d'Albufra eut d'autant plus de ressources dans le pays pour
entretenir son arme, ses forces purent d'autant plus tre rduites,
qu'il avait su habilement neutraliser les populations, les consoler par
une politique sage, une administration rgulire.

Dans la mme guerre, d'autres marchaux prparrent un pareil tat de
choses; mais moins stables, moins isols; constamment dtourns ou
dplacs par les grands mouvements des armes impriales et par des
vnements inattendus, ils ne purent recueillir le fruit de leurs sages
dispositions.

Un jour d'aussi beaux exemples inspireront d'autres gnraux franais,
utilisant, sur de glorieux thtres pour la grandeur de leur patrie, un
excdant de forces vives au moins embarrassant lorsqu'il n'est pas
noblement employ.

       *       *       *       *       *

288. Napolon, dont les actions donnent de si utiles renseignements,
soit pour la politique, soit pour la guerre, parvint  touffer, en
1796, sur les derrires de son arme, un moment retarde dans sa marche
victorieuse, une insurrection qui menaait de prendre les plus grandes
proportions: il agit avec la clrit et la vigueur qui, presque
toujours, suffisent pour arrter le mal naissant.

La garnison autrichienne du chteau de Milan avait donn, aux campagnes
environnantes, le signal d'une rvolte gnrale, en attaquant la
division franaise qui l'investissait; les moines et les nobles taient
 la tte de ce mouvement, qui fut immdiatement comprim.

Aux environs de Pavie, les rvolts furent plus heureux; ils entrrent
en ville, et s'en emparrent, malgr la rsistance de 300 soldats
franais malades.

Le 23 mai, Bonaparte apprend,  Lodi, ces vnements inquitants; il
rebrousse chemin avec un bataillon de grenadiers, 300 chevaux et 6
pices: l'ordre tait dj rtabli dans Milan; il continue sa route sur
Pavie, en se faisant prcder par l'archevque de Milan.

Lannes disperse l'avant-garde des insurgs au bourg de Binasco, et
incendie ce village pour effrayer Pavie: Bonaparte s'arrte devant cette
ville de 30,000 mes de population, dfendue par 8,000 paysans rvolts,
et entoure d'une enceinte: il fait afficher aux portes, pendant la
nuit, la proclamation suivante:

Une multitude gare, et sans moyens rels de rsistance, brave une
arme triomphante des rois; elle veut perdre le peuple italien. La
France, persistant dans son intention de ne pas faire la guerre aux
peuples, veut bien pardonner  ce dlire, et laisser une porte ouverte
au repentir; mais ceux qui ne poseront pas les armes  l'instant seront
traits comme rebelles. On brlera leurs villages: les flammes de
Binasco doivent servir de leon.

Le matin, les paysans aveugls refusrent encore de se rendre. Bonaparte
fit balayer les murailles  coups de mitraille et d'obus; ses grenadiers
enfoncrent  la hache les portes et pntrrent dans la ville, dont ils
restrent les matres aprs quelques combats de rue.

Pour faire un exemple, Bonaparte accorda  ses 1000 soldats trois heures
de pillage; ensuite, il fit sabrer, dans la campagne, par ses 300
chevaux, les paysans en fuite.

L'Italie, sur le point de se rvolter sous l'influence des nobles et des
moines, apprit en mme temps cette insurrection et sa prompte
rpression. Le 28 mai, Bonaparte faisait franchir le Mincio  son arme
toujours victorieuse et redoute.

       *       *       *       *       *

289. Il y a quelquefois lieu aussi de contenir l'anarchie, se produisant
sous un autre aspect, au milieu des populations envahies; de la rprimer
alors que, pour se livrer aux plus coupables excs, elle tente de se
faire l'auxiliaire dangereux du vainqueur lui-mme, en exagrant,
dnaturant ses principes politiques.

Rien n'ajoute davantage  la gloire de ce dernier, vis--vis des
contres conquises et de l'humanit en gnral, que de savoir deviner et
fltrir de pareilles menes; leur impunit prparerait, au pays, des
discordes et des calamits bien plus funestes que l'invasion elle-mme;
la discipline de l'arme victorieuse pourrait aussi tre altre. Un
gnral qui se respecte se hte de repousser de tels auxiliaires. Ici
encore, nous retrouvons pour guide le gnie de Napolon.

En octobre 1796, Bonaparte, effray des progrs de la dmagogie
italienne, dut, en effet, rappeler au peuple de Bologne les ternels
principes qui servent de fondement aux socits, paroles dignes des
mditations de la gnration europenne actuelle.

J'ai vu avec plaisir, disait-il au peuple de Bologne, le 19 octobre
1796, en entrant dans votre ville, l'enthousiasme qui anime les citoyens
et la ferme rsolution o ils sont de conserver la libert. La
constitution et votre garde nationale seront promptement organises.
Mais j'ai t afflig de voir les excs auxquels se sont ports quelques
mauvais sujets indignes d'tre Bolonais.

Un peuple qui se livre  des excs est indigne de la libert. Un peuple
libre est celui qui respecte les personnes et les proprits; l'anarchie
produit la guerre intestine et les calamits publiques. Je suis l'ennemi
des tyrans; mais, avant tout, je suis l'ennemi des sclrats qui les
rendent ncessaires lorsqu'ils pillent; je ferai fusiller ceux qui,
renversant l'ordre social, sont ns pour l'opprobre et le malheur du
monde.

Peuple de Bologne, voulez-vous que la Rpublique franaise vous
protge? Voulez-vous que l'arme franaise vous estime et s'honore de
faire votre bonheur? Voulez-vous que je me vante quelquefois de l'amiti
que vous me tmoignez? Rprimez ce petit nombre de sclrats, faites que
personne ne soit opprim: quelles que soient ses opinions, nul ne peut
tre opprim qu'en vertu de la loi... Faites surtout que les proprits
soient respectes.

       *       *       *       *       *

290. Aprs la bonne administration du territoire, sous le rapport
politique et financier, la meilleure mesure contre les rvolts est une
judicieuse rpartition des garnisons.

Les forces morales sont incommensurables par rapport aux forces
matrielles; 1,000 hommes de secours qu'un commandant suprieur peut
recevoir sont plus pour lui que 2,000 hommes  la prsence desquels le
peuple ennemi est habitu.

Les troupes qui occupent une province conquise et trs-hostile doivent
donc, en gnral, tre tenues, soit dans les places fortes, soit 
proximit des villes les plus remuantes, les plus populeuses, plutt que
dans ces villes mmes o elles seraient souvent disperses, neutralises
ou affaiblies par un service et des obligations toujours pnibles.

On fera surveiller la plupart de ces villes par des dtachements
tablis, dans des rduits ou des quartiers militaires fortifis d'une
tendue en rapport avec l'importance politique et stratgique de ces
cits; dtachements qui concourent aussi au service de la ligne
d'oprations.

En cas de rvolte, ces garnisons se dfendront, observeront ou cerneront
la population, en attendant les secours qui leur seront immdiatement
envoys par les divisions actives ou garnisons plus importantes 
proximit.

C'est ici le cas de rpter que toute rvolte partielle dans une
province peut tre ainsi comprime; victorieuse ou vaincue, elle tendra
les bras au chef habile, aprs deux ou trois jours de lutte, et souvent
mme avant que celui-ci ne soit secouru.

291. Les garnisons plus importantes, l o les populations sont
hostiles, s'installeront de la manire suivante:

La moiti de l'infanterie embrassera la circonfrence entire de la
ville en occupant, au plus, le tiers de sa surface.

Un, deux  trois bataillons de cette moiti seront caserns dans les
grands tablissements,  droite et  gauche de chacune des quatre ou
cinq entres principales du la ville, en s'tendant le long de
l'enceinte, avec le moins possible de solutions de continuit, par
ordre de compagnies et de bataillons, au besoin retranchs, de telle
sorte que chaque issue principale fasse systme de dfense indpendant.

Un dtachement d'gale importance occupera, de la mme manire, les
maisons dominantes d'une place centrale.

 dfaut de celle-ci, on tablira, dans cinq ou six petites places du
centre de la ville, et, autant que possible,  des passages obligs,
autant de corps-de-garde fortifis pour 50  100 fantassins, 25  50
chevaux.

Chaque porte de la ville sera garde par 80  160 fantassins.

L'autre moiti de l'infanterie, avec la presque totalit de la
cavalerie, seront cantonnes et retranches dans les faubourgs les plus
voisins du la ville, ou qui la dominent le mieux.

Les communications de ces faubourgs aux grandes entres de la ville
seront rpares, largies, assures, raccourcies.

Si les soldats sont logs chez l'habitant, ils ne conserveront que leurs
armes pour se dfendre: les selles, brides et chevaux resteront runis
au parc ou dans de grands locaux gards.

Les bourgeois, dont on pourra exiger des srets, seront dsarms; ils
devront tre rentrs chez eux, le soir,  une certaine heure; des
exemples svres les maintiendront.

On ne laissera circuler, en dehors des quartiers occups, aucun homme
isol, aucune petite corve, surtout sans armes; les officiers logeront
auprs des soldats.

292. En cas de troubles, les camps nombreux des faubourgs et les corps
retranchs ou caserns aux principales entres, ou sur le pourtour de
l'enceinte, convergeront, par les principales rues, sur le dtachement
tabli  la place centrale ou sur les corps de garde qui en tiennent
lieu.

Les gardes des portes principales continueront d'intercepter les
communications avec le dehors; elles arrteront les gens de la campagne
qui voudraient venir prendre part  la rvolte. Celle-ci, dborde de
toutes parts, ne pourra ni se masser, ni agir, en prsence d'une
garnison convenablement tablie pour appliquer, de suite, les principes
de ce genre de guerre.

293. S'il existe dans la ville des troupes et des autorits indignes,
pouvant devenir hostiles, et que des raisons politiques ont empch de
supprimer, ces corps seront, autant que possible, dissmins dans des
quartiers loigns les uns des autres, du centre de leurs autorits et
de leurs arsenaux.

Ces quartiers et locaux devront tre facilement surveills par des
troupes  proximit, et, autant que possible, situs au del de dfils
ou obstacles derrire lesquels on les arrterait.

Les positions de combat, assignes  la garnison, seront choisies de
manire  intercepter toute communication entre ces tablissements.

Le gnral s'attachera quelque sous-ordre de chaque corps en
administration indigne  surveiller; ainsi il tiendra leurs chefs dans
une salutaire dfiance.

Les troupes indignes, lors mme qu'elles ne voudraient prendre part 
aucun dsordre, exigeraient encore une certaine surveillance, soit 
cause des insurgs qui pourraient revtir leur uniforme et abuser de son
influence, soit pour les armes et munitions que la rvolte en exigerait.

       *       *       *       *       *

294. Le 21 juillet 1808, Napolon crivait: Sarragosse n'a pas t
prise; elle est aujourd'hui cerne, et une ville de 40  50,000 mes,
dfendue par un mouvement populaire, ne se prend qu'avec du temps et de
la patience. Les histoires des guerres sont pleines de catastrophes des
plus considrables pour avoir brusqu et s'tre enfourn dans les rues
troites des villes. L'exemple de Buenos-Ayres et des 12,000 Anglais
d'lite qui y ont pri, en est une preuve.

Si donc, ce qui pourra quelquefois arriver, le nombre et l'acharnement
des populations ennemies, la force de leurs positions, le dfaut de
dispositions antrieures prises, obligent  d'autres prcautions,  plus
d'efforts et de lenteur, s'ils rendent infructueuses les dispositions
dtailles ns 290 et suivants, ce sera le cas d'excuter,  l'gard
d'un ou plusieurs quartiers, les prescriptions suivantes de l'officier
d'infanterie en campagne, pour l'attaque rgulire des villes fortifies
passagrement.

Deux ou trois attaques voisines,  distance de 600 mtres, et concourant
l'une vers l'autre, se prteront un mutuel appui; elles domineront tout
le terrain intermdiaire; chacune d'elles suivra, autant que possible,
les deux cts d'une large rue perpendiculaire qui, en cas d'assaut,
livrera passage aux colonnes. Ces attaques convergeront sur une place ou
aboutiront  une grande communication.

Un rgiment,  chaque attaque, fournit 1/10 de travailleurs; un autre
rgiment est en arrire en rserve; en tte du tout, 50  60 sapeurs,
sous les ordres de 3 officiers du gnie, cheminent en prenant les
prcautions ncessaires. Ils sont relevs tous les matins,  6 heures,
afin qu'ils puissent mieux connatre les positions  dfendre ou 
enlever.

Une attaque exige donc 2  3,000 hommes, et 10,000 si l'on compte les
troupes au repos; sur ce chiffre, il y a 1/30 de militaires du gnie,
dont 1/15 d'officiers, 2/15 de mineurs, 11/15 de sapeurs. Chaque attaque
s'tend  100 mtres au moins,  droite et  gauche, pour assurer ses
flancs.

295. On organisera, vis--vis les positions  aborder, une parallle
continue, les ailes bien appuyes, le centre renforc par des maisons
dominantes.

Il faut qu'on puisse en dboucher par des rues larges et droites, sur
une grande communication, d'o l'on gagnera le rduit de la dfense, et
d'o l'on donnera la main aux autres attaques.

Tant qu'une aile d'attaque n'est pas bien appuye, une rserve
extrieure garde les dfils en arrire contre les sorties latrales.

       *       *       *       *       *

296. Deux espces de batteries appuient les flancs, les unes pour les
soutenir directement, les autres pour battre en brche les positions
latrales qui les contrarient.

Dans les cheminements, tablir des batteries de mortier et de petit
calibre pour battre,  faibles charges, les dfenses les plus
rapproches et incommoder l'ennemi au del des btiments qui le
dfilent.

Quelques pices de campagne pourront tre employes pour faire brche
aux maisons.

Des communications larges et faciles auront t ouvertes,  travers les
obstacles franchis, pour le passage de cette artillerie et des
diffrentes armes.

Remarquons que, le 18 juillet 1808, Napolon crivait: Le 14e et le 44e
arrivent demain: aprs demain ils partent pour Sarragosse: _non pas que
ces troupes puissent avancer la reddition qui est une affaire de
canon_.

Cette importance de l'artillerie en pareille circonstance, sur laquelle
les meilleurs esprits ont t partags, dpend de la facilit des
communications, de la lgret, de la simplicit du matriel employ, de
la profondeur des masses qui se prsentent imprudemment  ses coups, et
enfin de l'action inintelligente des tirailleurs ennemis, car dsormais
la lutte est entre ceux-ci et les pices, et dans beaucoup de cas
l'avantage peut rester aux premiers, s'ils sont instruits et bien arms.

       *       *       *       *       *

297. Dans une rue parallle, filer le long des maisons qui forment le
ct le plus rapproch, occuper les lots en face, y communiquer 
l'aide de doubles caponnires ou de caves, fortifier les btiments qui
flanquent cette rue ou qui enfilent les voies transversales.

S'tendre, par l'intrieur des maisons, des deux cts des rues
perpendiculaires; occuper les difices qui enfilent les voies
transversales; franchir celles-ci de nuit, aprs avoir pris position du
ct de btiments contigus aux positions; occuper vis--vis une maison
d'o on avance,  droite et  gauche, en perant des crneaux dans les
murs de refend et en y prvenant l'ennemi.

Garnir de fusiliers les tages et les toits des maisons voisines
attenantes  celles de l'ennemi; boucher les portes et les fentres qui
lui font face, avec des sacs  terre; chercher  s'tendre sur les
cts.

Cheminer vers les btiments qui tournent les positons conserves par
l'ennemi, sur les flancs en arrire; y faire brche, s'en emparer, et de
l menacer les communications.

298. Une ville, dont les rues troites et tortueuses n'ont entre elles
que de rares communications, offre un champ de bataille  l'avantage de
celui qui s'y dfend: il faut viter de se laisser emporter par un
succs obtenu, de peur d'avoir de suite une situation et une fortune
contraires.

Chercher  s'tendre le plus possible aux environs des rues par
lesquelles on veut pntrer: occuper les btiments latraux, tourner les
barricades et ne jamais les attaquer de front; enfin, mettre en action
au moins autant de monde que l'ennemi.

Si l'on est faible, il faut rester sur ce terrain; si l'on et plus fort,
on attire, par une fuite simule, l'ennemi dans un quartier o, tabli
d'avance, on prendra sur lui le mme avantage.

Que l'attaque soit plus ou moins brusque, plus ou moins rgulire, elle
offre d'autant plus de chances de succs qu'elle est mieux conduite
conformment aux principes prcdents.

Ainsi, il faut toujours pntrer sur 3 ou 4 colonnes concourantes ou au
moins parallles, de 2  3 bataillons, autant d'escadrons et de pices
chacune, cartes de 500 mtres, et faisant des tablissements  mme
hauteur, en avant des communications transversales, comme chanons de
parallles gnrales, de 300m en 300m; les points forts d'une parallle
prcdente, serviront du rduits, aux parties correspondantes de la
parallle nouvelle, sur laquelle on prend position; et les postes
avancs du celle-ci deviendront plus tard les points forts d'une 3e
parallle ultrieure. La ncessit de ces prcautions est galement
dmontre par la sanglante journe du faubourg Saint-Antoine, le 2
juillet 1652, et par les longues luttes de Sarragosse en 1808.

       *       *       *       *       *

299. Pour ce qui est du dtail des cheminements, viter toute
chauffoure;  mesure qu'on s'empare d'une maison, s'y tablir, la
crneler, boucher les basses ouvertures sur la rue.

largir la communication avec le prcdent btiment pris, avant d'en
attaquer un autre plus loign.

300. Les mines peuvent avoir l'inconvnient d'arrter plusieurs jours
par les incendies qu'elles produisent, comme cela eut lieu dans la rue
des Munitions, le 1er fvrier, au deuxime sige de Sarragosse.

Le meilleur moyen est le fourneau peu charg, de manire  percer et 
branler les maisons sans les renverser, ni ouvrir de grands entonnoirs
vus de toutes parts; il y reste encore des abris contre les feux
plongeants des difices voisins.

Dans l'espace de 24 heures, on avance ainsi de 80  100 mtres; on a par
attaque 30 hommes tus ou blesss; on gagne, de chaque ct de rue, 4 ou
5 maisons.

 chaque attaque, il y a 50 sapeurs, 50 travailleurs et 100 soldats
arms, dont une moiti en rserve.

On consomme, en 48 heures, pour une mine, 100  150 livres de poudre; on
prend, par ce moyen, 4  5 maisons fortifies.

Profiter des caves pour communiquer sous les rues; les employer comme
entres de rameaux; viter autant que possible, ainsi que cela eut lieu
au deuxime sige de Sarragosse, de coffrer et d'tre en arrire de la
sape.

Aprs chaque explosion, on s'empare d'une ou de plusieurs maisons; la
rserve relve les troupes qui y sont loges; l'ordre est donn pour le
travail de nuit.

301. La nuit, on ouvre les communications avec les maisons prises de
jour; on traverse,  la sape, les rues transversales: 10 sapeurs et
quelques travailleurs suffisent  chaque attaque.

Profiter du jour pour bien reconnatre les communications; dans les
ordres tre clair et prcis, afin d'viter des mprises fcheuses, comme
le fut celle d'un rgiment qui, au premier sige de Sarragosse, vint
dans un passage tortueux et troit, o quelques hommes l'arrtrent.

302. Les communications seront tablies le long des rues non enfiles
par l'ennemi, ou sur le ct de celles qui sont battues; on les fera
droites autant que possible; elles ne seront contournes que pour viter
un passage prilleux ou difficile.

On allumera, de distance en distance, des petits feux, en lieux
couverts, pour y servir de repaires pendant la nuit.

Des draps ou des tapis, pendus  des cordes d'un ct de rue  l'autre,
couvriront les communications que l'on ne pourra dfiler autrement.

       *       *       *       *       *

303. Pour franchir d'une maison  une autre, on fera,  chaque tage,
des crneaux, et ensuite quelques grosses ouvertures, dont une sur le
toit pour le passage; d'autres trous et crneaux, s'il est possible,
sont percs sur les flancs ou au-dessous, pour obliger l'ennemi 
vacuer sans se dfendre.

304. Si l'ennemi dispute une chambre, on ouvre des crneaux en face des
siens, l'on tiraille des deux cts; la chambre intermdiaire se remplit
bientt de fume; le sapeur s'y glisse  plat-ventre jusque sous les
canons de fusil des dfenseurs; il se lve, frappe les fusils  coups
redoubls, avec une barre  mine, oblige  les retirer; aussitt des
hommes dtermins embouchent les crneaux, y jettent des grenades et
forcent l'ennemi  dfendre un mur plus loign.

Si un gros mur arrte, les sapeurs rduisent son paisseur avec la
pioche avant d'y faire ouverture; puis ils le renversent d'un seul coup
sur l'ennemi. Si le temps manque, ils le font sauter avec un sac de
poudre.

305. Il est surtout ncessaire d'occuper en force les toits, pour y
blottir, derrire les chemines ou les lucarnes, d'adroits tirailleurs,
qui feront vacuer les parties infrieures ou empcheront les retours
offensifs de l'ennemi sur les derrires et communications des attaques.
Il ne faut s'aventurer, dans une cage d'escalier, qu'aprs s'tre rendu
matre des toits et tages suprieurs.

Si l'on pntre plus avant dans les tages levs, on dloge les
dfenseurs de l'tage infrieur, soit en menaant leurs communications,
soit en les fusillant par les ouvertures faites aux planchers. Dans
cette position, on n'aura  craindre, ni la fusillade sans effet de bas
en haut, ni l'incendie dont l'emploi est presque toujours dangereux pour
celui qui se dfend.

Les coupures d'une chambre ou d'un corps de logis  l'autre sont
franchies  l'aide de madriers, galement utiles pour se prserver des
feux de flanc, en les appuyant contre les crneaux; on s'abrite des feux
de l'tage suprieur,  l'aide de paniers mis sur la tte, et au-dessus
du fond desquels sont fixes des rondelles en forts madriers.

306. Si l'on ne peut vaincre la rsistance des dfenseurs tablis dans
un tage suprieur, on se hte de mettre le feu en dessous, ou d'y faire
dposer, par une escouade d'lite, un sac de 100  150 livres du poudre;
ce moyen est suffisant pour chasser l'ennemi et ouvrir le btiment sans
le renverser; il restera encore, aprs l'explosion, des abris contre les
feux plongeants des maisons voisines.

Si plusieurs assauts n'ont pu faciliter l'entre dans le btiment, il
faut l'incendier. On lance dessus les toits, contre les fentres et les
portes, des flches entortilles de mches allumes, des tourteaux
goudronns; on tire sans relche sur le feu  coups de fusil ou de
canon, pour empcher d'teindre ou de jeter les parties enflammes
dehors.

Ou peut aussi incendier les btiments voisins du ct du vent;
approcher, de la partie de la maison la moins bien dfendue, des
matriaux combustibles, auxquels on met le feu; ou saper un mur et
jeter, par l'ouverture, des grenades ou carcasses enflammes.

Ces diverses attaques se font simultanment  tous les tages d'une mme
maison, afin de n'tre pas expos, soit  la fusillade  travers les
planchers suprieurs, soit aux grenades jetes par les chemines ou les
toits.

Il est surtout ncessaire d'occuper ceux-ci en force. Les Espagnols en
profitrent,  Sarragosse, pour faire des sorties sur nos derrires et
pour couper nos communications.

307. De nuit, enduire de rsine les portes faiblement barricades, et
ensuite y mettre le feu.

Battre  coups de blier celles qu'on est oblig d'enfoncer de nuit.

308. Donner les assauts aux btiments et positions, ds le point du
jour, afin d'viter les mprises et de ne pas laisser le temps 
l'assig de replacer ses postes pendant la nuit.

Si l'on marche vers une grande communication ou une place bien connue,
ou si l'on veut donner le change et surprendre, on peut s'carter de ce
principe.

       *       *       *       *       *

309. Il est inutile de faire remarquer l'avantage incontestable des
armes rgulires ainsi engages, avec entire libert de dployer toute
leur majestueuse et invincible puissance.

S'il n'y avait de plus grands malheurs  viter, de tristes mais
imprieux devoirs  remplir, et la perspective d'un ineffaable outrage
au drapeau, on n'prouverait peut-tre qu'une sorte d'intrt pour des
populations ennemies rvoltes toujours follement compromises, en
pareille circonstance, sans chefs expriments, sans organisation, sans
discipline, sans armes, sans matriel et sans approvisionnements
suffisants.

La lutte pourra tre lente et sanglante: mais,  une heure prvue, le
succs est assur. Ici et en tout, la disproportion est si grande, que
la raison ne peut mme s'expliquer une tentative srieuse et rflchie.
D'un autre ct, l'honneur militaire a trop de prestige pour permettre,
 cet gard, le moindre doute.

Les populations qui auront le courage de soutenir leurs garnisons
assiges et de dfendre avec elles, non-seulement les remparts, mais
encore l'intrieur des villes contre l'tranger, pourront aussi
succomber dans une lutte ingale; mais ce sera aprs avoir noblement
brav toutes les horreurs d'un long sige, pour la dfense de leurs
foyers, l'indpendance et l'honneur de la patrie: les projets les plus
importants de l'arme d'invasion auront t remis ou abandonns: une
inquitude salutaire les rendra dsormais plus timides, moins dcisifs:
le monde entier respectera une telle chute, dsormais la gloire et la
force du pays, et, pour toutes les nations, une nouvelle leon de
patriotisme.




CHAPITRE VII.

_Rcapitulation._




 Ier.

DISPOSITIONS PERMANENTES.


310. En France, on ne se soucie gure de voir trop rpter la mme
pice: l'Empire nous a saturs de gloire, la Restauration et le
Gouvernement de Juillet de libert prospre, les premiers mois de 1848
de dsordres sanglants; ceux-ci, pour longtemps, ne sont donc plus 
craindre chez nous; mais l'tranger n'a ni les mmes enseignements, ni
la mme satit.

Les vnements des dernires annes renferment de grandes leons pour
les Gouvernements europens; ceux qui ne se mettraient pas srieusement
en mesure de rsister  la violence des ouragans rvolutionnaires
manqueraient  leur mission.

Une sage prvoyance doit viter aux bons citoyens ces luttes
fratricides, et empcher que les sources providentielles de l'aisance du
peuple ne soient subitement taries.

Les nations, menaces de dcadence subite, au milieu de leur plus grande
prosprit, implorent aussi protection contre un danger si grand.

Ces habitudes de guerre civile, de plus en plus enracines dans une
partie des populations europennes, ncessitent pour les grandes
capitales,  l'instar de ce qui a dj lieu dans quelques-unes,
l'adoption des dispositions suivantes:

       *       *       *       *       *

311. Installation successive de tous les ministres, des principales
administrations, de la Poste, de l'Imprimerie nationale, des
Messageries, dans un grand quartier militaire, autour du chef du
Gouvernement et des pouvoirs lgislatifs: les mesures de dfense
prcdemment prescrites deviendront plus faciles.

312.  l'avenir, les casernes seront construites dans des positions
militaires, de manire  faciliter l'attaque comme la dfense,  pouvoir
tre gardes par peu de monde, et contenir des forces considrables
libres de dboucher dans plusieurs directions.

Elles seront, soit  la circonfrence du quartier militaire, soit dans
les arrondissements les plus loigns du centre, pour commander les
grandes avenues et les faubourgs remuants.

Chaque mairie, avec une caserne en face ou attenante, pour 1, 2  3
bataillons de ligne, dominera sa circonscription dlimite
militairement; une place ou une cour intermdiaire liera ces deux
tablissements jumels, qui formeront centre de dfense et
d'approvisionnements de tous genres  dbouchs nombreux.

Ainsi le ralliement des gardes nationaux devient facile; et en
revtissant l'uniforme de ces derniers, les insurgs ne peuvent
dominer, par surprise, dans les mairies ou lgions.

313. De l'tablissement de l'administration municipale dans un htel de
ville central, d'o surgissent ordinairement les pouvoirs
rvolutionnaires, rsultent, pendant la crise, l'isolement,
l'antagonisme des autorits principales, la ncessit de la dispersion
des forces.

On en finirait, avec chacun de ces forum de l'anarchie, en y
tablissant, soit une caserne, soit un hpital civil: l'administration
centrale serait place dans le quartier militaire, sous la main du chef
du Gouvernement.

Peut-tre mme, malgr tous les inconvnients d'un ordre diffrent qui
pourraient en rsulter, conviendrait-il de diviser chacun de ces
pouvoirs uniques, dangereux et presque toujours si mal placs, en
plusieurs grandes directions civiles tablies au centre des divisions
militaires de ces capitales, correspondant  ces divisions, et
centralisant chacune trois ou quatre arrondissements avec les banlieues
attenantes.

Avoir, dans chaque tat, dans chaque grande capitale, plusieurs centres
importants d'une administration unique, c'est fractionner et affaiblir
la rvolte; les runir, tout en divisant les pouvoirs, sparant les
attributions et multipliant les spcialits, c'est dsarmer; il ne
reste de centralit et de fort que l'anarchie.

       *       *       *       *       *

314. Un ordre pareil  ceux qui existent dans les places de guerre, pour
les cas d'alerte, tudi et rdig d'avance, d'aprs les principes
prcdents, serait connu de tous les chefs militaires, de manire  ce
que chacun puisse s'y conformer, au premier avertissement.

Ainsi la concentration de tous les corps sur leurs positions de combat,
s'ils n'y sont dj tablis en permanence, se fera militairement, par
une agglomration progressive le long de communications faciles et
assures, dans le temps convenable et sans que ces corps cessent un
moment d'tre utiles  la rpression, sur la voie stratgique qu'ils
parcourent.

315. Ces principes, d'aprs lesquels la troupe doit tre employe pour
rprimer les meutes, sont crits dans l'histoire des guerres civiles
qui,  diverses poques, ont dsol le monde; par les vnements de
Paris en 1830 et 1832, ceux de Lyon en 1831, ils avaient acquis un tel
degr d'vidence qu'il eut t impardonnable de les mconnatre.

Disperser la troupe par pelotons, sur les places et rues, sans moyens
d'attaque ou de dfense, au fur et  mesure que les meutiers s'y
agglomrent; la laisser ainsi stationner au milieu de ces derniers, sans
repos ni abris, et quelquefois sans vivres; suivre le dsordre partout
o il lui convient d'agir et de prendre position, sans rserves ni bases
fixes, ni points d'appui ou centres de commandement, ce serait ne pas
agir militairement et compromettre le salut de l'tat.

       *       *       *       *       *

316. Les armes, leurs nobles institutions, les principes salutaires et
traditionnels d'o rsultent la force, la discipline, la fidlit au
drapeau, l'nergie du devoir sont les soutiens des tats.

Par leurs institutions, par la nature du service habituel, par le
maintien de la force militaire dans les meilleures conditions, les
armes, restent mobiles et puissantes.

En temps de paix, les corps dont la spcialit, dont l'organisation
fortifient la discipline, sont relativement plus nombreux.

Partout, le militaire demeure compltement tranger aux passions qui
divisent le pays, et au milieu desquelles son intervention calme
pourrait tre rclame.

Banni d'une socit, l'ordre rgnerait encore longtemps dans son arme.

317. L'tat-major gnral est un des principaux lments de force; il
s'entretient actif et vigoureux, dans l'exercice le plus large du
commandement et de l'initiative.

Le commandement est fortifi par une centralisation relle des
spcialits; c'est un principe salutaire de force pour la socit
europenne.

318. Des lois de recrutement, sans dclasser les populations tranquilles
et laborieuses, attirent aux armes les hommes inoccups et retiennent
longtemps les vieux soldais au service; elles font partout de l'tat
militaire,  l'oppos de l'imprudent systme de landwehr, une vritable
profession spciale; du telle sorte que la partie aguerrie de chaque
nation soit dans l'arme et non en dehors.

Ces lois se prtent  l'extension la plus complte, la plus rapide de la
force arme pour le cas d'invasion du territoire ou d'une coalition, en
vue desquelles elles ne sont cependant pas conues exclusivement: car il
y a d'autres ventualits.

319. Partout les milices bourgeoise sont constitues d'aprs ce
principe, qu'en militarisant moins de monde, mais plus compltement,
dans un but plus srieux d'une relle utilit, on augmente d'autant le
prestige militaire.

Des armes passons au triste thtre de leur action considre du point
de vue de ce livre. Tel est l'tat des choses, qu'il faut dsormais se
drober au spectacle admirable des plus rassurantes institutions, pour
se proccuper exclusivement de difficults qui seraient dsesprantes,
si, aprs tant de dvastations, la socit n'avait pas, pour les
vaincre, une surabondance de moyens plus grands encore.

       *       *       *       *       *

320. Les principales communications intrieures, telles que les quais,
les boulevards, les rues importantes, ne devraient point tre paves, ni
plantes d'arbres: les progrs de la science des constructions
permettent d'esprer,  cet gard, une solution qui satisfasse toutes
les ncessits.

Il faudrait mme que ces grandes voies fussent plutt bordes par des
maisons prcdes de cours ou de jardins que par des btiments contigus
et  un grand nombre d'tages: cette modification est plus dsirable
que facile  obtenir.

321. Un obstacle, rivire, canal, escarpement, pt longitudinal de
maisons sans passage, vieille enceinte ou muraille, dont les rares
intervalles ou dfils,  1200m les uns des autres, seraient commands
par autant de casernes, et des deux cts duquel existerait une
communication large et facile, diviserait ou arrterait l'insurrection;
il permettrait de porter successivement, contre ses diffrentes
factions, des rserves importantes.

Chaque intervalle d'obstacle, cr _ad hoc_, coterait plusieurs
millions, y compris les expropriations.

On pourrait,  la rigueur, se servir d'un pareil obstacle, soit pour
entourer et couvrir, en partie, le quartier militaire, soit pour diviser
et maintenir un arrondissement difficile; soit enfin pour dominer toute
une ville,  l'aide d'un trac particulier.

322. Des smaphores mettraient en rapide communication, pendant le jour
et la nuit, les mairies avec le centre du Gouvernement, l'htel de
ville, la police centrale, l'tat-major de la garde nationale et les
quartiers gnraux des divisions ou subdivisions militaires, _intr_ ou
_extr muros_.

323. Des peines successivement plus fortes menaceraient:

1 Les individus non arms faisant partie des rassemblements;

2 Ceux qui commettraient des dvastations;

3 Les individus arms trangers  la garde nationale;

4 Les trangers  la garde nationale, qui revtiraient son uniforme;

5 Ceux qui construiraient des barricades;

6 Les chefs d'attroupements, afficheurs de proclamation, proreurs;

7 Les personnes chez qui se tiendraient des runions sditieuses;

8 Ceux qui dsarmeraient les gardes nationaux  domicile, dans les rues
ou qui pilleraient des magasins d'armes;

9 Les meurtriers de gardes nationaux, soldats, ou autres citoyens;

10 Les provinciaux rcemment arrivs dans la capitale et coupables de
l'un des dlits prcdents;

11 Les trangers, et successivement les individus suivants qui
seraient dans le mme cas;

12 Les employs des administrations;

13 Les rfugis politiques et trangers;

14 Les repris de justice;

15 Les hommes en rupture de ban.

324. 6  8,000 rfugis de toutes les nations ont pris la part la plus
active aux dsordres europens; une rserve rvolutionnaire de tous les
pays se transporte successivement d'une capitale  l'autre et y impose
l'anarchie.

Les trangers,  qui un peuple accorde refuge, n'ont pas le droit de se
mler d'affaires qui le regardent seul; encore moins de dcider de son
avenir.

325. Les dpenses, pour dgradations commises pendant l'meute, dans
chaque quartier, seraient exclusivement  la charge de l'arrondissement.

Tout individu, dont une partie du mobilier aurait servi  lever une
barricade, serait passible,  moins de cas de force majeure constate,
d'une amende gale au montant de ses contributions runies.

Le locataire d'un appartement, duquel on aurait fait feu sur la troupe,
serait,  moins de force majeure galement constate, passible d'une
amende quivalente  une ou deux fois son loyer.

Des amendes plus importantes frapperaient les cabaretiers, logeurs et
chefs d'tablissements auteurs des mmes dlits, par ngligence ou
mauvaise intention.

       *       *       *       *       *

320. Les maisons garnies, les logeurs, les dpts de remplaants, ainsi
que les arrivages des voitures publiques, exigent la surveillance la
plus active.

Les propritaires et matres d'htels doivent dclarer, dans les 24
heures, les noms, qualits, lieux de dpart et de destination des
personnes descendues chez eux, sous peine, en cas de condamnation
desdits individus pour dlits politiques, de payer une amende au plus
gale au loyer de leur maison ou htel.

Le dplacement des ex-fonctionnaires ou des pensionns est galement
surveill.

327. Le sjour des grandes villes serait interdit aux personnes
trangres non munies d'un passeport ou d'un livret en rgle. Toute
famille ruine tombe  la charge d'une capitale; le nombre des
mcontents y augmente chaque jour.

Les repris de justice doivent tre loigns  30 lieues des grandes
villes et punis en cas d'arrestation dans celles-ci.

328. Il y a un ensemble de mesures  prendre  l'gard de quelques
cabarets, quant  leurs emplacements plus ou moins favorables  la
rvolte comme dpts d'armes, de munitions et comme centres d'action;
quant aux intentions des personnes qui les tiennent,  leur
responsabilit et  la surveillance dont ils devraient tre l'objet.

Certains cabarets sont les clubs les plus dangereux, les vritables
lieux de dpt, d'organisation, de recrutement, d'excitation et les
centres d'action de l'meute; c'est l que les insurgs passent leurs
revues, et sont entretenus sur le pied de la rvolte: c'est de l que
part le signal.

Dans les cabarets sont dtourns les fruits du labeur journalier; les
familles dlaisses, oublies, y voient une cause incessante de misre
et de dsordres intrieurs; beaucoup de dlits, de crimes publics ou
privs s'y prparent galement: de toutes les prpondrances, la plus
regrettable serait celle de l'estaminet.

329. Les armuriers et les dbitants de poudre, commissionns et
constamment surveills, seraient tenus d'inscrire sur leurs registres, 
chaque vente, les noms, la demeure et la qualit de l'acqureur assist
de tmoins.

Leurs boutiques, autant que possible voisines des mairies, casernes ou
postes, seraient solidement grilles et closes; pendant l'meute, on ne
pourrait pas les forcer facilement.

Les magasins ne contiendraient pas au del d'une certaine quantit
d'armes et de munitions; les premires seraient dmontes et
incompltes. La fabrication de la poudre coton, svrement punie en tout
temps, le serait plus encore pondant l'meute.

En temps anormal, et dans une capitale compltement organise en vue de
prils journaliers, n'y aurait-il mme pas lieu d'exagrer toutes ces
prcautions, pour quelques quartiers les plus importants?

Ainsi, les principaux magasins indispensables, pendant une insurrection,
pour les approvisionnements de tous genres, pourraient tre, soit 
l'abri de toute attaque, par la solidit de leur clture; soit groups
autour des mairies et de quelques positions tertiaires dtermines 
l'avance.

Pendant la lutte, la vente s'y ferait  des heures dtermines, en
prsence des agents de l'autorit; l'action de la troupe et de la garde
nationale, vis--vis d'une insurrection prive de moyens, serait
d'autant mieux assure.

330. Les clochers, d'o l'on pourrait tirer des coups de fusil et sonner
le tocsin; les difices publics, non susceptibles d'tre gards pendant
la lutte, seraient bien clos dans le pourtour de leur rez-de-chausse et
ferms de portes assez solides pour qu'on ne puisse s'y introduire
facilement; au besoin, les clefs de l'escalier de chaque clocher
seraient de suite remises aux mairies.

On ne perd pas de vue les maisons particulires qui enfilent les rues,
dominent les environs et les carrefours: on empche qu'elles ne soient
occupes par les rebelles; on les garnit, s'il le faut, de fusiliers.

       *       *       *       *       *

331. Imposer des limites  l'extension exagre des industries de mme
nature;  l'agglomration en trop grands ateliers, dans et autour des
capitales.

Faire peser une certaine responsabilit sur les chefs de ces
tablissements; l'avenir des socits ne peut dpendre du plus ou du
moins de prvoyance des spculateurs.

Pendant l'meute, ou s'assure que les ouvriers restent  l'ouvrage; une
prvision est ncessaire  cet gard.

332. L'administration doit combattre la misre, non en ouvrant
simultanment un nombre de travaux considrables dans la capitale, ce
qui augmenterait, au del de tous les besoins normaux, la classe
ouvrire et les petits tablissements qu'elle fait prosprer.

Au moment tt ou tard invitable de la brusque clture de ces
entreprises extraordinaires dans une seule localit, surgiraient des
misres impossibles  soulager.

Mais on entreprendrait successivement des travaux aux alentours, et de
plus en plus loin, afin d'y retenir les ouvriers et de diminuer d'autant
la masse de ceux qui ont peine  vivre dans les grandes villes. On
viterait ainsi  cette classe, trop souvent malheureuse, un
dclassement qui la ruine.

       *       *       *       *       *

333. On a propos d'tablir, comme agents de sret, par quartier de
100,000 mes de chaque capitale,

1 Commissaire de police central,
dpense annuelle.                          3,000 fr.

5 _Id_. de quartier.                      10,000

25 Sergents de ville.                     25,000

250 Agents de police.                    125,000
___

281 Agents de sret donnant lieu        __________
 une dpense annuelle de                163,000 fr.

6 sergents de ville et 60 agents, c'est--dire six brigades de dix
hommes se relevant toutes les six heures, suffisent pour parcourir
constamment les divers quartiers d'un arrondissement.

Les sergents et agents de police ont, sur leur uniforme, un n d'ordre
et la lettre du quartier, dont ils connaissent les rues, les habitants
et les gens suspects.

Chaque runion de quatre brigades surveille 25 rues, places, quais,
passages, boulevards ou ports.

334. On compte habituellement, en temps les plus tranquilles, dans une
capitale et par arrondissement de 100,000 mes, un rgiment d'infanterie
de 2,000 hommes, et prs d'un million de dpenses annuelles, pour la
garnison.

En rduisant dans les circonstances ordinaires, l o les prcdents et
les habitudes de la population le permettraient, cette garnison ainsi
que cette dpense du tiers, on ferait, a-t-on dit, plus que l'conomie
ncessaire pour payer l'excdent d'agents de police, qui rsulterait de
ce projet.

La tranquillit journalire serait assure; la troupe pourrait tre
utilement employe ailleurs, dans l'intrt de l'tat et du maintien des
traditions militaires.

Si des troubles graves, si des circonstances anormales ncessitaient
ventuellement la prsence d'une force arme plus considrable et son
intervention, la garnison serait bientt secourue par une ou plusieurs
divisions, survenant pour agir d'une manire militaire et avec d'autant
plus de chances de succs.

 l'aide des communications par chemins de fer ou bateaux  vapeur, des
camps convenablement placs pourraient ainsi exercer au loin leur
puissante action.

Napolon, alors qu'il tait oblig de jouer chaque jour la fortune du
monde aux extrmits de l'Europe, et  une poque o n'existait pas la
mme rapidit de communications, contenait ou dfendait les contres
laisses au loin derrire lui, avec un petit nombre de camps
successivement renforcs, au besoin, par des rserves d'lite agissant,
sur une circonfrence de 7  8 journes de marche,  l'aide de relais de
postes habilement organiss.




 II.

DISPOSITIONS PENDANT L'MEUTE.


335. Si la majeure partie de la population est contre l'meute,
l'autorit l'invite, ds les premiers rassemblements,  porter un signe
qui la distingue des rvolts et constate leur isolement.

L'autorit municipale, les chefs de lgions, les agents de sret
empchent galement que les insurgs ne se glissent travestis dans les
compagnies de la garde nationale, ou n'agissent au nom de celle-ci.

336. Par d'incessantes patrouilles jumeles, lances de chacun des
centres d'action sur des directions parallles et voisines, on cerne, on
dissipe les groupes; on y arrte les meneurs, serait-ce dans la
proportion de un sur dix, de manire  intimider l'meute,  dissoudre
ses cadres.

Dans chaque mairie, une commission permanente met de suite en libert la
moiti ou le tiers des moins coupables, parmi les individus arrts: on
interroge, on fait observer les autres.

       *       *       *       *       *

337. En cas d'meute srieuse, la circulation est interdite aux voitures
et  toutes personnes trangres  l'autorit ou non employes par elle.

Les messageries partent et reviennent toutes  une grande place, ou
enclos du quartier militaire, surveill et gard.

338. Les boutiques des armuriers, marchands de vin, dbitants de poudre
et de plomb, pharmaciens, toutes  cltures solides, et dans les plus
importants quartiers  proximit des mairies ou des centres d'actions
militaires, seront fermes et surveilles par la garde nationale de
l'arrondissement.

339. La troupe, assiste d'un commissaire de police, d'un officier
municipal ou de trois gardes nationaux du quartier, dont un officier,
pourra pntrer dans les maisons, jardins et cours, soit pour les
visiter, soit pour les occuper ou empcher que l'meute ne les envahisse
dans le but de les dfendre.

S'il y avait refus de la part des propritaires, on aurait le droit de
s'y installer, en respectant, autant que possible, les personnes et les
proprits.

En cas de soumission de la part des habitants, la force arme ou l'tat
deviendrait responsable des dgts, des pertes ou des accidents
prouvs.

       *       *       *       *       *

340. Les chefs d'tablissements industriels, les administrations
publiques et particulires tiendront runis leurs employs trangers 
la garde nationale; ils adresseront chaque jour, aux mairies, l'tat des
individus prsents ou absents, lequel pourra tre vrifi.

341. Les bureaux de journaux et les imprimeries, dans ou  l'occasion
desquels il y aurait des runions hostiles, seraient momentanment
ferms.

Un journal anarchique et les feuilles de province qui deviendraient
bientt ses succursales, dans chaque localit, pourraient constituer, en
face de l'tat, un vritable Gouvernement rvolutionnaire avec toute une
hirarchie d'agents.

       *       *       *       *       *

342. Le tlgraphe donne frquemment des nouvelles sur les diverses
lignes.

Chaque courrier, chaque messagerie, emporte et distribue, sur sa route,
des bulletins imprims o l'autorit rsume la situation des choses.

Des bulletins plus frquents, plus dtaills, sont affichs aux portes
des mairies, casernes, centres d'action et postes conservs 
l'intrieur de la capitale.

343. Dans les provinces, des mesures sont prises pour protger le
service des tlgraphes, des chemins de fer et des relais de poste.

Ou assurera de deux manires les communications menaces:

1 Par la remise des dpches  des voyageurs connus ou  des agents en
mission.

2 Les directeurs de poste font parvenir, sans retard, aux
fonctionnaires voisins, les nouvelles importantes; et ces derniers les
communiquent aux autorits limitrophes qui peuvent ne pas les connatre.

344. Le tlgraphe ou des estafettes portent immdiatement, 
quelques-uns des gnraux commandant les divisions militaires
territoriales, l'ordre de faire usage, comme commissaires gnraux
extraordinaires, des pleins pouvoirs pour l'exercice desquels ils
auraient d'avance les instructions ncessaires.

Ces gouvernements accidentels, dlimits militairement et de manire 
grouper des pays et des intrts homognes, auraient une tendue, une
population, une importance et des ressources telles que la rsistance y
serait possible contre toute influence anti-nationale.

Chacun de ces gouvernements compterait: 2  4 mille lieues carres de
superficie; 2  4 millions d'habitants; 25  30,000 hommes de troupes de
ligne de toutes armes avec les tats-majors, les moyens administratifs
et approvisionnements ncessaires.

Les chefs-lieux de ces gouvernement accidentels doivent galement tre
importants sous les rapports militaire, administratif et commercial; ils
commandent les grands cours d'eau et les communications principales:
leur choix dpend aussi de l'esprit des populations, dont on peut
attendre indiffrence ou appui; des tats trangers circonvoisins amis
ou ennemis; des postes ou cordons de places fortes  proximit; du
chef-lieu ventuel de gouvernement central que l'on se propose de
choisir, en cas d'vacuation de la capitale comme moyen extrme; il
dpend enfin des rapports gnraux de dfense ou d'approvisionnements
qu'il serait ncessaire d'tablir pour une lutte srieuse contre
l'anarchie.

Chaque commissaire gnral, dans son importante circonscription,
concentrerait accidentellement en ses mains et exercerait, sur sa
responsabilit, tous les pouvoirs y compris celui de dclarer l'tat de
sige.

345. Ces commissaires gnraux,  dix ou douze marches les uns des
autres, runissent autant d'armes, organisent autant de centres de
rsistance nergique  la rvolte.

Ils communiquent, avec le Gouvernement, par les voies les plus promptes
et les plus frquentes.

Ils correspondent avec toutes les autorits de leur ressort, qu'ils
suspendent, rvoquent ou investissent de certaines attributions.

Ils peuvent runir les conseils provinciaux, auprs d'eux, ou autour des
chefs d'administration.

Ils maintiennent partout l'ordre, dans les limites de leur situation
militaire et politique, et tiennent les populations au courant de la
marche des vnements.

Ils ont autorit pour mobiliser les gardes nationales, rappeler les
rserves de l'arme et faire toutes rquisitions.

Partout, et principalement sur les grandes communications, les milices
urbaines, les agents de sret, les garnisons veillent, font des
patrouilles, arrtent tous gens suspects revenant de la capitale ou s'y
rendant sans papiers.

Les commissaires gnraux peuvent, sur leur responsabilit, porter aux
extrmits du commandement, vers la capitale ou les villes qui
rclameraient ces secours, des troupes de ligne et de garde nationale,
pour s'y tenir prtes  franchir cette limite  la demande, soit du
Gouvernement, soit du commissaire gnral limitrophe.

Toujours la garde nationale est mobilise par fractions constitues; les
hommes, dont l'indisponibilit est rgulirement constate, sont seuls
exempts de marcher.

Ainsi, au premier signe du tlgraphe, les divers pouvoirs aussitt
centraliss par grandes circonscriptions constitueraient chacune de
celles-ci, dans l'tendue de la nationalit menace, et sous la
direction du gouvernement central, sur un pied de rsistance redoutable,
contre toute tentative de guerre civile.




 III.

CAUSES GNRALES D'ANARCHIE.


346. Terminons par des considrations qui, bien que diverses, sortent
des entrailles mme du sujet: car le seul moyen prventif rellement
efficace serait la suppression de causes puissantes quoique d'un ordre
diffrent; ne pas laisser produire le dsordre vaut certes mieux que
d'avoir priodiquement  le combattre sur une arne sanglante: sous ce
rapport, et s'il tait donn  l'humanit de ne pas s'garer sans cesse,
ou de pouvoir revenir facilement sur ses erreurs, le sombre sujet de ce
livre pourrait heureusement perdre tout intrt.

       *       *       *       *       *

347. Repassez, dit Massillon, sur les grands talents qui rendent les
hommes illustres; s'ils sont donns aux impies, c'est toujours pour le
malheur de leur nation et de leur sicle. Les vastes connaissances
empoisonnes par l'orgueil ont enfant ces chefs et ces docteurs
clbres de mensonge qui, dans tous les ges, ont lev l'tendard du
schisme et de l'erreur, et form, dans le sein mme du christianisme,
les sectes qui le dchirent.

Ces beaux esprits si vants, et qui par des talents heureux ont
rapproch leur sicle du got et de la politesse des anciens, ds que
leur coeur s'est corrompu, ils n'ont laiss au monde que des ouvrages
lascifs et pernicieux, o le poison, prpar par des mains habiles,
infecte tous les jours les moeurs publiques, et o les sicles qui nous
suivront viendront encore puiser la licence et la corruption du ntre.

Tournez-vous d'un autre ct, comment ont paru sur la terre ces gnies
suprieurs, mais ambitieux et inquiets, ns pour faire mouvoir les
ressorts des tats et des empires, et branler l'univers entier? Les
peuples et les rois sont devenus le jouet de leur ambition et de leurs
intrigues; les dissensions civiles et les malheurs domestiques ont t
les thtres lugubres o ont brill leurs grands talents.

Esprits vastes, mais inquiets et turbulents, capables de tout soutenir,
hors le repos, qui tournent sans cesse autour du pivot mme qui les fixe
et qui les attache, et qui, semblables  Samson, sans tre anims de son
esprit, aiment encore mieux branler l'difice et tre crass sous ses
ruines, que de ne pas s'agiter et faire usage de leurs talents et de
leur force. Malheur au sicle qui produit de ces hommes rares et
merveilleux! et chaque nation a eu l-dessus ses leons et ses exemples
domestiques.

       *       *       *       *       *

348. La guerre civile ruine les nationalits sous des formes diverses:
mais toujours le flau rsulte d'un tat de civilisation anormal. De nos
jours, cette ide a t dveloppe avec le langage de la plus vive
proccupation.

Dans la Vende, a-t-on dit, il y eut dfaut d'activit et de centres de
population, au milieu d'un ddale de borderies, chappant  toute
influence relle par leur isolement, leur petitesse et leur nombre.

Les grandes capitales offrent aujourd'hui des inconvnients contraires:
et, aprs tant d'efforts de plusieurs sicles, l'homme, parvenu  une
haute civilisation, retrouverait-il,  cot, l'ingouvernable rudesse des
contres primitives, surexcite par le besoin des jouissances, l'excs
des misres?

Domin par de nouvelles proccupations, il sonderait pouvant les
redoutables mystres d'une autre socit longtemps ignore: en prsence
de l'envie des uns, de la turbulence, de la lgret des autres, quelle
mission auraient ces hommes de diverses nations, invisibles, errants ou
fltris par la justice, dans l'immense ddale de tant de quartiers, de
rues, de maisons, d'tages, de rduits, ainsi presss et superposs?

Chaque jour y condense plus imprudemment la vie, l'activit, les
richesses, les passions, les mcontentements d'un grand pays, classe
vis--vis classe, intrts vis--vis intrts, au risque d'explosions
redoutables.

Si le progrs du mal continuait, on en viendrait peut-tre  se
demander: quelle administration possible pour tant de ncessits
diverses; quelle police pour ce nombre de dlits et de sinistres
projets; quelle rgle pour trop d'apptits chappant  toute censure
relle; quelle rpression facile et non sanglante pour des forces
imprvues, se produisant  l'appel des plus dangereuses passions,
surexcites par les paroles et les actions de chaque jour?

349. La centralisation ne souffre de vie que dans les capitales;
dcentraliser, ce serait diviser le territoire en lments assez
importants, conservant encore, dans de certaines limites, une existence
administrative propre: de ces limites, que l'on ne choisit pas 
volont, peuvent rsulter, soit l'anarchie, soit une salutaire
pondration.

La centralisation une fois tablie devient une ncessit chaque jour
plus grande, par suite de l'affaiblissement graduel du pouvoir local; un
peuple convaincu de ses inconvnients ne serait pas toujours matre de
les attnuer, encore moins de s'en dbarrasser.

Regrettons donc que les nations modernes n'aient pas t diriges sur
une voie de civilisation galement loigne de ces deux extrmes: _le
dfaut et l'excs de centralisation_: et si partags que puissent tre
les avis  cet gard, continuons d'examiner l'un des deux cts d'une
question que le temps, ou des circonstances au-dessus de toute volont
humaine, semblent exclusivement dominer.

350. Y-a-t-il ncessit que la capitale soit la ville la plus
considrable de l'empire, pour la population ou pour le mouvement des
esprits? la libert d'action de l'autorit n'est-elle pas en raison
inverse de l'agitation tumultueuse de son chef-lieu?  certains gards,
il paratrait quelquefois plus avantageux, pour la dure des tats,
l'indpendance de leurs grands pouvoirs, que le centre du Gouvernement
ft tabli en dehors d'une telle ville, mais  proximit: et alors, on
apprcierait l'utilit d'une capitale militaire fortifie, comme
contrepoids de celle  qui l'on aurait laiss prendre, sans retour
possible, une importance excessive.

Plus la centralisation est complte, a-t-on dit, plus le gros de toutes
les forces nationales se fixe exclusivement dans la mtropole: ce sjour
les altre  la longue; et l'influence peut s'tendre jusqu'aux
provinces les plus loignes.

En transportant le centre de son Gouvernement Lombardo-Vnitien, de
Milan  Vrone, alors qu'il en tait encore temps, l'Autriche n'a pas eu
seulement pour but de prendre une ligne militaire contre toutes
ventualits: elle place le pouvoir central en lieu sr, d'o, libre des
plus redoutables proccupations, il dominera mieux Milan, que s'il y
demeurait expos  la contagion d'une atmosphre anarchique.

351. Au mme point de vue, il n'y aurait pas toujours ncessit que les
richesses, l'activit et la masse des forces vives d'un tat fussent
exclusivement concentres dans une seule capitale, sous la pression des
passions anarchiques qui y tablissent leur empire: l'avantage de
paratre tout diriger plus facilement ne devrait pas faire renoncer 
celui, plus rel, de ne pas tout exposer  la fois? Un peuple sage se
constitue galement, quand il le peut, en vue de tous les prils
extrmes, sans prtendre viter aussi les moindres.

 de certaines poques exceptionnelles, deux mtropoles rivales, par une
importance et des intrts diffrents, assureraient peut-tre quelque
temps, la dure du pouvoir, les contenant l'une par l'autre; ainsi
s'expliqueraient ces dplacements de capitales, ou ces centres multiples
de gouvernement, dont le singulier spectacle tonne dans l'histoire de
quelques nations.

L'tat le moins imparfait ne serait-il pas celui dans lequel de sages
limites assignes aux excs de chaque influence, dterminent une
harmonie o tout se balance? cet quilibre ne peut rsulter que de
l'antagonisme constant mais rgulier de forces  peu prs gales, se
contenant quelquefois l'une l'autre sans trop de violences, et
conspirant presque toujours pour leur grandeur commune.

352. Tel pays se serait expos  dcheoir, au milieu de rvolutions
successives, par le fait d'une subdivision administrative et
territoriale uniformment parcellaire, affaiblissant pouvoir et forces
relles partout ailleurs qu'au centre.

Quels auraient t,  chaque crise rvolutionnaire, les moyens rguliers
des autorits attendant du premier courrier, dans une petite
circonscription, leur sort et celui de l'tat.

Ailleurs, on aurait supprim,  la fois, et  tous les points du vue,
social, politique, religieux, territorial jusqu'aux dernires traces des
influences, des antagonismes, des contre-poids, des fonctions rivales
enfin sur lesquelles se fonde un quilibre vritable.

Une telle situation serait peu favorable aux liberts: il semble,
quelquefois, que les empires ainsi uniformment dcoups ne puissent
aller que de l'anarchie au despotisme,  travers des convulsions et des
ruines.

353. Tt ou tard, des dangers srieux rsulteraient galement d'une
constitution d'tat oppose; mais est-il donn de rester longtemps dans
une situation raisonnable: l'essentiel, le possible est de ne pas trop
s'carter de cet quilibre instable o les passions humaines empchent
de sjourner.

Sitt que l'on approche de la dernire limite des excs dans un sens, il
ne faudrait pas craindre de pouvoir se retourner vers les maux opposs:
si grands, si invitables que soient ceux-ci, on ne les subirait pas de
longtemps, et sans avoir travers, pendant une courte priode de
bonheur, la position la plus convenable, mais o il est si difficile de
se maintenir contre la tendance  de successives oscillations
politiques.

Chaque poque a ses infirmits dont il faut d'abord se proccuper: qui
signalerait, aujourd'hui, le danger des carts de la foi et du
dvouement; des influences provinciales, de l'esprit de profession, de
classe, de secte ou de nationalit trop exclusifs?

Sans prtendre rsoudre, dans un mmoire militaire, un problme aussi
complexe, aussi difficile, et qui, d'ailleurs, doit tre pris de loin ou
dans les circonstances les plus favorables, il convient d'insister sur
son importance.

Cette grave question aurait pu tre envisage  un point de vue tout
autre, mais trop tranger au sujet de ce livre pour qu'on doive en tenir
compte ici.

       *       *       *       *       *

354. L'humanit ragit constamment sur elle-mme; quand elle n'a pas la
guerre de nation  nation, elle la fait de classe  classe, de gouvern
 gouvernant: ainsi les socits se dissolvent.

Les forces vives des peuples paraissent d'autant plus dangereuses, pour
leur bonheur et leur puissance, qu'elles sont plus accumules par
l'inaction.

Il faut que les nations, aussi bien que l'homme, soient srieusement
occupes, sinon elles emploient mal leurs puissantes facults trop
longtemps oisives.

355. Pendant la paix, chacun dveloppe son nergie, son intelligence
dans les affaires; on voit grandir des rputations, des moyens
d'influence et d'action, dont aucuns ne sont  la disposition du
Pouvoir; celui-ci reste priv, ainsi que ses principaux agents, de la
force que donne une activit fcondante; alors les gouvernements
dsarment plus encore vis--vis les mauvaises passions que contre
l'extrieur; ils perdent une partie de leur puissance; ils dtendent
leurs ressorts.

La guerre autorise, oblige mme l'tat  runir, augmenter, entretenir,
perfectionner, mettre en action tous ses moyens; alors lui et ses agents
occupent presque seuls la scne; les rputations, les influences sont
exclusivement son partage: la force morale et l'hrosme deviennent sa
base inbranlable.

La guerre emploie au dehors les forces matrielles d'une nation, donne
une noble direction  ses forces morales.

Une lutte longue et dsastreuse puise un empire; la paix prolonge lui
donne, en dehors du pouvoir, un excdent de vie, de clbrits ou
d'influences qui pourraient le rendre ingouvernable.

356. On a fait observer que ces proccupations extrieures seraient
indispensables l o les rvolutions auraient tout dtruit, tout
uniformis:  dfaut d'antagonisme de classes, de sectes, de
professions, de corporations, de pouvoirs, de provinces, on verrait les
passions d'autant plus violentes, qu'aprs avoir davantage renvers,
elles seraient sans frein: ne sachant plus o se prendre, puisqu'il ne
resterait rien d'humain  combattre ou  dtruire, elles en viendraient,
peut-tre,  attaquer les ternelles et divines conditions de
l'existence des socits, qui seules subsisteraient: la famille, la
proprit, la religion.

Les voeux de paix universelle et de dsarmement sont donc irralisables.

Jusqu' ce jour, l'humanit a vcu par la famille; par les nationalits
et les religions diverses.

Vouloir abaisser toutes les barrires, dtruire toutes les nuances qui
diffrencient, qui classent, qui facilitent l'quilibre du monde par
l'antagonisme de ses parties; qui assurent le progrs indfini de
l'humanit par la concurrence, par la division du travail dans
l'acception la plus leve, la plus gnrale de ces deux mots, ce serait
prparer la barbarie.

De tous les antagonismes, le moins dangereux, le plus indispensable pour
le bonheur de l'humanit, c'est celui qui rsulte de l'esprit de
patriotisme; loi divine du la famille applique  l'harmonie de
l'univers.

       *       *       *       *       *

357. Les tats, o des rvolutions successives ont altr le principe
d'autorit, sont le jouet de leurs voisins habiles  ne leur point
laisser rtablir les lments de nationalit.

La grandeur passe d'un peuple et celle qu'il pourrait encore avoir
excitent des tats rivaux  le faire prir dans l'anarchie.

Telle puissance ne daigne mme pas faire la guerre aux gouvernements qui
gnent sa politique ambitieuse; elle soudoie la rvolte et les branle
en quelques journes.

Ainsi, au risque de compromettre sa propre existence dans la ruine
commune, elle entretient depuis longues annes de malheureux pays dans
cet tat normal d'anarchie qui les prive galement d'institutions mries
par le temps et de la puissance des traditions.

 l'aspect des redoutables flaux qui peuvent chaque fois lui tre
renvoys de tant de nationalits branles par elle, l'appel coupable
aux passions rvolutionnaires de tous les pays cessera peut-tre; une
politique moins machiavlique peut rendre le repos au monde.

       *       *       *       *       *

358. Trois partis srieux, et non incompatibles avec toute pense
d'ordre ou d'avenir, affaiblissent plusieurs socits europennes:
l'aristocratie, la bourgeoisie, la dmocratie; leur dsaccord pourrait
seul faire triompher le gnie de la destruction.

L'un de ces partis s'est-il tabli au pouvoir..., on a vu les deux
autres aveugls prparer et dcider sa chute,  l'aide de l'anarchie,
qui seule en a profit.

Partout,  chaque rvolution, la condition du principe d'autorit et de
la socit a galement empir; le nombre et l'influence des hommes ou
des ides anarchiques ont cr, en mme temps que celui des hommes ou des
ides d'ordre a diminu; et toujours le flot rvolutionnaire avance
engloutissant de nouvelles ruines.

359. Deux de ces partis n'auraient pu, mme runis, lutter contre
l'anarchie, accidentellement renforce par le troisime; tous ensemble
dtourneraient les nations des abmes o elles sont entranes.

On fonderait peut-tre ainsi quelque chose de solide; on assurerait, du
moins, aux contemporains si agits quelques annes de repos; et de
nouvelles pripties modifieraient la direction des esprits.

Ds qu'ils ne runissent pas l'unanimit de voeux, sans lesquels ils ne
triompheraient qu'accidentellement, et pour l'anarchie, tout parti,
toute ide patriotique doivent renoncer  leur individualit et se
rallier au drapeau qui compte le plus de forces; agir autrement serait
un crime de lse-humanit.

Le naufrag s'obstine-t-il  prir en refusant la main qui peut le
sauver, pour une autre hors de porte?

Celui qui ne surnage pas doit-il s'efforcer d'entraner tous les autres
dans sa ruine?

Pourquoi se diviser par des proccupations d'un autre temps?

Les partis impatients, quelque agitation qu'ils se donnent, ne
parviendront pas  arracher de l'avenir un secret, qui, comme lui, est
encore  natre.

 moins qu'un bienfait providentiel ne fasse surgir, du milieu des
socits dsunies, la force qui, trangre  tant d'aberrations,
mettrait fin  l'aveuglement, au dsordre des esprits, ces socits sont
condamnes  prir de marasme anarchique ou par la conqute.

Il ne s'agit mme plus, pour des nationalits jadis prospres,
d'intrts de famille, de classe ou de dynastie; c'est la vieille Europe
qui s'en va avec ses grandeurs, ses gloires, sa foi, ses ides d'avenir,
ses lments de progrs, fruits de longs et heureux efforts de la
civilisation moderne; c'est le principe d'autorit successivement dmoli
par tous qu'il faut recrer; c'est la socit qui est  relever en
commenant par ses bases primordiales.

360. Ce grand labeur, on doit l'entreprendre, avec quelques rares et
chtifs dbris, sous l'ouragan dchan des ides de destruction, et en
prsence d'tats rivaux qui prparent ou convoitent toutes les ruines.

Au-dessous d'aucune noble ambition, cette tche sera, partout, l'oeuvre
providentielle de fortes volonts. Le monde a besoin de grands exemples.

Le 22 juin 1815, aprs sa seconde abdication, et alors qu'en butte aux
factions qui dchiraient son pays, il devait s'expatrier pour toujours,
Napolon, plus que jamais ncessaire, disait-il au peuple franais:
_Unissez-vous tous pour le salut public, et pour rester une nation
indpendante._ Ce solennel adieu, cette dernire et patriotique trace du
gnie des temps modernes, devrait aussi clairer la gnration
europenne actuelle sur le plus grand de ses intrts.

Si tant de sublimes esprits, hommes d'tat, crivains ou capitaines, la
gloire et jadis la force des nationalits aujourd'hui menaces, si leur
puissante raison pouvaient encore renatre et dominer au milieu d'elles,
ils gmiraient sur leur oeuvre follement compromise, sur trop de pnibles
travaux et de gnreux efforts devenus inutiles; ils conjureraient
l'humanit gare de revenir, en toute hte,  la concorde et au respect
du pouvoir qui peuvent seuls sauver.

     _O navis, referent in mare te novi
     Fluctus! o quid agis? fortiter occupa
         Portum ...
             tu, nisi ventis
     debes ludibrium, cave!_

     (HORACE, Ode 12, liv. 1er.)

       *       *       *       *       *

361. Parvenu au terme de ce travail, il reste  choisir entre les deux
parties principales qui le composent.

Si l'on admet la ncessit du systme gnral de dfense propos dans
les chapitres 3 et 4, on devra, pour complter ceux-ci, extraire des
chapitres suivants de nombreuses prescriptions pratiques et de dtails
ncessaires dans toute hypothse.

Si l'on juge les considrations des chapitres 3 et 4 exagres et trop
thoriques, il suffira de s'en tenir aux chapitres 5 et 6, o se
trouvent galement rsums les principes les moins contestables de la
premire partie.

Dans l'une ou l'autre manire de voir, ce livre, rdig  deux points de
vue diffrents, mais dans un mme but, paratra peut-tre utile; en
quelque pays, et, de quelque manire que l'meute surgisse, un ou
plusieurs des principes exposs deviendraient plus ou moins applicables.

Si nous avons pu contribuer  rendre encore plus vidente pour tous
cette vrit: _Vis--vis d'un pouvoir rgulier pntr de ses devoirs,
et au milieu de nations claires par tant de dsastres, l'anarchie ne
peut dsormais esprer que des succs trop phmres pour exciter ses
coupables projets_; alors le but de cet ouvrage sera rempli.

Dans un pareil sujet, plus que dans tout autre, un mot de Napolon
doit-tre constamment rappel:  la guerre, les trois quarts sont des
affaires morales; la balance des forces relles n'est que pour un autre
quart.

Terminons enfin par cet adage de tous les temps: _L'anarchie est le
flau du peuple, la ruine des nationalits_.





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dans les grandes villes, by Christophe-Michel Roguet

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